Quand j'ai commencé le second cycle de la guerre des Sambre, j'étais certainement le plus dubitatif face à cette exploitation commerciale. Or, je n'ai rien contre le succès commercial dès lors que c'est justifié par la qualité. Et c'est bien le cas en l'espèce ! Il faut véritablement se plonger dans cette saga et remonter l'origine de cette malédiction pour succomber totalement aux charmes et aux délices d'une lecture franchement agréable.
L'écrin est toujours aussi somptueux et on passe un agréable moment de lecture. Le second tome confirme une qualité à la fois graphique et narrative. Et puis, il y a surtout le démarrage en fanfare du second cycle à savoir "Werner et Charlotte" dont le personnage de la mère Jeanne-Sophie est véritablement charismatique au point de voler la vedette à ce couple et d'être représenté en couverture.
J'ai été agréablement surpris par autant de virtuosité dans la capacité de l'auteur à renouveler le scénario et ceux malgré une erreur de taille dans la datation (si elle a conçue Charlotte alors qu'elle n'avait que 14 ans que sa fille a désormais 13 ans dans le récit, comment peut-elle avoir 30 ans ? Mathématiquement, cela fait 27 ! A croire qu'il n'y a pas de relecture sérieuse avant parution à grand renfort de publicité). Cependant, on ne va pas rester sur un aspect négatif lié après tout à un simple détail. Encore une fois , l'ensemble demeure de la plus haute qualité pour le plus grand bonheur des fans de la série Sambre.
Le scénario se tient et le graphisme est de toute beauté. On remarquera que cette fois-ci, les yeux rouges sont représentés dans le camp des hommes en la personne de Werner Von Gotha. Une belle histoire d'amour en perspective avec une mère qui fera tout pour s'opposer. Cela promet !
D'ailleurs, le second tome tient toutes ses promesses avec une ambiance des plus réussies et un final des plus révélateurs. On est véritablement embarqué dans le monde de la noblesse de la cour impériale d'Autriche au siècle des lumières avec tous ces petits jeux d'intrigues. On retrouve la même folie amoureuse qui semble traverser les générations. J'aime cette série car on constate une égale qualité tout au long des albums. On est franchement comblé.
Le troisième tome qui vient refermer ce cycle sera l'un des plus marquants en ce qui concerne la chute finale avec une révélation fracassante. C'est manifestement du grand art. Je ne pensais pas que cette série tiendrait sur la distance mais l'auteur nous prouve le contraire. La comtesse Jeanne-Sophie restera dans les annales tant le personnage retient l'attention par son côté manipulateur ! Elle va nous manquer. Ceux qui aiment cette saga vont être ravi par cette série.
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4,5/5
Bof…pas terrible terrible, une impression de redite, ennui, déjà vu…
Si j’avais dû me fier aux seuls avis postés ici, je ne me serais surement jamais intéressé à cette œuvre du prolifique duo Brubaker/Philips et elle serait vraiment restée incognito.
Pourtant malgré ce titre et ce qui est distillé plus bas, cette série possède tous les atouts pour ne pas le rester.
Le premier tome qui peut prétendre à être lu comme un one-shot unique est un savoureux condensé de polar et d’humour noir tout en développant une mise en abyme de la condition de super héros ou de super vilain plus particulièrement.
D’ailleurs n’ayons pas peur des mots, depuis les one shot Wanted et Superman Red Son du même Mark Millar je n’avais jamais retrouvé une œuvre aussi fun et originale sur les superslibards que cette série !
Zack Overkill est un super méchant qui a été contraint d’abdiquer et de recommencer une toute nouvelle vie sous une identité tenue secrète de ses anciens alliés.
Seulement bosser aux archives dans une administration c’est foutrement emmerdant lorsqu’on a touché du doigt le divin et les expériences illicites les plus excitantes !!!
Mais Zack est surveillé constamment donc à défaut de se jouer de la vie d’autrui comme il pouvait le faire autrefois, il va utiliser son vieux masque pour jouer les justiciers et se taper les jolies blondes salopes du service comptable de sa boite !
Oui mais voilà lorsqu’on est doté d’une force surhumaine et qu’on se promène d’immeuble en immeuble ce genre d’exploits passe difficilement inaperçu et réveille les consciences, aussi bien d’un côté que de celui des anciens amis trahis. Zack va donc malgré lui se retrouver dans une aventure où il va retrouver ses origines et beaucoup de connaissances ainsi qu’un nouveau souffle à son existence…
La voix off si caractéristique des polars trouve un second souffle en rendant sympathique un personnage qui n’est pas censé l’être. Le tout est fait avec une légereté que je n’avais pas vu venir. Zack est un personnage dont le passé trouble va se révéler au fur et à mesure mais c’est trop tard : le lecteur a de l’empathie pour ce personnage qui s’amuse comme un gosse, culbute sa collègue bourrée déguisé en père Noël ou en imitateur masqué et se fait manipuler par son collègue.
Pourtant l’histoire va clairement avancer sur ses origines non sans distiller des scènes d’action d’une tension et d’une maitrise absolue comme cette attaque dans le centre commercial. Zack n’est pas le seul et on en veut pas mal à sa peau !
Brubaker nous trimballe d’un versant à l’autre avec une facilité déconcertante, appuyant les origines de ces êtres surpuissants et différents avec beaucoup de crédibilité et de vraisemblance. Le résultat est tout simplement prodigieux car on sent Philips peut être s’amuser davantage à dessiner ces dessins flashy dans des situations improbables et jubilatoires (voir la manière dont Zack chute de son appartement dynamité dans le second tome).
Les auteurs jubilent et entrainent le lecteur dans leurs délires. Ce n’est jamais ennuyeux ni déjà vu mais complètement divertissant et excitant !
Le second tome est un peu en deçà car il utilise des codes déjà mis en places dans le premier volume mais reste très agréable à lire. Les diverses révélations s’enchainent crescendo rendant la lecture palpitante comme un bon vieux pulp des années 50 dans un monde contemporain et crédible.
