On ne peut pas suspecter Christian Lax d'antirépublicanisme et pourtant son "Pain d'Alouette" fait l'éloge de trois reines.
La petite reine, le vélo, pour qui les durs à cuire issus de la Grande Guerre sont prêts à tous les sacrifices pour la tenir dans leurs solides mains de guerriers.
La reine des Classiques, Paris-Roubaix, dont la participation vous impose la souffrance de ces terres d'efforts et d'amertume.
Enfin Reine Fario la fille de l'Aigle sans orteil qui est devenue pupille de la Nation en 1918.
Pain d'Alouette se présente bien comme une digne suite de l'Aigle sans orteil même si le côté cyclisme est un peu moins prononcé.
Lax nous décrit toute une galerie de caractères forts et très fouillés dans cette période d'après-guerre mais pas d'après souffrance. Poirier le capitaine plusieurs fois blessés reconverti en directeur d'orphelinat qu'il dirige comme une caserne.
Camille l'ami fidèle d'Amédée, figure d'une France généreuse et pacifiste qui n'aura de cesse de sauver Reine.
Dehauve le porion mal aimé qui pourtant prouvera sa grandeur... et sa bassesse. Sans oublier la famille Ternois issue tout droit d'un Germinal.
Car si l’Aigle nous faisait voler sur les cimes pyrénéennes, notre alouette se promène au fond des puits du pays noir des Ch'ti. L'aristocratie du vélo côtoie l'aristocratie du monde ouvrier et les deux pour l'honneur de la France et d'une Marseillaise que Lax nous présente sous son jour problématique.
Juste une pique de Lax pour nous montrer où le patriotisme irréfléchi peut nous égarer.
Mais Lax aime la République, laïque et mixte. Ce qui le conduit à nous proposer ce beau destin de Reine, une pionnière pour trouver sa place dans des domaines réservés.
Un très beau scénario avec beaucoup d'intensité dramatique, des situations injustes et sa créativité pour faire coller la petite histoire de nos héros à la grande histoire de "l'enfer du Nord".
Je trouve que le graphisme de Lax est à son meilleur, sec nerveux précis sans relâche à l'image de ces guerriers du pavé.
Lax nous gratifie en plus de paysages du pays minier absolument magnifiques. Pour qui aime cette région, il retrouvera le charme de ces campagnes parsemées d'îlots en briques rouges et gardées par les sentinelles des puits.
Une histoire qui mêle récit sportif et récit social toujours empreinte d'une grande humanité.
Une excellente lecture.
Vous l'aurez déjà deviné au vu de mon avatar, Garfield est pour moi un personnage culte du comic strip.
Il y en a bien d'autres très bons comme Calvin et Hobbes (ou nazes comme Snoopy, aïe pas taper pas taper) mais c'est Garfield quoi, le grumpy cat des 80s et 90s! Celui qui enchaîne les lasagnes en insultant son maître et martyrisant le toutou et l'araignée.
Bien sûr cela ne vaut objectivement pas 5 mais c'est une bd que l'on côtoit dans tellement d'endroits (que ce soit dans une salle d'attente, aux toilettes, dans le bus...) qu'elle est devenue ma madeleine de Proust, le perso que je griffonne de temps à autre quand je m'ennuie.
Bien sûr trop d'albums, trop de gags redondants... mais rien à faire ils font un peu partie de la famille.
Bon un petit avis rapide et fainéant, inutile de tergiverser, une œuvre culte.
Tout le monde connait Gaston et a au moins lu une fois un album dans sa vie. Un (anti)héros magnifique.
Le seul défaut de la série est sa numérotation/parution anarchique.
Quelle aventure !
Mosquito réédite cet album originellement paru aux défuntes Editions Du Long Bec, et bon sang que c’est bon. L’histoire est une grande saga historique de 180 pages, remplie d’aventure, d’action, de trahisons, de malédictions, de conflits familiaux… L’intrigue est passionnante, j’ai avalé l’album d’une traite, impossible de le refermer avant d’apprendre si Pelle et ses compagnons vont réussir dans leur quête désespérée.
Surtout que la mise en image est sublime, les paysages scandinaves anguleux et majestueux sont parfaitement représentés, et l’auteur a clairement fait beaucoup de recherches sur les accoutrements, bâtiments, armes etc. comme en témoigne d’ailleurs l’excellent « making off » inclus dans cette réédition. Un délice pour les yeux.
Une aventure épique. Je me laisse emporter sous le coup de l’émotion et j’attribue la note maximale… et un coup de cœur, bien entendu !
Attention Tommy Redolfi nous tend un joli petit piège blond. Si comme une grande partie des mâles libidineux vous préférez les blondes croqueuses de diamants et très superficielles vous en serez pour vos frais.
Point d'anecdote croustillante et la relation avec JFK est à peine suggérée.
Au contraire Redolfi choisit un angle à la limite du fantastique et très dérangeant par moment. En premier lieu, son graphisme ne rappelle pas du tout le glamour qui symbolise le cinéma de ces années 50/60. Son trait caricatural, voire déformant met l'accent sur la monstruosité interne aux différents personnages.
Débuts classiques d'une débutante parmi des milliers, avide de gloire sans rien pour la différencier de ses concurrentes.
Rien ? Si une bouche pulpeuse sur un visage disgracieux qu'il suffira de remodeler. Redolfi nous fait rentrer dans un cauchemar de star. Marilyn devient alors un objet de l'immédiat présent, un sex-symbol objet marchand qui n'existe que par son image.
En se transformant, elle a perdu son identité passée de petite fille dévorée par les méchants loups. A ce moment Redolfi nous bouge vraiment. 60 ans avant Metoo l'auteur nous suggère que cette usine à rêves devait être une fabrique à cauchemars pour les plus fragiles.
Le trait, les couleurs, les pages noires et les ambiances de l'auteur font merveilles. Marilyn est prisonnière de ses béquilles (médicaments ou alcool) autant que de sa célébrité comme nous sommes prisonniers de ces ambiances closes : ces forêts, ces villas-forteresses luxueuses ou ce cabinet de psy.
Aucun moment de répit, Rodolfi nous fait progresser dans un monde hostile où un Papa est à la fois un appel et un cri de terreur.
Une excellente lecture pour un public avisé.
J'étais un peu vénère en apprenant que Soleil a repoussé la sortie du tome 3, tellement je suis entré dans cette série à très fort potentiel dramatique et émotionnel.
Initialement achetée pour donner du corps à un exposé CE2 sur l'Afrique du Sud, j'ai littéralement été happé par cette histoire.
Tout d'abord, les couvertures sont très belles. Lucia et Nelson sont rassemblés dans une sorte de constellation argentée dans cet immense espace de liberté, j'adore.
La liberté est bien le thème central de la série. Liberté irréfléchie de Lucia, la petite Italienne à qui tout est permis, même de prendre un bateau Sud-Africain toute seule avec un grand sourire du capitaine.
Liberté à conquérir pour Nelson et son papa au risque de leur vie dans les pas de "Madiba". Mais qu'est la liberté sans la justice ? C'est le deuxième apprentissage de Lucia. Le "petit bourdon" à la tête si dure met en péril tous ceux qu'elle aime par son comportement égocentré de petite européenne.
Heureusement si Lucia ne réfléchit pas beaucoup, elle a du coeur pour dix. Cela nous la rend très empathique mais surtout Lucia va découvrir qu'il y a la justice des hommes et la justice du coeur.
Découvrir l'opposition entre droit positif et droit naturel à 10 ans peut être traumatisant surtout dans un pays comme l'Afrique du Sud en 1964.
Charlotte Girard, Jean Marie Omont et Aurélie Neyret nous livrent là une série de premier ordre. Il/elles abordent ces thèmes fondamentaux de liberté, justice et égalité en direction d'un public 8/12 avec une justesse remarquable.
Il/elles y ajoutent deux éléments qui pimentent le récit à l'extrême. Une intrigue dramatique à deux niveaux, le sort du papa de Lucia à la merci d'un juge et le sort du papa de Nelson à la merci d'Hendrick le fermier raciste qui élabore un plan démoniaque.
A ce propos, réussir à faire tenir des propos racistes dans la bouche de Hendrick, ce qui est légitime dans le scénario mais avec la distance nécessaire pour qu'un jeune public ne se les approprie pas à dû être un casse-tête pour les auteurs. Exercice toujours périlleux mais réussi et qui fait coller le scénario au plus près de la réalité.
Car la réalité historique est bien présente. "Madiba" est encore libre et enflamme d'espoir les millions d'Africains dans son pays et bien au-delà. "Madiba", c'est évidemment Nelson Mandela et la dernière page du tome 2 explique son parcours entre 1918 et 1964 l'année de son procès.
