Pour une BD à vocation commerciale, on a vu largement pire :
- Effort sur plusieurs gags originaux
- Cohérence générale qui donne à l'album un statut d'objet à part entière plutôt qu'une série bénigne de gags genre Les Blondes
- Bonne diversité des genres d'humour (absurde, premier degré, jeux de mise en page...)
Ce n'est pas de l'underground, ça se lit vite, c'est du tout public stricto-sensu mais ça change des "franchises à sous" qui pondent leurs produits sans respect des auteurs et de leur public.
Bonne expérience.
J'avoue que j'étais un peu sceptique au départ de cette lecture même si j'en avais entendu de très bons échos sur le net. Encore un truc d'esthète de la bande dessinée admiratif d'un artiste américain paru dans Heavy Metal. Et bien presque mais pas tout à fait car Paul Kirchner arrive à développer tout un imaginaire délirant. Partant d'un postulat on ne peut plus simple, un homme qui attend le bus, il met en place une foule de situations autour de son personnage quelconque, calvitie, costume, mais vivant des phénomènes hors du commun, par exemple le bus qui se transforme en avion tel un papillon émergeant de sa chrysalide, sans que cela semble provoquer le moindre haussement de sourcil chez lui.
Il est vrai qu'on retrouve un peu de Little Nemo dans ces suites de strips, muets, et pour cela d'une lecture universelle. De plus le dessin en noir et blanc est impeccable, d'une très belle maîtrise rendant ces scènes d'un réalisme frappant.
Pourtant se disant qu'il tournait en rond et qu'il avait fait le tour de son sujet, Paul Kirchner a eu l'intelligence de mettre fin à sa série de strips comme il l'explique en postface. Une initiative qui devrait faire des émules plus souvent, du moins le souhaite-t-on.
Maudit Victor est très agréable à lire avec son dessin aéré, ses jolies couleurs et puis son histoire il faut dire un peu bizarre et à la fois poétique sur les bords. Victor, borgne depuis son enfance pour avoir pris au pied de la lettre les fadaises de son oncle, devient peintre une fois adulte puis prend possession d'un trésor de diamants auprès d'un mystérieux cheval qu'il suivit dans les bois. Ce canasson sera l'incarnation de la malédiction qui le poursuivra toute sa vie pour avoir tué et triché avec sa destinée.
Benoît Preteseille, cofondateur des éditions Warum, produit une oeuvre atypique dans une ambiance années 20 qui rappelle Kiki de Montparnasse et ses contemporains. Le tout est non dénué d'humour et teinté d'une douce folie.
Une petite île italienne. Des flash-backs vers les Etats-Unis de la dépression, on y retrouve l'ambiance des films de gangsters.
J'ai apprécié cet album bien écrit narrant la jeunesse perdue d'un vieil homme pour qui les jours sont comptés et avec des répliques parfois bien senties. Il se dévoile à un jeune gamin du village qui lui rappelle sûrement un peu de lui au même âge, à une époque où il s'est retrouvé sous la coupe d'un mafieux impitoyable au visage d'un pantin de bois buriné.
Il prépare alors sa vengeance tout en fricotant avec la petite fille séduisante du mafieux. Tous les ingrédients sont là et on avale ce livre d'une traite sans ennui.
Cela faisait des années que je voulais lire le roi cyclope. Il m'a fallu beaucoup de persévérance pour tomber dessus. Il faut dire que j'aime le style tout en douceur et en nuance d'Isabelle Dethan. C'est d'ailleurs considéré par beaucoup de lecteurs comme son oeuvre phare. La pression était haute et la déception facile.
Néanmoins, j'ai beaucoup apprécié cette histoire en trois volumes mais en deux temps. Il est vrai que tout repose sur la personnalité hors norme du Marquis. Du coup, les autres personnages apparaissent assez fades et conventionnels à commencer par notre valeureux prince dont la série porte le titre. Il aurait sans doute fallu supprimer un personnage féminin pour réaliser le fameux triangle amoureux. Cela aurait donner plus de piment à une sauce déjà bien relevée.
J'ai l'impression d'avoir tout lu et que rien ne me fait désormais plaisir. Dans ce contexte, ce vieux titre est une bonne surprise qui donne de l'espoir...
