Une bien belle histoire qui retrouve le ton de certaines légendes bretonnes, avec un climat à la fois prenant et angoissant.
Oger recrée un petit monde à la fois classique par son cadre et ses situations de départ, mais rehaussé par une vraie dimension sociale avec le réalisme de la présence d'une usine dans le bourg du récit, et des personnages tous très convaincants.
La narration avec un personnage qui raconte son expérience à un écrivain, permet de tenir le lecteur en haleine et donne une touche de nostalgie au récit, en même temps que plus de mystère à un scénario mené de main de maître, avec fluidité et inspiration.
Le dessin de Prugne, très élégant avec une belle gamme de couleurs sans effets inutiles, cerne parfaitement ce petit monde très intriguant, où les situations peuvent basculer à tout moment dans le fantastique, jusqu'à un dénouement que, personnellement, j'ai trouvé bien inspiré car plutôt imprévisible et dans la lignée d'un récit sans grandiloquence, qui prend le temps d'installer son climat et ne craint pas d'être parfois cruel.
Bref, une très belle trilogie, à découvrir sans hésiter.
Voilà une série formidable, tout simplement ! Elle se dévore d'une traite, et il est impossible de nier le talent des deux auteurs pour donner une oeuvre lisible et sans prétention.
Makyo livre des scénarios précis, denses, menés tambour battant pour créer un univers barbare et dépaysant, où les aventures d'un trio de jeunes gens s'enchaînent sans jamais être prévisibles ni ennuyeuses.
Pour ça, il faut dire l'intérêt que représentent les personnages, tous très bien croqués, et pour ce qui est des héros, attachants. Le scénariste possède un style très agréable à suivre et un sens du rythme décidément très habile. Son sens de l'imagination est à souligner, car la partie fantastique du récit est très habile et se marie à merveille avec l'ensemble très réaliste (et cruelle) de l'histoire jusqu'à un dénouement inattendu.
Le dessin de Rocco, dans une lignée très "Jijé-Giraud", se révèle aussi particulièrement efficace, et il donne corps sans défaillir à ce récit décidément passionnant et bien inspiré. Le trait est élégant, le graphisme maîtrisé et d'une grande beauté plastique, accompagné de couleurs agréables jamais envahissantes.
Au final, un très beau cycle de quatre albums qui mérite vraiment la découverte.
Canardo est une série qui se classe dans la catégorie des BD animalières "pour adultes" comme les rats de Ptiluc ou le Blacksad de Guarnido, dans un univers de polar où les scénarios font d'ailleurs oublié assez vite que l'on à affaire à des personnages au physique d'animaux, tant l'anthropomorphisme est poussé loin.
Mais ce qui fait pour moi tout l'intérêt de Canardo est surtout lié à un sens du dialogue caustique, de la réplique de film noir qui fait mouche, prononcée avec l'air désabusé de celui qui a déjà tout vu, alias notre canard en imper, toujours le bec entre deux bouteilles de bière (pas n'importe laquelle : de la Kluutch évidemment) mais à la lucidité néanmoins sans faille.
Un exemple de réplique canardesque : "Boire en plein décalage horaire, ça rend saoul plus tôt... c'est logique"
Néanmoins, il ne faudrait pas passer sous silence pour autant la réussite graphique de certains albums (comme "L' Amerzone"), même si l'on peut parfois être étonné par certains décors vite esquissés (en particulier dans "Noces de Brume" et "La cadillac blanche") qui donnent une curieuse impression de vide.
L'autre point fort de la série est une galerie de personnages hauts en couleur, qu'ils soient récurrents (Raspoutine, Carla, Garenni, Carmen) ou seulement de passage mais tous bien croqués (au propre comme au figuré).
J'ajouterais, pour finir, que c'est une de ces séries que je prends toujours plaisir à relire.
C'est l'histoire d'un p'tit gars de la campagne qui se fait embarquer par son frère dans un cambriolage qui tourne mal. Ca se passe dans l'Amérique des années 50, c'est dessiné de manière un peu vieillotte mais très réussie (notamment sur les voitures de l'époque), et l'histoire plus simple au départ, réserve de beaux rebondissements.
