Les derniers avis (32428 avis)

Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Tourne-disque
Tourne-disque

Le voyage d'un chef d'orchestre dans le Congo Belge de 1930 et sa rencontre avec un homme dont la sensibilité à la musique va l'épater. J'ai toujours un malaise quand il s'agit de me raconter une histoire dans un pays colonisé où tout est parfait pour les colons blancs servis par les bons noirs bien dociles. Et pourtant, en parallèle, je ne peux m'empêcher d'être fasciné par ce paradis utopique pour l'homme blanc dans des décors africains grandioses. C'est l'effet Out of Africa, un film superbe où d'ailleurs le gramophone a aussi une importance cruciale dans le récit. Et là, même si les noirs sont précisément bien bons et serviables dans cette BD, c'est précisément leur belle âme, l'humour de l'une et la sensibilité de l'autre qui sont mis en avant, et qui seront une découverte majeure pour le vieux héros belge qui va les rencontrer. Et du coup, même si je reste sur mes quelques réticences à accepter une vision aussi enjolivée de la relation entre un blanc et un noir à cette époque, je ne peux m'empêcher de me laisser embarquer par la beauté des lieux, de l'histoire et des âmes qui les peuplent. D'autant que j'aime beaucoup le dessin, sa ligne claire et son esthétisme.

28/04/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Fritz Lang le maudit
Fritz Lang le maudit

Bigre, 20 ans à la tête de bdtheque, et je n’ai jamais lu de BD de Eric Liberge. Lacune comblée grâce à « Fritz Lang le maudit », paru chez Les Arènes, et je ressors satisfait de ma lecture. J’ai eu du mal à me faire à la narration, que j’ai trouvée un peu lourdingue. Les textes abondent, et les évènements s’enchainent un peu trop rapidement, donnant l’impression que les auteurs ont « casé » trop de contenu dans les 112 pages de cet album. Mais c’est bien le seul reproche que je ferai. J’ai trouvé l’histoire passionnante, avec ces deux trajectoires qui se croisent en fin d’album : la vie et carrière du réalisateur cinématographique Fritz Lang, et la montée en puissance de Hitler et du nazisme. Les réflexions sur le cinéma et son rôle dans ce contexte politique compliqué sont intéressantes et judicieuses. J’ai beaucoup aimé le dessin de Liberge. Il fourmille de détails tout en restant très lisible, et le procédé qui consiste à mélanger des extraits des films de Fritz Lang avec la trame principale est habile et fonctionne à merveille. Un excellent moment de lecture.

28/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Mondes de Thorgal - Louve
Les Mondes de Thorgal - Louve

Le duo Yann-Surzhenko a réussi deux belles séries parallèles dans les mondes de Thorgal. Je trouve que "Louve" est au même niveau que Kriss ou la jeunesse du papa. Louve est assez en retrait dans la série mère et la série qui lui est consacrée a peu de croisements avec l'originale. On peut donc la lire sans connaitre la série première. Yann développe le propre monde de Louve à la fois merveilleux grâce à son don et fantastique car très ancré dans la mythologie nordique. C'est un personnage nouveau, Azzalepstön, très bien construit qui va faire fil rouge des 7 épisodes. Louve sous la plume de Yann devient une enfant/ado à l'opposé d'un gentil Yakari. Là où Yakari cherchait l'harmonie et la paix dans la nature et ses amis animaux, Louve est poursuivie par le chaos et la violence. Violence du conflit intérieur que vit Louve entre sa part animale et sa part sociale. Mais aussi violence du passage enfance vers l'adolescence avec tout ce que cela implique sur son corps et vis à vis d'Aaricia. Les hommes (Thorgal et Jolan) sont absents, comme souvent dans les familles, c'est donc aux femmes de prendre leur destin en main. C'est bien fait et assez prenant. J'aime beaucoup le scénario de Yann même si le dénouement est assez banal au regard de tous les événements qui précèdent. Pas grave. Comme pour la "Jeunesse" le dessin de Surzhenko est vraiment top. Il respecte l'esprit de Rosinski tout en imposant son très beau style personnel. Ses forêts sont angoissantes à souhait. Ses mondes fantastiques sont classiques mais bien travaillés dans les détails. Une mention particulière au monde du chaos du loup Fenrir avec son bestiaire même si regrette que l'on retombe toujours dans des grosses bêtes typées dinosaures. Sur le coup Azzalepstön est un peu bêta et devrait retourner au CP, lol. De très beaux éclairages dans ces aventures souvent nocturnes ou souterraines mettent en valeur ses belles couleurs. Pour finir une petite question (dont je n'ai pas la réponse) pour les spécialistes : à votre avis qui est la mère de Skald, la maman rousse qui sauve Louve de Raïssa/Crow ? Une lecture distrayante bien agréable

