Les derniers avis (31942 avis)

Couverture de la série Kivu
Kivu

J'ai beaucoup aimé cette série qui ne peut pas laisser le lecteur insensible. J'étais un peu dubitatif au départ car je me méfie de la vision paternaliste voire condescendante des occidentaux sur l'Afrique. Je me suis trompé. JVH et Christophe Simon réalisent une belle série coup de gueule sur l'impensable réalité de la région du Kivu. Le talent et la maîtrise de JVH permettent de proposer un récit qui mixte reportage journalistique insoutenable et fiction aventurière classique mais réconfortante et bien construite. JVH évite tout manichéisme en mêlant Blancs et Noirs parmi les (très) méchants face au réconfort que l'on peut aussi s'unir pour faire prospérer la paix. Comme le souligne la belle préface de Colette Braeckman cette région qui devrait être un paradis pour ses habitants s'est transformée en enfer depuis plus d'un siècle. Aujourd'hui c'est la folie du développement du portable et de cette course à la nouveauté qui entretient la surexploitation et le pillage du Coltan pour la richesse de quelques-uns et l'esclavage de nombreux autres. Presque 150 ans après Berlin et les abominations de l'Administration coloniale de cette époque on reste sidéré de voir que les mêmes prédateurs peuvent agir en quasi-impunités sur les mêmes victimes. Les auteurs ont pris le temps de produire un vrai récit qui peut atteindre un large public sans ennuyer par un côté moralisateur trop prononcé. Les thématiques sont très lourdes et ne peuvent convenir aux plus jeunes. C'est dommage car certains pourraient prendre conscience du coût réel de ces petits écrans empoisonnés. Le graphisme de Simon est très classique voire académique comme le souligne d'autres avis. Toutefois il est très agréable travaille très bien les décors de Bukavu et des paysages environnants. Cela manque un peu de dynamisme mais les nombreuses explications nécessaires ralentissent le rythme. Ce n'est pas très grave. Une très belle série qui provoque admiration pour les uns et indignité pour les autres. Il manque la clé pour faire changer les choses.

10/08/2024 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Capital & Idéologie
Capital & Idéologie

Chopée au vol à la médiathèque juste avant de partir en vacances, cette grosse BD d'économie constitue une surprise tout à fait inattendue. Déjà, pourquoi ai-je emmené ça en vacances ? Il est pas un peu maso le gars des fois ? En fait, ça doit être lié aux élections récentes (et elles aussi tout à fait inattendues). Thomas Piketty est un économiste de gauche, espèce rare. En plus de ça, l'homme s'est engagé ouvertement en politique et à balancé quelques déclarations assez étonnantes. Enfin, j'avais quand même envie de comprendre quelques trucs, et Piketty (que j'entendais parfois sur Inter) me semblait assez indiqué. C'est donc lesté de cette adaptation, glissée au milieu de mon interminable PAL (pile à lire) que je suis parti sous le soleil, avec cette petite idée que je reviendrais sans l'avoir ouverte. Raté ! J'ai tout lu et avec une avidité telle que j'ai expédié l'affaire en un jour. La raison ? Le dessin, l'humour, et surtout cette idée excellentissime de raconter l'histoire à partir de la Révolution à travers une famille de nobles et sa descendance. Le dessin ? C'est Benjamin Adam qui s'y est collé. Je ne connais de lui que Soon, une BD de SF absolument étonnante et décalée, mais géniale, et aussi Fluide (qui m'avait quant à elle laissé sur le seuil). Il a un bon trait, à la fois simple et expressif, et sait varier les plans. Et puis je le découvre, mais l'auteur fait ici montre d'un humour finaud distillé avec justesse. Mais la grosse idée de Capital & Idéologie, c'est son point de vue narratif. En effet, on suit une famille richissime à travers le XIXe et le XXe siècle, et avec elle le devenir de son capital financier et immobilier, et ça, c'est très fort. On aurait pu en effet s'attendre à voir la chose expliquée de manière assez classique (et clinique) à travers les mouvements de contestations, les révolutions, les révoltes ouvrières, que sais-je encore. Mais non ! Ici, on est avec les dominants. On les voit s'inquiéter pour leur épargne, pester contre les politiques sociales, maudire les politiques égalitaires... Une BD qui gratte un peu où ça fait mal ! Bref ! C'est génial. On entre dedans facilement, on comprend immédiatement les enjeux des propositions de lois et les conséquences de celles-ci quand elles sont appliquées. En outre, il y a une volonté d'être compréhensible, parfois peut-être un peu trop. Du coup, certaines notions sont à mon sens expliquée trop rapidement. Mais bon, ça doit venir de moi qui suis vraiment limite quand il s'agit d'économie (par exemple, je ne comprends toujours pas le principe de l'offre et de la demande qui demeure pour moi un non sens, une règle sans règle)... Bref ! Le Capital selon Adam et Piketty, c'est bon, mangez-en. De mon côté, à peine rentré de vacances, je suis passé commander le livre dont est tiré cette BD chez mon libraire, c'est dire !