Le deuxième élément est la rencontre de ces beaux animaux libres au cours des vagabondages des deux enfants dans la savane.
De plus le dessin d'Aurélie Neyret est très beau avec ces bouilles à la Gazzotti dans Seuls. Un découpage très bien travaillé, des planches sur la savane et la faune Sud-Africaine qui raviront les jeunes et les moins jeunes. Des couleurs qui tombent piles avec les ambiances voulues.
Du très très bon à mon goût. J'attends le tome 3 avec fébrilité tellement le scénar peut partir dans des voies différentes. (Nous sommes en 1964, pas en 1994).
Si cette série était primée en 2023 à Angoulême, j'en serais très content.
Je n'ai jamais lu une bd sur la trisomie chez les enfants. Réussite totale sur le graphisme et l'approche discrète mais profonde psychologiquement du scenario qui contribue à l'intérêt du titre et d'une suite.
Grand fan de San-Antonio depuis plus de 35 ans.... j'ai découvert les BD de Sanlaville et franchement pas déçu... Vraiment, on retrouve l'esprit de SAN-A... bravo et une mention pour le 2nd volume, meilleur que le premier.. j'ai hâte du 3ème !
Avec cet album vous n’avez pas entre vos mains une BD quelconque ! Non non ! Vous avez entre vos mains, un chef d’œuvre dessiné de toute beauté. C’est beau. C’est magnifique. C’est admirable. Les mots me manquent pour décrire les émotions ressenties à la lecture de cet album. C’est jouissif de lire un tel ouvrage. Tout est parfait !
L’histoire de cette expédition scientifique est véridique. Vous allez plonger allégrement dans le voyage de Charles-Marie de la Condamine au Pérou qui s’étale de 1735 à 1745. C’est un scientifique chargé par l’académie des sciences sur ordre du roi, de se rendre en Amérique centrale pour mesurer la longueur d’un arc de méridien. La terre est-elle une mandarine ou un citron ? Autrement dit, la terre est-elle une sphère parfaite ou plutôt une sphère enflée à l’équateur et aplatie aux pôles comme Newton le prétend ? Il faut le démontrer grâce aux mathématiques...
Allez zou vous êtes prêts pour embarquer dans une expédition pas comme les autres, au siècle des lumières !
Au-delà de l’aventure scientifique, les auteurs s’attachent à la psychologie des nombreux personnages de ce périple au bout du monde. Les sentiments se mélangent. Des plus louables aux moins honorables. Que c’est délicieux !
Au scénario, Arnaud le Gouëfflec a travaillé son sujet. C’est du coup captivant de découvrir un pan entier de notre histoire même si une part de liberté est de mise pour ce genre de récit mais la vérité n’est pas loin.
Le dessin de Briac est sublissime. 6 années de travail pour ce rendu exceptionnel. Des touches de couleurs encore inconnues dans ses précédents albums. Du vert ! Du bleu clair. Des couleurs qui éclatent. Et toujours ce graphisme qui va faire que vos pupilles vont se dilater. Un régal. C’est délicat et poétique à la fois. Les encres, les pastels, les acryliques et les gouaches se mélangent. C’est remarquable. La jungle luxuriante comme si vous y étiez. Briac est au sommet de son art !
Un mot concernant le lettrage de Philippe Marlu. C’est raffiné. Belle lisibilité. Les bulles n’obturent pas le dessin. Admirable.
Je ne vous recommande qu’une chose ! Foncez vous procurer cet album ! Un mixte d’Apocalypse now sous Louis XV et de Fitzcarraldo ! L’album de l’année à coup sûr. D’ailleurs pour prolonger mon plaisir je me suis procuré la couverture originale et une planche de Méridien.
A découvrir l’exposition de planches originales à la chapelle St Sauveur les 4 5 6 juin dans le cadre du festival « les étonnants voyageurs » à St Malo. Qu’on se le dise !
Les Montagnes hallucinées : l’audacieuse (et réussie) adaptation de Lovecraft en manga !
Adapter l’Indicible de Lovecraft n’a rien de facile et de nombreux artistes s’y sont cassés les dents. Avec Les Montagnes hallucinées, Gou Tanabe réussit l’exploit de transposer la nouvelle culte de Lovecraft en manga. Une extraordinaire réussite.