Brubaker tisse un univers palpitant à travers quelques flashbacks et des enchainements qui coulent de source sans oublier les femmes fatales chères à ces deux auteurs ! :)
J’ai trouvé ça très fort et surtout très frais car il est de plus en plus difficile de trouver des histoires originales sans passer par la case Marvel et ses trames inutilement alambiquées. Incognito est un pamphlet prèt à déguster qui se boit comme un apéro bien frais. Du pur fun qui dépasse Criminal dans un domaine où je n’attendais rien de ce duo.
Reste à lire Sleeper dont Incognito s’inspire pas mal mais j’ai réellement hâte d’en lire la suite. Très très chouette pour peu qu’on se laisse porter par le talent de ces deux auteurs, Incognito porte vraiment mal son nom et mérite toute votre reconnaissance. S’il y a bien un récit qui ne doit pas rester incognito c’est bien celui-ci, I BELIEVE IN ZACK OVERKILL le plus cool des super méchants !
Je poste mon avis après lecture du tome 2 qui vient juste de sortir.
Le Troisième Testament premier du nom est une de mes séries favorites, une excellente combinaison entre aventure, enquête ésotérique et fantastique. On retrouve les mêmes ingrédients qui ont fait sa réussite dans cette suite qui fait figure de préquel.
Bon je ne vais pas faire un long résumé (lire les autres avis pour ça) et pour faire cours, Le Troisième Testament : Julius se déroule à l’aube de la chrétienté, quelques décennies après la mort du Christ où l’on suit Julius Publius Vindex, légat de Rome et que les lecteurs du Troisième Testament connaissent mieux sous le nom de Julius de Samarie, le fameux prophète disparu. Alors pas besoin d’avoir lu la série d’origine pour commencer Julius mais personnellement je le recommande car comme je l’ai dit plus haut, Julius reprend un peu les mêmes recettes que son aîné, tant au niveau du dessin que de la trame du récit. Le Troisième Testament 1 et 2 sont avant tout un spectacle hollywoodien avec un graphisme soigné et recherché et en plus un scénario qui tient bien en haleine. C’est un peu comme Star Wars dans le sens où il faut d’abord avoir vu la première trilogie, ça permet de ne pas tout révéler et de maintenir la curiosité du lecteur.
Pour aborder la BD en elle-même, faute de temps ce n’est pas Alex Alice qui est au dessin pour le tome 1 mais Robin Recht, Alice s’occupant du scénario et Xavier Dorison l’aide dans l'écriture et supervise la cohésion de l’ensemble. Le style de Recht m’a beaucoup plu, tout aussi dynamique que celui d’Alice avec des cadrages inspirés des films de cinéma, son dessin par contre est plus proche d’un Mathieu Lauffray je trouve, avec ce côté parfois un peu crayonné, enfin bref, on est dans la continuité de la première série malgré les années d’écarts et le changement de dessinateur. Mais ça ne m’étonne pas car tout ce petit monde travaille ou travaillait parfois dans le même atelier avec aussi Bajram, Montaigne, qui dessine le tome 2 etc.
D’ailleurs le tome 2 démontre le professionnalisme de ces auteurs là car souvent un changement de dessinateurs n’apporte que des emmerdes mais ici c’est encore une réussite, et même mieux, je trouve le graphisme de Montaigne plus plaisant en cela qu’il est un poil plus réaliste tout en gardant les qualités de Recht.
Julius reprend les mêmes recettes que Le Troisième Testament, les qualités comme les défauts. Alors personnellement ça ne m’a jamais gêné mais beaucoup reprochent au Troisième Testament le découpage du récit qui traîne parfois en longueur pour finalement tout dévoiler dans l’ultime album (4 tomes dans les 2 séries). Dans Julius, c’est la même chose : le premier tome a mis en place les personnages et dans le second on commence à rentrer dans le concret.
Si le premier tome offrait 80 superbes pages, le second est plus classique avec 50 pages, et d’après une interview d’Alice il devrait en être de même normalement pour le 3ème album.
On pouvait se poser la question de savoir si Le Troisième Testament Julius serait à la hauteur de son aîné après lecture du premier tome mais maintenant que le deux est sorti, je suis quasiment sûr qu’on se dirige vers une série immanquable encore une fois.
Si tu aimes les gros bras adeptes de leur corps, misogynes, qui boivent de la bière et font l'amour à leurs camions alors cette BD est pour toi.
Il y a des femmes voluptueuses en tenues sexy, des bourrins bodybuildés qui tapent avant de réfléchir, des combats aux couteaux, des courses de camions, de l'humour... bref c'est l'aventure.
Des steppes de Sibérie en passant par l'Europe pendant la coupe du monde de football, puis au Moyen Orient pour finir en Amérique Latine, on voyage les histoires ne se ressemblent pas, donc on ne s'ennuie pas.
On s'attache à Tzagoi et sa personnalité sans se prendre au sérieux, un peut à la manière d'un James Bond on veut le voir enchaîner les conquêtes féminines (s'en est énervant de voir la facilité qu'il a), défoncer la gueule à tous ceux qui lui marchent sur les bottes, écouter de la musique traditionnelle tzigane et jouer du violon pour transporter des compotes pour bébés ou du caviar.
Humour savamment dosé, scènes d'actions qui s'enchaînent, personnages secondaires charismatiques sans entrer dans la caricature, bon découpage des cases avec certains plans cinématographiques.
On notera une évolution du dessin entre le premier et le dernier album qui ne cesse d'évoluer en bien pour finalement arriver à maturité et obtenir sa propre identité.
Pour une fois qu'on a une bande dessinée qui est ce quelle prétend être ça fait plaisir.
Merci Messieurs MARINI et SMOLDEREN, à quand le prochain?
Petit livre, mais belle réussite que ce Cercle Vicieux, dont le titre et la couverture nous narguent, nous promettent la solution à la petite énigme délivrée par l'histoire.
Le procédé, proche des idées de l'oubapo, n'est peut-être pas nouveau, mais il est ici très bien exploité. Et n'étouffe pas la narration, loufoque à souhait. Un exercice de style, mais avec du style !
Les personnages rondouillards, assez récurrents chez Lécroart (en tout cas dans ses livres de la collection Mimolette de l'Association), collent je trouve très bien à cette histoire.
