L’Histoire secrète : Jean-Pierre Pécau revisite 3 000 ans d’histoire !
Avec L’Histoire Secrète, Jean-Pierre Pécau orchestre un immense complot qui revisite l’histoire de l’humanité. Une saga riche et exigeante !
La synchronicité, concept développé par Carl Gustav Jung, psychiatre de son métier. On peut la résumer en disant que c’est une conjoncture de 2 évènements simultanés qui ne sont pas reliés mais qui peuvent être perçus comme tel. La « rétro-synchronicité », elle, est une possibilité de voir l’avenir et de l’aiguiller de la façon que nous voulons. Concept inventé par l’auteur Jean-Pierre Pécau, inspiré de celui de Jung, qui est à la base de son univers conceptuel. Bienvenue dans L’Histoire Secrète !
Une série riche et complexe
L’Histoire Secrète débute en 1998 dans la série Arcanes. L’auteur, Jean-Pierre Pécau, commence à poser les pierres de ce qui va devenir sa plus longue série en carrière. Pécau, professeur d’histoire, passionné de jeux de rôle, va utiliser toutes ses compétences et connaissances pour nous offrir une immense mosaïque où tous les grands évènements historiques sont directement reliés à un jeu secret dans lequel participent les 4 personnages principaux de la série. Cette histoire, cachée derrière l’histoire officielle, sera développée du début de l’humanité jusqu’à l’époque contemporaine. Deux frères et deux sœurs jouent avec le destin de l’humanité pour des raisons différentes. C’est complexe, lourd, et ça demande énormément de temps pour bien saisir l’ensemble de l’œuvre. En fait, lire au complet L’Histoire Secrète, c’est un évènement historique en soi tant les ramifications sont nombreuses et complexes.
Une vie éditoriale particulièrement riche !
Pour bien parler de L’Histoire Secrète, une mise en contexte s’impose. Premièrement, du point de vue de l’édition et ensuite du point de vue de l’histoire. La série principale de cet univers comporte 36 tomes. Débutée en 2005, le tome 35 est sorti en mars 2019. Tome 35, car il existe un tome 0 qui se veut un préquel de l’histoire, qui lui est paru en 2018. Avant toute chose, son univers a commencé, comme je l’expliquais plus haut, en 1998 avec le 1er tome de la série Arcanes. Série qui comprend 10 tomes, terminée en 2012 et dont 6 tomes ont été écrit en parallèle avec L’Histoire Secrète. À côté de ces 2 séries, Pécau a développé une série dérivée de Arcanes du nom d’Arcane majeur. Six tomes parus de 2003 à 2013 qui viennent enrichir son univers. C’est donc 52 tomes qui composent l’univers de Pécau ! Voilà de la lecture pour vos prochaines années !
Une histoire impressionnante et complexe
Maintenant, un petit résumé de L’Histoire Secrète, sans entrer dans les détails, je ne veux pas divulgâcher des éléments importants de l’histoire. Pécau nous offre avec son univers une relecture de l’histoire de l’humanité où 4 « Archontes », qu’on peut qualifier de magiciens, s’affrontent pour son contrôle. Dans l’ombre, ils manipulent les hommes pour leur propre intérêt en utilisant le principe de la « rétro-synchronicité ». C’est un pouvoir qui leur permet de voir l’avenir et le manipuler pour arriver à leur fin. Pour se faire, ces magiciens doivent utiliser des cartes qui sont appelées des Ivoires, qui sont à la base de nos jeux de cartes contemporains et fortement inspirés du tarot. Pécau va utiliser cette capacité pour prendre certains épisodes historiques qui peuvent être perçus comme inexplicables, douteux ou légendaires et les insérer dans son histoire. Prenons exemple de la quête du Graal, l’assassinat de Kennedy, la catastrophe de Tchernobyl ou bien encore les 10 plaies d’Égypte. L’auteur va attribuer une partie des mystères de ces évènements aux 4 magiciens et à la lutte qu’ils se font entre eux. Au fil de l’histoire, certaines personnes vont découvrir, par erreur ou non, l’existence de ce combat et deviendront des agents travaillant pour les « Archontes » Leur but sera de mener à bien les missions qui leur seront données par leur maître.
Qui sont les 4 Archontes ?
Plusieurs personnages historiques sont utilisés par Pécau dans la série. Par exemple, Moïse, Nostradamus, John Dee, Newton, Napoléon, sont tous des agents pour les différents « Archontes ». Bien entendu, l’auteur en invente aussi plusieurs qui viendront faire avancer l’histoire. Les 4 Archontes sont : Dyo qui va former la maison des Coupes et représente le cœur dans nos cartes et le Pape dans le tarot. Manipulateur et dangereux, il n’aime pas beaucoup le genre humain. Il sera responsable de la montée en puissance de l’URSS et sera à l’origine de la catastrophe de Tchernobyl. Reka, qui va former la maison des Lances, représente le pique dans nos cartes et la Papesse dans le tarot. C’est une grande amatrice de l’homme dans tous les domaines. C’est une rêveuse avec quelques moments de folies meurtrières passagères. Elle se fera passer pour une déesse dans plusieurs époques. Arker, qui va former la maison des Épées, représente le carreau dans nos cartes et l’Impératrice dans le tarot. Elle ne veut que l’évolution de l’Homme à son plus haut degré. Erlin, qui va former la maison des Deniers, représente le trèfle dans nos cartes et l’Empereur dans le tarot. Il est le plus humain des 4 Archontes et ne désire que le bien pour l’Homme et est prêt à tout pour le réaliser. Au fil de l’histoire, un 5e Archonte sera créé par les diverses manipulations de la trame du futur. Un 5e joueur, qui lui ne sera que mal et destruction. Finalement, Guillaume de Lecce représente le joker dans nos cartes et le Mat dans le tarot. Tout au long de la série, ces 5 magiciens vont s’affronter et quelques fois vont s’allier dans un seul et unique but, le contrôle de l’humanité.
Une longue lecture
L’Histoire Secrète n’est pas une série parfaite, aucune série ne l’est. Par contre, elle démontre un grand souci du détail par son auteur. Sur 36 tomes, il réussit le tour de force d’avoir une cohérence presque parfaite et même s’il se glisse quelques erreurs, cela ne dérange en rien la lecture. Il prend plus de 3 000 ans d’histoire et en fait une relecture des plus passionnantes, divertissantes mais aussi questionnantes ! Tous ces évènements étranges et inexpliqués de l’histoire sont insérés dans un immense complot secret. L’idée est bonne et elle fonctionne. C’est complètement addictif si on embarque dans l’univers, ce qui n’est pas chose facile, je vous avertis. Le nombre incroyable de tomes, le temps incalculable de lecture que ça demande, le fait qu’il faut avoir pratiquement tous les tomes lors de la lecture car l’auteur fait énormément de renvois aux tomes précédents pour expliquer son histoire, le côté pécuniaire si vous n’avez pas une bibliothèque pour les emprunter, sont des embûches qui peuvent faire reculer plusieurs personnes. Si on accepte tous ces obstacles potentiels et qu’on rentre dans la série, on en ressort avec une vision différente. La richesse scénaristique est fabuleuse et le travail de recherche que Pécau a dû faire pour en arriver à ce résultat est phénoménal.
Un graphisme qui passe en deuxième
La série ne brille pas par sa qualité graphique. Igor Kordey, le dessinateur principal de la série (qui a travaillé sur les New X-Men de Morrison), nous donne un dessin réaliste qui est correct. En fait, le travail des dessinateurs est éclipsé par le scénario. Le mince équilibre entre le dessin et le scénario n’est donc pas atteint ici. Mais Kordey nous donne de merveilleux décors et joue avec les époques de belle façon. Il a dessiné les tomes 0,1,2 et 6 à 35. Goran Sudzaka et Geto se sont chargés du tome 3 et Léo Pilopovic des tomes 4 et 5. L’équipe qui s’est occupée des couleurs, composée de plus de 6 personnes, pour les 36 tomes, fait le travail. Il est rare pour moi de dire ça pour une série BD, mais ici, on sent réellement que le dessin est là pour appuyer le scénario, qui lui prend toute la place. Et c’est un peu désolant car je crois sincèrement que cette série avait un immense potentiel graphique qui aurait pu être mieux exploité. Mais bon, la perfection n’existe pas.
