J’avais découvert et adoré cette série avec les 4 premiers tomes noir et blanc, au point d’interviewer Ted Naifeh. 14 ans après je relis les intégrales couleurs, et découvre enfin le dénouement de l’histoire… et j’aime toujours beaucoup, du haut de mes 46 ans.
La série s’adresse en priorité aux ados, je pense… On pense bien entendu à Harry Potter, mais aussi au plus récent Wednesday sur Netflix : Courtney Crumrin est une jeune ado un peu rebelle qui a du mal à se faire des amis à l’école. Elle est taciturne, gothique, et ses remarques sarcastiques et cyniques n’ont rien à envier à la repartie de Wednesday Addams.
Les différents chapitres sont prenants et variés, et proposent des personnages intéressants aux intentions pas toujours très claires, à commencer par le mystérieux oncle Aloysius. L’intrigue se développe petit à petit au cours des 6 tomes, et le dénouement final est satisfaisant.
Le trait de Ted Naifeh est maitrisé et élégant, et je dois avouer que la mise en couleur est réussie et contribue grandement à l’ambiance magique et inquiétante du récit. Certaines planches représentant le village des « Choses de la nuit » sont vraiment magnifiques.
Une chouette série, pour les ados, mais aussi leurs parents !
Je suis très étonné de la BD, qui est éditée par Fluide glaciale et se présente comme une BD d'humour mais qui est avant tout sérieuse. Un mélange des genres qui doit surprendre et explique sans doute que plusieurs personnes ne s'y retrouvent pas en le lisant. Mais personnellement j'ai beaucoup aimé la façon dont cette BD prend à partie les idées autour de la non-parentalité.
Les auteures se font un plaisir de lister les différentes phrases que l'on entends autour de la parentalité, le fameux "tu en auras envie" et autres conneries qu'on sort aux femmes, au point de les faire culpabiliser lorsqu'elles ne veulent pas enfanter. Ce souci qui est bien plus sociétal que naturel, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, est ici bien exposé dans les différentes façons dont le problème est abordé.
Et franchement, je suis assez étonné que les auteures aient un discours qui me parle autant. C'est simple et efficace, mais rien que son copain qui déclare préférer "ne pas avoir d'enfants avec toi plutôt que d'en avoir avec une autre" est franchement touchant. Et dans plein de situations, je m'y suis retrouvé : à voir certains parents expérimenter la paternité, je suis content de ne pas en avoir actuellement.
Le graphisme fait faussement blog-girly, mais c'est une représentation qui fait presque décalée avec le propos, assez peu drôle et surtout sérieux. C'est un peu couverture mensongère, mais l'intérieur est franchement de bon ton et de bonne qualité pour ceux qui se posent des questions sur la paternité. La multiplicité des témoignages est franchement agréable à lire, avec plusieurs façons de comprendre le refus d'enfanter, aussi bien pour des garçons que pour des filles. Ce genre de témoignage est intéressant et précieux, alors que se multiplient les prises de paroles autour de la question de la parentalité. J'ai entendu nombre de personnes déclarer qu'avoir eu un/des enfant(s) ne les a jamais comblé et qu'ils considèrent désormais cela comme une erreur. Ce genre de BD, sans faire de considération sociale énorme, permets de faire une petite place aux voix qui ne sont pas d'accord avec les courants majoritaires, et rien que ça me fait déjà plaisir. C'est principalement ce qui motive ma note, et je suis très content d'être tombé dessus par hasard.
Cet album est l’adaptation fidèle et réussie du film court métrage « Debout kinshasa », par son réalisateur Sébastien Maitre et un dessinateur originaire de la République Démocratique du Congo, Thembo Kash. Je vous invite d’ailleurs à regarder le film d’une vingtaine de minutes sur YouTube.
L’histoire nous présente le quotidien d’un petit garçon qui fait preuve d’ingénuité pour obtenir assez d’argent et ainsi s’acheter des chaussures neuves, essentielles pour ne pas se faire refouler au portail de l’école. On découvre toute une culture d’improvisation par toujours très honnête pour se faire quelques francs, le fameux « Article 15 ». Le ton est léger et plutôt humoristique, même si la situation est finalement bien triste (ce qu’il ne faut pas faire pour avoir accès à sa scolarité).
La mise en image est excellente, et capture parfaitement l’ambiance cacophonique et colorée de Kinshasa. La narration est fluide et maitrisée.
Un chouette moment de lecture.
Note: lecture de l'édition de Mangetsu qui comprend le Mort amoureux mais d'autres nouvelles plus courtes. Cet avis ne porte que sur ce long récit de 240 pages. Merci à eux de rééditer ce livre dont les anciens exemplaires Tonkam se revendent à des prix honteux.
Une histoire plus tragique qu'horrifique malgré les effets d'épouvante ponctuant cet ouvrage à part. C'est, je crois, l'une des seules d'Ito où l'ensemble des protagonistes (exception faite de ce beau jeune homme évidemment) subissent et luttent sans provoquer les tristes événements qui se succèdent. La haine est ici une prison dans laquelle est poussée la victime par la négativité ayant pris forme. Même l'humoir noir qui pointe son nez habituellement n'ose pas s'aventurer dans ce brouillard mystérieux et hypnotique.