C'est vraiment une des plus belles réussites de l'auteur (dont je vous encourage fortement à découvrir les autres productions !!!), dont je recommande la lecture et l'achat (peu coûteux), comme une porte d'entrée vers d'autres œuvres proches par l'esprit (du même auteur ou de M. A. Mathieu par exemple).
Okko est une série qui reprend les codes de l’heroic fantasy mais réussit avec brio à les retransmettre dans le japon médiéval. En cela, on a un groupe homogène d’aventuriers constitué d’Okko le rônin, Noburo un puissant guerrier immortel à moitié démoniaque, Noshin le moine capable d’invoquer les divinités, et le jeune Tikku qui fait office « d’écuyer » d’Okko et que l’on voit à chaque début et fin de cycle dans la peau d’un vieux maître racontant les exploits de ce groupe.
Je suis vraiment tombé sous le charme de cette série car j’aime les histoires de samouraïs, les romans d’Eiji Yoshikawa, mais à part Dragon Ball je ne suis pas spécialement féru de manga. Je trouve les séries souvent trop longues, destinées pour les trois quart à un public adolescent, et le noir et blanc fini par me lasser. Alors même si la construction des personnages et l’histoire sont assez classiques de prime abord, Hub réussit le pari de marier un dessin à l’occidental on va dire, tout en respectant la mentalité et la culture nippone (on a même des sous-titres pour certains termes pas toujours évidents), donc pour ça chapeau !
Alors le dessin me plaît beaucoup et est d’une grande maîtrise technique, précis, les expressions faciales sont toujours justes, les combats au sabre sont dynamique, les décors et paysages changent au fur et à mesure qu’on change de cycle. Imaginez une aventure de 120 pages se déroulant dans un monde entièrement constitué d’eau et d’îlots puis un deuxième qui change radicalement avec des forêts noires et des montagnes titanesques (un cycle très lent j’avoue) et enfin un troisième cycle ayant pour thème l’air (mon préféré).
Mais si le dessin est grandiose, la vrai claque est venu du coloriage, juste exceptionnel ! Des couleurs vraiment éblouissantes sans exagérer, très variées. C’est ça que j’attends d’un récit d’aventure, qu’on m’en mette plein la tronche avec des changements géographiques, de cultures, un bestiaire de créatures mythologiques…
Bon petit bémol tout de même, Hub distille au compte goutte les informations sur le passé de nos héros, ce qui fait qu’au tome 8 (10 de prévus) on ne sait toujours pas grand-chose sur leur passé et il a fallu attendre le cycle de l’air pour en savoir un peu. Et j’ai l’impression qu’Hub va nous laisser dans le flou jusqu’à la fin mais peut être que je me trompe.
Un dernier point concernant l’achat : Okko étant un véritable phénomène, il existe plusieurs éditions parues et à différents prix. Il y a l’édition normale de 2 tomes par cycle qu’on trouve chez tous les vendeurs ; celle en coffret comprenant les 2 tomes où le prix augmente radicalement alors que bon, c’est juste un beau coffret. Pour ma part je compte acheter les éditions en intégrale, un tome par cycle, un prix correct (18,99e neuf) pour une bd qui dépasse la centaine de pages et est plus pratique. Après il existe aussi les tirages de têtes qui sont vraiment réservés aux collectionneurs mais qui ne sont pas des intégrales. De plus, je ne les conseils pas car déjà, c’est en noir et blanc (or la couleur est le gros point fort de la série) et pour quasiment le même prix on peut se payer l’édition vraiment ultime que je kifferai de m’offrir si j’étais pété de tune : les éditions sorties chez Bruno Graff. Celles-ci sont des versions en intégrale de luxe (tranche toilé) ET en couleurs ET fournies avec des ex-libris.
De prime abord, Big Baby n'avait rien d'attirant à mes yeux, ni ce titre peu évocateur, ni cette couverture limite hideuse avec cet enfant monstrueux à tête de foetus ou d'alien de l'area 51 !!!
Seule la 4ème de couverture avec ses jouets mélimélo me rappelant un vieil album des Cocteau Twins et l'espoir de lire un nouveau titre de Charles Burns m'ont convaincu d'aller au delà des apparences... Et bien mal m'en a pris car voici à nouveau une petite pépite du catalogue Cornelius...
D’ailleurs une fois le bouquin refermé, j’ai beaucoup pensé au film « Blue Velvet » de David Lynch qui n’avait pas son pareil pour dépeindre une violence désincarnée et absurde derrière les volets d’une petite bourgade américaine tranquille et « propre » sur elle… Big Baby, c’est un peu tout cela au travers des yeux volontairement obliques d’un enfant de la classe moyenne.
Tony est un enfant unique et choyé par ses parents malgré son physique peu engageant et guère charismatique. Ce « Big Baby » raffole de comics qu’il lit à la tombée de la nuit seul dans son lit et rompt consciemment ou inconsciemment les limites de son imaginaire en ne faisant plus qu’un seul univers avec le réel.
Une piscine en construction chez le voisin ? Tony y voit une sombre invasion d’hommes taupes dans ce carré mystérieux chaque nuit…
Deux ados en proie à une maladie vénérienne ? L’enfant perçoit une menace extra-terrestre digne des EC Comics ou autres 4ème dimension.
Les récits sont palpitants et suffisamment bien construits pour y semer le doute. Burns est un maître de la narration et il sait rendre extraordinaire une histoire à priori banale sans jamais remettre en cause le surnaturel qui intervient presque de façon insidieuse dans le quotidien.
Quelle est la part de vérité ou de fantasme ? Difficile de le dire ou de le prévoir mais là où certains trouvent ce style « glacial », je le vois plus comme une ode à la jeunesse avec cette peur du noir et toutes ces histoires que tout enfant inventait au fond de son lit pour se faire frisonner ou se rassurer.
Le point d’orgue intervient avec la dernière histoire « Blood Club » avec une maitrise absolue dans la description de ces camps d’ados où il fallait faire un tas de trucs débiles pour se rendre intéressant auprès des autres…
Aucun doute possible : Big Baby c’est Charles Burns lui-même, un « grand enfant » qui signe avec ce bel ouvrage une sortie en apothéose vers l’âge adulte.
