On a tout dit au sujet de la maitrise picturale de Alex Ross. Quelle chance on a qu'il ait eu, comme nous, le coup de foudre pour le genre et, par dessus le marché, une intelligence manifeste à l'analyser et le mettre en scène avec une fidélité miraculeuse dans son rendu, pourtant peint ! C'est qu'on les reconnait tous ! La page de garde de cette merveille est une véritable capsule temporelle dans son exécution, si précise, de toute une époque pleine de trouvailles graphiques et scénaristiques. Rien que l'attitude de Susan Storm, Franklin dans ses bras, et je me retrouve avec mon Nova ouvert sur les cuisses, perdu dans les difficultés conjugales et familiales des FF !
Mais la grande réussite de ce recueil est d'avoir pris le point de vue de ce reporter -le notre, donc : extérieur- pour chroniquer bien quarante ans des délires Marvel ayant frappé la ville de New York ! J'ai fais la visite de ma propre culture -rêvée- en parcourant ces pages superbes, composées des clichés -et instantanés- d'évènements qui ont, sans que je le sache ni ne le décide, formé mon goût pour le genre du super-héros (fiction extrêmement spécifique) comme filtre pour appréhender une réalité infiniment moins séduisante et qui, dans le même temps, m'ont ouvert l'esprit aux motivations des autres, en m'explicitant les raisons de leurs comportements au travers des affres personnelles de Spiderman et Cie.
On ne se rend compte de ce que nous ont transmis les artistes -les bons !- que lors ce qu'il est trop tard pour revenir en arrière ; d'où l'intérêt (la nécessité) d'une exposition la plus large possible aux sources de création les plus variées.
Pour l'amateur, Marvels emplit l'âme comme le ferait la clarté solaire et, si je frémis à la vue des Sentinelles survolant la ville, si mon coeur se serre au souvenir du destin de Gwen Stacy, je ne peux m'empêcher de rejoindre son point de vue poétique à l'invasion Atlante des rues de New-York ; et son ravissement m'accompagne alors que j'admire, positivement ébloui, l'éclat de lumière irisé sur l'épaule de Galactus, tout là-haut.
Ce vers quoi commençait à tendre le genre super-héroïque au milieu des années quatre-vingt : une mise en abîme de plus en plus "réaliste" du destin probable du surhomme au sein de la société, une représentation d'avantage S.F. qui aurait pu transcender l'entièreté de la production pour l'amener vers des rivages beaucoup plus enrichissants, sinon originaux. Loin au delà du banal affrontement bien/mal, en tous cas. Mais le virage entr'aperçu avec le "Dieu Créé, L'Homme Détruit." de Claremont/Anderson, loin de montrer l'exemple avec son exploration un poil plus poussée qu'à l'accoutumée du pitch Humaniste originel des X-Men, va vite être remplacé par une popularisation quasi générale de la violence et du trash comme prétexte à plus de réalisme...
Tant pis ! John Byrne nous venge tous avec son super efficace John Byrne's Next Men, plein de bruit et de fureur -et de sens !
Avec une rigueur graphique quasi sans faille et un sens du récit peaufiné par l'expérience, il te me nous a torché un petit bijou Science-Fictionnesque qui décortique toutes les astuces utilisées depuis des lustres par les auteurs de Comics ; nous offrant à chaque arc une extrapolation bien plus cohérente de tel ou tel sujet, et des conséquences bien réelles qui en découleraient SI...
Le dessin est tellement au point dans son efficacité qu'il en manque presque de charme, dépouillé qu'il est de toute hésitation ou expérimentation ; même si Byrne nous offre pas mal de plans très inventifs. La conséquence logique est une froideur d'ordre général, surtout dans le second arc. Mais un vrai humour de situation (le décalage induit par l'inexpérience des Next Men) et, plus directement, du traitement de certains personnages (le portrait bien sentis de Ben Horowitz et le sadisme moqueur de Satanas, l'émouvante humanité de Sandy...) s'occupent de réchauffer l'atmosphère ; et on se réjouit que le Comic soit publié chez Dark Horse plutôt que Marvel ou DC...