Et l'auteur sait y faire, question mystère et hypnose, on ne lâche pas le bouquin une fois pris par l'ambiance pesante, en prenant son temps, non pas à la manière d'un page-turner seinen classique mais plutôt d'un Stephen King de la vieille époque. On a de la peine pour toutes ces personnes qui ne trouvent la sérénité ni dans leur quotidien ni dans leur purgatoire. Ryusuke et Midori forme un joli couple, rongés par un dilemme amour-haine et qui sauront assumer leurs choix. La fin est rapide, c'est courageux, mais répond clairement aux questions et laisse flotter quelques instants les sensations qui se sont accumulées au long des 4 chapitres.
Le dessin est à l'avenant. Les visages, intérieurs et situations portent bien la patte de Junji Ito. Mais ici il s'est lancé dans un beau challenge en représentant une brume interminable sur tant de pages, c'est à la limite du pointillisme, sans artifices. Et le résultat est probant, on distingue les formes et les volumes, on imagine les teintes.
Comme toujours, l'intemporalité est de mise et permettra une relecture avec plaisir dans quelques années. L'option d'achat est donc naturellement encouragée (surtout pour l'édition cartonnée et analysée de Mangetsu qui fait décidément du super boulot.)
J'ai eu l'occasion de lire cette BD lorsqu'un ami me l'a prêtée, et j'ai personnellement bien aimé ! Sans aller jusqu'à me taper le cul par terre, j'aime bien ce genre de BD qui allie humour parfois très con avec une réelle habilité à marier les thématiques anti-capitalistes.
La Bd est un mélange des gags parus pendant deux ans sur le compte instagram de l'auteur, ce qui donne un ensemble assez hétérogène. Comme souvent, des gags font mouches, d'autre non : par exemple celui du type qui vapote, disponible en galerie, ne me fait pas rire avec son absence de chute que je n'ai pas compris. En revanche, certains autres jouent parfaitement sur le décalage des situations et des dialogues, mais toujours avec un vocabulaire qui sent bon la décroissance, l'anti-capitalisme, la déconstruction des clichés ou encore la non-productivité.
Le dessin est assez étonnant, avec cet aspect crayon de couleur qui donne parfois lieu à de très jolis représentations, notamment des animaux. L'ensemble me rappelle bon nombre d'autres BD qui existent dans ce genre d'idée, comme Faut pas prendre les cons pour des gens, Petit traité d'écologie sauvage ou les BD de Fabcaro et Karibou. Mais là, l'intérêt est franchement dans le condensé de pensée anti-capitaliste qu'on y trouve, avec des parodies des couvertures du Surfer d'argent, devenu ici la Main d'argent, défenseur de la main invisible du marché. Le ton est résolument ancré dans une gauche révolutionnaire, et je dois dire que personnellement ça fait du bien de lire des considérations parfois évidentes mais qui en deviennent drôle.
Le tout avec quelques notes parfois un peu touchantes, ne serait-ce que dans la façon de représenter Koko, la gorille la plus célèbre, qui se permet de parler de capitalisme, hégémonie du grand capital et oppression systémique.
Bref, c'est le genre de BD qui me plait, que je trouve drôle sans crier à l'hilarité, mais qui s'adresse à un public cible très particulier, que j'apprécie mais qui ne conviendra pas à tout le monde. Si l'idée ne vous semble pas intéressante, passez directement votre chemin ! L'intérieur est exactement ce qu'on imagine. Je suis personnellement très content de l'avoir lu.
Je finirais juste avec un petit commentaire sur la considération qu'on peut avoir avec cette BD : elle est éditée par un éditeur qui s'inscrit en droite ligne du discours développée ici. C'est une maison d'édition valorisant la part des auteurs dans la BD, mais aussi qui développe des moyens plus humains aussi bien sur la question écologique. C'est bête, mais j'aime l'idée de ne pas avoir une BD hypocrite qui dénonce juste un monde sans essayer par soi-même de faire autre chose. Donc voila, le fond, la forme, ça me plait !
Malgré les bonnes notes, j'avais des doutes avant de commencer ce one-shot. Les albums des collections à thèmes de Glénat ne m'ont pas laissé de grand souvenir la plupart du temps et j'avais peur de juste lire une autre biographie en BD qui expédie rapidement la vie de son sujet en ce contenant de montrer le strict minimum.
Ce n'est pas le cas ici. Certes, c'est une biographie typique où on montre surtout les moments les plus importants de la vie de Jesse James, mais là c'est bien fait. Le scénariste montre bien la personnalité trouble du hors-la-loi. On voit pourquoi il a basculé dans la criminalité et comment cela a empiré au fil du temps. Le coup de génie est de ne pas seulement parler de Jesse James, mais aussi de sa légende. On explique bien l'état de la situation au sud des États-Unis à l'époque et comment un bandit violent a pu être vu comme un Robin-des-bois par une population traumatisée par la défaite des sudistes durant la guerre.