Le poisson-clown est une oeuvre sans grande prétention, mais qu'on n'arrive étrangement pas à lâcher une fois commencée : révélations faîtes sous forme de flash-back, personnages bien fouillés, un peu de romance... un bien bon cocktail au final.
Note : 3,5/5
Les autres récits, c’est l’ingrédient qui m’a le moins enthousiasmé dans la composition de l’album. Sept nouvelles de 2 à 5 pages dénotant pour la plupart une tonalité sombre et une dimension réflexive inhérente à l’œuvre de Marc Antoine Mathieu qui se pare, pour l’occasion, d’un réalisme assez inhabituel chez cet auteur. Au-delà de thèmes visités de façon plutôt pessimiste (le quotidien, la solitude, la mort ou le regret), chaque récit requiert une investigation intellectuelle plus personnelle pour réellement profiter de l’étendue psychologique et philosophique du propos. L’hiatus, c’est que la brièveté entraîne une certaine « brutalité » du message dont le potentiel de percussion et d’efficacité va se retrouver directement lié au « dialogue à distance » immédiat qui se crée avec l’artiste. Dès les premières cases, il est nécessaire d’établir une connivence, une connexion quasi instantanée des sensibilités auteur/lecteur. Ce n’est pas toujours le cas. Pour moi, cela a excellemment fonctionné avec Les pavés Saint-Eloi et à un degré moindre avec Le port de Nantes et La valise, les autres chroniques me laissant plus circonspect. Il en ira différemment pour chacun.
Mais venons-en à l’ascension, le morceau de choix. 19 pages de pur bonheur qui justifient à elles seules l’achat de l’album. En premier lieu, je me suis complu à une lecture oisive et contemplative me gorgeant de l’aspect visuel et de l’absurdité relative qui émergeait. Puis, pressentant toute l’ambition narrative, j’ai fouillé, creusé. Beaucoup. Chaque relecture m’a révélé une perspective métaphorique supplémentaire, à la saveur différente de la précédente, pour un plaisir qui s’intensifiait. Au-delà d’éventuelles allégories, physique (le passage progressif de l’enfant à l’âge adulte), religieuse (élévation de l’âme, aspiration divine), intellectuelle (progression de la connaissance et du savoir), voire sociale, c’est finalement la symbolique métaphysique qui m’a fasciné (intrinsèquement, elle contient d’ailleurs un peu toutes les autres).
La quête existentielle vertigineuse d’un homme qui s’extrait de sa « caverne platonicienne » et va se confronter à une réalité (il en existe sûrement plusieurs autres) dont il ne percevait que les « ombres », ces livres qu’il brûlait sans les comprendre, mais dont il ressentait confusément l’appel. En gravissant les marches de cette cathédrale, il s’élève à la compréhension, chaque palier (comme autant de représentations théoriques, figuratives, philosophiques…) affinant sa perception et son appréhension du monde. Une ascension « hiérarchisée » où l’Art, en raison de sa position (ultime niveau dans la progression du héros) et de sa mise en abyme (en tant que cadre architectural du récit), semble être désigné comme le catalyseur. Il va finalement découvrir la lumière, celle qui lui était exclusivement destinée dès l’instant où il a décidé d’aller la trouver (d’ailleurs, le dernier guide est aveugle : on confie le harem à l’eunuque), et plus qu’une réponse formelle et absolue à son parcours initiatique, elle lui dévoile en fait le vrai sens de sa recherche : la révélation de soi.
Bien sûr, toutes ces impressions évolueront selon les individus. Mais le principal n’est-il pas de dénicher de multiples sources de satisfaction dans l’interprétation personnelle, l’introspection et l’aspiration à sa propre vérité ?
Juste un petit mot du graphisme. La ligne est éclectique. Géométrique, stylisée, voire iconographique, dans l’ascension elle présente une neutralité qui privilégie la narration. Se faisant moins détachée et plus empathique dans les autres saynètes, elle induit un état émotionnel « invitatif » pour le lecteur. Le clair-obscur alimente à merveille ces deux univers en façonnant une lumière qui transcende le pouvoir de suggestion dans le premier et favorise un regard plus humain dans le second.
3/5 pour les autres récits. 4,5/5 pour l’ascension.