Une saga pour lecteurs avertis
L’Histoire Secrète se développe dans un univers cohérent. Je la conseille aux lecteurs chevronnés. Une longue intrigue aux ramifications complexes et détaillées où il est facile de se perdre. Une série de dessinateurs et de coloristes qui font le travail. Mais surtout, un scénariste qui a su réécrire l’histoire de brillante façon et inventer cet univers. Tant d’éléments qui font que je recommande cette série. Chapeau à monsieur Jean-Pierre Pécau pour ces 36 tomes qui nous amènent dans l’histoire secrète de notre humanité !
Sommes-nous des êtres de chair ? Le bonheur, c’est la contrepartie du malheur ? Un monde sans contrainte peut-il amener ce bonheur ? Qui sommes-nous ? Qu’est-ce qui fait de nous des humains ? Tant de questions posées dans Alt-Life !
Une longue attente pour une juste anticipation
Alt-Life, je l’attendais avec impatience. J’avais une vague impression que cette BD serait un de ces trucs qui sort du lot, qui ne reste pas sur le chemin de brique jaune. Et je ne m’étais pas trompé ! Elle représente très bien ce qu’est notre époque et anticipe où nous allons.
Une immersion totale
Nous suivons l’histoire de 2 pionniers, Josiane et René, qui ont accepté de faire un avec la machine pour intégrer leur esprit dans le nouveau monde virtuel où l’humanité ira les rejoindre après une année de tests et d’évolution de ce projet qui se nomme « la génération ». Plus de retour en arrière possible pour eux, c’est une fusion parfaite entre l’homme et la machine où l’esprit est absorbé dans ce nouvel univers. Dans ce nouveau monde, pas de contrainte, ou si peu. Plus besoins de manger, de boire, d’aller aux toilettes, de prendre de douche. Tout est géré et conditionné par la machine. On peut y créer ce qu’on veut, on peut y faire ce qu’on veut, aucune limite à part notre imagination. Bref, c’est l’immersion totale. L’expérience ne sera pas vécue de la même manière par nos 2 aventuriers du virtuel. Au début, Josiane laisse libre cours à ces pulsions sexuelles inassouvies. René aura plus de difficulté à basculer complètement dans ce type de relation et se questionnera sur la réalité de la chose. Les 2 personnages évoluent dans cet univers différemment pour à la fin se retrouver tous les 2 dans une quête d’humanité. Une fois leur année passée, le reste des gens viendront les rejoindre mais avec un accès moins élevé dans leur possibilité de création mais surtout d’espace qui leur est donné. Ici aussi, dans cet univers, la disparité entre les classes sociales est présente. Les riches ont plus d’espace, les pauvres moins. Pas beaucoup d’évolution sociale!
L’humanité en question
Il est difficile de bien décrire Alt-Life tant cette BD est complexe et regorge d’éléments philosophiques et de questionnements sur notre humanité. En fait, pour bien la comprendre vous allez devoir la lire ! Alt-Life est tellement collée sur notre époque que ça peut paraître épeurant en lecture. Tant de ressemblance avec nous, ce que nous vivons, ce que nous sommes. Et cette anticipation de devenir de pur esprit de la machine dans un nouveau monde est bien présente dans les diverses formes d’art depuis très longtemps. Quand j’ai terminé ma 1re lecture, j’ai ressenti plusieurs émotions. La peur, la peur de voir cet avenir arriver. Un avenir où on laisse tomber notre monde pour s’enfuir dans un nouveau qui, malgré les précautions, ressemblera de plus en plus à notre ancien monde. La colère, la colère de participer tacitement à cette inexorable évolution de notre société pour le meilleur et le pire. L’excitation, car je suis un être de pulsions et avoir la possibilité de vivre ces pulsions sans contrainte et conséquence est tentante mais tout aussi troublante. L’espoir, car à la fin de cette histoire, Josiane et René recherche cette réalité, la réalité qui pue, qui fait mal, qui nous fait pleurer, qui nous frustre mais aussi qui nous stimule, qui nous rend heureux, qui nous donne du plaisir, qui fait de nous des humains. Car la grande question de cette BD, et elle est très Dickienne cette question, qu’est-ce qui fait de nous des humains ?
Une BD qui porte à réflexion
Alors, lisez Alt-Life ! Pour la grande qualité du scénario : quand vous aurez terminé de la lire, elle vous restera en tête fort longtemps. Pour la qualité graphique qui colle à l’histoire de façon parfaite avec son petit côté psychédélique dans la couleur et les dessins. Pour la profonde réflexion qu’elle vient mettre en nous. Une grande BD !
Je profite de la sortie de la quatrième partie pour compléter mon avis. Dans cette dernière partie le rythme s'accélère, la fin est proche au moins pour nos héros bruxellois.
Spip nous rappelle qu'il a sa place en résolvant l'impasse dialectique où se trouvaient Spirou et Fantasio près du pont. Les drapeaux alliés sont de sortie mais Emile Bravo en profite pour intensifier l'intensité dramatique du récit.
De brèves larmes de joie, l'auteur nous renvoie aux larmes de souffrance. Qui aura le dernier mot ? semble interroger le dernier gag comique et macabre au dépens du policier girouette . Un épilogue plus léger, quoique, nous invite à voir plus loin. En Afrique? En Palestine?
Jusqu'à cette dernière double page saisissante, voire inoubliable, Felix pour toujours avec nous. A lire.
Il faut avouer qu'Emile Bravo n'a pas facilité la tâche de Spirou en le laissant seul affronter ces terribles années brunes. Kassandra partie, aucune aide mycologique en vue et Fantasio qui la joue grand ado borderline en de maintes reprises. Il reste Spip mais le cuir de la Gestapo semble trop indigeste pour ses petites dents.
Spirou et Fantasio sont partis sur les chemins de l'exode et de toutes les misères voire de toutes les ignominies. Je trouve le personnage de Fantasio fantastique .Si complexe et si travaillé. Il est de nombreuses fois très proche de se brûler mais c'est à chaque fois pour nous montrer la vrai face de l'ignoble.
Son personnage est bien plus torturé que celui de Spirou mais au final c'est lui qui sera initié. Spirou traverse ces trois tomes avec son insouciante bonne volonté due à sa jeunesse. Le scénario est un modèle d'anti manichéisme. Anselme nous le rappelle et nous renvoie à nos propres errements historiques loin de toute classification simplificatrice.
Nos pays civilisés n'ont ils pas envoyé des meutes colonisatrices de par le monde? Spirou nous le dit clairement : un soldat quelque soit son uniforme cela tue des gens.
Spirou avec ses questions d'enfants auxquelles il est si difficile de répondre, nous adultes. Spirou avec son bon sens qui éclaire cette période comme le théâtre de marionnettes éclaire le visage des enfants. Même si le sens subversif leur échappe et c'est tant mieux, c'est la garantie de son succès.
C'est cette insouciance que nous peint monsieur Bravo qui sera la meilleure arme pour avancer et choisir les bons trains celui des Justes. celui de P'tit Louis et Suzanne et de leurs compagnons d'infortune.
Car ceci n'est pas un train !!! Le peintre belge le plus célèbre du XXème siècle me pardonnera cette paraphrase. Emile Bravo fait apparaître le génial Magritte dans une rencontre avec Spirou. Dans ce troisième volume cette rencontre est fugace et éphémère mais je la pense centrale.
