Les derniers avis (31901 avis)

Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série Oleg
Oleg

Certes il y a vaguement une filiation avec Pilules bleues, notamment sur le format ou le style de dessin, mais on peut tout à fait lire Oleg en tant que tel. C'est un homme, avatar de l'auteur physiquement et sans doute dans les états d'âme, qui est dans la force de l'âge si on peut dire. C'est un artiste établi avec un certain succès et qui s'interroge sur la création. Il évoque ses idées à sa femme et ces pages familiales ont pas mal d'humour. Bizarrement j'avais l'album depuis longtemps dans un coin et l'avais à peine commencé. Je l'ai redécouvert et lu quasi d'une traite, une lecture qui coule naturellement même si on a le sentiment qu'il s'y passe peu de choses.

12/10/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Notre petit secret
Notre petit secret

L'autrice raconte les abus sexuels qu'elle a subis de la part d'un voisin lorsqu'elle était ado. Trouvant cela salutaire de voir la parole des victimes libérée, c'est le genre d'album qui est selon moi indispensable, mais vu le sujet et le fait que cela ne soit pas une fiction, je ne pense pas que c'est le genre de BD pour tous les lecteurs. En tout cas, je ne recommande pas à ceux qui sont du genre à déprimer juste en regardant le journal télévisé. C'est un album qui fait réfléchir parce que l'autrice parle de tout: les étapes qu'utilise un prédateur sexuel pour finir par petit à petit attaquer sa proie, les dommages sur l'autrice qui a fini par croire que ce qui lui arrivait était normal, son état mental après avoir recroisé son agresseur des décennies plus tard, les démarches qu'elle a fait pour essayer d'obtenir justice lorsqu'elle s'est enfin rendu compte qu'elle a été victime de viol..... Il y a des passages qui font froid dans le dos et qui vous dégoûtent du genre humain. Tout ce qui tourne autour du système de justice canadien est passionnant parce qu'on voit tous les problèmes qui font en sorte qu'au final les agresseurs sont souvent plus protégés que leurs victimes ! Les dernières pages sont vraiment touchantes. Une lecture qui ne va pas laisser indifférent !

12/10/2024 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Inexistences
Inexistences

Que dire qui n'ait déjà été dit ? Bien sûr, on l'a compris, Inexistences n'est pas une bande dessinée classique. C'est davantage un album conceptuel, qui nous mélange les codes de la peinture, de la bande dessinée et de la narration romanesque. On ne s'attendra donc pas à un scénario à proprement parler, et on fera bien, car de scénario, point. Et pourtant, on ne s'ennuie pas un instant ! Il faut dire que graphiquement, l'auteur-dessinateur a vraiment mis le paquet ! Sur des doubles pages-doubles (donc 4 volets), Bec nous propose des illustrations absolument fascinantes, dans lesquelles on se plonge avec un plaisir certain. J'ai toujours adoré le Bec dessinateur, et même si les dessins qu'il nous offre ici n'ont pas forcément la finesse de l'exceptionnel Sanctuaire avec ses fameux jeux d'ombres, ils n'en restent pas moins grandioses et somptueux. Chaque nouvelle image nous fait ressentir de nouveaux sentiments, de nouvelles émotions, et emmène notre âme toujours plus loin dans cette sombre odyssée en forme de flash-forwards. C'est le principal intérêt de cette "bande dessinée", qui nous propose par ailleurs une réflexion assez sommaire sur la fin du monde. Rien de très original ici, dans la post-apocalypse mise en scène par Bec. On a une évocation des traditionnelles guerres technologiques, d'une apocalypse classique qui fait passer brutalement l'Humanité de l'ère du high-tech à un quasi-retour au Moyen-Âge. Pour autant, on ne songerait à le reprocher à Bec, car on a bien compris qu'il ne cherche pas ici l'originalité. Tout ce qu'il souhaite faire, c'est nous émerveiller tout en nous racontant les sinistres événements d'une apocalypse inévitable, que l'on souhaiterait pourtant éviter à tout prix. Et là-dessus, le pari est réussi. Je m'en voudrais peut-être un jour d'avoir écrit cette phrase, mais j'ai pris un plaisir étrange et fascinant à me plonger dans cette post-apocalypse sombre et déshumanisée. Et finalement, n'est-ce pas là le but de cette grande oeuvre d'anticipation, de cette monumentale somme artistique ? N'est-ce pas là, peut-être, tout le paradoxe de l'Art ? Rendre l'horreur belle sur le papier pour la rendre moins désirable dans la réalité ? Car je me replongerai toujours avec un immense plaisir de cette magnifique oeuvre. Mais pour rien au monde, je ne souhaiterai y vivre un jour. Belle ambiguïté que Christophe Bec saisit à merveille pour nous révéler page après page, ce qu'il est ici plus que jamais. Un Artiste. Avec un très grand A.

11/10/2024 (modifier)
Par Cleck
Note: 4/5
Couverture de la série Neuf
Neuf

Bien belle surprise que voici ! Une intrigue plaisante à souhait, aux enjeux ludiques indéniables : une quête du père, à travers un récit autour de la conquête spatiale, entremêlé de voyages dans le temps, parcouru par une romance impossible. Cette BD vient pour moi en résonance avec Le Serpent et le Coyote lu très récemment : du très classique côté intrigue, rondement mené, habilement ficelé, autrement dit un exercice de style intégrant les ingrédients propres au genre pour rendre le jeu avec celui-ci divertissant et ludique. La réussite est même ici supérieure grâce au certes attendu jeu avec la chronologie mis en place, en lien avec l'intrigue du voyage dans le temps, et à des illustrations davantage appréciées personnellement. La gageure était par ailleurs plus grande puisque ce récit invite une multitude de personnages, de temporalités, de motivations, etc. qu'il n'était pas aisé d'imbriquer si habilement, afin de rendre l'ensemble aisément compréhensible, ludique, et même enthousiasmant. Du bien habile ouvrage donc, dont je ne pensais pas Pelaez capable, celui-ci m'ayant jusqu'alors peu intrigué.

11/10/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Garçonnes - Les autrices oubliées des années folles
Garçonnes - Les autrices oubliées des années folles

