Les derniers avis (7619 avis)

Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Les Frustrés
Les Frustrés

Claire Bretécher, le "rayon X" du Neuvième Art. ;) Quelle jouissance, ces portraits sans concession de toute une génération de la population Française, pleine d'auto-suffisance pour certains mais, surtout, complètement dépassée par la mutation des rythmes du quotidien, bouleversés par cet afflux d'informations culturelles incessant et impossible à assimiler ainsi que par le vertige de nouveautés de cette époque hallucinée de la fin des années soixante-dix. Pour en avoir été témoin via le quotidien de mes parents et de mes sœurs ainées -toutes deux ont eu un mal fou à s'adapter aux années quatre-vingt, beaucoup moins pailletées !- je ne peux que constater la précision de l'analyse -très spontanée et incroyablement talentueuse- de l'artiste, qui pointe les difficultés réelles que peut éprouver toute une société quand elle subit, sans y être préparée, un conditionnement sociologique qui la pousse à adopter des comportements pas du tout raccords avec ses aspirations naturelles, profondes et légitimes. Le consumérisme à tout va, la nécessité d'être au courant de tout et n'importe quoi, tout en étant dans l'incapacité de pouvoir réagir, la remise en question de tant de valeurs mais sans aucun recul quant à la validité des révolutions vendues par les médias... C'est très Parisien et plutôt axé "Bobos", cette catégorie sociale dont je ne savais rien avant la lecture de ces Frustrés, si bien nommés -je suis issu d'un milieu économique plutôt pépère (pour qui sait travailler !) au moment des faits : mon père était artisan maçon dans le Sud-Est- mais il m'était pourtant impossible de ne pas faire le parallèle entre ces intellectuels de gauche de la capitale, incroyablement psychorigides dans leurs points de vue volontairement -et très lâchement !- limités, et ma parenté beaucoup moins "up to date", mais pareillement influencée et détournée de ce qui aurait dû être ses préoccupations les plus basiques/logiques. Un témoignage éclatant et hilarant -si on apprécie le mix super-personnel de Claire !- d'une époque qui a vu l'adoubement des médias comme seule référence de la réalité, et l'étape la plus décisive dans le formatage d'une grosse frange de la nation, persuadée -enfin, qui continue à se le faire croire...- d'avoir raison sur tout. Un état de fait toujours et plus que jamais d'actualité. Culte.

26/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série L'Incal
L'Incal

Une époque. Je ne donne mon avis que pour ce qui concerne la création originelle des 80's, que j'ai donc eu la chance de découvrir "in situ". Moebius au service de Jodorowsky... La froideur cristalline des sphères célestes alliée à la chaleureuse dinguerie humaniste du Sud, ça ne pouvait être que détonnant. Histoire classique de S.F. (humanité en déliquescence et futur en berne), les héros improbables réunis autour du plus nul d'entre les nuls s'embarquent pour une quête mystico-transcendantale grâce -à cause !- d'une entité/concept omniscient : l'Incal. Ils vont d'attentats extra-terrestres en guérillas urbaines, de manipulations politiques en révélations technologiques terrifiantes avant de se retrouver aux commandes du pouvoir suprême, prêts à affronter la Ténèbre, incarnation finale du Mal. Ça commence comme un Comic super-bien détaillé, avec rebondissements et trouvailles à foison et plein de personnages pittoresques habitant un décor vertigineux de béton et de verre, plus vrai que nature dans sa démesure. Rapidement les apparences éclatent et cet univers de dissimulation, tout en couches superposées, révèle des horizons toujours plus surprenants (le palais présidentiel, tellement Versailles ! La cité Techno et son idéal d'efficacité libérale ou le Centre-Terre et ses contrées de cristaux, superbes !) jusqu'à s'ouvrir sur les étoiles ! On est en pleine aventure enfantine et les deux artistes s'éclatent à mettre en scène un maximum de ce qui les interpelle dans le genre. Les poncifs s'accumulent : Gorgo Le Sale et les Psychorats, les sages à barbiche et même un Goldorak absolument jouissif dans son hystérie destructrice ! La maestria du talent de Moebius tire souvent vers le haut ce délire somme toute très amusant. Les décors, bien sûr ; mais aussi la beauté des visages : Solune et Animah bénéficient d'un traitement de faveur dans pas mal de cases ! Quant à Tête De Chien, il est extrêmement bien dessiné dans ses expressions ! Il y a un pic de créativité au milieu de l'intrigue avant une accélération/simplification vers la fin, avec l'arrivée (un peu tardive et assez incompréhensible sur le moment) d'une autre équipe de "justiciers". Mais le tout est toujours très distrayant et, même si l'affrontement final est un peu frustrant, quoique traité logiquement, on est content que ça s'arrête... Enfin, pas pour tout le monde, à priori : pauvre John ! Mais bien sûr, le pauvre John, c'est nous ! Ah ! Ce Jodo ! Bel exemple -très positif !- de ce que des artistes libérés de toute censure peuvent produire. Les bons, évidemment.

