Les derniers avis (32275 avis)

Par Bruno :)
Note: 4/5
Couverture de la série Sandman
Sandman

Rarement un Super-Héros a bénéficié d'une aussi radicale -et réussie- refonte de la part d'un auteur qui, non content de s'être débarrassé d'un historique peu stimulant quant au personnage dont il a la charge, lui a également (et très efficacement) consacré soixante-quinze épisodes à la suite sans jamais véritablement échouer à relancer l'intérêt de sa re-création. Définitivement projeté hors du contexte Super-Héroïque de son prédécesseur (car ce Sandman-là est d'un calibre tout autre...), Neil Gaiman balade ce maitre des rêves (infiniment plus riche de potentialités créatrices) de mythologies (classiques ou inventées) en aventures plus prosaïques, au contact de mortels malencontreusement (souvent !) partie-prenante des intrigues le concernant. Pour un novice dans l'exploration de ces univers féériques, diaboliques et magiques, j'ai vraiment eu très peu d'impressions de "redites" ; et, malgré mes à-priori de vieux paresseux, j'ai été ravi par nombre d'histoires plutôt prenantes grâce -et surtout !- à leurs mises en place systématiquement originales (et encore d'avantage par les personnages si attachants autour de qui elles sont développées.). Un travail d'écrivain, véritablement. ...Hélas ! Mark Dringenberg, irréprochable qu'il est dans sa maitrise graphique figurative -et plutôt à l'aise quant à certaines cases plus caricaturales- ne donne à aucun moment dans l'esthétique ; et c'est avec un sentiment de frustration grandissant qu'on accompagne le héros taciturne au long de ses aléas oniriques tant, quel que soit le royaume visité, l'artiste échoue à en rendre toutes les séductions. Au mieux, une certaine rigueur "réaliste" persiste qui, tout en nous permettant peut-être une meilleure appréhension du contexte, en balaie inévitablement l'atmosphère Fantastique suggérée au travers des mots. Certains encreurs, parfaitement à l'unisson, vont encore d'avantage alourdir les planches ; annihilant du coup l'effet de rupture qui aurait pu mettre en valeur et mieux séparer ce qui arrive sur notre bonne vieille planète et ce qu'il se passe "ailleurs". Kelley Jones, Chris Bachalo et quelques autres définissent encore plus l'atmosphère sombre de la BD, avec le même résultat, à peu de choses près ; même si leurs planches semblent moins "brouillonnes". Une seule véritable rupture, plutôt extrême dans ce sens, quand P.Craig Russell, au scénario comme aux pinceaux, magnifie un conte d'une tristesse indicible ; offrant un aperçu de ce qu'aurait pu (du ?!) être l'ensemble de l'oeuvre. Peu de pages me sont restées en mémoire, du coup ; ce qui est bien dommage étant données la variété et la profondeur des dilemmes où se débattent tous ces intervenants, si riches de personnalité. J'ai beaucoup aimé l'arc consacré au frère ainé "démissionnaire" et, paradoxalement, je pense que l'apparente simplicité du trait de Jill Thompson rend la lecture des paragraphes plus facile ; même si elle aussi découpe ses planches aussi platement que possible... Enfin, quelques épisodes bénéficient d'un Charles Vess bien plus à son aise que sur certains albums de Super-Héros (!) ; et la fin de cette véritable épopée se déroule très bellement sous les traits inspirés de Michael Zulli : Matthew est absolument irrésistible ! Pas évident de donner des expressions à un corbeau. Une grande œuvre littéraire, assurément ; à défaut d'un grand Comic -mais cela n'enlève rien à ses intérêts : son originalité et sa poésie.

20/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Au Ritz des Fritz
Au Ritz des Fritz

