Les derniers avis (32212 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Au-Dedans.
Au-Dedans.

Etonnant album, léger et aérien par son trait presque sans couleur, aux cases aérées et parfois presque vide, dans une ambiance qui se traine et où rien ne se dit, mais dont le fond est lourd et grave. Une alchimie qui semble étrange mais qui fonctionne, je trouve. Et je suis assez surpris d'avoir été plongé autant dans cette BD lorsque je vois les écueils qu'elle porte. Le début de m'a lecture m'a rapidement surpris, notamment avec la représentation des yeux. Mais très vite, je m'y suis fait et je me suis laissé porter par le ton du récit, intimiste et léger dans le traitement. C'est souvent muet et rempli de petits détails (notamment tout le délire autour du café), et parsemés de quelques petites phrases qui permettent de tout comprendre. Une vie simple, ordinaire d'un type lambda dans une ville américaine. Et très vite, s'installe la question de la solitude, de cette mélancolie de la vie. Il n'y a rien d'extraordinaire ici, juste une vie qui se détaille avec des évènements graves, tout en continuant sur son ton doux et calme. C'est indolent, une balade dans la vie et ses hauts et bas. Mais la BD est surtout une mise en scène de la solitude contemporaine. C'est très bien fait, et je trouve que ce personnage est excellent dans son parcours, puisque progressivement il est intéressé par découvrir ses proches, avec des questions parfois saugrenues mais qui mettent en lumière l'envie de découvrir l'autre, son intimité et sa vie qu'il ne connait pas. D'ailleurs les interactions qu'il a avec sa famille sont très mignonnes, en peu de mots on sent l’amour qu'ils se portent mais aussi le fait qu'ils se connaissent très bien. Une BD étonnante, donc, porté par un dessin dont on sent le caractère dessin de presse, notamment avec ces planches d'une seule cases qui permettent de résumer une idée en un coup, tout en présentant une histoire intimiste mais qui peut toucher tout le monde. Les questionnements d'un jeune homme ressentant la solitude dans une ville moderne, c'est sans doute pas si rare que ça et ça touche. Franchement, lecture recommandé !

23/09/2025 (modifier)
Couverture de la série Ailefroide - Altitude 3954
Ailefroide - Altitude 3954

J’avais découvert Ailefroide de Jean-Marc Rochette lorsque j’étais au lycée, et j’avais été frappé par la beauté des illustrations et la puissance de la narration. Des années plus tard, je l’ai relu, et je peux dire sans hésiter que l’intensité et la magie du récit sont restées intactes. Le graphisme de Rochette, à la fois précis et poétique, transmet parfaitement le vertige des montagnes et la profondeur des émotions des personnages. C’est un roman graphique qui ne se contente pas de raconter une histoire : il fait ressentir chaque instant, chaque souffle d’air, chaque sommet. À chaque lecture, je découvre de nouveaux détails dans les dessins et l’ambiance, et je reste admiratif de la maîtrise de l’artiste. Un incontournable, à lire et à relire !