24/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Les Aventures de Tintin
Les Aventures de Tintin

Je note surtout pour les albums que j'ai lu enfant et adolescent -et se situant tous après "L'Île Noire" (très déçu !) et avant (ouf !) "Vol 714 Pour Sydney"- un Tintin assez dénaturé par (peut-être ?) le sujet choisi et, surtout, son traitement outré, tant dans la mise en scène que le dessin. Et je n'ai toujours pas lu "Tintin Au Pays Des Soviets" et "Tintin Et Les Picaros"... ! "Au Pays De L'Or Noir" ne m'avait pas plu, mais je ne me rappelle plus vraiment pourquoi (je ne le possède pas) : peut-être une impression d'artificialité... ?! Je rejoins l'avis de Benoît Peeters quant à la difficulté d'assimiler les histoires une fois devenu adulte ; même si je pense aussi que le côté désuet du style -tant graphique que scénaristique- bloque aussi un peu pour les Tintin des débuts. J'avais apprécié le côté critique "gentillet" du Wild West dans "Tintin En Amérique", cependant. Mais tout le reste... ! Les contraintes Historiques (la guerre, les changements de format, de rythmes de parution, etc...) ayant obligé Hergé à se dépasser dans la difficulté -comme tout grand artiste qui se respecte- la bande représente toujours ce qui s'est fait de mieux au service de l'Aventure -d'ailleurs, je mets la majuscule ! C'est toujours du non-stop, pour le reporter et son ombre canine -si humaine, dans ses réactions émotives ! Bien sûr Tintin est notre double idéalisé, si transparent au premier abord qu'il n'est pas très difficile de s'approprier son perpétuel enthousiasme adolescent et son inflexible idéalisme moral, bien établi dès le début de la période dont je parle ici. Et c'est bien là la principale clé du succès : l'action ! Pour notre plus grande joie, on se lance avec eux à la découverte pédestre -mais au pas de course !- de la Syldavie ; on traverse le Sahara avec le plus casse-bonbons, le plus handicapant des comparses -l'amour BDessiné de ma vie ! On traverse les océans pour aller à la découverte d'aérolithes cataclysmiques, de trésors bien cachés, avant un détour par les Andes et, les plus hauts sommets gravis, on ira même jusque sur la Lune ! Ne reste plus qu'à lutter contre l'espionnage, l'esclavagisme moderne puis filer sauver un ami des neiges éternelles et de l'affection trop exclusive de son nounours mythologique (!) avant de revenir se détendre (grand moment !) au château de Moulinsart. L'efficacité est ici le maitre-mot : clarté des images, pleines d'allant malgré leur froide ligne claire, et lisibilité de l'action, toujours soutenue par des dialogues riches d'informations -et d'humour. Résolument moderne, encore aujourd'hui, et assez étonnamment dynamique. ...Et combien de chouettes personnages ! Les comiques, bien sûr, comme ces deux policiers jumeaux, si réalistes (!), et ce professeur sourdingue illuminé - et les autres exemples de scientifiques fous, Calixte en tête ! Super lucide, le Hergé ! Et encore cette cantatrice égocentrée, cet émir en adoration devant son rejeton infect, et cet insupportable représentant ! Et les adversaires, le traitre calculateur, le(s) couple(s) d'impitoyables gangsters sadiques (le coup de la barbe au-dessus ou au-dessous !) ou ces criminels de guerre, affreux à la démesure... Les running gags avant l'heure : "... Non, ce n'est pas la boucherie Sanzot, ici..." ! Et les plus attachants seconds couteaux du genre : majordome loyal, ami(s) juré(s) du bout du monde, commerçant opiniâtre, Capitaine fidèle, Mitrailleur à bavette converti et ex-Colonel bourru... Et Wolf ! Mais surtout Haddock. Le Capitaine Haddock qui, avec ses failles si humaines, ses indignations viscérales et ses colères explosives a apporté tout ce qui manquait au jeune homme/miroir de ces pages et sans qui, j'en suis persuadé, l'Aventure n'aurait jamais pu être aussi réussie. Puisqu'ils nous ont fait rire et pleurer, c'est qu'ils étaient pour de vrai, non ?!