C'est vraiment une excellente surprise que cette lecture originale du documentaire romancé proposé par Nathalie Bodin. Dès la première case j'ai eu la même réaction que Ro et Alix : au fait comment ont été gérés les centaines de milliers de PW allemand par les autorités américaines. Le récit autour de Dan prisonnier de la campagne de Normandie, anti nazisme depuis toujours mais patriote malgré tout est très intéressant de bout en bout. L'auteure réussit à articuler son scénario autour de trois phases distinctes qui s'enchaînent parfaitement. La vie dans un camp dominé par les ex nazis puis dans un camp sans nazi, un passage éclair dans la communauté allemande expatriée à NY au moment du 8 mai 45 et enfin le retour à la maison dans une Allemagne dévastée. Chaque épisode conduit à des thématiques précises et surprenantes. Par exemple comment les américains ont suivi scrupuleusement la convention de Genève jusqu'au 8 mai. Comment la communauté allemande a été perçue en comparaison de la communauté japonaise. Enfin les difficultés du vivre ensemble et de la dénazification dans la partie ouest allemande. C'est donc une partie historique très peu développée que l'auteure nous livre à travers un récit fluide qui laisse la place à une fiction romancée crédible. Le graphisme N&B de l'auteure accompagne parfaitement l'histoire. Les personnages sont un peu figés et les visages se ressemblent un peu trop mais c'est agréable à lire dans la mesure où le didactique prime sur l'esthétique. Une lecture vraiment intéressante pour les lecteurs (rices) avides d'Histoire non conventionnelle.

20/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Patrick Dewaere - A part ça la vie est belle
Patrick Dewaere - A part ça la vie est belle

J'aime bien Patrick Dewaere sans être un grand fan. Son jeu est trop sombre pour moi, même si il correspond bien à une époque de remise en cause sociale très marquée. Comme le montre le documentaire il y a probablement eu fit entre la personnalité de Patrick Dewaere et les recherches innovantes de nombreux metteurs en scène à cette époque. LF Bollée construit la biographie de l'acteur autour de deux grands axes : son enfance douloureuse qui lui donnera ce vécu de mal aimé, et une rivalité/amitié avec Gérard Depardieu à la suite des " Valseuses". En choisissant de faire parler l'acteur suite à son suicide, Bollée appuie sur l'intériorité psychologique de l'homme. Instabilité familiale, sentimentale, amicale entre autres. Cela fera de Patrick Dewaere un acteur hors norme, touchant et qui fera modèle. Le final un peu fantastique qui met Dewaere en face d'un Depardieu contemporain souligne le gâchis du geste de 1982. Avec un soupçon de sagesse ou de recul Dewaere pouvait aspirer aux plus grands rôles classiques. Le graphisme de Maran Hrachyan met très bien l'accent sur les expressions souvent tristes et sombres de l'acteur. Ce spleen qui transparaît à chacune de ses répliques est si naturel qu'il est difficile de faire la différence entre l'homme et l'acteur. L'auteure réussit très bien à transmettre ce sentiment. Une bonne lecture qui rend un tableau très crédible des années 70 dans le cinéma.

20/04/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Le Mahâbhârata
Le Mahâbhârata

