Les derniers avis (31901 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Les Navigateurs
Les Navigateurs

Voila un album intéressant et carrément prenant ! Je pense que la meilleure façon de vous donner envie si ce n'est pas fait, c'est de dire qu'il ne faut faire qu'une chose : se renseigner le moins possible (ne lisez pas le résumé, c'est pas nécessaire) et se laisser porter par le récit. Ne vous attendez à rien et faite vous plaisir avec le récit, c'est le mieux qu'on puisse vous proposer ! Maintenant si vous êtes intéressé par un avis, je dois dire que c'est assez proche de mon ressenti sur L'Homme gribouillé du même auteur. C'est une histoire fantastique mêlée d'autres considérations plus personnelles sur les personnages. L'ensemble se tient parfaitement d'une main de maitre : la plongée est progressive, mais toujours tenace, jusqu'à une fin que personnellement j'ai adorée et qui ouvre un final que je considérais jusque là comme ordinaire. Cette dernière page est brillante et donnerait carrément envie d'une suite, je dois bien dire ! La mise en image est parfaite, on se sent dans Paris mais pas dans le Paris centre, Paris carte postale. C'est le bassin parisien, les petites maisons typiques de la banlieue un peu éloignée mais aussi une partie de son histoire et pas forcément la plus connue. Le fantastique vient se greffer comme un bonus pour parler de différentes choses dans nos vies. On sent que ce sont trois personnages avec leurs problèmes dans la vie et qui vivent une petite aventure qui les sort d'un quotidien mortifère. D'ailleurs les non-dits sont nombreux à la fin de ce récit sur plusieurs aspects et j'aime beaucoup : les personnages n'évoluent pas dans le récit, ils se dévoilent. Et c'est tout aussi intéressant. Un récit porté par un dessin sublime, une histoire mystérieuse qui se dévoile petit à petit avec ce qu'il faut de questions et de touche de fantastique pour être prenante. Un final à la hauteur du reste, le tout avec un récit qui sort de l'ordinaire ... Honnêtement, je ne vois pas ce que je pourrais ajouter. Lecture recommandée !

09/10/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Dernier Festin de Rubin
Le Dernier Festin de Rubin

Un comics aux saveurs épicées. Quel plaisir de retrouver Ram V et Felipe Andrade, sans oublier Inês Amaro, après leur merveilleux Toutes les morts de Laila Starr. Mange-t-on pour vivre ou vit-on pour manger ? Ram V nous transporte dans son pays, l'Inde, à travers une fable où le folklore local prendra encore une place importante avec la présence de Bakasura, un démon oublié de l'ancien temps. Mais un démon à l'appétit gargantuesque qui aime aussi se délecter de chair humaine. On va suivre Rubin et Mohan dans leurs pérégrinations pour réaliser un documentaire ou plutôt un doculinaire : "Le dernier festin de Rubin". Deux personnages torturés, complexes et psychologiquement bien travaillés. Une histoire humaine teintée de fantastique qui questionne sur notre rapport à la nourriture, sur l'évolution de celle-ci et qui va puiser dans le passé et les souvenirs de nos deux globe-trotteurs pour la montrer différemment. La cuisine, ne serait-ce pas aussi de l'art (et non lard) ? Une histoire passionnante qui nous fait découvrir les somptueux paysages de l'Inde tout en explorant les tourments de Rubin et Mohan, avec pour fil conducteur ce doculinaire. Une narration singulière puisqu'elle glissera dans chacun des six chapitres une recette de cuisine indienne, tel un ingrédient indispensable à la réussite de ce récit gastronomique. Une délectable lecture. Une lecture dépaysante qui doit beaucoup à Felipe Andrade et à son coup de crayon vif, délié, très expressif et parfois à la limite du brouillon. Il joue aussi occasionnellement, mais volontairement, sur des proportions non respectées pour mieux capter notre attention. J'adore son style. Un dépaysement qui doit énormément aussi aux chaudes couleurs de Andrade et Amaro. Il y a quelque chose de magique dans les combinaisons des couleurs pour retranscrire toutes les ambiances différentes des nombreux décors. Somptueux ! Une BD qui ne peut que vous mettre l'eau à la bouche. Coup de cœur.

08/10/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Julia la seule
Julia la seule

Julia est nouvelle dans ce lycée mais elle semble en savoir beaucoup et cacher quelque chose d'important... comme par exemple ce qui la rend si forte et rapide, ou encore pourquoi le détecteur de surnaturel de Mika, un camarade de classe, sonne l'alarme en sa présence. Cela ne dérange pas Caitlin qui va vite faire de Julia sa nouvelle amie mais Mika est plus suspicieux et va essayer d'en apprendre davantage sur elle, quitte à se faire inviter dans l'ancienne demeure où elle vit seule et sans adulte. Cette BD est destinée à tous les publics même si elle plaira probablement en priorité aux jeunes ados. Elle traite le thème des fantômes avec beaucoup d'originalité et d'idées qui sortent des sentiers battus même si on reste dans le divertissement sur fond de fantastique. Elle a surtout la grande qualité de tenir en un unique one-shot épais et bien consistant. C'est une histoire qui tient la route, avec de bons personnages aux comportements crédibles, hormis peut-être l'acharnement un peu aveugle de Mika durant la première moitié de l'album. Le graphisme est très agréable, avec un dessin type manga dans une mise en page à l'occidentale et des couleurs travaillées et sympathiques. J'ai aimé la générosité du scénario et sa structure solide avec une fin satisfaisante même si j'aurais volontiers vécu davantage d'aventures avec l'héroïne et ses capacités particulières.

08/10/2024 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Carcajou
Carcajou

Allez ! Je me joins au concert de louanges, et ce n'est pas volé. Sans être un coup de coeur, Carcajou est un excellent western qui procure beaucoup de plaisir. Un western décalé certes, mais western quand même. Le dessin évoque celui de Christophe Blain, ce qui n'est déjà pas pour me déplaire. Le scénar lui, flirte avec le fantastique. Habilement construit en deux parties, il prend une amplitude de dingue dans la seconde où d'un récit ancré dans le réel, on passe subtilement à autre chose, quelque part entre l'ésotérisme et la critique sociale, un peu des deux en même temps. Les personnages peuvent trouver un sens allégorique sans que le récit devienne rébarbatif. Ils sont en outre bien campés. Bon, j'ai bien conscience d'écrire des choses très vagues, mais c'est par souci de ne rien dévoiler de cette histoire dont moi-même je ne savais rien avant de m'y lancer comme sur une piste de bobsleigh, car oui, narrativement, ça glisse tout seul. On tient là un très bon titre, à la fois original et inscrit dans un genre dont il reprend certains codes, et qui je pense séduira un public large sans pour autant faire des concessions. Top !

