Délirant, on ne s'ennuie pas et on n'a pas cette impression de déjà vu ou de trop vu ; en tout cas, on oublie vite cette appréhension. Quoique l'on pourrait en dire, il n'est pas mal ou trop tombé (crainte d'une surabondance et d'un gavage de Hobbits en ce moment ?), il suit le mouvement de la sortie du film et de la génération Bilbo .
Que l'on soit fan ou pas de la trilogie, franchement on s'éclate, il déride sans faire du lourd, c'est le principal. Dessins et textes travaillés et bien tournés, on aime cette dérision.
L’intrigue est finalement bien banale, et déjà vue mille fois, mais cet album possède un charme bien difficile à expliquer.
Peut-être est-ce cette narration volontairement hachée qui à coups de sauts dans le temps arrive à trimballer le lecteur sans pour autant le perdre. Peut-être est-ce ce graphisme élégant et souvent minimaliste. Ou encore la poésie ambiante et les scènes contemplatives, qui arrivent à faire oublier des dialogues parfois un peu maladroits et confus (problème de traduction ?) Et que dire de la fin, belle et triste au possible, sinon qu’elle m’a beaucoup touché.
« Bicycle 3000 » est un one-shot de qualité, pour un prix raisonnable considéré le nombre de pages conséquent. A découvrir !
Attiré par les bonnes critiques lues ici et là, il n’y a pas fallu beaucoup d’hésitation avant d’embarquer ce petit bouquin aux apparats de comics francophone après l’avoir feuilleté, séduit tant par la qualité des dessins que par la réalisation toujours aussi bonne des éditions Ankama.
La couverture plutôt étonnante est bien plus jolie en réalité que sur la vignette que l’on peut voir ici desservant davantage ses propos. Brrémaud le scénariste n’y va pas par 4 chemins pour présenter cette histoire plutôt curieuse se situant dans un futur proche et alternatif et où des créatures diverses et monstrueuses côtoient le plus naturellement possible les humains.
En effet la trame de l’histoire est expédiée en quelques pages : un mafieux new yorkais mourant convie son fils légitime à défier Drakka, son autre fils illégitime et caché pour désigner lequel des deux lui succédera.
Problème : aucun des deux frères n’a connaissance de l’autre et le fameux Drakka porte en lui quelques origines vampiriques qu’il doit à sa maman.
Passée cette introduction, l’action se porte directement dans une mégalopole d’Europe de l’Est gangrénée par la pollution et la famine et où nous faisons connaissance de Drakka et de son quotidien pour survivre…
Le premier affrontement avec la Hyène, le frère sans scrupules américain, sera le point d’orgue de ce premier tome d’une trilogie annoncée…
Lorenzo di Felice aux pinceaux n’a pas son pareil pour mettre en scène de façon excessivement rythmée la course poursuite de Drakka dans les ruines de sa cité…
Fuite de pillards, défense contre la Hyène et son équipe de tueurs, on a à peine le temps de souffler quelques pages pour introduire des personnages secondaires comme cette bande déclinante de vampires ou cette rencontre impromptue avec une jeune survivante et son frère.
Les dessins sont beaux, très beaux dans un style mixant école européenne, japonaise et américaine que les couleurs informatiques ne dénaturent pas. Là où le bât blesse c’est que les dialogues sont d’une extrême pauvreté entre insultes de tous genre et vocabulaire réduit à sa portion congrue.
Le parler « Djeuns » ne me dérange pas outre mesure mais ici il dessert davantage les dialogues qu’il ne les équilibre !
Ce qui est rageant par contre c’est que le scénariste nous impose son monde dont il nous manque pas mal de bases afin d’en distinguer toutes les subtilités.
D’où viennent aussi tous ces personnages inhumains ? On a du mal à croire que l’environnement puisse être aussi riche pour uniquement soulever une querelle familiale à base de coups de poings et d’explosions en tous genre.
Le scénario tient sur un bout de ficelle mais certaines zones d’ombre nous sont ménagées dans l’espoir que les deux prochains tomes vont rééquilibrer un peu plus tout ce fatras car l’ensemble est encore bien mince pour être conseillé là où un premier tome de Mutafukaz jouait dans le même registre avec beaucoup plus de jubilation !
En effet un marginal dans un monde hostile pseudo futuriste à qui l'on cherche des noises et qui est promis à un grand avenir, ça ne vous rappelle rien ? Moi si...
Le tout s’adresse néanmoins à un public mi adulte car les scènes sont plutôt violentes et même si l’ensemble peut se targuer d’être bien découpé, certaines cases peuvent être difficiles à déchiffrer par l’anatomie inconnue de ces mercenaires verts muets.
Le tout n’est pas forcément déplaisant et réserve aux amateurs d’action de jolies scènes d’action mais il me faudra en lire la suite pour savoir si Drakka va devenir une trilogie incontournable ou seulement une lecture divertissante dont on aura vite oublié une fois les bouquins terminés.
En l’état on a un peu l'impression d'être en face d'une belle démo de jeu vidéo aux caractéristiques techniques impressionnantes mais dont on se lasse vite par manque d'interactivité donc un peu de patience avec les tomes suivants car le meilleur est surement à venir … tout du moins je l’espère vivement.
EDIT APRES LECTURE TOME 2 :
Ce qui pouvait constituer une semi-déception après avoir appris que la série serait achevée en deux tomes à la place des trois prévus initialement en constitue en fait un redoutable avantage…
Le récit démarre sur les chapeaux de roues en déplaçant rapidement l’action de l’Europe au siège du grand méchant de l’histoire La Hyène.
Les personnages, menaces et enjeux se développent sur de jolies pages très colorées entre nuances rouges et bleutées du plus bel effet à l’égal d’une couverture bien plus réussie que la première avec un joli pied de nez que l’on pourra apprécier ou pas !
Entre monstres surpuissants et la création d’une super-vilaine aussi mystérieuse que fulgurante, Brrémaud et di Felice entrent définitivement dans la cour des grands avec une récréation jouissive de toute beauté dont le final en laissera plus d’un pantois…
Ne vous méprenez pas sur le contenu ainsi que le premier tome qui constitue à la fois un acte et, Drakka c’est de la bonne grosse lecture divertissante et légèrement déviante pour tout amateur de série B à la mécanique bien huilée ce qui rend ce diptyque tout simplement indispensable, la ultima cena laisse sur le cul et donne immédiatement envie d’en lire davantage. