Un bon polar qui est plus qu'un polar en évoquant plusieurs sujets sociaux de l'Allemagne des années 70.
Je rejoins les avis précédents concernant le dessin, le style de Jennifer Daniel a un côté naïf et parfois maladroit au premier abord, avec des perspectives et des échelles relatives étranges, mais j'ai été séduit par sa spontanéité. Les personnages sont esquissés de manière simpliste et les visages sont très simplifiés. Mais malgré cela, on devine leurs émotions.
Dans l'ensemble, c'est une belle découverte.
Cela fait un moment que je me posais la question de l'acheter en lisant de très bons commentaires et en le voyant régulièrement dans des classements. Le dessin des personnages m'avait refroidi de prime abord. En fait comme avec Tronchet je m'y suis fait assez vite et j'ai beaucoup apprécié les décors et le travail en lavis, certaines cases sont magnifiques. Le scénario fonctionne très bien pour moi, un peu tiré par les cheveux sur les enchaînements de coïncidences mais je suis bon public et cela se prête très bien au genre road movie. Très bonne surprise.
Qu'est-ce qui fait courir Luthor ?
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Dans les collaborations entre le scénariste Brian Azzarello et l'illustrateur Lee Bermejo, ce projet se situe entre Batman Deathblow (Après l'incendie) et Joker. Il s'agissait à la base d'une mini-série en cinq épisodes parue en 2005.
Brian Azzarello s'essaie à l'exercice difficile de donner de l'épaisseur aux motivations d'un méchant : Lex Luthor, l'ennemi par excellence de Superman. Disons le tout net : le résultat est très convaincant. Lex Luthor en ressort animé d'une motivation réaliste et plausible qui le place clairement dans le camp des anti-Superman. Et Azzarello réussit cependant à nous le rendre, sinon sympathique, au moins plus proche et moins manichéen. Attention, il s'agit bien du Luthor manipulateur, cynique, cruel, violent et totalement égocentrique. Il commet au fil des pages plusieurs crimes de natures différentes. Mais sa logique est compréhensible et acceptable.
L'histoire est magnifiquement illustrée par un Lee Bermejo au mieux de sa forme. Les pages sont parsemées de trouvailles graphiques qui montrent des aspects inattendus de personnages dotés de plus de 50 ans de continuité. L'aspect réaliste très urbain des séquences s'impose au lecteur grâce au graphisme très étudié. Les couleurs expriment également cette sensation de zone crépusculaire où le bien et le mal sont inextricablement liés et l'âme ne dispose pas de boussole facilement lisible.
Enfin l'histoire prend le soin de ne pas oublier que ce personnage est fortement enraciné dans l'univers DC, et on voit ainsi apparaître Superman (dont la composante extra-terrestre est formidablement magnifiée), Bruce Wayne (Bermejo réinvente brillamment son aspect playboy) et son alter ego, et une nouvelle super-héroïne baptisée Espoir.
Si vous avez aimé Joker, il y a fort à parier que vous trouverez votre compte dans cette histoire prenante et qui jette un éclairage complémentaire bienvenu sur Lex Luthor.
Dessins superbes qui mettent en exergue une histoire simple mais pas simpliste, des petites choses qui nous touchent, des combats du quotidien loin d'être anodins. Le résultat est drôle et touchant, les personnages attachants. J'avais déjà été conquis par les précédents opus de Lupano et Panacionne, j'attendais naturellement beaucoup de celui-ci, et le moins que l'on puisse dire est que je n'ai pas été déçu. Bravo et merci.
Variation habile sur les paradoxes temporels
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Il s'agit d'une histoire complète indépendante de toute autre, initialement parue sous la forme d'une minisérie en 4 épisodes publiés en 2011. le scénario est de Jonathan Hickman et les illustrations de Nick Pitarra.
