Une BD très originale, pas pour son scénario mais pour sa présentation.
Chaque case est une vue de dessus du décor, soit une pièce pour les actions à l'intérieur, soit un plan pour les passages à l'extérieur. Tous les personnages sont représentés par deux cercles concentriques avec pour chaque personnage des couleurs différentes.
Pour la compréhension de l'histoire, cette présentation ne pose aucun problème et l'auteur exploite à merveille ce mode de représentation en nous distillant dans le dessin des détails pour nous guider, comprendre et suivre les actions avec facilité.
Mon problème a été au départ pour la lecture. A chaque case, il faut regarder les couleurs présentes pour comprendre qui est présent et la mémorisation des couleurs n'est pas aussi naturelle qu'une représentation classique, mais au fil des pages on finit par s'adapter et trouver du plaisir à la lecture.
Le dessin est évidemment incomparable. L'approche graphique de l'auteur n'est pas seulement originale, elle est surtout réussie car il développe un style qui réussit à partir d'un plan sans vie à nous embarquer par terre et par mer dans une belle et cruelle aventure humaine.
Pour le scénario, cette histoire me rappelle La Perle de Steinbeck avec un personnage pauvre qui lutte et se confronte à l'impossibilité de devenir riche malgré une fortune à portée de main. Dans cette BD, c'est Simon, un enfant de 14 ans qui gagne une fortune en jouant dans une course de chevaux. Un ticket gagnant qui doit transformer sa vie se retrouve cerné par des adultes avides de lui voler. Une histoire dynamique du début à la fin pleine de surprises parfois humoristiques parfois graves avec un peu de fantastique et toujours ce jeune héros avec qui nous partageons son insupportable périple à travers l'Angleterre.
Félicitations à l'auteur et l'éditeur pour cette réussite collective, une découverte et une surprise complètement hors standard.
Un album qui explore la psyché de ce visionnaire du troisième art.
Edgar Poe fût un pionnier pour la littérature d'épouvante et d'horreur, Francisco de Goya le sera pour la peinture.
J'ai pu vivre "l'expérience Goya" au palais des beaux-arts de Lille en novembre 2021. J'en suis ressorti estomaqué.
El Torres propose une libre interprétation d'un pan de la vie de Goya qui m'a fasciné et secoué.
Un récit qui n'est pas un biographie du peintre puisqu'il commence à partir de 1793, après une longue maladie qui va le rendre en partie sourd. Et à partir de ce moment, il va avoir des hallucinations de monstres et sorcières qui vont transformer sa façon de peindre et le pousser dans le fantastique horrifique pour tenter d'exorciser ses démons.
Un récit qui met en exergue sa relation conflictuelle avec son épouse Josefa et celle plus qu'ambiguë avec la duchesse d'Albe, Maria Teresa. Des femmes qui marqueront sa vie.
Un narration, à la frontière de la folie, entre réalité et visions cauchemardesques, qui nous plonge dans l'intimité de l'artiste et ses tourments.
La proposition graphique de Fran Galán est époustouflante, il a su créer une atmosphère pesante, l'angoisse transpire sur chacune de ses planches. Il a su aussi piocher chez le peintre les visages cadavériques de certains de ses personnages.
Des décors aux protagonistes, Galán a réalisé un travail soigné, réaliste et débordant de détails.
Les couleurs mettent en valeur son trait précis dans des tons tantôt chauds, tantôt froids suivant l'état mental de Goya.
Une immersion dans cette Espagne fin XVIII° et début XIX° siècle.
Grandiose.
Pour les amateurs d'art, pour les inconditionnels de Goya et pour les curieux.
Aaahhh Winshluss. Voilà un auteur de qui j’attends toujours beaucoup, et qui ne m’a jamais complètement déçu. Qui sait toujours, même sur des schémas déjà-vus, renouveler l’approche, et faire preuve d’originalité.
C’est encore le cas ici avec ce récit post-apocalypse assez noir, qui vaut essentiellement pour sa construction déstructurant la ligne du temps.