N'empêche : on suit avec beaucoup de sympathie l'odyssée de ces "NEXT MEN" vers plus de maturité et de conscience et, si les avatars qu'ils subissent après l'affrontement "final" avec leur Némésis Satanas me parlent moins dans leur logique "à suivre", plus classique (John Byrne adore les histoires de voyage temporels et je crois que c'est ce que j'aime le moins dans la S.F.), tout ce qui est mis en scène avant pointe le talent de l'auteur et l'intérêt de l'histoire. Aucun des personnages n'est traité à la légère -Tony est un poil trop "chargée", néanmoins, niveau background !- et leur évolution est logique tout du long. Du développement d'une conscience morale chez Jack à l' endurcissement psychologique de Bethany (bien raccord avec sa propre mutation, pour le coup !) jusqu'à l'acquisition -douloureusement triste- de la maturité pour Danny, on ne peut rester à distance de ces individus projetés du jour au lendemain dans le monde des hommes, après avoir commencé leur existence au (presque !) paradis. Et même l'absence d'évolution comportementale chez Nathan et Jasmine tombe sous le sens : il est dés le départ un être dépassionné et déjà abouti, mature avant l'heure, alors qu' elle n'exprime qu'émotion et simplicité et continuera, par la suite et malgré les épreuves, à faire preuve de la plus confondante naïveté. Ces choix-là aussi prouvent encore d'avantage l'implication de l'auteur à tenter de nous offrir quelque chose de différent du Comic Book habituel. Un travail de caractérisation qui fait sa patte depuis Alpha Flight ; et qui rend mon approche de facto sympathique envers ses créations et/ou adaptations.
Un grand moment du Comic !
Halala ! Dave Cockrum et son légendaire goût pour le costume de super-héro qui tue ! Non mais : rien que la couverture, quoi !
Le bonhomme est à l'origine de ma passion pour le genre super-héroïque. Comment ne pas avoir toute sa chimie cérébrale bouleversée quand, aux alentours des huit-neuf ans, un Spécial Strange entre les mains, ont se retrouve les yeux écarquillés à essayer d'assimiler toutes les subtilités stylistiques qu'arbore une véritable horde de belligérants, drapés des oripeaux les plus élaborés et colorés qu'on ait jamais contemplé ?! Déjà, le groupe des X-Men qui ouvrait le chapitre m'avait grandement impressionné ; mais la Garde Impériale ?! Il était vraiment le Christian Lacroix du genre !
Avec cet album à (presque) mi-chemin des genres (c'est très S.F. !), il s'est manifestement fait plaisir en mettant en scène, via une histoire assez simple d'invasion temporelle, un groupe de super héros typiques du MCG, tous nantis de ce qui se faisait de mieux en matière d'assortiment personnalité/pouvoir/patronyme ; et dont la trempe très naïve, fidèle au style d'une époque déjà datée au moment de la publication, justifie précisément les représentations graphiques très travaillées et très réussies de leurs costumes et leurs pouvoirs, ainsi que de leurs personnalités -croquées en bleus et roses, elles aussi.
Le récit est bien rythmé (luttes en épisodes contre les envahisseurs par des membres de l'équipe, associés en binômes puis réunis à nouveau pour la conclusion) et les informations clés en rapport avec les personnages sont peu à peu dévoilées, accentuant notre désir d'en savoir d'avantage sur eux et les liens qui les unissent. C'est qu'ils sont très attachants dans leur originalité, que cette dernière soit due à leurs capacités paranormales et/ou leur background personnel : Avatar, Silver-Shadow, Blackmane, Sunswift et Terrayne en particulier. Et Werehawk est carrément du jamais vu, dans son genre ! Et quasiment tous bénéficient, bien sûr, d'une apparence très soignée sous leur incarnation méta-humaine -à part Terrayne, par contre : pas jojo du tout, sinon original !
L'ensemble est ma foi très agréable à lire -si on omet le côté hécatombe de l'invasion : annihilation des principales capitales du monde, en complet porte-à-faux avec l'humour omniprésent et très représentatif du médium. C'est peut-être cet aspect jusqu'au-boutiste qui a empêché la parution d'une série régulière au sein des publications Marvel ? On a, en tous les cas, tous loupé quelque chose, sur ce coup-là.
Salut l'Artiste !
J'ai adoré !
Je crois même que, à l'époque, c'était la première fois que le dessin de ce précurseur génial de Jack Kirby parvenait à me séduire durant plus de deux planches. Jusqu'alors, même si la puissance évocatrice de son graphisme me parlait -me hurlait, même !- son intérêt original, la lecture complète d'une histoire me frustrait pour les mêmes raisons : où trouver un coin dans la page pour se reposer les yeux ?!
Mais, avec Machine Man, il était apparemment en "ondes Alpha", complètement en phase avec son sujet et la manière de le mettre en scène.
La genèse et ses suites vont crescendo et, même si chaque scène d'action jaillit comme à l'accoutumée de la planche, on a droit à de belles séquences plus tranquilles -ou carrément poétiques, comme la retransmission (en 3D ! ARF !) du S.O.S. "cosmico-visuel" émis par Ten-For via le pauvre patient de la chambre zéro !
Les interrogations existentielles (classiques) de Aaron Stack sont touchantes car justifiées par l'histoire et, plus que tout, son look de jouet cheap (ses yeux en bulles de verre et ses bras extensibles, pareils à des tuyaux de douche !) lui confèrent une aura naïve qui, selon le cas, séduit et/ou révulse, mais donne le ton du récit -un conte.
Fatalement, après Kirby, les repreneurs de la série ont décidé de faire marche arrière, tentant maladroitement de mettre l'ordinateur vivant au goût esthétique du jour, plus "réaliste" : un naufrage pathétique. Preuve en est que le concept originel était le bon : Alex Ross, superbement relayé par le très regretté John Paul Leon, lui rend son apparence des débuts pour l'introduction de son extraordinaire Earth X. Un sobre et bel hommage, à la mesure du pionnier de la démesure graphique.
Quelle grande époque !
Jean-Yves Mitton et Marcel Navarro torchent en quelques épisodes un trio de Sup' Héros bien sympathiques (même si archi-calibrés !) qui vont, une année durant de publication mensuelle (!) combattre de méchants extra-terrestres insectoïdes tout en découvrant leurs pouvoirs, induits par ceux-là même qu'ils affrontent ; et cela tout en évitant de se faire lyncher par les foules en délire de leurs concitoyens -c'est très Silver Surfer et Spiderman, ça !
C'est plein de grands sentiments et de clichés, encore plus mis en avant par des dialogues ampoulés au possible mais, si ça ne m'a pas dérangé à l'époque -surtout que le style de Mitton, déjà très efficace et personnel, fait un bond en avant SPECTACULAIRE à mi chemin de la publication !- j'ai depuis lors découvert que cette outrance littéraire était faite exprès ! En effet : pas du tout amateurs du genre, les deux créateurs ont eu du mal à prendre au sérieux leur médium, traité un peu comme un exercice de style -au départ, en tous cas-, et ils se sont perversement amusés à en exagérer les poncifs les plus éculés.
Mais apparemment, à l'instar de l'intelligence, l'Art ne peut s'exprimer en dessous de son propre niveau ; et c'est bel et bien une réussite dans le genre qu'ils nous ont offerte, tout au long de la carrière de nos trois héros psychorigides (j'exagère: quand Jean Mitton relance sa série dans le magazine Titans, sa personnalité chaleureuse -et très franche !- s'exprime beaucoup plus librement dans la peinture de notre société Francophone, enrichissant d'autant plus l'univers de Mike, Salty et Crabby.). Et puis la redite, en matière de super-héros, n'est pas forcément synonyme de vacuité ou d'ennuis : Marvel et Consorts auraient disparu depuis longtemps, sinon !
Un monument du Comic Book, donc ; qui ne s'essouffle à aucun moment et nous offre, comme ses meilleurs concurrents Anglo-Saxons, un sommet du récit avec la fabuleuse "Saga Du Psi", aussi magnifiquement illustrée qu'elle est élaborée dans sa progression dramatique.
Une réédition en album de certains des épisodes de la série, illustrés (entre autres, beaucoup moins inspirés même si honnêtes, comme Rick Leonardi...) par un Bill Sienkiewicz en pleine expérimentation graphique pour essayer de trouver d'autres façons de raconter en images...
C'est foutraque et chaotique -et très jouissif en même temps car on sent bien le plaisir qu'il prend à manipuler (démolir !) les codes narratifs habituels. Pas mal de croquis rapides, rythmes de parution oblige ; mais on a droit a de très expressives attitudes de la part des personnages, croquées très spontanément. L'emploie du noir -très présent !- met en valeur la moindre perle graphique, et les scénarios de Chris Claremont, plus étranges qu'à l'accoutumée (relation de cause à effet avec son dessinateur du moment, comme c'est souvent le cas avec la manière de procéder au MCG), donnent matière aux audaces picturale du grand Bill -toute relatives, quand même, dans cette production très mainstream.
Ses couvertures sont, par contre, absolument remarquables d'inventivité et de maitrise et justifient -je ne plaisante pas !- à elles seules l'achat.
C'est du Comic sans prétention et, les deux épisodes étant parties d'un tout, on est un peu limité quant à l'exploitation que les auteurs auraient pu en faire.
Néanmoins Barry Windsor-Smith s'est vraisemblablement bien amusé à remplir les cases pas mal dynamiques de ces deux historiettes, et la spécificité de son style du moment, tout en longs traits et petits points -très reconnaissable !- sert les images en leur offrant un cachet unique. Les scénarios sont typiques de l'époque (surtout celui du Daredevil/Veuve Noire) et Serval bénéficie d'un travail graphique plus libre et délié, même dans son découpage, ce qui le rend plus réussi dans son ensemble. Moi j'adore voir les mécanismes intérieurs de Lady Deathstrike, au fur et à mesure que notre bon vieux Logan la démantibule durant leur combat de chats sauvages : Barry a un faible pour la représentation "éclatée" des tuyaux de plomberie, je parierais...