Il te faut agir sans réfléchir aux fruits de ton acte, agir dans le détachement. - Ce tome constitue une adaptation du roman du Mahâbhârata effectuée par Jean-Claude Carrière et paru en 1989. Il peut donc se lire indépendamment de tout autre histoire, sans connaissance préalable. L'adaptation en bande dessinée a été réalisée par Jean-Marie Michaud, bédéaste, auteur entre autres de la saison de la Couloeuvre, sur un scénario de Serge Lehman. le tome commence avec une introduction d'une page évoquant quelques caractéristiques du Mahâbhârata (poème épique composé en sanskrit au quatrième siècle avant notre ère, quinze fois plus long que la Bible), du Chant du Bienheureux (la Bâghavad Gîta), et le roman de Jean-Claude Carrière. La bande dessinée commence avec un trombinoscope des personnages. Ils sont au nombre d'une quarantaine, dont les Fondateurs, les 5 Pandavas les dieux, les 100 Kauravas. Elle comporte 6 chapitres : (1) le brouillard des origines, (2) de l'enfance des princes au royaumes en héritage, (3) L'exil, (4) le choix des armes, (5) Amère victoire, (6) Épilogue. Trois mille ans avant notre ère, Vyasa, un vieil homme en pagne et à la longue chevelure blanche, arrive dans une clairière et s'approche d'un jeune garçon assis au bord du fleuve. Il lui demande s'il sait écrire, car il a composé un poème et il lui faut quelqu'un pour l'écrire. Vyasa explique que ce poème parle de l'histoire de la race du garçon, et d'une vaste guerre. Ils entendent quelqu'un siffloter, et Ganesha arrive dans la clairière en portant un livre vierge car il a entendu que quelqu'un cherche un scribe. Il s'installe en tailleur, s'arrache une défense et la trempe dans un pot d'encre de Chine. En réponse à la demande de Krishna, Vyasa commence par raconter sa naissance : comment sa mère est née du sperme d'un roi tombé dans le ventre d'un poisson, et sa rencontre avec un pêcheur. le règne du roi Santanu avait installé un âge d'or. Un jour qu'il se baigne dans le fleuve, la divinité Ganga lui offre un fils : Bhishma. Vingt ans plus tard, Santanu retourne au fleuve et il voit Satyavati (la mère de Vyasa) en train de se baigner. Il lui fait une demande en mariage, et elle lui indique qu'il doit la faire devant son père le pêcheur. Ce dernier n'accepte de donner la main de sa fille qu'à la condition que le fils né de cette union ne devienne roi. Santanu oppose le fait qu'il a déjà un fils. le pêcheur est inflexible. Bhishma lui-même (le fils de Santanu) va à son tour trouver le pêcheur pour lui demander de changer d'avis. Devant son insistance, Bhishma promet de renoncer à la royauté, et, suprême assurance, il promet également de renoncer à connaître l'amour d'une femme, pour assurer l'absence de risque de conflit entre descendants. Des voix célestes s'élèvent alors pour répéter le vœu de Bishma : Jamais l'amour d'une femme. En récompense de son voeu, il reçoit le pouvoir de mourir le jour de son choix, c'est-à-dire de devenir immortel s'il le souhaite. Santanu et Satyavati ont un fils qui grandit chétif. Bhishma se charge de lui trouver trois épouses, mais Amba (l'une des trois) demande à retourner chez le roi qui s'apprêtait à l'épouser. Quand elle arrive chez lui, il la renvoie estimant qu'elle est souillée. Bhishma refuse de la prendre comme épouse, pour honorer son vœu. Amba promet de se venger et de trouver quelqu'un qui tuera Bhishma. Santanu finit par décéder, mais son fils meurt enfant le jour de ses noces. Vyasa, le jeune garçon et Krishna constatent que le récit s'arrête là. Vyasa propose que ce soit lui-même qui féconde les princesses afin que la lignée royale se perpétue. Les enfants de ces unions sont Dhritarashtra et Pandu. L'introduction explicite que le Mahâbhârata est quinze fois plus long que la Bible : une bande dessinée de 438 pages ne peut donc pas reprendre l'intégralité de son contenu. Elle indique également que cette version du Mahâbhârata correspond à une version épurée et reprise pour en faire un roman avec une forme plus facile d'accès pour le lecteur européen, celle de Jean-Claude Carrière. L'objectif des auteurs est donc de présenter l'intrigue principale du poème épique, sans les digressions, avec quelques transitions pour rendre la narration plus fluide. Toutefois, le lecteur sait qu'il ne s'apprête pas à plonger dans un récit comme les autres. Sa motivation pour se plonger dans cette bande dessinée relève vraisemblablement de l'intention de découvrir cet ouvrage essentiel de la culture indienne, par un biais accessible. Il se doute donc qu'il va se trouver dans des histoires où les divinités interviennent, avec des événements semblants arbitraires, et des lois d'une autre époque, et dans le cas présent d'une autre culture. Premier constat : la lecture de cette bande dessinée s'avère facile et agréable. Jean-Marie Michaud crée une personnalité visuelle distincte pour chacun des nombreux personnages, le rendant identifiable au premier coup d'oeil, sans effort pour le lecteur. Karna se reconnait facilement grâce à sa chevelure rousse, caractéristique flagrante. Pour les autres personnages, l'artiste joue sur les formes du visage, sur la morphologie, sur la coupe de cheveux, les tenues vestimentaires, etc. Il n'use pas de caricature, restant dans un registre naturaliste (sauf pour les divinités), sans exagérer les traits distinctifs des êtres humains de cette région du monde. Sa direction d'acteurs s'inscrit également dans un