Les derniers avis (31901 avis)

Couverture de la série Hyver 1709
Hyver 1709

1709 : c'est le Grand Hiver. le 5 janvier, la température baisse brutalement ; à Versailles, il parait que le vin gèle dans le verre de Louis XIV ; difficile à croire avec le confort des châteaux royaux, mais imaginez ce que ça devait être dans les campagnes et les villages... Ce grand froid va persister pendant 2 mois, les semailles d'automne sont détruites, les oliviers du Midi perdus, tout transport devient impossible sur les rivières bloquées par les glaces. Aussi, le ravitaillement de régions reculées est-il gravement perturbé, et le prix des aliments augmente considérablement. Succédant à une mauvaise récolte de 1708, le Grand Hiver provoque dans tout le royaume la disette et la misère qui jette sur les routes des milliers de vagabonds et de pillards. A cette catastrophe naturelle s'ajoute la guerre de Succession d'Espagne qui a commencé en 1700 ; tout vient du choix du roi d'Espagne Charles II mort sans hériter, et qui désigne par testament comme successeur le petit-fils de Louis XIV, Philippe d'Anjou. Désireux de contrer l'expansion économique de ses voisins, le roi de France après avoir pris une des décisions les plus lourdes de son règne, accepte ce testament, ce qui entraine le mécontentement des Provinces-Unies et de l'Angleterre qui voient d'un mauvais oeil les Bourbons régner sur les trônes de France et d'Espagne. L'Anglais Marlborough et le général impérial Eugène de Savoie infligent de rudes défaites aux armées de Louis XIV, dont celle de Malplaquet en 1709 sur les troupes du maréchal de Villars qui brisa définitivement la tentative d'hégémonie européenne de Louis XIV. La paix d'Utrecht n'intervient qu'en 1713. Ce résumé peut vous sembler long, mais il est essentiel pour planter le décor du contexte historique dans lequel la France se trouvait en 1709, et pour comprendre les enjeux de cette Bd qui aborde cette période peu explorée à l'écran et en BD. C'est un beau début d'album autour de ce long règne de Louis XIV, c'est la fin du règne qui fut marquée non seulement par des guerres, des révoltes (comme celle des Camisards, à laquelle il est fait allusion ici), ce Grand Hiver meurtrier, et aussi des tragédies familiales, puisque le roi verra mourir son fils, le Grand Dauphin, l'aîné de ses petits-fils et l'aîné de ses arrière-petits-fils... Le scénario soulève habilement différents points de cette guerre de Succession d'Espagne et de ces protestants déchus par la révocation de l'Edit de Nantes qui n'ont aucun intérêt à favoriser un roi de France qui leur a tout pris ; les conséquences désastreuses sur les populations rurales de ce grand froid sont également évoquées, avec au milieu de tout ceci une sorte d'agent secret oeuvrant pour la France. Son rôle est déjà bien défini, et on souhaite que sa mission réussisse. Je n'étais pas vraiment partant pour m'intéresser à cette intrigue, mais ce pan de la fin de règne de Louis XIV m'a finalement captivé. Le dessin de Xavier par rapport à ses précédentes séries, a encore atteint un degré supérieur, sa maîtrise des décors, des costumes, des détails et surtout des visages est beaucoup plus conséquente ; et quand il trouve un bon scénario, c'est un plaisir de le lire (je n'ai pas gardé un bon souvenir de ses 2 dernières collaborations avec Dufaux). Je connais des mauvaises langues qui disent que dessiner des décors neigeux est une solution de facilité car ça évite de détailler, mais ici, l'ensemble de ces pages dément cette affirmation fallacieuse, les paysages glacés étant très bien rendus. J'attendais une sorte d'apothéose pour la suite, mais cette traversée de la France au coeur de l'hiver glacial de 1709 se poursuit sans trop de surprise, et s'articule autour du héros Loys Rohan et Valescure, le chef d'une bande de camisards violents et cruels. Le récit se réduit à une chasse à l'homme sur fond de menace politique pour le roi, avec une certaine dose de suspense, mais j'ai trouvé ce tome 2 beaucoup moins prenant. Il y a un peu trop de personnages qui tentent de barrer la route de Loys, et ils se ressemblent tous, si bien qu'il est parfois difficile de faire le tri parmi cette tripotée de types patibulaires. Le contexte de famine est cependant bien mis en avant, et on ressent bien la sensation de froid grâce au dessin superbe de Xavier qui réussit de très belles pages sous la neige comme à Versailles, où Louis XIV et ses conseillers s'inquiètent de la tournure que prend la coalition contre la France. Le vrai héros, c'est lui, c'est l'hiver qui tue impitoyablement les miséreux. Le sens très sûr et très cinématographique du cadrage est aussi remarquable. Finalement, c'est une ambiance réussie, des personnages principaux intéressants, mais une intrigue un peu laborieuse. Je conserve quand même ma note, c'est du beau travail.

