Il m’a bien fait rire ce corbac. Pourtant ce n’était pas gagné, je n’ai jamais réussi à lire Philémon plus de quelques pages. J’ai bien fait de réessayer l’humour de Fred sur cet album qui est réputé pour être de son meilleur cru.
Ce personnage se retrouve dans un univers un peu kafkaïen. Il est vraiment touchant.
En proie à l’incompréhension, victime de tous les ostracismes, il tente de comprendre et de se défendre. Son psy est improbable, mais ne manque pas de finesse somme toute. Quant à la famille dingue qu’il rencontre, elle est …. dingue.
L’absurde le dispute au loufoque, mais finalement c’est plutôt amusant de voir comment chaque personnage réagit avec une logique implacable mais qui lui est propre. Surtout le corbeau, fou mais lucide.
Le dessin de Fred est toujours trop brouillon à mon goût, surtout les personnages. En revanche j’ai beaucoup aimé les décors alambiqués de la grande maison. Je veux le même papier peint chez moi.
Avis aux hermétiques à Philémon, essayez le corbac !
Cet album paru 30 ans, presque jour pour jour, aprés la chute du mur de Berlin peut être lu comme un double ( ou triple ?) hommage.
Hommage aux manifestants Berlinois qui ont su faire tomber sans violence un régime policier bien organisé.
Hommage aux créateurs de la série et à l'éditeur qui permettent à Flix de donner libre court à son talent sur une série phare de la BD franco-belge.
Il y a tellement de séries figées avec des héros qui ne changent jamais en plusieurs dizaines d'années que cela en devient un brin conformiste et ennuyeux.
Spirou est une exception dans ce monde et je trouve cela bienvenu.
Dans un monde à l'ambiance de QRN avec un appareil à la Zorglub, des singes cousins des Brothers et une poignée de main à la Tome et Janry dans" la Vallée des Bannis", Flix n'oublie pas à qui il doit sa création.
Pour autant cela ne l'empêche pas d'imprimer sa marque et son style pour cet album. Le graphisme est un peu désorientant mais c'est justement ça que je trouve bien, cela empêche une sorte de sclérose des héros ( et du lecteur).
On s'y fait vite car le trait de Flix est très vivant avec ces visages très humoristiques remplis d'expressions amusantes.
Il fallait une bonne dose d'humour pour reproduire une structure comme la Stasi sans tomber dans l'excessif ni le réalisme froid qui nous sortiraient de l'esprit de la série.
La fin de l'aventure est assez traditionnelle et rappelle les films d'espionnages des années 70 où ce passage à l'Ouest était toujours un moment crucial et dramatique.
C'est aussi un hommage à tous ceux qui ont perdu la vie en tentant ce passage.
Une bonne lecture divertissante et agréable.
La préface de Jodorowsky nous prévient, nous entrons dans du bizarre.
Ni carnet de voyage, ni roman graphique traitant du colonialisme ( encore que) les auteurs ,qui ne n'étaient jamais allés en Afrique si j'en crois la préface, nous offrent un conte poétique fantasmé et quelque peu hermétique.
Une sorte de poésie typée Mallarmé influencé par un graphisme à la Munch? Evidemment cela surprend car le graphisme d'Alain Garrigue vient vous chercher pour vous mettre mal à l'aise. Le rêve de l'ethnologue se transforme en cauchemar dès son arrivée.
Lui le Français bardé de diplôme, suffisant ( "Le chef me dit "bonjour" dans un français impeccable." lol) avec son rationnalisme et sa technologie va se faire happer par la magie de ce continent qui a su garder le lien avec ses traditions ancestrales.
Pourtant les villages du continent en ont connus des orages au cours des siècles. (La liste est trop longue). Toujours avec résillience , le village s'est reconstruit un peu plus loin.
Oui un peu comme Mallarmé, les auteurs ne peignent pas la chose mais l'effet qu'elle produit. Nous sommes submergés par cette eau qui se veut porteuse de vie mais qui in fine détruit tout et apporte la mort ( un petit goût de colonialisme non?), submergés par ces bouches qui crient au dessus du désastre.
Un dernier mot sur les magnifiques couleurs produites par J. Alessandra ses rouges et ses noirs sont chauds, vivants presqu'envoûtants... Un peu comme cet album pas si facile.
Une oeuvre de création qui sort des sentiers battus.
Cette BD vaut à mon avis surtout le coup pour ses dessins, vraiment magnifiques. Alex Alice a tout donné, surtout dans le dernier tome, encore supérieur aux 2 autres.
Concernant l'histoire, c'est celle de Siegfried, donc un mythe indémodable et ça se suit très bien. Je regrette peut-être un peu que ça n'aille pas plus en profondeur sur l'univers. Si vous ne connaissez pas la mythologie nordique, ne vous attendez pas à des explications sur qui est Odin, qui sont les Walkyries, les Nibelungen. Si vous voulez améliorer votre culture générale, c'est pas forcément adapté. Là ça va direct à l'essentiel, peut-être un peu trop.
A noter une petite incohérence à mélanger les noms germaniques et nordiques : la plupart des noms sont en version nordique, comme Odin et Fafnir au lieu de Wotan et Fafner mais Siegfried en version germanique au lieu de Sigurd. C'est comme si on mélangeait des noms de dieux grecs et romains. Bon c'est un détail.
Un petit album vite lu (peu de texte et de cases), qui développe une histoire classique de harcèlement, avec un dessin très minimaliste (comme souvent chez de Radiguès). Mais c’est une histoire qui est malgré tout intéressante.
Pourtant, l’opposition franchement caricaturale entre un persécuteur sadique et taré, Jason, et sa victime non pas consentante, mais en tout cas totalement résignée, Joe, commençait à m’ennuyer au bout d’un moment. L’aveuglement des adultes (professeurs, infirmière scolaire, mère) pouvait lui aussi gêner, même si en fait cela arrive souvent.
Mais le dernier tiers de l’histoire rachète l’ensemble, et donne une certaine consistance à l’intrigue. Surtout, la fin évite le happy end en ajoutant une nouvelle couche de noirceur. La fin, brutale, qui pose question, est finalement emplie d’une morale certes noire, mais à tout prendre pleine d’humanité, les comptes sont soldés.
Quant à l’orignal, il apparait ici comme le truchement de la libération du jeune héros. D’abord de façon presque poétique, une échappatoire physique (Joe le rencontre en essayant d’éviter Jason) et mental (il devient symbole de liberté et de force). Et finalement il se transforme en bras vengeur de Joe.
Un album à redécouvrir.
Note réelle 3,5/5.
Le sujet ne m’emballait pas trop, mais j’avais en tête le bon retour d’Hervé et le nom de Nicolas Juncker a penché dans le balance pour franchir le pas de l’acquisition.
Je serais moins dithyrambique mais ça reste un très bon album. Bien construit et très drôle sur un événement de l’histoire française relativement récent.
Je n’avais sans doute pas toutes les clés pour savourer véritablement cette version, ne connaissant que très grossièrement les faits et hormis De Gaulle et Mitterrand, les autres protagonistes m’étaient inconnus.
Mais malgré cette lacune, c’est bien réussi, le scénariste trouve le bon angle et tourne cet événement en farce. Le tout est accentué par le trait un peu caricatural de Boucq, qui nous sort de bonnes bouilles de généraux.
C’est franchement bien fait, instructif et plaisant à suivre, lecture recommandée (et obligatoire pour les férus de cette période).
3,5+
Will Eisner nous plonge dans l'histoire intime d'un bloc d'immeubles qui lui tient particulièrement à coeur, Dropsie Avenue dans le Bronx.
Cent années de hauts et de bas, de drames et de petits miracles, d'ombres et de lumières de la société américaine analysée au ras de bitume.
Ces "héros" ont des destins qui se croisent avec la fluidité de narration propre à Eisner. Certains personnages (Abie, Izzy) assurent le lien entre les périodes et donnent de la cohérence au récit.
