Cendrillon enquête sur une série de meurtres.
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Il s'agit d'une histoire complète, pour laquelle le lecteur a besoin d'une connaissance réelle de la série Fables de Bill Willigham (premier tome de la série : Légendes en exil). Régulièrement, Willingham réalise des projets dérivés de cette série mère : 1001 nuits de neige (2006), Jack of Fables (2006, avec William Sturges), Peter & Max (2009), Cinderella (2009, écrit par Chris Roberson), Fairest (2012), Werewolves of the Heartland (2012).
Le tome commence par un texte de 8 pages dans lequel le Miroir Magique raconte comment cette histoire a commencé, alors qu'il se trouve encore dans le bureau de l'Hôtel de ville de Fabletown (toujours perdu dans une autre dimension), en compagnie des femmes grain d'orge, des têtes de pantins et de la tête de Frankenstein. Après un faux mouvement de l'une des petites grains d'orge, une tête roule vers lui et le brise en mille morceaux. Lorsqu'il reprend connaissance (après s'être reconstitué), il découvre des traces de pneus dans le bureau. La partie en bandes dessinées commence ensuite, découpée en courts chapitres. Dans le premier, Brock Blueheart (Stinky) est à bord de ladite voiture, accompagné par une femme. Old King Cole fait appel à Cinderella (Cendrillon) pour enquêter sur un meurtre qui vient de se produire : Morgane la Fey et madame Ford (2 sorcières du treizième étage). Sur les lieux du crime, Cinderella découvre une liste de 11 femmes (des Fables) qui semblent être les prochaines victimes.
Lorsque Fairest in all the land a été annoncé, le lecteur pouvait s'attendre à un recueil d'histoires courtes indépendantes, comme 1.001 nights of Snowfall du fait de la multitude d'artistes. En fait il s'agit bien d'une histoire unique et complète, faisant appel à plusieurs personnages de la série Fables. Dans la mesure où le personnage principal est Cinderella et qu'elle rencontre de nombreuses autres femmes de la série, ce tome s'inscrit bien dans le principe assez lâche de la série dérivée Fairest, mettant en avant des personnages féminins.
Finalement, Bill Willingham utilise une forme qu'il maîtrise bien, celle de l'enquête policière. Cinderella est la vedette des deux tiers de chapitres. Elle essaye de trouver un fil lui permettant de démêler l'écheveau, sans talent particulier d'enquêtrice. Elle tâtonne, se trompe, se fourvoie, n'arrive pas empêcher d'autres meurtres, trouve quelques pièces du puzzle qu'elle n'arrive pas à assembler, en trouve d'autres par hasard ou parce qu'on lui apporte, recueille des témoignages. de ce point de vue, le récit de Willingham est assez habile par ce parti pris prosaïque de montrer une personne procédant de manière empirique plus ou moins efficace.
Comme pour la toute première histoire de la série, le lecteur accompagne les démarches de l'enquêtrice en croisant moult personnages issus de contes divers et variés. Il y a quelques nouveaux personnages tels la fée Hadeon, les habitants du royaume d'Hybearnia ou Turgo de Nor. Il y a de nombreux personnages déjà croisés au fil de la centaine d'épisodes de la série Fables, des plus connus comme le maire Old King Cole, Blanche Neige, la Belle ou Lumi, aux moins connus comme Briar Rose, Bo Peep, ou Reynard, en passant par des seconds rôles réguliers comme Priscilla, Hillary et Robin Page ou Ozma, ou encore Stinky (pardon, Brock Blueheart, perdu de vue depuis quelques épisodes).
Ce qui rend cette lecture encore plus agréable, est que Willingham n'oublie une dose d'humour bon enfant, jouant sur plusieurs registres qu'il s'agisse d'un personnage comique comme Stinky, d'une situation absurde comme changer la roue d'une fée ou des têtes parlantes, de jeu sur le langage (le parler des habitants d'Hybearnia), ou encore la solution idiote au comportement irresponsable de Turgo de Nor (un amalgame étonnant entre le héros viril, le saoulard et le remède pire que le mal). Willingham joue également avec la forme du récit en introduisant un prologue et une conclusion sous forme de texte, narré par le miroir, où il se révèle un bon écrivain malicieux et capable de faire vivre le personnage du Miroir Magique.
Toujours du point de vue de la forme, le choix éditorial et conceptuel a conduit Willingham à faire appel à de nombreux artistes (21, sans compter les metteurs en couleurs, voir détail en fin de commentaire). Autant ce choix était judicieux dans 1001 nights of snowfall parce que chaque dessinateur illustrait une histoire consacrée à des personnages différents, autant ici, il ne se justifie pas puisqu'il s'agit d'une histoire continue. Mis à part les hiatus stylistiques occasionnés par le changement de dessinateurs toutes les 2 ou 4 pages, ils sont tous de bon niveau, avec certaines séquences plus savoureuses que d'autres. Parmi les pages les plus réussies, il est toujours agréable de retrouver Mark Buckingham (2 pages, dessinateur attitré de la série mère Fables), ou Adam Hughes (3 pages). Gene Ha réalise 7 pages magnifiques, comme à son habitude. Les pages de Chris Sprouse sont aisément reconnaissables, même si son encrage est un peu moins fin que d'habitude. Au milieu de ces illustrateurs issus d'horizon très différents, il est plus facile de repérer en quoi le style de Shawn McManus est hérité des comics de superhéros (avec une petite exagération très agréable pour cette scène de combat).
Si le lecteur s'attend à un recueil de type 1001 nights of snowfall, il sera un peu déçu par le changement incessant de dessinateurs dans une histoire continue qui ne justifie pas une telle alternance. Passé ce moment déconcertant, il découvrira une enquête bien troussée, avec quelques pages magnifiques, au milieu d'autres de bon niveau.
+++
+++ Les nombreux artistes ayant participé +++ (entre parenthèses le nombre de pages qu'ils dessinées, par séquence). Par exemple Meghan Hetrick a dessiné 3 séquences, l'une de 3 pages, une autre de 2 pages et une troisième de 4 pages).
Karl Kerschel (4 pages)
Renae de Liz (5 + 6 pages)
Fiona Meng (4 pages)
Mark Buckingham (2 pages)
Phil Noto (4 pages)
Meghan Hetrick (3 + 2 + 4 pages)
Russ Braun (7 + 5 pages)
Tony Akins (4 + 5 + 4 pages)
Gene Ha (7 pages)
Tula Lotay (3 pages)
Marley Zarcone (4 + 2 pages)
Ming Doyle (1 + 1 pages)
Chris Sprouse (9 pages)
Nimit Malavia (2 pages)
Dean Ormston (2 pages)
Kurt Huggins (4 + 1 pages)
Adam Hughes (3 pages)
Al Davison (5 pages)
Shawn McManus (7 pages)
Inaki Miranda (4 pages)
Kevin Maguire (4 pages)
Sean Murphy a encore frappé ! Depuis ma découverte du chef-d'oeuvre Batman - White Knight, je ne rate plus une sortie de cet auteur. C'est donc tout naturellement que quand j'ai aperçu cette couverture en magasin, j'ai acheté sans réfléchir. Achat fructueux, puisque le contenu est d'excellente qualité.
Comme toujours chez Murphy, le dessin est particulièrement immersif, valorisant parfaitement des séquences d'action musclées, et l'expression d'émotions authentiques. En effet, les personnages sont extrêmement travaillés et on s'attache à leurs émotions et à leur parcours avec beaucoup d'empathie. L'évolution des caractères est évidemment de mise et la conclusion se révèle sur ce point très satisfaisante, dans la mesure où elle donne vraiment l'impression d'avoir accompli du chemin.
Le défaut, peut-être, qu'on pourrait trouver à ce récit, est que, finalement, on reste dans une histoire de héros masqué, du poids d'un héritage trop lourd à porter, de doutes sur la légitimité du rôle de sauveur anonyme... et est-ce qu'on a pas eu tout ça en mieux dans la saga White Knight ? L'atmosphère est assez différente, mais on peut parfois avoir l'impression que Sean Murphy se contente de ressasser les mêmes thématiques, voire les mêmes ressorts scénaristiques que dans sa version de Batman. Cela reste extrêmement réussi, mais on peut trouver que l'impact émotionnel et narratif en seraient quelque peu réduit.
