J'attendais d'avoir lu la totalité des albums pour donner mon avis ; et bien comme beaucoup je trouve cette série formidable ; à posséder absolument et à classer au panthéon de la BD.
Nous voila face à une superbe histoire très bien écrite et merveilleusement contée renfermant un univers original et incroyable peuplé d'innombrables personnages vraiment attachants ; mais aussi de l'aventure, de l'action, beaucoup d'humour, des histoires d'amours contrariées, de la poésie, de nombreuses références à des films ou des oeuvres littéraires; le tout desservi par de très beaux dessins (quoique d'un style assez spécial).
Bref, une série impressionnante de maîtrise qui parvient à nous séduire tout au long de ses 10 tomes ; une des rares qui plaira aussi bien à un public féminin que masculin et de toutes générations confondues ; en deux mots : chapeau l'artiste.
Une saga familiale au travers de la lutte de deux familles dans le milieu des grands cabinets d’avocat aux manières des "Maîtres de l’Orge". Un scénario béton et un dessin agréable, sobre et élégant. Une couverture accrocheuse. De la maîtrise également dans la narration. La lecture est très agréable. On suit avec plaisir cette enquête judiciaire bâtie sur un fond historique. Une réelle bonne histoire servie par une qualité de dialogues et une authenticité des personnages. Par ailleurs, le trait du dessinateur contribue à l’esprit de ce récit. Bref, un très bon cocktail !
Je me rappelle que mon vendeur de bd habituel le proposait très souvent aux clients hésitants à la recherche d’un bon scénario. Pour ma part, je ne me suis pas laissé prier. Les deux premiers tomes ont été publié assez rapidement puis plus rien. On attend un troisième tome qui est à chaque fois repoussé. C’est dommage car on avait bien l’histoire en tête puis cela s’estompe petit à petit. J'ai appris plus tard que le retard de cette publication était lié à l'état de santé du dessinateur. Après coup, on se dit qu'on a réagit un peu égoïstement...
Le tome 4 vient clore une excellente série initiée par Malka et Gillion. Ce dernier est malheureusement décédé à l’âge de 85 ans après de bons et loyaux services dans le monde de la bande dessinée. Personnellement, j’appréciais beaucoup son graphisme. Le remplacement s’est fait au profit d’un système photoshop sur certaines vignettes à l’image des romans- photos. Je dois dire que je ne suis pas vraiment satisfait du résultat que je juge trop artificiel et dénaturé. Je sais que c’est actuellement la grande mode. Cependant, cela me dérangerait moins sur une nouvelle série qui choisit d’emblée ce procédé de facilité. Ce dernier tome est d’ailleurs dédié à Paul Gillion qui se retournerait peut-être dans sa tombe, lui qui avait le talent du dessin bien fait.
Concernant le fond, je suis d’accord qu’il fallait terminer l’histoire de cette saga familiale. Sur un plan historique, après les horreurs de la seconde guerre mondiale commises par les nazis sur les populations juives, on va avoir droit à celles des victimes du maccarthysme. C’est intéressant mais il était temps véritablement de clôre le chapitre.
Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.5/5
Etrange OVNI (Oeuvre Visuelle Non Identifiée) que cet ouvrage là.
Petit format compact, épais, je me suis dit que si je l'ouvrais, la lecture allait forcément me prendre du temps. 284 pages ! Pensez donc !
Malheureusement, la couverture ne m'inspirait pas, le trait, la couleur, la composition, tout dans cette page me repoussait. Un trait brouillon, des couleurs qui ne réussissent pas à cacher les défauts du trait et une composition qui ne lève aucune question particulière mais laisse plutôt entrevoir un sujet banal et soporifique.
Bon, mon ami me l'a prêté, voire chaudement conseillé sa lecture, je dois donc lui faire confiance.
J'ouvre.
Malheur ! Le dessin de la couverture est le même que celui à l'intérieur ! J'ai bien du mal à me convaincre...
Allez, je me lance. Et là, c'est la révélation, je comprends mon ami et son coup de cœur. Je comprends tout : le dessin, la couleur directe, la composition !
Ce père et sa fille parcourent les USA sans but, en vacances à la recherche d'une bonne surprise. Nous ne savons pas ce qui s'est passé exactement, mais nous avons l'impression que le père cherche à fuir une partie de son histoire récente. Il semble perdu, rempli de désillusion, légèrement amer.
Sa petite fille, toute mignonne, semble subir ce voyage en voiture où elle n'a rien à faire, surtout avec ce père distant, peu loquace qui ne sait pas donner de sens à leur voyage, à leur vie...
Alors, pensez donc ! Quand il croise Bill, un handicapé en fauteuil roulant qui cherche un magicien pour lui redonner ses jambes, la petite fille trouve enfin un but à son histoire. Un magicien ! Quoi de mieux pour faire rêver un enfant ?
Le père désabusé accepte de prendre Bill en stop.
Et l'aventure peut réellement commencer !
Le trio va parcourir les routes Américaines, rencontrer de nombreuses personnes. Bill va redonner de l'espoir à Tweety et Tweety va aider Bill à continuer d'y croire.
Le voyage physique prend alors une tournure, fantastique. Enfin... Jamais nous ne saurons réellement démêler le rêve de la réalité, le fantastique du mystique, le délire de la raison terrestre. Nous allons sombrer avec Tweety, son père et Bill dans un monde où tout peut se produire, où les rêves croisent notre réalité. Où un autre monde s'ouvre à ceux qui veulent l'accepter.
Progressivement cet état va augmenter, enfler et nous emporter sans même que nous ne nous en rendions compte. Comme les protagonistes, l'auteur Matthias Schultheiss, maîtrise son récit afin de nous emmener avec lui dans d'autres contrées. C'est brillant, c'est beau, c'est lyrique, c'est magique.
Et pour cela, il va s'appuyer sur son dessin si particulier. Je ne l'aimais pas au début, je l'adore à la fin.
Matthias Schultheiss maîtrise son art de manière très personnelle et cela fait mouche.
Si son trait peut paraitre brouillon, l'ensemble aidé de magnifiques couleurs directes et d'une composition au final excellente nous font plonger au cœur de cette histoire avec aisance.
Voilà pourquoi je lis de la BD.
Pour de telles réalisations. De la BD qui confine réellement à la littérature. Pour de la littérature qui sait utiliser le graphisme pour faire passer des émotions, utiliser les silences, faire comprendre les interrogations et les non-dits.
L'ambiance de cet album est aussi due à sa construction particulière. En effet, tous les dialogues sont détachés des cases. les seuls phylactères sont ceux de la voix off, minimaliste.