24/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Docteur Ventouse Bobologue
Docteur Ventouse Bobologue

Moi, ça m'éclate ! De la secrétaire tour à tour insupportable de suffisance et de snobisme et, en même temps, imparable de bon sens, à la concierge Portugaise à l'accent irrésistiblement bien rendu lors de sa diatribe contre "la Sécou'" (!), je m'amuse follement à lire cette charge extra-lucide (encore une fois !) contre les institutions en place ; elles-mêmes tellement blasées sur la question de leur utilité toute relative qu'elles ne jouent plus qu'à peine leur comédie de l'assurance à leurs veules et crédules patientèles nourricières. Quand on voit avec quelle insolence et honnêteté Claire Bretécher dénonce l'hypocrisie des milieux médicaux sur les questions de santé publique (le gag avec la représentante des laboratoires !), on en vient à rêver un album entier rempli de ses impressions quant à la crise d'autorité sanitaire qui s'est emparée de nos dirigeants, récemment : elle aurait eu de quoi phosphorer ! L'humour continue à être le seul moyen de dénoncer, décidément. Alors vivement la relève. Claire ! Où que tu sois : je t'embrasse !

24/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série X-Men - L'intégrale
X-Men - L'intégrale

... Ah. Difficile de résumer mon avis sur cette intégrale-là ! La genèse et les aventures de ce qui est devenu -rapport à l'énorme popularité de la refonte 70's- les "anciens" X-Men, ne représentent fatalement pour moi qu'une source de références (très roboratives) ayant peuplé l'Historique culturel du nouveau groupe tant que je n'ai pas eu accès aux rééditions (en tant qu'adulte). Leur impact de séduction a donc été moindre, même si j'ai apprécié la mise en avant du thème originel et original de Stan Lee -l'exclusion- ainsi que les dessins très lisibles du Kirby très raisonnable des débuts. Le passage d'Adams est spectaculaire et je regrette de ne pas l'avoir découvert "en live". Havoc est une très grande réussite graphique, à la fois sobre et spectaculairement nouvelle : l'absence totale de relief de son costume noir, le faisant apparaitre comme un être en deux dimensions, et les " cerceaux " concentriques de lumière qui émanent de son cœur, avec leur symbolique stylisée sur son masque... Inégalé. Ceci étant posé, je suis encore enfant quand je découvre le nouveau groupe et, au delà du choc graphique initial (les visages aux expressions marquées de Dave Cockrum ainsi que son goût prononcé pour le costume symbolico-flashy !), j'ai tout de suite accroché au concept mutant made in Marvel (ils n'ont pas choisi leur sort, ça me parle !) ainsi qu'à la dynamique inter-équipiers : on comprenait tout de suite qui était qui et faisait quoi... La froideur professionnelle de Scott, la distante dignité d'Ororo, la nature sauvage de Logan, la bonhomie mature de Sean, la candeur juvénile de Piotr, la vivacité d'esprit -l'humour- de Kurt et, déjà, l'ambivalence de la personnalité de Jean : "...Oui, non... Peut-être. Pas ce soir, Scott..." ;) L'arrivée de John Byrne, immédiatement après ce premier contact, enfonce le clou et, sous mon regard fasciné -et dans un désordre complet d'achats et/ou d'héritages de proches moins accrocs que moi, et ce jusqu'à ce que ma mère se décide à me les acheter régulièrement une éternité plus tard (!)-, cette famille recomposée -aux très nombreux parents !- s'achemine lentement (trimestriellement ! C'était une torture !) vers des sommets de tension dramatique qui voient leurs identités évoluer, pour certains, de façons tout à fait inattendues -quoique... Alors je vais passer vite sur la période très créative Cockrum/Byrne : tout a été dit sur la mort de John Proudstar, la "prise de poids" de Logan au sein de l'équipe, ou bien la déshumanisation progressive de Jean -je me refuse à considérer la problématique Strange-Girl/Phénix comme une histoire de double identité : ce n'est pas ce que j'ai lu alors. Et tout le délire "cosmique" justifiant sa résurrection commerciale n'est que ça : un prétexte. Au départ de Byrne, un retour en arrière (scénarios simplistes et un Dave Cockrum très mal encré !) très frustrant nous est imposé, avant un certain renouveau avec John Romita junior (la ré- invention de Malicia ; et la mise en abîme de sa double personnalité -Carol Danvers- est particulièrement bien exploitée), et quelques transcendances véritablement artistiques signées Barry Windsor-Smith. À croire que, en fait, la qualité de l'écriture de Chris Claremont dépend de l'artiste avec lequel il partage la réalisation du Comic Book car, avec Paul Smith, on repart vers du plus inventif et plus fun, et Marc Silvestri donnera un punch bienvenu aux scènes d'action du très inégal cycle Inferno. Sans compter une réelle beauté plastique aux héroïnes, Madelyne en tête. Mais l'accession des X-Men à un statut presque divin (dans leur bouquin comme dans la presse spécialisée) achève de les dénaturer : ils deviennent complètement intouchables (indétectables, omniprésents et omniscients...) et, pour le coup, beaucoup moins intéressants. ...Ensuite, eh bien... On a droit à quelques redondances (Magneto gentil, puis méchant, puis gentil...) et des trucs carrément grotesques, comme une Jean Grey qui, non seulement se porte comme un charme après son suicide, mais se voit pour un épisode transformée en "Poulpe-Girl" ! Ororo nous fera le coup de Peter Pan, de son côté... Et je ne dirai rien des refontes successives infligées à cette pauvre Betsy ! Enfin BREF... ! Les meilleures choses ayant une fin, j'ai jeté l'éponge en même temps que Chris Claremont, le scénariste quasi unique de la seconde mouture du concept (car c'est le Grand Len Wein qui a véritablement créé les Nouveaux X-Men, internationaux et caractériels !); Jim Lee a, malgré tout son talent, transformé le canard en press-book indigeste : tout le monde pose ! Mais la genèse bis du titre vaut vraiment le coup : outre des personnages vraiment bien définis et intéressants -on sent bien qu'ils échappent aux visées initiales des auteurs !- la temporalité de l'action (étirée) donne une densité au récit (comme pour Spiderman, en son temps), et la justesse avec laquelle Chris Claremont et ses potes déplacent leurs joujoux sur les cases de leurs aventures -souvent humaines autant que super-héroïques- renforce l'affection qu'on a pour cette création particulière, en confirmant la validité de notre coup de cœur initial. On n'a pas uniquement été séduit : on a eu raison de les aimer.