10/08/2024 (modifier)
Couverture de la série La Grippe Coloniale
La Grippe Coloniale

J'aime beaucoup le travail d'Appollo. Cette série ne va pas aller à contre-courant de mon attirance pour ses histoires. Le retour à la vie civile de ce quator Frères d'armes dans le contexte réunionnais de 1919 est une vraie réussite. L'exploitation de la terrible grippe qui a ravagé le monde en 1919 et 1920 est assez rare. Appollo l'introduit dans l'environnement très particulier de la Réunion avec sa variété ethnique et sa très grande mixité sociale. La grippe remet tout à plat. Les conventions peuvent exploser, le riche n'est pas protégé par sa fortune et le Blanc par sa couleur de peau. C'est souvent piquant et drôle agrémenté d'un vocabulaire créole très fleuri. La connaissance de l'île des deux auteurs donne un petit côté reportage exotique et historique très plaisant. Le graphisme de Huo est une découverte. Son style qui tend à la caricature humoristique satirique soutient très bien le récit. Une lecture très agréable : 3/5

10/08/2024 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Frontier
Frontier

C'est un peu vrai ce que beaucoup de gens disent : ces personnages tout rondouillards aux allures de manga pour jeune public constituent quand même un sacré obstacle, ce qui, soit dit en passant, ne m'a pas empêché de faire l'acquisition de l'ouvrage. Parce que ça a malgré tout l'air bien cette grosse BD de SF bien cossue, avec cette foule de détails, son univers riche... Hé bé oui ! Ca fonctionne à fond. Je n'ai eu à souffrir d'aucun problème pour identifier les personnages (les uniformes et autres sigles de compagnies minières ou de mercenaires sont utilisés avec pertinence), si ce n'est Camina lorsqu'elle réapparait un peu plus loin dans l'histoire avec son bras mutilée (bah elle portait un casque dans la première scène aussi !) : il m'a fallu, et ce fut l'unique fois, revenir en arrière pour savoir à qui j'avais à faire. A part ça, c'est fluide, intelligemment mené, soutenu par des dialogues de qualité. Le dessin est top. On sent qu'il y a des heures de boulot derrière. Chaque case est une composition en soi. Tout est chiadé et rendu dans les moindres détails. Si j'aime le dépouillement, le minimalisme d'un Aurel ou Duchazeau par exemple, j'aime aussi ce genre de BD grouillante de vie et complètement immersive. Côté scénar, là encore c'est une réussite. Malgré le nombre non négligeable de lieux différents, Singelin parvient à garder l'unité narrative intacte. Au contraire, l'ensemble donne le sentiment de suivre une véritable épopée (impression donnée d'emblée par l'épaisseur de la BD), et de colonisation de l'Univers. On traverse bien des mondes et des ambiances différentes. On y est ! Le contexte est en outre parfaitement rendu, incluant comme il se doit d'un bon récit de SF des problématiques très actuelles auxquelles se greffent des réflexions sur l'avenir. A titre d'exemple, on pourra retenir celle qui concerne les premiers humains nés dans l'espace, donc complètement coupés du giron terrestre, ou bien celle reprise du manga Planètes qui s'intéresse à la future profession d'éboueur de l'espace. Tout cela donne le sentiment d'un truc dense, pensé et bien installé qui sait tenir le lecteur en haleine. Malgré les réticences liées à la représentation des personnages, devant lequel il serait vraiment dommage de tourner les talons, Frontier vient garnir le haut du panier de la BD de science-fiction. Amateurs et trices de SF, foncez ! Vous allez tomber sous le charme de cet univers dense, de cette intrigue bien menée et de ces personnages plus complexes que leur physique bidibulesque ne le laisse penser. On pourra d'ailleurs mettre sa tête à couper sans l'ombre d'une hésitation.