Les textes sont présentés comme dans un roman classique, lettres noires sur fond blanc, à côté des images.
Les images prennent donc plus de poids, débarrassées de leur contraignantes paroles. Les images donnent encore plus le sentiment de solitude, de lenteur. On sent d'autant plus le pouvoir des longs moments silencieux entre le père et sa fille. Chaque instant peint et dépeint donne l'impression d'un instantané, d'un moment de vie prit sur le vif dans l'histoire de ce père qui se cherche et de sa fille, Tweety, qui enfin a trouvé une raison à son voyage.
La fin, magnifique permet de clore ce livre sans regret, si ce n'est celui d'avoir déjà à refermer ce livre...
Avec ce projet ambitieux et au long cours que sont les Cités obscures, les deux démiurges belges Peeters et Schuiten ont contribué à donner à la BD ses lettres de noblesse en créant un monde vaste et complexe, ne négligeant aucun aspect qu’il soit géographique, historique, technologique ou architectural (un peu comme avait pu le faire Tolkien en matière de littérature). Chacun des épisodes peut se lire indépendamment les uns des autres mais tous restent reliés par un même fil rouge : l’univers parallèle des Cités obscures, inspiré de notre monde terrestre au XIXème siècle en mode futuriste (comme si Jules Verne en était le concepteur), avec des jours et des années de même durée mais avec un calendrier différent, avec des villes dont le nom évoque parfois celles que nous connaissons (Pâhry, Brüsel, Genova…), avec des êtres semblables qu’ils soient humains ou animaux…
Mises à part toutes ces différences de l’ordre du rationnel, cet univers est toujours d’une étrangeté troublante, car si certains aspects évoquent le nôtre par ses technologies, son architecture et ses administrations toutes aussi écrasantes les unes que les autres, le fantastique n’est jamais bien loin, toujours prêt à ouvrir une brèche dans les certitudes gravées dans le marbre. Pour tout lecteur normalement constitué, il s’agit d’une expérience unique, car à peine a-t-on le temps de s’habituer à l’univers proposé (chaque cité ayant sa spécificité) que déjà les murs se fissurent et le sol s’ouvre sous vos pieds, perturbant la logique qu’on avait cru pouvoir échafauder depuis le début du récit, vous projetant de nouveau dans une nouvelle dimension… un peu comme dans un jeu de poupées russes, dont chacune abrite le morceau d’un puzzle mystérieux et gigantesque. Les personnages quant à eux semblent évoluer dans un monde dont les enjeux leur échappent complètement, à la manière de marionnettes désincarnées… L’architecture tient aussi une place très importante dans l’univers des auteurs, au point d’apparaître souvent comme le personnage central.
Le dessin est tout à fait adapté à la philosophie de cette série, de par sa ligne claire, son style à la fois sobre, détaillé et rigoureux, avec des cases alternant les scènes les plus intimes avec les décors les plus grandioses. Un style qui pourra peut-être paraître désuet à certains, mais que d’autres pourront fort bien juger intemporel et poétique… Cela étant, les deux auteurs ne s’interdisent rien et au fil des tomes, explorent des techniques graphiques variées, passant du noir et blanc à la couleur, alternent les formats (à la française, à l’italienne, texte avec illustrations en pleine page, guide de voyage…).
Ces mondes obscurs parallèles peuvent être vus comme un miroir tendu au nôtre, comme une sorte d’image inversée, dont plusieurs thématiques traversent toute la série : l’étrangeté de notre monde, la solitude de l’être humain face à la machine administrative omnipotente et froide, l’architecture utilisée par le pouvoir politique pour tenir en respect les citoyens, la démesure architecturale vouée à l’échec, le grain de sable s’insinuant dans les rouages d’un système trop bien huilé, la croyance inébranlable envers le progrès, lui-même porteur des germes du chaos, la femme et la sensualité comme refuge face à un environnement inhumain…
Une série de grande qualité d’après moi incontournable pour tout amateur de bédé qui se respecte. D’ailleurs, si la bande-dessinée devait être enseignée un jour à l’université, je ne doute pas un instant que cette fantastique série fasse référence chez les enseignants… C’est pourquoi j’attribue 5 étoiles comme note globale, même si la moyenne est de 4.
1 - Les murailles de Samaris - Derrière les façades…
2 - La fièvre d'Urbicande – Quand l’insignifiant menace l’ordre établi
3 - La tour – Une fable sur l’arrogance
4 - La route d'Armilia - Carnet de voyage vernien
5 – Brüsel - What goes up must come down
6 - L'enfant penchée – L’imagination contre la mesquinerie et la bêtise
7 - L'ombre d'un homme - La vengeance d’une ombre…
8 - La Frontière Invisible, tome 1 – Jeux avec frontières
9 - La Frontière Invisible, tome 2 – La frontière est la mère de la guerre
10 - La Théorie du grain de sable – Grain de folie
11 - La Théorie du Grain de Sable, tome 2 – L’effet boomerang en pratique
12 - Souvenirs de l'éternel présent – Un livre pour enfants sombre et surréaliste
13 - Le Retour du Capitaine Nemo – Poulpe fiction !
101 - L'archiviste – Les portes de l’imagination
Et bien pour une surprise, voici une sacrée surprise car ce Mahârâja ne constitue ni plus ni moins que la meilleure bd cul que j’ai pu lire depuis bien longtemps.
Oh certes il y a « Premières fois » qui reste dans le peloton de tête mais de mémoire je n’avais jamais lu un récit long aussi excitant, drôle et avec une véritable histoire !
Artoupan arbore un style qui me rappelle celui de Toulouse Lautrec, couleurs d’époque flamboyantes en prime et ça tombe bien car l’histoire se déroule en début de XXème siècle avec une sombre histoire de diplomatie lors de la venue d’un Mahârâja en Italie soupçonné de comploter avec l’Axe.
Cependant les services secrets britanniques veillent en envoyant une sorte de super agent prude proche d’un Dupondt pour le surveiller. Le principal de l’action sera d’ailleurs le point de vue de cet espion qui n’aura jamais vécu une si vaillante mission :)
Pendant ce temps, les Allemands essayent de prendre contact avec le fameux monarque indien. Deux officiers et une nymphomane ne seront peut être pas de trop pour appâter le chaland !!!