28/04/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Okko
Okko

Une série que j'ai suivi dès sa création album après album. Ce fût long mais que ce fût bon. Le plus difficile pour une série, c'est la conclusion et ici, elle clos de façon remarquable les aventures de nos héros. Cinq cycles de deux tomes avec pour thèmes les éléments de la culture japonaise : l'eau, la terre, l'air, le feu et le vide. Hub a pris une petite liberté puisque traditionnellement c'est le vent qui en fait parti, il est remplacé ici par l'air. Je chipote mais qui dit air ne dit pas forcément vent. Un Japon médiéval, où vient se mêler du fantastique emprunté à son folklore. Hub a créé un monde ordonné avec une petite troupe très hétéroclites : Okko le ronin, Noburo le guerrier mystérieux, Noshin le vieux moine et Tikku son disciple. Des héros dont les fortes personnalité nous seront dévoilées au fur et à mesure de leurs aventures, ainsi que leurs jeunesses. Une narration maîtrisée, elle s'enchaîne naturellement sans accro avec quelques planches où on découvre un Tikku au crépuscule de sa vie. Quel plaisir de voyager dans ce Japon moyenâgeux où l'honneur est roi. La partie graphique n'est pas en reste puisqu'elle évoque à la perfection cette période historique. Un trait fin, précis et dynamique, des personnages qui ne se ressemblent pas, des cases aux décors foisonnant de détails. Et surtout un soucis de l'authenticité poussé à l'extrême. Sublime ! Pas culte, mais vraiment pas loin. Note réelle : 4,5. A lire au moins une fois dans sa vie.

27/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Pieds dedans
Les Pieds dedans

Rabaté a pas mal utilisé dans ses séries cet arrière-plan social déclassé, nous a souvent présenté de belles brochettes de débiles, beaufs et autres abrutis, dans une vision qui n’est pas toujours assez équilibrée pour éviter la méchanceté gratuite contre les « pauvres gens ». Mais ici je trouve que ça passe bien. L’univers familial dans lequel se déroule l’histoire est atroce (proche de ce qu’il montrait dans Le Linge sale). On y retrouve pas mal de la famille Groseille ou, pour rester dans la BD, de la famille de Colombe dans Colombe et la Horde de Hureau. Un fil rouge aussi qui fait penser au film « Le viager », de Tchernia et Goscinny, puisque notre famille attend impatiemment – en essayant d’aider le sort – la mort d’une vieille pour hériter de sa baraque. Dès le départ on est plongé dans la fange de ces cas sociaux au QI assez faible. Mais Rabaté nous laisse respirer, avec de l’humour (situations, dialogues) et réussit à se renouveler (j’ai lu la série d’une traite dans l’intégrale - qui est en Noir et Blanc). On ne s’ennuie jamais. La lecture est assez jouissive, amusante, les personnages sont assez gratinés, avec de faux airs de Pieds Nikelés du pauvre.

27/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Partitions irlandaises
Partitions irlandaises

Avec Partitions irlandaises, Kris retrouve un cadre qu’il semble particulièrement apprécier. Je ne m’en plaindrai pas, l’Irlande m’a toujours attiré alors même que je n’ai jamais pu me défaire de l’idée qu’il y avait un aspect romanesque dans une guerre civile pourtant bien réelle et meurtrière. Kris ne déroge d’ailleurs pas à cette vision romancée puisqu’il associe ici une histoire d’amour aux accents très classiques (shakespeariens, serais-je tenté de dire) avec un contexte historique et social violent. Nous sommes donc ainsi plongés dans le Belfast du XXIème siècle (juste avant le Brexit), alors que les tensions entre catholiques et protestants sont toujours bien présentes, et risquent même d’à nouveau déboucher sur une guerre civile. Le climat est tendu malgré la chaleur qui se dégage de rencontres. Nous sommes ainsi toujours au bord du précipice, admirant le paysage (les scènes dans les pubs, le match de football gaélique, la romance entre nos Roméo et Juliette) mais bien conscients que tout peut s’écrouler à tout instant (et c’est ce qu’il va bien entendu se passer à la fin de ce premier volet). C’est très classique comme récit mais terriblement efficace tant les personnages parviennent à nous toucher. La narration à la première personne (qui passe de Tim à Mary en fonction des circonstances) favorise l’empathie, une empathie encore accentuée par le caractère de looser désabusé de Tim et celui bien trempé et décidé de Mary, une femme forte et fragile à la fois (oui, je sais, que du classique déjà vu mais que j’aime toujours autant). Le dessin de Vincent Bailly est très brut, pas toujours précis mais il dégage une âme et une chaleur (en grosse partie due à la colorisation) et son côté brut et sans fioritures convient bien à l’histoire qui nous est racontée. J’attends déjà la suite avec impatience !

27/04/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Orchidea
Orchidea

Une très belle ambiance dans cet album qui nous entraine dans un voyage introspectif familial. Deux frères et leur sœur partent à la recherche de leur père qui a quitté sa maison de retraite sans explication. Ils prennent la route, ne sachant pas ce qui lui est arrivé. A la fois inquiets et agacés par l’attitude du vieil homme - qui a quand même pris soin d’emporter sa brosse à dents - ils roulent sur une autoroute américaine croisant tous les éléments que l’on connaît bien : les diners, les motels, les stations-service et les paysages désertiques écrasés de soleil. Mais le trio n’est pas au bout de ses surprises… Au premier abord, c’est assez classique mais très vite on est emporté par le récit de Cosey qui, comme dans « Le voyage en Italie », nous confronte aux souvenirs de famille dans un superbe décor aux couleurs lumineuses. Le père va donner à ses enfants une très belle leçon de vie et de résilience. J’ai retrouvé dans cet album tout ce que j’aime chez Cosey : la lenteur du récit, les questions laissées en suspens, le temps long du voyage qui laisse aux personnages le temps de se retrouver, de redécouvrir les failles de chacun et de révéler leurs propres fêlures. Un très beau moment de lecture.

27/04/2022 (modifier)
Par doumé
Note: 4/5
Couverture de la série Un travail comme un autre
Un travail comme un autre

En Alabama dans les années 30, un homme passionné d'électricité refuse de devenir un simple paysan et se lance dans l'électrification de son activité. Une passion qu'il met en application avec succès et qui aurait pu lui assurer la fortune, mais son destin est tout autre. Un récit poignant qui ne décrit pas une réussite à l'américaine mais son contraire. De drame en drame, à chaque fois le héros s'enfonce un peu plus et nous assistons à son destin tragique. A partir de cette aventure, l'auteur nous décrit le fonctionnement de la société américaine. Inhumaine et sans concession pour ceux qui ont violé la loi, la bd révèle un système carcéral très brutal. Pour ceux qui sont dehors, seule la liberté différencie ces hommes et ces femmes qui ont du mal à survivre pendant la dépression de ceux qui sont incarcérés. Un récit qui démontre l'enfer traversé à cette époque par ce pays. Le dessin est assez classique par contre la couleur est originale, seulement deux couleurs sont utilisées. Une alternative entre le noir et blanc et une colorisation classique, un style particulier et maîtrisé. Une lecture qui provoque parfois de l'indignation et surtout des émotions pour ce personnage passionné et obstiné.