Non content de livrer un dessin impeccable et des histoires dont on a de cesse de vouloir en connaitre le dénouement, j’ai ressenti de la tendresse et une certaine poésie plus mélancolique que macabre.
De surcroit l’histoire relatant les « maladies » des deux ados est une ébauche qui servira plus tard de base à l’auteur pour établir son gigantesque Black Hole.
Big Baby est une grande œuvre méconnue et une introduction parfaite au monde de Charles Burns dont vous gouterez et savourerez ses histoires décalées. Voici une excellente entrée en matière dans les comics underground de qualité.
Vraiment excellent comme le dit Piehr en plus de proposer un hommage alternatif et respectueux aux années 50.
Oui je sais, "culte" est un peu fort pour cette BD, j'en conçois. D'autant plus qu'elle n'est pas parfaite, le scénario est léger (l'église envoie une tueuse à gage tuer l'anté-christ, ça y est les 7 albums sont résumés), les dessins ne sont pas exceptionnels (même s'ils s'améliorent au rythme des albums).
La série se résume à une succession de scènes d'actions violentes bourrées de stéroides et autres psychotropes. Ca décapite, ça explose, ça brûle, on s'injecte des stimulants et on repart. Dans un sens ça ressemble à un jeux vidéo, ou notre personnage évolue dans un donjon et affronte boss après boss.
Dans cet BD pas de sentiments, tout le monde ramasse, on a à peine le temps de s'attacher à un personnage qu'il se fait dépecer.
Pourtant la force de Yiu (à mon sens), réside dans son ambiance, dans tous ces petits détails qui parviennent à nous faire croire à l'existence de cet univers: l'Australie hyper-protectrice de ses frontières (bon ça c'est comme dans la vrai vie...), attentats, religion, sectes (c'est quoi la différence entre les deux?) , un guerrier relié à un babouin par un cordon ombilicale, des soldats hultra-protéinés, les émeutes, la folie des gens... .
Voilà donc pourquoi j'ai mis "culte" car Yiu a su créer son propre monde.
Petite parenthèse: le tome 1 est sorti en janvier 2001, soit avant le 11 septembre et tous les éléments qui s'en sont suivit. Je n'irai pas jusqu'à dire que les auteurs sont des visionnaire (loin de là), mais je tenais tout de même à soulever le fait que le scénariste n'a pas attendu les événements récents pour écrire sont histoire de guerre de religion et d'attentats en tout genre.
Gaston. Comme le gars Raoul des Tontons flingueurs, un simple prénom qui a la capacité d'étirer les zygomatiques.
Gaston Lagaffe. Une série "patrimoniale" de la bd franco-belge, et comme toute série qui "dure", il a connu des (très) hauts et quelques moins hauts. Mais, fait remarquable, le niveau s'est toujours maintenu élevé, et tous les strips m'ont au minimum arraché un sourire, et la plupart du temps une bonne rigolade, même après rererelecture !
Franquin. Un coup de crayon simple, mais au combien efficace, au service d'histoires, d'idées simples elles aussi, mais qui font mouche - peut-être suis-je trop cœur de cible?
Même si Franquin a eu recours à des collègues/copains de chez Dupuis (Jidéhem par exemple) pour certains gags, son imagination sans borne me laisse pantois.
Série commencée en catimini dans Spirou et qui s'est poursuivie sur un grand nombre d'années, Gaston Lagaffe permet de voir évoluer et se perfectionner le style de Franquin. Cela lui a aussi permis de créer une fabuleuse galerie de personnages secondaires, qui ne sont pas des faire valoir.
Le chat surexcité, la mouette rieuse déprimée, De Maesmeker et le running gag de ses contrats jamais signés, les alter égo de-chez-Smith-en-face ou d'ailleurs, Mademoiselle Jeanne et les représentants de l'autorité, du bon sens que sont Fantasio, Prunelle, mais aussi Longtarin, tout un univers, dans lequel Lagaffe traine son inadaptation au principe de réalité. Comme Franquin, nous avons tous un Gaston en nous, plus ou moins refoulé. Et quel visionnaire dans l'inutilité que ce Gaston !
Gaston Lagaffe n'est pas le premier ni le dernier anti-héros. Mais ce n'est pas un loser. On ne s'apitoie pas sur son sort, on l'envie. On envie sa soif de vivre, sa volonté de faire abstraction des contraintes : que du positif, pour ce personnage qui cumule les échecs ! L'achat de Gaston Lagaffe devrait être remboursé par la Sécurité sociale !
Sinon, je préfère la seconde période ou période Prunelle à la période Fantasio, pour les gags, mais aussi parce que le dessin est devenu plus abouti.
Mais je recommande la lecture et relecture de l'ensemble des Lagaffe, ce rêveur doux dingue qui ne voit le mal nulle part, alors qu'il semble être partout dans les Idées Noires (lecture au moins aussi réjouissante pour découvrir l'autre facette du génial Franquin).
Peut-on faire du neuf avec du vieux ? Si elle s'était posée, la question ne se pose plus avec cette version de Pinocchio de l'excellent Winshluss.
Cette BD a plusieurs vertus. D'abord de ne pas laisser dans mon esprit le monopole à Disney pour alimenter mon imagination concernant la petite marionnette. Pour le coup on ne peut pas confondre les deux versions !
Ensuite peut-être de permettre à l'auteur d'élargir son lectorat ? Je fais ici cette hypothèse sans bien savoir si elle est pertinente. En tout cas, entre Wizz et Buzz et d'autres séries plus underground, la palette de Winshluss s'étend aux confins de l'infini...
Le livre renouvelle la vision de l'histoire et se refuse à ronronner, en multipliant les temps de respiration, les changements de rythme ou de style. C'est noir, parfois très noir, mais aussi drôle et poétique (une poésie noire là aussi évidemment): une relecture d'un classique qui a tout pour devenir elle-même classique, une très grande réussite !
Quant à l'objet livre en lui-même, Les Requins Marteaux ont fait fort: le ramage est au niveau du plumage.
A lire absolument (et ce d'autant plus facilement que j'ai cru voir récemment une version en format plus petit mais surtout au prix moins élevé réédité par Les Requins)...