Oui, ça mérite le 4/5. Mais franchement, j'aurais envie de mettre moins, tant cette BD est sombre, et surtout glauque.
Je pensais en avoir déjà vu du glauque. J'avais déjà vu des films malsains et dérangeants, mais là, c'est clairement de trop. Et quand je dis trop, c'est franchement trop.
Je dois dire qu'au fur et à mesure de ma lecture je me suis senti mal, le dessin sombre, noir et torturé n'aidant clairement pas (il m'a par ailleurs rappelé le dessin de Art Spiegelman dans "Prisonnier sur la planète enfer"). Au sortir de la BD, dire que j'étais écœuré serait un euphémisme.
L'histoire est déstructurée selon les chapitres que l'auteur écrivait, et la navigation entre les chapitres est parfois difficile, on change de personnage et de point de vue. Ce qui est d'ailleurs franchement incroyable, c'est que je n'ai rien remarqué avant la relecture. On dirait que c'est la même personne d'un bout à l'autre.
Mais qu'est-ce que c'est violent ... Dès la première page, on est mis dans le bain. Et quel bain. Atroce. L'auteur nous montre tout sans concession. Je crois que le pire était vraiment lorsque le père parle avec la fille et lui tiens des propos sur le fait que personne ne l'aimera comme lui l'aime. C'est sordide !
En résumé, un album horrible, très dur et violent, qu'il ne faut clairement pas mettre entre toutes les mains. Accrochez-vous avant de le lire. Je pensais être assez solide pour ça, j'ai eu tort.
Un 5/5 que je mets à 4/5 parce que c'est franchement trop dur.
Jolie surprise. Sincèrement, je ne pensais pas tomber sur une histoire aussi sympathique. C’est enlevé, sans temps mort, rigolo et bien construit. J’ai totalement adhéré, ne m’attendant à rien de particulier au commencement de ma lecture. C’est d’ailleurs peut-être ce qui a fonctionné avec moi. La surprise de découvrir une histoire dont je ne connaissais strictement rien. J’ai lu ce gros pavé d’un seul tenant, ayant envie de savoir quelles aventures Garth allaient vivre.
Doug Tennapel a constitué une galerie de personnage attachant et bien trouvé. Chacun possède un rôle déterminant pour la suite de l’histoire et les seconds personnages trouvent leurs utilités, ils ne font pas seulement office de faire-valoir. Mention spéciale pour l’agent Frank Gallows dont l’humour pince-sans-rire fonctionne vraiment bien.
L’humour, omniprésent, contribue grandement à rendre ce récit attrayant. Il donne une distance à ce récit fantastique qui pourrait être beaucoup plus glauque (on se retrouve quand même dans le pays des morts, hein !).
Je ne peux que conseiller ce titre distrayant !
Comment réagir face à un pied trouvé fortuitement à partir duquel va pousser une plantureuse femme ?
Le duo d’auteurs messins partent de ce postulat totalement loufoque pour proposer un récit décalé et intriguant. L’originalité est de mise avec une narration fluide et un dessin avenant. On a un peu l’impression de se trouver face au mythe du golem mis au goût du jour. C’est court mais c’est le pied ! Seule la fin me semble précipitée. J’aurais aimé en connaître davantage sur cette femme . . .
Une belle découverte en somme.
Mon petit séjour dans la cité messine m’a amené à pousser la porte du « carré des bulles » de manière totalement fortuite (merci au passage à Thierry T et Jetjet pour leurs conseils avisés).
J’y ai trouvé un bon accueil mais aussi et surtout deux bonnes trouvailles signées Jean Chauvelot, un auteur du cru. Son trait oscille entre du Nicolas Poupon (pour la silhouette) et du Xavier Fourquemin (pour le regard des personnages). Ce récit court (26 pages) scénarisé par Fred Baron explore une idée largement répandue : celle de maitriser les événements par la parole ou la pensée. Il s’intéresse surtout aux conséquences d’un tel pouvoir et à mieux cerner la psychologie de celui qui le possède.
Bref, un récit intéressant et intelligemment construit qui se termine trop rapidement.
Rhoo comme cela fait du bien… Une Bd muette qui vous secoue l’intellect pour vous emmener dans un voyage où vous seuls devez reconstruire l’image qui se présente à vous.
Il fallait tout de même oser faire une bande dessinée en plan fixe sur un banc public. Et quand bien même oser était réalisé (certains ont bien fait un album sur deux personnes qui font des longueurs dans une piscine) il fallait trouver le ton et la forme pour en faire sortir quelque chose d’intéressant.
Puisque le risque d’une lourdeur dans le mime reste majeur, pendant les premières pages j’ai craint les longueurs. Mais le talent narratif rassure très vite, la succession graphique maintient le lecteur en perpétuelle tension, que va-t-il advenir de ce hiatus Ordre/clochard, que va devenir ce banc lui-même. Le lecteur se trouve soudain pris à penser à la raison d’être d’un banc public, à cette juxtaposition d’ordinaire et d’extraordinaire, cet événement ordinaire qui par un petit dérèglement devient extraordinaire. Vient ce moment magique du banc et du ballon. A ce stade j’ai presque eu envie de pleurer devant la beauté brute de ce que Chabouté me proposait.
Évidemment tout cela se tient grâce à la force du trait noir et blanc déjà présente dans nombre d’albums, les planches ne sont pas forcément objectivement jolies, et prises isolément on voit même des distorsions graphiques étranges, mais elles dégagent une beauté qui sort du figuratif. Forme et fond se servent mutuellement pour emmener le lecteur dans un univers presque magique malgré une banalité objective.
Un peu de bois et d’acier se rapproche du chef d’œuvre, et pour celui qui saura rentrer dans le récit je ne doute pas que l’album fasse partie de la bibliothèque des favoris. Pourtant je ne doute pas que l’on puisse fort bien trouver cela long, mal dessiné et sans intérêt. Tout dépendra du recul que vous mettrez entre l’image et la perception que vous aurez de celle-ci. Et il s’agira du seul reproche que je formulerai, cet album n’accepte pas plusieurs niveaux de lecture, et le premier niveau auquel nombre de lecteurs s’arrêtent est ici sans intérêt.
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The Lapins crétins
Pour une BD à vocation commerciale, on a vu largement pire : - Effort sur plusieurs gags originaux - Cohérence générale qui donne à l'album un statut d'objet à part entière plutôt qu'une série bénigne de gags genre Les Blondes - Bonne diversité des genres d'humour (absurde, premier degré, jeux de mise en page...) Ce n'est pas de l'underground, ça se lit vite, c'est du tout public stricto-sensu mais ça change des "franchises à sous" qui pondent leurs produits sans respect des auteurs et de leur public. Bonne expérience.
Le Bus
J'avoue que j'étais un peu sceptique au départ de cette lecture même si j'en avais entendu de très bons échos sur le net. Encore un truc d'esthète de la bande dessinée admiratif d'un artiste américain paru dans Heavy Metal. Et bien presque mais pas tout à fait car Paul Kirchner arrive à développer tout un imaginaire délirant. Partant d'un postulat on ne peut plus simple, un homme qui attend le bus, il met en place une foule de situations autour de son personnage quelconque, calvitie, costume, mais vivant des phénomènes hors du commun, par exemple le bus qui se transforme en avion tel un papillon émergeant de sa chrysalide, sans que cela semble provoquer le moindre haussement de sourcil chez lui. Il est vrai qu'on retrouve un peu de Little Nemo dans ces suites de strips, muets, et pour cela d'une lecture universelle. De plus le dessin en noir et blanc est impeccable, d'une très belle maîtrise rendant ces scènes d'un réalisme frappant. Pourtant se disant qu'il tournait en rond et qu'il avait fait le tour de son sujet, Paul Kirchner a eu l'intelligence de mettre fin à sa série de strips comme il l'explique en postface. Une initiative qui devrait faire des émules plus souvent, du moins le souhaite-t-on.
