Les derniers avis (32319 avis)

Couverture de la série Mutafukaz - Puta Madre
Mutafukaz - Puta Madre

Je viens de relire l’intégrale … je garde le même ressenti. Une tuerie cet album !! J’attendais pas grand chose de l’histoire, un spin-off sur un des catcheurs (El Diablo) croisés dans la série mère. Au final, je trouve ça plus réussi que la série d’origine, tous les voyants sont au vert pour me « hype ». Un récit parfaitement construit de bout en bout, noir, dense, cohérent. C’est magnifiquement séquencé. A travers le parcours de notre héros, de son plus jeune âge à la maturité, c’est tout un pan méconnu de l’Amérique (et Mexique) que l’on découvre. Chaque chapitre amène une nouvelle pierre à l’édifice, linéaire mais non redondant. Run dans sa préface propose même de marquer un petit temps d’arrêt entre les 6 chapitres, conseil judicieux tant le tout est d’une sacré richesse, des ambiances différentes qui se dégustent, une petite claque à chaque fois. La violence n’a jamais quitté notre héros, une jeunesse sombre, prison, guerre des gangs, passage chez nos amis de Son of Anarchy, travailleur mexicain exploité … jusqu’à ce qu’il atteigne une certaine forme de plénitude. Un voyage semé d’embûches, très riche et plaisant à suivre. L’autre bonne nouvelle (sans être maso), c’est que les claques se sont transformés en coup de poing avec la partie graphique. Je suis tombé amoureux du trait de Neyef que je découvrais, c’est fluide, détaillé, coloré … bref ça envoie grave du pâté !! Je vais me jeter sur ses autres albums, il possède une patte efficace et originale, ses cadrages et couleurs aperçus dans la galerie de Hoka Hey ! m’ont subjugué. Que dire de plus ? Un album qui se suffit seul malgré sa ramification à l’univers Mutafukaz, vous n’êtes pas obligé de tout lire ou connaître. Une édition réussie (encore) de la part d’Ankama, on a même le droit aux 6 couvertures des chapitres (parus au préalable indépendamment en format comics), chacune réalisée par un auteur de la maison (Run, Madoux, Singelin …). Un prix relativement modique pour une telle densité et qualité, si vous aimez ce style, ne vous privez pas ;) Coup de cœur !! et pas loin du culte à mes yeux, un album qui me comble.

10/11/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5
Couverture de la série Le Cri du Peuple
Le Cri du Peuple

La Commune de Paris, un événement assez mal connu auquel Tardi s’est intéressé pour construire cette série en quatre volumes. Alors que monte le mécontentement depuis les quartiers populaires de la ville, un cadavre de femme est repêché dans la Seine. Dans la main de la noyée, un œil de verre marqué du numéro 13. A partir de ce fait divers, va se dérouler toute une série d’histoires personnelles qui vont mettre en action les personnages les plus variés. Horace Grondin, condamné à tort à 20 ans de bagne, cherche à retrouver l’auteur du meurtre pour lequel il a été banni. Il est l’un des personnages centraux du récit. Le capitaine Tarpagnan, l’auteur supposé du meurtre, en est un autre. La chasse à l’homme qui s’engage se déroule sur fond d’émeutes populaires, de revendications sociales, de répression et de lâcheté des politiques. Histoires personnelles et récit des événements de la Commune s’entremêlent sans jamais perdre le lecteur. Les grands noms de l’époque croisent des anonymes galvanisés par l’espoir de lendemains qui chantent. Le vrai sujet de cette série est La Commune de Paris que Tardi traite de manière passionnée et partisane. Les personnages ont du caractère, ils défendent leurs opinions… on n’est pas dans un cours d’histoire et tant mieux ! J’avais lu « Le Cri du peuple », je viens de le relire et je trouve à nouveau le scénario bien construit, cohérent et bien écrit. Le récit historique entrecoupé de parcours personnels au fort caractère dramatique fonctionne très bien et le dessin est au rendez-vous. Le format à l’italienne offre une lecture confortable avec ses grandes cases. Un vrai coup de cœur pour les dialogues au langage fleuri. Tardi réussit à maintenir une variété des expressions argotiques tout au long de la série ce qui en fait quand même un bon paquet. Pour moi, le point faible est la longueur. Trois tomes auraient suffi pour éviter l’étirement du récit et la répétition des situations. Dommage ça a un peu gâché mon plaisir à relire cette histoire.