Un récit digne de "Forrest Gump" où la grande histoire des USA influence en bien ou en mal les petites histoires du quotidien.
Malgré les côtés sombres (drames domestiques, corruption, dealers, racisme) Will Eisner met en valeur les meilleurs côtés de la volonté énergique américaine, métissage (Juif-Catho, Blanc-Noir...), résilience et vitalité devant l'adversité, ascenseur social grâce au mérite.
Le message est clair, même dans l'adversité même quand tout s'écroule il y aura toujours un moment où tout peut renaître et repartir.
Comme toujours la forme est du plus haut niveau. Dessins, découpages, éclairages, fluidité nous sommes partout au sommet.
Une lecture très réconfortante et agréable.
Je me suis procuré Zaya suite à la lecture de Ya San et son graphisme qui m'avait tapé dans l'œil.
Je retrouve donc Huang Jia Wei et je suis toujours sous le charme de son coup de crayon.
Un trait léché avec une touche "manga", de merveilleux décors et une colorisation dans les tons sépia du plus bel effet font de ce triptyque un incontournable, tout du moins graphiquement.
Il suffit de regarder les trois superbes couvertures.
Juste quelques problèmes de proportions sur le dernier tome avec le gros balèze chauve. Mais le plaisir fût total.
Un monde futuriste où robots et IA sont partout. Un scénario bien construit qui ne révolutione pas le genre mais qui reste prenant de bout en bout et une fin qui ne se termine pas en eau de boudin.
Une jolie héroïne à laquelle je me suis attaché, une maman qui saura se sacrifier.
Bref, un très bon moment de lecture.
4 étoiles méritées.
L'idée géniale de Sattouf : raconter par anecdotes d'une page le récit d'une fille bien réelle qui grandit avec la publication des albums.
Esther pourrait être banale, elle l'est en fait, mais elle est unique et devient un peu un membre de notre famille et de notre cercle d'amis. A la fois une biographie et une étude sociologique d'une famille de notre époque dont on ne possède les codes que si l'on a le même âge.
Les espoirs et les craintes sont universels et intemporels mais le langage, la mode... sont bien propres à "la génération Esther". Laissez les traîner sur la table et ceux en faisant partie se jetteront dessus dès le dos tourné. C'est de bonne guerre : on apprend ainsi à mieux comprendre leur rapport au monde contemporain.
A voir si Esther accepte dans le futur de toujours se mettre à nue et donner le fond de sa pensée. Elle a 15 ans et cela devient compliqué. En tout cas, ma fille l'attend de pied ferme.
Un album intéressant pour qui connaît les auteurs et s’intéresse à cette maison d’édition indépendante, sans ces pré requis inutile de le lire, ça va vous barber.
Ce tome regroupe différents témoignages sur l’histoire de L’Association, une aventure collective lancée à l’aube des années 90 par de jeunes auteurs ayant soif de liberté et d’expérimentation sur le 9eme Art. Avec le temps, certains sont devenus des pointures dans le milieu, et le catalogue de L’Asso compte de belles pépites.
Malheureusement (toujours avec le temps) ça se termine comme dans la chanson « Les histoires d’A »… l’album s’attarde pas mal sur ce point.
Il offre un éclairage sur la scission entre J-C Menu et les autres fondateurs, la fin d’une aventure entre potes milieu des années 2000, et marque également un nouveau virage pour les années 2010.
L’ensemble des témoignages ne se valent pas tous, mais ils sont subjectifs et sincères, on a affaire à des passionnés, j’ai particulièrement apprécié celui de Jean-Louis Capron et de Mokeït.
Par contre je regrette l’absence de celui de Mattt Konture et J-C Menu (2 autres fondateurs).
Ça fait très potins sur le petit monde de la bande dessinée mais j’ai beaucoup aimé ma lecture, j’ai une tendresse particulière pour cet éditeur.
A noter que ce livre a failli ne pas paraître à L’Association ?! Ça aurait été une petite hérésie (même sous l’ère Menu).