registre naturaliste, sauf quand un personnage se lance dans un soliloque emphatique, ou se trouve sous le coup d'une émotion intense, auquel cas son visage et ses gestes sont plus marqués. En près de 440 pages, l'auteur doit délivrer un volume conséquent d'informations : il a opté pour des scènes de dialogue régulières sans être lourdes et des passages espacés portés par des cellules de texte brèves. Dans le premier cas, il a régulièrement recours à des plans poitrine ou des gros plans, mais sans en abuser, sans se limiter à des alternances de champ et contre-champ en guise de seule mise en scène. Il en découle une lecture fluide et légère, sans impression de devoir subir un gavage d'informations. L'artiste sait ménager des pages silencieuses (dès la première page en fait), des dessins en pleine page et une séquence inoubliable en double page quand Dushassana enlève sa robe à Daupana. Il s'amuse également à introduire une ou deux références d'art, comme une construction impossible (pages 108 & 109) empruntée à Maurits Cornelis Escher (1898-1972). En termes de narration graphique, Jean-Marie Michaud a fort à faire : il doit montrer les tenues vestimentaires d'époque, ainsi que les constructions d'époque à commencer par les palais. le lecteur peut voir qu'il s'est inspiré de représentations anciennes pour concevoir une palette de garde-robes qui aille du pagne le plus simple, à la robe ouvragée de cérémonie, en passant par les tenues de combat. Pour un lecteur néophyte, il réussit très bien à créer une impression hindoue., à la fois pour les étoffes, pour les motifs des tissus et leur coupe. le lecteur garde à l'esprit qu'il s'agit plus d'un conte que d'un reportage, et que le dessinateur est tout à fait légitime à faire usage de licence artistique dans un récit où apparaissent des divinités à l'allure baroque pour un européen. Krishna est vraiment représenté comme un individu avec un corps de jeune enfant et une tête d'éléphant. Là encore, Michaud adopte un compromis visuel entre des représentations hindoues traditionnelles, et une représentation plus européenne, par exemple pour les portraits en pleine page de Brahmâ, Shiva et Vishnu (pages 90, 91, 92). Il agit de même en ce qui concerne les bâtiments, entre palais dont il reste possible de voir les vestiges et licence artistique. Il réalise des dessins descriptifs parfois très détaillés, pour un palais, pour des bas-reliefs, des sculptures, des trônes. Au fil des séquences, le lecteur fait le constat de villes cités isolés les unes des autres, avec une forte importance des paysages naturels. Il s'interroge sur l'endroit où peuvent se trouver les fermes, les champs et les élevages. Mais il est vrai que le récit ne s'attarde pas sur ces éléments. Il constate que l'artiste fait un effort pour montrer une végétation plausible, mais sans qu'il soit possible de pouvoir identifier les essences, et pour les peupler avec une faune cohérente. En fonction des séquences, Jean-Marie Michaud gère la densité d'informations visuelles. La longue séquence de bataille (de la page 263 à la page 420) se déroule sur une plaine désolée, sans beaucoup de relief si ce n'est trois touffes d'herbe. Dans d'autres séquences au contraire, l'artiste investit beaucoup de temps pour réaliser des cases pleines de détails. En particulier dans cette même séquence, le lecteur croit pouvoir entendre le fracas des armes dans un dessin en double page (264 & 265) alors que se produit le choc des deux armées gigantesques. Régulièrement, il tombe en arrêt devant un spectacle impressionnant : Kunti sur le toit du monde invoquant Dharma, puis Vayu et enfin Indra, l'immolation de Madri, une vue du ciel des préparatifs du grand tournoi organisé à Hastinapura, les différentes vues du palais d'Hastinapura, le moment de folie de Duryodhana, la naissance des 100, l'assassinat du général Kitchaka, l'utilisation du disque de guerre (page 294), etc. Il remarque en souriant que Michaud se montre facétieux en intégrant des anachronismes, avec parcimonie, pour un effet souvent réussi, qui ne neutralise pas la tension dramatique. Enfin s'il connaît un ou deux événements marquants du Mahâbhârata, le lecteur apprécie mieux de voir la reine Gandhari se bander les yeux, Karna viser un oiseau en se guidant sur son reflet dans une pièce d'eau, l'instigation et le déroulement de la partie de dé, l'irruption des créatures infernales (les Rakshashas), la naissance de Ghatotkatcha, etc. À la fin de l'ouvrage, le lecteur s'est fait une idée claire de l'intrigue principale du Mahâbhârata : l'adaptateur Jean-Marie Michaud a atteint son objectif de présenter l'oeuvre en bande dessinée, pour une lecture agréable et facile d'accès. Il a même consacré 4 pages à la Bhagavad-Vitâ, signalant ainsi son existence, même si c'est un peu court. En fonction de son degré de curiosité, le lecteur peut ensuite se diriger vers le Mahabharata (1989) par Jean-Claude Carrière, le Mahâbârata (2 tomes, traduit du sanskrit et condensé par Jean Michel Péterfalvi), ou encore le Mahâbhârata: Conté selon la tradition orale (2006, Serge Demetrian), ou des traductions en ligne. Il est possible également de trouver des traductions complète du Chant du bienheureux : La Bhagavadgita. En revanche, il ne s'agit en aucun cas d'un ouvrage critique, ce qui fait que le néophyte n'est pas en mesure de distinguer les principaux thèmes, ou la portée spirituelle et culturelle de l'œuvre.