14/12/2015 (MAJ le 23/10/2017) (modifier)
Couverture de la série Dérapages (Solé)
Dérapages (Solé)

Cet album de la collection Pilote regroupe une vingtaine d’histoires courtes, pré-publiées surtout dans Pilote donc, mais aussi pour certaines par Fluide Glacial et l’Echo des Savanes. Solé est un auteur très éclectique, qui a publié un peu de tout, de l’humour à la science-fiction, seul ou aux côtés de copains (généralement connus à Pilote, époque Goscinny, comme Gotlib, Mandryka, etc.). On retrouve cette grande diversité dans les histoires reprises dans cet album. Certaines sont très marquées par l’esthétique psychédélique années 1970, d’autres vont vers du foutraque, voire un surréalisme poétique, tandis que certaines penchent vers un humour un peu noir, un peu poétique. Le fantastique est aussi présent parfois. A cela s’ajoute une sorte de passion pour les robinets (plusieurs histoires les mettant en avant, parfois humanisés). Outre l’éclectisme de Solé, ces histoires rappellent son grand talent de dessinateur. Son coup de crayon est vraiment très bon, même s’il est très marqué par l’époque de création (années 1970). En tout cas, la qualité générale de l’ensemble, sa diversité, tout pousse le lecteur à ne pas croire Solé victime de ce qui fait le sujet et donne son titre à la première histoire de l’album, à savoir « l’angoisse de la page blanche ». Je m’étonne quand même que cet album ne soit pas déjà répertorié sur le site, alors qu’il a été publié il y a presque 40 ans. Je vous encourage en tout cas à le découvrir. Note réelle 3,5/5.

23/10/2017 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Paroles d'étoiles - Mémoires d'enfants cachés 1939-1945
Paroles d'étoiles - Mémoires d'enfants cachés 1939-1945

Rien ne sera jamais assez pour rappeler un passé peu glorieux dans l’histoire de notre pays. Entre 1942 et 1944, près de 12000 enfants juifs ont été déporté sur les 72000 que comptait notre pays en 1939. Il n’y a pas eu que la rafle du Vel d’Hiv mais beaucoup d’autres plus sournoises et individuelles et ceux depuis 1941. Cette collaboration avec l’ennemi a conduit à l’ignominie et l’infamie la plus totale. Cette bd raconte le témoignage d’enfants qui ont vécu la disparition de leurs parents et qui ont dû se cacher pour échapper à ce funeste sort qu’est la déportation dans les camps de concentration. On parle des 60000 enfants qui ont survécu à l’horreur mais au prix de beaucoup de sacrifices et de souffrances. Ces mots d’enfant décrivent une page de l’Histoire et tous portent en eux une grande charge émotionnelle qu’il convient de comprendre pour ne pas faire de mauvais choix dans les valeurs. Il n’est jamais inutile de montrer que les parcs d’enfants parisiens portaient l’écriteau « interdit aux chiens et aux juifs ». Il faut savoir que les dénonciateurs étaient partout dans une sorte d’hystérie collective à balance ton juif. Horrible société et on dit souvent que c’était mieux avant. Je ne partage pas cet avis. Pour en revenir à la bd, j’ai été particulièrement sensible à ces neufs récits qui démontrent l’horreur de cette période qu’on a peu à peu oublié. A force de stigmatiser une catégorie à cause d’une histoire de religion, on finit par perdre son humanité. Les temps sont difficiles pour tout le monde et ce contexte ne pousse pas à la générosité d’esprit. L’espoir en l’homme doit toutefois perdurer.

23/10/2017 (modifier)
Couverture de la série L'Impertinence d'un été
L'Impertinence d'un été

J'ai adoré. Le dessin (magnifique) colle parfaitement au scénario. Le temps d'un été, dans un contexte bien spécifique, ce temps qui s'écoule en suspension, cette atmosphère, et ces 2 héros si attachants, humanistes. On manque d'humanistes en ces temps de 2017 et cette lecture m'a fait du bien.