08/10/2024 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Under
Under

Ah ! Enfin ! Après avoir pas mal cherché, je trouve enfin à nouveau un "grand" Christophe Bec ! Dans son oeuvre beaucoup trop prolifique, c'est peu dire que le génial côtoie le raté, même si on peut reconnaître à Bec de toujours savoir créer une histoire à potentiel. Mais l'essai n'est pas toujours transformé. Ici, il l'est ! Bec nous propose un scénario qui évoque des grands classiques du genre (Mimic de Guillermo del Toro, effectivement), mais qui réussit également à tracer sa propre voie. L'univers de Mégalopol est classique, mais d'une efficacité redoutable, avec ses parias qui vivent dans les égoûts, son maire corrompu, et ses créatures mystérieuses qui hantent les sous-sols. Bec parvient à créer un suspense d'autant plus efficace qu'il est ramassé sur deux tomes seulement, et évite les digressions meurtrières. En outre, il réussit à créer des personnages plutôt réussis. Là encore, on a tous les stéréotypes du genre, mais ça fait aussi partie du contrat, d'avoir ces personnages tout droit sortis d'un film des années 80-90 : le maire qui écrase la ville du haut de son piédestal, le policier brutal mais loyal, un peu macho mais pas trop, l'héroïne scientifique, assez courageuse mais qui ne fait pas trop d'ombre aux hommes du récit non plus... On pourrait trouver ça daté, mais ici, Bec emploie ces stéréotypes avec un second degré qui ne les empêche jamais de jouer efficacement leur rôle. On peut éventuellement trouver l'affrontement final un peu trop expédié (en fait, il n'y a pas vraiment d'affrontement final), mais c'est une conclusion logique pour le récit, amené par d'autres éléments antérieurs dans la narration. Et surtout, Bec réussit à articuler ses différents groupes de personnages de manière assez magistrale, sans jamais tomber dans la surenchère ou s'égarer sur des arcs narratifs insipides. Du côté du dessin, c'est légèrement plus inégal. Je trouve que le dessin de Raffaele manque un peu de personnalité, mais il s'améliore au fur et à mesure du récit, et à mon sens, il est plus réussi dans le second tome, donc ça va dans le bon sens. Même si je regrette toujours que Bec ne dessine pas davantage, car dans ce type de récit, c'est là où il excelle avec ses jeux d'ombre d'une élégance que seul lui maîtrise... Mais j'imagine qu'il y passe du temps, et je comprends tout à fait qu'il ne puisse pas tout dessiner ! Quoiqu'il en soit, Under est donc une saga très réussie, qui peut s'appuyer sur les qualités de Bec comme conteur et un dessin qui, à défaut d'être parfait, fonctionne bien, pour marquer durablement son lecteur. On prévient quand même les lecteurs sensibles que certaines scènes sont susceptibles de heurter quelques sensibilités, il y a une vraie horreur profonde par moments. Ce qui ne fait que renforcer la grande qualité de l'oeuvre !

08/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Eloge de la surface - Dans les profondeurs de la téléréalité
Eloge de la surface - Dans les profondeurs de la téléréalité