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La Guerre des Sambre - Werner & Charlotte
Quand j'ai commencé le second cycle de la guerre des Sambre, j'étais certainement le plus dubitatif face à cette exploitation commerciale. Or, je n'ai rien contre le succès commercial dès lors que c'est justifié par la qualité. Et c'est bien le cas en l'espèce ! Il faut véritablement se plonger dans cette saga et remonter l'origine de cette malédiction pour succomber totalement aux charmes et aux délices d'une lecture franchement agréable. L'écrin est toujours aussi somptueux et on passe un agréable moment de lecture. Le second tome confirme une qualité à la fois graphique et narrative. Et puis, il y a surtout le démarrage en fanfare du second cycle à savoir "Werner et Charlotte" dont le personnage de la mère Jeanne-Sophie est véritablement charismatique au point de voler la vedette à ce couple et d'être représenté en couverture. J'ai été agréablement surpris par autant de virtuosité dans la capacité de l'auteur à renouveler le scénario et ceux malgré une erreur de taille dans la datation (si elle a conçue Charlotte alors qu'elle n'avait que 14 ans que sa fille a désormais 13 ans dans le récit, comment peut-elle avoir 30 ans ? Mathématiquement, cela fait 27 ! A croire qu'il n'y a pas de relecture sérieuse avant parution à grand renfort de publicité). Cependant, on ne va pas rester sur un aspect négatif lié après tout à un simple détail. Encore une fois , l'ensemble demeure de la plus haute qualité pour le plus grand bonheur des fans de la série Sambre. Le scénario se tient et le graphisme est de toute beauté. On remarquera que cette fois-ci, les yeux rouges sont représentés dans le camp des hommes en la personne de Werner Von Gotha. Une belle histoire d'amour en perspective avec une mère qui fera tout pour s'opposer. Cela promet ! D'ailleurs, le second tome tient toutes ses promesses avec une ambiance des plus réussies et un final des plus révélateurs. On est véritablement embarqué dans le monde de la noblesse de la cour impériale d'Autriche au siècle des lumières avec tous ces petits jeux d'intrigues. On retrouve la même folie amoureuse qui semble traverser les générations. J'aime cette série car on constate une égale qualité tout au long des albums. On est franchement comblé. Le troisième tome qui vient refermer ce cycle sera l'un des plus marquants en ce qui concerne la chute finale avec une révélation fracassante. C'est manifestement du grand art. Je ne pensais pas que cette série tiendrait sur la distance mais l'auteur nous prouve le contraire. La comtesse Jeanne-Sophie restera dans les annales tant le personnage retient l'attention par son côté manipulateur ! Elle va nous manquer. Ceux qui aiment cette saga vont être ravi par cette série. Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4,5/5
Incognito (Brubaker)
Bof…pas terrible terrible, une impression de redite, ennui, déjà vu… Si j’avais dû me fier aux seuls avis postés ici, je ne me serais surement jamais intéressé à cette œuvre du prolifique duo Brubaker/Philips et elle serait vraiment restée incognito. Pourtant malgré ce titre et ce qui est distillé plus bas, cette série possède tous les atouts pour ne pas le rester. Le premier tome qui peut prétendre à être lu comme un one-shot unique est un savoureux condensé de polar et d’humour noir tout en développant une mise en abyme de la condition de super héros ou de super vilain plus particulièrement. D’ailleurs n’ayons pas peur des mots, depuis les one shot Wanted et Superman Red Son du même Mark Millar je n’avais jamais retrouvé une œuvre aussi fun et originale sur les superslibards que cette série ! Zack Overkill est un super méchant qui a été contraint d’abdiquer et de recommencer une toute nouvelle vie sous une identité tenue secrète de ses anciens alliés. Seulement bosser aux archives dans une administration c’est foutrement emmerdant lorsqu’on a touché du doigt le divin et les expériences illicites les plus excitantes !!! Mais Zack est surveillé constamment donc à défaut de se jouer de la vie d’autrui comme il pouvait le faire autrefois, il va utiliser son vieux masque pour jouer les justiciers et se taper les jolies blondes salopes du service comptable de sa boite ! Oui mais voilà lorsqu’on est doté d’une force surhumaine et qu’on se promène d’immeuble en immeuble ce genre d’exploits passe difficilement inaperçu et réveille les consciences, aussi bien d’un côté que de celui des anciens amis trahis. Zack va donc malgré lui se retrouver dans une aventure où il va retrouver ses origines et beaucoup de connaissances ainsi qu’un nouveau souffle à son existence… La voix off si caractéristique des polars trouve un second souffle en rendant sympathique un personnage qui n’est pas censé l’être. Le tout est fait avec une légereté que je n’avais pas vu venir. Zack est un personnage dont le passé trouble va se révéler au fur et à mesure mais c’est trop tard : le lecteur a de l’empathie pour ce personnage qui s’amuse comme un gosse, culbute sa collègue bourrée déguisé en père Noël ou en imitateur masqué et se fait manipuler par son collègue. Pourtant l’histoire va clairement avancer sur ses origines non sans distiller des scènes d’action d’une tension et d’une maitrise absolue comme cette attaque dans le centre commercial. Zack n’est pas le seul et on en veut pas mal à sa peau ! Brubaker nous trimballe d’un versant à l’autre avec une facilité déconcertante, appuyant les origines de ces êtres surpuissants et différents avec beaucoup de crédibilité et de vraisemblance. Le résultat est tout simplement prodigieux car on sent Philips peut être s’amuser davantage à dessiner ces dessins flashy dans des situations improbables et jubilatoires (voir la manière dont Zack chute de son appartement dynamité dans le second tome). Les auteurs jubilent et entrainent le lecteur dans leurs délires. Ce n’est jamais ennuyeux ni déjà vu mais complètement divertissant et excitant ! Le second tome est un peu en deçà car il utilise des codes déjà mis en places dans le premier volume mais reste très agréable à lire. Les diverses révélations s’enchainent crescendo rendant la lecture palpitante comme un bon vieux pulp des années 50 dans un monde contemporain et crédible. Brubaker tisse un univers palpitant à travers quelques flashbacks et des enchainements qui coulent de source sans oublier les femmes fatales chères à ces deux auteurs ! :) J’ai trouvé ça très fort et surtout très frais car il est de plus en plus difficile de trouver des histoires originales sans passer par la case Marvel et ses trames inutilement alambiquées. Incognito est un pamphlet prèt à déguster qui se boit comme un apéro bien frais. Du pur fun qui dépasse Criminal dans un domaine où je n’attendais rien de ce duo. Reste à lire Sleeper dont Incognito s’inspire pas mal mais j’ai réellement hâte d’en lire la suite. Très très chouette pour peu qu’on se laisse porter par le talent de ces deux auteurs, Incognito porte vraiment mal son nom et mérite toute votre reconnaissance. S’il y a bien un récit qui ne doit pas rester incognito c’est bien celui-ci, I BELIEVE IN ZACK OVERKILL le plus cool des super méchants !