Une bande-dessinée matrimoniale. Je ne peux que remercier Trina Robbins d'avoir ressuscité ces autrices des années folles. Et un grand bravo à Bliss Comics pour la qualité du bouquin au format franco-belge, mais un prix qui pourra en freiner plus d'un. Trina Robbins, après un gros travail de recherche, nous propose de découvrir des autrices de talent du début du XXe siècle. Des autrices qui ont croqué une révolution avec l'apparition des Flappers, un mot qui désigne des jeunes femmes indépendantes au début des années 1920, les garçonnes. Un changement vestimentaire puisqu'elles vont quitter leurs corsets, les robes se raccourcissent jusqu'à atteindre les genoux et les cheveux longs font place à des coupes juste en dessous des oreilles. Une révolution ! Un bouleversement que l'on doit à la première guerre mondiale, les femmes ont quitté leur foyer pour contribuer à l'effort de guerre. Elles travaillent dans les usines, dans le médical ou même sur le front en tant qu'infirmières, elles ont goûté à l'indépendance et elles ne veulent pas faire machine arrière. Une période qui verra la même année, 1919, la ratification de deux amendements, celui de la prohibition et celui du droit de vote aux femmes. C'est ces aventures de garçonnes que racontent les autrices, des strips qui étaient publiés dans les journaux. Une préface et une présentation de chaque autrice de Trina Robbins. On va d'abord faire la connaissance de Nell Brinkley pour ouvrir le bal, la tête de proue du mouvement des Flappers. C'est sous crayon que l'on voit pour la première fois une jolie jeune femme dessinée par une femme. Sur plus de cinquante pages, on va découvrir plusieurs de ses Brinkley Girls sur des pleines pages en couleurs dans un style art nouveau. Un dessin qui m'a surpris par la qualité du trait tout en finesse, par le soin apporté aux détails et par la sensualité des personnages féminins. Des planches où les images sont agencées entre elles. Aucun phylactère, juste du texte, numéroté pour le sens de la lecture, qui décrit l'action et les états d'âme des protagonistes. Des histoires simples avec des garçonnes de moins en moins prudes au fil des pages. Des strips publiés de 1925 à 1930. Place à Eleanor Schorer (5 pages) et les aventures de Judy, sur un ton humoristique. Des strips en noir et blanc au trait fin, élégant et légèrement caricatural. Une belle surprise. Ensuite c'est Édith Stevens qui, sur 10 planches, nous régal de son dessin en noir et blanc, tantôt réaliste, tantôt caricatural, on a droit à un véritable défilé de mode, les chapeaux sont mis en avant. Un univers uniquement féminin, les situations cocasses sonnent juste et le ton est souvent drôle. Pas mal. Et voilà Ethel Hays, avec de superbes planches (21) en couleurs agencées façon Nell Brinkley. Hays revendique avoir été influencée par cette dernière, mais son style tient plus de l'art déco, son trait est plus anguleux et sa colorisation moins exubérante. Superbe ! Des strips qui mettent en avant la mode et le quotidien de ces garçonnes. Des planches datant de 1928 à 1932. Puis sur 11 pages, des strips toujours aussi mordants en noir et blanc publiés entre 1926 et 1928. Maintenant, c'est Fay King qui croque ces garçonnes sur 6 pages dans un style où la caricature et le réalisme se répondent. Un noir et blanc très plaisant à regarder. Un humour qui fait mouche. Virginia Huget se démarque de ses consœurs par des histoires plus insolentes. Graphiquement, Huguet est difficilement classable puisque certaines planches empruntent à Nell Brinkley, tandis que d'autres à Ethel Hays dans le style, la mise en scène et les couleurs, mais avec des personnages aux postures singulières. Enfin, on aura droit aussi à des saynètes avec un découpage en gaufrier et même à des phylactères où Huguet se moque de la publicité. Jubilatoire. Vingt planches de 1927 à 1936. Enfin, c'est Dorothy Urfer qui ferme le bal sur quatre pages. Des strips humoristique sur les relations amoureuses. Un noir et blanc avec beaucoup de charme, au trait fin, précis et expressif. Vraiment bien. Maintenant il faut fermer la salle de bal et c'est Nell Brinkley qui va s'en charger. Les temps ont changé, c'est la mort des garçonnes. Six pages publiées en 1937. En conclusion, je dois reconnaître que je ne connaissais aucune de ces dames avant cette lecture, un comics qui m'a fait remonter le temps, j'ai pris grand plaisir à côtoyer ces jeunes femmes à la coupe au carré, aux longues jambes et aux lèvres rouges incendiaires qui boivent et qui fument. Une lecture qui m'a donné envie de danser le charleston, moi qui suis un piètre danseur. Gros coup de cœur.

11/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Carcajou
Carcajou

Chouette album. Un western finalement plus classique dans ses grandes lignes et son déroulement que ce que je m’imaginais en voyant El Diablo à la baguette. Même si, le décor une fois planté, El Diablo s'écarte quelque peu des trames traditionnelles. Celui-ci mise ici moins qu’ailleurs, ou en tout cas de façon moins exacerbée, sur le rythme, l’action. Il y a aussi sans doute moins d’humour qu’à son habitude. Mais c’est une histoire que j’ai bien aimée. Comme j’ai aussi bien aimé la petite touche de fantastique – et le fait que ce fantastique ne soit finalement qu’esquissé, qu’il ne joue pas la relance artificielle d’une intrigue en mal d’idées. J’ai aussi apprécié que la plupart des personnages gagnent en profondeur, leur personnalité – parfois ambivalente – est creusée, et donne du relief au récit, sorte de grandeur et décadence d’un pauvre type qui s’est cru maitre du monde. Dans ce monde poisseux, où la force faisait la loi, une morale ironique clôt l’aventure, une certaine « justice », apaisée, semble ramener un ordre serein dans la région canadienne où se déroule l’intrigue. Le dessin de Deroche, moderne et dynamique, est lui aussi agréable, avec une colorisation plutôt réussie. Une lecture très sympathique en tout cas. Note réelle 3,5/5.

10/10/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série La Faune symbolique
La Faune symbolique

Servais réunit dans cette série ses deux passions et spécialités : la faune qui peuple notamment ses Ardennes chéries, ainsi que les contes et légendes anciennes. Il dédie en effet chaque tome à un animal marquant de la culture humaine, qu'il s'agisse du renard qui apparait dans tant de contes et de fables, ou du cerf, roi de la forêt et emblème de la Nature par excellence. Par le biais d'histoires courtes qui sont autant de mises en image de légendes s'étalant de l'antiquité à nos jours, encadrées par un fil rouge narratif plus contemporain, il nous délivre tout ce qu'il y a à savoir ou presque sur ces animaux symboliques. La partie contemporaine sert à raconter ce qu'il en est de l'animal de nos jours avec quelques détails sur sa physiologie et son mode de vie, tandis que les mythes nous montrent comment il a imprégné la culture humaine au fil des siècles. Le tout est raconté de manière vivante, avec un grand respect et un véritable amour pour ces sujets, comme Servais a appris à la faire au cours des décennies de sa carrière. Et bien évidemment, les planches sont dans son plus pur style, à la fois académique et talentueux pour ce qui est de représenter la nature. Parce que j'aime les contes et légendes, d'autant plus quand certaines touchent à la mythologie, et parce que je suis toujours intéressé par les documentaires animaliers, j'ai apprécié cette série qui, je trouve, convient parfaitement à son auteur, Jean-Claude Servais, dont elle traduit brillamment l'esprit. J'y ai appris différentes choses et j'ai apprécié de voir à quel point ces animaux ont influencé l'humanité non seulement au cours des époques mais aussi un peu partout dans le monde.

10/10/2024 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Revoir Comanche
Revoir Comanche

Grand amateur de Comanche (je possède évidement tous les albums de la période Hermann-Greg , ainsi que la version éditée par Niffle en deux volumes) j''attendais cet album avec impatience et , il faut le dire, avec une certaine appréhension. En effet le dessin de Romain Renard est à mille lieux de celui d'Hermann, mais pour ma part il était inutile de copier le dessin original pour rendre hommage au "sanglier des Ardennes". Après tout, Schuiten, avec "le dernier pharaon" n'a -t-il pas été à mes yeux un des meilleurs repreneurs de la série, avec son dessin si particulier ? A la fois au scénario et au dessin, Romain Renard nous propose une histoire qui de déroule en 1930 avec Red Dust comme héros. Sur la route vers le ranch triple 6, nous suivons un véritable road- movie, il faut dire que l'intrigue s'étire sur près de 150 pages. Nous retrouvons notre Red Dust certes vieilli mais toujours aussi bourru ,mystérieux et amer. Par contre, j'avoue ne pas avoir été très surpris par les révélations finales, et c'est peut-être le seul bémol à apporter à ma lecture (mais je n'ai pas lâché ce bouquin jusqu'au bout) . L'auteur distille dans ce récit des éléments sur la crise de 29, sur le sort des derniers indiens, mais aussi sur ces tempêtes de sables, qu’avaient magnifiquement évoqué Aimée de Jongh avec Jours de sable. C’est peut-être au niveau dessin que certains peuvent être déstabilisés. En nous proposant un dessin en noir et blanc très propre, nous sommes très loin de l’ambiance créée par Hermann. Il me semble en outre que l’auteur mélange parfois des photographies (ou images réalisées avec ordinateur) et des dessins, mais peut-être me trompe-je. En tout cas, j’ai passé un très bon moment de lecture et cet album m’a donné envie de me replonger dans les albums inoubliables de Comanche.