Le dessin est aussi très bon. Il est expressif et la mise en scène est dynamique. Cela change du dessin réaliste froid et sans personnalité qu'on retrouve souvent dans ce type d'album. Une bonne biographie qui donne envie de lire les prochains titres de cette collection.
Bah alors ça ?! Je ne m’attendais pas à succomber. Une belle surprise de l’éditeur Drakoo que j’avais bien trop vite catalogué.
Déjà un bel objet, soigné dans sa réalisation, et l’intérieur l’est tout autant. Serena Blasco que je découvre m’a emporté.
Pourtant on a affaire à de la Fantasy orientée vers le jeune public, une prophétie, une école, des jeunes qui vont apprendre à maîtriser un pouvoir… du classique mais plein de fraîcheur ici.
Tout est bien dosé, un 1er tome dense, la « banalité » de l’histoire est magnifiquement compensée par le dessin coloré et le cadre ésotérique. Ma lecture a eu un petit côté magique, j’y ai trouvé une belle osmose. La découverte de ce microcosme tournant autour des arcanes du Tarot me fut fort sympathique.
Franchement un chouette univers de créé, c’est plein de vie à chaque page. Décidément, après d’autres récentes lectures, j’apprécie beaucoup la patte féminine dans ce genre.
Une belle découverte.
MàJ après tome 2 :
Je viens réitérer tout le bien que je pense de cet univers, qu’est-ce que c’est bon de s’y perdre !!
L’ensemble m’est paru encore plus attachant et rondement mené.
Hâte de découvrir la suite, j’agrémente ma note d’un joli coup de cœur.
Depuis quelques années, Junji Ito est devenu l’auteur à la mode hors des frontières japonaises. Récompensé à plusieurs reprises par les Eisner Awards, ses œuvres font également l’objet de rééditions et d’adaptations sur Netflix. Lors de la dernière édition du Festival d’Angoulême, son travail a été mis en lumière de façon exhaustive dans le cadre d’une très belle exposition. Delcourt, qui a très bien flairé le vent, vient de publier à son tour cette anthologie « de luxe » réunissant dix histoires courtes dont certaines inédites, ainsi qu’une galerie d’illustrations en couleur.
Ce recueil constitue plutôt une bonne entrée en matière pour qui ne connaît rien du maître du manga d’horreur, fournissant un aperçu varié de ses productions passées. Entre légendes nippones et légendes urbaines, les récits de Junji Ito font naître un sentiment mixte chez le lecteur, se situant quelque part entre la fascination et une incrédulité teintée d’hilarité. Le mangaka n’a pas froid aux yeux et ne recule devant rien, résolu à mettre en images ses peurs les plus profondes, et si l’on y discerne de l’humour, c’est un humour grinçant comme les gonds usés d’une lourde porte se refermant sur le lecteur, saisi d’effroi quand il réalise soudain qu’il est pris dans un tombeau.
L’élégant trait semi-réaliste, très expressif, fait parfaitement ressortir l’imagination débridée de son auteur, qui n’hésite pas à outrepasser les limites d’une pudeur toute japonaise, nous interpelant sur l’image très lisse renvoyé par ce pays aux mœurs en apparence si policées. Et c’est peut-être bien ce que moque Junji Ito dans la nouvelle inaugurant le recueil, où les injonctions sociétales aussi grégarisantes qu’étouffantes sont détournées par un tueur en série qui prend un malin plaisir à coudre des monceaux de cadavres unis dans la mort… De même, « La Lécheuse », une tueuse qui transmet une maladie mortelle à ses victimes à l’aide de sa langue énorme et répugnante, en dit long sur l‘obsession hygiéniste au Pays du soleil levant. Ito montre aussi qu’il sait se moquer de lui-même en tant que fan, dans un hommage à son aîné Kazuo Umezu, auteur du shonen « L’École emportée », qui a déclenché chez lui sa passion pour le manga horrifique.
Comme souvent avec les recueils, le talon d’Achille est la disparité entre chaque récit. « Histoires courtes » n’y échappe pas complètement, même si globalement ces délires macabres sont de bonne tenue, mais la lecture peut s’avérer moins fluide par moments. Et de la part de l’auteur de ces lignes, généralement peu adepte des nouvelles, ces propos doivent s’envisager comme un satisfecit.
L’univers de Junji Ito, c’est un peu la rencontre de l’horreur et du merveilleux, parce que le merveilleux, ce n’est pas forcément une forêt enchantée où gambadent des licornes, c’est d’abord ce qui créé l’étonnement par son coté étrange et extraordinaire. Et cet univers évoque immanquablement un autre maître européen de l’horreur dans le neuvième art, en plus grinçant et plus grand-guignolesque encore, j’ai nommé Philippe Foerster, pendant belge du japonais, qui parvient avec brio à diffuser dans nos crânes ce si fascinant et glacial fluide.