Comme pour le génial Smart monkey, on a un début muet énigmatique, violent et désespéré, puis les différentes pièces du puzzle se mettent en place dans les parties suivantes, en même temps que la parole – et une partie de la mémoire – du « héros » reviennent.
Winshluss rebondit aussi sur l’actualité (le covid, qui a dû le marquer durant la rédaction de cet album) et nous en donne une vision partielle mais assez noire.
La fin est relativement ouverte – en tout cas peut laisser perplexe, comme si lecteur et personnage principal se réveillaient au sortir d’un cauchemar. En tout cas la lecture, relativement rapide, est fluide et agréable.
Le dessin, même s’il n’atteint pas les sommets de son « Pinocchio », est plutôt chouette, moderne et torturé.
Deux petites remarques pour finir. D’abord que je n’ai pas été emballé par la couverture. Elle ne cache rien de la violence intérieure du personnage principale, mais je ne l’ai pas trouvé « jolie ». Ensuite la surprise de voir Gallimard publier cet album dans sa collection jeunesse, alors que c’est clairement un lectorat adulte qui est visé, et que les « jeunes » peuvent s’y trouver gênés par une certaine violence nihiliste, et par une construction un peu surprenante.
Cet album démontre s’il en était besoin que l’on peut faire de la vulgarisation intéressante, intelligente, que l’on peut parler de sujets importants, graves, sans tomber dans le charabia chiant. Si cela n’est pas fait plus souvent, cela relève d’autres choix, forcément discutables.
En tout cas, voilà une lecture qui présente bien les problèmes, leurs causes et leurs effets plus ou moins proches, de façon claire. Sans prendre le lecteur pour un imbécile, on lui donne au contraire les informations qui devraient lui permettre de prendre de meilleures décisions – du moins de faire en sorte que chacun puisse vérifier ce que font ou ne font pas à ce propos ceux qui se disent leurs représentants.
Car il n’y a pas de fatalité ! Tout est affaire de choix, plus ou moins éclairés, mais toujours éclairant. Les rapports du GIEC se succèdent, souvent à peine évoqués dans les journaux au milieu de reportages sur les vacances lointaines, la vie des stars qui se déplacent en jet et le progrès que représentent la 4G, les exploits d’Elon Musk, etc. la lecture de ce genre de documentaire est fortement recommandée pour remettre une certaine hiérarchisation dans l’information. Et pour rappeler l’urgence d’agir, mais vraiment, en oubliant l’autre urgence, celle des profits immédiats (en matière de gros sous en bourse ou de voix aux élections).
Et les auteurs ne se contentent pas d’un constat aux allures d’autopsie, ils montrent assez simplement ce qui pourrait être fait pour non pas inverser les courbes, mais au moins les infléchir fortement.
Si la démonstration est aussi intéressante et d’une lecture fluide et très agréable, elle le doit aussi à Etienne Lécroart, dont le dessin simple et amusant accompagne très bien le propos d’Ivar Ekeland. Si j’admire le travail oubapien de Lécroart, je l’avais déjà vu soutenir efficacement un travail documentaire, dans « Les Riches au tribunal ».
Lecture hautement recommandée donc !
2 tomes qui nous entrainent dans une aventure inédite de l'ami Sherlock accompagné bien sûr de Watson.
La bd est bien menée, les dessins sont bons et l'aventure s'avère même ludique car il faut intervenir sur les pages pour découvrir des indices supplémentaires.
Pas grand chose à ajouter aux autres critiques, c'est un bon divertissement et si les prochaines aventures sont au même niveau, la note pourrait monter d'un point :)
Un sujet universel, intrinsèquement vital et qui devrait concerner tout le monde. Mais aussi un sujet qui peut rapidement virer au débat technique et perdre certains lecteurs. J’ai en tout cas trouvé cet album à la fois intéressant et réussi.