26/04/2022 (modifier)
Par TheVoid
Note: 4/5
Couverture de la série Berserk
Berserk

Tout simplement excellent. J'ai vu beaucoup d'avis de personnes ayant adoré les 15 premiers tomes et qui sont largement déçus de la suite, principalement pour le fait qu'elle s'éloigne de la quête "principale" de Guts. Il est moins question de sa revanche contre les Gods Hand et plus d'aventures secondaires. Guts n'est plus seul mais s'entoure d'un groupe. On s'éloigne même par moment de la Dark Fantasy.... Alors oui, mais pour moi c'est aussi cette diversité qui fait la richesse de l'histoire. Je ne vois pas d'incohérence dans le récit et il nous transporte à travers un tas d'histoires et d'ambiances de façon fluide, sans que cela ne choque ou questionne le lecteur. L'intégralité de la série mérite à mon sens la note que je lui ai mise, 4/5. On attend la fin de cette histoire avec impatience, ou pas...

26/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Azrayen'
Azrayen'

Il fallait bien une motivation du type "Au nom du Père" pour s'attaquer à une période aussi tabou du côté français. Frank Giroud réussit à nous livrer une histoire passionnante, équilibrée et pleine d'humanité au milieu des horreurs qui ont parsemé cette guerre. Pas facile de rendre une copie non manichéenne pour cette guerre à la fois coloniale et civile, civile car nous étions dans un département français avec "des administrées qui accouchent" et coloniale car l'état de droit y était défaillant ces mêmes administrées n'ayant pas les mêmes droits que des métropolitaines. Giroud met d'ailleurs le doigt sur la grande tromperie de cette " Opération de mantien de l'ordre" :C'est bien d'une enquête policière pour retrouver des personnes disparues dont il s'agit. Ainsi souvent l'armée française s'est vue confier un rôle de police et de justice sans en avoir ni les compétences , ni le cadre juridique, avec une obligation de résultats par le politique. Je trouve que c'est très bien exprimé en arrière-plan du scénario et que cela explique pour partie les dérives de tortures, de représailles et de bavures commises par les officiers. On le voit dans différents épisodes où le bon vouloir de l'officier fait office de décision de justice. Si ce côté, que je trouve important, est bien en filigrane Giroud n'insiste pas trop. En introduisant une belle histoire d'amour, au contraire il montre que le vivre-ensemble était possible. Utopiste peut-être mais réconfortant. Giroud respecte tous les combattants dans son ouvrage. Il nous offre des caractères bien typés de l'active pro, le conscrit parfois rebelle, le harki et le djounoud mais aucune mièvrerie ni adversaire stupide ou échappatoire scénaristique. On est très loin de la vision d'un Tanguy ou d'un Buck Danny comme soldat-chevalier blanc. Le dénouement est original et renforce l'image de précipitation dont ont souffert les actions des officiers français livrés à eux-mêmes sur le plan juridique. Je trouve le graphisme de Lax très bon. Premier ouvrage où il transforme son trait pour le rendre plus puissant et presque caricatural. Cela le mènera à l'inoubliable Choucas que j'aime beaucoup ou Mike Cervantes que j'aime un peu moins, lol. Un petit reproche , j'ai eu du mal à distinguer Valera de Messonnier ce qui crée une ambiguité avec Takhlit. Pour le reste c'est parfait, les uniformes, les GMC, les habits berbères sont admirablement reproduits. L'Algérie est un pays magnifique et Lax réussit très bien à rendre la magnificence des paysages de Kabylie. J'apprécie beaucoup aussi ses couleurs à dominantes ocre-jaune pour le présent ou rouge pour le passé. Une bien belle lecture pour un récit de guerre encore très douloureux pour notre passé historique.

26/04/2022 (modifier)