Malgré cet aspect, je suis toujours aussi séduit par le génie graphique de Murphy, son travail d'atmosphère formidable et son écriture subtile de personnages. Et si certains pourront s'en lasser, j'ai pour ma part l'impression de redécouvrir cet auteur génial à chaque nouvelle lecture que je fais de lui. J'ai en plus retrouvé ici le souffle des grandes épopées cinématographiques d'antan ou d'aujourd'hui, qui vont de la version Disney de Zorro à Sicario en passant par Les Sept Mercenaires. Le style de Murphy est puissamment cinématographique, et toutes les références qu'il convoque ici lui permettent de faire de ce Zorro : D'entre les morts une grande oeuvre qui relit avec un brio certain la légende de Zorro pour la moderniser sans jamais la trahir. Et ça, c'est fort.
Hommage à Jack Kirby : dérivatif, éhonté et distrayant
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En 2011, à la suite du crossover Flashpoint, DC Comics remet à zéro l'ensemble de son univers partagé dans une opération baptisée New 52. Parmi les 52 nouvelles séries lancées à cette occasion, se trouve celle attribuée à OMAC qui s'arrêtera au bout de 8 épisodes. Ce tome comprend donc l'intégralité de cette série, les épisodes 1 à 8 parus en 2011/2012.
L'entreprise Cadmus Industries est le leader en recherche génétique. Parmi ses employés à New York, se trouvent Kevin Kho, Jody Robbins (la petite amie de Kevin) et Tony Jay. Ce laboratoire principal est attaqué par un gros monstre bleu avec une iroquoise électrisée ; il est guidé dans son avancée par Brother Eye, une intelligence artificielle siégeant dans un satellite en orbite autour de la Terre. Après avoir récupéré les données et l'unité centrale du laboratoire secret de Cadmus, situé sous l'immeuble, Brother Eye envoie OMAC (One-Machine Attack Construct) dans d'autres missions qui s'avèrent toutes destinées à lutter contre l'organisation Cadmus.
Dès les premières pages, Dan Didio (scénario), Keith Giffen (co-scénariste et dessinateur) et Scott Koblish montrent clairement leur intention : rendre hommage à la création de Jack Kirby (8 épisodes regroupés dans O.M.A.C.), à la manière de Kirby. Ce n'est pas la première fois que Giffen s'approprie le style d'un confrère ; la critique lui avait déjà fortement reproché de plagier le style de Jose Muñoz (illustrateur par exemple de Carlos Gardel, avec Alex Sampayo). Ici il n'est pas possible de parler de plagiat. Didio et Giffen font du Kirby (en moins inspiré) de manière éhonté, pour le plaisir. C'est même tout à leur honneur (en particulier celui de Didio, alors numéro 1 de DC Comics avec Jim Lee) d'avoir choisi d'intégrer OMAC parmi les 52 nouvelles séries. Il assez ironique de constater que cette relance aura duré exactement autant de numéros que la série initiale de 1974.
Le ton de la série est donc dérivatif : rendre hommage à Kirby en donnant une nouvelle chance au personnage d'OMAC. le contexte de New 52 permet de tout reprendre à zéro, tout en incluant des références à la première incarnation, discernables par les fans, sans être indispensables à l'intrigue (ce que les anglophones appellent des easter eggs). Premier clin d'œil : Cadmus, une référence à la série Jimmy Olsen, l'une des parties du Fourth World de Jack Kirby. La deuxième référence est cette fois-ci graphique avec l'imposant OMAC en pleine page détruisant un mur de pierre dont la texture est rendue à la manière de Kirby. le titre permet également de mieux saisir l'état d'esprit des auteurs : Office Management Admist Chaos (c'est-à-dire OMAC en ne prenant que les initiales). Ils répèteront l'utilisation de l'acronyme pour les 8 épisodes en terminant par "Omit, Mutilate, And Cancel dont le dernier mot renvoie au sort de la série : annuler.
Dan Didio utilise une trame efficace : Brother Eye envoie OMAC neutraliser des agents de Cadmus. Il nourrit chaque nouvelle rencontre des créations de Kirby pour DC Comics, revues et corrigées d'une manière plus ou moins importante. À nouveau il s'agit d'un exercice dérivatif qui met surtout en avant l'inventivité de Jack Kirby, avec des emprunts tels que Dubbilex, Mokkari, et Sweet Leilani. Il y a même la mention d'un groupuscule baptisé "Command D", ce qui renvoie à la genèse du nom de Kamandi. de sont coté, Giffen singe le style de Kirby en lui empruntant surtout les poses de personnages pour des élans de vitalité débridée, et des démonstrations de force colossale.
Didio en profite pour commencer à tisser des liens avec d'autres séries du New 52, telles que Frankenstein, Agent of S.H.A.D.E., ou en incluant une apparition discrète de Pandora. Giffen se révèle très à l'aise pour représenter Frankenstein, avec son coté monstrueux et puissant, ou Father Time avec son apparence très second degré.
C'est donc dans une ambiance d'aventures premier degré et linéaire que le lecteur découvre cette nouvelle itération d'OMAC. Évidemment cette série dérivative n'égale pas l'original. Dans la mesure où Didio et Giffen recycle les idées de Kirby, il manque l'inventivité de la série originale, mais aussi sa dimension sociale a disparu. de la même manière si Giffen dessine à la manière de Kirby, il n'arrive à reproduire toutes les spécificités de son style. Il manque en particulier les effets d'abstraction par le jeu des ombres. Il est également un peu trop apparent que Giffen recopie quelques images directement sur celles de Kirby.
En fonction de votre sensibilité de lecteur, cette série peut se voir comme un hommage décomplexé à la créature de Kirby, et à son inventivité, pour des histoires amusantes et rapides. Ou alors il est également possible d'y voir un manque de créativité dans l'industrie moderne des comics, et un plagiat honteux de l'héritage des années passées, une exploitation commerciale posthume des créations de Jack Kirby spolié de droits d'auteur par le modèle économique américain en vigueur dans les comics.
Point de convergence
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Ce tome regroupe les épisodes 1 à 9 de la minisérie parue en 2011, ainsi que 2 histoires courtes parues dans la minisérie I'm an avenger. Tous les scénarios sont d'Allan Heinberg. Il vaut mieux avoir lu avant Affaires de famille la première minisérie des Youg Avengers.
Les Young Avengers (Vision, Wiccan, Hulkling, Hawkeye, Speed, Patriot et Stature) sont en train de se battre contre un groupe de terroristes (une phalange des Fils du Serpent). Iron Man, Ms. Marvel et Captain America arrivent pour les aider. Ils sont assez inquiets que le supposé lien de parenté entre Speed et Wiccan, avec Scarlet Witch puisse être réel et que Wiccan ait hérité des pouvoirs de sa mère. Ils ont encore en mémoire sa responsabilité dans les événements de House of M, et les terribles conséquences qui en ont découlé. Les Young Avengers n'ont pas l'intention de se laisser faire et ils décident de se mettre à la recherche de Wanda Maximoff, aidés malgré eux par Erik Lehnsherr (Magneto, le père de Wanda).
Avec le premier tome des Young Avengers, Allan Heinberg avait réussi le pari insensé de raconter une histoire passionnante avec des personnages dérivatifs de superhéros Marvel de premier plan, au milieu d'un paradoxe temporel. Ici il relève le défi de mettre en cohérence l'histoire de Wanda Maximoff. le lecteur retrouve avec plaisir les Young Avengers très attachants à nouveau dessinés par Jim Cheung pour la recherche d'un personnage historique de l'univers partagé Marvel, avec la participation des Avengers, de Magneto et d'encore un autre supercriminel emblématique de Marvel. Au fur et à mesure des pages, il devient évident qu'Allan Heinberg a une autre ambition que celle de développer ses personnages. Avec l'apparition de quelques Avengers, mais aussi de quelques X-Men (car Scarlet Witch a fait partie de la première équipe, mais elle a décimé la race des seconds et c'est une mutante), les Young Avengers ont peu de place pour exister. de fait Heinberg se concentre surtout sur Billy Kaplan (Wiccan) et son jumeau Thomas Sheperd (Speed). Mais au fil des dialogues, il apparaît que tous les Young Avengers s'expriment aussi bien que leurs aînés de plusieurs années et qu'ils disposent d'une connaissance encyclopédique des détails historiques de l'univers partagé Marvel que leur provenance en direct du futur ne suffit pas à expliquer complètement. Heinberg a du mal à faire croire au lecteur qu'il s'agit vraiment de jeunes adolescents.