Et le Mahârâja me direz-vous ? Etant donné qu’il n’est pas très bavard mais particulièrement actif, les leçons de Kama Sutra qu’il prodigue ne seront pas uniquement destinées à ses concubines mais également à tout le personnel de la villa d’Este qui lui sera bien vite dévouée, de la jolie directrice rouquine expérimentée à la soubrette débutante pour un séjour qui va rester dans les annales !!!!!!!!!!!!!! :):):)
De la couverture à la mise en page nerveuse et aux fameuses scènes coquines, tout est véritablement réussi dans ce joli livre et en plus on rit de bon cœur ! Non franchement, à l’exception d’un épilogue malin mais un peu trop rapidement expédié, Brrémand euh Labrémure réussit son pari haut la main (l’autre étant occupée probablement :) ) et j’ai hâte de revoir Artoupan nous renouveler cet exploit graphique.
Un seul reproche ? C'est trop court ! Mais pour une fois ce qui est court peut être bon ! :)
Après la lecture de ce chef d’œuvre, je fus bloqué, incapable d’écrire le moindre avis tant il me semblait que tout ce qui pourrait être écrit sur cet opus serait futile, incomplet et ne saurait rendre hommage à l’œuvre. Alors j’ai relu, la relecture fut encore plus agréable, comme si on découvrait certaines saveurs qui nous avaient échappé dans un premier temps. De bombe assourdissante en lecture initiale, l’opus se couvrait de miel, ce qui devenait nettement plus digeste pour tenter de faire partager cette expérience narrative.
Tout au long des pages vont se mêler trois thèmes principaux. L’amour tout d’abord, thème majeur et perpétuel fil d’Ariane du récit, le soufisme ensuite qui se verra très largement représenté, aussi bien dans sa partie mystique que dans une inspiration graphique, l’écologie enfin comme vecteur de l’évolution humaine des relations sociales.
Cet étrange mélange se construit dans la déclinaison mystique du carré magique issu de l’analyse numérique en base 10 chère à nombre d’amateurs ésotériques à l’époque médiévale. Ce carré magique connu dès le VIIème siècle par les mathématiciens arabes l’apprenant en Inde, repris au cours du temps pour trouver une signification magique au XIIeme siècle. Et voici pourquoi je parle de soufisme et non d’islam au sens plus large, cet opus est rempli de la logique soufi de distinction entre l’aspect extérieur apparent et l’aspect intérieur caché. Nos protagonistes sont toujours en quête de se mettre en état de comprendre cet aspect mystique sacré. Et là nous arrivons dans le pur soufisme et cette croyance que Mahomet avait reçu en même temps que le Coran des révélations ésotériques qu’il n’aurait partagées qu’avec quelques compagnons…
De fait présenter cet opus comme une recherche sur l’Islam me semble erroné, il s’agit plus à mon sens de monter ce chemin entre Eros et Agape (concept très chrétien) par le biais de la culture soufi, l’important résidant dans le cheminement du rapport au corps et à l’amour de nos deux héros illustrés dans des extraits coraniques et leurs interprétations.
Au premier degré le récit nous parle de la difficile condition de deux orphelins tous deux contraints de vendre leur corps pour survivre. S’attachant l’un à l’autre ils développeront des relations de protection mutuelle évoluant d’un mère-fils à un homme-femme unis. Le tout se fait au milieu d’une civilisation traditionnelle arabe présentant à terme une conscience écologique contemporaine en montrant les conséquences de l’appropriation des ressources naturelles par une logique capitaliste et les conséquences de la focalisation de l’attention sur le « palais de cristal » (Cf Peter Sloterdijk) en omettant toute la périphérie nécessaire qui tente simplement de survivre. A ce niveau le récit paraitra certainement un peu trop conte de fées, mais cela reste du bon roman.
Mais la lecture de l’évolution de la relation amoureuse de nos deux héros me semble nettement plus intéressante et riche. Il y a tout d’abord cette découverte de la sexualité, brutale pour elle, inhibée pour lui. Celle-ci s’accompagne par cette recherche du caché à l’intérieur de l’apparent, par le biais de la mise en parallèle des sagesses coraniques. A ce propos la majeure partie des mythes repris figurent dans les trois monothéismes et ne sont pas spécifiques au Coran. La mise en branle poétique se fait par le graphisme envoutant et la mystique soufi qui permet de sortir d’une condition matérielle pour rêver à l’immatériel et transcender un contexte. Toute la violence, tout le besoin tous les questionnements se mêlent dans une frise infinie. Puis vient la séparation, chacun suit sa route en se rappelant de cet éros initial un peu tabou encore. Les tribulations sont une fois encore soumises au principe d’initiation des choses cachées et trouvent un sens poétique là où il n’est que misère au premier degré. Les retrouvailles sont tragiques, car elles signifient pour les deux protagonistes la fin de l’Eros pur rêvé car souillé par le réel. Pourtant, par la découverte d’une relation non physique ils parviendront à ce don mutuel d’Agape qui sera explosion des sens bien au-delà d’un simple rapport physique. Question de vie et de mort, rapport à l’autre, tout ce qui nourrit l’amour sera exploré dans des conditions extrêmes pour finir par solidifier ce couple qui a la fin du récit démarrera enfin sa relation consentie amoureuse dans toutes ses conséquences et non sur le simple côté sensuel.
Chaque planche est un poème, chaque partie, une évolution ciselée, l’auteur ne fait pas de la reproduction, il donne un sens graphique au contenu des réflexions de ses personnages. La perpétuelle recherche de Dieu se retrouve dans les multiples fresques du récit.
L’ensemble forme donc un tout cohérent et sublime, message d’amour universel. Il en profite pour dénoncer au passage l’exploitation de ressources naturelles par des capitaux au détriment des hommes. Du fond à la forme cet opus se dévore, le lecteur pourra toujours trouver ce qui lui parlera tant le discours est multiple. Romanesque, poétique, symbolique, politique, graphique, mystique, didactique, fantastique, initiatique, Habibi est tout cela à la fois pour le plus grand plaisir du lecteur qui tient là un authentique chef d’œuvre.
(500)
Petite réécriture de cet avis pour essayer de le rendre plus objectif :
Alors allons droit au but : cette BD ne mérite pas un 5/5. Non, Messieurs-Dames !
Et pour cause : la BD contient tout de même une histoire "bateau" qui à le mérite d'explorer un territoire assez peu connu de l'univers de la bande-dessinée (de ce que j'ai pu lire) : l'homosexualité féminine. Dans un cadre strictement réaliste.