Il s'est amusé, le John, a faire la nique à ses pairs qui, au même moment, surenchérissaient dans leur exploration des limites du marché à acheter du super-héros de plus en plus trash.
Sous sa plume, et ce dés son ajout aux Fantastic Four, She-Hulk est devenu un personnage plein d'entrain et d'énergie, très séduisant à mettre en scène ; et le traitement si particulier auquel il l'a soumise, en lui offrant un statut métaphysique dans son propre magazine à elle, a octroyé au scénariste-dessinateur une liberté créative sans précédent au sein du MCG.
Bon, il aurait pu, toutes proportions gardées, en profiter bien plus efficacement, hein ! Mais, fidèle à sa nature très "mainstream", il a respecté mordicus l'idée qu'il se fait de ce qui est "juste" et de bon ton quand on fait du super-héros.
On ne va pas bouder son plaisir, néanmoins : il y a une réelle volonté de se renouveler en laissant son héroïne briser le cadre de ses cases (pour gagner du temps !), ou même invectiver son auteur sur ses choix scénaristiques : "...! TOAD MEN ?! BYRNE ! TOAD MEN ?!?".
L'ensemble est très rafraichissant à lire. Mais Jennifer Walters à la sauce John Byrne était suffisamment bien incarnée pour assumer un mensuel sans l'ajout de ces "transgressions" narratives : je l'aurais tout aussi volontiers suivie au fil d'aventures "classiques".
Bizarrement, les apparitions de l'artiste au beau milieu des pages des Quatre Fantastiques me semblaient bien plus révolutionnaires, pour le coup ! Heureusement qu'il s'est -un peu !- laissé aller, finalement, avec le très réussi Next-Men ! Mais on en reparlera ailleurs.
Oh oui ! À des kilomètres de mes goûts du moment, quand il est sorti ; mais une véritable bulle d'oxygène bienvenue tant j'étais obsédé par mes chers super-héros et leurs interminables démêlées avec leurs Némésis increvables...
Le scénario très primaire de John Byrne (les méchant contre la gentille et les deux nigauds pris au milieu) est magnifiquement raccord avec le graphisme très souligné de Ron Wilson (l'encreur y est aussi sans doute pour quelque chose...) et le tout, comme souvent dans les Comics, est infiniment supérieur à la somme des parties.
Tout est énorme dans cette histoire de lutte sociale transcendée par l'affrontement sportif de deux brutes épaisses ; l'ensemble baigne dans une débauche d'encre et de couleurs bien consistantes elles aussi, ce qui donne aux images un irrésistible attrait sensuel. Surtout pour l'adolescent que j'étais alors.
D'autant plus que les seins pointent durement sous les fines étoffes, autant que les muscles saillent à chaque case ! Il se dégage un irrésistible parfum suggestif/subversif quand on tourne les pages de cet album, si incongru dans la production Marvel de l'époque, tant le sujet traité semble un prétexte à la représentation bien plus concrète des intérêts du dessinateur... Probablement peu concerné, Byrne a vraisemblablement laissé courir.
Du coup, c'est un peu culte, pour moi. Un Ovni aux visées originellement commerciales, mais assez efficace grâce à la spontanéité et la simplicité de son traitement. Et j'allais oublier, au dos de l'album Lug, la superbe couverture originale de Bill Sienkiewicz !
Je suis un inconditionnel, alors il m'est difficile de rester indifférent : sa peinture sociale, toujours très virulente, ravit mon âme d'individualiste handicapé de l'autonomie.
Il est manifeste que, depuis l'incroyable exploit de son "Couilles De taureau", spectaculaire (!) fusion de satyre sociale et radiographie Pornographique des mœurs d'une partie de la population, l'ambiance a radicalement changé et, en témoin très lucide de son époque, il a tendance à nous entreprendre de plus en plus "par le biais".
Je continue donc a vraiment apprécier mes incursions dans ce milieu (très exotique pour moi !) Germano-Gay où les discussions les plus surréalistes s'articulent autour des sujets les plus variés -et souvent les plus anodins, d'où le gag récurrent du regard décalé de cette partie bien précise de la population.
Il est à craindre malheureusement que la mode à la "normalisation" qui s'est emparée des sociétés Occidentales n'en vienne à tous nous mêler dans la même grisaille insipide. Souhaitons donc que le bon Ralf, armé de ses pinceaux foutraquement efficaces, continue longtemps de pointer nos travers avec humour et tendresse.