Plusieurs pilotes de Red Wing sont en train de voler dans le Tithonien (environ -150 millions d'années) ; ils effectuent un saut et se retrouvent à Paris, au vingt-et-unième siècle. La ville est dévastée et des sortes de sondes robotisées gigantesques sont en train de récupérer tous les matériaux possibles. Les pilotes de Red Wing engagent le combat, l'un des vaisseaux est touché, le pilote enclenche un saut et se délite en mourant de vieillesse car il avait perdu ses boucliers. Il s'appelait Robert Dorne. Une inscription apprend au lecteur que le temps n'est pas linéaire et qu'il n'y a pas de paradoxe. le récit se déroule au vingt-troisième siècle où Dominic Dorne et Valin Redd sont en train d'évaluer les chances de survie du père de Dominic, autour d'un verre. le lendemain, ils intègrent un escadron de Red Wing sous le commandement de Maye Lewis. Avant de voler, ils bénéficient d'un cours sur la forme du temps ; en effet ils sont amenés à mener une guerre dans le temps (à toutes les époques possibles et imaginables) contre un ennemi maîtrisant également le voyage dans le temps, dont ils ne connaissent ni l'identité, ni l'apparence. Les affrontements nécessitent plus d'intelligence que de technique de vol.
La spécialité de Jonathan Hickman est de prendre une idée ou un concept qui semble avoir déjà été retourné dans tous les sens et de construire une structure narrative sophistiquée servant d'écrin à cette idée. Il faut comprendre par là que l'étude de caractère ou le développement psychologique des personnages passe largement au second plan. La longueur de cette histoire (4 épisodes) fait qu'elle s'apparente plus à une nouvelle, qu'à un récit au long cours. Une fois l'histoire terminée, le lecteur peut effectivement constater qu'Hickman avait une idée dont il a tiré le meilleur parti dans le cadre de cette nouvelle.
L'idée d'Hickman est de considérer les voyages dans le temps sous un angle un peu différent. Dans le sous-sous-sous-genre de la science-fiction que sont les voyages dans le temps, il y a quelques schémas qui ont fini par se dégager. (1) le passé est immuable et les actions des voyageurs dans le temps concourent à la réalisation de ce passé immuable (exemple : je voyage dans le temps pour rencontrer le Christ et à force d'en parler les gens finissent par me prendre pour une sorte de prophète et je finis crucifié). (2) Chaque fois qu'un chononaute intervient dans le passé, ses actions génèrent une réalité divergente ce qui induit qu'il ne pourra jamais revenir dans sa réalité de départ. (3) Si vous voyagez dans le temps, surtout n'allez jamais, mais alors jamais jamais, à la rencontre de vous-même à une autre époque ; les paradoxes qui en découleraient provoqueraient la fin de monde. (4) Pour la majeure partie des scénaristes, le voyage dans le temps est soit basique (un individu remonte dans le passé pour rencontrer une figure historique), soit une source de paradoxes inextricables dont le scénariste n'arrive pas à se dépêtrer perdant pied dans les contradictions qu'il a lui-même générées, avec une céphalée carabinée pour le pauvre lecteur qui essaye d'y trouver une logique (il existe quelques contre-exemples bien construits tels que Universal War One).
Du fait de son format court, Hickman louvoie avec adresse entre ces écueils. Par 2 fois un personnage expose une projection holographique de la structure du temps pour expliquer le principe des voyages effectués par les soldats (je n'ai pas été très convaincu par l'explication, mais elle fait illusion le temps du récit). En fait Hickman retient tout de suite l'attention du lecteur avec sa première scène où un escadron de Red Wing change d'époque pour échapper à ses poursuivants. Enfin un scénariste qui intègre le fait que pour des individus pouvant se déplacer dans le temps la fuite est simple comme bonjour (= il suffit de changer d'époque pour semer ses ennemis). Ça fait plaisir d'être pris pour un lecteur un peu évolué, biberonné aux paradoxes temporels. À partir de là Hickman s'amuse comme un petit fou avec son idée en mettant en scène la rechercher de Robert Dorme par son fils. Hickman tire le meilleur parti possible de son idée, en ayant recourt à des ellipses narratives qui lui permettent d'éviter de se prendre les pieds dans les replis du tapis temporel. le récit est rapide et drôle avec une variation inspirée sur la maxime de Saint Exupéry : nous n'héritons pas de la Terre, nous l'empruntons à nos enfants.