10/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Chevrotine
Chevrotine

Pinaise j'ai adoré ! Un vrai coup de cœur. C'est drôle et original, avec des personnages tous aussi bien pensés qu'atypiques. Et cette famille, juste excellente ! Même si tout ne m'a pas fait rire, l'ensemble est super. Ce que j'ai particulièrement aimé dans cette histoire ce n'est pas seulement le côté absurde et décalé des personnages, mais aussi toutes les petites idées qui renforcent vraiment le récit : le vaisseau, le scooter, le taxi, etc. Tout est bien pensé et jamais excessif, bien au contraire. Même les prénoms j'ai adoré l'idée! Une belle réussite pour une histoire certes absurde, mais lorsqu'on s'immerge dans cet univers en oubliant le nôtre, on découvre un certain intérêt et une réelle profondeur dans le récit. Puis Chevrotine a vraiment quelque chose, son allure est géniale et son caractère très attachant. Le dessin est vraiment bien, et les petites touches de bleu turquoise et de rouge ici et là, j'ai beaucoup aimé. C'est simple, mais dans une BD en noir et blanc, ça apporte toujours un petit plus qui rend la lecture encore plus agréable. Une BD que je vais acheter et que je recommande !

09/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Le Contrepied de Foé
Le Contrepied de Foé

Cette BD aborde un sujet fâcheux dont j'ignorais l'existence, mais qui ne me surprend pas vraiment. L'injustice me révolte et lire ce genre de récits provoque en moi une frustration indescriptible, celle de ne rien pouvoir faire, ainsi qu'une profonde empathie pour les victimes. Savoir que ce genre d'escroquerie persiste encore aujourd'hui est tout simplement révoltant. Autant dire que cette lecture n'a pas été de tout repos, mais cela prouve que la BD a parfaitement réussi à transmettre ce problème. La fin apporte un certain soulagement, mais on sent qu'elle est là pour adoucir l'histoire et offrir une note positive. J'ai vraiment apprécié le dessin, un style que j'affectionne particulièrement, et la colorisation est tout aussi réussie. Aussi, j'ai pris un réel plaisir à lire les bulles de texte. La police est bien lisible, aérée, et de bonne taille, contrairement à beaucoup de BD où elle est souvent trop petite. 3.5/5, c'est une bonne BD réaliste qui se lit vite. Il ne se passe pas grand chose et pourtant, il se passe énormément de choses... Des victimes dont le destin a été transformé en cauchemar, et l'on ne peut qu'espérer que pour certains, la réalité se termine aussi bien que dans la BD.

09/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Batman - Deathblow
Batman - Deathblow