Parce que la bêtise est l’apanage des autres. - Ce tome contient un exposé complet, indépendant de tout autre ; il ne nécessite pas de disposer d’informations au préalable. Sa publication date de 2023. Il a été réalisé par Stella Lory pour le scénario, les dessins et les couleurs, et par Tilila Relmani pour le scénario. Il comprend cent-seize pages de bande dessinée. Il se termine par une page listant les sources (livres, articles, études, émissions, soit vingt-cinq références), et une page de remerciements. Un avion approche de l’aéroport de Phuket, en Thaïlande, avec à son bord Yasmina Makleoud. Elle est attendue à sa sortie par un homme qui tient une pancarte portant son nom à elle, précisant le nom de l’entreprise Turfi Prod. Il la conduit en voiture, à la villa des Sudistes, et il lui souhaite bonne chance. Déposée devant, elle frappe à la porte en notant la culotte et le soutien-gorge négligemment jeté sur la statue de Bouddha sur le côté. La porte s’ouvre et une dizaine de jeunes gens sont en train de se lancer des spaghettis en sauce à la tête, avec deux caméramen en train de les filmer, et un individu hors champ derrière un fauteuil en train d’envoyer un message sur son portable. Yasmina se tourne vers le lecteur en déclarant qu’elle peut tout expliquer. Chapitre un : aux origines de la téléréalité. Quelques jours plutôt, Yasmina participait au repas de la famille Makleoud, une tablée comprenant sept adultes et un bébé. La grand-mère se râcle la gorge et annonce que cette après-midi, elle va voir l’exposition Arte Povera, en demandant si quelqu’un veut l’accompagner. Le frère aîné annonce qu’il n’est pas libre car il doit avancer sur sa thèse d’habilitation. La grande sœur donne une conférence à la Sorbonne cette semaine : elle prépare un colloque sur les crises de civilisation. Son compagnon parlera de la dissolution symbolique des organes de représentation du peuple. Rym donnera une conférence à la cinémathèque sur l’évolution des critères de beauté dans le cinéma taïwanais. Seule Yasmina n’a pas d’activité intellectuelle à son actif. La conversation reprend à table et Rym demande si les parents préfèrent que Yasmina leur annonce qu’elle va faire les anges de la téléréalité, ou qu’elle part en Afghanistan pour épouser un moudjahidine ? L’absence de réponse consterne Yasmina qui rappelle que la téléréalité la passionne. Devant l’effarement de la famille, elle leur demande s’ils ne brûlent pas de comprendre pourquoi ces programmes ont autant de succès. Et d’où viennent ces candidats aux physiques surréalistes ? Et pourquoi on aime les regarder comme si on avait accès à quelque chose d’interdit ? La mauvaise réputation de la téléréalité ne montre-t-elle pas à quel point on stigmatise les candidats et la culture populaire en général ? En quoi la téléréalité serait un sujet d’étude plus déshonorant que l’Arte Povera du président Pompidou ? Bien lancée, elle continue : avant la téléréalité, il n’y avait pas que des programmes intelligents. Elle se rappelle une émission d’Apostrophes où Bernard Pivot recevait un auteur dont le roman raconte une histoire d’amour bouleversante entre une jeune fille de quatorze ans et un écrivain de soixante-dix ans. Le titre propose un programme fort alléchant, quelque peu tempéré par le sous-titre, en fonction de l’appétence du lecteur pour la téléréalité. La scène d’ouverture le conforte dans ses a priori, qu’il soit plutôt intéressé par l’aspect dubitatif quant à l’intérêt de ce type de programme télévisuel, ou au contraire qu’il y prenne grand plaisir au premier ou au second degré. La dessinatrice a opté pour une apparence visuelle jeune et amusée, une exagération dans les expressions de visages et le langage corporel, une simplification dans les formes, un point de vue féminin (affirmé au cours du récit) sur son immersion dans cette parodie des Marseillais : le lecteur peut aussi bien y voir une forme de dérision appliquée au sujet, autant qu’un entrain accompagnant les facéties et les outrances des histrions qui se donnent sciemment en spectacle devant la caméra. Dans le même temps, dès cette séquence introductive en deux parties (l’arrivée à la villa à Phuket, le repas de famille qui conduit à l’inscription de Yasmina), l’artiste fait preuve d’un investissement de toutes les cases, que ce soit pour le niveau de détails, ou l’énergie et l’émotion. Le lecteur ne peut qu’éprouver du respect pour l’honnêteté de sa démarche, et sa curiosité pleine et entière. Il peut donc lire cette bande dessinée comme une mise en situation, une immersion dans la production d’une émission de téléréalité, calquée sur celle qui connaît le succès à ce moment-là. Rapidement, il apparaît que Yasmina Makleoud ne jouera pas le rôle de candidate, mais de journaliste (son titre officiel), enfin plutôt assistante réalisatrice dans la villa elle-même, en prenant bien soin de rester hors champ à tout moment, et elle va nouer une réelle amitié avec Lenina, l’une des candidates. L’autrice montre qu’elle a effectué un solide travail de recherche sur les modalités de tournage : elle représente les différentes situations correspondantes. Le lecteur arrive ainsi en pleine bataille de spaghettis en sauce, puis la bande dessinée