D'ailleurs la recherche de Scarlet Witch est surtout l'occasion pour Allan Heinberg de plonger dans les recoins de son histoire compliquée. Il évoque bien sûr sa participation à la Fraternité des Mutants Maléfiques (Brotherhood of evil Mutants), sous la houlette de Magneto, alors qu'ils ignoraient leur lien de parenté, puis son incorporation aux Avengers, avec son frère Pietro (Quicksilver) sous le patronage de Captain America. Vient ensuite son mariage avec Vision (dans Vision And the Scarlet Witch), la naissance de leurs enfants dans A year in the life. Heinberg n'oublie pas rappeler les abus de pouvoir par Wanda possédée dans Knights of Wundagore et Darker than scarlet, ainsi que la disparition de son mari (dans A la recherche de la Vision). Il n'oublie ni ses liens avec Simon Williams (Wonder Man), ni le fait qu'elle a déjà fait une ou deux réapparitions plus ou moins oniriques dans l'univers Marvel 616 depuis House of M (devant Clint Barton dans Revolution, entre autres). Évidemment tous ces éléments prennent une place significative dans la narration, et additionnés aux combats de rigueur dans tout comics de superhéros qui se respecte, il finit par rester peu de place pour chaque personnage.
Au fil des pages, le lecteur se rend compte qu'Allan Heinberg a déplacé le centre d'intérêt de son histoire des Young Avengers, vers la continuité Marvel et la place occupée par Scarlet Witch dans cette continuité complexe. Il faut dire qu'il s'agit d'un personnage qui est apparu pour la première fois en mars 1964 dans l'épisode 4 de la série X-Men. Heinberg a l'art et la manière de mettre chaque événement en perspective, de redonner du sens à l'évolution du personnage et de revisiter des passages essentiels de l'histoire Marvel, même Avengers désassemblés prend logiquement sa place dans cette immense fresque. Pour le fan de Marvel, ce récit prend toute sa dimension mythique et permet même de distinguer un destin hors du commun pour Wanda. Pour caser tout ça, Heinberg a recours à de copieux dialogues et c'est un véritable tour de force qu'il réussit en chargeant chacun de ces rappels historiques d'une forte émotion grâce aux intérêts conflictuels des différents personnages. Comment Wiccan peut-il faire confiance à Magneto, ou aux Avengers, ou aux X-Men quant à ce qui se passera s'ils retrouvent Wanda ? Et d'ailleurs existe-t'il vraiment un lien de parenté ? Magneto est-il son grand-père ?
C'est un vrai plaisir que de retrouver les illustrations délicates de Jim Cheung qui a dessiné les 9 épisodes, avec un encrage de Rag Morales, aidé par Jim Cheung lui-même, John Livesay, Dave Mikis et Dexter Vines. Cheung sait conférer une apparence particulière à chaque personnage, leur donner un langage corporel expressif et nuancé. Il apporte un grand soin à chaque individu, avec un travail méticuleux sur les costumes. Les utilisations des superpouvoirs sont chatoyantes, hypnotisantes, tout autant que destructrices. Jim Cheung compose intelligemment chaque scène de foule ; les personnages ne sont jamais dessinés par couche superposées ou empilés les uns sur les autres, mais ils ont bien tous une relation spatiale sensée les uns par rapport aux autres. Chaque fois que Wanda est évoquée au travers d'un souvenir, elle est belle à croquer, à la fois fragile, féminine, puissante et mystérieuse. Dans les 2 tiers des pages, Jim Cheung prend le temps de dessiner les décors et là encore il ne se contente pas de quelques traits vite faits ; il conçoit un endroit particulier, pleinement réalisé. Sans être photoréalistes, tout en étant très détaillées, les illustrations de Cheung et Morales transportent le lecteur dans un monde empreint d'une touche de merveilleux, sans être infantile, une vraie vision artistique qui fait exister les personnages et leur personnalité dans le monde merveilleux des superhéros. Il est même possible de déceler ici ou là l'influence discrète des maîtres de Cheung de Jim Lee à Barry Windsor Smith (lors du démontage d'un robot dans la première page de l'épisode 3), en passant par Olivier Coipel.
Les courtes histoires complémentaires racontent comment les Young Avengers sont arrivés la première fois à l'Hôtel particulier des Avengers (petites difficultés avec les systèmes de sécurité, par Jim McCann et Chris Samnee), leur premier aperçu d'une arrivée de Thor (par Alan Davis et Mark Farmer). Elles sont sympathiques et anecdotiques.
Le titre de ce tome alerte le lecteur sur le contenu : il ne s'agit pas d'une histoire des Young Avengers, mais des Avengers. Allan Heinberg se focalise sur cette quête de Wanda Maximoff, sur l'histoire du personnage, sur l'impact de House of M sur les Avengers et les X-Men, sur les dilemmes insolubles, les cas de conscience si jamais Wanda Maximoff était vivante. Il donne une dimension fortement humaine à cette recherche en la racontant par les yeux de plusieurs personnages, à travers leurs sentiments, en particulier ceux de Wiccan et Speed. Cette histoire constitue à la fois l'aboutissement de celles initiées à partir de Avengers désassemblé, et le prologue à AvX . Le rythme du récit souffre par moment de cette volonté de mettre le plus de références possibles aux événements passés et tout expliquer, quitte parfois à sortir un coup de théâtre du chapeau (tel le mariage de l'épisode 4, d'une envergure telle qu'il est impossible que les Avengers n'en ait pas eu vent avant).
J'ai été très séduit par cette lecture de Manuele Fior comme je l'avais été par Les Variations d'Orsay. Une fois encore l'auteur nous renvoie dans le monde des musées et des érudits.
Il introduit ainsi une réflexion sur des êtres "passerelles" qui sont capables de rapprocher ce que tout sépare. "Un vrai trip" (p99) comme le souligne Ruben dans une ville de Berlin qui ne peut pas être mieux choisie pour illustrer cette thématique.
A travers la complexité du personnage de Teresa, brillantissime étudiante, toujours première dans les 100 m universitaires ou professionnels auxquels elle a participé, nous montre qu'il manque une part de chaos indispensable à un épanouissement total. Cette érudite en culture ancienne devra faire de la place à Dionysos dans son vécu.
Fior en abuse surement en multipliant les scènes de sexe souvent explicites mais cela s'inscrit dans la logique du récit.
Le final qui nous remet face à la tragédie du 9/11 invite aussi le lecteur à penser "la fin de l'Histoire" comme la chute du Mur l'avait fait entrevoir ou la mort de Toutankhamon il y a 3000 ans.
J'ai trouvé ce récit vraiment très bien construit avec ce parallèle très équilibré entre les deux situations. Fior y ajoute une remarque sur le temps et la perception du passé et du futur chez les Egyptiens que je ne connaissais pas et "qui demande réflexion" comme le dit Ruben.
Le très beau graphisme de Fior illustre à merveille l'intelligence du récit. Fior excelle dans le travail pictural qui renvoie aux époques évoquées. Le contraste des lumières et des dynamismes entre les deux époques est saisissant et participe totalement à la puissance narrative de l'histoire.
Une très belle lecture au titre énigmatique qui invite à voir plus loin.
Alors ce récit, je ne m'attendais pas à autant l'aimer ! C'est bien simple, j'ai fini la dernière page sur un grand éclat de rire. Parce qu'il y avait une pleine planche qui semblait être la chute, puis une chute excellente et surtout cette dernière leçon, que je trouve juste, hilarante et parfaitement bien amenée ! Une réussite, cette fin, une vraie réussite !
J'ai un faible pour les belles histoires d'amour, je ne m'en cache pas, et là c'est de la comédie romantique chorale qui se développe petit à petit, croisant les personnages nombreux dans un ballet qui finit par tresser le motif global. Et franchement, j'ai été carrément conquis ! Je suis partisan de ce genre d'histoires très feel good dans lequel plusieurs couples évoluent et changent, apportant progressivement leur petite pierre à l'histoire globale. On voit les interactions entre chacun, les petits moments où ils se croisent, mais c'est véritablement le final qui montre la façon dont chacun a influencé sur l'autre. Et franchement, j'ai été grandement surpris par la force du lien qui avait été tissé doucement, notamment dans le cas de Samir et son fameux "Tu ne sais pas observer" qui permet un tour de passe-passe qui m'a beaucoup amusé.