Certes, cette originalité est méritante, et l'auteure arrive à en tirer quelque chose de franchement bien. On a un récit qui ne tombe pas dans la dramatisation, ni dans la dénonciation pure, simple et gratuite. C'est un récit sensible, qui se concentre à la fois sur les difficultés que connait le personnage avec elle-même, mais aussi avec son entourage. De ce côté là, le récit est franchement très bien fait.
Mais d'un autre, il reste tout de même dans des bases classiques : la trame est très linéaire, on a le dénouement tragique "classique" d'un drame, les ingrédients habituels (la perte de confiance, les retrouvailles ...), quelques clichés peut-être un peu maladroit (le meilleur ami gay, l'homophobe/le tolérant ....) mais qui ne sont pas du tout un frein à la lecture.
Mais alors, me direz-vous, pourquoi une note maximale ?
Et bien parce que j'ai été charmé par cette BD. Qu'elle m'a ensorcelé jusque dans mon cœur.
Les raisons sont diverses : mon attachement à cette cause, le dessin qui me parle totalement (je suis devenu un fan inconditionnel de l'auteure, chaque case est pour moi un ravissement total), l'histoire qui m'a touché, et surtout l'ensemble de l'émotion qui se dégage de l’œuvre et qui m'a touché au point de me chambouler ma vie (l'expression n'est pas désuète).
Donc OUI, cette BD à des défauts, OUI, elle n'est pas parfaite, OUI, on peut ne pas aimer, mais je trouve que pour une première, l'auteure à fait un gros carton.
Et puis, cette BD est importante pour moi !
Depuis cette lecture, je suis tombé dans le monde de la bande dessinée. Ce fut mon entrée dans ce monde dans lequel je me plonge avec délice le plus souvent possible.
Et rien que pour cela, je ne remercierais jamais assez l'auteure. Merci Djou !!!
5/5 totalement subjectif, c'est un petit chouchou de ma bibliothèque.
Une BD simplement culte. C'est au delà de la critique.
Culte pour son dessin, qui semble au début très laid, très figé, mais dont on s’accommode très bien au final, malgré les couleurs criardes, et qui renforce l'histoire vu qu'on n'arrive pas à se concentrer sur autre chose
Culte pour ses personnages, qui sont tellement charismatiques, tellement intéressant. On les suit en permanence entre leurs ancienne vie et leurs actualité
Culte pour la construction du récit. Les bulles se mélangent, les cases défilent rapidement, obligeant parfois à relire une planche pour bien tout saisir. On est happé dans l'histoire sans pouvoir en décoller une seule seconde
Culte pour ses thèmes abordés : le devenir de l'humanité, la science, les hommes, leurs caractères, leurs vies .... Une BD qui prouve encore une fois que la philosophie est peut-être beaucoup plus présente qu'on ne le pense dans cet art qualifié de "mineur"
Culte pour la teneur du récit : sombre, pessimiste, ou les maigres bouffées d'optimisme sont rapidement noyés dans une noirceur et un esprit très sombre jusque dans la dernière case
Culte enfin pour son histoire, qui surprends totalement. Je dois dire que j'avais vu auparavant le film (et que donc j'ai eu un final pas mal gâché) mais que j'ai trouvé la BD encore bien au-delà de tout cela. L'enquête divisée en chapitre est prenante et on le lit d'une traite, les indices disséminés, les parallèles, les petites histoires sans importances, les mentalités des héros donnent naissance à une grande fresque dont on ne démord pas
En fait, ce récit m'a littéralement conquis. Je n'en démord pas. L'ensemble de l'ouvrage est d'une rare qualité, et je pense qu'il est impossible de faire mieux dans le genre. La science-fiction et l'uchronie servent ici un roman graphique simplement époustouflant. Une réussite totale.
Watchmen, un chef d’œuvre ? Je dirais même plus ... Un immanquable.
5/5 et mon coup de cœur du moment. Je suis sous le charme
Par où commencer pour vous parler de Daytripper?
Pourquoi pas par la fin ? Daytripper fait partie de ces bandes dessinées qui vous laissent au final un goût délicieux teinté de bonheur et de mélancolie. J’ai cette agréable sensation d’avoir découvert quelque chose de sensiblement différent : un récit sur la vie tout simplement, ni trop intimiste ni trop banal, qui démarre d’une idée géniale. Si la construction de l’histoire est des plus originales, c’est sans doute parce qu’elle nous offre un sympathique tour d’horizon de notre propre existence. Du moins, c’est sur notre propre vie - et notre propre mort - que ce récit semble tourné, avec ses similitudes et ses différences mais quoiqu’il en soit, les thématiques abordées restent universelles. Et dans cet exercice qui peut sembler périlleux voire impossible, les auteurs nous offrent un très beau moment de plaisir et de sincérité.
La lecture est facile, le récit est prenant et très bien rythmé. Si le questionnement a été pour ma part présent à plusieurs reprises dans ce livre, je dois dire que le plaisir de lecture fût réel et m’a beaucoup amusé. Cela semble parfait me direz-vous ? Et bien franchement, je ne lui trouve pas (beaucoup) de défaut à cette BD…
Comment ne pas complimenter l’approche graphique de l’album ? Le trait est dynamique et riche. La colorisation est splendide et confirme la qualité graphique de l’album déjà bien représentée sur la couverture. Je tiens également à saluer le travail de l’éditeur qui nous offre un album d’une qualité irréprochable.
Bref, cet album a été pour moi un vrai moment de plaisir qui me laisse une excellente impression. Je le garde bien précieusement dans ma bibliothèque et le relirai avec certitude. Un grand moment, chapeau-bas messieurs !
Que dire de plus sur cet ouvrage culte pour beaucoup d'amateurs de bd et de la Fantasy en particulier, si ce n'est que cette oeuvre intense et graphiquement superbe est à mon goût la bd la plus réussie du duo Van Hamme - Rosinski.
Il est vrai que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire ce récit qui met en scène un curieux personnage appelé J'on le Chninkel dans un monde perpétuellement en guerre, qui devient sans le vouloir "Le Choisi" c'est à dire le Chninkel élu par le maître créateur des mondes pour libérer son peuple.
Même si l'histoire reste classique dans le monde de la Fantasy, cet album nous transporte dans une quête dont on a du mal à interrompre la lecture.
Le dessin est tout simplement magnifique avec des détails hallucinants (avec une préférence pour la version en noir et blanc) .
Tous les personnages sont graphiquement parfaits.
Je ne peux que conseiller la lecture de cette oeuvre majeure dans l'univers de la Fantasy à tous les amateurs de ce genre mais aussi aux amoureux de belles histoires et de dessins somptueux.