Il balaye en effet très bien et très largement son sujet. Après un rappel historique – rapide mais efficace et nécessaire – des débuts de l’agriculture à l’agro-business actuel, l’auteur présente bien les enjeux, les acteurs. Il montre aussi très bien comment le débat à ce sujet est souvent faussé, les citoyens/électeurs ne recevant pas forcément une information complète et « éclairée » (voir l’action des lobbies, à Paris ou à Bruxelles, voir le renoncement de l’Etat, qui délègue au privé les études d’impact sur lesquelles il va ensuite s’appuyer pour informer et prendre des décisions).
Il montre aussi le combat de ceux qui défendent la biodiversité, qui cherchent à conserver et à utiliser des semences « oubliées » et écartées, car jugées non rentables, et surtout qui ne sont pas contrôlées par les géants de l’agroalimentaire – Monsanto, Bayer, BASF (le premier créateur entre autres de l’agent orange responsable de milliers de victimes en Asie, les deux suivant surgeons d’IG-Farben créateur du Zyklon B, comme quoi…).
Des avocats, des associations défendent donc leur point de vue, comme le réseau Semences paysannes ou l’association Kokopelli.
Il est évident que ce sujet devrait faire l’objet d’une information plus détaillée et efficace auprès des citoyens, et que les cabinets de conseils, lobbys et autres pantouflages devraient être mieux réglementés, pour que le citoyens (je ne parle pas des consommateurs) restent maitres de décisions (ou du moins qu’ils puissent « voter » - si tant est qu’on leur demande leur avis – en toute connaissance de cause – et d’effet !) qui les engagent sur le long terme, et qui ont partie liée avec les dérèglements environnementaux observés depuis pas mal de temps.
Note réelle 3,5/5.
Ceci n'est pas une critique mais juste une remarque.
J'ai relu hier les 3 tomes et clairement ce que je préfère dans cette adaptation c'est la gestion sans faute de la tension qui plane.
Tension vis à vis de l'environnement mais avant tout entre les personnages. Elle est palpable, et quasiment tous les personnages "importants", qu'ils soient sympathiques ou non, vont être mis en danger.
Une excellente adaptation pour l'instant.
Je ne connais pas le roman dont cette œuvre a été tirée, ni son adaptation en film mais la version en médium bd m’a conquis, une belle petite réussite.
Pourtant ça démarrait mal, il m’a fallu quelque temps pour succomber à la partie graphique, un style bien peu engageant de prime abord même si efficace et fluide. Puis petit à petit la magie opère, emporté par les couleurs et surtout le récit et son personnage central. J’ai vraiment pris mon pied avec ces 3 ingrédients.
L’histoire m’a agréablement surpris par son cadre original, si je vous dis USA - 1930, vous me direz Prohibition, malfrats et incorruptibles, ici il n’en est rien. L’action se passe dans une chaîne de montagne proche des Appalaches, dans une exploitation forestière plus précisément, on va y suivre le couple de gérant, l’ambiance est loin d’être urbaine, un mix de western et modernité. J’ai particulièrement apprécié la découverte de ce microcosme, j’ai appris pas mal de chose.
Le récit est très bien construit, une belle montée en puissance sur l’ambition du couple et en particulier de Serena, (anti)héroïne atypique : dure, froide, sans pitié et prête à tout pour arriver à ses fins. Elle est la grande réussite de l’album avec sa chevelure rousse qui tranche avec le décor morne.
Franchement bien.
Je viens de terminer la lecture du sixième tome et j'en ressors plus que satisfait.
Jonas Crow sera le personnage principal de ce western et l'originalité du récit tient dans la profession exercée par Jonas, il est croque mort et a pour animal de compagnie un vautour.
L'originalité tient aussi dans les méchants rencontrés, ils ne sont pas manichéens, ils sont complexes et bien travaillés.
L'originalité tient aussi aux seconds rôles, roles tenus par des femmes de caractère, elles sont chinoise au tempérament de feu, anglaise pas si fragile que ça et chiricahua sur le sentier de la guerre.
L'originalité tient aussi aux intrigues et le ton employé.
Un scénario bien construit et qui ne cesse de s'améliorer, cycle après cycle, ce qui est plutôt rare.
Un croque mort avec du charisme et sachant aussi bien embaumer un corps que manier les armes à feu.