Centrale physiquement en page 48 du tome 3 et centrale dans la compréhension de l'œuvre. Ce qui pose problème à beaucoup depuis le premier épisode, est la personnalité de Fantasio. Emile Bravo joue les iconoclastes cassant le miroir lisse du héros de notre enfance.
Du miroir cassé il en résulte mille visages qui d'ailleurs changent en fonction de votre angle de vue. Oui Fantasio est multiple mais c'est lui l'adulte ( ou sur la voie) qui sort de sa bulle d'enfance.
Il est presque de chair avec sa lourdeur, ses aspirations sexuelles frustrées, est-ce l'amour pour Madeleine qui le fait agir? Mais au delà du ressort comique qu'il incarne (une autre facette du miroir) c'est lui qui prend les risques en conscience librement ou presque.
Presque parce qu'il n'est plus capable d'une entière humanité, prisonnier qu'il est de sa haine légitime de l'ennemi. Que ces Forteresses Volantes sont belles dans le ciel d'azur. Une représentation de la beauté du moment qui part tuer des dizaines de milliers d'enfants, vieillards et leurs familles.
Ceux là on eu la malchance de naître au mauvais endroit, Dresde ,Hiroshima ,Rotterdam ou St Lo entre autres, au mauvais moment.
Je comprends Spirou encore comme enfant idéaliste. Il est plus idée que chair. Ce qui peut le faire passer pour naïf ou nigaud. Mais c'est ses idées pacifiques bien qu'audacieuses qui entrainent l'adhésion du groupe.
Le monde est souvent aveugle comme le père André qui a oublié la base même du message qu'il doit transmettre. Alors l'artiste, le peintre en particulier a le devoir de l'éclairer et de le reconstruire. Felix porte en lui cette mission même au péril de son couple et de sa vie.
Fantasio est plus clairvoyant qu'il n'y paraît quand il dit "qu'y a-t-il de plus noble que de faire passer un message?" après son échec pitoyable et burlesque.
Techniquement je trouve les dessins et les couleurs en phases avec le projet. Visages émaciés jusqu'à la caricature, couleurs sombres. Seule Madeleine nous rappelle que le printemps reviendra avec ses belles couleurs que porte amour.
Mais Emile Bravo nous conte un récit ou la réalité l'emporte de loin sur la fantaisie. "Tu sous-estimes l'efficacité de la Gestapo" prévient Fantasio. Les nombreux réseaux de la Résistance démantelés pendant la guerre sont là pour le confirmer.
Mieux valait ne pas tomber vivante entre les mains de ces assassins sadiques.
200 pages pour presque revenir au point de départ, dans des trains en partance? J'aime ce rythme. Quand la peur, la faim et le froid sont là, une minute semble une heure. Quand je tourne la page, action ou attente. Attendre encore, attendre le bon moment car la moindre erreur et le temps se raccourcit dramatiquement.
Peu à peu les souvenirs familiaux de cette abominable période s'effacent. Merci à monsieur Bravo de transmettre ce message aux jeunes générations.
Pas un train mais un chemin de liberté ou d'asservissement. On a toujours le choix comme nous le dit Dewilde.
Jean Louis Tripp continue de m'étonner. Après Extases, où l'auteur s'était mis littéralement à nu, il nous offre un nouveau livre autobiographique déchirant avec "le petit frère", un drame qu'il a vécu à 18 ans avec la mort de son frère, Gilles.
C'est une de mes lectures les plus émouvantes et poignantes de cette année.
A travers près de 330 pages, nous suivons une famille recomposée et aussi déchirée, par le deuil d'un jeune enfant, mais surtout la culpabilité ressentie par Jean Louis Tripp avec cette main lâchée, main qui reviendra comme un leitmotiv dans ce récit.
L'auteur restitue parfaitement ce drame de cet été 1976, avec ce décalage avec un pays en grandes vacances : "les gens étaient heureux. Et nous, avec notre convoi funéraire, on était presque déplacés", écrit -il.
Avec cet album, Jean Louis Tripp a choisi le dessin en noir et blanc sur iPad, ce qui ne nuit nullement à la qualité graphique.
Seules quelques planches en couleurs, vers la fin de l'album, viennent apporter un brin d'optimisme, comme si Jean Louis Tripp avait enfin tourné la page, et s'était enfin apaisé.
Un album très fort, et qui rejoint dans mon panthéon personnel un album aussi fort dans l'émotion que Le Journal de mon père de Taniguchi.
Bref, un petit chef d’œuvre à lire et à relire.
Pas toujours évident de trouver une accroche pour un avis, si je devais définir ce comics en un mot : Génialissime !
Je déambulais dans ma librairie préférée et soudain mon œil gauche fût attiré par une jolie couverture, puis par un nom d'un des auteurs, celui de Ram V. Et là, ça fait tilt, mais oui il a scénarisé These Savage Shores. Hop, dans le panier.
La naissance d'un petit Darius va provoquer une restructuration chez les dieux et Mort se voit congédiée et envoyée sur Terre en simple mortelle dans le corps de Laila Starr, tout juste décédée, car ce petit garçon va découvrir le secret de la vie éternelle et ainsi mettre notre grande faucheuse au chômage.
Ram V a concocté une merveille de conte philosophique et poétique sur la place dans notre monde de la vie et la mort.
La narration est fluide et toute en sensibilité. Des personnages attachants qui vont évoluer durant le récit car chaque chapitre fait un bon de quelques années dans le futur, après chacunes des morts de Laila.
On visite l'Inde, de Bombay à une plage de Goa, ainsi que son folklore fantastique.
Un conte contemplatif qui n'oublie pas de nous faire réfléchir, où l'émotion transpire, sans oublier la petite touche d'humour.
De la poésie.
Je découvre Filipe Andrade, il a un talent fou. Un grand format qui permet d'admirer toutes ses superbes planches qui défilent sous mes yeux et la colorisation "flashy" dans les tons roses, mauves et bleus apportent cette ambiance singulière d'une Inde mystérieuse.
J'ai pris une claque tellement c'est beau.
Un petit mot pour le traducteur, il a fait un super boulot.
Pas culte, enfin pas encore, mais ce comics mérite 5 étoiles et un énorme coup de cœur.
"Je veux arriver à la fin
Avec des cicatrices à montrer
Traces des décisions difficiles prises
Par un cœur imprudent"
Cicatrices - Akur Puri
Voilà une BD qui, enfant, m'avait beaucoup marqué. Facilement intéressé par les univers mythologiques, je jouais énormément à Age of Mythology (+ extension Cronos). Gamin donc, je feuilletais les planches pour voir ces dieux égyptiens, toutes ces têtes d'animaux m'extasiaient. Esthétiquement, je trouvais ça absolument superbe. Je ne comprenais rien à l'histoire par contre. Mais tout cet univers était déjà un étrange délice à parcourir. Et je me réjouis de ressentir le même plaisir actuellement. D'autant que je place au même rang mon avis sur le scénario.
Donc après lectures et rerelectures de cette trilogie, je continue de planer dans cet univers créé par Bilal, qui a perdu les saveurs de l'agréable. Si le 1er tome est le plus réussi scénaristiquement, le deuxième tome me retient pour sa tension et son mystère dans un changement d'ambiance auquel on ne s'attend pas vraiment. Et puis le troisième tome, comme les autres, restent pour moi un régal pour les yeux, même si je lui reprocherai d'être moins chiadé que les autres niveau scénar'. Mais qu'importe! Cette ambiance pestilentielle m'emporte.