Je rebondis sur le dernier avis pour conseiller l'achat aux fans d'Hendrix mais aussi et surtout aux fans de Bill Sienkiewicz (Elektra, Daredevil, stray toaster) dont cet album constitue un retour aux affaires très attendu. Car depuis son "traumatisme" Big Numbers (Alan Moore, 2 numéros produits sur les 12 prévus), on n'avait eu que quelques illustrations à se mettre sous la dent, pour l'industrie cinématographique en particulier. Cet album marque donc son retour en confiance dans la bande dessinée, et quel retour ! Quel plaisir de le retrouver au sommet de son art, avec ce mélange d'esquisse épurée et de dessin peint (quel coloriste aussi !) si caractéristique. Souvent imité (Mac Kean, Templesmith, sans intentionnalité néanmoins) mais jamais égalé dans l'élégance et la finesse (les restes de l'école Neal Adams dont il était un clone à ses tout débuts). Un régal.
Pour ce qui est de l'histoire, je suis complètement en accord avec l'avis précédent de même si pour ma part, je n'ai pas une grande connaissance de l'oeuvre d'Hendrix et donc, je suis moins touché par sa musique. A noter d'ailleurs que, les auteurs avaient anticipé la remarque de Cassidy, puisque l'édition originale américaine de la BD est vendue avec un CD d'Hendrix (des enregistrements "maison" rares).
Note réelle : 3.5
Cette oeuvre ne plaira pas à tous. Elle est assez typée et possède des qualités mais aussi de grandes faiblesses qui la rendront totalement indigeste pour de nombreux lecteurs occidentaux.
Graphiquement, cette oeuvre est assez moyenne, si les personnages sont assez finement dessinés, le reste est assez simpliste et surtout les "déformations" typiques du manga sont omniprésentes. En fait, c'est tous les codes du manga qui sont présents dans cette oeuvre: le lycéen looser dont toutes les filles sont amoureuses, les caricatures des personnages pour exacerber leurs expressions, les "gouttes de sueurs" et autres artefacts du même genre, le fan service, etc... Bref, il est indispensable d'apprécier tous ces clichés pour apprécier cette oeuvre.
Mais passée cette barrière, l'oeuvre est prenante, les personnages sont attachants, l'humour (très japonais) bien présent et l'histoire sait se faire poignante par moment et plus légère à d'autres moments. Une alternance de guimauve et de légèreté (voire d'érotisme) qui est aussi le propre de ces shonen manga.
La version animée de ce manga ne reprend que les 2/3 premiers tomes en présentant les chapitres dans un ordre différent afin de donner un semblant de "fin", qui n'est que le commencement dans le manga. Bref, malgré une meilleure réalisation technique, préférez le manga à l'animé.
Dieu comme c’est drôle !
Le schéma est sobre, et régulier, les personnages touchants. J’avoue j’ai beaucoup ri.
Maintenant ça reste léger et il ne faut pas y chercher plus que de la détente.
Sur la politique il est aisé de caricaturer en sarcasme plutôt qu'en ironie, les multiples productions actuelles vont en ce sens hélas. Dans celle-ci pas du tout on a l’impression d’un respect pour le créateur pour son personnage tout en le mettant devant ses chimères.
C’est beau touchant simple, j’adore !
Dans plusieurs de ses bds, Joann Sfar cite ce commentaire de son rabbin : « La mort, c’est une honte ! Je m’en plains tous les jours à Dieu ! », je le plussois et c’est un peu la même chose qui me revient à l’esprit après avoir lu « Les funérailles de Luce » !
Je le dis dès maintenant : ce one-shot est une petite merveille ! Ok, il faudra tout de même aimer le dessin de Springer mais la bd regorge tellement de petits moments de tendresse et de finesse qu’il me semble difficile de ressortir indifférent de cette lecture.
A travers les regards de Luce, une petite fille mignonne toute pleine et curieuse, et de son grand-père, le lecteur est invité de suivre le quotidien d’un petit village provincial dont les habitants cohabitent au rythme de la vie et de la… mort.
Tiens, au fait, puisque le thème de la mort est le principal sujet des « Funérailles de Luce », sachiez que les discussions qui en découlent entre la jeune héroïne et son entourage ne versent jamais dans le tragique. De plus, les dialogues me sont apparus d’une justesse et d’une simplicité étonnantes !