Espionnage musclé et noir - Ce tome contient une histoire complète et plutôt indépendante de la continuité, parue initialement sous la forme d'une minisérie en 3 épisodes, en 2002. le scénario est de Brian Azzarello, les dessins de Lee Bermejo, et l'encrage a été réalisé conjointement par Bermejo, Tim Bradstreet, Richard Friend et Peter Guzman. La mise en couleurs a été réalisée par Grant Goleash. Azzarello et Bermejo ont également collaboré sur le célèbre Joker, mais aussi sur Lex Luthor. Lee Bermejo a également réalisé une étonnante histoire de Batman : Noël. Il y a 10 ans à Gotham, dans le quartier de Chinatown, Deathblow (Michael Cray, un agent de terrain de l'organisation secrète IO) effectuait une filature, sous les ordres de Scott Floyd. de nos jours, la police retrouve une carte blanche barrée de 2 bandes rouges sur les lieux d'une exécution : c'est signé Deathblow (qui a pourtant disparu de la circulation depuis plusieurs années). Batman enquête pour essayer de comprendre qui est ce mystérieux Deathblow, qui est le pyromane qui rôde dans sa ville. En tant que Bruce Wayne, il croise la route de 2 agents secrets : Scott Floyd et Carla Fante. Brian Azzarello et Lee Bermejo prennent le parti de raconter une histoire bien noire, à base d'opérations clandestines et d'agent triple, dans un Gotham réaliste et sombre. Azzarello a donc été piocher un personnage créé par Jim Lee et Brandon Choi, à l'époque de Wildstorm (quand cette branche éditoriale était encore indépendante chez Image Comics, avant que Lee ne la vende à DC Comics en 1999) en 1992. Azzarello choisit d'éviter la confrontation directe entre les 2 héros, contournant ainsi l'écueil de mettre Deathblow face à Batman, et de le réduire à un mercenaire très costaud de plus. Par ce dispositif narratif habile (en situant les actions de Deathblow il y a 10 ans), il parvient également à conserver les spécificités des 2 superhéros : les actions clandestines musclées pour Deathblow, la justice musclée pour Batman. Toujours aussi adroit, il établit une situation compliquée avec Deathblow, réservant l'enquête à Batman, là encore dans le droit fil des histoires de ces personnages. Dès ce coup d'essai qu'est After the fire, Azzarello place sa narration sur un terrain adulte, dans la mesure où il faut faire un petit effort pour assembler les pièces du puzzle, et où le récit intègre les conventions du roman noir. Les personnages ne sont pas des enfants de choeur, ils sont cyniques et font preuve d'une morale élastique. Ce sont des individus qui ont choisi une vie de violence et d'exécution sommaire, qui en connaissent le prix et qui sont prêts à le payer. Deathblow n'hésite pas à tuer. Les quartiers de Gotham visités sont malfamés et dédiés à des activités réprouvées par la loi. Batman est dépeint comme un individu efficace à la violence maîtrisée et mesurée. Azzarello intègre sans difficulté quelques unes des conventions propres à ce personnage : talents de détective, aide logistique fournie par Alfred Pennyworth, départ en catimini dans le dos de James Gordon, et même déguisement et grimages. Les dessins de Bermejo apportent beaucoup au scénario, en particulier en termes de crédibilité, de réalisme et d'ambiance. Goleash habille les images de Bermejo de tons brun et ocre foncés, distillant une luminosité faible et poisseuse, évoquant une ville mal éclairée, cachant des secrets coupables dans chaque zone d'ombre. Tous les vêtements des personnages sont marqués par des plis appuyés attestant qu'ils les portent depuis plusieurs jours, ou d'un début d'usure. Bermejo inscrit la fatigue du temps qui passe sur les visages, par le biais d'un encrage appuyé. Bermejo investit du temps dans le dessin des décors, donnant une apparence années 1930 aux immeubles de Gotham, là encore un environnement daté, un peu usé par le temps, mais aussi immobile, insensible aux drames humains qui s'y déroulent. Il incorpore également des accessoires modernes (téléphones, ordinateurs) montrant que les individus sont éphémères, par rapport à ces bâtiments inchangés ou légèrement fatigués. Les dessins et les couleurs se complètent parfaitement pour faire ressortir la patine des pierres, ou les écailles des peintures des pièces intérieures. le soin apporté à l'encrage rend les images réalistes, et même photoréalistes. Chaque individu présente une apparence et une morphologie spécifique, avec un visage particulier. Les tenues vestimentaires appartiennent soit à un registre décontracté et urbain (le pyromane, les figurants), soit au contraire à un registre luxueux (l'habit de soirée de Bruce Wayne), empruntant aussi bien à un air du temps moderne, qu'à une forme de mode intemporelle, distillant un léger parfum de pulp à cette histoire. Azzarello et Bermejo travaillent de concert, en particulier dans la manière d'atténuer la composante superhéros. Par nature, Deathblow est surtout un homme avec une carrure et une musculature exceptionnellement développées. Ce qui le caractérise visuellement sont les 2 bandes rouges peintes sur sont visage et la dizaine de pochettes utilitaires portées autour du torse. le récit est ainsi construit que Deathblow porte un pardessus la majeure partie du temps, il ne reste donc plus qu'au metteur en couleur à atténuer la vivacité du rouge pour que ce personnage prenne un aspect conventionnel pour une histoire avec quelques scènes à grand spectacle. de la même manière, Azzarello a conçu son intrigue de telle sorte à limiter le nombre de scènes dans lesquelles Batman apparaît en tenue de superhéros. Bermejo a choisi une approche naturaliste pour représenter le costume de Batman : cape en cuir avec coutures et renforts apparents, masque thermo-moulé, gants en matière renforcée, etc. Cette approche narrative et esthétique permet de rendre crédible le rapprochement du monde d'espionnage de Deathblow, de décrépitude urbaine larvée, et d'homme qui s'habille en chauve-souris. Brian Azzarello et Lee Bermejo s'emparent de deux personnages DC, créent un écrin taillé sur mesure pour rendre compatibles les caractéristiques de leurs deux mondes, et racontent un récit violent et bien noir, demandant un petit peu d'attention de la part du lecteur pour ne pas perdre le fil en route. Par rapport à la production mensuelle des aventures de Batman, ce récit s'inscrit dans ceux à destination d'un lectorat adulte, souhaitant que les créateurs sachent tirer Batman vers un monde plus réel. L'intrigue est retorse à souhait et réserve plusieurs surprises. Pour mériter cinq étoiles à titre de récit mature, il aurait fallu qu'Azzarello réussisse à étoffer la personnalité des protagonistes, et à dépasser un nihilisme qui reste de circonstance