22/10/2017 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série Brocéliande - Forêt du Petit Peuple
Brocéliande - Forêt du Petit Peuple

Je suis très preneur de tout ce qui touche à la"celtitude" et la légende arthurienne, aussi je suis circonspect et j'attends les auteur au tournant concernant ce sujet. Ici belle et bonne surprise. Un scénario d'O. Peru que l'on ne présente plus qui nous concocte une histoire qui nous conte la première rencontre entre Merlin et Viviane. Ce n'est pas niais, pas d'afféteries à la sauce de l'oncle Walt. Une petite pensée pour le couple de korrigans qui savent être drôles sans en faire des caisses. N'oublions pas le trio de chasseurs "bas du front" juste parfait. Au dessin Bertrand Benoit, un illustre inconnu pour moi mais qui propose un dessin très réussi, ses sous-bois incitent à la déambulation et sa vision du château sous le lac est carrément féerique mais dans le bon sens du terme. On n'est pas chez la reine des neiges quoi ! Un mot de la belle colorisation d'Elodie Jacquemoire tout en nuances automnales très subtiles. Un album qui augure bien de cette nouvelle série concept, pour ma part j'irai sans hésiter voir la suite.

22/10/2017 (modifier)
Par herve
Note: 4/5
Couverture de la série La Saga de Grimr
La Saga de Grimr

J'avoue avoir eu du mal au début à m'habituer au style graphique de Jérémie Moreau, un style assez simple mais au fil des pages, son talent s'affirme. Et les scènes nocturnes, toutes en aquarelles, sont superbes (les premières pages du chapitre 4 sont d'une beauté à couper le souffle). L'auteur nous offre une histoire forte dans une Islande du XVIIIème siècle, dominée par le Danemark, et où une nature hostile rend la vie difficile aux habitants. A travers les aventures de Grimr, l'auteur relate tout un pan d'une certaine histoire de l'Islande, histoire méconnue par la plupart d'entre-nous (légendes, société ...) De l'injustice des hommes aux caprices de la nature, rien ne sera épargné au jeune Grimr, dès les premières pages d'ailleurs. Le scénario est bien construit, le chapitre 1 faisant écho aux planches de fin, et repose finalement sur une touche d'humanité que l'on n'attendait (presque) pas. Un très bel album.

21/10/2017 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série Valérian - Shingouzlooz.Inc
Valérian - Shingouzlooz.Inc

J'ai ri les filles et les gars. Si on m'avait dit un jour que je me marrerais sur un "Valérian " je ne l'aurais pas cru. Ce sont les albums de messieurs Christin et Mezière qui ont participé de ma culture de bédéphile et particulièrement dans le domaine de la SF. J'en vois qui se marrent mais il faut bien commencer par quelque chose. Si je me laissais transporter par nos deux héros en des terres inconnues, par contre il est vrai que la grosse marrade, la poilade n'étaient pas l'atout principal de la série mère. Aussi quelle bonne idée d'avoir donné les clefs de la boutique à W. Lupano. En d'autres occasions, qu'il n'est pas besoin de rappeler ici, il a su nous faire sinon rire du moins sourire plus que de raison. Si vous avez lu d'autres de mes avis vous comprendrez aisément que pour moi il n'est nul besoin de m’appesantir sur le travail de M.Lauffray, j'attends juste de le voir un de ces jours dessiner une véritable histoire de SF. Les deux premières pages du présent album parlent d'elles mêmes. J'en redemande.

21/10/2017 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Horde du contrevent
La Horde du contrevent

Étayez le fer, tenez le bloc. Ma rencontre avec "La horde du Contrevent " s'est faite au moment de la sortie du roman. J'avoue qu'à l'époque j'avais pris une petite claque et j'ai vite placé Mr Damasio au panthéon de mes auteurs préféré de SF. Oui il y avait du Silverberg, du Vance, moins la truculence, chez cet homme qui nous balançait une histoire forte, une quête du Graal inaccessible. C'est dire si tous les amateurs attendaient avec une impatience non feinte la sortie de cette histoire en BD. Personnellement je n'étais pas particulièrement inquiet quant au choix du dessinateur, tant j'avais plus qu'apprécié son travail sur "Fils du soleil " ou certaines planches possédaient déjà, sans jeu de mot, un souffle évident. Eric Henninot fait partie de ces dessinateurs qui ont une patte et qui dessinent comme j'aime, tout simplement. Il est de la trempe des M. Lauffray, R. Recht et A. Brion, j'en oublie. Des gens qui ont un dessin que d'aucuns qualifieraient de "gribouillé", sale, pas lisse, effectivement à mille lieues de la ligne claire. Des gars qui au delà du brio de leurs techniques savent vous créer un ambiance de furieux. Donc là je ne suis absolument pas déçu. Le dessin arrive à donner une ambiance, alors oui le vent c'est pas facile à dessiner, ici pas facile de tricher puisque les personnages portent des habits près du corps. La page 33 du bloc dans le furvent parle d'elle même. L'adaptation du texte et du scénario, pour peu que mon souvenir soit fidèle, me convient parfaitement. Une seule envie, relire dès que possible le roman, il va être sympa de coller d'autres images sur ce récit, en plus il me semble que mon imaginaire avait beaucoup fonctionné dans la partie du roman se déroulant sur la flaque de Lapsane et aux abords de Norska, j'ai donc hâte. Je n'aurais pas attendu en vain, c'est forcément un coup de cœur pour moi, vivement la suite.