L'humour est bien présent, raffiné, et la relation entre Horus et Nikopol Père est géniale. Horus lui-même, dieu rebelle, a été très bien monté psychologiquement. L'arrivée du fils Nikopol au premier tome et son rôle de premier plan à partir du second permet de donner une matière très intéressante au scénario. Et puis le troisième accueille encore un nouveau personnage tout aussi réussi (et tout à fait charmante) pour donner toujours plus d'intérêt à l'histoire et à son épilogue. Les passages issus de poèmes de Baudelaire s'intègrent admirablement dans le récit pour lui donner davantage de substances, et je ne vois vraiment pas cela comme un truc de BCBG comme j'ai pu l'entendre parfois. Je trouve même cette critique franchement navrante, tant les vers cités prennent tout leur sens et collent si bien à la peau de Nikopol qui rêve d'ailleurs, n'étant jamais à sa place, jamais maître de lui-même...jusqu'à ce que la vie (ou les dieux?) semble se jouer de lui en déclenchant un éternel recommencement?
Une BD qui prête à interprétation, je ne m'y suis pas mis mais il serait intéressant de replacer cette série dans son contexte historique (les dictatures survivantes et éternelles, l'Afrique, la question d(un nouvel ordre mondial), mais aussi je crois en tenant compte de la vie de Enki Bilal, de son pays natal, ou encore l'origine de ses parents. En tout cas le résultat donne une série unique, qui mérite d'être mis au rang des cultes. Et puis encore une fois... Quel dessin!
Angoulême 2022 Prix du Public France Télévision. Léa Murawiec pour son premier album nous envoie un missile. Si cette jeune autrice confirme, il va falloir s'habituer à son nom vite fait.
J'ai adoré le concept proposé. Dans une ville monde presque sans borne, nous nous promenons dans un univers dystopique qui ne doit rien à une explosion nucléaire ou à un régime galonné.
C'est bien plus subtil car nous sommes les propres responsables de cet univers ultra connecté où la renommée (la présence) tient lieu d'espérance de vie.
Peu importe la qualité et ce que vous faites du moment que l'on parle et que l'on pense à vous. L'oubli ou la solitude, c'est la mort imminente quel que soit votre âge.
Paradoxalement les ados peuvent être aussi vite exposés que les personnes âgées à cause d'un lien social en reconstruction entre enfance choyée par les parents et âge adulte bien cadré par son statut.
Manel Naher, la vingtaine rebelle n'a cure de ces contraintes et ne rêve que de liberté et d'aventure avec son pote Ali. Elle développe un tropisme vers le vide. Ce grand vide que la communication officielle vous en interdit la rêverie.
Sauf qu'à cause d'un imprévu, comme la vie en est faite constamment, Manel est rattrapée par la patrouille. A cet âge, la pire angoisse et la pire agressivité peut suivre à la plus belle exaltation. L'action qui en découle peut avoir des effets si imprévus qu'ils vont vous transformer du tout au tout.
Léa Murawiec pose un regard aiguisé et un poil angoissant sur les défauts possibles de notre société future. Elle me renvoie à cette montée d'angoisse subie par de nombreuses personnes au moment du confinement quand les liens sociaux réels ont été mis à mal à cause du virus.
Je trouve que c'est très finement observé.
Le concept est bon et comme si cela ne suffisait pas Léa Murawiec nous claque du/son style. On peut ne pas aimer mais l'auteure met immédiatement sa signature graphique dans votre pupille.
Avec ses trois couleurs pantones, son trait fluide, élastique et bondissant, Murawiec ne laisse pas respirer. Les effets de profondeur donnent le vertige et confortent ce sentiment d'angoisse quand on regarde ces planches avec ces milliers de buildings jumeaux où s'inscrivent ces milliards de noms.
C'est en tout cas l'impression que cela m'a donné.
Un super concept et un graphisme personnel qui décoiffe comme son héroïne pour un premier album. Quel coup de maîtresse !!
Cet avis est pour réfuter les arguments des personnes mettant une note inférieure à 3 pour ce travail de très haute volée.
Le moine fou est un roman graphique. Ce n'est pas du dessin, mais plutôt de la peinture (genre aquarelle, ce qui explique les couleurs diluées). On peut mesurer le travail effectué !
Pour les personnes nées après les années 80, juger Le moine fou vieillot, c'est comme le comparer à un manga (par exemple, Nori Taka le roi de la baston), c'est comme regarder un film d'Indiana Jones, sans aucun trucage numérique et le comparer avec...Uncharted, qui a des effets spectaculaires, mais une histoire ultra prévisible et des personnages creux (sans parler des films à milliards de Marvel, ou seuls les effets comptent, c'est à pleurer).
Essayons d'élever le débat. Je trouve que c'est une oeuvre difficile, parce qu'elle fourmille de détails qui parlent à ceux qui connaissent un peu la culture chinoise (pour ceux que ça intéresse, lisez les romans du Juge Ti, qui sont une manière accessible, intrigante et rapide d'apprendre quelques détails sur la vie médiévale en Chine).
Ici, le rendu de l'ambiance médiévale chinoise est excellent, les paysages magnifiques, surtout quand on a eu la chance de visiter la Chine.
Les coutumes et détails sont très bien rendus. Les arts martiaux aussi, même si ON N'EST PAS DANS UN MANGA des années 2010-2020, avec des effets de mouvement qui illustrent la force ou la violence des coups. Les poses paraissent figées, mais quand on connait les arts martiaux, on sait ce qu'elles signifient et quels sont leurs effets !
Certains ne s'identifient pas à une fille, fusse-t-telle garçon manqué ? Et bien justement, c'est un ouvrage féministe bien avant l'heure et cela me convient très bien. Les femmes y sont victimes ou conquérantes, les hommes souvent laids ou quelconques, sauf ceux dont la personnalité sort de l'ordinaire.
Je comprends qu'une certaine confusion soit perçue, car j'ai parfois l'impression d'avoir raté une case. Mais cela laisse plus de place à la réflexion et l'imagination.
Cette oeuvre fait partie de mes préférées et m'y plonger est vraiment dépaysant pour moi. Un voyage dans le temps, l'espace, et la culture d'une autre civilisation. Ah oui, car la spiritualité est très bien évoquée, ici. Je vous l'ai dit, c'est exigeant.
Notez que j'ai des goûts très éclectiques en matière d'art, pas seulement de BD. A ceux qui mettent moins de 3, j'aimerais bien savoir ce qui mérite vos 4 ou 5 étoiles ! Bien sûr, la note est subjective, mais moins de 3, c'est insultant !
Je donne mon premier avis sur une série sans risque !
Même si tout n'est pas rose dans le monde récent d'Astérix (Je ferme les yeux sur les errements des dernières années), les grands tomes qui ont fait sa gloire sont cultes et nous montrent que le temps n'a pas d'impact sur ce point.
Pour moi comme pour beaucoup, ce sont les BD des premières lectures, les bons souvenirs et surtout le talent d'avoir fait en sorte que ces BD restent toujours aussi actuelles et lisibles quel que soit notre âge et les années passées.
J'avais lu, l’Été dernier la version originale chez Dark Horse, mais je m'étais tout de même rendu compte de la complexité de la langue McKeanienne, très littéraire, avec un vocabulaire recherché et précis. Du coup, en voyant la version française chez Futuropolis, je dois bien avouer que j'étais content. Et j'ai donc redécouvert ce très bel album, profond, pas toujours très facile à aborder, mais qui mérite d'une part qu'on aille jusqu'au bout, et d'autre part qui sait se dévoiler progressivement, tout en gardant ses petits secrets !
Une nouvelle fois McKean montre qu'il reste un artiste exceptionnel (j'adore les séquences déclinées avec le faucon et sa proie, que c'est beau !), mais qu'en plus il sait aussi écrire avec une vraie sensibilité des récits qui nous interrogent, nous surprennent et nous émeuvent !
Un voyage qui ne laisse pas indifférent, à lire et à relire !