L'ensemble est servi par un bon dessin, parfaitement en accord avec l'ambiance. Je n'avais encore rien lu de Pinel, mais cette lecture ne sera pas la dernière. Quel plaisir de lecture ! Je n'en reviens pas d'être passé à côté alors que mon libraire l'avait en vitrine pendant un mois complet.
Recommandé !
Science-fiction baroque 'n' roll
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Il s'agit d'une histoire complète en 1 tome initialement parue en 1992.
Quelque part dans une autre galaxie, loin dans le futur (61ème siècle), les êtres humains ont conquis l'espace et trouvé le secret de l'immortalité. L'histoire commence sur l'un des 3 mondes de la Triad qui a été coupé du reste de la civilisation il y a des décennies de cela. Il y a des années ces planètes avaient été achetées par de riches propriétaires ayant réinstitué un gouvernement fondé sur une classe de nobles et une classe de paysans. Au début du récit, Brian Ironwolf participe à des actes révolutionnaires ayant pour objectif de renverser le système politique en place. Une escarmouche à bord d'un vaisseau spatial tourne mal et il plonge dans le coma pendant 8 ans. À son réveil, la révolution a fait long feu, mais il se replace rapidement au milieu d'intrigues complexes pour une lutte du pouvoir acharnée.
À la lecture de ce tome, il est possible que vous soyez déconcerté par l'un des personnages : Homer Glint et ses allusions à une déesse appelée Karen Sorensen. En fait cette histoire d'Ironwolf prend sa source à la fois dans le fait qu'Howard Chaykin avait créé ce personnage (Ironwolf) des années auparavant pour DC Comics, et dans une autres histoire appelée Twilight (illustrée par Jose Garcia Lopez) dans laquelle Chaykin s'amusait avec tous les personnages du futur de l'univers DC pour décrire une grande fresque de l'évolution de la race humaine. Il est toutefois possible de comprendre ce récit, sans rien savoir de tout cela. La forêt détruite au début a une grande importance car c'est à partir de ces arbres (dont le bois présente des propriétés neutralisant la gravité) qu'il est possible de construire des vaisseaux spatiaux.
Évidemment ce qui a fait que Fires of revolution reste dans les mémoires, c'est le nom de son dessinateur : Mike Mignola. Il s'agit là de l'un de ses derniers travaux pour DC, avant d'aller créer Hellboy en 1993, chez Dark Horse. Ses dessins sont encrés par Philip Craig Russel avec il avait déjà travaillé sur Batman : Gotham au XIXe siècle. Mignola se cale sur les visuels que Chaykin avait créés en 1973. Il y a des tartans écossais, des robes de bal du dix-huitième siècle, de très beaux bâtiments haussmanniens, ces vaisseaux spatiaux particuliers qui mélangent les structures métalliques de Gustave Eiffel, avec des planches de bois, des vampires très ténébreux, des lions anthropomorphes, etc.
Il y a aussi le style de Mike Mignola qui transforme toutes ces bizarreries. le lecteur retrouve sa forte propension à omettre les décors qui n'est pas encore contrebalancée par son utilisation magistrale de la couleur noir qui n'apparaîtra qu'à partir d'Hellboy. Passés ces deux défauts de jeunesse, Mignola crée des visuels d'un autre monde, d'une autre époque, au charme fou. Il y a l'apparence des vampires nimbés d'une aura de mystère impénétrable. Il y a les scènes de foules qui évoquent tour à tour la révolution française et le bal du 14 juillet, et une incroyable scène de bal masqué. Il y a quelques gags visuels discrets comme ce rétiaire qui combat un poulet géant. Il y a le museau des créatures léonines. Il y les hommes de main armés en train de massacrer la foule, etc. Déjà, Mike Mignola dose parfaitement ce qu'il montre et ce qu'il suggère pour une efficacité subtile. L'encrage de Philip Craig Russell et d'une délicatesse extrême et il complète quelques éléments de costumes (les cols de robes de bal) ou de décors en apportant un degré de finesse exquis.
Pour cette histoire, Howard Chaykin a fourni la trame (et visiblement la structure un peu alambiquée de distillation d'informations éparses). À cette époque, il travaillait avec John Francis Moore qu'il avait pris comme assistant et dont il a lancé la carrière dans le monde des comics. Il est facile de reconnaître la patte de Chaykin dans la thématique politique (la lutte des classes) et dans la touche de science-fiction. Il est vraisemblable que John Francis Moore a rédigé les dialogues et les commentaires. Il a chois un style assez écrit avec des exposés quasi-systématiques sur les tenants et les aboutissants politiques de chaque situation. Ce n'est pas vraiment désagréable, ça aboutit à une science-fiction légèrement politisée (pas trop quand même, ce n'est pas du Toqueville), mais aussi à une narration parfois un peu pesante avec des dialogues assez artificiels. En particulier la scène se déroulant sur la planète Omicron ne reste digeste que grâce aux visuels de Mike Mignola.
Alors cette histoire constitue une bonne aventure de science-fiction qui cultive intelligemment son coté rétro par les thèmes abordés et par le style des illustrations, avec une vraie volonté de proposer des scènes visuellement intéressantes et séduisantes.
Je n'ai pas lu le roman source de Victoria Mas ni vu le film qui en a été adapté. Mon avis porte donc uniquement sur les qualités de la série indépendamment de ces œuvres.
J'ai été séduit par ce personnage d'Eugénie, jeune fille intelligente et insoumise. Les autrices positionnent l'action du récit dans le contexte de la fin du XIXème siècle où le spiritisme venu des USA connait une forte attraction. La pauvre Eugénie va donc être coincée entre un monde scientifique matérialiste et un ordre bourgeois tous les deux dirigés d'une main de fer par les hommes imbus de leurs positions dominantes.
Les autrices nous replongent avec brutalité et justesse dans une société où la parole du père de famille suffisait pour vous envoyer en détention (asile ou maison de correction). Le récit est prenant et se lit très facilement malgré la lourdeur de la thématique.
Les belles aquarelles d'Arianna Melone donnent beaucoup de rythme et d'expressivité à la narration. L'accent est donné sur les comportements des patientes et l'ambiance d'enfermement injuste vécue par ces jeunes femmes.
Cela touche souvent plus au cœur qu'à la raison puisque l'élément fantastique du spiritisme est très présent. Toutefois comme je l'ai déjà dit l'époque crédibilise le contexte de cette croyance (Victor Hugo en fut adepte un moment).
Une belle lecture qui ne s'adresse pas seulement aux femmes bien au contraire.
C'est le premier ouvrage d'Alexandre Clerisse que je lis et j'ai été bien séduit par sa créativité.
En premier lieu la construction " en Chifoumi" interpelle par sa technicité. Trois personnages à trois époques qui se répondent dans une narration en boucle pas toujours simple à suivre. De plus l'auteur introduit une réflexion sur la création et son positionnement face à la technique. Les trois personnages sont face à un inconnu majeur pour le futur de leur passion : l'imprimerie pour Léon, l'ordinateur pour Max et la dématérialisation complète pour Suzie.
Il faut pourtant aller de l'avant et franchir ces portes pleines d'inconnues voire de dangers. "Sais-tu où tu vas ?" est une réplique clé du récit et comme le souligne dans son avis Mac Arthur sur le final proposé, la réponse n'est pas si évidente.
Le graphisme de Clérisse fait à la fois preuve d'originalité et renvoie comme un hommage au travail des enluminures des moines copistes du Moyen-Âge. La composition très travaillée de certaines planches rappelle Bosch ou Dürer.
J'ai lu donc cet ouvrage comme une œuvre originale et ambitieuse, peut-être pas aussi aboutie que le souhaiteraient certains lecteurs mais vraiment digne d'intérêt. 3.5
Excellent mais trop court ! C’est dommage de voir des intrigues de cette qualité condensées en un seul tome, ce qui oblige à avancer trop rapidement dans l'histoire. Cela dit, c’est tout de même très bon. J’aime beaucoup être surpris et voir des choses qui sortent du schéma classique où tout est presque parfait pour nous satisfaire dans nos émotions. Ici, l’originalité est au rendez-vous. Le dessin est superbe, on passe un bon moment de lecture, mais, comme beaucoup je suis un peu frustré par le manque de développement de certains personnages et de l’intrigue, qui auraient pu être plus approfondis. M'enfin bon, la BD mérite tout de même sa bonne note.