20/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Baker Street
Baker Street

J'ai beaucoup aimé cette adaptation humoristique du célèbre détective. Le pari des auteurs était hasardeux. En effet Sherlock Holmes est une valeur sûre qui attire le public. Encore ne faut-il pas galvauder l'image du personnage et lui proposer des intrigues à sa mesure. Le choix de Pierre Veys de proposer une série résolument humoristique avec un Sherlock par moment à la ramasse, un Lestrade clownesque, une miss Hudson pocharde et un Watson vindicatif est vraiment audacieux. Je suis un fan de Sherlock et j'ai trouvé que les auteurs avaient bien réussis leur travail. Veys proposent plusieurs scénarii qui restent dans l'esprit des enquêtes de Sherlock. La structure du récit est souvent la même avec un Sherlock à côté de ses pompes au début pour finir de façon brillante. Ensuite les auteurs proposent des ambiances différentes, originales et dépaysantes (Ecosse, Inde, Londres) dans des situations souvent loufoques mais amusantes. En effet l'humour s'appuie sur des dialogues légers et vifs ainsi que sur un comique de répétitions où Lestrade sert de défouloir. Ce n'est jamais méchant ni vulgaire et j'ai souvent souri aux gags proposés. Le rythme est soutenu et les rebondissements sont suffisamment bien construits pour rendre le scénario cohérent. Le dessin de Nicolas Barral va dans le même sens d'un humour léger et intelligent. Son trait rond travaille beaucoup sur les expressions comiques des visages. Certains personnages sont moins travaillés mais les détails des décors extérieurs sont agréables et proposent une ambiance qui accompagne très bien les histoires. Une très agréable lecture divertissante pour un large public.

19/04/2024 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Solo camping for two
Solo camping for two

J'avoue que le pitch romance humoristique sur le thème du camping me laissait songeur, mais plutôt adepte du camping, je me suis laissé tenter. Et bien m'en a pris car ce premier tome à réussi à me surprendre et à me séduire. Gen Kinokura, 34 ans, est un adepte du camping de longue date. Mais ce qu'il aime par dessus tout c'est de profiter de ses joies en SOLO. C'est donc de la plus mauvaise des manières qu'il va prendre l'arrivée de la belle Shizuku Kusano sur SON campement. Elle n'y connait rien, se tape l'incrust', bavarde à tout va : un cauchemar vivant pour Gen ! Mais la belle sait merveilleusement cuisiner... Si la rencontre de deux personnages que tout oppose n'est pas là pour révolutionner le monde de la BD, le cadre du camping est plutôt original. La série se la joue même un peu "guide du parfait campeur", introduisant des conseils pour faire le feu, positionner au mieux son couchage, ou en nous proposant les recettes des délicieux repas que concocte Shizuku. C'est plutôt bien fait et le très bon dessin de l'auteur facilite notre immersion au sein de ce "couple" de solitaires en mode camping. Que ce soit dans les décors ou les personnages, les cadrages ou les angles de vue, Yuudai Debata est d'une redoutable efficacité dans son style très réaliste. Ajoutez à cela une petite touche d'humour qui va tourner autour de cette relation improbable entre un ours solitaire mal lèché et une petite pin-up citadine qui n'a pas la langue dans sa poche, et on se régale de leurs dialogues et des situations cocasses qui vont s'enchaîner. Bref, une série qui commence plutôt très bien et qui donne très envie de planter sa tente près de ce couple de campeurs pas banals.