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De Cape et de Crocs
J'attendais d'avoir lu la totalité des albums pour donner mon avis ; et bien comme beaucoup je trouve cette série formidable ; à posséder absolument et à classer au panthéon de la BD. Nous voila face à une superbe histoire très bien écrite et merveilleusement contée renfermant un univers original et incroyable peuplé d'innombrables personnages vraiment attachants ; mais aussi de l'aventure, de l'action, beaucoup d'humour, des histoires d'amours contrariées, de la poésie, de nombreuses références à des films ou des oeuvres littéraires; le tout desservi par de très beaux dessins (quoique d'un style assez spécial). Bref, une série impressionnante de maîtrise qui parvient à nous séduire tout au long de ses 10 tomes ; une des rares qui plaira aussi bien à un public féminin que masculin et de toutes générations confondues ; en deux mots : chapeau l'artiste.
L'Ordre de Cicéron
Une saga familiale au travers de la lutte de deux familles dans le milieu des grands cabinets d’avocat aux manières des "Maîtres de l’Orge". Un scénario béton et un dessin agréable, sobre et élégant. Une couverture accrocheuse. De la maîtrise également dans la narration. La lecture est très agréable. On suit avec plaisir cette enquête judiciaire bâtie sur un fond historique. Une réelle bonne histoire servie par une qualité de dialogues et une authenticité des personnages. Par ailleurs, le trait du dessinateur contribue à l’esprit de ce récit. Bref, un très bon cocktail ! Je me rappelle que mon vendeur de bd habituel le proposait très souvent aux clients hésitants à la recherche d’un bon scénario. Pour ma part, je ne me suis pas laissé prier. Les deux premiers tomes ont été publié assez rapidement puis plus rien. On attend un troisième tome qui est à chaque fois repoussé. C’est dommage car on avait bien l’histoire en tête puis cela s’estompe petit à petit. J'ai appris plus tard que le retard de cette publication était lié à l'état de santé du dessinateur. Après coup, on se dit qu'on a réagit un peu égoïstement... Le tome 4 vient clore une excellente série initiée par Malka et Gillion. Ce dernier est malheureusement décédé à l’âge de 85 ans après de bons et loyaux services dans le monde de la bande dessinée. Personnellement, j’appréciais beaucoup son graphisme. Le remplacement s’est fait au profit d’un système photoshop sur certaines vignettes à l’image des romans- photos. Je dois dire que je ne suis pas vraiment satisfait du résultat que je juge trop artificiel et dénaturé. Je sais que c’est actuellement la grande mode. Cependant, cela me dérangerait moins sur une nouvelle série qui choisit d’emblée ce procédé de facilité. Ce dernier tome est d’ailleurs dédié à Paul Gillion qui se retournerait peut-être dans sa tombe, lui qui avait le talent du dessin bien fait. Concernant le fond, je suis d’accord qu’il fallait terminer l’histoire de cette saga familiale. Sur un plan historique, après les horreurs de la seconde guerre mondiale commises par les nazis sur les populations juives, on va avoir droit à celles des victimes du maccarthysme. C’est intéressant mais il était temps véritablement de clôre le chapitre. Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.5/5
Le Voyage avec Bill
Etrange OVNI (Oeuvre Visuelle Non Identifiée) que cet ouvrage là. Petit format compact, épais, je me suis dit que si je l'ouvrais, la lecture allait forcément me prendre du temps. 284 pages ! Pensez donc ! Malheureusement, la couverture ne m'inspirait pas, le trait, la couleur, la composition, tout dans cette page me repoussait. Un trait brouillon, des couleurs qui ne réussissent pas à cacher les défauts du trait et une composition qui ne lève aucune question particulière mais laisse plutôt entrevoir un sujet banal et soporifique. Bon, mon ami me l'a prêté, voire chaudement conseillé sa lecture, je dois donc lui faire confiance. J'ouvre. Malheur ! Le dessin de la couverture est le même que celui à l'intérieur ! J'ai bien du mal à me convaincre... Allez, je me lance. Et là, c'est la révélation, je comprends mon ami et son coup de cœur. Je comprends tout : le dessin, la couleur directe, la composition ! Ce père et sa fille parcourent les USA sans but, en vacances à la recherche d'une bonne surprise. Nous ne savons pas ce qui s'est passé exactement, mais nous avons l'impression que le père cherche à fuir une partie de son histoire récente. Il semble perdu, rempli de désillusion, légèrement amer. Sa petite fille, toute mignonne, semble subir ce voyage en voiture où elle n'a rien à faire, surtout avec ce père distant, peu loquace qui ne sait pas donner de sens à leur voyage, à leur vie... Alors, pensez donc ! Quand il croise Bill, un handicapé en fauteuil roulant qui cherche un magicien pour lui redonner ses jambes, la petite fille trouve enfin un but à son histoire. Un magicien ! Quoi de mieux pour faire rêver un enfant ? Le père désabusé accepte de prendre Bill en stop. Et l'aventure peut réellement commencer ! Le trio va parcourir les routes Américaines, rencontrer de nombreuses personnes. Bill va redonner de l'espoir à Tweety et Tweety va aider Bill à continuer d'y croire. Le voyage physique prend alors une tournure, fantastique. Enfin... Jamais nous ne saurons réellement démêler le rêve de la réalité, le fantastique du mystique, le délire de la raison terrestre. Nous allons sombrer avec Tweety, son père et Bill dans un monde où tout peut se produire, où les rêves croisent notre réalité. Où un autre monde s'ouvre à ceux qui veulent l'accepter. Progressivement cet état va augmenter, enfler et nous emporter sans même que nous ne nous en rendions compte. Comme les protagonistes, l'auteur Matthias Schultheiss, maîtrise son récit afin de nous emmener avec lui dans d'autres contrées. C'est brillant, c'est beau, c'est lyrique, c'est magique. Et pour cela, il va s'appuyer sur son dessin si particulier. Je ne l'aimais pas au début, je l'adore à la fin. Matthias Schultheiss maîtrise son art de manière très personnelle et cela fait mouche. Si son trait peut paraitre brouillon, l'ensemble aidé de magnifiques couleurs directes et d'une composition au final excellente nous font plonger au cœur de cette histoire avec aisance. Voilà pourquoi je lis de la BD. Pour de telles réalisations. De la BD qui confine réellement à la littérature. Pour de la littérature qui sait utiliser le graphisme pour faire passer des émotions, utiliser les silences, faire comprendre les interrogations et les non-dits. L'ambiance de cet album est aussi due à sa construction particulière. En effet, tous les dialogues sont détachés des cases. les seuls phylactères sont ceux de la voix off, minimaliste. Les textes sont présentés comme dans un roman classique, lettres noires sur fond blanc, à côté des images. Les images prennent donc plus de poids, débarrassées de leur contraignantes paroles. Les images donnent encore plus le sentiment de solitude, de lenteur. On sent d'autant plus le pouvoir des longs moments silencieux entre le père et sa fille. Chaque instant peint et dépeint donne l'impression d'un instantané, d'un moment de vie prit sur le vif dans l'histoire de ce père qui se cherche et de sa fille, Tweety, qui enfin a trouvé une raison à son voyage. La fin, magnifique permet de clore ce livre sans regret, si ce n'est celui d'avoir déjà à refermer ce livre...