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L'Histoire Secrète
L’Histoire secrète : Jean-Pierre Pécau revisite 3 000 ans d’histoire ! Avec L’Histoire Secrète, Jean-Pierre Pécau orchestre un immense complot qui revisite l’histoire de l’humanité. Une saga riche et exigeante ! La synchronicité, concept développé par Carl Gustav Jung, psychiatre de son métier. On peut la résumer en disant que c’est une conjoncture de 2 évènements simultanés qui ne sont pas reliés mais qui peuvent être perçus comme tel. La « rétro-synchronicité », elle, est une possibilité de voir l’avenir et de l’aiguiller de la façon que nous voulons. Concept inventé par l’auteur Jean-Pierre Pécau, inspiré de celui de Jung, qui est à la base de son univers conceptuel. Bienvenue dans L’Histoire Secrète ! Une série riche et complexe L’Histoire Secrète débute en 1998 dans la série Arcanes. L’auteur, Jean-Pierre Pécau, commence à poser les pierres de ce qui va devenir sa plus longue série en carrière. Pécau, professeur d’histoire, passionné de jeux de rôle, va utiliser toutes ses compétences et connaissances pour nous offrir une immense mosaïque où tous les grands évènements historiques sont directement reliés à un jeu secret dans lequel participent les 4 personnages principaux de la série. Cette histoire, cachée derrière l’histoire officielle, sera développée du début de l’humanité jusqu’à l’époque contemporaine. Deux frères et deux sœurs jouent avec le destin de l’humanité pour des raisons différentes. C’est complexe, lourd, et ça demande énormément de temps pour bien saisir l’ensemble de l’œuvre. En fait, lire au complet L’Histoire Secrète, c’est un évènement historique en soi tant les ramifications sont nombreuses et complexes. Une vie éditoriale particulièrement riche ! Pour bien parler de L’Histoire Secrète, une mise en contexte s’impose. Premièrement, du point de vue de l’édition et ensuite du point de vue de l’histoire. La série principale de cet univers comporte 36 tomes. Débutée en 2005, le tome 35 est sorti en mars 2019. Tome 35, car il existe un tome 0 qui se veut un préquel de l’histoire, qui lui est paru en 2018. Avant toute chose, son univers a commencé, comme je l’expliquais plus haut, en 1998 avec le 1er tome de la série Arcanes. Série qui comprend 10 tomes, terminée en 2012 et dont 6 tomes ont été écrit en parallèle avec L’Histoire Secrète. À côté de ces 2 séries, Pécau a développé une série dérivée de Arcanes du nom d’Arcane majeur. Six tomes parus de 2003 à 2013 qui viennent enrichir son univers. C’est donc 52 tomes qui composent l’univers de Pécau ! Voilà de la lecture pour vos prochaines années ! Une histoire impressionnante et complexe Maintenant, un petit résumé de L’Histoire Secrète, sans entrer dans les détails, je ne veux pas divulgâcher des éléments importants de l’histoire. Pécau nous offre avec son univers une relecture de l’histoire de l’humanité où 4 « Archontes », qu’on peut qualifier de magiciens, s’affrontent pour son contrôle. Dans l’ombre, ils manipulent les hommes pour leur propre intérêt en utilisant le principe de la « rétro-synchronicité ». C’est un pouvoir qui leur permet de voir l’avenir et le manipuler pour arriver à leur fin. Pour se faire, ces magiciens doivent utiliser des cartes qui sont appelées des Ivoires, qui sont à la base de nos jeux de cartes contemporains et fortement inspirés du tarot. Pécau va utiliser cette capacité pour prendre certains épisodes historiques qui peuvent être perçus comme inexplicables, douteux ou légendaires et les insérer dans son histoire. Prenons exemple de la quête du Graal, l’assassinat de Kennedy, la catastrophe de Tchernobyl ou bien encore les 10 plaies d’Égypte. L’auteur va attribuer une partie des mystères de ces évènements aux 4 magiciens et à la lutte qu’ils se font entre eux. Au fil de l’histoire, certaines personnes vont découvrir, par erreur ou non, l’existence de ce combat et deviendront des agents travaillant pour les « Archontes » Leur but sera de mener à bien les missions qui leur seront données par leur maître. Qui sont les 4 Archontes ? Plusieurs personnages historiques sont utilisés par Pécau dans la série. Par exemple, Moïse, Nostradamus, John Dee, Newton, Napoléon, sont tous des agents pour les différents « Archontes ». Bien entendu, l’auteur en invente aussi plusieurs qui viendront faire avancer l’histoire. Les 4 Archontes sont : Dyo qui va former la maison des Coupes et représente le cœur dans nos cartes et le Pape dans le tarot. Manipulateur et dangereux, il n’aime pas beaucoup le genre humain. Il sera responsable de la montée en puissance de l’URSS et sera à l’origine de la catastrophe de Tchernobyl. Reka, qui va former la maison des Lances, représente le pique dans nos cartes et la Papesse dans le tarot. C’est une grande amatrice de l’homme dans tous les domaines. C’est une rêveuse avec quelques moments de folies meurtrières passagères. Elle se fera passer pour une déesse dans plusieurs époques. Arker, qui va former la maison des Épées, représente le carreau dans nos cartes et l’Impératrice dans le tarot. Elle ne veut que l’évolution de l’Homme à son plus haut degré. Erlin, qui va former la maison des Deniers, représente le trèfle dans nos cartes et l’Empereur dans le tarot. Il est le plus humain des 4 Archontes et ne désire que le bien pour l’Homme et est prêt à tout pour le réaliser. Au fil de l’histoire, un 5e Archonte sera créé par les diverses manipulations de la trame du futur. Un 5e joueur, qui lui ne sera que mal et destruction. Finalement, Guillaume de Lecce représente le joker dans nos cartes et le Mat dans le tarot. Tout au long de la série, ces 5 magiciens vont s’affronter et quelques fois vont s’allier dans un seul et unique but, le contrôle de l’humanité. Une longue lecture L’Histoire Secrète n’est pas une série parfaite, aucune série ne l’est. Par contre, elle démontre un grand souci du détail par son auteur. Sur 36 tomes, il réussit le tour de force d’avoir une cohérence presque parfaite et même s’il se glisse quelques erreurs, cela ne dérange en rien la lecture. Il prend plus de 3 000 ans d’histoire et en fait une relecture des plus passionnantes, divertissantes mais aussi questionnantes ! Tous ces évènements étranges et inexpliqués de l’histoire sont insérés dans un immense complot secret. L’idée est bonne et elle fonctionne. C’est complètement addictif si on embarque dans l’univers, ce qui n’est pas chose facile, je vous avertis. Le nombre incroyable de tomes, le temps incalculable de lecture que ça demande, le fait qu’il faut avoir pratiquement tous les tomes lors de la lecture car l’auteur fait énormément de renvois aux tomes précédents pour expliquer son histoire, le côté pécuniaire si vous n’avez pas une bibliothèque pour les emprunter, sont des embûches qui peuvent faire reculer plusieurs personnes. Si on accepte tous ces obstacles potentiels et qu’on rentre dans la série, on en ressort avec une vision différente. La richesse scénaristique est fabuleuse et le travail de recherche que Pécau a dû faire pour en arriver à ce résultat est phénoménal. Un graphisme qui passe en deuxième La série ne brille pas par sa qualité graphique. Igor Kordey, le dessinateur principal de la série (qui a travaillé sur les New X-Men de Morrison), nous donne un dessin réaliste qui est correct. En fait, le travail des dessinateurs est éclipsé par le scénario. Le mince équilibre entre le dessin et le scénario n’est donc pas atteint ici. Mais Kordey nous donne de merveilleux décors et joue avec les époques de belle façon. Il a dessiné les tomes 0,1,2 et 6 à 35. Goran Sudzaka et Geto se sont chargés du tome 3 et Léo Pilopovic des tomes 4 et 5. L’équipe qui s’est occupée des couleurs, composée de plus de 6 personnes, pour les 36 tomes, fait le travail. Il est rare pour moi de dire ça pour une série BD, mais ici, on sent réellement que le dessin est là pour appuyer le scénario, qui lui prend toute la place. Et c’est un peu désolant car je crois sincèrement que cette série avait un immense potentiel graphique qui aurait pu être mieux exploité. Mais bon, la perfection n’existe pas. Une saga pour lecteurs avertis L’Histoire Secrète se développe dans un univers cohérent. Je la conseille aux lecteurs chevronnés. Une longue intrigue aux ramifications complexes et détaillées où il est facile de se perdre. Une série de dessinateurs et de coloristes qui font le travail. Mais surtout, un scénariste qui a su réécrire l’histoire de brillante façon et inventer cet univers. Tant d’éléments qui font que je recommande cette série. Chapeau à monsieur Jean-Pierre Pécau pour ces 36 tomes qui nous amènent dans l’histoire secrète de notre humanité !