Bah oui bien sur, évidemment 4 étoiles, pas 5 non plus, non, ce n’est pas parfait. Mais voilà, c’est Robin Recht, le mec a confirmé sur Elric puis sur Conan tout le bien qu’on pensait de lui et que c’est un grand nom de la fantasy. Alors on lui confie un Thorgal, la bonne vieille bd à papa dont les heures de gloire sont derrière elle on va pas se mentir, mais en souvenir des quinze premiers tomes que j’avais lu d’une traite en ce qui me concerne, je me dis qu’il y a moyen que le bonhomme nous sorte du culte dont on reparlera au moment des trophées de fin d’année.
Et ça n’a pas loupé. Alors pour moi c’est achat en édition augmentée de luxe à 40 boules, j’aime lire mon Recht en très grand format couleur, avec un papier raffiné, c’est nickel chrome. Le découpage c’est comme au cinoche, le dessin au petits oignons tout en détail blablabla vous connaissez les vibes Lauffray tout ça (quoique comme souvent l’auteur change son trait, là il essaie de coller un peu au style Rosinski, s’éloignant d’Elric et Conan)… Bref, on est bien servi, c’est copieux et on mange bien, on en a pour son pognon, l’artiste est à la hauteur de son talent, les 2 illustrations de couvertures sont grandioses (Rosinski accroche toi), le frontispice numéroté et signé fait son petit effet, le cahier graphique est sympatoche… voilà quoi, c’est du bon divertissement que j’ai savouré durant facile 2 bonnes heures.
Bon après le scénar ! Mmmmffff… Ok y a de la référence à 2, 3 albums bien connus des fans, ce qui fait que ce tome pourrait presque être considéré comme canon dans la série mère, mais même si vous ne les avez pas lu, ça ne gêne en rien la compréhension du récit. D’ailleurs l’histoire, c’est à 50 % Retour vers le futur, 50 % le 13ème guerrier (et pas que la meilleure partie du film) en gros. C’est donc forcément très très cool tout ça, mais alors pourquoi ne pas mettre la note maximale ?
Ben, disons que la conclusion est pas très jouasse quand même. Ce n’est pas un mal, non, loin de là. Mais j’ai eu de la peine pour ce pauvre Thorgal, sans demander un happy end qui ne m’aurait pas déplu, je me serai contenté d’une fin douce amère. Là le pauvre il fait pitié. Aaricia, on se reverra au Walhalla.
Donc en conclusion c’est l’achat fantasy incontournable de ce début d’année, quoi d’autre ? C’était cousu de fil blanc de toute façon que j’allais tomber dans ce piège tendu par le perfide Nidhögg.
Cette "histoire interdite" dénonce tout ce que je déteste, que cela soit chez nos chers politiques ou chez nous, simples citoyens. Notre incroyable capacité à fermer les yeux sur des évènements d'une extrême gravité me retourne la tête. L'argument qui veut qu'en agissant, ou simplement en avouant ou en acceptant une situation, on pourrait faire plus de mal qu'autre chose me révolte, et ce, depuis toujours. C'est même au-delà de la révolte, je ne le comprends tout simplement pas.
Inès Léraud n'est pas d'accord avec ce postulat. Elle, elle agit, elle dénonce, elle démontre, elle ne cache rien, même si cette vérité fait mal, qu'elle pourrait mettre en péril, ici, la situation des agriculteurs ou du tourisme. Parce que non, la vérité ne doit pas être cachée. Et puis, au nom de quoi, devrions-nous cacher, ou minimiser une catastrophe d'une telle ampleur que celle des algues vertes en Bretagne, et ailleurs ? La sacro-sainte économie pourrait souffrir d'une telle honnêteté, parce que c'est bien ça le problème, mais essayer de maintenir cette dernière malgré tout, n'est-ce pas sauter pour mieux reculer (!) ?
Les réactions lors de la sortie de la bd prouvent malheureusement que, pour beaucoup, tant que l'argent rentre dans les caisses, le reste n'est qu'accessoire.
Des plages magnifiques défigurées ? Pas grave.
Des sous-sols pollués pour des décennies ? Pas grave.
Des aliments contaminés ? Pas grave.
L'eau contaminée ? Pas grave.
Des animaux morts ? Pas grave.
Des morts humaines ? Pas grave.
Et puis, tiens, au lieu d'agir pour comprendre et essayer de diminuer, voire de faire disparaître le problème, on va plutôt aller intimider les lanceurs d'alertes, les scientifiques, les militants écolos.
Le travail d'Inès Léraud est minutieux, rigoureux et très didactique. Le travail graphique de Pierre Van Hove exploite parfaitement le caractère journalistique de la bd. Les couleurs, en particulier, sont très réussies.
Ceci n'est pas un avis, c'est un coup de gueule monumental. Le coup de cœur que je lui octroie est ma façon de faire passer ce coup de gueule.
La lecture de cette bd m'a révolté, m'a attristé, m'a déprimé. Je suis le scandale des algues bretonnes depuis longtemps, et encore aujourd'hui, bien naïf que je suis, je suis estomaqué par le traitement politique, médiatique, citoyen de la situation. Après tout, on s'en fout, on va vivre une petite centaine d'années pour les mieux lotis d'entre nous, on n'a pas de temps à perdre avec ces conneries...