H.P. Lovecraft est une référence pour la littérature de l’imaginaire. Ce « maitre de l’horreur » joue avec les nerfs de ses lecteurs sans jamais rien dévoiler. Son art est tout en subtilité et il laisse toujours le lecteur imaginer son horreur. Et c’est tout le problème quand vient le temps de l’adapter ! En effet, l’indicible, terme souvent employé par Lovecraft, l’équivalent d’« inexprimable »; l’indicible donc est rarement facile à dessiner ou bien à montrer à l’écran ! Pourtant, certains réussissent ce tour de force. C’est le cas de l’artiste Gou Tanabe avec son adaptation en manga de la nouvelle Les montagnes hallucinées!
Deux tomes pour une longue nouvelle
Les Montagnes hallucinées est le titre d’une très longue nouvelle de Lovecraft, publiée pour la 1re fois en 1936 dans le magazine Astounding Stories. Elle est éditée dans la langue de Molière en 1954. Les Montagnes hallucinées, un des récits plus connus de Lovecraft, laisse voir un Lovecraft au sommet de son art. Tous les éléments et thèmes propres à l’auteur s’y retrouvent. L’appel de l’aventure, l’exploration scientifique, le danger des éléments, des civilisations antiques et bien entendu, l’indicible! Selon moi, c’est la nouvelle à lire pour voir l’étendu du talent de Lovecraft et comprendre son art. Gou Tanabe adapte cette histoire en un manga de 2 tomes dans la nouvelle collection « Les chefs-d’œuvre de Lovecraft » chez Ki-oon. L’éditeur français le publie dans un format très élégant avec couverture souple imitation cuir, évoquant un carnet de voyage… mystérieux, évidemment !
Lovecraft en manga pour le meilleur !
Cette audacieuse adaptation en manga démontre tout le potentiel de cet art. Sans dénaturer la nouvelle, Gou Tanabe restitue tous les personnages de la plus parfaite des façons dans un style managa. Il respecte en tout point le lent scénario des Montagnes hallucinées qui nous mène inexorablement vers l’horreur. Des découvertes scientifiques fabuleuses, en passant par le danger d’une nature austère, jusqu’à la folie qui guettent pratiquement tous les personnages de Lovecraft. Gou Tanabe ne laisse rien au hasard et n’oublie absolument aucuns détails importants des Montagnes hallucinées.
L’indicible dessiné
Progressivement, Gou Tanabe livre Les Montagnes hallucinées avec son subtil trait avant de passer au niveau supérieur pour nous donner des planches d’une beauté et d’une froideur à couper le souffle. Son dessin est précis, expressif, et immersif. Le rythme de sa mise en scène respecte en tout point celle de Lovecraft. Ses personnages, bien qu’ils aient des traits légèrement asiatiques, sont authentiques. Ils sortent de la nouvelle pour venir dans son manga. Mais là ou Gou Tanabe transcende son art est au niveau des décors et des paysages. Ses montagnes et cités non-euclidiennes sont criant de vérité et l’angoisse que nous avons en les regardant est si grande que le malaise s’empare de nous. L’horreur, tout l’horreur de Lovecraft ressort dans le dessin de l’artiste. L’indicible est ici « visible » et nous glace le sang bien au-delà de la seule froidure de l’Antarctique où se situe l’action.
La plus réussies des adaptations de Lovecraft ?
Oui pour moi, sans aucun doute, Gou Tanabe nous livre avec ces 2 tomes des Montagnes hallucinées la meilleure adaptation de Lovecraft tous médias confondus à ce jour. Il a su conceptualiser une horreur qu’on dit souvent inexplicable et la dessiner. Il a fait vivre ce récit sous nos yeux pour le meilleur et pour le pire. L’essence même de l’art de Lovecraft est présente dans chaque planche, chaque case, et chaque coup de crayon. La peur et l’angoisse enveloppe cette adaptation comme un mince voile qui déforme notre lecture pour nous faire sombrer dans un autre univers, l’univers de Lovecraft. À la frontière du réel et de l’irréel, là où la folie nous guette à chaque mot. Jamais je n’aurais cru avoir les mêmes sensations de mes lectures de Lovecraft autre qu’en nouvelle, c’est chose faite maintenant et c’est Gou Tanabe qui a réussi cet acte extraordinaire. Voici un chef-d’œuvre, tout simplement.