Les Cités obscures
Avec ce projet ambitieux et au long cours que sont les Cités obscures, les deux démiurges belges Peeters et Schuiten ont contribué à donner à la BD ses lettres de noblesse en créant un monde vaste et complexe, ne négligeant aucun aspect qu’il soit géographique, historique, technologique ou architectural (un peu comme avait pu le faire Tolkien en matière de littérature). Chacun des épisodes peut se lire indépendamment les uns des autres mais tous restent reliés par un même fil rouge : l’univers parallèle des Cités obscures, inspiré de notre monde terrestre au XIXème siècle en mode futuriste (comme si Jules Verne en était le concepteur), avec des jours et des années de même durée mais avec un calendrier différent, avec des villes dont le nom évoque parfois celles que nous connaissons (Pâhry, Brüsel, Genova…), avec des êtres semblables qu’ils soient humains ou animaux… Mises à part toutes ces différences de l’ordre du rationnel, cet univers est toujours d’une étrangeté troublante, car si certains aspects évoquent le nôtre par ses technologies, son architecture et ses administrations toutes aussi écrasantes les unes que les autres, le fantastique n’est jamais bien loin, toujours prêt à ouvrir une brèche dans les certitudes gravées dans le marbre. Pour tout lecteur normalement constitué, il s’agit d’une expérience unique, car à peine a-t-on le temps de s’habituer à l’univers proposé (chaque cité ayant sa spécificité) que déjà les murs se fissurent et le sol s’ouvre sous vos pieds, perturbant la logique qu’on avait cru pouvoir échafauder depuis le début du récit, vous projetant de nouveau dans une nouvelle dimension… un peu comme dans un jeu de poupées russes, dont chacune abrite le morceau d’un puzzle mystérieux et gigantesque. Les personnages quant à eux semblent évoluer dans un monde dont les enjeux leur échappent complètement, à la manière de marionnettes désincarnées… L’architecture tient aussi une place très importante dans l’univers des auteurs, au point d’apparaître souvent comme le personnage central. Le dessin est tout à fait adapté à la philosophie de cette série, de par sa ligne claire, son style à la fois sobre, détaillé et rigoureux, avec des cases alternant les scènes les plus intimes avec les décors les plus grandioses. Un style qui pourra peut-être paraître désuet à certains, mais que d’autres pourront fort bien juger intemporel et poétique… Cela étant, les deux auteurs ne s’interdisent rien et au fil des tomes, explorent des techniques graphiques variées, passant du noir et blanc à la couleur, alternent les formats (à la française, à l’italienne, texte avec illustrations en pleine page, guide de voyage…). Ces mondes obscurs parallèles peuvent être vus comme un miroir tendu au nôtre, comme une sorte d’image inversée, dont plusieurs thématiques traversent toute la série : l’étrangeté de notre monde, la solitude de l’être humain face à la machine administrative omnipotente et froide, l’architecture utilisée par le pouvoir politique pour tenir en respect les citoyens, la démesure architecturale vouée à l’échec, le grain de sable s’insinuant dans les rouages d’un système trop bien huilé, la croyance inébranlable envers le progrès, lui-même porteur des germes du chaos, la femme et la sensualité comme refuge face à un environnement inhumain… Une série de grande qualité d’après moi incontournable pour tout amateur de bédé qui se respecte. D’ailleurs, si la bande-dessinée devait être enseignée un jour à l’université, je ne doute pas un instant que cette fantastique série fasse référence chez les enseignants… C’est pourquoi j’attribue 5 étoiles comme note globale, même si la moyenne est de 4. 1 - Les murailles de Samaris
- Derrière les façades…
2 - La fièvre d'Urbicande
– Quand l’insignifiant menace l’ordre établi
3 - La tour
– Une fable sur l’arrogance
4 - La route d'Armilia
- Carnet de voyage vernien
5 – Brüsel
- What goes up must come down
6 - L'enfant penchée
– L’imagination contre la mesquinerie et la bêtise
7 - L'ombre d'un homme
- La vengeance d’une ombre…
8 - La Frontière Invisible, tome 1
– Jeux avec frontières
9 - La Frontière Invisible, tome 2
– La frontière est la mère de la guerre
10 - La Théorie du grain de sable
– Grain de folie
11 - La Théorie du Grain de Sable, tome 2
– L’effet boomerang en pratique
12 - Souvenirs de l'éternel présent
– Un livre pour enfants sombre et surréaliste
13 - Le Retour du Capitaine Nemo
– Poulpe fiction !