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Fairest - Les Belles et la Bête
Cendrillon enquête sur une série de meurtres. - Il s'agit d'une histoire complète, pour laquelle le lecteur a besoin d'une connaissance réelle de la série Fables de Bill Willigham (premier tome de la série : Légendes en exil). Régulièrement, Willingham réalise des projets dérivés de cette série mère : 1001 nuits de neige (2006), Jack of Fables (2006, avec William Sturges), Peter & Max (2009), Cinderella (2009, écrit par Chris Roberson), Fairest (2012), Werewolves of the Heartland (2012). Le tome commence par un texte de 8 pages dans lequel le Miroir Magique raconte comment cette histoire a commencé, alors qu'il se trouve encore dans le bureau de l'Hôtel de ville de Fabletown (toujours perdu dans une autre dimension), en compagnie des femmes grain d'orge, des têtes de pantins et de la tête de Frankenstein. Après un faux mouvement de l'une des petites grains d'orge, une tête roule vers lui et le brise en mille morceaux. Lorsqu'il reprend connaissance (après s'être reconstitué), il découvre des traces de pneus dans le bureau. La partie en bandes dessinées commence ensuite, découpée en courts chapitres. Dans le premier, Brock Blueheart (Stinky) est à bord de ladite voiture, accompagné par une femme. Old King Cole fait appel à Cinderella (Cendrillon) pour enquêter sur un meurtre qui vient de se produire : Morgane la Fey et madame Ford (2 sorcières du treizième étage). Sur les lieux du crime, Cinderella découvre une liste de 11 femmes (des Fables) qui semblent être les prochaines victimes. Lorsque Fairest in all the land a été annoncé, le lecteur pouvait s'attendre à un recueil d'histoires courtes indépendantes, comme 1.001 nights of Snowfall du fait de la multitude d'artistes. En fait il s'agit bien d'une histoire unique et complète, faisant appel à plusieurs personnages de la série Fables. Dans la mesure où le personnage principal est Cinderella et qu'elle rencontre de nombreuses autres femmes de la série, ce tome s'inscrit bien dans le principe assez lâche de la série dérivée Fairest, mettant en avant des personnages féminins. Finalement, Bill Willingham utilise une forme qu'il maîtrise bien, celle de l'enquête policière. Cinderella est la vedette des deux tiers de chapitres. Elle essaye de trouver un fil lui permettant de démêler l'écheveau, sans talent particulier d'enquêtrice. Elle tâtonne, se trompe, se fourvoie, n'arrive pas empêcher d'autres meurtres, trouve quelques pièces du puzzle qu'elle n'arrive pas à assembler, en trouve d'autres par hasard ou parce qu'on lui apporte, recueille des témoignages. de ce point de vue, le récit de Willingham est assez habile par ce parti pris prosaïque de montrer une personne procédant de manière empirique plus ou moins efficace. Comme pour la toute première histoire de la série, le lecteur accompagne les démarches de l'enquêtrice en croisant moult personnages issus de contes divers et variés. Il y a quelques nouveaux personnages tels la fée Hadeon, les habitants du royaume d'Hybearnia ou Turgo de Nor. Il y a de nombreux personnages déjà croisés au fil de la centaine d'épisodes de la série Fables, des plus connus comme le maire Old King Cole, Blanche Neige, la Belle ou Lumi, aux moins connus comme Briar Rose, Bo Peep, ou Reynard, en passant par des seconds rôles réguliers comme Priscilla, Hillary et Robin Page ou Ozma, ou encore Stinky (pardon, Brock Blueheart, perdu de vue depuis quelques épisodes). Ce qui rend cette lecture encore plus agréable, est que Willingham n'oublie une dose d'humour bon enfant, jouant sur plusieurs registres qu'il s'agisse d'un personnage comique comme Stinky, d'une situation absurde comme changer la roue d'une fée ou des têtes parlantes, de jeu sur le langage (le parler des habitants d'Hybearnia), ou encore la solution idiote au comportement irresponsable de Turgo de Nor (un amalgame étonnant entre le héros viril, le saoulard et le remède pire que le mal). Willingham joue également avec la forme du récit en introduisant un prologue et une conclusion sous forme de texte, narré par le miroir, où il se révèle un bon écrivain malicieux et capable de faire vivre le personnage du Miroir Magique. Toujours du point de vue de la forme, le choix éditorial et conceptuel a conduit Willingham à faire appel à de nombreux artistes (21, sans compter les metteurs en couleurs, voir détail en fin de commentaire). Autant ce choix était judicieux dans 1001 nights of snowfall parce que chaque dessinateur illustrait une histoire consacrée à des personnages différents, autant ici, il ne se justifie pas puisqu'il s'agit d'une histoire continue. Mis à part les hiatus stylistiques occasionnés par le changement de dessinateurs toutes les 2 ou 4 pages, ils sont tous de bon niveau, avec certaines séquences plus savoureuses que d'autres. Parmi les pages les plus réussies, il est toujours agréable de retrouver Mark Buckingham (2 pages, dessinateur attitré de la série mère Fables), ou Adam Hughes (3 pages). Gene Ha réalise 7 pages magnifiques, comme à son habitude. Les pages de Chris Sprouse sont aisément reconnaissables, même si son encrage est un peu moins fin que d'habitude. Au milieu de ces illustrateurs issus d'horizon très différents, il est plus facile de repérer en quoi le style de Shawn McManus est hérité des comics de superhéros (avec une petite exagération très agréable pour cette scène de combat). Si le lecteur s'attend à un recueil de type 1001 nights of snowfall, il sera un peu déçu par le changement incessant de dessinateurs dans une histoire continue qui ne justifie pas une telle alternance. Passé ce moment déconcertant, il découvrira une enquête bien troussée, avec quelques pages magnifiques, au milieu d'autres de bon niveau. +++ +++ Les nombreux artistes ayant participé +++ (entre parenthèses le nombre de pages qu'ils dessinées, par séquence). Par exemple Meghan Hetrick a dessiné 3 séquences, l'une de 3 pages, une autre de 2 pages et une troisième de 4 pages). Karl Kerschel (4 pages) Renae de Liz (5 + 6 pages) Fiona Meng (4 pages) Mark Buckingham (2 pages) Phil Noto (4 pages) Meghan Hetrick (3 + 2 + 4 pages) Russ Braun (7 + 5 pages) Tony Akins (4 + 5 + 4 pages) Gene Ha (7 pages) Tula Lotay (3 pages) Marley Zarcone (4 + 2 pages) Ming Doyle (1 + 1 pages) Chris Sprouse (9 pages) Nimit Malavia (2 pages) Dean Ormston (2 pages) Kurt Huggins (4 + 1 pages) Adam Hughes (3 pages) Al Davison (5 pages) Shawn McManus (7 pages) Inaki Miranda (4 pages) Kevin Maguire (4 pages)
Zorro - D'entre les morts
Sean Murphy a encore frappé ! Depuis ma découverte du chef-d'oeuvre Batman - White Knight, je ne rate plus une sortie de cet auteur. C'est donc tout naturellement que quand j'ai aperçu cette couverture en magasin, j'ai acheté sans réfléchir. Achat fructueux, puisque le contenu est d'excellente qualité. Comme toujours chez Murphy, le dessin est particulièrement immersif, valorisant parfaitement des séquences d'action musclées, et l'expression d'émotions authentiques. En effet, les personnages sont extrêmement travaillés et on s'attache à leurs émotions et à leur parcours avec beaucoup d'empathie. L'évolution des caractères est évidemment de mise et la conclusion se révèle sur ce point très satisfaisante, dans la mesure où elle donne vraiment l'impression d'avoir accompli du chemin. Le défaut, peut-être, qu'on pourrait trouver à ce récit, est que, finalement, on reste dans une histoire de héros masqué, du poids d'un héritage trop lourd à porter, de doutes sur la légitimité du rôle de sauveur anonyme... et est-ce qu'on a pas eu tout ça en mieux dans la saga White Knight ? L'atmosphère est assez différente, mais on peut parfois avoir l'impression que Sean Murphy se contente de ressasser les mêmes thématiques, voire les mêmes ressorts scénaristiques que dans sa version de Batman. Cela reste extrêmement réussi, mais on peut trouver que l'impact émotionnel et narratif en seraient quelque peu réduit. Malgré cet aspect, je suis toujours aussi séduit par le génie graphique de Murphy, son travail d'atmosphère formidable et son écriture subtile de personnages. Et si certains pourront s'en lasser, j'ai pour ma part l'impression de redécouvrir cet auteur génial à chaque nouvelle lecture que je fais de lui. J'ai en plus retrouvé ici le souffle des grandes épopées cinématographiques d'antan ou d'aujourd'hui, qui vont de la version Disney de Zorro à Sicario en passant par Les Sept Mercenaires. Le style de Murphy est puissamment cinématographique, et toutes les références qu'il convoque ici lui permettent de faire de ce Zorro : D'entre les morts une grande oeuvre qui relit avec un brio certain la légende de Zorro pour la moderniser sans jamais la trahir. Et ça, c'est fort.