Dans cette bd, j’ai également et hautement apprécié les séquences sans commentaire où le dessin expressif de Springer suffit à me procurer quelques frissons. J’ai eu également l’impression d’y découvrir des instants que j’ai réellement vécus surtout à la vue des planches se déroulant sur un marché.
J’adore le dessin de Springer pour cet album (cet auteur réalise également Volunteer chez les éditions Delcourt d’un style complètement différent aux « Funérailles de Luce » !). J’aime fortement son trait épais (ou gras) et d’un aspect charbonneux qui me rappelle une autre bd dessinée par Rémi Mabesoone que j’ai appréciée : Achevé d'imprimer.
« Les funérailles de Luce » m’est apparu comme un album émouvant qui ne me laissera pas un vague souvenir de sa lecture. En effet, le difficile thème de la mort y est abordé d’une façon tellement légère et juste qu’il me semble difficile de finir cette histoire sans méditer.
Les personnages que ce soit la fille, le grand-père, l’autre vieux, etc… sont tous attachants.
Au final, cet album est à découvrir absolument surtout si vous appréciez en plus le dessin de Springer !
C’est un très bon polar qu’ont réalisé ces auteurs.
L’histoire a pour cadre les mauvais côtés de Marseille : les « raves party », le trafic de la drogue, les courses poursuites entre la mafia et la police, la prostitution, le crime organisé… bref, on se croirait à Chicago !
Et si on ajoute que le scénariste a inséré dans sa bédé les inondations dont a été victime la citée phocéenne en 2000, on peut dire que cet album risque vite chez certains lecteurs de faire voler en éclats leurs belles images de Marseille !
Le dessin d'Olivier Thomas avec son encrage noir accentué est particulièrement adapté à cette ambiance assez glauque et malsaine.
Le découpage et la mise en page sont très dynamiques mais demandent tout de même un temps d’adaptation pour le lecteur à cause d’un certain manque de lisibilité dû à l’abondance de noir.
En attendant les deux prochains tomes, les amateurs de récits abordant la « french connection » ainsi que ceux qui aiment les polars crades et violents devraient adorer !
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L'Auberge du Bout du Monde
Une bien belle histoire qui retrouve le ton de certaines légendes bretonnes, avec un climat à la fois prenant et angoissant. Oger recrée un petit monde à la fois classique par son cadre et ses situations de départ, mais rehaussé par une vraie dimension sociale avec le réalisme de la présence d'une usine dans le bourg du récit, et des personnages tous très convaincants. La narration avec un personnage qui raconte son expérience à un écrivain, permet de tenir le lecteur en haleine et donne une touche de nostalgie au récit, en même temps que plus de mystère à un scénario mené de main de maître, avec fluidité et inspiration. Le dessin de Prugne, très élégant avec une belle gamme de couleurs sans effets inutiles, cerne parfaitement ce petit monde très intriguant, où les situations peuvent basculer à tout moment dans le fantastique, jusqu'à un dénouement que, personnellement, j'ai trouvé bien inspiré car plutôt imprévisible et dans la lignée d'un récit sans grandiloquence, qui prend le temps d'installer son climat et ne craint pas d'être parfois cruel. Bref, une très belle trilogie, à découvrir sans hésiter.
Le Jeu de Pourpre
Voilà une série formidable, tout simplement ! Elle se dévore d'une traite, et il est impossible de nier le talent des deux auteurs pour donner une oeuvre lisible et sans prétention. Makyo livre des scénarios précis, denses, menés tambour battant pour créer un univers barbare et dépaysant, où les aventures d'un trio de jeunes gens s'enchaînent sans jamais être prévisibles ni ennuyeuses. Pour ça, il faut dire l'intérêt que représentent les personnages, tous très bien croqués, et pour ce qui est des héros, attachants. Le scénariste possède un style très agréable à suivre et un sens du rythme décidément très habile. Son sens de l'imagination est à souligner, car la partie fantastique du récit est très habile et se marie à merveille avec l'ensemble très réaliste (et cruelle) de l'histoire jusqu'à un dénouement inattendu. Le dessin de Rocco, dans une lignée très "Jijé-Giraud", se révèle aussi particulièrement efficace, et il donne corps sans défaillir à ce récit décidément passionnant et bien inspiré. Le trait est élégant, le graphisme maîtrisé et d'une grande beauté plastique, accompagné de couleurs agréables jamais envahissantes. Au final, un très beau cycle de quatre albums qui mérite vraiment la découverte.