10/11/2022 (modifier)
Couverture de la série La Force de l'ordre
La Force de l'ordre

Cet album est une sorte de « digest », de revisite du travail sociologique réalisé par Didier Fassin. Sans doute le passage au médium BD va-t-il donner une plus forte visibilité à son propos. Ce qui serait souhaitable, tant les faits décrits sont graves, et, hélas, encore plus d’actualité près de quinze ans après la parution de son livre. Plusieurs travers sont passés au crible : le désœuvrement porteur d’ennui et de réactions violente de pas mal de membres des BAC (qui sont au cœur de cette enquête), la « politique du chiffre » insufflée depuis Sarkozy (on va ainsi privilégier les flagrants délits de trafic et consommation de drogue, les contrôles de sans papiers potentiels) et, ce qui découle du précédent point, un racisme bien ancré, auquel s’ajoute un contrôle social : ce sont les quartiers défavorisés qui subissent le harcèlement régulier, les contrôles souvent illégaux, les insultes racistes, avec comme corollaire le développement des plaintes pour « outrage » lorsque les jeunes visés n’obtempèrent pas. J’ai travaillé une douzaine d’année dans des « quartiers sensibles », et je peux directement témoigner de cette politique raciste et violente de la part de certaines unités d’intervention (BAC en tête), par les témoignages que je recueillais des jeunes à qui j’enseignais, mais aussi par certaines interventions scandaleuses auxquelles j’ai pu assister. L’enquête montre bien que le développement des inégalités, le passage dans le droit commun de mesures d’exception relevant auparavant de l’état d’urgence, ont renforcé une gestion répressive, violente, des inégalités et des mouvements contestataires qu’elles entretiennent. Les auteurs montrent aussi que certains policiers refusent cela, mais les unités de la BAC concentrent les plus déterminés « à en découdre » avec une jeunesse souvent issue de l’immigration, pauvre, éloignée de ce qu’ils ont connu (beaucoup des policiers qui interviennent ne connaissent pas les cités de banlieue avant d’y être affectés). Le fossé se creusant entre la police et certains citoyens peut pourtant être comblé. Mais il faut une réelle volonté politique, changer les discours, et surtout travailler sur les causes : il est clair que si les habitants des quartiers huppés avaient droit au même traitement (contrôles au faciès, propos racistes, familiers, non-respect de la présomption d’innocence voire simplement de la loi), si l’on mettait proportionnellement autant de moyen à lutter contre la délinquance en col blanc, la fraude fiscale, la consommation de drogue dans les beaux quartiers, la justice sociale serait sans doute plus réelle. Et le rôle de la police plus juste et compris par tous. Le dessin de Raynal est bon, efficace. Mais je ne sais pas s’il est adapté à ce genre de récit. Très statique, à mi-chemin entre le Fabcaro dernière manière et Vivès, il accentue une certaine déshumanisation – après tout c’est peut-être volontaire ? La colorisation, très sombre, et sans trop de nuances, est, elle, raccord avec le sujet, et bien vue.

10/11/2022 (modifier)
Couverture de la série Arrête d'oublier de te souvenir
Arrête d'oublier de te souvenir

On est là dans la plus pure veine autobiographique du comics, comme Joe Matt a pu le faire sur plusieurs albums (il y a pas mal de points communs entre ces deux auteurs), et sur un ton assez proche : pas mal d’autodérision, Peter Kuper n’hésitant pas à montrer certains passages pénibles, ridicules de sa vie (par exemple lors de ses premiers flirts). Cette autodérision est souvent l’occasion d’aérer le récit, en insufflant quelques petites touches d’humour. Globalement, c’est inégal, mais vraiment intéressant – mais il ne faut pas être réfractaire à ce genre autocentré, nombriliste. D’autant plus que le rythme est lui aussi irrégulier. Certains passages sont moins intéressants, franchement longuets, tandis que d’autres sont un peu expédiés (comme on pourrait le faire dans un journal intime). Graphiquement, c’est très lisible, simple, sans fioriture. Au final, c’est une lecture agréable, que j’ai bien aimée. C’est assez dense et compact (format oblige), ça ne se lit pas en cinq minutes ! Mais, dans le genre autobio/indé/comics, c’est une belle réussite dont je vous recommande la lecture. Note réelle 3,5/5.