Nick Pitarra dispose d'un atout majeur pour illustrer cette nouvelle : il a un goût pour la science-fiction qui ne se limite pas à des vaisseaux rutilants et des gros costauds en combinaison de vol. Pour commencer il ose concevoir les Red Wing avec une silhouette asymétrique qui leur donne une forme unique. Ensuite, il est tout aussi à l'aise lorsqu'il s'agit de concevoir ces vaisseaux charognards qui phagocytent les réserves du passé, une station orbitale, ou un verger de culture à bord de la station mère. Ses personnages disposent d'anatomies normales, pas balèze bodybuildé, pas de femmes exagérément sexuée. Il décrit avec clarté ce que demande le scénario. L'aspect concret de ses dessins fournit un ancrage nécessaire au caractère débridé du scénario. S'il n'y a pas de case dont le visuel ressorte fortement, il y a plusieurs séquences visuellement mémorables, à commencer par cette succession de sauts au cours de laquelle le pauvre pilote tombe littéralement en poussière du fait l'absence de bouclier de protection.
Cette histoire s'apparente à une nouvelle de science-fiction racontant une guerre à travers le temps par des voyages à bords de vaisseaux, contre un ennemi non identifié. Jonathan Hickman dispose d'une bonne idée qu'il développe avec habileté pour éviter de se heurter aux habituelles limites logiques des voyages dans le temps. Nick Pitarra réalise une mise en images pragmatique qui permet à l'intrigue de tenir la route, avec quelques séquences remarquables. Il s'agit d'une nouvelle bien troussée, un peu légère en tant qu'histoire complète, avec un dénouement très classique. Hickman et Pitarra ont également réalisé ensemble Les projets Manhattan.
On reste bien dans la veine Anouk Ricard avec un peu plus de sauce piquante que dans Animan sans aller jusqu'aux Coucous Bouzon. Des recettes à base d'humour simple (mais pas simpliste) et délicieusement absurde. Comme l'ensemble de son œuvre, il est possible que cet humour ne marche pas avec tout le monde.
Chez nous cette délicieuse débilité a conquis toute la famille.
Les Deux Vies de Baudouin, c’est du Fabien Toulmé pur jus. Dès les premières pages, on sent qu’il sait raconter, qu’il maîtrise son rythme. C’est une histoire classique sur la base du “premier jour du reste de ta vie”, un thème qui a été traité et retraité, souvent très bien. J’avoue avoir eu un peu peur de me lasser, mais ça fonctionne, et même mieux que prévu.
Le dessin est dans la continuité de ce que Toulmé fait habituellement, simple mais efficace, avec un plus cette fois : le travail sur la mise en couleur des flashbacks. C’est subtil, bien pensé, et ça ajoute vraiment une profondeur à la narration, rendant les allers-retours dans le temps beaucoup plus fluides. Chaque scène est à sa place, chaque émotion bien dosée.
Au final, c’est une belle histoire, portée par une mise en scène soignée. Toulmé confirme qu’il sait toucher là où il faut, sans en faire trop, et c’est ce qui rend cet album si agréable.
Album original par son dessin minimaliste et une mise en page très inventive. Original aussi par son scénario à tiroirs, qu'on a le temps d'ouvrir et fermer pendant plus de 1100 pages.
L'ensemble reste fluide même si j'ai trouvé quelques passages un peu longs.
L’idée de Karibou de positionner César en idiot le plus puissant de l’époque était déjà un concept comique qui m’avait interpelé. Force est d’avouer que l’exploitation de l’idée fonctionne très bien, même si je suis bon public.
Le dessin de Josselin Duparcmeur colle très bien au concept, avec un mélange de réalisme et d’inexpression des personnages qui met en exergue le décalage absurde entre le rôle et la bétise de César.
Le gaufrier vient renforcer une perception comic strip qui facilite la lecture et met l’ensemble dans une belle dynamique.
Au final, voilà une BD qui m’a fait “bien marrer” et cela tombe très bien, c’est ce que j’en attendais.