Canardo
Canardo est une série qui se classe dans la catégorie des BD animalières "pour adultes" comme les rats de Ptiluc ou le Blacksad de Guarnido, dans un univers de polar où les scénarios font d'ailleurs oublié assez vite que l'on à affaire à des personnages au physique d'animaux, tant l'anthropomorphisme est poussé loin. Mais ce qui fait pour moi tout l'intérêt de Canardo est surtout lié à un sens du dialogue caustique, de la réplique de film noir qui fait mouche, prononcée avec l'air désabusé de celui qui a déjà tout vu, alias notre canard en imper, toujours le bec entre deux bouteilles de bière (pas n'importe laquelle : de la Kluutch évidemment) mais à la lucidité néanmoins sans faille. Un exemple de réplique canardesque : "Boire en plein décalage horaire, ça rend saoul plus tôt... c'est logique" Néanmoins, il ne faudrait pas passer sous silence pour autant la réussite graphique de certains albums (comme "L' Amerzone"), même si l'on peut parfois être étonné par certains décors vite esquissés (en particulier dans "Noces de Brume" et "La cadillac blanche") qui donnent une curieuse impression de vide. L'autre point fort de la série est une galerie de personnages hauts en couleur, qu'ils soient récurrents (Raspoutine, Carla, Garenni, Carmen) ou seulement de passage mais tous bien croqués (au propre comme au figuré). J'ajouterais, pour finir, que c'est une de ces séries que je prends toujours plaisir à relire.
Le poisson-clown
C'est l'histoire d'un p'tit gars de la campagne qui se fait embarquer par son frère dans un cambriolage qui tourne mal. Ca se passe dans l'Amérique des années 50, c'est dessiné de manière un peu vieillotte mais très réussie (notamment sur les voitures de l'époque), et l'histoire plus simple au départ, réserve de beaux rebondissements. Le poisson-clown est une oeuvre sans grande prétention, mais qu'on n'arrive étrangement pas à lâcher une fois commencée : révélations faîtes sous forme de flash-back, personnages bien fouillés, un peu de romance... un bien bon cocktail au final. Note : 3,5/5
L'Ascension et autres récits
Les autres récits, c’est l’ingrédient qui m’a le moins enthousiasmé dans la composition de l’album. Sept nouvelles de 2 à 5 pages dénotant pour la plupart une tonalité sombre et une dimension réflexive inhérente à l’œuvre de Marc Antoine Mathieu qui se pare, pour l’occasion, d’un réalisme assez inhabituel chez cet auteur. Au-delà de thèmes visités de façon plutôt pessimiste (le quotidien, la solitude, la mort ou le regret), chaque récit requiert une investigation intellectuelle plus personnelle pour réellement profiter de l’étendue psychologique et philosophique du propos. L’hiatus, c’est que la brièveté entraîne une certaine « brutalité » du message dont le potentiel de percussion et d’efficacité va se retrouver directement lié au « dialogue à distance » immédiat qui se crée avec l’artiste. Dès les premières cases, il est nécessaire d’établir une connivence, une connexion quasi instantanée des sensibilités auteur/lecteur. Ce n’est pas toujours le cas. Pour moi, cela a excellemment fonctionné avec Les pavés Saint-Eloi et à un degré moindre avec Le port de Nantes et La valise, les autres chroniques me laissant plus circonspect. Il en ira différemment pour chacun. Mais venons-en à l’ascension, le morceau de choix. 19 pages de pur bonheur qui justifient à elles seules l’achat de l’album. En premier lieu, je me suis complu à une lecture oisive et contemplative me gorgeant de l’aspect visuel et de l’absurdité relative qui émergeait. Puis, pressentant toute l’ambition narrative, j’ai fouillé, creusé. Beaucoup. Chaque relecture m’a révélé une perspective métaphorique supplémentaire, à la saveur différente de la précédente, pour un plaisir qui s’intensifiait. Au-delà d’éventuelles allégories, physique (le passage progressif de l’enfant à l’âge adulte), religieuse (élévation de l’âme, aspiration divine), intellectuelle (progression de la connaissance et du savoir), voire sociale, c’est finalement la symbolique métaphysique qui m’a fasciné (intrinsèquement, elle contient d’ailleurs un peu toutes les autres). La quête existentielle vertigineuse d’un homme qui s’extrait de sa « caverne platonicienne » et va se confronter à une réalité (il en existe sûrement plusieurs autres) dont il ne percevait que les « ombres », ces livres qu’il