Alt-Life
Sommes-nous des êtres de chair ? Le bonheur, c’est la contrepartie du malheur ? Un monde sans contrainte peut-il amener ce bonheur ? Qui sommes-nous ? Qu’est-ce qui fait de nous des humains ? Tant de questions posées dans Alt-Life ! Une longue attente pour une juste anticipation Alt-Life, je l’attendais avec impatience. J’avais une vague impression que cette BD serait un de ces trucs qui sort du lot, qui ne reste pas sur le chemin de brique jaune. Et je ne m’étais pas trompé ! Elle représente très bien ce qu’est notre époque et anticipe où nous allons. Une immersion totale Nous suivons l’histoire de 2 pionniers, Josiane et René, qui ont accepté de faire un avec la machine pour intégrer leur esprit dans le nouveau monde virtuel où l’humanité ira les rejoindre après une année de tests et d’évolution de ce projet qui se nomme « la génération ». Plus de retour en arrière possible pour eux, c’est une fusion parfaite entre l’homme et la machine où l’esprit est absorbé dans ce nouvel univers. Dans ce nouveau monde, pas de contrainte, ou si peu. Plus besoins de manger, de boire, d’aller aux toilettes, de prendre de douche. Tout est géré et conditionné par la machine. On peut y créer ce qu’on veut, on peut y faire ce qu’on veut, aucune limite à part notre imagination. Bref, c’est l’immersion totale. L’expérience ne sera pas vécue de la même manière par nos 2 aventuriers du virtuel. Au début, Josiane laisse libre cours à ces pulsions sexuelles inassouvies. René aura plus de difficulté à basculer complètement dans ce type de relation et se questionnera sur la réalité de la chose. Les 2 personnages évoluent dans cet univers différemment pour à la fin se retrouver tous les 2 dans une quête d’humanité. Une fois leur année passée, le reste des gens viendront les rejoindre mais avec un accès moins élevé dans leur possibilité de création mais surtout d’espace qui leur est donné. Ici aussi, dans cet univers, la disparité entre les classes sociales est présente. Les riches ont plus d’espace, les pauvres moins. Pas beaucoup d’évolution sociale! L’humanité en question Il est difficile de bien décrire Alt-Life tant cette BD est complexe et regorge d’éléments philosophiques et de questionnements sur notre humanité. En fait, pour bien la comprendre vous allez devoir la lire ! Alt-Life est tellement collée sur notre époque que ça peut paraître épeurant en lecture. Tant de ressemblance avec nous, ce que nous vivons, ce que nous sommes. Et cette anticipation de devenir de pur esprit de la machine dans un nouveau monde est bien présente dans les diverses formes d’art depuis très longtemps. Quand j’ai terminé ma 1re lecture, j’ai ressenti plusieurs émotions. La peur, la peur de voir cet avenir arriver. Un avenir où on laisse tomber notre monde pour s’enfuir dans un nouveau qui, malgré les précautions, ressemblera de plus en plus à notre ancien monde. La colère, la colère de participer tacitement à cette inexorable évolution de notre société pour le meilleur et le pire. L’excitation, car je suis un être de pulsions et avoir la possibilité de vivre ces pulsions sans contrainte et conséquence est tentante mais tout aussi troublante. L’espoir, car à la fin de cette histoire, Josiane et René recherche cette réalité, la réalité qui pue, qui fait mal, qui nous fait pleurer, qui nous frustre mais aussi qui nous stimule, qui nous rend heureux, qui nous donne du plaisir, qui fait de nous des humains. Car la grande question de cette BD, et elle est très Dickienne cette question, qu’est-ce qui fait de nous des humains ? Une BD qui porte à réflexion Alors, lisez Alt-Life ! Pour la grande qualité du scénario : quand vous aurez terminé de la lire, elle vous restera en tête fort longtemps. Pour la qualité graphique qui colle à l’histoire de façon parfaite avec son petit côté psychédélique dans la couleur et les dessins. Pour la profonde réflexion qu’elle vient mettre en nous. Une grande BD !
Le Spirou d'Emile Bravo - L'Espoir malgré tout
Je profite de la sortie de la quatrième partie pour compléter mon avis. Dans cette dernière partie le rythme s'accélère, la fin est proche au moins pour nos héros bruxellois. Spip nous rappelle qu'il a sa place en résolvant l'impasse dialectique où se trouvaient Spirou et Fantasio près du pont. Les drapeaux alliés sont de sortie mais Emile Bravo en profite pour intensifier l'intensité dramatique du récit. De brèves larmes de joie, l'auteur nous renvoie aux larmes de souffrance. Qui aura le dernier mot ? semble interroger le dernier gag comique et macabre au dépens du policier girouette . Un épilogue plus léger, quoique, nous invite à voir plus loin. En Afrique? En Palestine? Jusqu'à cette dernière double page saisissante, voire inoubliable, Felix pour toujours avec nous. A lire. Il faut avouer qu'Emile Bravo n'a pas facilité la tâche de Spirou en le laissant seul affronter ces terribles années brunes. Kassandra partie, aucune aide mycologique en vue et Fantasio qui la joue grand ado borderline en de maintes reprises. Il reste Spip mais le cuir de la Gestapo semble trop indigeste pour ses petites dents. Spirou et Fantasio sont partis sur les chemins de l'exode et de toutes les misères voire de toutes les ignominies. Je trouve le personnage de Fantasio fantastique .Si complexe et si travaillé. Il est de nombreuses fois très proche de se brûler mais c'est à chaque fois pour nous montrer la vrai face de l'ignoble. Son personnage est bien plus torturé que celui de Spirou mais au final c'est lui qui sera initié. Spirou traverse ces trois tomes avec son insouciante bonne volonté due à sa jeunesse. Le scénario est un modèle d'anti manichéisme. Anselme nous le rappelle et nous renvoie à nos propres errements historiques loin de toute classification simplificatrice. Nos pays civilisés n'ont ils pas envoyé des meutes colonisatrices de par le monde? Spirou nous le dit clairement : un soldat quelque soit son uniforme cela tue des gens. Spirou avec ses questions d'enfants auxquelles il est si difficile de répondre, nous adultes. Spirou avec son bon sens qui éclaire cette période comme le théâtre de marionnettes éclaire le visage des enfants. Même si le sens subversif leur échappe et c'est tant mieux, c'est la garantie de son succès. C'est cette insouciance que nous peint monsieur Bravo qui sera la meilleure arme pour avancer et choisir les bons trains celui des Justes. celui de P'tit Louis et Suzanne et de leurs compagnons d'infortune. Car ceci n'est pas un train !!! Le peintre belge le plus célèbre du XXème siècle me pardonnera cette paraphrase. Emile Bravo fait apparaître le génial Magritte dans une rencontre avec Spirou. Dans ce troisième volume cette rencontre est fugace et éphémère mais je la pense centrale. Centrale physiquement en page 48 du tome 3 et centrale dans la compréhension de l'œuvre. Ce qui pose problème à beaucoup depuis le premier épisode, est la personnalité de Fantasio. Emile Bravo joue les iconoclastes cassant le miroir lisse du héros de notre enfance. Du miroir cassé il en résulte mille visages qui d'ailleurs changent en fonction de votre angle de vue. Oui Fantasio est multiple mais c'est lui l'adulte ( ou sur la voie) qui sort de sa bulle d'enfance. Il est presque de chair avec sa lourdeur, ses aspirations sexuelles frustrées, est-ce l'amour pour Madeleine qui le fait agir? Mais au delà du ressort comique qu'il incarne (une autre facette du miroir) c'est lui qui prend les risques en conscience librement ou presque. Presque parce qu'il n'est plus capable d'une entière humanité, prisonnier qu'il est de sa haine légitime de l'ennemi. Que ces Forteresses Volantes sont belles dans le ciel d'azur. Une représentation de la beauté du moment qui part tuer des dizaines de milliers