reprend l’ordre chronologique en partant du casting que passe Yasmina, puis elle participe à l’audition d’autres candidats. Viennent ensuite la première journée de travail à la villa, à suivre Ada, la productrice totalement survoltée, la régie avec les écrans de contrôle et le retour de tous les micros accrochés au candidats et disséminés partout dans la villa, la phase d’interview des participants en fin de chaque journée, la découverte du script pour le lendemain, la journée de repos et ses occupations, les placements produits par les candidats sur leurs réseaux sociaux respectifs, les sorties organisées (quad, jet-ski, boîtes, n’importe quelle activité consumériste), etc. Le lecteur est emporté par le tourbillon d’activités, par l’énergie déployée pour rendre chaque moment excitant, par l’intensité de n’importe quelle émotion (sans grand rapport avec n’importe quel instant, chacun relevant du non-événement). La narration visuelle utilise les codes de la comédie comique, exagération, réactions disproportionnées, comportements infantiles, jeunisme, mise en scène agitée, pour rendre compte de cette animation perpétuelle, de cette ébullition désordonnée. Yasmina concocte une journée type pour les candidats, teintée de parodie : 12h00 : contre toute attente, les candidats mangent des tagliatelles au pesto sur le canapé du salon quand Aaaron vient leur annoncer une activité consumériste. 13h30 : l’activité du jour, quad. Encore une distraction choisie sur un modèle bien capitaliste : coûteuse, polluante, inutile, et surtout la moins culturelle possible. 18h00 : on annonce aux candidats qu’ils vont passer la soirée en boîte de nuit, consentants ou pas. 18h20 : préparation des mecs = temps de cuisson d’un œuf à la coque. 20h15 : préparation des filles = temps d’affinage d’un brie de Meaux. Elles vérifient la théorie bourdieusienne selon laquelle la femme doit rester cet objet accueillant attrayant et disponible. 20h45 : sous le silicone et les nano-robes en polyester se dissimule un système de pensées conservatrices, mantra des programmes. L’injonction à se mettre en couple (hétéro, cela va de soi) pour durer dans le programme. La fidélité. Mais surtout la respectabilité. Des devoirs exclusivement féminins. Malgré leurs efforts, les Sudistes ne passent toujours pas le test Bechdel-Wallace : l’indicateur du sexisme des films en trois critères. 20h45 : Show must go on, Lenina se traîne vers le dancefloor. Grave erreur tactique de Lenina qui se croit autorisée à assumer enfin son désir pour un autre homme. 22h47 : Aaaron fulmine et entame une nouvelle parade de la virilité. 23h00 : finalement tout le groupe s’est mis d’accord, la seule et unique fautive est Lenina. 00h37 : édifiante master class illustrant combien, sous un apparent libéralisme, les valeurs conservatrices de la téléréalité sont fortes. De manière intriquée, l’autrice développe des interrogations et des analyses sur chacune de ces facettes de la téléréalité. Elle évoque les débuts historiques de ces programmes : Loft Story et Big Brother. Puis leur déclinaison sur de nombreux formats : Pékin Express, Koh-Lanta, Super Nanny, Nouveau look pour une nouvelle vie, Top Chef, Pascal le grand-frère, et bien sûr Les Marseillais, autant de catégories : vie en communauté, compétition, télécrochet, environnement de vie, séduction, sensations, mise en scène de vedettes, modes de vie, et plus si affinité expérience de vie, rénovation, rencontres, canulars, show culinaire, en soulignant le passage d’une téléréalité d’enfermement à une téléréalité de vie collective. Elle fait référence et cite plusieurs sociologues et artistes : François Jost (1949-) sémiologue, Andy Warhol (1928-1987) artiste, Patrick Le Lay (1942-2020) patron de chaîne et sa célèbre formule de Temps de cerveau disponible, Eva Illouz (1961-) sociologue et universitaire spécialisée dans la sociologie des sentiments et de la culture, Pierre Bourdieu (1930-2002) sociologue, le test Bechdel-Wallace, Didier Anzieu (1923-1999), psychanalyste. Elle aurait pu également inclure la notion de société du spectacle annoncée et théorisée par Guy Debord (1931-1994). Loin de pointer du doigt les candidats comme des boucs émissaires, elle expose les mécanismes comme les valeurs réactionnaires véhiculées par cette forme de téléréalité (le capitalisme scopique), en particulier le fardeau imposé aux femmes, le narcissisme des candidats qui savent très bien mettre en œuvre la stratégie du retournement du stigmate, la danse à deux du voyeuriste et de l’exhibitionniste. Parti pour une lecture légère aux apparences girly sur la téléréalité de type vie collective, le lecteur en a pour son argent avec une mise en situation au sein d’une émission évoquant Les Marseillais, accompagnant une jeune femme dans la fabrication d’une saison directement dans la villa, à un rythme d’enfer avec une narration visuelle colorée et à fond de train. Dans le même temps, les autrices tiennent également la promesse de sonder ce média dans ses profondeurs, avec une analyse sociologique nourrie et pénétrante. Un ouvrage vulgarisateur, et une analyse qui s’immergent sous la surface, en reconnaissant le succès de ces divertissements comme relevant de la culture populaire.