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Courtney Crumrin
J’avais découvert et adoré cette série avec les 4 premiers tomes noir et blanc, au point d’interviewer Ted Naifeh. 14 ans après je relis les intégrales couleurs, et découvre enfin le dénouement de l’histoire… et j’aime toujours beaucoup, du haut de mes 46 ans. La série s’adresse en priorité aux ados, je pense… On pense bien entendu à Harry Potter, mais aussi au plus récent Wednesday sur Netflix : Courtney Crumrin est une jeune ado un peu rebelle qui a du mal à se faire des amis à l’école. Elle est taciturne, gothique, et ses remarques sarcastiques et cyniques n’ont rien à envier à la repartie de Wednesday Addams. Les différents chapitres sont prenants et variés, et proposent des personnages intéressants aux intentions pas toujours très claires, à commencer par le mystérieux oncle Aloysius. L’intrigue se développe petit à petit au cours des 6 tomes, et le dénouement final est satisfaisant. Le trait de Ted Naifeh est maitrisé et élégant, et je dois avouer que la mise en couleur est réussie et contribue grandement à l’ambiance magique et inquiétante du récit. Certaines planches représentant le village des « Choses de la nuit » sont vraiment magnifiques. Une chouette série, pour les ados, mais aussi leurs parents !
Et toi, quand est-ce que tu t'y mets ?
Je suis très étonné de la BD, qui est éditée par Fluide glaciale et se présente comme une BD d'humour mais qui est avant tout sérieuse. Un mélange des genres qui doit surprendre et explique sans doute que plusieurs personnes ne s'y retrouvent pas en le lisant. Mais personnellement j'ai beaucoup aimé la façon dont cette BD prend à partie les idées autour de la non-parentalité. Les auteures se font un plaisir de lister les différentes phrases que l'on entends autour de la parentalité, le fameux "tu en auras envie" et autres conneries qu'on sort aux femmes, au point de les faire culpabiliser lorsqu'elles ne veulent pas enfanter. Ce souci qui est bien plus sociétal que naturel, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, est ici bien exposé dans les différentes façons dont le problème est abordé. Et franchement, je suis assez étonné que les auteures aient un discours qui me parle autant. C'est simple et efficace, mais rien que son copain qui déclare préférer "ne pas avoir d'enfants avec toi plutôt que d'en avoir avec une autre" est franchement touchant. Et dans plein de situations, je m'y suis retrouvé : à voir certains parents expérimenter la paternité, je suis content de ne pas en avoir actuellement. Le graphisme fait faussement blog-girly, mais c'est une représentation qui fait presque décalée avec le propos, assez peu drôle et surtout sérieux. C'est un peu couverture mensongère, mais l'intérieur est franchement de bon ton et de bonne qualité pour ceux qui se posent des questions sur la paternité. La multiplicité des témoignages est franchement agréable à lire, avec plusieurs façons de comprendre le refus d'enfanter, aussi bien pour des garçons que pour des filles. Ce genre de témoignage est intéressant et précieux, alors que se multiplient les prises de paroles autour de la question de la parentalité. J'ai entendu nombre de personnes déclarer qu'avoir eu un/des enfant(s) ne les a jamais comblé et qu'ils considèrent désormais cela comme une erreur. Ce genre de BD, sans faire de considération sociale énorme, permets de faire une petite place aux voix qui ne sont pas d'accord avec les courants majoritaires, et rien que ça me fait déjà plaisir. C'est principalement ce qui motive ma note, et je suis très content d'être tombé dessus par hasard.
Mbote Kinshasa - Article 15
Cet album est l’adaptation fidèle et réussie du film court métrage « Debout kinshasa », par son réalisateur Sébastien Maitre et un dessinateur originaire de la République Démocratique du Congo, Thembo Kash. Je vous invite d’ailleurs à regarder le film d’une vingtaine de minutes sur YouTube. L’histoire nous présente le quotidien d’un petit garçon qui fait preuve d’ingénuité pour obtenir assez d’argent et ainsi s’acheter des chaussures neuves, essentielles pour ne pas se faire refouler au portail de l’école. On découvre toute une culture d’improvisation par toujours très honnête pour se faire quelques francs, le fameux « Article 15 ». Le ton est léger et plutôt humoristique, même si la situation est finalement bien triste (ce qu’il ne faut pas faire pour avoir accès à sa scolarité). La mise en image est excellente, et capture parfaitement l’ambiance cacophonique et colorée de Kinshasa. La narration est fluide et maitrisée. Un chouette moment de lecture.