10/10/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Terra Doloris
Terra Doloris

Ne nous y trompons pas : tout comme Terra Australis, les auteurs ne font pas spécialement l'histoire d'un coin du monde. Sous prétexte de la colonisation de l'Australie, le récit est centré (d'autant plus ici) sur l'histoire du monde à ce moment-là, autour de l'Australie et du Pacifique. Je dis cela parce que c'est frappant à la lecture à quel point les auteurs se sont habillement tourné vers une histoire d'évadés de ce bagne pénitentiaire pour parler de l'époque de la fin du XVIIIè siècle, entre Lumières, Révolution, Amériques, esprit libéral, guerres d'empires ... Le récit de deux évadés servira de prétexte, partant d'abord de la colonie pénitentiaire de l'Australie pour aboutir à deux trajectoires de vies bien différentes mais qui permettent de rendre compte d'un état du monde à cette période. Il n'est pas difficile de voir là une terrible époque, marquée par l'hégémonie de la Grande Bretagne en terme militaire mais aussi spirituel sur ses concurrents (empire espagnol et France). Il y a la violence de la société et la justice anglaise, la volonté d'aller vers plus de liberté et de justice, mais aussi un monde dans lequel le voyage devient possible à travers les océans. Le tout est tempéré par ces passages sur l'Australie qui servent de contrepoint pour rappeler que le monde se portait aussi très bien sans les européens et leurs dangereux virus, armes et idéaux. La BD n'en tire pas de récit moralisateur ou culpabilisant, il explore juste les quelques points de vues qui s'opposent dans un monde de grand changement. Qui blâmer, qui juger ? Et n'est-ce pas simple de juger si facilement ? C'est clairement une BD que je recommande parce qu'elle met en lumière ce qu'est la difficulté historique : comprendre une époque ne veut pas dire juger, analyser met souvent en lumière une complexité impossible à résoudre et surtout, surtout, l'Histoire ce n'est jamais simple. Ce deuxième volume renforce un sentiment trouble quant à ce qu'il arrive dans ces pages. On sent que des portraits sont plus à charge que d'autres, mais il est aussi clair que ces récits croisés nuancent les propos. C'est juste une époque, comme tant d'autre. Une BD nuancée qui fait réfléchir à ces moments de grandes découvertes ou de bouleversements sociaux. Intéressante, très intéressante !

10/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Aleister & Adolf
Aleister & Adolf