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L'Expert (Jennifer Daniel)
Un bon polar qui est plus qu'un polar en évoquant plusieurs sujets sociaux de l'Allemagne des années 70. Je rejoins les avis précédents concernant le dessin, le style de Jennifer Daniel a un côté naïf et parfois maladroit au premier abord, avec des perspectives et des échelles relatives étranges, mais j'ai été séduit par sa spontanéité. Les personnages sont esquissés de manière simpliste et les visages sont très simplifiés. Mais malgré cela, on devine leurs émotions. Dans l'ensemble, c'est une belle découverte.
L'Autoroute du soleil
Cela fait un moment que je me posais la question de l'acheter en lisant de très bons commentaires et en le voyant régulièrement dans des classements. Le dessin des personnages m'avait refroidi de prime abord. En fait comme avec Tronchet je m'y suis fait assez vite et j'ai beaucoup apprécié les décors et le travail en lavis, certaines cases sont magnifiques. Le scénario fonctionne très bien pour moi, un peu tiré par les cheveux sur les enchaînements de coïncidences mais je suis bon public et cela se prête très bien au genre road movie. Très bonne surprise.
Luthor (Superman - Lex Luthor)
Qu'est-ce qui fait courir Luthor ? - Dans les collaborations entre le scénariste Brian Azzarello et l'illustrateur Lee Bermejo, ce projet se situe entre Batman Deathblow (Après l'incendie) et Joker. Il s'agissait à la base d'une mini-série en cinq épisodes parue en 2005. Brian Azzarello s'essaie à l'exercice difficile de donner de l'épaisseur aux motivations d'un méchant : Lex Luthor, l'ennemi par excellence de Superman. Disons le tout net : le résultat est très convaincant. Lex Luthor en ressort animé d'une motivation réaliste et plausible qui le place clairement dans le camp des anti-Superman. Et Azzarello réussit cependant à nous le rendre, sinon sympathique, au moins plus proche et moins manichéen. Attention, il s'agit bien du Luthor manipulateur, cynique, cruel, violent et totalement égocentrique. Il commet au fil des pages plusieurs crimes de natures différentes. Mais sa logique est compréhensible et acceptable. L'histoire est magnifiquement illustrée par un Lee Bermejo au mieux de sa forme. Les pages sont parsemées de trouvailles graphiques qui montrent des aspects inattendus de personnages dotés de plus de 50 ans de continuité. L'aspect réaliste très urbain des séquences s'impose au lecteur grâce au graphisme très étudié. Les couleurs expriment également cette sensation de zone crépusculaire où le bien et le mal sont inextricablement liés et l'âme ne dispose pas de boussole facilement lisible. Enfin l'histoire prend le soin de ne pas oublier que ce personnage est fortement enraciné dans l'univers DC, et on voit ainsi apparaître Superman (dont la composante extra-terrestre est formidablement magnifiée), Bruce Wayne (Bermejo réinvente brillamment son aspect playboy) et son alter ego, et une nouvelle super-héroïne baptisée Espoir. Si vous avez aimé Joker, il y a fort à parier que vous trouverez votre compte dans cette histoire prenante et qui jette un éclairage complémentaire bienvenu sur Lex Luthor.
Un océan d'amour
Dessins superbes qui mettent en exergue une histoire simple mais pas simpliste, des petites choses qui nous touchent, des combats du quotidien loin d'être anodins. Le résultat est drôle et touchant, les personnages attachants. J'avais déjà été conquis par les précédents opus de Lupano et Panacionne, j'attendais naturellement beaucoup de celui-ci, et le moins que l'on puisse dire est que je n'ai pas été déçu. Bravo et merci.