Le Mort amoureux
Note: lecture de l'édition de Mangetsu qui comprend le Mort amoureux mais d'autres nouvelles plus courtes. Cet avis ne porte que sur ce long récit de 240 pages. Merci à eux de rééditer ce livre dont les anciens exemplaires Tonkam se revendent à des prix honteux. Une histoire plus tragique qu'horrifique malgré les effets d'épouvante ponctuant cet ouvrage à part. C'est, je crois, l'une des seules d'Ito où l'ensemble des protagonistes (exception faite de ce beau jeune homme évidemment) subissent et luttent sans provoquer les tristes événements qui se succèdent. La haine est ici une prison dans laquelle est poussée la victime par la négativité ayant pris forme. Même l'humoir noir qui pointe son nez habituellement n'ose pas s'aventurer dans ce brouillard mystérieux et hypnotique. Et l'auteur sait y faire, question mystère et hypnose, on ne lâche pas le bouquin une fois pris par l'ambiance pesante, en prenant son temps, non pas à la manière d'un page-turner seinen classique mais plutôt d'un Stephen King de la vieille époque. On a de la peine pour toutes ces personnes qui ne trouvent la sérénité ni dans leur quotidien ni dans leur purgatoire. Ryusuke et Midori forme un joli couple, rongés par un dilemme amour-haine et qui sauront assumer leurs choix. La fin est rapide, c'est courageux, mais répond clairement aux questions et laisse flotter quelques instants les sensations qui se sont accumulées au long des 4 chapitres. Le dessin est à l'avenant. Les visages, intérieurs et situations portent bien la patte de Junji Ito. Mais ici il s'est lancé dans un beau challenge en représentant une brume interminable sur tant de pages, c'est à la limite du pointillisme, sans artifices. Et le résultat est probant, on distingue les formes et les volumes, on imagine les teintes. Comme toujours, l'intemporalité est de mise et permettra une relecture avec plaisir dans quelques années. L'option d'achat est donc naturellement encouragée (surtout pour l'édition cartonnée et analysée de Mangetsu qui fait décidément du super boulot.)
Koko n'aime pas le capitalisme
J'ai eu l'occasion de lire cette BD lorsqu'un ami me l'a prêtée, et j'ai personnellement bien aimé ! Sans aller jusqu'à me taper le cul par terre, j'aime bien ce genre de BD qui allie humour parfois très con avec une réelle habilité à marier les thématiques anti-capitalistes. La Bd est un mélange des gags parus pendant deux ans sur le compte instagram de l'auteur, ce qui donne un ensemble assez hétérogène. Comme souvent, des gags font mouches, d'autre non : par exemple celui du type qui vapote, disponible en galerie, ne me fait pas rire avec son absence de chute que je n'ai pas compris. En revanche, certains autres jouent parfaitement sur le décalage des situations et des dialogues, mais toujours avec un vocabulaire qui sent bon la décroissance, l'anti-capitalisme, la déconstruction des clichés ou encore la non-productivité. Le dessin est assez étonnant, avec cet aspect crayon de couleur qui donne parfois lieu à de très jolis représentations, notamment des animaux. L'ensemble me rappelle bon nombre d'autres BD qui existent dans ce genre d'idée, comme Faut pas prendre les cons pour des gens, Petit traité d'écologie sauvage ou les BD de Fabcaro et Karibou. Mais là, l'intérêt est franchement dans le condensé de pensée anti-capitaliste qu'on y trouve, avec des parodies des couvertures du Surfer d'argent, devenu ici la Main d'argent, défenseur de la main invisible du marché. Le ton est résolument ancré dans une gauche révolutionnaire, et je dois dire que personnellement ça fait du bien de lire des considérations parfois évidentes mais qui en deviennent drôle. Le tout avec quelques notes parfois un peu touchantes, ne serait-ce que dans la façon de représenter Koko, la gorille la plus célèbre, qui se permet de parler de capitalisme, hégémonie du grand capital et oppression systémique. Bref, c'est le genre de BD qui me plait, que je trouve drôle sans crier à l'hilarité, mais qui s'adresse à un public cible très particulier, que j'apprécie mais qui ne conviendra pas à tout le monde. Si l'idée ne vous semble pas intéressante, passez directement votre chemin ! L'intérieur est exactement ce qu'on imagine. Je suis personnellement très content de l'avoir lu. Je finirais juste avec un petit commentaire sur la considération qu'on peut avoir avec cette BD : elle est éditée par un éditeur qui s'inscrit en droite ligne du discours développée ici. C'est une maison d'édition valorisant la part des auteurs dans la BD, mais aussi qui développe des moyens plus humains aussi bien sur la question écologique. C'est bête, mais j'aime l'idée de ne pas avoir une BD hypocrite qui dénonce juste un monde sans essayer par soi-même de faire autre chose. Donc voila, le fond, la forme, ça me plait !
Jesse James
Malgré les bonnes notes, j'avais des doutes avant de commencer ce one-shot. Les albums des collections à thèmes de Glénat ne m'ont pas laissé de grand souvenir la plupart du temps et j'avais peur de juste lire une autre biographie en BD qui expédie rapidement la vie de son sujet en ce contenant de montrer le strict minimum. Ce n'est pas le cas ici. Certes, c'est une biographie typique où on montre surtout les moments les plus importants de la vie de Jesse James, mais là c'est bien fait. Le scénariste montre bien la personnalité trouble du hors-la-loi. On voit pourquoi il a basculé dans la criminalité et comment cela a empiré au fil du temps. Le coup de génie est de ne pas seulement parler de Jesse James, mais aussi de sa légende. On explique bien l'état de la situation au sud des États-Unis à l'époque et comment un bandit violent a pu être vu comme un Robin-des-bois par une population traumatisée par la défaite des sudistes durant la guerre. Le dessin est aussi très bon. Il est expressif et la mise en scène est dynamique. Cela change du dessin réaliste froid et sans personnalité qu'on retrouve souvent dans ce type d'album. Une bonne biographie qui donne envie de lire les prochains titres de cette collection.