Par le pouvoir du sigil - Il s'agit d'une histoire complète et indépendante de toute autre, initialement parue sous la forme d'un volume en 2016, sans prépublication. Il s'agit d'un format un peu plus petit que le format comics. Le scénariste est Douglas Rushkoff, un essayiste, écrivain, chroniqueur, conférencier, graphiste et documentariste américain. Il a déjà écrit d'autres scénarios de comics tels que Testament illustré par Liam Sharp, Peter Gross et Dean Ormston, A.D.D.: Adolescent Demo Division dessiné par Goran Sudzuka. Cette histoire est en noir & blanc, dessinée et encrée par Michael Avon Oeming. Cet artiste est également le dessinateur de la série Powers scénarisée par Brian Michael Bendis, et l'auteur complet de la série The Victories. Ce tome commence par une courte introduction d'une page écrite par Grant Morrison et louant cette histoire qui aborde des thèmes comme la magie basée sur des pratiques sexuelles, les rituels de mise à mort, la guerre des sceaux (sigils), ou encore des techniques subliminales de contrôle des esprits. En 1995, Hugh travaille comme infographiste pour la création de logos pour le compte de l'entreprise Viceroy. Un soir il se retrouve incapable de maîtriser le placement d'un logo. Sa chef Carina pense qu'il doit s'agir d'un fichier corrompu, et elle l'envoie récupérer l'original aux archives auprès de monsieur Stubbs. Ce dernier suggère à Hugh de rendre visite à un certain Roberts qui lui expliquera l'origine du logo qui lui donne du fil à retordre. Il lui indique une adresse. Sur place, Hugh se retrouve dans la chambre spacieuse d'un vieillard alité. Ce dernier lui raconte son histoire personnelle, en commençant quand il avait 23 ans, en mars 1938, à Fort Myers dans l'état de Virginie. À l'époque, messieurs Stubbs et Roberts étaient affectés dans le même régiment. Un jour, Stubbs indique à Roberts qu'il est attendu dans le bureau du général George Smith Patton (1885-1945). Ce dernier lui explique que le 12 mars 1938 Adolf Hitler a annexé l'Autriche dans le seul but de s'emparer de la lance de Longin. Ne pouvant pas intervenir directement sur le sol allemand, il envoie le caporal Roberts prendre contact avec Aleister Crowley, un occultiste britannique ayant des accointances avec Rudolf Hess (1894-1987). Roberts n'éprouve pas de difficulté à se faire accepter dans la maisonnée de Crowley, et il tombe sous le charme de son assistante Daphnée. Il y fait également la connaissance d'Ian Fleming (1908-1964) et Maxwell Knight MI5 (1900-1968). Il est bientôt initié aux pratiques occultes de l'ordre ésotérique fondé par Crowley. Une histoire mêlant occultisme et nazisme, avec un fond de philosophie provocatrice, avec des dessins réalisés par un professionnel des comics = difficile de résister à une lecture aussi prometteuse. Le lecteur est en effet rassuré par le fait que Michael Avon Oeming se charge de la partie graphique. Le comics précédent de Douglas Rushkoff développait un postulat fort et original, mais avec une mise en image platounette qui en sapait une partie de l'impact. En général, Oeming dessine d'une manière caractéristique avec des formes de personnages qui rappellent des silhouettes de dessins animés pour enfant, croisées avec l'esthétique noir de Batman la série animée et des mises en page variées et inventives. Le lecteur retrouve ici le noir & blanc que le dessinateur affectionne. Le format un peu plus petit que celui des comics aboutit à une impression de pages un peu tassées, comme si Oeming avait dessiné sur le même format de page que d'habitude, sans savoir qu'il serait réduit à plus petite échelle. Le lecteur plonge dans des pages bien noires, Michael Avon Oeming utilisant avec libéralité les aplats de noir pour donner du poids aux personnages, régulièrement pour les faire ressortir contre un fond noir. il aime bien également jouer sur le contraste total entre noir & blanc, sans pour autant singer Frank Miller sur Sin City, ni même lui rendre hommage. Par exemple ses personnages ne bénéficient pas d'une forme d'idéalisation. Roberts conserve une morphologie normale, sans muscles impossibles ou sculptés dans le marbre. De même Daphnée est bien faite de sa personne, sans qu'elle ne devienne un fantasme masculin gonflé à l'hélium. Les traits de contours sont un peu appuyés, sans être très gras. Par contre les traits des visages sont marqués par des traits plus gras, leur donnant une apparence tirant la simplification des dessins animés, tout en arborant des expressions de visages attestant d'émotions complexes d'adulte. La lisibilité des dessins s'en trouve immédiate, sans pour autant qu'ils aient cette apparence simplifiée ou lissée qui s'adresse à un public plus jeune. Ils ne présentent pas non plus la séduction des dessins de Darwyn Cooke, car il y a plus de détails, plus de traits signifiants, moins d'épure, et plus de personnages marqués par l'âge ou le temps. Ces descriptions n'évoquent pas un âge d'or enjolivé par le temps qui a passé. En particulier, Michael Avon Oeming ne cherche pas à rendre tous les personnages agréables à l'œil. À ce titre, Aleister Crowley porte les