19/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Grizzli
Le Grizzli

Ma lecture remonte à quelques mois déjà, la BD ayant déjà les faveurs du site, je ne m’étais pas pressé de l’aviser. D’autant que mon avis rejoindra la majorité, un album franchement pas mal, on va dire un 3,5 arrondi au sup’. Un bon moment de lecture. J’aime bien le duo Audiard/Lautner mais je n’en suis pas non plus un inconditionnel. En tout cas, Matz s’en inspire grandement et tend à leur rendre un bel hommage à travers son intrigue, ses personnages et bien sûr ses dialogues. Cette partie est agréable mais un peu sans surprises, classique et solide j’ai envie de dire. Par contre, j’ai vraiment bien aimé la proposition de Fred Simon, un auteur qui ne m’avait jamais réellement interpellé, mais les années 60 lui vont comme un gant. Design, décors, ambiances … tout est là pour une chouette balade vintage. Ses couleurs sont vraiment réussies, mention spéciale. Mais (bah oui un petit mais au passage, histoire de se démarquer ^^), je ne trépigne pas pour une suite éventuelle. Je préférerai que ça reste à l’état de one-shot pour garder cette bonne vibe, qui à mes yeux, perdrait en force en série.

18/04/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tout est possible mais rien n'est sûr
Tout est possible mais rien n'est sûr

Il est assez rare qu'une lecture parvienne à m'émouvoir. M'amuser, me distraire, m'énerver, me porter, me toucher, oui. M'émouvoir, c'est plus difficile. Parce que je suis un garçon et qu'on m'a appris à ne rien laisser paraitre, surtout. Et pourtant, de temps en temps, une lecture me touche et m'émeut. Lorsque le volume est reposé, j'ai une larme au coin de l’œil et je sens que quelque chose à remué en moi. Un écho à ma propre vie, qui agite mes émotions. Cette lecture fait partie de celles-ci. Je connaissais déjà Lucile Gomez à travers les blogs-bd où elle postait des dessins, et j'avais noté son trait en personnage filiforme, avec un usage de la couleur qui m'avait déjà tapé dans l’œil et une absence de case comme pour être plus libre. J'avais apprécié plusieurs de ses BD et c'est un vrai plaisir de pouvoir lire à nouveau quelque chose de sa main. Mais là, c'est vraiment l'histoire qui m'a pris au tripes. Et c'est parce que, pour une fois, j'ai été porté par le récit qui m'a fait clairement écho à ma propre vie. J'ai déjà reproché à des BD de faire, selon moi, un portait de jeunesse dans lequel je ne me reconnaissais pas du tout et surtout qui me semblait trop superficielles dans leurs traitements (Génération Y ou Ce que font les gens normaux notamment). Là, ça n'a pas du tout été le cas. Sans doute parce que je suis plus proche de ces milieux là, des questionnements présents dans la BD ou simplement parce qu'elle m'a semblé plus pertinente, mais Lucile Gomez fait, à travers son personnage, une synthèse diablement efficace de la jeunesse. C'est des artistes en devenir sans travail, un monde de l'emploi catastrophique pour les nouveaux arrivants, des considérations sur l'écologie et le capitalisme, la question de nos positions dans ce monde (entre volontés et réalités), la portée de nos convictions, les idéaux, le patriarcat ... C'est riche, dense (près de 200 planches tout de même) et surtout riche de réponses. La BD exploite beaucoup de procédés que j'ai trouvé très bon. Déjà les doubles pages, présentes plusieurs fois dans la BD, des idées de mises en scène par le découpage (je pense aux cases à la fenêtre qui enferment le personnage habituellement libre) ou encore l'utilisation du chat. C'était un procédé couramment utilisé dans les blogs-bd pour pouvoir faire une discussion (Frantico, Gally ou Lucile Gomez s'en servaient) mais je le trouve très bien utilisé ici. Cette voix intérieure, mélange de conscience, de reste d'éducation parentale et de nos peurs, qui revient nous hanter et nous parler régulièrement. La narration exploite aussi les bulles, disposées parfois de façon peu conventionnelles, et le dessin, avec cet ami qui semble flou dans son corps et sa voix, décoloré pour montrer son décalage avec le monde autour de lui. Je pourrais parler longuement de ce qui m'a plu ici : les débats et les questionnements, les attaques contre ce monde détesté, les remarques entendus en tant que jeune, les coups durs de la vie pour te rappeler ta place, les moments tendres, drôles, durs. C'est une plongée dans l'enfer de ce que peut être la jeunesse pleine d'espoir qui sort de diplômes et découvre le capitalisme, le libéralisme et le chômage. Bienvenu dans la réalité, prenez un siège ... Et pourtant, Lucile Gomez fait une histoire au final presque heureux, même s'il n'est clairement pas le Happy End qu'on attendrait. Plein d'espoirs, plus que plein de joie, il m'a tiré une larme parce qu'il incarne parfaitement ce qu'on doit garder en tête après toute cette noirceur. Et rien que pour ça, j'ai trouvé la BD extraordinaire. Il y a quelques passages de poésie dans les dialogues qui m'ont particulièrement touchés. C'est une BD que je vais garder précieusement. Parce qu'elle me rappelle des gens, des situations, parce qu'elle est juste dans ce qu'elle montre et ce qu'elle dénonce, mais aussi qu'elle laisse place à l'espoir. Un espoir qui est ce qu'il reste, en fin de compte. L'avenir est encore à nous, même s'il s'annonce sombre. Et j'aime beaucoup la tendresse qui se dégage de cette BD. Je ne m'attendais pas à grand chose, j'ai été époustouflé par ce récit. L'autrice à fait preuve d'une grande maitrise dans la narration pour donner cette synthèse réussie. A mon sens, c'est une excellente BD.