23/09/2025 (modifier)
Couverture de la série Katya
Katya

Antoine Schiffers nous propose une première œuvre bien intéressante. En résonnance avec les conflits actuels "rouleaux compresseurs" qui détruisent tout sur leur passage (et surtout des civils), l'auteur nous ramène au terrible conflit Tchétchène des années 90. Comme l'indique le sous titre " La guerre. Partout. Toujours" le parcours de Mère Courage entrepris par Katerina pour retrouver sa fille, Katya, pourrait toucher à l'universalité de la détresse humaine face à des situations qui nous dépasse. La fil narratif de Schiffers pour simple qu'il soit parle toujours avec autant d'efficacité au cœur du parent sans nouvelle de son enfant disparu au fin fond de l'enfer. Comme le souligne Grogro dans son avis, cette lecture renvoie quelque fois à un road trip rencontré dans La Route. Cela m'a surtout fait penser au "Voyage au bout de l'enfer" de Cimino. En effet la quête est la même; ne pas vivre dans l'impuissance de l'incertitude et revenir avec l'être aimé ou pouvoir faire son deuil. Le récit est prenant. L'auteur réussit très bien à traduire la folie meurtrière d'un monde ubuesque. Ainsi la rencontre entre le tortionnaire Zaïtsev et Katarina illustre à merveille l'illogisme dément de la situation. Le graphisme de Schiffers s'adapte parfaitement à l'esprit apocalyptique du récit. Dans un ville de Grozny réduite en cendres, les pauvres hères rappellent avec force un théâtre de Brecht. Le lecteur est plongé dans un brouillard cauchemardesque que rien ne peut dissiper. La mise en couleur à force de gris et de rouges renforcent cette ambiance glaciale. Je ne suis pas fan des récits à tendance apocalyptiques fictionnels. Ici c'est le rappel de type documentaire très proche de situations actuelles qui m'a bouleversé. Un vraie découverte et une belle lecture.

23/09/2025 (modifier)
Couverture de la série Nimuë
Nimuë

Ma lecture des légendes arthuriennes remonte à trop loin pour que je puisse comparer la série d'Aldara Prado avec l'original. Toutefois j'ai apprécié ce scénario fantastique qui nous ramène à l'origine de la Dame du Lac. J'ai aimé l'ambiance proposée par l'autrice espagnole. Le parcours de la jeune héroïne, Nimuë, s'inscrit dans une logique messianique assez commune mais bien travaillée. Les personnages "secondaires" de Morgane et Merlin donnent du poids au récit en s'écartant de la fable pour enfant avec une violence bien contenue et sans voyeurisme. Le dessin de l'autrice est très approprié à l'ambiance du récit avec ces visages anguleux avec de fortes expressions dramatiques. Mais c'est surtout l'excellente mise en couleur qui soutient l'intensité tragique et fantastique du récit. Je pousse un peu ma note mais c'est toujours réjouissant de découvrir une autrice qui nous livre une série de qualité.

23/09/2025 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série TDAH mode d'emploi
TDAH mode d'emploi

Une semaine après "Super Dys", les Arènes proposent une autre BD traitant de neuroatypiques particuliers, à savoir les personnes diagnostiquées TDAH, c'est à dire présentant des troubles du déficit de l'attention, avec ou sans hyperactivité. On en parle souvent au sujet des enfants, qui sont à présent diagnostiquée tôt, et pris en charge dans la foulée. Mais c'est parfois plus tardif, et certains ne sont repérés et diagnostiqués qu'à l'âge adulte. C'est ici le cas de Sacha, dont le fils est lui aussi TDAH (ou TDA/H, comme on peut aussi l'écrire). Poser des termes sur son hyperactivité, son étourderie, ses sautes d'humeur lui permet donc d'être suivie par le Dr Perroud, qui est conseiller scientifique sur cette BD et y fait donc part de ses réflexions, expériences et connaissances sur le sujet. C'est raconté par Jean-François Marmion, auteur de plusieurs albums à portée psychologique, de manière très claire, linéaire, avec une pointe d'humour pour dédramatiser des situations qui peuvent dégénérer. Parfois on voit Jérémy, le compagnon de Sacha, s'agacer face à ses troubles, mais il essaie également de l'aider à les combattre, avec les conseils du Dr Perroud. Leur fils, lui aussi touché, participe à cet effort familial et ce message est positif : un(e) TDAH n'est pas seul(e), son entourage est un rouage essentiel de son traitement. L'album comporte ainsi des informations sur ce qu'il se passe dans le cerveau d'une personne TDAH, des pistes concrètes pour qu'elle s'organise (sans toutefois s'épuiser, car c'est aussi un symptôme de ces troubles) et des stratégies pour faire redescendre la tension, des choses parfois très simple, comme utiliser une boîte où on range tous les objets importants susceptibles d'être perdus. Héloïse Chochois, illustratrice de grand talent, prête son graphisme de ligne claire au sujet, dans une mise en scène simple, mais efficace. Elle est totalement au service du sujet, qui n'est pas simple mais abordé de la bonne façon. C'est une BD qui pourra certainement aider des parents ne sachant comment interpréter les difficultés d'apprentissage ou comportementales de leur enfant ou proche, sachant que rien ne remplace bien sûr une consultation auprès d'un(e) vrai(e) spécialiste.