brûlait sans les comprendre, mais dont il ressentait confusément l’appel. En gravissant les marches de cette cathédrale, il s’élève à la compréhension, chaque palier (comme autant de représentations théoriques, figuratives, philosophiques…) affinant sa perception et son appréhension du monde. Une ascension « hiérarchisée » où l’Art, en raison de sa position (ultime niveau dans la progression du héros) et de sa mise en abyme (en tant que cadre architectural du récit), semble être désigné comme le catalyseur. Il va finalement découvrir la lumière, celle qui lui était exclusivement destinée dès l’instant où il a décidé d’aller la trouver (d’ailleurs, le dernier guide est aveugle : on confie le harem à l’eunuque), et plus qu’une réponse formelle et absolue à son parcours initiatique, elle lui dévoile en fait le vrai sens de sa recherche : la révélation de soi. Bien sûr, toutes ces impressions évolueront selon les individus. Mais le principal n’est-il pas de dénicher de multiples sources de satisfaction dans l’interprétation personnelle, l’introspection et l’aspiration à sa propre vérité ? Juste un petit mot du graphisme. La ligne est éclectique. Géométrique, stylisée, voire iconographique, dans l’ascension elle présente une neutralité qui privilégie la narration. Se faisant moins détachée et plus empathique dans les autres saynètes, elle induit un état émotionnel « invitatif » pour le lecteur. Le clair-obscur alimente à merveille ces deux univers en façonnant une lumière qui transcende le pouvoir de suggestion dans le premier et favorise un regard plus humain dans le second. 3/5 pour les autres récits. 4,5/5 pour l’ascension.
Jimi Hendrix - La Légende du Voodoo Child
Je rebondis sur le dernier avis pour conseiller l'achat aux fans d'Hendrix mais aussi et surtout aux fans de Bill Sienkiewicz (Elektra, Daredevil, stray toaster) dont cet album constitue un retour aux affaires très attendu. Car depuis son "traumatisme" Big Numbers (Alan Moore, 2 numéros produits sur les 12 prévus), on n'avait eu que quelques illustrations à se mettre sous la dent, pour l'industrie cinématographique en particulier. Cet album marque donc son retour en confiance dans la bande dessinée, et quel retour ! Quel plaisir de le retrouver au sommet de son art, avec ce mélange d'esquisse épurée et de dessin peint (quel coloriste aussi !) si caractéristique. Souvent imité (Mac Kean, Templesmith, sans intentionnalité néanmoins) mais jamais égalé dans l'élégance et la finesse (les restes de l'école Neal Adams dont il était un clone à ses tout débuts). Un régal. Pour ce qui est de l'histoire, je suis complètement en accord avec l'avis précédent de même si pour ma part, je n'ai pas une grande connaissance de l'oeuvre d'Hendrix et donc, je suis moins touché par sa musique. A noter d'ailleurs que, les auteurs avaient anticipé la remarque de Cassidy, puisque l'édition originale américaine de la BD est vendue avec un CD d'Hendrix (des enregistrements "maison" rares).
DearS
Note réelle : 3.5 Cette oeuvre ne plaira pas à tous. Elle est assez typée et possède des qualités mais aussi de grandes faiblesses qui la rendront totalement indigeste pour de nombreux lecteurs occidentaux. Graphiquement, cette oeuvre est assez moyenne, si les personnages sont assez finement dessinés, le reste est assez simpliste et surtout les "déformations" typiques du manga sont omniprésentes. En fait, c'est tous les codes du manga qui sont présents dans cette oeuvre: le lycéen looser dont toutes les filles sont amoureuses, les caricatures des personnages pour exacerber leurs expressions, les "gouttes de sueurs" et autres artefacts du même genre, le fan service, etc... Bref, il est indispensable d'apprécier tous ces clichés pour apprécier cette oeuvre. Mais passée cette barrière, l'oeuvre est prenante, les personnages sont attachants, l'humour (très japonais) bien présent et l'histoire sait se faire poignante par moment et plus légère à d'autres moments. Une alternance de guimauve et de légèreté (voire d'érotisme) qui est aussi le propre de ces shonen manga. La version animée de ce manga ne reprend que les 2/3 premiers tomes en présentant les chapitres dans un ordre différent afin de donner un semblant de "fin", qui n'est que le commencement dans le manga. Bref, malgré une meilleure réalisation technique, préférez le manga à l'animé.