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L'Histoire du Corbac aux Baskets
Il m’a bien fait rire ce corbac. Pourtant ce n’était pas gagné, je n’ai jamais réussi à lire Philémon plus de quelques pages. J’ai bien fait de réessayer l’humour de Fred sur cet album qui est réputé pour être de son meilleur cru. Ce personnage se retrouve dans un univers un peu kafkaïen. Il est vraiment touchant. En proie à l’incompréhension, victime de tous les ostracismes, il tente de comprendre et de se défendre. Son psy est improbable, mais ne manque pas de finesse somme toute. Quant à la famille dingue qu’il rencontre, elle est …. dingue. L’absurde le dispute au loufoque, mais finalement c’est plutôt amusant de voir comment chaque personnage réagit avec une logique implacable mais qui lui est propre. Surtout le corbeau, fou mais lucide. Le dessin de Fred est toujours trop brouillon à mon goût, surtout les personnages. En revanche j’ai beaucoup aimé les décors alambiqués de la grande maison. Je veux le même papier peint chez moi. Avis aux hermétiques à Philémon, essayez le corbac !
Spirou à Berlin
Cet album paru 30 ans, presque jour pour jour, aprés la chute du mur de Berlin peut être lu comme un double ( ou triple ?) hommage. Hommage aux manifestants Berlinois qui ont su faire tomber sans violence un régime policier bien organisé. Hommage aux créateurs de la série et à l'éditeur qui permettent à Flix de donner libre court à son talent sur une série phare de la BD franco-belge. Il y a tellement de séries figées avec des héros qui ne changent jamais en plusieurs dizaines d'années que cela en devient un brin conformiste et ennuyeux. Spirou est une exception dans ce monde et je trouve cela bienvenu. Dans un monde à l'ambiance de QRN avec un appareil à la Zorglub, des singes cousins des Brothers et une poignée de main à la Tome et Janry dans" la Vallée des Bannis", Flix n'oublie pas à qui il doit sa création. Pour autant cela ne l'empêche pas d'imprimer sa marque et son style pour cet album. Le graphisme est un peu désorientant mais c'est justement ça que je trouve bien, cela empêche une sorte de sclérose des héros ( et du lecteur). On s'y fait vite car le trait de Flix est très vivant avec ces visages très humoristiques remplis d'expressions amusantes. Il fallait une bonne dose d'humour pour reproduire une structure comme la Stasi sans tomber dans l'excessif ni le réalisme froid qui nous sortiraient de l'esprit de la série. La fin de l'aventure est assez traditionnelle et rappelle les films d'espionnages des années 70 où ce passage à l'Ouest était toujours un moment crucial et dramatique. C'est aussi un hommage à tous ceux qui ont perdu la vie en tentant ce passage. Une bonne lecture divertissante et agréable.
Séjour en Afrique
La préface de Jodorowsky nous prévient, nous entrons dans du bizarre. Ni carnet de voyage, ni roman graphique traitant du colonialisme ( encore que) les auteurs ,qui ne n'étaient jamais allés en Afrique si j'en crois la préface, nous offrent un conte poétique fantasmé et quelque peu hermétique. Une sorte de poésie typée Mallarmé influencé par un graphisme à la Munch? Evidemment cela surprend car le graphisme d'Alain Garrigue vient vous chercher pour vous mettre mal à l'aise. Le rêve de l'ethnologue se transforme en cauchemar dès son arrivée. Lui le Français bardé de diplôme, suffisant ( "Le chef me dit "bonjour" dans un français impeccable." lol) avec son rationnalisme et sa technologie va se faire happer par la magie de ce continent qui a su garder le lien avec ses traditions ancestrales. Pourtant les villages du continent en ont connus des orages au cours des siècles. (La liste est trop longue). Toujours avec résillience , le village s'est reconstruit un peu plus loin. Oui un peu comme Mallarmé, les auteurs ne peignent pas la chose mais l'effet qu'elle produit. Nous sommes submergés par cette eau qui se veut porteuse de vie mais qui in fine détruit tout et apporte la mort ( un petit goût de colonialisme non?), submergés par ces bouches qui crient au dessus du désastre. Un dernier mot sur les magnifiques couleurs produites par J. Alessandra ses rouges et ses noirs sont chauds, vivants presqu'envoûtants... Un peu comme cet album pas si facile. Une oeuvre de création qui sort des sentiers battus.