08/10/2024 (modifier)
Par greg
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Chez Adolf
Chez Adolf

Chez Adolf nous confronte au quotidien des habitants d'un petit immeuble, dans un petit village probablement en forêt noire (le lieux et les personnages sont tous fictifs). Le point central du récit est un personnage appelé Karl Stieg, professeur dans l'école du village en question. A travers ses yeux d'allemand moyen, mais humaniste, on suit la descente aux enfers d'une Allemagne tombée sous le charme empoisonné d'Adolf Hitler. Ce en 4 tomes s'étalant de la nomination d'Hitler à la chancellerie du Reich en 1933 jusqu'à la capitulation sans condition du Reich Millénaire en 1945. Karl Stieg se détache cependant quelque peu du lot en ce sens qu'il n'est pas aveuglé par le nazisme, voit très bien que cela finira mal, mais préfère se taire et suivre. Une forme de lâcheté, émaillée de quelques moments courageux. Cette série est une petite ode à la part d'humanité qui demeure en chacun de nous, et qui peut se manifester de la manière la plus étonnante et inattendue qui soit. Sachant que "Chez Adolf" ne nous cache rien non plus des faces sombres du nazisme. Une autre grand force de cette série, c'est de nous montrer l'omniprésence d'Hitler, et son emprise sur ses concitoyens: on ne le voit en effet jamais, et pourtant il semble être partout. Au final, Chez Adolf n'a qu'un seul défaut empêchant la note maximale: une sous-intrigue inutile à laquelle je n'ai rien compris alourdit un peu l'ensemble. En effet, Karl Stieg se retrouve obligé de commettre un crime pour sauver une amie. L'objet du délit est ensuite dissimulé sous les yeux d'un observateur inconnu, qui ira déterrer l'ensemble 3 ans plus tard. Mais on ne saura rien de plus. Rien de tout cela n'est résolu. De même que Stieg se voit confié des documents compromettants. Quelqu'un viendra les récupérer en fouillant son appartement. Pareil, on ne saura jamais qui était derrière tout cela. Dommage car on était proche du sans faute.

07/10/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Trashed
Trashed

Si on m'avait dit que j'allais passer un bon moment de lecture à suivre le quotidien d'éboueurs americains... Sous un prétexte d'immersion assez brute dans le monde des déchets des civilisations occidentales, Backderf adresse une critique plus large de notre société de surconsommation. À première vue, cela pourrait sembler n’être qu’une histoire simple sur un job répétitif, mais au fil des pages, l’album dévoile une réflexion plus profonde. Les personnages sont des gars un peu paumés, coincés dans une boucle infernale, où chaque journée ressemble à la précédente. Backderf parvient à rendre ces personnages attachants, avec leurs conditions de travail difficiles et les situations souvent peu ragoûtantes qu’ils rencontrent. Et ca sent le vécu de terrain. Chaque détail, des camions-bennes aux gestes techniques, en passant par les anecdotes parfois dégoûtantes, montre que l’auteur a véritablement vécu ce qu’il raconte. Backderf sait habilement doser son humour noir, entre les scènes de crasse quotidienne et ces petites touches de dérision qui allègent l’ensemble. Le dessin est du Backderf : caricatural mais expressif avec ces visages rectangulaires et un style assez BD indé US. Le contraste entre ce monde d’ordures toujours plus nombreuses et les éboueurs, petits rouages d’un système plus grand qu’eux, est vraiment intéressant. L’album pose les bonnes questions sur l’avenir de ces déchets et la gestion de cette problématique mondiale, sans offrir de solutions toutes faites ni tomber dans le moralisme. Une réflexion, teintée d’humour noir, sur notre rapport aux déchets et à ce que nous laissons derrière nous, racontée avec une justesse qui touche.