23/09/2025 (modifier)
Couverture de la série De pierre et d'os
De pierre et d'os

Je vais joindre mes prédécesseurs de façon fainéante et dire que c’est vraiment un chouette album. Essayez le. Un beau voyage, tant graphique que géographique. Je ne connais pas le roman d’origine mais l’auteur m’a épaté avec cette adaptation. C’est beau, c’est dur, c’est poétique …dépaysement garanti. Bravo.

22/09/2025 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série 1629 ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta
1629 ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta

Attention les amis, avec ce diptyque vous allez découvrir une épopée maritime d’une beauté à couper le souffle ! Pour les amoureux des récits d’aventure et des flots déchaînés, accrochez-vous aux bastingages. Ça décoiffe je vous dis ! 1629 ou l’effrayante histoire des naufrages du Jakarka est une œuvre qui vous embarquera dans une tempête d’émotions et de splendeurs graphiques. Cette bande dessinée est une pépite qui allie rigueur historique et art narratif d’exception avec au scénario le talentueux Xavier Dorison et au crayon le virtuose Thimothée Montaigne. Visuellement c’est terrible ! Un découpage de maître, des planches à couper le souffle. Dès les premières pages, on est saisi par la maîtrise du découpage… des cadrages audacieux, des pleines pages somptueuses qui déploient toute leur puissance visuelle, comme des vagues déferlantes sur le papier. Timothée signe ici des dessins d’une beauté rare, où chaque détail – des cordages tendus aux visages burinés par le sel – respire l’authenticité. Mais que c’est bon ! Les jeux d’ombres et de lumière, les perspectives vertigineuses, tout concourt à immerger le lecteur dans l’horreur et la grandeur des éléments déchaînés. MA GNI FI QUE ! On découvre l’équipage, les tensions, les espoirs… puis, le rythme s’emballe, et c’est le naufrage, au sens propre comme figuré. Le scénario est bon. Xavier excelle dans l’art de construire une tension haletante, entre survie, trahisons et folie. Les dialogues sont ciselés, les personnages profonds, et l’on sent à chaque case le poids de la fatalité qui pèse sur ces âmes perdues sur une ile loin de tout. Il y a cependant un truc qui ne va pas. Le prix de ces 2 BD fait mal ! Si l’œuvre est un chef-d’œuvre, le prix des deux albums … 84 euros au total est un véritable coup de massue. À ce tarif, les éditions Glénat semble avoir perdu le nord et mérite un carton rouge pour son manque de considération envers les bourses des passionnés. Vraiment dommage, car cette série mérite d’être lue par le plus grand nombre, et non réservée à une élite. Si votre porte-monnaie le permet, embarquez sans hésiter. Sinon, espérez une réédition plus accessible… ou un miracle en librairie d’occasion !

22/09/2025 (modifier)
Couverture de la série Les Cahiers Russes - La Guerre oubliée du Caucase
Les Cahiers Russes - La Guerre oubliée du Caucase