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Marvels
On a tout dit au sujet de la maitrise picturale de Alex Ross. Quelle chance on a qu'il ait eu, comme nous, le coup de foudre pour le genre et, par dessus le marché, une intelligence manifeste à l'analyser et le mettre en scène avec une fidélité miraculeuse dans son rendu, pourtant peint ! C'est qu'on les reconnait tous ! La page de garde de cette merveille est une véritable capsule temporelle dans son exécution, si précise, de toute une époque pleine de trouvailles graphiques et scénaristiques. Rien que l'attitude de Susan Storm, Franklin dans ses bras, et je me retrouve avec mon Nova ouvert sur les cuisses, perdu dans les difficultés conjugales et familiales des FF ! Mais la grande réussite de ce recueil est d'avoir pris le point de vue de ce reporter -le notre, donc : extérieur- pour chroniquer bien quarante ans des délires Marvel ayant frappé la ville de New York ! J'ai fais la visite de ma propre culture -rêvée- en parcourant ces pages superbes, composées des clichés -et instantanés- d'évènements qui ont, sans que je le sache ni ne le décide, formé mon goût pour le genre du super-héros (fiction extrêmement spécifique) comme filtre pour appréhender une réalité infiniment moins séduisante et qui, dans le même temps, m'ont ouvert l'esprit aux motivations des autres, en m'explicitant les raisons de leurs comportements au travers des affres personnelles de Spiderman et Cie. On ne se rend compte de ce que nous ont transmis les artistes -les bons !- que lors ce qu'il est trop tard pour revenir en arrière ; d'où l'intérêt (la nécessité) d'une exposition la plus large possible aux sources de création les plus variées. Pour l'amateur, Marvels emplit l'âme comme le ferait la clarté solaire et, si je frémis à la vue des Sentinelles survolant la ville, si mon coeur se serre au souvenir du destin de Gwen Stacy, je ne peux m'empêcher de rejoindre son point de vue poétique à l'invasion Atlante des rues de New-York ; et son ravissement m'accompagne alors que j'admire, positivement ébloui, l'éclat de lumière irisé sur l'épaule de Galactus, tout là-haut.
John Byrne's Next Men
Ce vers quoi commençait à tendre le genre super-héroïque au milieu des années quatre-vingt : une mise en abîme de plus en plus "réaliste" du destin probable du surhomme au sein de la société, une représentation d'avantage S.F. qui aurait pu transcender l'entièreté de la production pour l'amener vers des rivages beaucoup plus enrichissants, sinon originaux. Loin au delà du banal affrontement bien/mal, en tous cas. Mais le virage entr'aperçu avec le "Dieu Créé, L'Homme Détruit." de Claremont/Anderson, loin de montrer l'exemple avec son exploration un poil plus poussée qu'à l'accoutumée du pitch Humaniste originel des X-Men, va vite être remplacé par une popularisation quasi générale de la violence et du trash comme prétexte à plus de réalisme... Tant pis ! John Byrne nous venge tous avec son super efficace John Byrne's Next Men, plein de bruit et de fureur -et de sens ! Avec une rigueur graphique quasi sans faille et un sens du récit peaufiné par l'expérience, il te me nous a torché un petit bijou Science-Fictionnesque qui décortique toutes les astuces utilisées depuis des lustres par les auteurs de Comics ; nous offrant à chaque arc une extrapolation bien plus cohérente de tel ou tel sujet, et des conséquences bien réelles qui en découleraient SI... Le dessin est tellement au point dans son efficacité qu'il en manque presque de charme, dépouillé qu'il est de toute hésitation ou expérimentation ; même si Byrne nous offre pas mal de plans très inventifs. La conséquence logique est une froideur d'ordre général, surtout dans le second arc. Mais un vrai humour de situation (le décalage induit par l'inexpérience des Next Men) et, plus directement, du traitement de certains personnages (le portrait bien sentis de Ben Horowitz et le sadisme moqueur de Satanas, l'émouvante humanité de Sandy...) s'occupent de réchauffer l'atmosphère ; et on se réjouit que le Comic soit publié chez Dark Horse plutôt que Marvel ou DC... N'empêche : on suit avec beaucoup de sympathie l'odyssée de ces "NEXT MEN" vers plus de maturité et de conscience et, si les avatars qu'ils subissent après l'affrontement "final" avec leur Némésis Satanas me parlent moins dans leur logique "à suivre", plus classique (John Byrne adore les histoires de voyage temporels et je crois que c'est ce que j'aime le moins dans la S.F.), tout ce qui est mis en scène avant pointe le talent de l'auteur et l'intérêt de l'histoire. Aucun des personnages n'est traité à la légère -Tony est un poil trop "chargée", néanmoins, niveau background !- et leur évolution est logique tout du long. Du développement d'une conscience morale chez Jack à l' endurcissement psychologique de Bethany (bien raccord avec sa propre mutation, pour le coup !) jusqu'à l'acquisition -douloureusement triste- de la maturité pour Danny, on ne peut rester à distance de ces individus projetés du jour au lendemain dans le monde des hommes, après avoir commencé leur existence au (presque !) paradis. Et même l'absence d'évolution comportementale chez Nathan et Jasmine tombe sous le sens : il est dés le départ un être dépassionné et déjà abouti, mature avant l'heure, alors qu' elle n'exprime qu'émotion et simplicité et continuera, par la suite et malgré les épreuves, à faire preuve de la plus confondante naïveté. Ces choix-là aussi prouvent encore d'avantage l'implication de l'auteur à tenter de nous offrir quelque chose de différent du Comic Book habituel. Un travail de caractérisation qui fait sa patte depuis Alpha Flight ; et qui rend mon approche de facto sympathique envers ses créations et/ou adaptations. Un grand moment du Comic !