21/10/2017 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série L'Ecorce des choses
L'Ecorce des choses

Quel bel album. Déjà, je trouve la couverture sublime dans sa simplicité et l'émotion qu'elle dégage. Je crois que je l'aime d'amour. Il y a ensuite cette histoire, celle d'une enfant souffrant d'un handicap, mais qui s'en affranchit pour avancer, communiquer, surmonter les difficultés de la vie quotidienne et les évènements exceptionnels. Il y a en effet une catastrophe naturelle qui survient après la seconde moitié, qui fait sortir l'album du "simple" récit inhérent à un handicap, au roman graphique, pour en faire une histoire de survie, tout simplement. Avec un message d'amour universel à la clé. C'est tout doux dans le ton, dans le visuel, puisque Cécile Bidault a choisi des tons pastel, un style ligne claire rehaussé de… fusain ? Pour nous conter cette histoire muette, puisque du point de vue de la fillette. Superbe, doux, poignant.

20/10/2017 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série Divinity
Divinity

Divinity est un ovni, ceci n'est pas étonnant pour peu que l'on fréquente un peu la galaxie Valiant, éditeur américain qui pendant un temps faisait jeu égal avec Marvel Comics et DC Comics. L'histoire n'en est pas restée là puisque suite à de nombreuses péripéties c'est maintenant Bliss Comics qui a repris le catalogue en 2015. Et c'est bien d'un univers qu'il s'agit, je serais même tenté de dire un multivers. En effet dans les différents titres qui sont proposés les personnages se retrouvent, se répondent et inter-agissent les uns avec les autres. C'est foisonnant et au début il faut un peu s'accrocher afin de tenter de s'y retrouver. Que l'on en juge : X-O Manowar, Ninjak, Bloodshot, Faith, Archer and Amstrong et j'en passe pour ne point vous saouler. Tous ces personnages à la psychologie travaillée au fil des aventures des uns ou des autres se répondent et vivent des moments extraordinaires. Certains pourraient penser que trop c'est trop mais ce foisonnement n'est à mon sens pas pire ou plus incompréhensible que celui où évoluent des Batman, Superman et consors. Or donc Divinity, c'est une histoire plutôt maligne qui permet à ces auteurs de laisser libre court à leur imagination que l'on peut qualifier sans mentir de plus que fertile. En pleine guerre froide, l'Union Soviétique donne son feu vert à une expédition spatiale : envoyer un homme aux confins de l'univers. Au bout du voyage Abram Adams, Valentina et Kazmir, entraînés depuis leur enfance, rencontrent l'indicible. De retour sur terre, Abram s'écrase dans le désert australien où les humains qui le rencontrent le considèrent comme un dieu Divinity. Les autorités terrestres sont partagées : faut-il lui faire confiance ou lui envoyer les héros de la terre pour l'affronter ? Après le retour de Divinity c'est au tour de Valentina de rentrer et ses ambitions sont toutes autres. Des années après son départ l'Union Soviétique qu'elle connaissait n'existe plus et elle est en colère. Cela nous donne un album particulièrement jubilatoire qui voit l’héroïne qui croit toujours en un idéal communiste. Pour elle la mission est simple il s'agit de restaurer à tout prix l'ancienne gloire soviétique. Le troisième tome de cette série qui en connaitra quatre est déjà tout un programme avec son titre "Stalinvers". C'est donc à une grande épopée de science fiction que nous sommes conviés où les auteurs se jouent de l'espace et du temps de manière suffisamment crédible pour que ça ne fasse pas ringard. Non en fait je trouve que tout cela est plutôt jubilatoire, il n'est que de voir l’héroïne découvrant peu à peu l'évolution de son pays et l'affrontement final qui n'en fait pas des caisses mais œuvre plutôt dans la subtilité, fait assez rare pour être souligné. Pour le graphisme une équipe rodée à l'exercice qui propose un travail efficace dans la lignée du comics, la lecture est fluide, des couleurs sympas et une mise en page qui ne pèse pas sur la lecture. Faisant mieux que copier les deux grandes maisons concurrentes Marvel et DC, voilà une BD ambitieuse qui tient la route et qui pourrait réconcilier les réfractaires au genre.

20/10/2017 (modifier)