Igort s'est intéressé à deux régions proches (en tout cas qui ont fait partie de l’ex-URSS), l'Ukraine puis la Russie, deux albums complémentaires, qui peuvent tout à fait se lire séparément l’un de l’autre. C’est globalement du documentaire coup de poing, comme le fait Joe Sacco (je préfère d’ailleurs le style de Sacco, même si Igort se met ici moins en scène), qui cherche à la fois à informer, mais aussi à faire réagir. En cela le logo d’Amnesty international sur Les cahiers russes confirme le caractère engagé du travail d’Igort. « Les Cahiers russes » sont un hommage posthume à la personnalité et au travail de la journaliste russe Anna Politkoskaïa, assassinée pour la faire taire à Moscou. Igort poursuit ainsi le travail de témoignage et de dénonciation de celle-ci, autour des horreurs commises autour du conflit Tchétchène. Et là, en matière d’horreur, on n’est pas dans l’euphémisme – et on aimerait sincèrement que l’auteur ait inventé ce dont il parle, même si nous savons hélas que ce n’est que la triste et horrible réalité : les massacres gratuits, la torture sont devenus d’une banalité scandaleuse, au point que questionner les « dirigeants » à ce propos équivaut à risquer sa vie (Politkoskaïa a elle-même subi des actes de torture). C’est un témoignage à charge, édifiant sur la réalité de la démocratie russe de Poutine – et par là même de la complaisance des « démocraties » occidentales. Si "Les cahiers russes" et Les Cahiers Ukrainiens sont bien deux albums sont différents, ils dénoncent tous les deux des horreurs passées, mais aussi bien présentes, et démontrent que l’Histoire bégaient souvent. C’est une lecture intéressante, même si la construction (surtout dans Les Cahiers Ukrainiens) hache un peu la lecture, et si le dessin d’Igort (qui mélange plusieurs styles, là aussi surtout dans Les Cahiers Ukrainiens) est assez froid, proche parfois des œuvres de propagande soviétiques des années 1930. C’est en tout cas à lire, pour le regard posé sur le passé plus ou moins proche, mais aussi pour ouvrir les yeux sur le présent et le futur… Note réelle 3,5/5.

22/09/2025 (modifier)
Couverture de la série Groléfant & Tit'Souris
Groléfant & Tit'Souris

Pierre Delye propose une lecture toute fraiche pour les enfants de 3 à 6 ans voire un peu plus. En effet certains gags travaillent avec humour sur le langage ce qui n'est pas toujours facile d'accès pour les plus petits. Il est donc intéressant d'accompagner la lecture pour permettre de comprendre les subtilités du texte. Chaque gag se compose d'une ou deux planches à la manière d'un Pico Bogue ou d'un Calvin Hobbs. La lecture avec des personnages animaliers vise un public très jeune. C'est toujours dans un bon esprit avec des valeurs fortes comme l'amitié, la différence ou la réconciliation après une dispute. J'ai trouvé certaines astuces d'humour/logique franchement bonnes comme le gag de la tartine. Le graphisme rappelle celui d'Alexis Dormal même si je le trouve moins coloré et moins précis. Cela reste très dynamique avec de belles situations. Une lecture attrayante à partager avec les petits.

22/09/2025 (modifier)
Couverture de la série Voyages en Amertume
Voyages en Amertume

Le triptyque de cette ancienne série est assez méconnu et c'est dommage. Je suis en phase avec les deux avis précédents et j'ai trouvé cette lecture détente très plaisante. Les auteurs nous emmène dans le sillage de Kingsley Bates écrivain franco-britannique qui cherche l'aventure possiblement violente pour affronter ses démons . Cela ressemble à une fuite en avant pour accepter l'amertume coupable due à la perte de sa fille. Les scénarii de Dieter sont vraiment bien ficelés équilibrant aventure exotique et réflexions intimes pleines de désillusions sur la réalité que Bates découvre dans ce Moyen Orient des années 30 déjà bien instable. Chaque épisode représente une aventure complète qui à le goût de l'échec à chaque fois. Sans être un anti héros looser, Bates est loin du modèle Indiana Jones ce qui le rend attachant. Le graphisme de Clavé est excellent avec ce pointillisme qui donne un aspect rétro au récit. Cela correspond bien aux ambiances décrites . La coloration sable ajoute à cette ambiance de région désertiques. Une lecture agréable pour un large public friand d'aventures historiques qui rappelle à la fois Henri de Monfreid et Agatha Christie.

22/09/2025 (modifier)