Par bride, le passé de notre héros sera en partie dévoilé par le biais des méchants de service, des anciennes connaissances de Jonas.
Une narration captivante qui ne faiblit pas.
Des dialogues aux petits oignons dont les fameux versets selon "saint" Jonas, savoureux.
Un subtil mélange de légèreté et de noirceur.
Graphiquement, on reste dans le style classique du western, mais, ici, il se situe dans le haut du panier.
Un trait noir, hachuré et expressif auquel s'ajoute des couleurs sombres et vous obtenez un western à l'ambiance trouble.
Une série dont je ne peux que conseiller la lecture.
Hâte de découvrir la suite.
J’ai beaucoup aimé ce roman graphique qui relie l’histoire de la découverte de la tombe de Toutankhamon et celle d’une étudiante italienne en archéologie débarquant à Berlin.
L’excitation et la peur face à l’inconnu, le sentiment de vivre un instant unique, l’incompréhension face à une langue, une culture différente de la nôtre. Et puis cette passion amoureuse qui s’invite sous la forme d’un personnage parfait opposé de l’héroïne. C’est fin, bien mené, touchant, moderne, maîtrisé.
La ville de Berlin joue également un rôle majeur dans ce récit, ville encore marquée par le mur mais en pleine mutation, en pleine évolution, une ville en pleine liberté créatrice alors que le 11 septembre se profile à l’horizon.
Et le visuel est à la hauteur du scénario. Je me méfiais pourtant quelque peu de ce type de dessin, épuré et proche de la peinture, mais à la lecture, il est vraiment agréable, expressif juste ce qu’il faut, épuré mais pas vide, et très bien mis en valeur par une colorisation pastel.
Alors oui, c’est du pur roman graphique, oui le fait de le sortir alors que l’on fête les 100 ans de la découverte du tombeau de Toutankhamon n’est pas un hasard, non ce n’est pas la bd du siècle mais ce récit m’a touché. Alors que dire d’autre sinon que j’ai bien aimé ?
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La Couleur des choses
Une BD très originale, pas pour son scénario mais pour sa présentation. Chaque case est une vue de dessus du décor, soit une pièce pour les actions à l'intérieur, soit un plan pour les passages à l'extérieur. Tous les personnages sont représentés par deux cercles concentriques avec pour chaque personnage des couleurs différentes. Pour la compréhension de l'histoire, cette présentation ne pose aucun problème et l'auteur exploite à merveille ce mode de représentation en nous distillant dans le dessin des détails pour nous guider, comprendre et suivre les actions avec facilité. Mon problème a été au départ pour la lecture. A chaque case, il faut regarder les couleurs présentes pour comprendre qui est présent et la mémorisation des couleurs n'est pas aussi naturelle qu'une représentation classique, mais au fil des pages on finit par s'adapter et trouver du plaisir à la lecture. Le dessin est évidemment incomparable. L'approche graphique de l'auteur n'est pas seulement originale, elle est surtout réussie car il développe un style qui réussit à partir d'un plan sans vie à nous embarquer par terre et par mer dans une belle et cruelle aventure humaine. Pour le scénario, cette histoire me rappelle La Perle de Steinbeck avec un personnage pauvre qui lutte et se confronte à l'impossibilité de devenir riche malgré une fortune à portée de main. Dans cette BD, c'est Simon, un enfant de 14 ans qui gagne une fortune en jouant dans une course de chevaux. Un ticket gagnant qui doit transformer sa vie se retrouve cerné par des adultes avides de lui voler. Une histoire dynamique du début à la fin pleine de surprises parfois humoristiques parfois graves avec un peu de fantastique et toujours ce jeune héros avec qui nous partageons son insupportable périple à travers l'Angleterre. Félicitations à l'auteur et l'éditeur pour cette réussite collective, une découverte et une surprise complètement hors standard.