Maudit Victor
Maudit Victor est très agréable à lire avec son dessin aéré, ses jolies couleurs et puis son histoire il faut dire un peu bizarre et à la fois poétique sur les bords. Victor, borgne depuis son enfance pour avoir pris au pied de la lettre les fadaises de son oncle, devient peintre une fois adulte puis prend possession d'un trésor de diamants auprès d'un mystérieux cheval qu'il suivit dans les bois. Ce canasson sera l'incarnation de la malédiction qui le poursuivra toute sa vie pour avoir tué et triché avec sa destinée. Benoît Preteseille, cofondateur des éditions Warum, produit une oeuvre atypique dans une ambiance années 20 qui rappelle Kiki de Montparnasse et ses contemporains. Le tout est non dénué d'humour et teinté d'une douce folie.
La Peau de l'ours
Une petite île italienne. Des flash-backs vers les Etats-Unis de la dépression, on y retrouve l'ambiance des films de gangsters. J'ai apprécié cet album bien écrit narrant la jeunesse perdue d'un vieil homme pour qui les jours sont comptés et avec des répliques parfois bien senties. Il se dévoile à un jeune gamin du village qui lui rappelle sûrement un peu de lui au même âge, à une époque où il s'est retrouvé sous la coupe d'un mafieux impitoyable au visage d'un pantin de bois buriné. Il prépare alors sa vengeance tout en fricotant avec la petite fille séduisante du mafieux. Tous les ingrédients sont là et on avale ce livre d'une traite sans ennui.
Le Roi Cyclope
Cela faisait des années que je voulais lire le roi cyclope. Il m'a fallu beaucoup de persévérance pour tomber dessus. Il faut dire que j'aime le style tout en douceur et en nuance d'Isabelle Dethan. C'est d'ailleurs considéré par beaucoup de lecteurs comme son oeuvre phare. La pression était haute et la déception facile. Néanmoins, j'ai beaucoup apprécié cette histoire en trois volumes mais en deux temps. Il est vrai que tout repose sur la personnalité hors norme du Marquis. Du coup, les autres personnages apparaissent assez fades et conventionnels à commencer par notre valeureux prince dont la série porte le titre. Il aurait sans doute fallu supprimer un personnage féminin pour réaliser le fameux triangle amoureux. Cela aurait donner plus de piment à une sauce déjà bien relevée. J'ai l'impression d'avoir tout lu et que rien ne me fait désormais plaisir. Dans ce contexte, ce vieux titre est une bonne surprise qui donne de l'espoir...
Daddy's Girl
Oui, ça mérite le 4/5. Mais franchement, j'aurais envie de mettre moins, tant cette BD est sombre, et surtout glauque. Je pensais en avoir déjà vu du glauque. J'avais déjà vu des films malsains et dérangeants, mais là, c'est clairement de trop. Et quand je dis trop, c'est franchement trop. Je dois dire qu'au fur et à mesure de ma lecture je me suis senti mal, le dessin sombre, noir et torturé n'aidant clairement pas (il m'a par ailleurs rappelé le dessin de Art Spiegelman dans "Prisonnier sur la planète enfer"). Au sortir de la BD, dire que j'étais écœuré serait un euphémisme. L'histoire est déstructurée selon les chapitres que l'auteur écrivait, et la navigation entre les chapitres est parfois difficile, on change de personnage et de point de vue. Ce qui est d'ailleurs franchement incroyable, c'est que je n'ai rien remarqué avant la relecture. On dirait que c'est la même personne d'un bout à l'autre. Mais qu'est-ce que c'est violent ... Dès la première page, on est mis dans le bain. Et quel bain. Atroce. L'auteur nous montre tout sans concession. Je crois que le pire était vraiment lorsque le père parle avec la fille et lui tiens des propos sur le fait que personne ne l'aimera comme lui l'aime. C'est sordide ! En résumé, un album horrible, très dur et violent, qu'il ne faut clairement pas mettre entre toutes les mains. Accrochez-vous avant de le lire. Je pensais être assez solide pour ça, j'ai eu tort. Un 5/5 que je mets à 4/5 parce que c'est franchement trop dur.