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Pain d'Alouette
On ne peut pas suspecter Christian Lax d'antirépublicanisme et pourtant son "Pain d'Alouette" fait l'éloge de trois reines. La petite reine, le vélo, pour qui les durs à cuire issus de la Grande Guerre sont prêts à tous les sacrifices pour la tenir dans leurs solides mains de guerriers. La reine des Classiques, Paris-Roubaix, dont la participation vous impose la souffrance de ces terres d'efforts et d'amertume. Enfin Reine Fario la fille de l'Aigle sans orteil qui est devenue pupille de la Nation en 1918. Pain d'Alouette se présente bien comme une digne suite de l'Aigle sans orteil même si le côté cyclisme est un peu moins prononcé. Lax nous décrit toute une galerie de caractères forts et très fouillés dans cette période d'après-guerre mais pas d'après souffrance. Poirier le capitaine plusieurs fois blessés reconverti en directeur d'orphelinat qu'il dirige comme une caserne. Camille l'ami fidèle d'Amédée, figure d'une France généreuse et pacifiste qui n'aura de cesse de sauver Reine. Dehauve le porion mal aimé qui pourtant prouvera sa grandeur... et sa bassesse. Sans oublier la famille Ternois issue tout droit d'un Germinal. Car si l’Aigle nous faisait voler sur les cimes pyrénéennes, notre alouette se promène au fond des puits du pays noir des Ch'ti. L'aristocratie du vélo côtoie l'aristocratie du monde ouvrier et les deux pour l'honneur de la France et d'une Marseillaise que Lax nous présente sous son jour problématique. Juste une pique de Lax pour nous montrer où le patriotisme irréfléchi peut nous égarer. Mais Lax aime la République, laïque et mixte. Ce qui le conduit à nous proposer ce beau destin de Reine, une pionnière pour trouver sa place dans des domaines réservés. Un très beau scénario avec beaucoup d'intensité dramatique, des situations injustes et sa créativité pour faire coller la petite histoire de nos héros à la grande histoire de "l'enfer du Nord". Je trouve que le graphisme de Lax est à son meilleur, sec nerveux précis sans relâche à l'image de ces guerriers du pavé. Lax nous gratifie en plus de paysages du pays minier absolument magnifiques. Pour qui aime cette région, il retrouvera le charme de ces campagnes parsemées d'îlots en briques rouges et gardées par les sentinelles des puits. Une histoire qui mêle récit sportif et récit social toujours empreinte d'une grande humanité. Une excellente lecture.
Garfield
Vous l'aurez déjà deviné au vu de mon avatar, Garfield est pour moi un personnage culte du comic strip. Il y en a bien d'autres très bons comme Calvin et Hobbes (ou nazes comme Snoopy, aïe pas taper pas taper) mais c'est Garfield quoi, le grumpy cat des 80s et 90s! Celui qui enchaîne les lasagnes en insultant son maître et martyrisant le toutou et l'araignée. Bien sûr cela ne vaut objectivement pas 5 mais c'est une bd que l'on côtoit dans tellement d'endroits (que ce soit dans une salle d'attente, aux toilettes, dans le bus...) qu'elle est devenue ma madeleine de Proust, le perso que je griffonne de temps à autre quand je m'ennuie. Bien sûr trop d'albums, trop de gags redondants... mais rien à faire ils font un peu partie de la famille.
Gaston Lagaffe
Bon un petit avis rapide et fainéant, inutile de tergiverser, une œuvre culte. Tout le monde connait Gaston et a au moins lu une fois un album dans sa vie. Un (anti)héros magnifique. Le seul défaut de la série est sa numérotation/parution anarchique.
La saga de Pelle (Snaergard, Nordlys)
Quelle aventure ! Mosquito réédite cet album originellement paru aux défuntes Editions Du Long Bec, et bon sang que c’est bon. L’histoire est une grande saga historique de 180 pages, remplie d’aventure, d’action, de trahisons, de malédictions, de conflits familiaux… L’intrigue est passionnante, j’ai avalé l’album d’une traite, impossible de le refermer avant d’apprendre si Pelle et ses compagnons vont réussir dans leur quête désespérée. Surtout que la mise en image est sublime, les paysages scandinaves anguleux et majestueux sont parfaitement représentés, et l’auteur a clairement fait beaucoup de recherches sur les accoutrements, bâtiments, armes etc. comme en témoigne d’ailleurs l’excellent « making off » inclus dans cette réédition. Un délice pour les yeux. Une aventure épique. Je me laisse emporter sous le coup de l’émotion et j’attribue la note maximale… et un coup de cœur, bien entendu !