Red Wing
Variation habile sur les paradoxes temporels - Il s'agit d'une histoire complète indépendante de toute autre, initialement parue sous la forme d'une minisérie en 4 épisodes publiés en 2011. le scénario est de Jonathan Hickman et les illustrations de Nick Pitarra. Plusieurs pilotes de Red Wing sont en train de voler dans le Tithonien (environ -150 millions d'années) ; ils effectuent un saut et se retrouvent à Paris, au vingt-et-unième siècle. La ville est dévastée et des sortes de sondes robotisées gigantesques sont en train de récupérer tous les matériaux possibles. Les pilotes de Red Wing engagent le combat, l'un des vaisseaux est touché, le pilote enclenche un saut et se délite en mourant de vieillesse car il avait perdu ses boucliers. Il s'appelait Robert Dorne. Une inscription apprend au lecteur que le temps n'est pas linéaire et qu'il n'y a pas de paradoxe. le récit se déroule au vingt-troisième siècle où Dominic Dorne et Valin Redd sont en train d'évaluer les chances de survie du père de Dominic, autour d'un verre. le lendemain, ils intègrent un escadron de Red Wing sous le commandement de Maye Lewis. Avant de voler, ils bénéficient d'un cours sur la forme du temps ; en effet ils sont amenés à mener une guerre dans le temps (à toutes les époques possibles et imaginables) contre un ennemi maîtrisant également le voyage dans le temps, dont ils ne connaissent ni l'identité, ni l'apparence. Les affrontements nécessitent plus d'intelligence que de technique de vol. La spécialité de Jonathan Hickman est de prendre une idée ou un concept qui semble avoir déjà été retourné dans tous les sens et de construire une structure narrative sophistiquée servant d'écrin à cette idée. Il faut comprendre par là que l'étude de caractère ou le développement psychologique des personnages passe largement au second plan. La longueur de cette histoire (4 épisodes) fait qu'elle s'apparente plus à une nouvelle, qu'à un récit au long cours. Une fois l'histoire terminée, le lecteur peut effectivement constater qu'Hickman avait une idée dont il a tiré le meilleur parti dans le cadre de cette nouvelle. L'idée d'Hickman est de considérer les voyages dans le temps sous un angle un peu différent. Dans le sous-sous-sous-genre de la science-fiction que sont les voyages dans le temps, il y a quelques schémas qui ont fini par se dégager. (1) le passé est immuable et les actions des voyageurs dans le temps concourent à la réalisation de ce passé immuable (exemple : je voyage dans le temps pour rencontrer le Christ et à force d'en parler les gens finissent par me prendre pour une sorte de prophète et je finis crucifié). (2) Chaque fois qu'un chononaute intervient dans le passé, ses actions génèrent une réalité divergente ce qui induit qu'il ne pourra jamais revenir dans sa réalité de départ. (3) Si vous voyagez dans le temps, surtout n'allez jamais, mais alors jamais jamais, à la rencontre de vous-même à une autre époque ; les paradoxes qui en découleraient provoqueraient la fin de monde. (4) Pour la majeure partie des scénaristes, le voyage dans le temps est soit basique (un individu remonte dans le passé pour rencontrer une figure historique), soit une source de paradoxes inextricables dont le scénariste n'arrive pas à se dépêtrer perdant pied dans les contradictions qu'il a lui-même générées, avec une céphalée carabinée pour le pauvre lecteur qui essaye d'y trouver une logique (il existe quelques contre-exemples bien construits tels que Universal War One). Du fait de son format court, Hickman louvoie avec adresse entre ces écueils. Par 2 fois un personnage expose une projection holographique de la structure du temps pour expliquer le principe des voyages effectués par les soldats (je n'ai pas été très convaincu par l'explication, mais elle fait illusion le temps du récit). En fait Hickman retient tout de suite l'attention du lecteur avec sa première scène où un escadron de Red Wing change d'époque pour échapper à ses poursuivants. Enfin un scénariste qui intègre le fait que pour des individus pouvant se déplacer dans le temps la fuite est simple comme bonjour (= il suffit de changer d'époque pour semer ses ennemis). Ça fait plaisir d'être pris pour un lecteur un peu évolué, biberonné aux paradoxes temporels. À partir de là Hickman s'amuse comme un petit fou avec son idée en mettant en scène la rechercher de Robert Dorme par son fils. Hickman tire le meilleur parti possible