Arcana
Bah alors ça ?! Je ne m’attendais pas à succomber. Une belle surprise de l’éditeur Drakoo que j’avais bien trop vite catalogué. Déjà un bel objet, soigné dans sa réalisation, et l’intérieur l’est tout autant. Serena Blasco que je découvre m’a emporté. Pourtant on a affaire à de la Fantasy orientée vers le jeune public, une prophétie, une école, des jeunes qui vont apprendre à maîtriser un pouvoir… du classique mais plein de fraîcheur ici. Tout est bien dosé, un 1er tome dense, la « banalité » de l’histoire est magnifiquement compensée par le dessin coloré et le cadre ésotérique. Ma lecture a eu un petit côté magique, j’y ai trouvé une belle osmose. La découverte de ce microcosme tournant autour des arcanes du Tarot me fut fort sympathique. Franchement un chouette univers de créé, c’est plein de vie à chaque page. Décidément, après d’autres récentes lectures, j’apprécie beaucoup la patte féminine dans ce genre. Une belle découverte. MàJ après tome 2 : Je viens réitérer tout le bien que je pense de cet univers, qu’est-ce que c’est bon de s’y perdre !! L’ensemble m’est paru encore plus attachant et rondement mené. Hâte de découvrir la suite, j’agrémente ma note d’un joli coup de cœur.
Histoires courtes - Intégrale
Depuis quelques années, Junji Ito est devenu l’auteur à la mode hors des frontières japonaises. Récompensé à plusieurs reprises par les Eisner Awards, ses œuvres font également l’objet de rééditions et d’adaptations sur Netflix. Lors de la dernière édition du Festival d’Angoulême, son travail a été mis en lumière de façon exhaustive dans le cadre d’une très belle exposition. Delcourt, qui a très bien flairé le vent, vient de publier à son tour cette anthologie « de luxe » réunissant dix histoires courtes dont certaines inédites, ainsi qu’une galerie d’illustrations en couleur. Ce recueil constitue plutôt une bonne entrée en matière pour qui ne connaît rien du maître du manga d’horreur, fournissant un aperçu varié de ses productions passées. Entre légendes nippones et légendes urbaines, les récits de Junji Ito font naître un sentiment mixte chez le lecteur, se situant quelque part entre la fascination et une incrédulité teintée d’hilarité. Le mangaka n’a pas froid aux yeux et ne recule devant rien, résolu à mettre en images ses peurs les plus profondes, et si l’on y discerne de l’humour, c’est un humour grinçant comme les gonds usés d’une lourde porte se refermant sur le lecteur, saisi d’effroi quand il réalise soudain qu’il est pris dans un tombeau. L’élégant trait semi-réaliste, très expressif, fait parfaitement ressortir l’imagination débridée de son auteur, qui n’hésite pas à outrepasser les limites d’une pudeur toute japonaise, nous interpelant sur l’image très lisse renvoyé par ce pays aux mœurs en apparence si policées. Et c’est peut-être bien ce que moque Junji Ito dans la nouvelle inaugurant le recueil, où les injonctions sociétales aussi grégarisantes qu’étouffantes sont détournées par un tueur en série qui prend un malin plaisir à coudre des monceaux de cadavres unis dans la mort… De même, « La Lécheuse », une tueuse qui transmet une maladie mortelle à ses victimes à l’aide de sa langue énorme et répugnante, en dit long sur l‘obsession hygiéniste au Pays du soleil levant. Ito montre aussi qu’il sait se moquer de lui-même en tant que fan, dans un hommage à son aîné Kazuo Umezu, auteur du shonen « L’École emportée », qui a déclenché chez lui sa passion pour le manga horrifique. Comme souvent avec les recueils, le talon d’Achille est la disparité entre chaque récit. « Histoires courtes » n’y échappe pas complètement, même si globalement ces délires macabres sont de bonne tenue, mais la lecture peut s’avérer moins fluide par moments. Et de la part de l’auteur de ces lignes, généralement peu adepte des nouvelles, ces propos doivent s’envisager comme un satisfecit. L’univers de Junji Ito, c’est un peu la rencontre de l’horreur et du merveilleux, parce que le merveilleux, ce n’est pas forcément une forêt enchantée où gambadent des licornes, c’est d’abord ce qui créé l’étonnement par son coté étrange et extraordinaire. Et cet univers évoque immanquablement un autre maître européen de l’horreur dans le neuvième art, en plus grinçant et plus grand-guignolesque encore, j’ai nommé Philippe Foerster, pendant belge du japonais, qui parvient avec brio à diffuser dans nos crânes ce si fascinant et glacial fluide.