09/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lettres perdues
Lettres perdues

Voila un album qui m'a laissé dubitatif un long moment durant ma lecture et une fin qui m'a laissé coi. Difficile de décrire ce qui m'a habité à la fin de la BD, mais indéniablement j'ai aimé. Le début me faisait craindre une BD trop versée dans l'absurde poétique. Mais en fait la BD est bien plus terre-à-terre qu'on pourrait l'imaginer, même si des poissons parlent et font la distribution du courrier. Il y a une vraie logique qui sous-tend l'univers crée ici, qui apparait petit à petit. Mais c'est surtout dans la construction de l'histoire qu'on découvre les sujets de la BD. Lorsqu'on commence avec un garçon attendant une lettre avec son ami pélican qui dit oui, il est difficile de deviner où la BD ira. Et pourtant, malgré les blagues régulières, la BD est triste, plus mélancolique que joyeuse. C'est assez surprenant, mais la BD est surtout sur le deuil, non sans exploiter deux-trois choses comme le changement climatique, le suicide, la mafia, mêlé à un personnage de flic légèrement bête et rigolo. Le ton est maitrisé, je n'ai jamais soupiré devant les moments d'humour et les moments durs le sont réellement. D'ailleurs certaines cases m'ont surpris, notamment lorsque Frangine parle. C'est dans l'ambiance de Miyazaki, mais pas seulement dans l'aspect mignon et personnages rigolo. On a le même genre de noirceur, surtout dans une fin étonnamment triste. La BD fonctionne à plusieurs niveaux. Il y a le dessin efficace, coloré, qui n'est pas sans rappeler des histoires enfantines. Il y a la noirceur des thèmes et de l'histoire. Il y a les métaphores visuelles (la fin est efficace là-dessus) qui parsèment l'ouvrage. Il y a l'arrière-plan avec les sujets divers jamais abordés mais mentionnés. Il y a les lettres, l'importance de parler, de communiquer. Et puis l'ensemble qui oscille sur une corde raide sans jamais tomber dans un versant ni dans l'autre, qui sait rester sombre et joyeux à la fois. Je trouve que la BD rappelle beaucoup son personnage principal : Iode cherche à retrouver une lettre de sa mère et agit comme l'enfant qu'il est dans un monde qui est bien plus sombre. Une excellente BD, surprenante et qui continue de me hanter après lecture.

09/08/2024 (modifier)
Par Simili
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Bande à Renaud (Renaud - BD d'enfer)
La Bande à Renaud (Renaud - BD d'enfer)

Bon alors avant toute chose, il convient de préciser que je suis un fan invétéré du chanteur au bandana rouge. Ceci pourrait donc légèrement tronquer mon avis. Une vingtaine de titres ont été croqués par autant (voir plus) d'artistes réputés (Juillard, Margerin, Tome & Janry, Loisel, ...) L'album n'est du coup pas forcément à réserver aux initiés de Renaud, car il offre une bel aperçu des différents styles des dessinateurs permettant de se familiariser avec (où d'en découvrir) Le résultat est quelque peu inégal mais je le trouve globalement bon. Cela tient autant à la qualité de la chanson qu' à celle du dessin. Ainsi je n'aime pas trop la chanson de L'entartré, je n'ai pas aimé son adaptation par Rabaté A l'inverse l'adaptation par Margerin du "Retour de la Pepette" est PARFAITE, j'entend par là que c'est le style de dessin qui colle parfaitement avec l'esprit du texte. Un album pas indispensable (sauf pour les fans) mais qui mérite de s'attarder dessus

09/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Jonny Double
Jonny Double