marques du temps sur son visage, sous la forme de rides, mais aussi sous la forme de la peau qui se relâche quelque peu. Son corps est alourdi par le surpoids et son ventre n'est pas représenté comme une sorte de ballon bien rond insensible à la loi ne la gravitation, mais bel et bien comme un ventre distendu et faisant des plis. Cette approche graphique ramène les représentations vers le monde réel, même si elles semblent croquées sur le vif, avec un crayon un peu épais. Cela confère une tangibilité plus concrète aux scènes de magie sexuelle, qui montre clairement les actes. D'un côté, la simplification de la représentation neutralise toute forme d'érotisme ; de l'autre côté ces représentations explicites font ressortir toute la bizarrerie de ces rituels par rapport à la vie normale. Les dessins comprennent ce qu'il faut de détails en termes de tenues vestimentaires, d'uniformes, de véhicules ou d'avions, d'accessoires de la vie de tous les jours, pour que le lecteur constate de visu que l'histoire se déroule dans les années 1940, sans qu'il soit besoin de le noyer sous une masse de détails. Les découpages de planche sont variés et adaptés à chaque séquence, sans donner l'impression de partir dans tous les sens pour le plaisir de la variété. Ils servent la narration, et sont en phase avec l'intrigue. Il y a quelques pages muettes (sans texte) qui se lisent toutes seules, sans difficulté d'interprétation. Oeming intègre avec la même aisance les sigils contenus dans le récit, à commencer par le swastika. Il réussit à mettre en image l'anecdote qui donne naissance au sigil anglais, dans une scène pourtant tartignole dans son association d'idée. Par son savoir-faire professionnel, l'artiste donne à voir le récit, avec une vraie élégance, malgré les particularités de l'écriture du scénariste. Malgré son titre renvoyant clairement à 2 figures historiques, le lecteur ne sait pas trop à quoi s'attendre en termes d'intrigue. La courte introduction de Grant Morrison (3 paragraphes) attire son attention sur les thèmes abordés et développés par Douglas Rushkoff. Ce dernier implante son récit dans un contexte historique, à la fois en mentionnant des dates et en mettant en scène des personnages historiques, non seulement Aleister & Adolph, mais aussi Ian Fleming (1908-1964, le créateur et l'auteur des aventures de James Bond 007 ), mais aussi Maxwell Knight (1900-1968, un agent du MI5 dont Fleming se serait inspiré pour la création de James Bond), ou encore Rudolf Hess (1894-1987), et il cite le nom de L. Ron Hubbard, le créateur de l'église de scientologie. Mais en vérifiant rapidement le contexte de la présence de Rudolf Hess sur le sol anglais pendant la seconde guerre mondiale, le lecteur se rend compte que Rushkoff a arrangé quelques faits à sa sauce, pour les besoins de son intrigue. Il comprend donc qu'il ne faut pas prendre le récit au premier degré, comme une reconstitution historique. L'intrigue en elle-même tourne autour de l'appropriation de la lance de Longin par Adolf Hitler, et le supposé avantage psychique qu'il donne à celui qui la possède, comme en aurait déjà profité César, l'empereur Constantin, ou encore Charlemagne. Le lecteur aborde cette dimension du récit en fonction de sa sensibilité, soit comme une possibilité ésotérique, soit comme un élément narratif relevant du fantastique. La moitié du récit est consacrée à l'initiation de Roberts dans la loge d'Aleister Crowley, à nouveau un élément prêtant à différents degrés d'interprétation en fonction de la sensibilité du lecteur, même si la vérité historique atteste de la réalité de ces pratiques. Au fil des séquences, le lecteur voit émerger un thème plus conceptuel, celui relatif au pouvoir des sigils, et d'une manière plus générale à l'influence des logos divers et variés. Douglas Rushkoff se montre très convaincant dans sa manière de présenter comment un logo acquiert du sens et de l'importance, à commencer par le swastika dans le contexte du régime nazi. Il applique ce principe à un autre datant de la seconde guerre, avec la même conviction. Il semble exiger un peu trop de confiance de la part du lecteur quand il étend ce principe au projet 241, ou même au sigle du pouce en l'air. Cette histoire se lit avec plaisir grâce à l'impressionnant travail effectué par Michael Avon Oeming pour que l'histoire ait la forme d'une vraie bande dessinée, et pas simplement l'apparence engendrée par un texte fort, simplement mis en images. Le lecteur plonge dans un monde trouble, dans lequel les étranges pratiques magiques décrites semblent devenir plausibles. Il suit un personnage principal que l'on ne peut pas qualifier de héros, soumis à une forme douce d'endoctrinement, souhaitant le rendre compatible avec ses propres convictions et certitudes. Douglas Rushkoff ne cherche pas à faire croire qu'il s'agit d'une reconstitution historique. Le rythme du récit n'est pas toujours entraînant, et les pratiques magiques sont décrites avec soin, mais n'en apparaissent que moins crédibles. Par contre, il développe un point de vue original et convaincant sur les sigils.

09/10/2024 (modifier)