d'enfants, vieillards et leurs familles. Ceux là on eu la malchance de naître au mauvais endroit, Dresde ,Hiroshima ,Rotterdam ou St Lo entre autres, au mauvais moment. Je comprends Spirou encore comme enfant idéaliste. Il est plus idée que chair. Ce qui peut le faire passer pour naïf ou nigaud. Mais c'est ses idées pacifiques bien qu'audacieuses qui entrainent l'adhésion du groupe. Le monde est souvent aveugle comme le père André qui a oublié la base même du message qu'il doit transmettre. Alors l'artiste, le peintre en particulier a le devoir de l'éclairer et de le reconstruire. Felix porte en lui cette mission même au péril de son couple et de sa vie. Fantasio est plus clairvoyant qu'il n'y paraît quand il dit "qu'y a-t-il de plus noble que de faire passer un message?" après son échec pitoyable et burlesque. Techniquement je trouve les dessins et les couleurs en phases avec le projet. Visages émaciés jusqu'à la caricature, couleurs sombres. Seule Madeleine nous rappelle que le printemps reviendra avec ses belles couleurs que porte amour. Mais Emile Bravo nous conte un récit ou la réalité l'emporte de loin sur la fantaisie. "Tu sous-estimes l'efficacité de la Gestapo" prévient Fantasio. Les nombreux réseaux de la Résistance démantelés pendant la guerre sont là pour le confirmer. Mieux valait ne pas tomber vivante entre les mains de ces assassins sadiques. 200 pages pour presque revenir au point de départ, dans des trains en partance? J'aime ce rythme. Quand la peur, la faim et le froid sont là, une minute semble une heure. Quand je tourne la page, action ou attente. Attendre encore, attendre le bon moment car la moindre erreur et le temps se raccourcit dramatiquement. Peu à peu les souvenirs familiaux de cette abominable période s'effacent. Merci à monsieur Bravo de transmettre ce message aux jeunes générations. Pas un train mais un chemin de liberté ou d'asservissement. On a toujours le choix comme nous le dit Dewilde.
Le Petit Frère
Jean Louis Tripp continue de m'étonner. Après Extases, où l'auteur s'était mis littéralement à nu, il nous offre un nouveau livre autobiographique déchirant avec "le petit frère", un drame qu'il a vécu à 18 ans avec la mort de son frère, Gilles. C'est une de mes lectures les plus émouvantes et poignantes de cette année. A travers près de 330 pages, nous suivons une famille recomposée et aussi déchirée, par le deuil d'un jeune enfant, mais surtout la culpabilité ressentie par Jean Louis Tripp avec cette main lâchée, main qui reviendra comme un leitmotiv dans ce récit. L'auteur restitue parfaitement ce drame de cet été 1976, avec ce décalage avec un pays en grandes vacances : "les gens étaient heureux. Et nous, avec notre convoi funéraire, on était presque déplacés", écrit -il. Avec cet album, Jean Louis Tripp a choisi le dessin en noir et blanc sur iPad, ce qui ne nuit nullement à la qualité graphique. Seules quelques planches en couleurs, vers la fin de l'album, viennent apporter un brin d'optimisme, comme si Jean Louis Tripp avait enfin tourné la page, et s'était enfin apaisé. Un album très fort, et qui rejoint dans mon panthéon personnel un album aussi fort dans l'émotion que Le Journal de mon père de Taniguchi. Bref, un petit chef d’œuvre à lire et à relire.
Toutes les morts de Laila Starr
Pas toujours évident de trouver une accroche pour un avis, si je devais définir ce comics en un mot : Génialissime ! Je déambulais dans ma librairie préférée et soudain mon œil gauche fût attiré par une jolie couverture, puis par un nom d'un des auteurs, celui de Ram V. Et là, ça fait tilt, mais oui il a scénarisé These Savage Shores. Hop, dans le panier. La naissance d'un petit Darius va provoquer une restructuration chez les dieux et Mort se voit congédiée et envoyée sur Terre en simple mortelle dans le corps de Laila Starr, tout juste décédée, car ce petit garçon va découvrir le secret de la vie éternelle et ainsi mettre notre grande faucheuse au chômage. Ram V a concocté une merveille de conte philosophique et poétique sur la place dans notre monde de la vie et la mort. La narration est fluide et toute en sensibilité. Des personnages attachants qui vont évoluer durant le récit car chaque chapitre fait un bon de quelques années dans le futur, après chacunes des morts de Laila. On visite l'Inde, de Bombay à une plage de Goa, ainsi que son folklore fantastique. Un conte contemplatif qui n'oublie pas de nous faire réfléchir, où l'émotion transpire, sans oublier la petite touche d'humour. De la poésie. Je découvre Filipe Andrade, il a un talent fou. Un grand format qui permet d'admirer toutes ses superbes planches qui défilent sous mes yeux et la colorisation "flashy" dans les tons roses, mauves et bleus apportent cette ambiance singulière d'une Inde mystérieuse. J'ai pris une claque tellement c'est beau. Un petit mot pour le traducteur, il a fait un super boulot. Pas culte, enfin pas encore, mais ce comics mérite 5 étoiles et un énorme coup de cœur. "Je veux arriver à la fin Avec des cicatrices à montrer Traces des décisions difficiles prises Par un cœur imprudent" Cicatrices - Akur Puri
La Trilogie Nikopol
Voilà une BD qui, enfant, m'avait beaucoup marqué. Facilement intéressé par les univers mythologiques, je jouais énormément à Age of Mythology (+ extension Cronos). Gamin donc, je feuilletais les planches pour voir ces dieux égyptiens, toutes ces têtes d'animaux m'extasiaient. Esthétiquement, je trouvais ça absolument superbe. Je ne comprenais rien à l'histoire par contre. Mais tout cet univers était déjà un étrange délice à parcourir. Et je me réjouis de ressentir le même plaisir actuellement. D'autant que je place au même rang mon avis sur le scénario. Donc après lectures et rerelectures de cette trilogie, je continue de planer dans cet univers créé par Bilal, qui a perdu les saveurs de l'agréable. Si le 1er tome est le plus réussi scénaristiquement, le deuxième tome me retient pour sa tension et son mystère dans un changement d'ambiance auquel on ne s'attend pas vraiment. Et puis le troisième tome, comme les autres, restent pour moi un régal pour les yeux, même si je lui reprocherai d'être moins chiadé que les autres niveau scénar'. Mais qu'importe! Cette ambiance pestilentielle m'emporte. L'humour est bien présent, raffiné, et la relation entre Horus et Nikopol Père est géniale. Horus lui-même, dieu rebelle, a été très bien monté psychologiquement. L'arrivée du fils Nikopol au premier tome et son rôle de premier plan à partir du second permet de donner une matière très intéressante au scénario. Et puis le troisième accueille encore un nouveau personnage tout aussi réussi (et tout à fait charmante) pour donner toujours plus d'intérêt à l'histoire et à son épilogue. Les passages issus de poèmes de Baudelaire s'intègrent admirablement dans le récit pour lui donner davantage de substances, et je ne vois vraiment pas cela comme un truc de BCBG comme j'ai pu l'entendre parfois. Je trouve même cette critique franchement navrante, tant les vers cités prennent tout leur sens et collent si bien à la peau de Nikopol qui rêve d'ailleurs, n'étant jamais à sa place, jamais maître de lui-même...jusqu'à ce que la vie (ou les dieux?) semble se jouer de lui en déclenchant un éternel recommencement? Une BD qui prête à interprétation, je ne m'y suis pas mis mais il serait intéressant de replacer cette série dans son contexte historique (les dictatures survivantes et éternelles, l'Afrique, la question d(un nouvel ordre mondial), mais aussi je crois en tenant compte de la vie de Enki Bilal, de son pays natal, ou encore l'origine de ses parents. En tout cas le résultat donne une série unique, qui mérite d'être mis au rang des cultes. Et puis encore une fois... Quel dessin!