Holy Wood - Portrait fantasmé de Marilyn Monroe
Attention Tommy Redolfi nous tend un joli petit piège blond. Si comme une grande partie des mâles libidineux vous préférez les blondes croqueuses de diamants et très superficielles vous en serez pour vos frais. Point d'anecdote croustillante et la relation avec JFK est à peine suggérée. Au contraire Redolfi choisit un angle à la limite du fantastique et très dérangeant par moment. En premier lieu, son graphisme ne rappelle pas du tout le glamour qui symbolise le cinéma de ces années 50/60. Son trait caricatural, voire déformant met l'accent sur la monstruosité interne aux différents personnages. Débuts classiques d'une débutante parmi des milliers, avide de gloire sans rien pour la différencier de ses concurrentes. Rien ? Si une bouche pulpeuse sur un visage disgracieux qu'il suffira de remodeler. Redolfi nous fait rentrer dans un cauchemar de star. Marilyn devient alors un objet de l'immédiat présent, un sex-symbol objet marchand qui n'existe que par son image. En se transformant, elle a perdu son identité passée de petite fille dévorée par les méchants loups. A ce moment Redolfi nous bouge vraiment. 60 ans avant Metoo l'auteur nous suggère que cette usine à rêves devait être une fabrique à cauchemars pour les plus fragiles. Le trait, les couleurs, les pages noires et les ambiances de l'auteur font merveilles. Marilyn est prisonnière de ses béquilles (médicaments ou alcool) autant que de sa célébrité comme nous sommes prisonniers de ces ambiances closes : ces forêts, ces villas-forteresses luxueuses ou ce cabinet de psy. Aucun moment de répit, Rodolfi nous fait progresser dans un monde hostile où un Papa est à la fois un appel et un cri de terreur. Une excellente lecture pour un public avisé.
Lulu et Nelson
J'étais un peu vénère en apprenant que Soleil a repoussé la sortie du tome 3, tellement je suis entré dans cette série à très fort potentiel dramatique et émotionnel. Initialement achetée pour donner du corps à un exposé CE2 sur l'Afrique du Sud, j'ai littéralement été happé par cette histoire. Tout d'abord, les couvertures sont très belles. Lucia et Nelson sont rassemblés dans une sorte de constellation argentée dans cet immense espace de liberté, j'adore. La liberté est bien le thème central de la série. Liberté irréfléchie de Lucia, la petite Italienne à qui tout est permis, même de prendre un bateau Sud-Africain toute seule avec un grand sourire du capitaine. Liberté à conquérir pour Nelson et son papa au risque de leur vie dans les pas de "Madiba". Mais qu'est la liberté sans la justice ? C'est le deuxième apprentissage de Lucia. Le "petit bourdon" à la tête si dure met en péril tous ceux qu'elle aime par son comportement égocentré de petite européenne. Heureusement si Lucia ne réfléchit pas beaucoup, elle a du coeur pour dix. Cela nous la rend très empathique mais surtout Lucia va découvrir qu'il y a la justice des hommes et la justice du coeur. Découvrir l'opposition entre droit positif et droit naturel à 10 ans peut être traumatisant surtout dans un pays comme l'Afrique du Sud en 1964. Charlotte Girard, Jean Marie Omont et Aurélie Neyret nous livrent là une série de premier ordre. Il/elles abordent ces thèmes fondamentaux de liberté, justice et égalité en direction d'un public 8/12 avec une justesse remarquable. Il/elles y ajoutent deux éléments qui pimentent le récit à l'extrême. Une intrigue dramatique à deux niveaux, le sort du papa de Lucia à la merci d'un juge et le sort du papa de Nelson à la merci d'Hendrick le fermier raciste qui élabore un plan démoniaque. A ce propos, réussir à faire tenir des propos racistes dans la bouche de Hendrick, ce qui est légitime dans le scénario mais avec la distance nécessaire pour qu'un jeune public ne se les approprie pas à dû être un casse-tête pour les auteurs. Exercice toujours périlleux mais réussi et qui fait coller le scénario au plus près de la réalité. Car la réalité historique est bien présente. "Madiba" est encore libre et enflamme d'espoir les millions d'Africains dans son pays et bien au-delà. "Madiba", c'est évidemment Nelson Mandela et la dernière page du tome 2 explique son parcours entre 1918 et 1964 l'année de son procès. Le deuxième élément est la rencontre de ces beaux animaux libres au cours des vagabondages des deux enfants dans la savane. De plus le dessin d'Aurélie Neyret est très beau avec ces bouilles à la Gazzotti dans Seuls. Un découpage très bien travaillé, des planches sur la savane et la faune Sud-Africaine qui raviront les jeunes et les moins jeunes. Des couleurs qui tombent piles avec les ambiances voulues. Du très très bon à mon goût. J'attends le tome 3 avec fébrilité tellement le scénar peut partir dans des voies différentes. (Nous sommes en 1964, pas en 1994). Si cette série était primée en 2023 à Angoulême, j'en serais très content.