Omac - L'Arme ultime
Hommage à Jack Kirby : dérivatif, éhonté et distrayant - En 2011, à la suite du crossover Flashpoint, DC Comics remet à zéro l'ensemble de son univers partagé dans une opération baptisée New 52. Parmi les 52 nouvelles séries lancées à cette occasion, se trouve celle attribuée à OMAC qui s'arrêtera au bout de 8 épisodes. Ce tome comprend donc l'intégralité de cette série, les épisodes 1 à 8 parus en 2011/2012. L'entreprise Cadmus Industries est le leader en recherche génétique. Parmi ses employés à New York, se trouvent Kevin Kho, Jody Robbins (la petite amie de Kevin) et Tony Jay. Ce laboratoire principal est attaqué par un gros monstre bleu avec une iroquoise électrisée ; il est guidé dans son avancée par Brother Eye, une intelligence artificielle siégeant dans un satellite en orbite autour de la Terre. Après avoir récupéré les données et l'unité centrale du laboratoire secret de Cadmus, situé sous l'immeuble, Brother Eye envoie OMAC (One-Machine Attack Construct) dans d'autres missions qui s'avèrent toutes destinées à lutter contre l'organisation Cadmus. Dès les premières pages, Dan Didio (scénario), Keith Giffen (co-scénariste et dessinateur) et Scott Koblish montrent clairement leur intention : rendre hommage à la création de Jack Kirby (8 épisodes regroupés dans O.M.A.C.), à la manière de Kirby. Ce n'est pas la première fois que Giffen s'approprie le style d'un confrère ; la critique lui avait déjà fortement reproché de plagier le style de Jose Muñoz (illustrateur par exemple de Carlos Gardel, avec Alex Sampayo). Ici il n'est pas possible de parler de plagiat. Didio et Giffen font du Kirby (en moins inspiré) de manière éhonté, pour le plaisir. C'est même tout à leur honneur (en particulier celui de Didio, alors numéro 1 de DC Comics avec Jim Lee) d'avoir choisi d'intégrer OMAC parmi les 52 nouvelles séries. Il assez ironique de constater que cette relance aura duré exactement autant de numéros que la série initiale de 1974. Le ton de la série est donc dérivatif : rendre hommage à Kirby en donnant une nouvelle chance au personnage d'OMAC. le contexte de New 52 permet de tout reprendre à zéro, tout en incluant des références à la première incarnation, discernables par les fans, sans être indispensables à l'intrigue (ce que les anglophones appellent des easter eggs). Premier clin d'œil : Cadmus, une référence à la série Jimmy Olsen, l'une des parties du Fourth World de Jack Kirby. La deuxième référence est cette fois-ci graphique avec l'imposant OMAC en pleine page détruisant un mur de pierre dont la texture est rendue à la manière de Kirby. le titre permet également de mieux saisir l'état d'esprit des auteurs : Office Management Admist Chaos (c'est-à-dire OMAC en ne prenant que les initiales). Ils répèteront l'utilisation de l'acronyme pour les 8 épisodes en terminant par "Omit, Mutilate, And Cancel dont le dernier mot renvoie au sort de la série : annuler. Dan Didio utilise une trame efficace : Brother Eye envoie OMAC neutraliser des agents de Cadmus. Il nourrit chaque nouvelle rencontre des créations de Kirby pour DC Comics, revues et corrigées d'une manière plus ou moins importante. À nouveau il s'agit d'un exercice dérivatif qui met surtout en avant l'inventivité de Jack Kirby, avec des emprunts tels que Dubbilex, Mokkari, et Sweet Leilani. Il y a même la mention d'un groupuscule baptisé "Command D", ce qui renvoie à la genèse du nom de Kamandi. de sont coté, Giffen singe le style de Kirby en lui empruntant surtout les poses de personnages pour des élans de vitalité débridée, et des démonstrations de force colossale. Didio en profite pour commencer à tisser des liens avec d'autres séries du New 52, telles que Frankenstein, Agent of S.H.A.D.E., ou en incluant une apparition discrète de Pandora. Giffen se révèle très à l'aise pour représenter Frankenstein, avec son coté monstrueux et puissant, ou Father Time avec son apparence très second degré. C'est donc dans une ambiance d'aventures premier degré et linéaire que le lecteur découvre cette nouvelle itération d'OMAC. Évidemment cette série dérivative n'égale pas l'original. Dans la mesure où Didio et Giffen recycle les idées de Kirby, il manque l'inventivité de la série originale, mais aussi sa dimension sociale a disparu. de la même manière si Giffen dessine à la manière de Kirby, il n'arrive à reproduire toutes les spécificités de son style. Il manque en particulier les effets d'abstraction par le jeu des ombres. Il est également un peu trop apparent que Giffen recopie quelques images directement sur celles de Kirby. En fonction de votre sensibilité de lecteur, cette série peut se voir comme un hommage décomplexé à la créature de Kirby, et à son inventivité, pour des histoires amusantes et rapides. Ou alors il est également possible d'y voir un manque de créativité dans l'industrie moderne des comics, et un plagiat honteux de l'héritage des années passées, une exploitation commerciale posthume des créations de Jack Kirby spolié de droits d'auteur par le modèle économique américain en vigueur dans les comics.
Avengers - La Croisade des enfants
Point de convergence - Ce tome regroupe les épisodes 1 à 9 de la minisérie parue en 2011, ainsi que 2 histoires courtes parues dans la minisérie I'm an avenger. Tous les scénarios sont d'Allan Heinberg. Il vaut mieux avoir lu avant Affaires de famille la première minisérie des Youg Avengers. Les Young Avengers (Vision, Wiccan, Hulkling, Hawkeye, Speed, Patriot et Stature) sont en train de se battre contre un groupe de terroristes (une phalange des Fils du Serpent). Iron Man, Ms. Marvel et Captain America arrivent pour les aider. Ils sont assez inquiets que le supposé lien de parenté entre Speed et Wiccan, avec Scarlet Witch puisse être réel et que Wiccan ait hérité des pouvoirs de sa mère. Ils ont encore en mémoire sa responsabilité dans les événements de House of M, et les terribles conséquences qui en ont découlé. Les Young Avengers n'ont pas l'intention de se laisser faire et ils décident de se mettre à la recherche de Wanda Maximoff, aidés malgré eux par Erik Lehnsherr (Magneto, le père de Wanda). Avec le premier tome des Young Avengers, Allan Heinberg avait réussi le pari insensé de raconter une histoire passionnante avec des personnages dérivatifs de superhéros Marvel de premier plan, au milieu d'un paradoxe temporel. Ici il relève le défi de mettre en cohérence l'histoire de Wanda Maximoff. le lecteur retrouve avec plaisir les Young Avengers très attachants à nouveau dessinés par Jim Cheung pour la recherche d'un personnage historique de l'univers partagé Marvel, avec la participation des Avengers, de Magneto et d'encore un autre supercriminel emblématique de Marvel. Au fur et à mesure des pages, il devient évident qu'Allan Heinberg a une autre ambition que celle de développer ses personnages. Avec l'apparition de quelques Avengers, mais aussi de quelques X-Men (car Scarlet Witch a fait partie de la première équipe, mais elle a décimé la race des seconds et c'est une mutante), les Young Avengers ont peu de place pour exister. de fait Heinberg se concentre surtout sur Billy Kaplan (Wiccan) et son jumeau Thomas Sheperd (Speed). Mais au fil des dialogues, il apparaît que tous les Young Avengers s'expriment aussi bien que leurs aînés de plusieurs années et qu'ils disposent d'une connaissance encyclopédique des détails historiques de l'univers partagé Marvel que leur provenance en direct du futur ne suffit pas à expliquer complètement. Heinberg a du mal à faire croire au lecteur qu'il s'agit vraiment de jeunes adolescents. D'ailleurs la recherche de Scarlet Witch est surtout l'occasion pour Allan Heinberg de plonger dans les recoins de son histoire compliquée. Il évoque bien sûr sa participation à la Fraternité des Mutants Maléfiques (Brotherhood of evil Mutants), sous la houlette de Magneto, alors qu'ils ignoraient leur lien de parenté, puis son incorporation aux Avengers, avec son frère Pietro (Quicksilver) sous le patronage de Captain America. Vient ensuite son mariage avec Vision (dans Vision And the Scarlet Witch), la naissance de leurs enfants dans