Ghostopolis
Jolie surprise. Sincèrement, je ne pensais pas tomber sur une histoire aussi sympathique. C’est enlevé, sans temps mort, rigolo et bien construit. J’ai totalement adhéré, ne m’attendant à rien de particulier au commencement de ma lecture. C’est d’ailleurs peut-être ce qui a fonctionné avec moi. La surprise de découvrir une histoire dont je ne connaissais strictement rien. J’ai lu ce gros pavé d’un seul tenant, ayant envie de savoir quelles aventures Garth allaient vivre. Doug Tennapel a constitué une galerie de personnage attachant et bien trouvé. Chacun possède un rôle déterminant pour la suite de l’histoire et les seconds personnages trouvent leurs utilités, ils ne font pas seulement office de faire-valoir. Mention spéciale pour l’agent Frank Gallows dont l’humour pince-sans-rire fonctionne vraiment bien. L’humour, omniprésent, contribue grandement à rendre ce récit attrayant. Il donne une distance à ce récit fantastique qui pourrait être beaucoup plus glauque (on se retrouve quand même dans le pays des morts, hein !). Je ne peux que conseiller ce titre distrayant !
Le Pied
Comment réagir face à un pied trouvé fortuitement à partir duquel va pousser une plantureuse femme ? Le duo d’auteurs messins partent de ce postulat totalement loufoque pour proposer un récit décalé et intriguant. L’originalité est de mise avec une narration fluide et un dessin avenant. On a un peu l’impression de se trouver face au mythe du golem mis au goût du jour. C’est court mais c’est le pied ! Seule la fin me semble précipitée. J’aurais aimé en connaître davantage sur cette femme . . . Une belle découverte en somme.
Va mourir
Mon petit séjour dans la cité messine m’a amené à pousser la porte du « carré des bulles » de manière totalement fortuite (merci au passage à Thierry T et Jetjet pour leurs conseils avisés). J’y ai trouvé un bon accueil mais aussi et surtout deux bonnes trouvailles signées Jean Chauvelot, un auteur du cru. Son trait oscille entre du Nicolas Poupon (pour la silhouette) et du Xavier Fourquemin (pour le regard des personnages). Ce récit court (26 pages) scénarisé par Fred Baron explore une idée largement répandue : celle de maitriser les événements par la parole ou la pensée. Il s’intéresse surtout aux conséquences d’un tel pouvoir et à mieux cerner la psychologie de celui qui le possède. Bref, un récit intéressant et intelligemment construit qui se termine trop rapidement.
Un peu de bois et d'acier
Rhoo comme cela fait du bien… Une Bd muette qui vous secoue l’intellect pour vous emmener dans un voyage où vous seuls devez reconstruire l’image qui se présente à vous. Il fallait tout de même oser faire une bande dessinée en plan fixe sur un banc public. Et quand bien même oser était réalisé (certains ont bien fait un album sur deux personnes qui font des longueurs dans une piscine) il fallait trouver le ton et la forme pour en faire sortir quelque chose d’intéressant. Puisque le risque d’une lourdeur dans le mime reste majeur, pendant les premières pages j’ai craint les longueurs. Mais le talent narratif rassure très vite, la succession graphique maintient le lecteur en perpétuelle tension, que va-t-il advenir de ce hiatus Ordre/clochard, que va devenir ce banc lui-même. Le lecteur se trouve soudain pris à penser à la raison d’être d’un banc public, à cette juxtaposition d’ordinaire et d’extraordinaire, cet événement ordinaire qui par un petit dérèglement devient extraordinaire. Vient ce moment magique du banc et du ballon. A ce stade j’ai presque eu envie de pleurer devant la beauté brute de ce que Chabouté me proposait. Évidemment tout cela se tient grâce à la force du trait noir et blanc déjà présente dans nombre d’albums, les planches ne sont pas forcément objectivement jolies, et prises isolément on voit même des distorsions graphiques étranges, mais elles dégagent une beauté qui sort du figuratif. Forme et fond se servent mutuellement pour emmener le lecteur dans un univers presque magique malgré une banalité objective. Un peu de bois et d’acier se rapproche du chef d’œuvre, et pour celui qui saura rentrer dans le récit je ne doute pas que l’album fasse partie de la bibliothèque des favoris. Pourtant je ne doute pas que l’on puisse fort bien trouver cela long, mal dessiné et sans intérêt. Tout dépendra du recul que vous mettrez entre l’image et la perception que vous aurez de celle-ci. Et il s’agira du seul reproche que je formulerai, cet album n’accepte pas plusieurs niveaux de lecture, et le premier niveau auquel nombre de lecteurs s’arrêtent est ici sans intérêt.