Mon année
Je n'ai jamais lu une bd sur la trisomie chez les enfants. Réussite totale sur le graphisme et l'approche discrète mais profonde psychologiquement du scenario qui contribue à l'intérêt du titre et d'une suite.
San-Antonio (Sanlaville)
Grand fan de San-Antonio depuis plus de 35 ans.... j'ai découvert les BD de Sanlaville et franchement pas déçu... Vraiment, on retrouve l'esprit de SAN-A... bravo et une mention pour le 2nd volume, meilleur que le premier.. j'ai hâte du 3ème !
Méridien
Avec cet album vous n’avez pas entre vos mains une BD quelconque ! Non non ! Vous avez entre vos mains, un chef d’œuvre dessiné de toute beauté. C’est beau. C’est magnifique. C’est admirable. Les mots me manquent pour décrire les émotions ressenties à la lecture de cet album. C’est jouissif de lire un tel ouvrage. Tout est parfait ! L’histoire de cette expédition scientifique est véridique. Vous allez plonger allégrement dans le voyage de Charles-Marie de la Condamine au Pérou qui s’étale de 1735 à 1745. C’est un scientifique chargé par l’académie des sciences sur ordre du roi, de se rendre en Amérique centrale pour mesurer la longueur d’un arc de méridien. La terre est-elle une mandarine ou un citron ? Autrement dit, la terre est-elle une sphère parfaite ou plutôt une sphère enflée à l’équateur et aplatie aux pôles comme Newton le prétend ? Il faut le démontrer grâce aux mathématiques... Allez zou vous êtes prêts pour embarquer dans une expédition pas comme les autres, au siècle des lumières ! Au-delà de l’aventure scientifique, les auteurs s’attachent à la psychologie des nombreux personnages de ce périple au bout du monde. Les sentiments se mélangent. Des plus louables aux moins honorables. Que c’est délicieux ! Au scénario, Arnaud le Gouëfflec a travaillé son sujet. C’est du coup captivant de découvrir un pan entier de notre histoire même si une part de liberté est de mise pour ce genre de récit mais la vérité n’est pas loin. Le dessin de Briac est sublissime. 6 années de travail pour ce rendu exceptionnel. Des touches de couleurs encore inconnues dans ses précédents albums. Du vert ! Du bleu clair. Des couleurs qui éclatent. Et toujours ce graphisme qui va faire que vos pupilles vont se dilater. Un régal. C’est délicat et poétique à la fois. Les encres, les pastels, les acryliques et les gouaches se mélangent. C’est remarquable. La jungle luxuriante comme si vous y étiez. Briac est au sommet de son art ! Un mot concernant le lettrage de Philippe Marlu. C’est raffiné. Belle lisibilité. Les bulles n’obturent pas le dessin. Admirable. Je ne vous recommande qu’une chose ! Foncez vous procurer cet album ! Un mixte d’Apocalypse now sous Louis XV et de Fitzcarraldo ! L’album de l’année à coup sûr. D’ailleurs pour prolonger mon plaisir je me suis procuré la couverture originale et une planche de Méridien. A découvrir l’exposition de planches originales à la chapelle St Sauveur les 4 5 6 juin dans le cadre du festival « les étonnants voyageurs » à St Malo. Qu’on se le dise !