De Gaulle à la plage
Dieu comme c’est drôle ! Le schéma est sobre, et régulier, les personnages touchants. J’avoue j’ai beaucoup ri. Maintenant ça reste léger et il ne faut pas y chercher plus que de la détente. Sur la politique il est aisé de caricaturer en sarcasme plutôt qu'en ironie, les multiples productions actuelles vont en ce sens hélas. Dans celle-ci pas du tout on a l’impression d’un respect pour le créateur pour son personnage tout en le mettant devant ses chimères. C’est beau touchant simple, j’adore !
Les Funérailles de Luce
Dans plusieurs de ses bds, Joann Sfar cite ce commentaire de son rabbin : « La mort, c’est une honte ! Je m’en plains tous les jours à Dieu ! », je le plussois et c’est un peu la même chose qui me revient à l’esprit après avoir lu « Les funérailles de Luce » ! Je le dis dès maintenant : ce one-shot est une petite merveille ! Ok, il faudra tout de même aimer le dessin de Springer mais la bd regorge tellement de petits moments de tendresse et de finesse qu’il me semble difficile de ressortir indifférent de cette lecture. A travers les regards de Luce, une petite fille mignonne toute pleine et curieuse, et de son grand-père, le lecteur est invité de suivre le quotidien d’un petit village provincial dont les habitants cohabitent au rythme de la vie et de la… mort. Tiens, au fait, puisque le thème de la mort est le principal sujet des « Funérailles de Luce », sachiez que les discussions qui en découlent entre la jeune héroïne et son entourage ne versent jamais dans le tragique. De plus, les dialogues me sont apparus d’une justesse et d’une simplicité étonnantes ! Dans cette bd, j’ai également et hautement apprécié les séquences sans commentaire où le dessin expressif de Springer suffit à me procurer quelques frissons. J’ai eu également l’impression d’y découvrir des instants que j’ai réellement vécus surtout à la vue des planches se déroulant sur un marché. J’adore le dessin de Springer pour cet album (cet auteur réalise également Volunteer chez les éditions Delcourt d’un style complètement différent aux « Funérailles de Luce » !). J’aime fortement son trait épais (ou gras) et d’un aspect charbonneux qui me rappelle une autre bd dessinée par Rémi Mabesoone que j’ai appréciée : Achevé d'imprimer. « Les funérailles de Luce » m’est apparu comme un album émouvant qui ne me laissera pas un vague souvenir de sa lecture. En effet, le difficile thème de la mort y est abordé d’une façon tellement légère et juste qu’il me semble difficile de finir cette histoire sans méditer. Les personnages que ce soit la fille, le grand-père, l’autre vieux, etc… sont tous attachants. Au final, cet album est à découvrir absolument surtout si vous appréciez en plus le dessin de Springer !
Sans Pitié
C’est un très bon polar qu’ont réalisé ces auteurs. L’histoire a pour cadre les mauvais côtés de Marseille : les « raves party », le trafic de la drogue, les courses poursuites entre la mafia et la police, la prostitution, le crime organisé… bref, on se croirait à Chicago ! Et si on ajoute que le scénariste a inséré dans sa bédé les inondations dont a été victime la citée phocéenne en 2000, on peut dire que cet album risque vite chez certains lecteurs de faire voler en éclats leurs belles images de Marseille ! Le dessin d'Olivier Thomas avec son encrage noir accentué est particulièrement adapté à cette ambiance assez glauque et malsaine. Le découpage et la mise en page sont très dynamiques mais demandent tout de même un temps d’adaptation pour le lecteur à cause d’un certain manque de lisibilité dû à l’abondance de noir. En attendant les deux prochains tomes, les amateurs de récits abordant la « french connection » ainsi que ceux qui aiment les polars crades et violents devraient adorer !