Thorgal Saga - Adieu Aaricia
Bah oui bien sur, évidemment 4 étoiles, pas 5 non plus, non, ce n’est pas parfait. Mais voilà, c’est Robin Recht, le mec a confirmé sur Elric puis sur Conan tout le bien qu’on pensait de lui et que c’est un grand nom de la fantasy. Alors on lui confie un Thorgal, la bonne vieille bd à papa dont les heures de gloire sont derrière elle on va pas se mentir, mais en souvenir des quinze premiers tomes que j’avais lu d’une traite en ce qui me concerne, je me dis qu’il y a moyen que le bonhomme nous sorte du culte dont on reparlera au moment des trophées de fin d’année. Et ça n’a pas loupé. Alors pour moi c’est achat en édition augmentée de luxe à 40 boules, j’aime lire mon Recht en très grand format couleur, avec un papier raffiné, c’est nickel chrome. Le découpage c’est comme au cinoche, le dessin au petits oignons tout en détail blablabla vous connaissez les vibes Lauffray tout ça (quoique comme souvent l’auteur change son trait, là il essaie de coller un peu au style Rosinski, s’éloignant d’Elric et Conan)… Bref, on est bien servi, c’est copieux et on mange bien, on en a pour son pognon, l’artiste est à la hauteur de son talent, les 2 illustrations de couvertures sont grandioses (Rosinski accroche toi), le frontispice numéroté et signé fait son petit effet, le cahier graphique est sympatoche… voilà quoi, c’est du bon divertissement que j’ai savouré durant facile 2 bonnes heures. Bon après le scénar ! Mmmmffff… Ok y a de la référence à 2, 3 albums bien connus des fans, ce qui fait que ce tome pourrait presque être considéré comme canon dans la série mère, mais même si vous ne les avez pas lu, ça ne gêne en rien la compréhension du récit. D’ailleurs l’histoire, c’est à 50 % Retour vers le futur, 50 % le 13ème guerrier (et pas que la meilleure partie du film) en gros. C’est donc forcément très très cool tout ça, mais alors pourquoi ne pas mettre la note maximale ? Ben, disons que la conclusion est pas très jouasse quand même. Ce n’est pas un mal, non, loin de là. Mais j’ai eu de la peine pour ce pauvre Thorgal, sans demander un happy end qui ne m’aurait pas déplu, je me serai contenté d’une fin douce amère. Là le pauvre il fait pitié. Aaricia, on se reverra au Walhalla. Donc en conclusion c’est l’achat fantasy incontournable de ce début d’année, quoi d’autre ? C’était cousu de fil blanc de toute façon que j’allais tomber dans ce piège tendu par le perfide Nidhögg.
Algues vertes - L'Histoire interdite
Cette "histoire interdite" dénonce tout ce que je déteste, que cela soit chez nos chers politiques ou chez nous, simples citoyens. Notre incroyable capacité à fermer les yeux sur des évènements d'une extrême gravité me retourne la tête. L'argument qui veut qu'en agissant, ou simplement en avouant ou en acceptant une situation, on pourrait faire plus de mal qu'autre chose me révolte, et ce, depuis toujours. C'est même au-delà de la révolte, je ne le comprends tout simplement pas. Inès Léraud n'est pas d'accord avec ce postulat. Elle, elle agit, elle dénonce, elle démontre, elle ne cache rien, même si cette vérité fait mal, qu'elle pourrait mettre en péril, ici, la situation des agriculteurs ou du tourisme. Parce que non, la vérité ne doit pas être cachée. Et puis, au nom de quoi, devrions-nous cacher, ou minimiser une catastrophe d'une telle ampleur que celle des algues vertes en Bretagne, et ailleurs ? La sacro-sainte économie pourrait souffrir d'une telle honnêteté, parce que c'est bien ça le problème, mais essayer de maintenir cette dernière malgré tout, n'est-ce pas sauter pour mieux reculer (!) ? Les réactions lors de la sortie de la bd prouvent malheureusement que, pour beaucoup, tant que l'argent rentre dans les caisses, le reste n'est qu'accessoire. Des plages magnifiques défigurées ? Pas grave. Des sous-sols pollués pour des décennies ? Pas grave. Des aliments contaminés ? Pas grave. L'eau contaminée ? Pas grave. Des animaux morts ? Pas grave. Des morts humaines ? Pas grave. Et puis, tiens, au lieu d'agir pour comprendre et essayer de diminuer, voire de faire disparaître le problème, on va plutôt aller intimider les lanceurs d'alertes, les scientifiques, les militants écolos. Le travail d'Inès Léraud est minutieux, rigoureux et très didactique. Le travail graphique de Pierre Van Hove exploite parfaitement le caractère journalistique de la bd. Les couleurs, en particulier, sont très réussies. Ceci n'est pas un avis, c'est un coup de gueule monumental. Le coup de cœur que je lui octroie est ma façon de faire passer ce coup de gueule. La lecture de cette bd m'a révolté, m'a attristé, m'a déprimé. Je suis le scandale des algues bretonnes depuis longtemps, et encore aujourd'hui, bien naïf que je suis, je suis estomaqué par le traitement politique, médiatique, citoyen de la situation. Après tout, on s'en fout, on va vivre une petite centaine d'années pour les mieux lotis d'entre nous, on n'a pas de temps à perdre avec ces conneries...