Siegfried
Cette BD vaut à mon avis surtout le coup pour ses dessins, vraiment magnifiques. Alex Alice a tout donné, surtout dans le dernier tome, encore supérieur aux 2 autres. Concernant l'histoire, c'est celle de Siegfried, donc un mythe indémodable et ça se suit très bien. Je regrette peut-être un peu que ça n'aille pas plus en profondeur sur l'univers. Si vous ne connaissez pas la mythologie nordique, ne vous attendez pas à des explications sur qui est Odin, qui sont les Walkyries, les Nibelungen. Si vous voulez améliorer votre culture générale, c'est pas forcément adapté. Là ça va direct à l'essentiel, peut-être un peu trop. A noter une petite incohérence à mélanger les noms germaniques et nordiques : la plupart des noms sont en version nordique, comme Odin et Fafnir au lieu de Wotan et Fafner mais Siegfried en version germanique au lieu de Sigurd. C'est comme si on mélangeait des noms de dieux grecs et romains. Bon c'est un détail.
Orignal
Un petit album vite lu (peu de texte et de cases), qui développe une histoire classique de harcèlement, avec un dessin très minimaliste (comme souvent chez de Radiguès). Mais c’est une histoire qui est malgré tout intéressante. Pourtant, l’opposition franchement caricaturale entre un persécuteur sadique et taré, Jason, et sa victime non pas consentante, mais en tout cas totalement résignée, Joe, commençait à m’ennuyer au bout d’un moment. L’aveuglement des adultes (professeurs, infirmière scolaire, mère) pouvait lui aussi gêner, même si en fait cela arrive souvent. Mais le dernier tiers de l’histoire rachète l’ensemble, et donne une certaine consistance à l’intrigue. Surtout, la fin évite le happy end en ajoutant une nouvelle couche de noirceur. La fin, brutale, qui pose question, est finalement emplie d’une morale certes noire, mais à tout prendre pleine d’humanité, les comptes sont soldés. Quant à l’orignal, il apparait ici comme le truchement de la libération du jeune héros. D’abord de façon presque poétique, une échappatoire physique (Joe le rencontre en essayant d’éviter Jason) et mental (il devient symbole de liberté et de force). Et finalement il se transforme en bras vengeur de Joe. Un album à redécouvrir. Note réelle 3,5/5.
Un général, des généraux
Le sujet ne m’emballait pas trop, mais j’avais en tête le bon retour d’Hervé et le nom de Nicolas Juncker a penché dans le balance pour franchir le pas de l’acquisition. Je serais moins dithyrambique mais ça reste un très bon album. Bien construit et très drôle sur un événement de l’histoire française relativement récent. Je n’avais sans doute pas toutes les clés pour savourer véritablement cette version, ne connaissant que très grossièrement les faits et hormis De Gaulle et Mitterrand, les autres protagonistes m’étaient inconnus. Mais malgré cette lacune, c’est bien réussi, le scénariste trouve le bon angle et tourne cet événement en farce. Le tout est accentué par le trait un peu caricatural de Boucq, qui nous sort de bonnes bouilles de généraux. C’est franchement bien fait, instructif et plaisant à suivre, lecture recommandée (et obligatoire pour les férus de cette période). 3,5+
Dropsie Avenue
Will Eisner nous plonge dans l'histoire intime d'un bloc d'immeubles qui lui tient particulièrement à coeur, Dropsie Avenue dans le Bronx. Cent années de hauts et de bas, de drames et de petits miracles, d'ombres et de lumières de la société américaine analysée au ras de bitume. Ces "héros" ont des destins qui se croisent avec la fluidité de narration propre à Eisner. Certains personnages (Abie, Izzy) assurent le lien entre les périodes et donnent de la cohérence au récit. Un récit digne de "Forrest Gump" où la grande histoire des USA influence en bien ou en mal les petites histoires du quotidien. Malgré les côtés sombres (drames domestiques, corruption, dealers, racisme) Will Eisner met en valeur les meilleurs côtés de la volonté énergique américaine, métissage (Juif-Catho, Blanc-Noir...), résilience et vitalité devant l'adversité, ascenseur social grâce au mérite. Le message est clair, même dans l'adversité même quand tout s'écroule il y aura toujours un moment où tout peut renaître et repartir. Comme toujours la forme est du plus haut niveau. Dessins, découpages, éclairages, fluidité nous sommes partout au sommet. Une lecture très réconfortante et agréable.
Zaya
Je me suis procuré Zaya suite à la lecture de Ya San et son graphisme qui m'avait tapé dans l'œil. Je retrouve donc Huang Jia Wei et je suis toujours sous le charme de son coup de crayon. Un trait léché avec une touche "manga", de merveilleux décors et une colorisation dans les tons sépia du plus bel effet font de ce triptyque un incontournable, tout du moins graphiquement. Il suffit de regarder les trois superbes couvertures. Juste quelques problèmes de proportions sur le dernier tome avec le gros balèze chauve. Mais le plaisir fût total. Un monde futuriste où robots et IA sont partout. Un scénario bien construit qui ne révolutione pas le genre mais qui reste prenant de bout en bout et une fin qui ne se termine pas en eau de boudin. Une jolie héroïne à laquelle je me suis attaché, une maman qui saura se sacrifier. Bref, un très bon moment de lecture. 4 étoiles méritées.
Les Cahiers d'Esther
L'idée géniale de Sattouf : raconter par anecdotes d'une page le récit d'une fille bien réelle qui grandit avec la publication des albums. Esther pourrait être banale, elle l'est en fait, mais elle est unique et devient un peu un membre de notre famille et de notre cercle d'amis. A la fois une biographie et une étude sociologique d'une famille de notre époque dont on ne possède les codes que si l'on a le même âge. Les espoirs et les craintes sont universels et intemporels mais le langage, la mode... sont bien propres à "la génération Esther". Laissez les traîner sur la table et ceux en faisant partie se jetteront dessus dès le dos tourné. C'est de bonne guerre : on apprend ainsi à mieux comprendre leur rapport au monde contemporain. A voir si Esther accepte dans le futur de toujours se mettre à nue et donner le fond de sa pensée. Elle a 15 ans et cela devient compliqué. En tout cas, ma fille l'attend de pied ferme.
Quoi !
Un album intéressant pour qui connaît les auteurs et s’intéresse à cette maison d’édition indépendante, sans ces pré requis inutile de le lire, ça va vous barber. Ce tome regroupe différents témoignages sur l’histoire de L’Association, une aventure collective lancée à l’aube des années 90 par de jeunes auteurs ayant soif de liberté et d’expérimentation sur le 9eme Art. Avec le temps, certains sont devenus des pointures dans le milieu, et le catalogue de L’Asso compte de belles pépites. Malheureusement (toujours avec le temps) ça se termine comme dans la chanson « Les histoires d’A »… l’album s’attarde pas mal sur ce point. Il offre un éclairage sur la scission entre J-C Menu et les autres fondateurs, la fin d’une aventure entre potes milieu des années 2000, et marque également un nouveau virage pour les années 2010. L’ensemble des témoignages ne se valent pas tous, mais ils sont subjectifs et sincères, on a affaire à des passionnés, j’ai particulièrement apprécié celui de Jean-Louis Capron et de Mokeït. Par contre je regrette l’absence de celui de Mattt Konture et J-C Menu (2 autres fondateurs). Ça fait très potins sur le petit monde de la bande dessinée mais j’ai beaucoup aimé ma lecture, j’ai une tendresse particulière pour cet éditeur. A noter que ce livre a failli ne pas paraître à L’Association ?! Ça aurait été une petite hérésie (même sous l’ère Menu).