Le Troisième Testament - Julius
Je poste mon avis après lecture du tome 2 qui vient juste de sortir. Le Troisième Testament premier du nom est une de mes séries favorites, une excellente combinaison entre aventure, enquête ésotérique et fantastique. On retrouve les mêmes ingrédients qui ont fait sa réussite dans cette suite qui fait figure de préquel. Bon je ne vais pas faire un long résumé (lire les autres avis pour ça) et pour faire cours, Le Troisième Testament : Julius se déroule à l’aube de la chrétienté, quelques décennies après la mort du Christ où l’on suit Julius Publius Vindex, légat de Rome et que les lecteurs du Troisième Testament connaissent mieux sous le nom de Julius de Samarie, le fameux prophète disparu. Alors pas besoin d’avoir lu la série d’origine pour commencer Julius mais personnellement je le recommande car comme je l’ai dit plus haut, Julius reprend un peu les mêmes recettes que son aîné, tant au niveau du dessin que de la trame du récit. Le Troisième Testament 1 et 2 sont avant tout un spectacle hollywoodien avec un graphisme soigné et recherché et en plus un scénario qui tient bien en haleine. C’est un peu comme Star Wars dans le sens où il faut d’abord avoir vu la première trilogie, ça permet de ne pas tout révéler et de maintenir la curiosité du lecteur. Pour aborder la BD en elle-même, faute de temps ce n’est pas Alex Alice qui est au dessin pour le tome 1 mais Robin Recht, Alice s’occupant du scénario et Xavier Dorison l’aide dans l'écriture et supervise la cohésion de l’ensemble. Le style de Recht m’a beaucoup plu, tout aussi dynamique que celui d’Alice avec des cadrages inspirés des films de cinéma, son dessin par contre est plus proche d’un Mathieu Lauffray je trouve, avec ce côté parfois un peu crayonné, enfin bref, on est dans la continuité de la première série malgré les années d’écarts et le changement de dessinateur. Mais ça ne m’étonne pas car tout ce petit monde travaille ou travaillait parfois dans le même atelier avec aussi Bajram, Montaigne, qui dessine le tome 2 etc. D’ailleurs le tome 2 démontre le professionnalisme de ces auteurs là car souvent un changement de dessinateurs n’apporte que des emmerdes mais ici c’est encore une réussite, et même mieux, je trouve le graphisme de Montaigne plus plaisant en cela qu’il est un poil plus réaliste tout en gardant les qualités de Recht. Julius reprend les mêmes recettes que Le Troisième Testament, les qualités comme les défauts. Alors personnellement ça ne m’a jamais gêné mais beaucoup reprochent au Troisième Testament le découpage du récit qui traîne parfois en longueur pour finalement tout dévoiler dans l’ultime album (4 tomes dans les 2 séries). Dans Julius, c’est la même chose : le premier tome a mis en place les personnages et dans le second on commence à rentrer dans le concret. Si le premier tome offrait 80 superbes pages, le second est plus classique avec 50 pages, et d’après une interview d’Alice il devrait en être de même normalement pour le 3ème album. On pouvait se poser la question de savoir si Le Troisième Testament Julius serait à la hauteur de son aîné après lecture du premier tome mais maintenant que le deux est sorti, je suis quasiment sûr qu’on se dirige vers une série immanquable encore une fois.
Gipsy
Si tu aimes les gros bras adeptes de leur corps, misogynes, qui boivent de la bière et font l'amour à leurs camions alors cette BD est pour toi. Il y a des femmes voluptueuses en tenues sexy, des bourrins bodybuildés qui tapent avant de réfléchir, des combats aux couteaux, des courses de camions, de l'humour... bref c'est l'aventure. Des steppes de Sibérie en passant par l'Europe pendant la coupe du monde de football, puis au Moyen Orient pour finir en Amérique Latine, on voyage les histoires ne se ressemblent pas, donc on ne s'ennuie pas. On s'attache à Tzagoi et sa personnalité sans se prendre au sérieux, un peut à la manière d'un James Bond on veut le voir enchaîner les conquêtes féminines (s'en est énervant de voir la facilité qu'il a), défoncer la gueule à tous ceux qui lui marchent sur les bottes, écouter de la musique traditionnelle tzigane et jouer du violon pour transporter des compotes pour bébés ou du caviar. Humour savamment dosé, scènes d'actions qui s'enchaînent, personnages secondaires charismatiques sans entrer dans la caricature, bon découpage des cases avec certains plans cinématographiques. On notera une évolution du dessin entre le premier et le dernier album qui ne cesse d'évoluer en bien pour finalement arriver à maturité et obtenir sa propre identité. Pour une fois qu'on a une bande dessinée qui est ce quelle prétend être ça fait plaisir. Merci Messieurs MARINI et SMOLDEREN, à quand le prochain?
Cercle vicieux
Petit livre, mais belle réussite que ce Cercle Vicieux, dont le titre et la couverture nous narguent, nous promettent la solution à la petite énigme délivrée par l'histoire. Le procédé, proche des idées de l'oubapo, n'est peut-être pas nouveau, mais il est ici très bien exploité. Et n'étouffe pas la narration, loufoque à souhait. Un exercice de style, mais avec du style ! Les personnages rondouillards, assez récurrents chez Lécroart (en tout cas dans ses livres de la collection Mimolette de l'Association), collent je trouve très bien à cette histoire. C'est vraiment une des plus belles réussites de l'auteur (dont je vous encourage fortement à découvrir les autres productions !!!), dont je recommande la lecture et l'achat (peu coûteux), comme une porte d'entrée vers d'autres œuvres proches par l'esprit (du même auteur ou de M. A. Mathieu par exemple).