23/10/2023 (MAJ le 24/10/2023) (modifier)
Couverture de la série Seuls
Seuls

Je suis assez enthousiaste après la lecture des trois premiers cycles de cette série (13 numéros). Cette série s'adresse à un large public avec des thématiques assez compliquées dans un scénario de Vehlman très recherché. Son récit fourmille de créativité et de rebondissements ce qui a maintenu ma curiosité tout au long des trois cycles. Il y a bien un ralentissement au sein du cycle deux mais c'est vite oublié avec les surprises et l'ambiance du cycle 3. La prouesse de Vehlmann est de faire vivre des personnages puissants bien au delà du groupe des 5 de Fortville. Même dans le groupe, les auteurs peuvent se permettre de mettre Dodgi sur la touche assez longtemps sans que la tension dramatique du récit n'en souffre. Velhman a construit un scénario qui nous emmène au confins de la science quantique et de la spiritualité sans que les explications d'Anton ne sonnent creuses. J'ai trouvé la qualité du texte remarquable mêlant le pointu via le duo Ivan-Anton, le comique avec Terry, l'aventure avec Dodgi et Léïla et le mystérieux avec Camille. De plus l'apparition de personnages ambigus à la personnalité complexe (Saul, Alexandre, Achille, ...) rend le récit vivant et toujours en renouvellement. Je suis un grand fan du graphisme de Gazzotti. Sa maîtrise rend possible l'expression des différentes ambiances qui traversent la série. C'est toujours précis et juste et les expressions fortes des personnages accompagnent très bien la narration. Les plans sont rapides et ingénieux produisant une dynamique de l'action vraiment prenante. Pour finir j'aime beaucoup la mise en couleur moderne et jeune de Usagi qui rend la lecture extrêmement plaisante. Une série d'une grande originalité qui avance avec un scénario et un graphisme de haut niveau. Un vrai régal pour un public très large. J'attends le cycle 4

22/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Machine Man
Machine Man

J'ai découvert Barry Windsor-Smith avec ce Récit Complet Marvel publié par Lug et, presque malgré moi, j'y ai retrouvé un peu de la magie naïve de l'origine "Kirbyenne" du personnage... Bon, pas de lyrisme cosmique ni de questionnements trop existentiels, dans cette histoire-là. Aaron est trop occupé à survivre à tous ses poursuivants, dans ce futur déprimant, et ses motivations sont plus humaines que jamais : désir de revanche contre sa Némésis et flamme ardente pour son amour perdu (Jocaste, toute mal re-bidouillée ! Shocking !). De l'action et des personnages plutôt attachants -anciens et nouveaux- et même un super-héros/super-vilain qui offre à l'artiste (cet obsédé du débris qui voltige et de l'éclaboussure !) l'occasion de se défouler comme jamais lors de la mise sur la tronche finale entre les deux adversaires. Un super grand spectacle ! Mais la plupart des planches sont également très réussies, pleines de détails utiles ; et les mises en couleurs mettent vraiment le tout en valeur. Très bon souvenir, que le temps a gentiment patiné sans rien lui enlever de son unicité talentueuse.

22/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Le Cordon infernal
Le Cordon infernal

On en prend plein la tronche ! Bon, il y a deux trois bricoles passablement passables ("La vie sans motif de Meredith Blanchard", par exemple, sinon comme justification de la dernière image !). Ou encore des histoires dont je n'ai carrément pas compris le sens ou l'intérêt : "Vie et mœurs exemplaires du Salopiot des marais."...?! Mais ce qu'elle balance sur le couple, c'est abominable. Et son style, comme d'habitude, exagère les attitudes à l'extrême jusqu'à me faire glousser de rire. Je n'y peux rien : je ressens dans mes propres traits les rictus distordus de ses personnages, torturés par l'absurdité de leurs affres conjugales ! C'est de la sympathie et c'est la puissance de son dessin qui provoque ça ; exactement comme avec Franquin -en plus trash ! Il faut voir les anges essayer de se faire entendre par une Jehanne D'Arc complètement sourdingue ! Mais elle sait aussi être tendre -c'est assez rare, lors de ses premières publications- et l'histoire qui ouvre cet album est un petit bijou de sensibilité qui n'aurait pu être racontée de cette -délicate et légère- façon par personne d'autre. Précieuse utilité de l'artiste qui porte un regard différent sur la vie et possède le talent nécessaire pour nous le faire partager. Grande artiste -même si pas encore au top du dessin, à ce moment-là- mais, surtout, personnage exceptionnel, cette Claire Bretécher.