Polar bien noir et bien tordu - Ce tome regroupe les 4 épisodes d'une minisérie de 1998, qui forment une histoire complète et indépendante. Jonny Double est un détective privé qui a autrefois travaillé dans la police, et il entretient encore des relations ambigües avec son ancien partenaire. Il a un gros problème avec la boisson et il passe le plus clair de son temps dans un bar à écluser des bières et quelques fois à descendre du bourbon, en papotant avec des poivrots aussi paumés que lui. Il s'exprime d'une manière assez singulière, en utilisant des tournures de phrases issues de la contre-culture des années 1960. Un jour, il retrouve un client en train de l'attendre dans la chambre d'hôtel qui lui sert d'appartement. Ce monsieur bien habillé lui demande de veiller sur Faith, sa fille d'une vingtaine d'années qui a quitté le domicile parental pour s'acoquiner avec une bande de jeunes. Jonny Double commence à fureter autour de la bande et finit par nouer un contact avec eux. Il apprend qu'ils s'apprêtent à vider un compte en banque et qu'ils ont besoin de l'aide d'une personne comme lui. La petite histoire veut que ce récit marque la première rencontre artistique en Brian Azzarello et Eduardo Risso et que le résultat ait permis le lancement de la série 100 bullets (à commencer par Première salve). Ils déroulent ici un récit qui s'inscrit dans la veine des polars bien noirs mettant en scène des individus plus ou moins paumés, vivant d'expédients, n'ayant pas peur d'user de leurs poings et prêts à se raccrocher à n'importe quel plan leur promettant un enrichissement illicite, mais rapide, pour pouvoir changer de vie. Ils utilisent un personnage oublié de DC Comics : Jonny Double, créé en 1968 par Len Wein et Marv Wolfman et inutilisé depuis des années. Cette histoire est parue initialement dans la branche Vertigo de DC Comics. L'expérience a prouvé que très peu de créateurs sont capables de réaliser une bande dessinée crédible qui s'inscrit dans ce genre de polar. Azzarello et RIsso évitent tous les pièges, respectent toutes les figures imposées du genre pour un récit nerveux et tendu, avec une intrigue tordue à souhait. Première difficulté : faire exister des personnages dangereux et troubles, sans tomber dans le ridicule. Sur ce plan la réussite tient autant aux illustrations, qu'au scénario. Eduardo RIsso utilise un style à l'encrage un peu appuyé mais pas trop. Chaque personnage à une gueule bien marquée, une silhouette spécifique et un langage corporel unique. Jonny évoque régulièrement Marv (en moins imposant) de Sin City. Faith se meut comme une femme de son âge, sans exagération de sa silhouette, et avec des attitudes qui en disent plus long que ses paroles. Azzarello a l'art et la manière de dévoiler la personnalité de chacun avec quelques phrases. Il n'y a pas de bulles de pensée, mais Jonny, Faith et les autres sont tous des individus autonomes avec ce qu'il faut de caractère pour exister aux yeux du lecteur. Très vite le lecteur découvre que chaque protagoniste ne pense qu'à sa part du gâteau. Jonny ne se limite pas à quelques stéréotypes : il boit, il est costaud, mais il n'a pas de résistance surnaturelle à la douleur, il s'accommode de la dèche dans laquelle il est, il se sert de son intelligence, avant de se servir de ses poings, etc. Deuxième difficulté : respecter les codes du genre, sans tomber dans les stéréotypes. Risso déploie beaucoup d'efforts pour conférer de la personnalité à chaque lieu : clôture en grillage, agencement particulier pour chaque bar (de par la disposition des bouteilles par exemple), différents modèles de voitures, revêtements de façades d'immeuble variés, etc. Son talent de décorateur éclate dans une scène se déroulant dans les toilettes bien glauques d'une boîte de nuit. Les auteurs ont choisi de situer leur histoire à l'époque contemporaine (fin des années 1990) et chaque lieu semble plausible, vraisemblable, unique. Azzarello inclut donc les composantes attendues : femme fatale, coups tordus, trahison, bastonnade, magot mirifique, présence de la pègre, meurtre, etc. Et il organise ces éléments pour en faire un récit concis, malin, percutant, sans que la violence ne remplace l'intrigue. Il sait rendre Jonny Double sympathique au lecteur, malgré ses défauts, sans en faire un héros. le lecteur frémit à l'idée de ce qui attend cette bande de jeunes inconscients, tout en se disant qu'ils l'ont bien cherché. Pour un coup d'essai, ce comics est une réussite d'Azzarello et Risso. Ils entraînent le lecteur dans un monde d'adultes où chacun pense d'abord à lui dans l'espoir de s'assurer un style de vie meilleur rapidement.

08/08/2024 (modifier)