101 - L'archiviste
– Les portes de l’imagination
Mahârâja
Et bien pour une surprise, voici une sacrée surprise car ce Mahârâja ne constitue ni plus ni moins que la meilleure bd cul que j’ai pu lire depuis bien longtemps. Oh certes il y a « Premières fois » qui reste dans le peloton de tête mais de mémoire je n’avais jamais lu un récit long aussi excitant, drôle et avec une véritable histoire ! Artoupan arbore un style qui me rappelle celui de Toulouse Lautrec, couleurs d’époque flamboyantes en prime et ça tombe bien car l’histoire se déroule en début de XXème siècle avec une sombre histoire de diplomatie lors de la venue d’un Mahârâja en Italie soupçonné de comploter avec l’Axe. Cependant les services secrets britanniques veillent en envoyant une sorte de super agent prude proche d’un Dupondt pour le surveiller. Le principal de l’action sera d’ailleurs le point de vue de cet espion qui n’aura jamais vécu une si vaillante mission :) Pendant ce temps, les Allemands essayent de prendre contact avec le fameux monarque indien. Deux officiers et une nymphomane ne seront peut être pas de trop pour appâter le chaland !!! Et le Mahârâja me direz-vous ? Etant donné qu’il n’est pas très bavard mais particulièrement actif, les leçons de Kama Sutra qu’il prodigue ne seront pas uniquement destinées à ses concubines mais également à tout le personnel de la villa d’Este qui lui sera bien vite dévouée, de la jolie directrice rouquine expérimentée à la soubrette débutante pour un séjour qui va rester dans les annales !!!!!!!!!!!!!! :):):) De la couverture à la mise en page nerveuse et aux fameuses scènes coquines, tout est véritablement réussi dans ce joli livre et en plus on rit de bon cœur ! Non franchement, à l’exception d’un épilogue malin mais un peu trop rapidement expédié, Brrémand euh Labrémure réussit son pari haut la main (l’autre étant occupée probablement :) ) et j’ai hâte de revoir Artoupan nous renouveler cet exploit graphique. Un seul reproche ? C'est trop court ! Mais pour une fois ce qui est court peut être bon ! :)
Habibi
Après la lecture de ce chef d’œuvre, je fus bloqué, incapable d’écrire le moindre avis tant il me semblait que tout ce qui pourrait être écrit sur cet opus serait futile, incomplet et ne saurait rendre hommage à l’œuvre. Alors j’ai relu, la relecture fut encore plus agréable, comme si on découvrait certaines saveurs qui nous avaient échappé dans un premier temps. De bombe assourdissante en lecture initiale, l’opus se couvrait de miel, ce qui devenait nettement plus digeste pour tenter de faire partager cette expérience narrative. Tout au long des pages vont se mêler trois thèmes principaux. L’amour tout d’abord, thème majeur et perpétuel fil d’Ariane du récit, le soufisme ensuite qui se verra très largement représenté, aussi bien dans sa partie mystique que dans une inspiration graphique, l’écologie enfin comme vecteur de l’évolution humaine des relations sociales. Cet étrange mélange se construit dans la déclinaison mystique du carré magique issu de l’analyse numérique en base 10 chère à nombre d’amateurs ésotériques à l’époque médiévale. Ce carré magique connu dès le VIIème siècle par les mathématiciens arabes l’apprenant en Inde, repris au cours du temps pour trouver une signification magique au XIIeme siècle. Et voici pourquoi je parle de soufisme et non d’islam au sens plus large, cet opus est rempli de la logique soufi de distinction entre l’aspect extérieur apparent et l’aspect intérieur caché. Nos protagonistes sont toujours en quête de se mettre en état de comprendre cet aspect mystique sacré. Et là nous arrivons dans le pur soufisme et cette croyance que Mahomet avait reçu en même temps que le Coran des révélations ésotériques qu’il n’aurait partagées qu’avec quelques compagnons… De fait présenter cet opus comme une recherche sur l’Islam me semble erroné, il s’agit plus à mon sens de monter ce chemin entre Eros et Agape (concept très chrétien) par le biais de la culture soufi, l’important résidant dans le cheminement du rapport au corps et à l’amour de nos deux héros illustrés dans des extraits coraniques et leurs interprétations. Au premier degré le récit nous parle de la difficile condition de deux orphelins tous deux contraints de vendre leur corps pour survivre. S’attachant l’un à l’autre ils développeront des relations de protection mutuelle évoluant d’un mère-fils à un homme-femme unis. Le tout se fait au milieu d’une civilisation traditionnelle arabe présentant à terme une conscience écologique contemporaine en montrant les conséquences de l’appropriation des ressources naturelles par une logique capitaliste et les conséquences de la focalisation de l’attention sur le « palais de cristal » (Cf Peter Sloterdijk) en omettant toute la périphérie nécessaire qui tente simplement de survivre. A ce niveau le récit paraitra certainement un peu trop conte de fées, mais cela reste du bon roman. Mais la lecture de l’évolution de la relation amoureuse de nos deux héros me semble nettement plus intéressante et riche. Il y a tout d’abord cette découverte de la sexualité, brutale pour elle, inhibée pour lui. Celle-ci s’accompagne par cette recherche du caché à l’intérieur de l’apparent, par le biais de la mise en parallèle des sagesses coraniques. A ce propos la majeure partie des mythes repris figurent dans les trois monothéismes et ne sont pas spécifiques au Coran. La mise en branle poétique se fait par le graphisme envoutant et la mystique soufi qui permet de sortir d’une condition matérielle pour rêver à l’immatériel et transcender un contexte. Toute la violence, tout le besoin tous les questionnements se mêlent dans une frise infinie. Puis vient la séparation, chacun suit sa route en se rappelant de cet éros initial un peu tabou encore. Les tribulations sont une fois encore soumises au principe d’initiation des choses cachées et trouvent un sens poétique là où il n’est que misère au premier degré. Les retrouvailles sont tragiques, car elles signifient pour les deux protagonistes la fin de l’Eros pur rêvé car souillé par le réel. Pourtant, par la découverte d’une relation non physique ils parviendront à ce don mutuel d’Agape qui sera explosion des sens bien au-delà d’un simple rapport physique. Question de vie et de mort, rapport à l’autre, tout ce qui nourrit l’amour sera exploré dans des conditions extrêmes pour finir par solidifier ce couple qui a la fin du récit démarrera enfin sa relation consentie amoureuse dans toutes ses conséquences et non sur le simple côté sensuel. Chaque planche est un poème, chaque partie, une évolution ciselée, l’auteur ne fait pas de la reproduction, il donne un sens graphique au contenu des réflexions de ses personnages. La perpétuelle recherche de Dieu se retrouve dans les multiples fresques du récit. L’ensemble forme donc un tout cohérent et sublime, message d’amour universel. Il en profite pour dénoncer au passage l’exploitation de ressources naturelles par des capitaux au détriment des hommes. Du fond à la forme cet opus se dévore, le lecteur pourra toujours trouver ce qui lui parlera tant le discours est multiple. Romanesque, poétique, symbolique, politique, graphique, mystique, didactique, fantastique, initiatique, Habibi est tout cela à la fois pour le plus grand plaisir du lecteur qui tient là un authentique chef d’œuvre. (500)
Le Bleu est une couleur chaude
Petite réécriture de cet avis pour essayer de le rendre plus objectif : Alors allons droit au but : cette BD ne mérite pas un 5/5. Non, Messieurs-Dames ! Et pour cause : la BD contient tout de même une histoire "bateau" qui à le mérite d'explorer un territoire assez peu connu de l'univers de la bande-dessinée (de ce que j'ai pu lire) : l'homosexualité féminine. Dans un cadre strictement réaliste. Certes, cette originalité est méritante, et l'auteure arrive à en tirer quelque chose de franchement bien. On a un récit qui ne tombe pas dans la dramatisation, ni dans la dénonciation pure, simple et gratuite. C'est un récit sensible, qui se concentre à la fois sur les difficultés que connait le personnage avec elle-même, mais aussi avec son entourage. De ce côté là, le récit est franchement très bien fait. Mais d'un autre, il reste tout de même dans des bases classiques : la trame est très linéaire, on a le dénouement tragique "classique" d'un drame, les ingrédients habituels (la perte de confiance, les retrouvailles ...), quelques clichés peut-être un peu maladroit (le meilleur ami gay, l'homophobe/le tolérant ....) mais qui ne sont pas du tout un frein à la lecture. Mais alors, me direz-vous, pourquoi une note maximale ? Et bien parce que j'ai été charmé par cette BD. Qu'elle m'a ensorcelé jusque dans mon cœur. Les raisons sont diverses : mon attachement à cette cause, le dessin qui me parle totalement (je suis devenu un fan inconditionnel de l'auteure, chaque case est pour moi un ravissement total), l'histoire qui m'a touché, et surtout l'ensemble de l'émotion qui se dégage de l’œuvre et qui m'a touché au point de me chambouler ma vie (l'expression n'est pas désuète). Donc OUI, cette BD à des défauts, OUI, elle n'est pas parfaite, OUI, on peut ne pas aimer, mais je trouve que pour une première, l'auteure à fait un gros carton. Et puis, cette BD est importante pour moi ! Depuis cette lecture, je suis tombé dans le monde de la bande dessinée. Ce fut mon entrée dans ce monde dans lequel je me plonge avec délice le plus souvent possible. Et rien que pour cela, je ne remercierais jamais assez l'auteure. Merci Djou !!! 5/5 totalement subjectif, c'est un petit chouchou de ma bibliothèque.