18/04/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série La Route
La Route

La lecture du roman de Cormac Mc Carthy m'avait longuement marqué, il y a une dizaine d'années de cela. J'avais vu par la suite l'adaptation en film, avec un Viggo Mortensen comme souvent bluffant d'intensité et de présence. L'adaptation en BD par Larcenet semble procéder d'une certaine logique : parce que le monsieur a montré qu'il pouvait écrire et illustrer des histoires où il laisse éclater sa colère, son désespoir. La Route s'inscrit dans cette logique, j'ai rarement lu quelque chose d'aussi noir. Larcenet nous propose donc un road-movie en BD où les paroles sont rares, où les décors témoignent d'une fin du monde imminente, inéluctable. Les personnages se fondent dans une brume polluée permanente, ils errent comme des fantômes à la recherche d'un semblant de subsistance et de substance. Il n'y a pas de place pour l'espoir, même si le père essaie d'en fournir à son fils. Mais on sent bien, très vite, que c'est peine perdue. L'innocence du petit est un leurre. Un choc.

17/04/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Silverfish
Silverfish

Silverfish - Il s'agit d'un récit complet et indépendant de tout autre, initialement paru en 2007. Il a été écrit, dessiné et encré par David Lapham. Il s'agit d'un récit en noir & blanc, les tons de gris ont été réalisés par Don Ramos. L'histoire commence par une scène bizarre. D'étranges poissons à la bouche de piranha munis de flagelles nagent pour s'attaquer au cerveau d'un individu qui chantonne pour lui-même, tout en assassinant une femme avec un couteau. 3 ans plus tard, le 22 décembre 1988, Mia Fleming s'amuse au tir au pistolet dans une fête foraine fermée pour l'hiver, en compagnie de sa copine Vonnie Cray. Elles terminent leur virée dans un centre commercial pour acheter un bikini riquiqui. Pour noël, Ray (le père de Mia, veuf) lui offre un bijou avec la photographie de sa mère, ainsi qu'une robe de princesse pour Stacey, sa soeur asthmatique. Mia offre le maillot minuscule à Suzanne, la nouvelle compagne de son père qu'elle ne supporte pas. Suzanne et Ray partent quelques jours dans un chalet en pleine forêt. Avant le départ, Mia subtilise le carnet d'adresses de Suzanne à qui elle ne fait pas confiance. Pendant l'absence du couple, elle appelle différentes personnes sur le carnet (avec l'aide de Scott, le copain de Vonnie). En tâtonnant ils finissent par tomber sur un certain Daniel qui est très intéressé de revoir Colleen, le nom sous lequel il connaît Suzanne. La scène de prologue ne laisse planer aucun doute sur la nature du récit : un meurtre atroce commis sous le coup de la colère. Il s'agit bien d'un thriller et le lecteur sait dès le départ que Mia et sa copine risquent gros à farfouiller à l'aveugle dans le passé de Suzanne. Il sait également que Suzanne a des choses à cacher, sans en connaître l'étendue, sans idée de sa dangerosité. Il y a également l'artifice narratif un peu grossier de la jeune sœur fragile du fait de sa dépendance aux aérosols. Mais Lapham ne l'utilise pas comme le lecteur pourrait s'y attendre. Il commence par montrer comment les grands adolescents (Mia, Vonnie, Scott, et 2 copains) s'amusent avec le répertoire d'adresses (et de téléphones) pour essayer de trouver une trace du passé du Suzanne. Il ne les dépeint pas comme des enquêteurs chevronnés, mais comme des individus aux motivations diverses. Mia a la conviction chevillée au corps que Suzanne cache un lourd secret, le sous-entendu de la narration étant une jalousie et une rancœur dirigée contre la nouvelle femme qui accapare l'attention de son père et qui occupe la place de sa mère défunte. Lapham n'expose pas lourdement ce ressort psychologique, il montre les sentiments et les réactions de Mia, laissant le lecteur en faire l'interprétation. Les copains de Mia participent à sa recherche, mais pour eux il ne s'agit que d'un jeu, une occupation vaguement