Okko
Okko est une série qui reprend les codes de l’heroic fantasy mais réussit avec brio à les retransmettre dans le japon médiéval. En cela, on a un groupe homogène d’aventuriers constitué d’Okko le rônin, Noburo un puissant guerrier immortel à moitié démoniaque, Noshin le moine capable d’invoquer les divinités, et le jeune Tikku qui fait office « d’écuyer » d’Okko et que l’on voit à chaque début et fin de cycle dans la peau d’un vieux maître racontant les exploits de ce groupe. Je suis vraiment tombé sous le charme de cette série car j’aime les histoires de samouraïs, les romans d’Eiji Yoshikawa, mais à part Dragon Ball je ne suis pas spécialement féru de manga. Je trouve les séries souvent trop longues, destinées pour les trois quart à un public adolescent, et le noir et blanc fini par me lasser. Alors même si la construction des personnages et l’histoire sont assez classiques de prime abord, Hub réussit le pari de marier un dessin à l’occidental on va dire, tout en respectant la mentalité et la culture nippone (on a même des sous-titres pour certains termes pas toujours évidents), donc pour ça chapeau ! Alors le dessin me plaît beaucoup et est d’une grande maîtrise technique, précis, les expressions faciales sont toujours justes, les combats au sabre sont dynamique, les décors et paysages changent au fur et à mesure qu’on change de cycle. Imaginez une aventure de 120 pages se déroulant dans un monde entièrement constitué d’eau et d’îlots puis un deuxième qui change radicalement avec des forêts noires et des montagnes titanesques (un cycle très lent j’avoue) et enfin un troisième cycle ayant pour thème l’air (mon préféré). Mais si le dessin est grandiose, la vrai claque est venu du coloriage, juste exceptionnel ! Des couleurs vraiment éblouissantes sans exagérer, très variées. C’est ça que j’attends d’un récit d’aventure, qu’on m’en mette plein la tronche avec des changements géographiques, de cultures, un bestiaire de créatures mythologiques… Bon petit bémol tout de même, Hub distille au compte goutte les informations sur le passé de nos héros, ce qui fait qu’au tome 8 (10 de prévus) on ne sait toujours pas grand-chose sur leur passé et il a fallu attendre le cycle de l’air pour en savoir un peu. Et j’ai l’impression qu’Hub va nous laisser dans le flou jusqu’à la fin mais peut être que je me trompe. Un dernier point concernant l’achat : Okko étant un véritable phénomène, il existe plusieurs éditions parues et à différents prix. Il y a l’édition normale de 2 tomes par cycle qu’on trouve chez tous les vendeurs ; celle en coffret comprenant les 2 tomes où le prix augmente radicalement alors que bon, c’est juste un beau coffret. Pour ma part je compte acheter les éditions en intégrale, un tome par cycle, un prix correct (18,99e neuf) pour une bd qui dépasse la centaine de pages et est plus pratique. Après il existe aussi les tirages de têtes qui sont vraiment réservés aux collectionneurs mais qui ne sont pas des intégrales. De plus, je ne les conseils pas car déjà, c’est en noir et blanc (or la couleur est le gros point fort de la série) et pour quasiment le même prix on peut se payer l’édition vraiment ultime que je kifferai de m’offrir si j’étais pété de tune : les éditions sorties chez Bruno Graff. Celles-ci sont des versions en intégrale de luxe (tranche toilé) ET en couleurs ET fournies avec des ex-libris.
Big Baby
De prime abord, Big Baby n'avait rien d'attirant à mes yeux, ni ce titre peu évocateur, ni cette couverture limite hideuse avec cet enfant monstrueux à tête de foetus ou d'alien de l'area 51 !!! Seule la 4ème de couverture avec ses jouets mélimélo me rappelant un vieil album des Cocteau Twins et l'espoir de lire un nouveau titre de Charles Burns m'ont convaincu d'aller au delà des apparences... Et bien mal m'en a pris car voici à nouveau une petite pépite du catalogue Cornelius... D’ailleurs une fois le bouquin refermé, j’ai beaucoup pensé au film « Blue Velvet » de David Lynch qui n’avait pas son pareil pour dépeindre une violence désincarnée et absurde derrière les volets d’une petite bourgade américaine tranquille et « propre » sur elle… Big Baby, c’est un peu tout cela au travers des yeux volontairement obliques d’un enfant de la classe moyenne. Tony est un enfant unique et choyé par ses parents malgré son physique peu engageant et guère charismatique. Ce « Big Baby » raffole de comics qu’il lit à la tombée de la nuit seul dans son lit et rompt consciemment ou inconsciemment les limites de son imaginaire en ne faisant plus qu’un seul univers avec le réel. Une piscine en construction chez le voisin ? Tony y voit une sombre invasion d’hommes taupes dans ce carré mystérieux chaque nuit… Deux ados en proie à une maladie vénérienne ? L’enfant perçoit une menace extra-terrestre digne des EC Comics ou autres 4ème dimension. Les récits sont palpitants et suffisamment bien construits pour y semer le doute. Burns est un maître de la narration et il sait rendre extraordinaire une histoire à priori banale sans jamais remettre en cause le surnaturel qui intervient presque de façon insidieuse dans le quotidien. Quelle est la part de vérité ou de fantasme ? Difficile de le dire ou de le prévoir mais là où certains trouvent ce style « glacial », je le vois plus comme une ode à la jeunesse avec cette peur du noir et toutes ces histoires que tout enfant inventait au fond de son lit pour se faire frisonner ou se rassurer. Le point d’orgue intervient avec la dernière histoire « Blood Club » avec une maitrise absolue dans la description de ces camps d’ados où il fallait faire un tas de trucs débiles pour se rendre intéressant auprès des autres… Aucun doute possible : Big Baby c’est Charles Burns lui-même, un « grand enfant » qui signe avec ce bel ouvrage une sortie en apothéose vers l’âge adulte. Non content de livrer un dessin impeccable et des histoires dont on a de cesse de vouloir en connaitre le dénouement, j’ai ressenti de la tendresse et une certaine poésie plus mélancolique que macabre. De surcroit l’histoire relatant les « maladies » des deux ados est une ébauche qui servira plus tard de base à l’auteur pour établir son gigantesque Black Hole. Big Baby est une grande œuvre méconnue et une introduction parfaite au monde de Charles Burns dont vous gouterez et savourerez ses histoires décalées. Voici une excellente entrée en matière dans les comics underground de qualité. Vraiment excellent comme le dit Piehr en plus de proposer un hommage alternatif et respectueux aux années 50.