Goya - Le Terrible Sublime
Un album qui explore la psyché de ce visionnaire du troisième art. Edgar Poe fût un pionnier pour la littérature d'épouvante et d'horreur, Francisco de Goya le sera pour la peinture. J'ai pu vivre "l'expérience Goya" au palais des beaux-arts de Lille en novembre 2021. J'en suis ressorti estomaqué. El Torres propose une libre interprétation d'un pan de la vie de Goya qui m'a fasciné et secoué. Un récit qui n'est pas un biographie du peintre puisqu'il commence à partir de 1793, après une longue maladie qui va le rendre en partie sourd. Et à partir de ce moment, il va avoir des hallucinations de monstres et sorcières qui vont transformer sa façon de peindre et le pousser dans le fantastique horrifique pour tenter d'exorciser ses démons. Un récit qui met en exergue sa relation conflictuelle avec son épouse Josefa et celle plus qu'ambiguë avec la duchesse d'Albe, Maria Teresa. Des femmes qui marqueront sa vie. Un narration, à la frontière de la folie, entre réalité et visions cauchemardesques, qui nous plonge dans l'intimité de l'artiste et ses tourments. La proposition graphique de Fran Galán est époustouflante, il a su créer une atmosphère pesante, l'angoisse transpire sur chacune de ses planches. Il a su aussi piocher chez le peintre les visages cadavériques de certains de ses personnages. Des décors aux protagonistes, Galán a réalisé un travail soigné, réaliste et débordant de détails. Les couleurs mettent en valeur son trait précis dans des tons tantôt chauds, tantôt froids suivant l'état mental de Goya. Une immersion dans cette Espagne fin XVIII° et début XIX° siècle. Grandiose. Pour les amateurs d'art, pour les inconditionnels de Goya et pour les curieux.
J'ai tué le soleil
Aaahhh Winshluss. Voilà un auteur de qui j’attends toujours beaucoup, et qui ne m’a jamais complètement déçu. Qui sait toujours, même sur des schémas déjà-vus, renouveler l’approche, et faire preuve d’originalité. C’est encore le cas ici avec ce récit post-apocalypse assez noir, qui vaut essentiellement pour sa construction déstructurant la ligne du temps. Comme pour le génial Smart monkey, on a un début muet énigmatique, violent et désespéré, puis les différentes pièces du puzzle se mettent en place dans les parties suivantes, en même temps que la parole – et une partie de la mémoire – du « héros » reviennent. Winshluss rebondit aussi sur l’actualité (le covid, qui a dû le marquer durant la rédaction de cet album) et nous en donne une vision partielle mais assez noire. La fin est relativement ouverte – en tout cas peut laisser perplexe, comme si lecteur et personnage principal se réveillaient au sortir d’un cauchemar. En tout cas la lecture, relativement rapide, est fluide et agréable. Le dessin, même s’il n’atteint pas les sommets de son « Pinocchio », est plutôt chouette, moderne et torturé. Deux petites remarques pour finir. D’abord que je n’ai pas été emballé par la couverture. Elle ne cache rien de la violence intérieure du personnage principale, mais je ne l’ai pas trouvé « jolie ». Ensuite la surprise de voir Gallimard publier cet album dans sa collection jeunesse, alors que c’est clairement un lectorat adulte qui est visé, et que les « jeunes » peuvent s’y trouver gênés par une certaine violence nihiliste, et par une construction un peu surprenante.