10/11/2022 (modifier)
Couverture de la série Fatalitas
Fatalitas

Je tournais autour depuis un bout de temps, la couverture me faisait de l’œil mais une lecture récente via emprunt. Verdict : j’aurais du le lire plus tôt, un chouette album. Ce n’est qu’à la lecture que j’ai réalisé que c’était une autre œuvre du dessinateur de RIP, Julien Monier affinera son style par la suite mais c’est déjà bien plaisant, une narration fluide, des persos avec de sacrés trognes et des couleurs bien agréables. On avale d’une traite la centaine de planches (surprenant d’ailleurs, je ne m’attendais pas à autant à la vue de l’épaisseur de l’album). Niveau histoire, j’ai été happé d’entrée de jeu. Trois amis marseillais commettent une boulette la vieille de leur départ pour l’armée, ils le paieront très cher une fois sur place. Rien de vraiment sorcier mais c’est bien réalisé pour un bon petit moment. 3,5+

09/11/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série November
November

Mise à jour suite à lecture du tome 2. Un polar glauque comme je les aime. Tome 1 J'ai été happé dès les premières planches par cet univers où violence et magouilles sont au centre du récit. Une intrigue qui part dans tous les sens autour de trois femmes très différentes les unes des autres. Aucun point en commun et pourtant elles vont être mêlées à une histoire sordide, volontairement ou non. Une narration non linéaire qui au fur et à mesure commence à lever (très légèrement) une partie du voile. Des héroïnes attachantes, un scénario bien charpenté et une ville mystérieuse sont les points forts de ce comics. Tome 2 Toujours autant de plaisir à retrouver Dee, la junkie éclopée, Kay la flic déchue et Emma-Rose, la belle survoltée. Toujours cette narration maîtrisée qui nous fait passer d'un personnage à l'autre jusqu'à ce qu'elles soient réunies pour un final sanglant et des destins bien différents. Un graphisme qui va à l'essentiel, tout en simplicité et efficacité. Un découpage réussi. Des couleurs qui donnent ce côté rétro que j'aime beaucoup. Un excellent polar que je ne peux que conseiller pour son côté baroque et son ambiance poisseuse. Je peux enfin donner mon coup de cœur.

06/06/2022 (MAJ le 09/11/2022) (modifier)
Couverture de la série L'Homme de l'année - 1687
L'Homme de l'année - 1687