de son idée, en ayant recourt à des ellipses narratives qui lui permettent d'éviter de se prendre les pieds dans les replis du tapis temporel. le récit est rapide et drôle avec une variation inspirée sur la maxime de Saint Exupéry : nous n'héritons pas de la Terre, nous l'empruntons à nos enfants. Nick Pitarra dispose d'un atout majeur pour illustrer cette nouvelle : il a un goût pour la science-fiction qui ne se limite pas à des vaisseaux rutilants et des gros costauds en combinaison de vol. Pour commencer il ose concevoir les Red Wing avec une silhouette asymétrique qui leur donne une forme unique. Ensuite, il est tout aussi à l'aise lorsqu'il s'agit de concevoir ces vaisseaux charognards qui phagocytent les réserves du passé, une station orbitale, ou un verger de culture à bord de la station mère. Ses personnages disposent d'anatomies normales, pas balèze bodybuildé, pas de femmes exagérément sexuée. Il décrit avec clarté ce que demande le scénario. L'aspect concret de ses dessins fournit un ancrage nécessaire au caractère débridé du scénario. S'il n'y a pas de case dont le visuel ressorte fortement, il y a plusieurs séquences visuellement mémorables, à commencer par cette succession de sauts au cours de laquelle le pauvre pilote tombe littéralement en poussière du fait l'absence de bouclier de protection. Cette histoire s'apparente à une nouvelle de science-fiction racontant une guerre à travers le temps par des voyages à bords de vaisseaux, contre un ennemi non identifié. Jonathan Hickman dispose d'une bonne idée qu'il développe avec habileté pour éviter de se heurter aux habituelles limites logiques des voyages dans le temps. Nick Pitarra réalise une mise en images pragmatique qui permet à l'intrigue de tenir la route, avec quelques séquences remarquables. Il s'agit d'une nouvelle bien troussée, un peu légère en tant qu'histoire complète, avec un dénouement très classique. Hickman et Pitarra ont également réalisé ensemble Les projets Manhattan.
Ducky Coco
On reste bien dans la veine Anouk Ricard avec un peu plus de sauce piquante que dans Animan sans aller jusqu'aux Coucous Bouzon. Des recettes à base d'humour simple (mais pas simpliste) et délicieusement absurde. Comme l'ensemble de son œuvre, il est possible que cet humour ne marche pas avec tout le monde. Chez nous cette délicieuse débilité a conquis toute la famille.
Anatole(s)
Une vision douce amère, coutumière chez l’auteur, de la vie qui passe. Agréable, léger et profond en même temps. Le dessin peut paraître un peu fade.
Les Deux Vies de Baudouin
Les Deux Vies de Baudouin, c’est du Fabien Toulmé pur jus. Dès les premières pages, on sent qu’il sait raconter, qu’il maîtrise son rythme. C’est une histoire classique sur la base du “premier jour du reste de ta vie”, un thème qui a été traité et retraité, souvent très bien. J’avoue avoir eu un peu peur de me lasser, mais ça fonctionne, et même mieux que prévu. Le dessin est dans la continuité de ce que Toulmé fait habituellement, simple mais efficace, avec un plus cette fois : le travail sur la mise en couleur des flashbacks. C’est subtil, bien pensé, et ça ajoute vraiment une profondeur à la narration, rendant les allers-retours dans le temps beaucoup plus fluides. Chaque scène est à sa place, chaque émotion bien dosée. Au final, c’est une belle histoire, portée par une mise en scène soignée. Toulmé confirme qu’il sait toucher là où il faut, sans en faire trop, et c’est ce qui rend cet album si agréable.
L'Autre Fin du Monde
Album original par son dessin minimaliste et une mise en page très inventive. Original aussi par son scénario à tiroirs, qu'on a le temps d'ouvrir et fermer pendant plus de 1100 pages. L'ensemble reste fluide même si j'ai trouvé quelques passages un peu longs.
Salade César
L’idée de Karibou de positionner César en idiot le plus puissant de l’époque était déjà un concept comique qui m’avait interpelé. Force est d’avouer que l’exploitation de l’idée fonctionne très bien, même si je suis bon public. Le dessin de Josselin Duparcmeur colle très bien au concept, avec un mélange de réalisme et d’inexpression des personnages qui met en exergue le décalage absurde entre le rôle et la bétise de César. Le gaufrier vient renforcer une perception comic strip qui facilite la lecture et met l’ensemble dans une belle dynamique. Au final, voilà une BD qui m’a fait “bien marrer” et cela tombe très bien, c’est ce que j’en attendais.