Urgence climatique
Cet album démontre s’il en était besoin que l’on peut faire de la vulgarisation intéressante, intelligente, que l’on peut parler de sujets importants, graves, sans tomber dans le charabia chiant. Si cela n’est pas fait plus souvent, cela relève d’autres choix, forcément discutables. En tout cas, voilà une lecture qui présente bien les problèmes, leurs causes et leurs effets plus ou moins proches, de façon claire. Sans prendre le lecteur pour un imbécile, on lui donne au contraire les informations qui devraient lui permettre de prendre de meilleures décisions – du moins de faire en sorte que chacun puisse vérifier ce que font ou ne font pas à ce propos ceux qui se disent leurs représentants. Car il n’y a pas de fatalité ! Tout est affaire de choix, plus ou moins éclairés, mais toujours éclairant. Les rapports du GIEC se succèdent, souvent à peine évoqués dans les journaux au milieu de reportages sur les vacances lointaines, la vie des stars qui se déplacent en jet et le progrès que représentent la 4G, les exploits d’Elon Musk, etc. la lecture de ce genre de documentaire est fortement recommandée pour remettre une certaine hiérarchisation dans l’information. Et pour rappeler l’urgence d’agir, mais vraiment, en oubliant l’autre urgence, celle des profits immédiats (en matière de gros sous en bourse ou de voix aux élections). Et les auteurs ne se contentent pas d’un constat aux allures d’autopsie, ils montrent assez simplement ce qui pourrait être fait pour non pas inverser les courbes, mais au moins les infléchir fortement. Si la démonstration est aussi intéressante et d’une lecture fluide et très agréable, elle le doit aussi à Etienne Lécroart, dont le dessin simple et amusant accompagne très bien le propos d’Ivar Ekeland. Si j’admire le travail oubapien de Lécroart, je l’avais déjà vu soutenir efficacement un travail documentaire, dans « Les Riches au tribunal ». Lecture hautement recommandée donc !
Dans la tête de Sherlock Holmes
2 tomes qui nous entrainent dans une aventure inédite de l'ami Sherlock accompagné bien sûr de Watson. La bd est bien menée, les dessins sont bons et l'aventure s'avère même ludique car il faut intervenir sur les pages pour découvrir des indices supplémentaires. Pas grand chose à ajouter aux autres critiques, c'est un bon divertissement et si les prochaines aventures sont au même niveau, la note pourrait monter d'un point :)
Semences sous influences
Un sujet universel, intrinsèquement vital et qui devrait concerner tout le monde. Mais aussi un sujet qui peut rapidement virer au débat technique et perdre certains lecteurs. J’ai en tout cas trouvé cet album à la fois intéressant et réussi. Il balaye en effet très bien et très largement son sujet. Après un rappel historique – rapide mais efficace et nécessaire – des débuts de l’agriculture à l’agro-business actuel, l’auteur présente bien les enjeux, les acteurs. Il montre aussi très bien comment le débat à ce sujet est souvent faussé, les citoyens/électeurs ne recevant pas forcément une information complète et « éclairée » (voir l’action des lobbies, à Paris ou à Bruxelles, voir le renoncement de l’Etat, qui délègue au privé les études d’impact sur lesquelles il va ensuite s’appuyer pour informer et prendre des décisions). Il montre aussi le combat de ceux qui défendent la biodiversité, qui cherchent à conserver et à utiliser des semences « oubliées » et écartées, car jugées non rentables, et surtout qui ne sont pas contrôlées par les géants de l’agroalimentaire – Monsanto, Bayer, BASF (le premier créateur entre autres de l’agent orange responsable de milliers de victimes en Asie, les deux suivant surgeons d’IG-Farben créateur du Zyklon B, comme quoi…). Des avocats, des associations défendent donc leur point de vue, comme le réseau Semences paysannes ou l’association Kokopelli. Il est évident que ce sujet devrait faire l’objet d’une information plus détaillée et efficace auprès des citoyens, et que les cabinets de conseils, lobbys et autres pantouflages devraient être mieux réglementés, pour que le citoyens (je ne parle pas des consommateurs) restent maitres de décisions (ou du moins qu’ils puissent « voter » - si tant est qu’on leur demande leur avis – en toute connaissance de cause – et d’effet !) qui les engagent sur le long terme, et qui ont partie liée avec les dérèglements environnementaux observés depuis pas mal de temps. Note réelle 3,5/5.
La Horde du contrevent
Ceci n'est pas une critique mais juste une remarque. J'ai relu hier les 3 tomes et clairement ce que je préfère dans cette adaptation c'est la gestion sans faute de la tension qui plane. Tension vis à vis de l'environnement mais avant tout entre les personnages. Elle est palpable, et quasiment tous les personnages "importants", qu'ils soient sympathiques ou non, vont être mis en danger. Une excellente adaptation pour l'instant.