Les Justiciers du futur
Halala ! Dave Cockrum et son légendaire goût pour le costume de super-héro qui tue ! Non mais : rien que la couverture, quoi ! Le bonhomme est à l'origine de ma passion pour le genre super-héroïque. Comment ne pas avoir toute sa chimie cérébrale bouleversée quand, aux alentours des huit-neuf ans, un Spécial Strange entre les mains, ont se retrouve les yeux écarquillés à essayer d'assimiler toutes les subtilités stylistiques qu'arbore une véritable horde de belligérants, drapés des oripeaux les plus élaborés et colorés qu'on ait jamais contemplé ?! Déjà, le groupe des X-Men qui ouvrait le chapitre m'avait grandement impressionné ; mais la Garde Impériale ?! Il était vraiment le Christian Lacroix du genre ! Avec cet album à (presque) mi-chemin des genres (c'est très S.F. !), il s'est manifestement fait plaisir en mettant en scène, via une histoire assez simple d'invasion temporelle, un groupe de super héros typiques du MCG, tous nantis de ce qui se faisait de mieux en matière d'assortiment personnalité/pouvoir/patronyme ; et dont la trempe très naïve, fidèle au style d'une époque déjà datée au moment de la publication, justifie précisément les représentations graphiques très travaillées et très réussies de leurs costumes et leurs pouvoirs, ainsi que de leurs personnalités -croquées en bleus et roses, elles aussi. Le récit est bien rythmé (luttes en épisodes contre les envahisseurs par des membres de l'équipe, associés en binômes puis réunis à nouveau pour la conclusion) et les informations clés en rapport avec les personnages sont peu à peu dévoilées, accentuant notre désir d'en savoir d'avantage sur eux et les liens qui les unissent. C'est qu'ils sont très attachants dans leur originalité, que cette dernière soit due à leurs capacités paranormales et/ou leur background personnel : Avatar, Silver-Shadow, Blackmane, Sunswift et Terrayne en particulier. Et Werehawk est carrément du jamais vu, dans son genre ! Et quasiment tous bénéficient, bien sûr, d'une apparence très soignée sous leur incarnation méta-humaine -à part Terrayne, par contre : pas jojo du tout, sinon original ! L'ensemble est ma foi très agréable à lire -si on omet le côté hécatombe de l'invasion : annihilation des principales capitales du monde, en complet porte-à-faux avec l'humour omniprésent et très représentatif du médium. C'est peut-être cet aspect jusqu'au-boutiste qui a empêché la parution d'une série régulière au sein des publications Marvel ? On a, en tous les cas, tous loupé quelque chose, sur ce coup-là. Salut l'Artiste !
Machine Man - Le Robot vivant
J'ai adoré ! Je crois même que, à l'époque, c'était la première fois que le dessin de ce précurseur génial de Jack Kirby parvenait à me séduire durant plus de deux planches. Jusqu'alors, même si la puissance évocatrice de son graphisme me parlait -me hurlait, même !- son intérêt original, la lecture complète d'une histoire me frustrait pour les mêmes raisons : où trouver un coin dans la page pour se reposer les yeux ?! Mais, avec Machine Man, il était apparemment en "ondes Alpha", complètement en phase avec son sujet et la manière de le mettre en scène. La genèse et ses suites vont crescendo et, même si chaque scène d'action jaillit comme à l'accoutumée de la planche, on a droit à de belles séquences plus tranquilles -ou carrément poétiques, comme la retransmission (en 3D ! ARF !) du S.O.S. "cosmico-visuel" émis par Ten-For via le pauvre patient de la chambre zéro ! Les interrogations existentielles (classiques) de Aaron Stack sont touchantes car justifiées par l'histoire et, plus que tout, son look de jouet cheap (ses yeux en bulles de verre et ses bras extensibles, pareils à des tuyaux de douche !) lui confèrent une aura naïve qui, selon le cas, séduit et/ou révulse, mais donne le ton du récit -un conte. Fatalement, après Kirby, les repreneurs de la série ont décidé de faire marche arrière, tentant maladroitement de mettre l'ordinateur vivant au goût esthétique du jour, plus "réaliste" : un naufrage pathétique. Preuve en est que le concept originel était le bon : Alex Ross, superbement relayé par le très regretté John Paul Leon, lui rend son apparence des débuts pour l'introduction de son extraordinaire Earth X. Un sobre et bel hommage, à la mesure du pionnier de la démesure graphique.