07/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Ils sont partis chercher de la glace... - Les aventures d'Africavi
Ils sont partis chercher de la glace... - Les aventures d'Africavi

J'introduis cette série dans la banque du site même si je suis conscient que peu de personnes pourront la lire. En effet l'album n'est plus proposé au catalogue et sur le marché d'occasion il est assez rare . Pourtant cela me permet de compléter l'histoire de la BD africaine proposée par Christophe Cassiau-Haurie chez l'Harmattan-BD. Cela me permet aussi de faire connaître deux frères togolais au talent incontestable. Anani et Mensah Accoh livrent ici une série très bien fichue. Africavi, c'est "le fils de l'Afrique". Autour d'une fiction qui intègre des éléments de l'histoire de l'Afrique de l'Ouest à travers des scènes du passé ( l'esclavage) mais qui fait aussi la part belle à des réflexions ou des situations plus contemporaines. C'est une métaphore de l'amour/haine ou de l'attirance/répulsion de deux continents qui n'ont d'autres choix que de vivre à proximité l'un de l'autre. C'est traité sur un mode humoristique toujours très drôle avec beaucoup de trouvailles qui font rebondir le récit de façon très intelligente. Le graphisme est une très bonne surprise. Cela fait un peu dessin des années 80 mais c'est agréable de retrouver une façon à l'ancienne hors du numérique standard. J'au été d'autant plus séduit que le découpage est très bon avec de nombreuses scènes qui s'enchaînent de façon très fluide et avec beaucoup de cohérence. L'équilibre entre texte et image fournit une lecture découverte très plaisante. Une belle réussite pour ces deux frères. A découvrir si vous en avez l'occasion.

06/10/2024 (modifier)
Par pol
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Navigateurs
Les Navigateurs

Tout commence par un bel objet, bien épais (208 pages), au dos toilé de qualité et une couverture intrigante, promesse d'une histoire sombre et mystérieuse. A l'intérieur on n'est pas déçu, loin de là. D'abord par le dessin, le trait est maitrisé, moderne et élégant. Le noir est blanc est très à propos et sublime parfaitement l'ambiance du récit. Et justement le récit... waow. Tout commence par une histoire contemporaine, celle de 3 amis d'enfance. On fait connaissance avec les protagonistes et très vite on va plonger avec eux dans leurs souvenirs d'adolescents. Cette entrée en matière est réussie, sans pouvoir l'expliquer, on a immédiatement envie de savoir quelle va être l'histoire qu'ils vont vivre. Une amie d'enfance retrouvée, puis mystérieusement disparue, il n'en faut pas plus pour être happé par l'intrigue. Ca pourrait être une enquête sur une disparition réelle, sauf que celle ci prend très vite une dimension fantastique. Mais le tour de force, c'est qu'on y croit bien volontiers. C'est pas abracadabrant, c'est très intelligemment amené. C'est mystérieux juste ce qu'il faut. Les 3 héros vont tout mettre en oeuvre pour retrouver leur vieille copine. Ils vont découvrir des choses de plus en plus étranges : des fresques bizarres, un peintre oublié, des lieux bien curieux, des gens qui essayent de leur mettre des batôns dans les roues, et plus encore. La sauce prend merveilleusement bien, la part fantastique de l'histoire augmente au fil des pages mais on y croit toujours autant. Cette histoire est très bien racontée, elle est interessante dès le début, le rythme et l'intérêt ne baisse jamais. Les péripéties et les rebondissements ne manquent pas. Le développement est simple et clair, pas de complexité inutile, c'est prenant et la conclusion est totalement satisfaisante. Une BD Comme j'aimerais en lire plus souvent.

06/10/2024 (modifier)