22/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Excalibur -  L'Intégrale
Excalibur - L'Intégrale

Quel pied ! Enfin je retrouvais -un peu- de ce qui me plaisait dans le genre, à savoir de l'action parfaitement rythmée alternant avec des scénettes de la vie quotidienne (!) du super-héros moyen (re !). Le casting est PAR-FAIT !... C'est agréable de ne pas bouffer du poil de Serval à chaque page OUARFF ! Et je confirme que le changement de décors fait du bien, si joliment qu'il est mis en valeur par les excellents Alan Davis et Mark Farmer. Alors oui : il y a un parti-pris d'humour de situation (la cohabitation forcée, les pouvoirs qui cafouillent...) mais, curieusement, Claremont n'hésite pas à introduire du très dramatique en plein milieu de la blague (il y a des gens qui meurent, quand même ; et pas que des anonymes...), ce qui donne à l'ensemble un arrière-goût un peu amer. Personnellement, j'avais été un peu cueilli. Mais quasiment tout le reste est réussi dans ces épisodes apparemment délirants mais néanmoins cohérents et on suit les aventures -moins cohérentes, d'ailleurs, lors du cycle "British Railways"- du petit groupe enjoué avec beaucoup de plaisir, retranchés qu'ils sont de l'embrouillamini grotesque où se débattent leurs homologues Américains. Claremont a assuré en les tenant à l'écart de la continuité toute relative des séries X ! Comme à l'accoutumée, Alan Davis et -souvent- Mark Farmer livrent un travail irréprochable (très stylisé et élégant, d'accord ; mais néanmoins extrêmement lisible) où les pouvoirs paranormaux sont prétextes à moult effets esthétiques, comme aux meilleures heures des Neal Adams, Dave Cockrum et John Byrne. Atout visuel primordial du genre dont devraient prendre de la graine les réalisateurs des films Marvel ! Pas si léger que ça, donc ; et plein de belles qualités.

22/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Inhumans - Tour d'Ivoire
Inhumans - Tour d'Ivoire

... Le dessin de Jae Lee, avec son encrage très délié, a ceci de particulier qu'il ralentit considérablement l'action présentée dans chaque case -ce qui semble un comble dans l'univers généralement mouvementé des Comic books ! Ce faisant, il octroie à son sujet un rendu presque surréaliste, mais sans jamais verser dans l'exagération dans sa représentation du monde : les lois classiques de proportions et perspectives sont respectées. On se trouve néanmoins devant une réalité très graphiquement sublimée, où seules les expressions des visages, prodigieusement bien saisies et elles aussi "dramatisées" par le trait, rythment la progression de l'action en cours. Quelle que soit la scène dépeinte, il décale automatiquement l'ambiance vers quelque chose de plus onirique, plus contemplatif, sans pourtant nuire au récit lui-même ni gêner la lecture. Le tout apparait comme pris dans l'ambre... Et c'est beau à ne pas croire ! Il n'est pas le premier -ni le dernier- à "enluminer" ses planches : P. Craig Russell s'en est fait une spécialité et a longtemps été décrié pour ses arabesques savantes, qui décorent le moindre nuages, le moindre plis de tissus, le moindre reflet de miroir. Même combat ici, sauf que le travail stylistique de Lee joue d'avantage sur l'ambiance (toujours très sombre) plutôt que sur le soucis du détail dans l'image (en général lumineuse), comme Russell. Au service de cette histoire des Inhumains, prétexte à une exploration/exposition passionnante de leur culture (longtemps attendue !), ce style si personnel magnifie le sujet et l'aura des intervenants d'une coloration presque mythologique et, d'un Comic de super-héros, on se surprend à lire les jours de dieux païens dont on aurait, jusqu’alors, seulement vaguement entendu parler. Beaucoup d'esthétisme, donc ; mais pas que ça : il y a de vrais enjeux dans cette intrigue politico-psychologique (Woz ! Magnifique et bouleversant personnage/concept sublimement représenté !) et, comme d'habitude, tout n'est pas de neige, au royaume du Danemark ! À lire, donc. Pour plein de bonnes raisons.

22/10/2023 (modifier)