Mikros Archives
Quelle grande époque ! Jean-Yves Mitton et Marcel Navarro torchent en quelques épisodes un trio de Sup' Héros bien sympathiques (même si archi-calibrés !) qui vont, une année durant de publication mensuelle (!) combattre de méchants extra-terrestres insectoïdes tout en découvrant leurs pouvoirs, induits par ceux-là même qu'ils affrontent ; et cela tout en évitant de se faire lyncher par les foules en délire de leurs concitoyens -c'est très Silver Surfer et Spiderman, ça ! C'est plein de grands sentiments et de clichés, encore plus mis en avant par des dialogues ampoulés au possible mais, si ça ne m'a pas dérangé à l'époque -surtout que le style de Mitton, déjà très efficace et personnel, fait un bond en avant SPECTACULAIRE à mi chemin de la publication !- j'ai depuis lors découvert que cette outrance littéraire était faite exprès ! En effet : pas du tout amateurs du genre, les deux créateurs ont eu du mal à prendre au sérieux leur médium, traité un peu comme un exercice de style -au départ, en tous cas-, et ils se sont perversement amusés à en exagérer les poncifs les plus éculés. Mais apparemment, à l'instar de l'intelligence, l'Art ne peut s'exprimer en dessous de son propre niveau ; et c'est bel et bien une réussite dans le genre qu'ils nous ont offerte, tout au long de la carrière de nos trois héros psychorigides (j'exagère: quand Jean Mitton relance sa série dans le magazine Titans, sa personnalité chaleureuse -et très franche !- s'exprime beaucoup plus librement dans la peinture de notre société Francophone, enrichissant d'autant plus l'univers de Mike, Salty et Crabby.). Et puis la redite, en matière de super-héros, n'est pas forcément synonyme de vacuité ou d'ennuis : Marvel et Consorts auraient disparu depuis longtemps, sinon ! Un monument du Comic Book, donc ; qui ne s'essouffle à aucun moment et nous offre, comme ses meilleurs concurrents Anglo-Saxons, un sommet du récit avec la fabuleuse "Saga Du Psi", aussi magnifiquement illustrée qu'elle est élaborée dans sa progression dramatique.
New Mutants (Nouveaux Mutants)
Une réédition en album de certains des épisodes de la série, illustrés (entre autres, beaucoup moins inspirés même si honnêtes, comme Rick Leonardi...) par un Bill Sienkiewicz en pleine expérimentation graphique pour essayer de trouver d'autres façons de raconter en images... C'est foutraque et chaotique -et très jouissif en même temps car on sent bien le plaisir qu'il prend à manipuler (démolir !) les codes narratifs habituels. Pas mal de croquis rapides, rythmes de parution oblige ; mais on a droit a de très expressives attitudes de la part des personnages, croquées très spontanément. L'emploie du noir -très présent !- met en valeur la moindre perle graphique, et les scénarios de Chris Claremont, plus étranges qu'à l'accoutumée (relation de cause à effet avec son dessinateur du moment, comme c'est souvent le cas avec la manière de procéder au MCG), donnent matière aux audaces picturale du grand Bill -toute relatives, quand même, dans cette production très mainstream. Ses couvertures sont, par contre, absolument remarquables d'inventivité et de maitrise et justifient -je ne plaisante pas !- à elles seules l'achat.
Serval - Fauve blessé / Daredevil - Rêve américain
C'est du Comic sans prétention et, les deux épisodes étant parties d'un tout, on est un peu limité quant à l'exploitation que les auteurs auraient pu en faire. Néanmoins Barry Windsor-Smith s'est vraisemblablement bien amusé à remplir les cases pas mal dynamiques de ces deux historiettes, et la spécificité de son style du moment, tout en longs traits et petits points -très reconnaissable !- sert les images en leur offrant un cachet unique. Les scénarios sont typiques de l'époque (surtout celui du Daredevil/Veuve Noire) et Serval bénéficie d'un travail graphique plus libre et délié, même dans son découpage, ce qui le rend plus réussi dans son ensemble. Moi j'adore voir les mécanismes intérieurs de Lady Deathstrike, au fur et à mesure que notre bon vieux Logan la démantibule durant leur combat de chats sauvages : Barry a un faible pour la représentation "éclatée" des tuyaux de plomberie, je parierais...