transgressive procurant un frisson. Et encore, ils ne sont pas tous investis de la même manière, et pas tout à fait pour les mêmes raisons. Avec un point de départ solide, Lapham met en scène des personnages différenciés, aux comportements motivés par des caractères différents. Lapham introduit les éléments de preuve à charge petit à petit, faisant monter progressivement la tension. Il intercale des scènes du passé, avec parcimonie, et avec un sens du rythme impressionnant. Comme dans les meilleurs thrillers, le lecteur découvre petit à petit les crimes, les comportements dangereux. Ce qui a commencé comme un défi inquisiteur provoque des conséquences inattendues, évolue vers des confrontations à haut risque, des jeux du chat et de la souris, entre individus inconscients de ce qu'ils mettent à jour, et imposteurs ayant beaucoup à perdre, prêts à commettre des actes désespérés. David Lapham dessine de manière descriptive, avec un petit degré de simplification par rapport à une photographie, ce qui rend les images plus rapidement lisibles. Cette simplification n'est pas synonyme d'une approche enfantine de la description. Tout du long du récit, le lecteur peut apprécier les détails qui rendent palpable l'environnement, les personnages et les actions. Ainsi la palissade de bois aux planches de guingois, la mouette et la silhouette au loin d'un grand huit positionne le lecteur en bord de mer, hors saison, avec un vent frais. L'intérieur du magasin de vêtements comporte des présentoirs avec des vêtements sur cintre, des clientes en train de regarder (seule la pente de l'escalator semble un peu raide). le chalet est superbe, entouré d'arbres dénudés par l'hiver. L'aménagement de la cuisine des Fleming est fonctionnel et atteste de revenus modestes. Lapham utilise des accessoires en nombre suffisant pour donner une personnalité à chaque endroit, même si quelques aménagements de pièces semblent avoir été réalisés un peu rapidement. Il n'est donc pas dans le détail et la précision, mais plus dans l'efficacité professionnelle. Par exemple, il représentera avec exactitude une fiche de téléphone pour qu'elle soit immédiatement reconnaissable ; par contre il ne s'attardera pas sur la texture du bois d'une table. Cette volonté d'avoir des images rapidement lisibles ne nuit pas à leur qualité. Chaque personnage est aisément identifiable, et les expressions des visages sont diverses et variées. Par contre elle participe au rythme de la lecture. L'enjeu pour Lapham est que le lecteur soit tenu en haleine par l'intrigue, le suspens, l'inquiétude grandissante pour les personnages et la certitude que tout peut arriver, que chaque situation peut déraper et basculer dans la violence. Son approche graphique lui permet également de conserver une forme d'urgence et de mouvements dans les dessins. Ainsi les vagues de la mer sont grossièrement esquissées, mais elles transcrivent bien leur clapot. Au fur et à mesure, les images et le séquençage de chaque scène (nombre de pages, nature de l'action, insert de retour en arrière) manipulent le lecteur, lui imposant le rythme de lecture, lui donnant les points de vue de différents personnages, en jouant sur le temps, la concomitance réelle ou artificielle, pour mieux l'entortiller dans ce récit dont les personnages foncent droit vers la confrontation hasardeuse. Avec cette histoire, David Lapham n'a d'autre ambition que de raconter un thriller efficace, et il le fait bien. Sa maîtrise du découpage et de la construction narrative lui permettent d'agripper le lecteur qui ne peut plus lâcher ce tome, comme un thriller dans un autre média (livre ou cinéma). Sans recourir à des émotions tire-larme faciles (pas d'abus de l'asthme de Stacey qui finalement ne fait qu'attirer l'attention du lecteur sur la fragilité de la vie), la mécanique de Lapham s'avère rigoureuse et bien huilée, ne laissant aucune chance au lecteur qui termine le récit à bout de souffle.

17/04/2024 (modifier)