Serena
Je ne connais pas le roman dont cette œuvre a été tirée, ni son adaptation en film mais la version en médium bd m’a conquis, une belle petite réussite. Pourtant ça démarrait mal, il m’a fallu quelque temps pour succomber à la partie graphique, un style bien peu engageant de prime abord même si efficace et fluide. Puis petit à petit la magie opère, emporté par les couleurs et surtout le récit et son personnage central. J’ai vraiment pris mon pied avec ces 3 ingrédients. L’histoire m’a agréablement surpris par son cadre original, si je vous dis USA - 1930, vous me direz Prohibition, malfrats et incorruptibles, ici il n’en est rien. L’action se passe dans une chaîne de montagne proche des Appalaches, dans une exploitation forestière plus précisément, on va y suivre le couple de gérant, l’ambiance est loin d’être urbaine, un mix de western et modernité. J’ai particulièrement apprécié la découverte de ce microcosme, j’ai appris pas mal de chose. Le récit est très bien construit, une belle montée en puissance sur l’ambition du couple et en particulier de Serena, (anti)héroïne atypique : dure, froide, sans pitié et prête à tout pour arriver à ses fins. Elle est la grande réussite de l’album avec sa chevelure rousse qui tranche avec le décor morne. Franchement bien.
Undertaker
Je viens de terminer la lecture du sixième tome et j'en ressors plus que satisfait. Jonas Crow sera le personnage principal de ce western et l'originalité du récit tient dans la profession exercée par Jonas, il est croque mort et a pour animal de compagnie un vautour. L'originalité tient aussi dans les méchants rencontrés, ils ne sont pas manichéens, ils sont complexes et bien travaillés. L'originalité tient aussi aux seconds rôles, roles tenus par des femmes de caractère, elles sont chinoise au tempérament de feu, anglaise pas si fragile que ça et chiricahua sur le sentier de la guerre. L'originalité tient aussi aux intrigues et le ton employé. Un scénario bien construit et qui ne cesse de s'améliorer, cycle après cycle, ce qui est plutôt rare. Un croque mort avec du charisme et sachant aussi bien embaumer un corps que manier les armes à feu. Par bride, le passé de notre héros sera en partie dévoilé par le biais des méchants de service, des anciennes connaissances de Jonas. Une narration captivante qui ne faiblit pas. Des dialogues aux petits oignons dont les fameux versets selon "saint" Jonas, savoureux. Un subtil mélange de légèreté et de noirceur. Graphiquement, on reste dans le style classique du western, mais, ici, il se situe dans le haut du panier. Un trait noir, hachuré et expressif auquel s'ajoute des couleurs sombres et vous obtenez un western à l'ambiance trouble. Une série dont je ne peux que conseiller la lecture. Hâte de découvrir la suite.
Hypericon
J’ai beaucoup aimé ce roman graphique qui relie l’histoire de la découverte de la tombe de Toutankhamon et celle d’une étudiante italienne en archéologie débarquant à Berlin. L’excitation et la peur face à l’inconnu, le sentiment de vivre un instant unique, l’incompréhension face à une langue, une culture différente de la nôtre. Et puis cette passion amoureuse qui s’invite sous la forme d’un personnage parfait opposé de l’héroïne. C’est fin, bien mené, touchant, moderne, maîtrisé. La ville de Berlin joue également un rôle majeur dans ce récit, ville encore marquée par le mur mais en pleine mutation, en pleine évolution, une ville en pleine liberté créatrice alors que le 11 septembre se profile à l’horizon. Et le visuel est à la hauteur du scénario. Je me méfiais pourtant quelque peu de ce type de dessin, épuré et proche de la peinture, mais à la lecture, il est vraiment agréable, expressif juste ce qu’il faut, épuré mais pas vide, et très bien mis en valeur par une colorisation pastel. Alors oui, c’est du pur roman graphique, oui le fait de le sortir alors que l’on fête les 100 ans de la découverte du tombeau de Toutankhamon n’est pas un hasard, non ce n’est pas la bd du siècle mais ce récit m’a touché. Alors que dire d’autre sinon que j’ai bien aimé ?