La Sensationnelle She-Hulk
Il s'est amusé, le John, a faire la nique à ses pairs qui, au même moment, surenchérissaient dans leur exploration des limites du marché à acheter du super-héros de plus en plus trash. Sous sa plume, et ce dés son ajout aux Fantastic Four, She-Hulk est devenu un personnage plein d'entrain et d'énergie, très séduisant à mettre en scène ; et le traitement si particulier auquel il l'a soumise, en lui offrant un statut métaphysique dans son propre magazine à elle, a octroyé au scénariste-dessinateur une liberté créative sans précédent au sein du MCG. Bon, il aurait pu, toutes proportions gardées, en profiter bien plus efficacement, hein ! Mais, fidèle à sa nature très "mainstream", il a respecté mordicus l'idée qu'il se fait de ce qui est "juste" et de bon ton quand on fait du super-héros. On ne va pas bouder son plaisir, néanmoins : il y a une réelle volonté de se renouveler en laissant son héroïne briser le cadre de ses cases (pour gagner du temps !), ou même invectiver son auteur sur ses choix scénaristiques : "...! TOAD MEN ?! BYRNE ! TOAD MEN ?!?". L'ensemble est très rafraichissant à lire. Mais Jennifer Walters à la sauce John Byrne était suffisamment bien incarnée pour assumer un mensuel sans l'ajout de ces "transgressions" narratives : je l'aurais tout aussi volontiers suivie au fil d'aventures "classiques". Bizarrement, les apparitions de l'artiste au beau milieu des pages des Quatre Fantastiques me semblaient bien plus révolutionnaires, pour le coup ! Heureusement qu'il s'est -un peu !- laissé aller, finalement, avec le très réussi Next-Men ! Mais on en reparlera ailleurs.
Super boxeurs
Oh oui ! À des kilomètres de mes goûts du moment, quand il est sorti ; mais une véritable bulle d'oxygène bienvenue tant j'étais obsédé par mes chers super-héros et leurs interminables démêlées avec leurs Némésis increvables... Le scénario très primaire de John Byrne (les méchant contre la gentille et les deux nigauds pris au milieu) est magnifiquement raccord avec le graphisme très souligné de Ron Wilson (l'encreur y est aussi sans doute pour quelque chose...) et le tout, comme souvent dans les Comics, est infiniment supérieur à la somme des parties. Tout est énorme dans cette histoire de lutte sociale transcendée par l'affrontement sportif de deux brutes épaisses ; l'ensemble baigne dans une débauche d'encre et de couleurs bien consistantes elles aussi, ce qui donne aux images un irrésistible attrait sensuel. Surtout pour l'adolescent que j'étais alors. D'autant plus que les seins pointent durement sous les fines étoffes, autant que les muscles saillent à chaque case ! Il se dégage un irrésistible parfum suggestif/subversif quand on tourne les pages de cet album, si incongru dans la production Marvel de l'époque, tant le sujet traité semble un prétexte à la représentation bien plus concrète des intérêts du dessinateur... Probablement peu concerné, Byrne a vraisemblablement laissé courir. Du coup, c'est un peu culte, pour moi. Un Ovni aux visées originellement commerciales, mais assez efficace grâce à la spontanéité et la simplicité de son traitement. Et j'allais oublier, au dos de l'album Lug, la superbe couverture originale de Bill Sienkiewicz !
Suck my duck !
Je suis un inconditionnel, alors il m'est difficile de rester indifférent : sa peinture sociale, toujours très virulente, ravit mon âme d'individualiste handicapé de l'autonomie. Il est manifeste que, depuis l'incroyable exploit de son "Couilles De taureau", spectaculaire (!) fusion de satyre sociale et radiographie Pornographique des mœurs d'une partie de la population, l'ambiance a radicalement changé et, en témoin très lucide de son époque, il a tendance à nous entreprendre de plus en plus "par le biais". Je continue donc a vraiment apprécier mes incursions dans ce milieu (très exotique pour moi !) Germano-Gay où les discussions les plus surréalistes s'articulent autour des sujets les plus variés -et souvent les plus anodins, d'où le gag récurrent du regard décalé de cette partie bien précise de la population. Il est à craindre malheureusement que la mode à la "normalisation" qui s'est emparée des sociétés Occidentales n'en vienne à tous nous mêler dans la même grisaille insipide. Souhaitons donc que le bon Ralf, armé de ses pinceaux foutraquement efficaces, continue longtemps de pointer nos travers avec humour et tendresse.