Les Montagnes hallucinées (Tanabe)
Les Montagnes hallucinées : l’audacieuse (et réussie) adaptation de Lovecraft en manga ! Adapter l’Indicible de Lovecraft n’a rien de facile et de nombreux artistes s’y sont cassés les dents. Avec Les Montagnes hallucinées, Gou Tanabe réussit l’exploit de transposer la nouvelle culte de Lovecraft en manga. Une extraordinaire réussite. H.P. Lovecraft est une référence pour la littérature de l’imaginaire. Ce « maitre de l’horreur » joue avec les nerfs de ses lecteurs sans jamais rien dévoiler. Son art est tout en subtilité et il laisse toujours le lecteur imaginer son horreur. Et c’est tout le problème quand vient le temps de l’adapter ! En effet, l’indicible, terme souvent employé par Lovecraft, l’équivalent d’« inexprimable »; l’indicible donc est rarement facile à dessiner ou bien à montrer à l’écran ! Pourtant, certains réussissent ce tour de force. C’est le cas de l’artiste Gou Tanabe avec son adaptation en manga de la nouvelle Les montagnes hallucinées! Deux tomes pour une longue nouvelle Les Montagnes hallucinées est le titre d’une très longue nouvelle de Lovecraft, publiée pour la 1re fois en 1936 dans le magazine Astounding Stories. Elle est éditée dans la langue de Molière en 1954. Les Montagnes hallucinées, un des récits plus connus de Lovecraft, laisse voir un Lovecraft au sommet de son art. Tous les éléments et thèmes propres à l’auteur s’y retrouvent. L’appel de l’aventure, l’exploration scientifique, le danger des éléments, des civilisations antiques et bien entendu, l’indicible! Selon moi, c’est la nouvelle à lire pour voir l’étendu du talent de Lovecraft et comprendre son art. Gou Tanabe adapte cette histoire en un manga de 2 tomes dans la nouvelle collection « Les chefs-d’œuvre de Lovecraft » chez Ki-oon. L’éditeur français le publie dans un format très élégant avec couverture souple imitation cuir, évoquant un carnet de voyage… mystérieux, évidemment ! Lovecraft en manga pour le meilleur ! Cette audacieuse adaptation en manga démontre tout le potentiel de cet art. Sans dénaturer la nouvelle, Gou Tanabe restitue tous les personnages de la plus parfaite des façons dans un style managa. Il respecte en tout point le lent scénario des Montagnes hallucinées qui nous mène inexorablement vers l’horreur. Des découvertes scientifiques fabuleuses, en passant par le danger d’une nature austère, jusqu’à la folie qui guettent pratiquement tous les personnages de Lovecraft. Gou Tanabe ne laisse rien au hasard et n’oublie absolument aucuns détails importants des Montagnes hallucinées. L’indicible dessiné Progressivement, Gou Tanabe livre Les Montagnes hallucinées avec son subtil trait avant de passer au niveau supérieur pour nous donner des planches d’une beauté et d’une froideur à couper le souffle. Son dessin est précis, expressif, et immersif. Le rythme de sa mise en scène respecte en tout point celle de Lovecraft. Ses personnages, bien qu’ils aient des traits légèrement asiatiques, sont authentiques. Ils sortent de la nouvelle pour venir dans son manga. Mais là ou Gou Tanabe transcende son art est au niveau des décors et des paysages. Ses montagnes et cités non-euclidiennes sont criant de vérité et l’angoisse que nous avons en les regardant est si grande que le malaise s’empare de nous. L’horreur, tout l’horreur de Lovecraft ressort dans le dessin de l’artiste. L’indicible est ici « visible » et nous glace le sang bien au-delà de la seule froidure de l’Antarctique où se situe l’action. La plus réussies des adaptations de Lovecraft ? Oui pour moi, sans aucun doute, Gou Tanabe nous livre avec ces 2 tomes des Montagnes hallucinées la meilleure adaptation de Lovecraft tous médias confondus à ce jour. Il a su conceptualiser une horreur qu’on dit souvent inexplicable et la dessiner. Il a fait vivre ce récit sous nos yeux pour le meilleur et pour le pire. L’essence même de l’art de Lovecraft est présente dans chaque planche, chaque case, et chaque coup de crayon. La peur et l’angoisse enveloppe cette adaptation comme un mince voile qui déforme notre lecture pour nous faire sombrer dans un autre univers, l’univers de Lovecraft. À la frontière du réel et de l’irréel, là où la folie nous guette à chaque mot. Jamais je n’aurais cru avoir les mêmes sensations de mes lectures de Lovecraft autre qu’en nouvelle, c’est chose faite maintenant et c’est Gou Tanabe qui a réussi cet acte extraordinaire. Voici un chef-d’œuvre, tout simplement.