Watchmen
Une BD simplement culte. C'est au delà de la critique. Culte pour son dessin, qui semble au début très laid, très figé, mais dont on s’accommode très bien au final, malgré les couleurs criardes, et qui renforce l'histoire vu qu'on n'arrive pas à se concentrer sur autre chose Culte pour ses personnages, qui sont tellement charismatiques, tellement intéressant. On les suit en permanence entre leurs ancienne vie et leurs actualité Culte pour la construction du récit. Les bulles se mélangent, les cases défilent rapidement, obligeant parfois à relire une planche pour bien tout saisir. On est happé dans l'histoire sans pouvoir en décoller une seule seconde Culte pour ses thèmes abordés : le devenir de l'humanité, la science, les hommes, leurs caractères, leurs vies .... Une BD qui prouve encore une fois que la philosophie est peut-être beaucoup plus présente qu'on ne le pense dans cet art qualifié de "mineur" Culte pour la teneur du récit : sombre, pessimiste, ou les maigres bouffées d'optimisme sont rapidement noyés dans une noirceur et un esprit très sombre jusque dans la dernière case Culte enfin pour son histoire, qui surprends totalement. Je dois dire que j'avais vu auparavant le film (et que donc j'ai eu un final pas mal gâché) mais que j'ai trouvé la BD encore bien au-delà de tout cela. L'enquête divisée en chapitre est prenante et on le lit d'une traite, les indices disséminés, les parallèles, les petites histoires sans importances, les mentalités des héros donnent naissance à une grande fresque dont on ne démord pas En fait, ce récit m'a littéralement conquis. Je n'en démord pas. L'ensemble de l'ouvrage est d'une rare qualité, et je pense qu'il est impossible de faire mieux dans le genre. La science-fiction et l'uchronie servent ici un roman graphique simplement époustouflant. Une réussite totale. Watchmen, un chef d’œuvre ? Je dirais même plus ... Un immanquable. 5/5 et mon coup de cœur du moment. Je suis sous le charme
Daytripper (au jour le jour)
Par où commencer pour vous parler de Daytripper? Pourquoi pas par la fin ? Daytripper fait partie de ces bandes dessinées qui vous laissent au final un goût délicieux teinté de bonheur et de mélancolie. J’ai cette agréable sensation d’avoir découvert quelque chose de sensiblement différent : un récit sur la vie tout simplement, ni trop intimiste ni trop banal, qui démarre d’une idée géniale. Si la construction de l’histoire est des plus originales, c’est sans doute parce qu’elle nous offre un sympathique tour d’horizon de notre propre existence. Du moins, c’est sur notre propre vie - et notre propre mort - que ce récit semble tourné, avec ses similitudes et ses différences mais quoiqu’il en soit, les thématiques abordées restent universelles. Et dans cet exercice qui peut sembler périlleux voire impossible, les auteurs nous offrent un très beau moment de plaisir et de sincérité. La lecture est facile, le récit est prenant et très bien rythmé. Si le questionnement a été pour ma part présent à plusieurs reprises dans ce livre, je dois dire que le plaisir de lecture fût réel et m’a beaucoup amusé. Cela semble parfait me direz-vous ? Et bien franchement, je ne lui trouve pas (beaucoup) de défaut à cette BD… Comment ne pas complimenter l’approche graphique de l’album ? Le trait est dynamique et riche. La colorisation est splendide et confirme la qualité graphique de l’album déjà bien représentée sur la couverture. Je tiens également à saluer le travail de l’éditeur qui nous offre un album d’une qualité irréprochable. Bref, cet album a été pour moi un vrai moment de plaisir qui me laisse une excellente impression. Je le garde bien précieusement dans ma bibliothèque et le relirai avec certitude. Un grand moment, chapeau-bas messieurs !
Le Grand Pouvoir du Chninkel
Que dire de plus sur cet ouvrage culte pour beaucoup d'amateurs de bd et de la Fantasy en particulier, si ce n'est que cette oeuvre intense et graphiquement superbe est à mon goût la bd la plus réussie du duo Van Hamme - Rosinski. Il est vrai que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire ce récit qui met en scène un curieux personnage appelé J'on le Chninkel dans un monde perpétuellement en guerre, qui devient sans le vouloir "Le Choisi" c'est à dire le Chninkel élu par le maître créateur des mondes pour libérer son peuple. Même si l'histoire reste classique dans le monde de la Fantasy, cet album nous transporte dans une quête dont on a du mal à interrompre la lecture. Le dessin est tout simplement magnifique avec des détails hallucinants (avec une préférence pour la version en noir et blanc) . Tous les personnages sont graphiquement parfaits. Je ne peux que conseiller la lecture de cette oeuvre majeure dans l'univers de la Fantasy à tous les amateurs de ce genre mais aussi aux amoureux de belles histoires et de dessins somptueux.