Yiu
Oui je sais, "culte" est un peu fort pour cette BD, j'en conçois. D'autant plus qu'elle n'est pas parfaite, le scénario est léger (l'église envoie une tueuse à gage tuer l'anté-christ, ça y est les 7 albums sont résumés), les dessins ne sont pas exceptionnels (même s'ils s'améliorent au rythme des albums). La série se résume à une succession de scènes d'actions violentes bourrées de stéroides et autres psychotropes. Ca décapite, ça explose, ça brûle, on s'injecte des stimulants et on repart. Dans un sens ça ressemble à un jeux vidéo, ou notre personnage évolue dans un donjon et affronte boss après boss. Dans cet BD pas de sentiments, tout le monde ramasse, on a à peine le temps de s'attacher à un personnage qu'il se fait dépecer. Pourtant la force de Yiu (à mon sens), réside dans son ambiance, dans tous ces petits détails qui parviennent à nous faire croire à l'existence de cet univers: l'Australie hyper-protectrice de ses frontières (bon ça c'est comme dans la vrai vie...), attentats, religion, sectes (c'est quoi la différence entre les deux?) , un guerrier relié à un babouin par un cordon ombilicale, des soldats hultra-protéinés, les émeutes, la folie des gens... . Voilà donc pourquoi j'ai mis "culte" car Yiu a su créer son propre monde. Petite parenthèse: le tome 1 est sorti en janvier 2001, soit avant le 11 septembre et tous les éléments qui s'en sont suivit. Je n'irai pas jusqu'à dire que les auteurs sont des visionnaire (loin de là), mais je tenais tout de même à soulever le fait que le scénariste n'a pas attendu les événements récents pour écrire sont histoire de guerre de religion et d'attentats en tout genre.
Gaston Lagaffe
Gaston. Comme le gars Raoul des Tontons flingueurs, un simple prénom qui a la capacité d'étirer les zygomatiques. Gaston Lagaffe. Une série "patrimoniale" de la bd franco-belge, et comme toute série qui "dure", il a connu des (très) hauts et quelques moins hauts. Mais, fait remarquable, le niveau s'est toujours maintenu élevé, et tous les strips m'ont au minimum arraché un sourire, et la plupart du temps une bonne rigolade, même après rererelecture ! Franquin. Un coup de crayon simple, mais au combien efficace, au service d'histoires, d'idées simples elles aussi, mais qui font mouche - peut-être suis-je trop cœur de cible? Même si Franquin a eu recours à des collègues/copains de chez Dupuis (Jidéhem par exemple) pour certains gags, son imagination sans borne me laisse pantois. Série commencée en catimini dans Spirou et qui s'est poursuivie sur un grand nombre d'années, Gaston Lagaffe permet de voir évoluer et se perfectionner le style de Franquin. Cela lui a aussi permis de créer une fabuleuse galerie de personnages secondaires, qui ne sont pas des faire valoir. Le chat surexcité, la mouette rieuse déprimée, De Maesmeker et le running gag de ses contrats jamais signés, les alter égo de-chez-Smith-en-face ou d'ailleurs, Mademoiselle Jeanne et les représentants de l'autorité, du bon sens que sont Fantasio, Prunelle, mais aussi Longtarin, tout un univers, dans lequel Lagaffe traine son inadaptation au principe de réalité. Comme Franquin, nous avons tous un Gaston en nous, plus ou moins refoulé. Et quel visionnaire dans l'inutilité que ce Gaston ! Gaston Lagaffe n'est pas le premier ni le dernier anti-héros. Mais ce n'est pas un loser. On ne s'apitoie pas sur son sort, on l'envie. On envie sa soif de vivre, sa volonté de faire abstraction des contraintes : que du positif, pour ce personnage qui cumule les échecs ! L'achat de Gaston Lagaffe devrait être remboursé par la Sécurité sociale ! Sinon, je préfère la seconde période ou période Prunelle à la période Fantasio, pour les gags, mais aussi parce que le dessin est devenu plus abouti. Mais je recommande la lecture et relecture de l'ensemble des Lagaffe, ce rêveur doux dingue qui ne voit le mal nulle part, alors qu'il semble être partout dans les Idées Noires (lecture au moins aussi réjouissante pour découvrir l'autre facette du génial Franquin).
Pinocchio (Winshluss)
Peut-on faire du neuf avec du vieux ? Si elle s'était posée, la question ne se pose plus avec cette version de Pinocchio de l'excellent Winshluss. Cette BD a plusieurs vertus. D'abord de ne pas laisser dans mon esprit le monopole à Disney pour alimenter mon imagination concernant la petite marionnette. Pour le coup on ne peut pas confondre les deux versions ! Ensuite peut-être de permettre à l'auteur d'élargir son lectorat ? Je fais ici cette hypothèse sans bien savoir si elle est pertinente. En tout cas, entre Wizz et Buzz et d'autres séries plus underground, la palette de Winshluss s'étend aux confins de l'infini... Le livre renouvelle la vision de l'histoire et se refuse à ronronner, en multipliant les temps de respiration, les changements de rythme ou de style. C'est noir, parfois très noir, mais aussi drôle et poétique (une poésie noire là aussi évidemment): une relecture d'un classique qui a tout pour devenir elle-même classique, une très grande réussite ! Quant à l'objet livre en lui-même, Les Requins Marteaux ont fait fort: le ramage est au niveau du plumage. A lire absolument (et ce d'autant plus facilement que j'ai cru voir récemment une version en format plus petit mais surtout au prix moins élevé réédité par Les Requins)...