Ce tome 19 de la collection l'Homme de l'année propose un sujet qui ne pouvait que m'intéresser, et qui s'appuie sur des faits connus, mais qui sont malléables, il y a donc matière à enrober des faits réels tout en remaniant la Grande Histoire et en redistribuant les rôles, et d'ailleurs l'ouvrage est bien documenté. Mais en fait, le Masque de Fer n'est révélé qu'à la fin, il sert de prétexte pour une étude fort instructive et savoureuse dont le personnage principal est Bénigne Dauvergne de Saint-Mars, certainement le geôlier le plus célèbre de l'Histoire puisqu'il est resté ainsi comme celui qui garda le mystérieux homme au masque, et ce jusqu'à sa mort en 1708, c'est donc bien lui l'homme de l'année 1687 qui marque l'arrivée à Pignerol de ce prisonnier à part. On suit donc la vie quotidienne et la progression de Saint-Mars à Pignerol qui doit gérer la détention de ses prisonniers célèbres, jusqu'à sa nomination à la Bastille en 1698, qu'il commandera jusqu'à sa mort en 1708. Parmi ses prisonniers prestigieux, on trouve Mathioli, un espion italien (qui fut pris par erreur un temps pour le Masque de Fer), l’ancien surintendant des finances Nicolas Fouquet, et le duc de Lauzun, grand séducteur qui avait offensé le roi par son projet d'épouser de façon morganatique sa propre cousine (et petite-fille d'Henri IV) la Grande Mademoiselle. La construction du scénario bénéficie de beaucoup de soin et de précisions historiques (on cite au détour d'une page le nom de Lautréamont qui fut l'âme d'un complot en 1674), ce qui rend la lecture de cet opus fort appréciable. L'idée de suivre le directeur de prison Saint-Mars est bien trouvée, c'est le personnage central, on découvre sa personnalité et ses relations avec ses hôtes célèbres à qui on permet de vivre encore un semblant de prestige. Ceux-ci n'étaient pas enfermés sur la paille d'un cachot humide et enchaînés comme de vulgaires détenus, ils avaient des cellules aménagées, avec du mobilier, des livres, du linge et un valet, on leur servait de bons repas et on vidait tous les jours leurs latrines. On trouve aussi un certain Eustache Danger ; ce personnage (qui fut également nommé Dauger) a souvent été confondu avec le Masque de Fer parce qu'il connaissait des secrets et qu'il avait entendu des choses qu'il n'aurait pas dû entendre. Ici, les auteurs en font le valet de Fouquet dont le sien vient de mourir, et il rapporte à Saint-Mars les ragots qu'il entend entre Lauzun et Fouquet dans un rapport très détaillé. Comme on le voit, ces faits sont inventés mais peuvent sembler autant plausibles que savoureux. Les dessins de Vladimir Aleksic ont la même qualité que le scénario : la rigueur. Son style colle bien au ton de la bande, ses dessins sont détaillés, et il évite toute pose ou cadrage pouvant figer ses personnages. De plus, un effort particulier est donné aux décors intérieurs et extérieurs, ce qui renforce l'ancrage dans la période du XVIIème siècle, et les visages connus sont bien reproduits d'après les tableaux que l'on possède. Maintenant vient la fameuse énigme, attendez-vous à un truc énorme, surtout depuis que l'on connaît l'identité relative du personnage dans les documentaires que j'ai cités en présentation. Le vrai Masque de Fer (qui en fait n'était qu'un masque de velours avec des armatures en fer) détenait semble-t-il des secrets compromettants pour la couronne et sur Louis XIV, ce qui explique sa détention au secret, mais il devait être bien traité, et il le sera jusqu'à sa mort en 1703 à la Bastille ; sa cellule sera fouillée et on brûlera ses affaires et son matelas, on voit cette scène dans l'album. Ce n'était en réalité qu'un personnage assez anonyme et peu important. Mais les auteurs donnent leur propre version, elle pourra sans aucun doute surprendre, et personnellement je la trouve un peu tirée par les cheveux, mais après tout, pourquoi pas ? En tout cas, tout ceci donne un bel album de la série l'Homme de l'année, tant au niveau graphique qu'au niveau scénaristique, qui propose une réponse étonnante concernant l'identité du personnage masqué.

09/11/2022 (modifier)
Couverture de la série Fausse Route
Fausse Route

Pas mal de choses classiques, sans doute déjà vues, dans ce polar, mais j’en suis sorti très satisfait. Je vois que les avis sont souvent mitigés, et en tout cas très partagés. Je me range sans hésitation du côté de ceux qui ont aimé cette lecture. Le côté graphique est relativement original, en tout cas parfait pour ce genre de récit, qui mise pas mal sur le rythme, les destins qui s’entrechoquent, et qui ne cherche pas à fouiller les personnalités des personnages ou les détails de l’intrigue. Un trait gras, nerveux, très sombre (et pas forcément toujours très lisible – seul petit bémol me concernant), qui accompagne très bien la cavale de nos deux personnages principaux. Le premier tiers de l’album est extrêmement bien découpé (mais la suite est aussi bien menée) : nous suivons la cavale d’un détenu, Bobo, poursuivi par matons, flics, clébards et hélicoptère, dans une nuit glaciale. Au cours de sa fuite, il croise Nadia, qui elle aussi ne souhaite pas – pour d’autres raisons – croiser la route des flics. Dès lors leur destin va s’unir, pour le meilleur et pour le pire. L’intrigue est assez concise, dans le temps et l’espace, sans fioriture, et très noire jusqu’au bout, avec une chute qui l’est forcément – assez ironique, même si on la devine quelque temps à l’avance. Un polar brut de décoffrage, mais bien fichu, dynamique, une lecture rapide (peu de textes), mais très agréable.