A year in the life. Heinberg n'oublie pas rappeler les abus de pouvoir par Wanda possédée dans Knights of Wundagore et Darker than scarlet, ainsi que la disparition de son mari (dans A la recherche de la Vision). Il n'oublie ni ses liens avec Simon Williams (Wonder Man), ni le fait qu'elle a déjà fait une ou deux réapparitions plus ou moins oniriques dans l'univers Marvel 616 depuis House of M (devant Clint Barton dans Revolution, entre autres). Évidemment tous ces éléments prennent une place significative dans la narration, et additionnés aux combats de rigueur dans tout comics de superhéros qui se respecte, il finit par rester peu de place pour chaque personnage. Au fil des pages, le lecteur se rend compte qu'Allan Heinberg a déplacé le centre d'intérêt de son histoire des Young Avengers, vers la continuité Marvel et la place occupée par Scarlet Witch dans cette continuité complexe. Il faut dire qu'il s'agit d'un personnage qui est apparu pour la première fois en mars 1964 dans l'épisode 4 de la série X-Men. Heinberg a l'art et la manière de mettre chaque événement en perspective, de redonner du sens à l'évolution du personnage et de revisiter des passages essentiels de l'histoire Marvel, même Avengers désassemblés prend logiquement sa place dans cette immense fresque. Pour le fan de Marvel, ce récit prend toute sa dimension mythique et permet même de distinguer un destin hors du commun pour Wanda. Pour caser tout ça, Heinberg a recours à de copieux dialogues et c'est un véritable tour de force qu'il réussit en chargeant chacun de ces rappels historiques d'une forte émotion grâce aux intérêts conflictuels des différents personnages. Comment Wiccan peut-il faire confiance à Magneto, ou aux Avengers, ou aux X-Men quant à ce qui se passera s'ils retrouvent Wanda ? Et d'ailleurs existe-t'il vraiment un lien de parenté ? Magneto est-il son grand-père ? C'est un vrai plaisir que de retrouver les illustrations délicates de Jim Cheung qui a dessiné les 9 épisodes, avec un encrage de Rag Morales, aidé par Jim Cheung lui-même, John Livesay, Dave Mikis et Dexter Vines. Cheung sait conférer une apparence particulière à chaque personnage, leur donner un langage corporel expressif et nuancé. Il apporte un grand soin à chaque individu, avec un travail méticuleux sur les costumes. Les utilisations des superpouvoirs sont chatoyantes, hypnotisantes, tout autant que destructrices. Jim Cheung compose intelligemment chaque scène de foule ; les personnages ne sont jamais dessinés par couche superposées ou empilés les uns sur les autres, mais ils ont bien tous une relation spatiale sensée les uns par rapport aux autres. Chaque fois que Wanda est évoquée au travers d'un souvenir, elle est belle à croquer, à la fois fragile, féminine, puissante et mystérieuse. Dans les 2 tiers des pages, Jim Cheung prend le temps de dessiner les décors et là encore il ne se contente pas de quelques traits vite faits ; il conçoit un endroit particulier, pleinement réalisé. Sans être photoréalistes, tout en étant très détaillées, les illustrations de Cheung et Morales transportent le lecteur dans un monde empreint d'une touche de merveilleux, sans être infantile, une vraie vision artistique qui fait exister les personnages et leur personnalité dans le monde merveilleux des superhéros. Il est même possible de déceler ici ou là l'influence discrète des maîtres de Cheung de Jim Lee à Barry Windsor Smith (lors du démontage d'un robot dans la première page de l'épisode 3), en passant par Olivier Coipel. Les courtes histoires complémentaires racontent comment les Young Avengers sont arrivés la première fois à l'Hôtel particulier des Avengers (petites difficultés avec les systèmes de sécurité, par Jim McCann et Chris Samnee), leur premier aperçu d'une arrivée de Thor (par Alan Davis et Mark Farmer). Elles sont sympathiques et anecdotiques. Le titre de ce tome alerte le lecteur sur le contenu : il ne s'agit pas d'une histoire des Young Avengers, mais des Avengers. Allan Heinberg se focalise sur cette quête de Wanda Maximoff, sur l'histoire du personnage, sur l'impact de House of M sur les Avengers et les X-Men, sur les dilemmes insolubles, les cas de conscience si jamais Wanda Maximoff était vivante. Il donne une dimension fortement humaine à cette recherche en la racontant par les yeux de plusieurs personnages, à travers leurs sentiments, en particulier ceux de Wiccan et Speed. Cette histoire constitue à la fois l'aboutissement de celles initiées à partir de Avengers désassemblé, et le prologue à AvX . Le rythme du récit souffre par moment de cette volonté de mettre le plus de références possibles aux événements passés et tout expliquer, quitte parfois à sortir un coup de théâtre du chapeau (tel le mariage de l'épisode 4, d'une envergure telle qu'il est impossible que les Avengers n'en ait pas eu vent avant).
Hypericon
J'ai été très séduit par cette lecture de Manuele Fior comme je l'avais été par Les Variations d'Orsay. Une fois encore l'auteur nous renvoie dans le monde des musées et des érudits. Il introduit ainsi une réflexion sur des êtres "passerelles" qui sont capables de rapprocher ce que tout sépare. "Un vrai trip" (p99) comme le souligne Ruben dans une ville de Berlin qui ne peut pas être mieux choisie pour illustrer cette thématique. A travers la complexité du personnage de Teresa, brillantissime étudiante, toujours première dans les 100 m universitaires ou professionnels auxquels elle a participé, nous montre qu'il manque une part de chaos indispensable à un épanouissement total. Cette érudite en culture ancienne devra faire de la place à Dionysos dans son vécu. Fior en abuse surement en multipliant les scènes de sexe souvent explicites mais cela s'inscrit dans la logique du récit. Le final qui nous remet face à la tragédie du 9/11 invite aussi le lecteur à penser "la fin de l'Histoire" comme la chute du Mur l'avait fait entrevoir ou la mort de Toutankhamon il y a 3000 ans. J'ai trouvé ce récit vraiment très bien construit avec ce parallèle très équilibré entre les deux situations. Fior y ajoute une remarque sur le temps et la perception du passé et du futur chez les Egyptiens que je ne connaissais pas et "qui demande réflexion" comme le dit Ruben. Le très beau graphisme de Fior illustre à merveille l'intelligence du récit. Fior excelle dans le travail pictural qui renvoie aux époques évoquées. Le contraste des lumières et des dynamismes entre les deux époques est saisissant et participe totalement à la puissance narrative de l'histoire. Une très belle lecture au titre énigmatique qui invite à voir plus loin.
Échecs
Alors ce récit, je ne m'attendais pas à autant l'aimer ! C'est bien simple, j'ai fini la dernière page sur un grand éclat de rire. Parce qu'il y avait une pleine planche qui semblait être la chute, puis une chute excellente et surtout cette dernière leçon, que je trouve juste, hilarante et parfaitement bien amenée ! Une réussite, cette fin, une vraie réussite ! J'ai un faible pour les belles histoires d'amour, je ne m'en cache pas, et là c'est de la comédie romantique chorale qui se développe petit à petit, croisant les personnages nombreux dans un ballet qui finit par tresser le motif global. Et franchement, j'ai été carrément conquis ! Je suis partisan de ce genre d'histoires très feel good dans lequel plusieurs couples évoluent et changent, apportant progressivement leur petite pierre à l'histoire globale. On voit les interactions entre chacun, les petits moments où ils se croisent, mais c'est véritablement le final qui montre la façon dont chacun a influencé sur l'autre. Et franchement, j'ai été grandement surpris par la force du lien qui avait été tissé doucement, notamment dans le cas de Samir et son fameux "Tu ne sais pas observer" qui permet un tour de passe-passe qui m'a beaucoup amusé. L'ensemble est servi par un bon dessin, parfaitement en accord avec l'ambiance. Je n'avais encore rien lu de Pinel, mais cette lecture ne sera pas la dernière. Quel plaisir de lecture ! Je n'en reviens pas d'être passé à côté alors que mon libraire l'avait en vitrine pendant un mois complet. Recommandé !