Le Grand Vide
Angoulême 2022 Prix du Public France Télévision. Léa Murawiec pour son premier album nous envoie un missile. Si cette jeune autrice confirme, il va falloir s'habituer à son nom vite fait. J'ai adoré le concept proposé. Dans une ville monde presque sans borne, nous nous promenons dans un univers dystopique qui ne doit rien à une explosion nucléaire ou à un régime galonné. C'est bien plus subtil car nous sommes les propres responsables de cet univers ultra connecté où la renommée (la présence) tient lieu d'espérance de vie. Peu importe la qualité et ce que vous faites du moment que l'on parle et que l'on pense à vous. L'oubli ou la solitude, c'est la mort imminente quel que soit votre âge. Paradoxalement les ados peuvent être aussi vite exposés que les personnes âgées à cause d'un lien social en reconstruction entre enfance choyée par les parents et âge adulte bien cadré par son statut. Manel Naher, la vingtaine rebelle n'a cure de ces contraintes et ne rêve que de liberté et d'aventure avec son pote Ali. Elle développe un tropisme vers le vide. Ce grand vide que la communication officielle vous en interdit la rêverie. Sauf qu'à cause d'un imprévu, comme la vie en est faite constamment, Manel est rattrapée par la patrouille. A cet âge, la pire angoisse et la pire agressivité peut suivre à la plus belle exaltation. L'action qui en découle peut avoir des effets si imprévus qu'ils vont vous transformer du tout au tout. Léa Murawiec pose un regard aiguisé et un poil angoissant sur les défauts possibles de notre société future. Elle me renvoie à cette montée d'angoisse subie par de nombreuses personnes au moment du confinement quand les liens sociaux réels ont été mis à mal à cause du virus. Je trouve que c'est très finement observé. Le concept est bon et comme si cela ne suffisait pas Léa Murawiec nous claque du/son style. On peut ne pas aimer mais l'auteure met immédiatement sa signature graphique dans votre pupille. Avec ses trois couleurs pantones, son trait fluide, élastique et bondissant, Murawiec ne laisse pas respirer. Les effets de profondeur donnent le vertige et confortent ce sentiment d'angoisse quand on regarde ces planches avec ces milliers de buildings jumeaux où s'inscrivent ces milliards de noms. C'est en tout cas l'impression que cela m'a donné. Un super concept et un graphisme personnel qui décoiffe comme son héroïne pour un premier album. Quel coup de maîtresse !!
Le Moine fou
Cet avis est pour réfuter les arguments des personnes mettant une note inférieure à 3 pour ce travail de très haute volée. Le moine fou est un roman graphique. Ce n'est pas du dessin, mais plutôt de la peinture (genre aquarelle, ce qui explique les couleurs diluées). On peut mesurer le travail effectué ! Pour les personnes nées après les années 80, juger Le moine fou vieillot, c'est comme le comparer à un manga (par exemple, Nori Taka le roi de la baston), c'est comme regarder un film d'Indiana Jones, sans aucun trucage numérique et le comparer avec...Uncharted, qui a des effets spectaculaires, mais une histoire ultra prévisible et des personnages creux (sans parler des films à milliards de Marvel, ou seuls les effets comptent, c'est à pleurer). Essayons d'élever le débat. Je trouve que c'est une oeuvre difficile, parce qu'elle fourmille de détails qui parlent à ceux qui connaissent un peu la culture chinoise (pour ceux que ça intéresse, lisez les romans du Juge Ti, qui sont une manière accessible, intrigante et rapide d'apprendre quelques détails sur la vie médiévale en Chine). Ici, le rendu de l'ambiance médiévale chinoise est excellent, les paysages magnifiques, surtout quand on a eu la chance de visiter la Chine. Les coutumes et détails sont très bien rendus. Les arts martiaux aussi, même si ON N'EST PAS DANS UN MANGA des années 2010-2020, avec des effets de mouvement qui illustrent la force ou la violence des coups. Les poses paraissent figées, mais quand on connait les arts martiaux, on sait ce qu'elles signifient et quels sont leurs effets ! Certains ne s'identifient pas à une fille, fusse-t-telle garçon manqué ? Et bien justement, c'est un ouvrage féministe bien avant l'heure et cela me convient très bien. Les femmes y sont victimes ou conquérantes, les hommes souvent laids ou quelconques, sauf ceux dont la personnalité sort de l'ordinaire. Je comprends qu'une certaine confusion soit perçue, car j'ai parfois l'impression d'avoir raté une case. Mais cela laisse plus de place à la réflexion et l'imagination. Cette oeuvre fait partie de mes préférées et m'y plonger est vraiment dépaysant pour moi. Un voyage dans le temps, l'espace, et la culture d'une autre civilisation. Ah oui, car la spiritualité est très bien évoquée, ici. Je vous l'ai dit, c'est exigeant. Notez que j'ai des goûts très éclectiques en matière d'art, pas seulement de BD. A ceux qui mettent moins de 3, j'aimerais bien savoir ce qui mérite vos 4 ou 5 étoiles ! Bien sûr, la note est subjective, mais moins de 3, c'est insultant !
Astérix
Je donne mon premier avis sur une série sans risque ! Même si tout n'est pas rose dans le monde récent d'Astérix (Je ferme les yeux sur les errements des dernières années), les grands tomes qui ont fait sa gloire sont cultes et nous montrent que le temps n'a pas d'impact sur ce point. Pour moi comme pour beaucoup, ce sont les BD des premières lectures, les bons souvenirs et surtout le talent d'avoir fait en sorte que ces BD restent toujours aussi actuelles et lisibles quel que soit notre âge et les années passées.
Raptor
J'avais lu, l’Été dernier la version originale chez Dark Horse, mais je m'étais tout de même rendu compte de la complexité de la langue McKeanienne, très littéraire, avec un vocabulaire recherché et précis. Du coup, en voyant la version française chez Futuropolis, je dois bien avouer que j'étais content. Et j'ai donc redécouvert ce très bel album, profond, pas toujours très facile à aborder, mais qui mérite d'une part qu'on aille jusqu'au bout, et d'autre part qui sait se dévoiler progressivement, tout en gardant ses petits secrets ! Une nouvelle fois McKean montre qu'il reste un artiste exceptionnel (j'adore les séquences déclinées avec le faucon et sa proie, que c'est beau !), mais qu'en plus il sait aussi écrire avec une vraie sensibilité des récits qui nous interrogent, nous surprennent et nous émeuvent ! Un voyage qui ne laisse pas indifférent, à lire et à relire ! Très conseillé !