09/11/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Animaux dénaturés
Les Animaux dénaturés

Je trouve la couverture particulièrement ratée et si mon libraire n’avait pas accolé un coup de cœur à cet album, je pense sincèrement que je n’y aurais prêté aucune attention… et je serais passé à côté de quelque chose ! Adapté d’un roman dont je viens juste de découvrir qu’il trainait dans ma bibliothèque (mais que je n’ai personnellement jamais lu), ce récit est à la fois un roman d’aventure, une histoire d’amour, une farce et une réflexion sur l’homme et la nature de son humanité. Ecrit en 1952, le roman est un peu daté sur certains aspects mais il reste pertinent à bien des points de vue et nous pousse à réfléchir à ce qui fait qu’un humain est humain, à ce qui nous autorise à exploiter telle ou telle espèce animale, en clair à ce qui nous différencie des autres animaux. L’adaptation que nous proposent Hélène Bruller et Joseph Falzon est fluide et ne souffre absolument pas du passage d’un média à un autre. Hélène Bruller s’est vraiment approprié ce récit pour nous le livrer à sa sauce, bien soutenue par le dessin expressif et caricatural de Joseph Falzon. C’est drôle et vivant, féroce par moments, touchant à d’autres. Je trouve que leur travail commun est assez proche de ce que fait un Pierre-Henri Gomont sur « Slava » par exemple : à la fois drôle et sujet à réflexion. J’ai dévoré le récit, même si à l’occasion, j’ai trouvé que les personnages tergiversaient ou ne se posaient pas les bonnes questions. Mais ça, pour moi, c’est la preuve que j’étais emporté par l’aventure, presque actif aux côtés des personnages. En clair, j’ai vraiment bien aimé et je ne peux que chaudement recommander.

09/11/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Exploits de Yoyo
Les Exploits de Yoyo

Je n’ai lu que le premier album, que je possède depuis pas mal de temps. Je ne trouvais pas le suivant, et la lecture des avis précédents ne m’a pas poussé à poursuivre ma recherche, tant il semble jouer sur un autre registre, et romprait probablement le charme qui a agi lors de ma lecture de « La lune noire ». La série est catégorisée en aventure, mais l’album que j’ai lu est franchement inclassable. Un peu d’aventure certes, mais aussi de la SF, du fantastique, mais aussi pas mal d’humour noir (c’est d’ailleurs cet aspect qui m’a le plus intéressé). L’intrigue est totalement foutraque, et l’on retrouve ici ce que j’aime bien dans pas mal de séries scénarisées par Yann (ici plutôt dans ses débuts), à savoir une certaine irrévérence, une provocation plus ou moins légère. Il ne faut en effet pas prendre au premier (ni même au deuxième !) degré le personnage de Yoyo, son comportement et ses paroles. On a là en effet une vision raciste (tendance « Ya bon Banania ») du nègre sauvage et gentiment cannibale. Physiquement déjà – la couleur bleue mise à part (mais n’est-elle pas là justement pour créer un décalage, pour signaler la farce et l’incongruité omniprésentes ?) – Yoyo ressemble davantage avec ses lèvres botoxées, aux Noirs de Tintin au Congo qu’à une quelconque réalité. Et les stéréotypes racistes sont aussi convoqués pour d’autres personnages (comme les tziganes – l’intrigue se déroulant dans des Carpates d’opérette). Pour le reste, l’histoire fourre-tout, foutraque, enchaine les situations improbables, avec des personnages aux dialogues surprenant (Yoyo avec son anglais faussement guindé et miteux, les « autochtones » avec leur langage singeant diverses langues et propices aux jeux de mots vaseux), et une fillette, héritière d’une dynastie connue à Monaco, habillée comme une petite fille modèle, mais qui se révèle être une véritable pétroleuse. Le dessin de Le Gall est simple, sans fioriture, mais efficace, fluide. Il agrémente ses planches de quelques petits détails sympathiques, comme ces quadrillages rouges et blancs (dirigeable, vêtements de Yoyo, etc.). Sans doute pas le plus abouti (c’était pour lui aussi l'une de ses premières publications je crois), mais ça passe bien avec le scénario de Yann. Il faut donc être adepte du loufoque, de l’absurde, d’un certain humour noir, et ne pas frémir devant un usage fréquent de stéréotypes (racistes le plus souvent), pour apprécier cet album. Mais j’y ai trouvé mon compte. Note réelle 3,5/5.

08/11/2022 (modifier)