Ironwolf
Science-fiction baroque 'n' roll - Il s'agit d'une histoire complète en 1 tome initialement parue en 1992. Quelque part dans une autre galaxie, loin dans le futur (61ème siècle), les êtres humains ont conquis l'espace et trouvé le secret de l'immortalité. L'histoire commence sur l'un des 3 mondes de la Triad qui a été coupé du reste de la civilisation il y a des décennies de cela. Il y a des années ces planètes avaient été achetées par de riches propriétaires ayant réinstitué un gouvernement fondé sur une classe de nobles et une classe de paysans. Au début du récit, Brian Ironwolf participe à des actes révolutionnaires ayant pour objectif de renverser le système politique en place. Une escarmouche à bord d'un vaisseau spatial tourne mal et il plonge dans le coma pendant 8 ans. À son réveil, la révolution a fait long feu, mais il se replace rapidement au milieu d'intrigues complexes pour une lutte du pouvoir acharnée. À la lecture de ce tome, il est possible que vous soyez déconcerté par l'un des personnages : Homer Glint et ses allusions à une déesse appelée Karen Sorensen. En fait cette histoire d'Ironwolf prend sa source à la fois dans le fait qu'Howard Chaykin avait créé ce personnage (Ironwolf) des années auparavant pour DC Comics, et dans une autres histoire appelée Twilight (illustrée par Jose Garcia Lopez) dans laquelle Chaykin s'amusait avec tous les personnages du futur de l'univers DC pour décrire une grande fresque de l'évolution de la race humaine. Il est toutefois possible de comprendre ce récit, sans rien savoir de tout cela. La forêt détruite au début a une grande importance car c'est à partir de ces arbres (dont le bois présente des propriétés neutralisant la gravité) qu'il est possible de construire des vaisseaux spatiaux. Évidemment ce qui a fait que Fires of revolution reste dans les mémoires, c'est le nom de son dessinateur : Mike Mignola. Il s'agit là de l'un de ses derniers travaux pour DC, avant d'aller créer Hellboy en 1993, chez Dark Horse. Ses dessins sont encrés par Philip Craig Russel avec il avait déjà travaillé sur Batman : Gotham au XIXe siècle. Mignola se cale sur les visuels que Chaykin avait créés en 1973. Il y a des tartans écossais, des robes de bal du dix-huitième siècle, de très beaux bâtiments haussmanniens, ces vaisseaux spatiaux particuliers qui mélangent les structures métalliques de Gustave Eiffel, avec des planches de bois, des vampires très ténébreux, des lions anthropomorphes, etc. Il y a aussi le style de Mike Mignola qui transforme toutes ces bizarreries. le lecteur retrouve sa forte propension à omettre les décors qui n'est pas encore contrebalancée par son utilisation magistrale de la couleur noir qui n'apparaîtra qu'à partir d'Hellboy. Passés ces deux défauts de jeunesse, Mignola crée des visuels d'un autre monde, d'une autre époque, au charme fou. Il y a l'apparence des vampires nimbés d'une aura de mystère impénétrable. Il y a les scènes de foules qui évoquent tour à tour la révolution française et le bal du 14 juillet, et une incroyable scène de bal masqué. Il y a quelques gags visuels discrets comme ce rétiaire qui combat un poulet géant. Il y a le museau des créatures léonines. Il y les hommes de main armés en train de massacrer la foule, etc. Déjà, Mike Mignola dose parfaitement ce qu'il montre et ce qu'il suggère pour une efficacité subtile. L'encrage de Philip Craig Russell et d'une délicatesse extrême et il complète quelques éléments de costumes (les cols de robes de bal) ou de décors en apportant un degré de finesse exquis. Pour cette histoire, Howard Chaykin a fourni la trame (et visiblement la structure un peu alambiquée de distillation d'informations éparses). À cette époque, il travaillait avec John Francis Moore qu'il avait pris comme assistant et dont il a lancé la carrière dans le monde des comics. Il est facile de reconnaître la patte de Chaykin dans la thématique politique (la lutte des classes) et dans la touche de science-fiction. Il est vraisemblable que John Francis Moore a rédigé les dialogues et les commentaires. Il a chois un style assez écrit avec des exposés quasi-systématiques sur les tenants et les aboutissants politiques de chaque situation. Ce n'est pas vraiment désagréable, ça aboutit à une science-fiction légèrement politisée (pas trop quand même, ce n'est pas du Toqueville), mais aussi à une narration parfois un peu pesante avec des dialogues assez artificiels. En particulier la scène se déroulant sur la planète Omicron ne reste digeste que grâce aux visuels de Mike Mignola. Alors cette histoire constitue une bonne aventure de science-fiction qui cultive intelligemment son coté rétro par les thèmes abordés et par le style des illustrations, avec une vraie volonté de proposer des scènes visuellement intéressantes et séduisantes.
Le Bal des folles
Je n'ai pas lu le roman source de Victoria Mas ni vu le film qui en a été adapté. Mon avis porte donc uniquement sur les qualités de la série indépendamment de ces œuvres. J'ai été séduit par ce personnage d'Eugénie, jeune fille intelligente et insoumise. Les autrices positionnent l'action du récit dans le contexte de la fin du XIXème siècle où le spiritisme venu des USA connait une forte attraction. La pauvre Eugénie va donc être coincée entre un monde scientifique matérialiste et un ordre bourgeois tous les deux dirigés d'une main de fer par les hommes imbus de leurs positions dominantes. Les autrices nous replongent avec brutalité et justesse dans une société où la parole du père de famille suffisait pour vous envoyer en détention (asile ou maison de correction). Le récit est prenant et se lit très facilement malgré la lourdeur de la thématique. Les belles aquarelles d'Arianna Melone donnent beaucoup de rythme et d'expressivité à la narration. L'accent est donné sur les comportements des patientes et l'ambiance d'enfermement injuste vécue par ces jeunes femmes. Cela touche souvent plus au cœur qu'à la raison puisque l'élément fantastique du spiritisme est très présent. Toutefois comme je l'ai déjà dit l'époque crédibilise le contexte de cette croyance (Victor Hugo en fut adepte un moment). Une belle lecture qui ne s'adresse pas seulement aux femmes bien au contraire.
Feuilles volantes
C'est le premier ouvrage d'Alexandre Clerisse que je lis et j'ai été bien séduit par sa créativité. En premier lieu la construction " en Chifoumi" interpelle par sa technicité. Trois personnages à trois époques qui se répondent dans une narration en boucle pas toujours simple à suivre. De plus l'auteur introduit une réflexion sur la création et son positionnement face à la technique. Les trois personnages sont face à un inconnu majeur pour le futur de leur passion : l'imprimerie pour Léon, l'ordinateur pour Max et la dématérialisation complète pour Suzie. Il faut pourtant aller de l'avant et franchir ces portes pleines d'inconnues voire de dangers. "Sais-tu où tu vas ?" est une réplique clé du récit et comme le souligne dans son avis Mac Arthur sur le final proposé, la réponse n'est pas si évidente. Le graphisme de Clérisse fait à la fois preuve d'originalité et renvoie comme un hommage au travail des enluminures des moines copistes du Moyen-Âge. La composition très travaillée de certaines planches rappelle Bosch ou Dürer. J'ai lu donc cet ouvrage comme une œuvre originale et ambitieuse, peut-être pas aussi aboutie que le souhaiteraient certains lecteurs mais vraiment digne d'intérêt. 3.5
Jusqu'au dernier
Excellent mais trop court ! C’est dommage de voir des intrigues de cette qualité condensées en un seul tome, ce qui oblige à avancer trop rapidement dans l'histoire. Cela dit, c’est tout de même très bon. J’aime beaucoup être surpris et voir des choses qui sortent du schéma classique où tout est presque parfait pour nous satisfaire dans nos émotions. Ici, l’originalité est au rendez-vous. Le dessin est superbe, on passe un bon moment de lecture, mais, comme beaucoup je suis un peu frustré par le manque de développement de certains personnages et de l’intrigue, qui auraient pu être plus approfondis. M'enfin bon, la BD mérite tout de même sa bonne note.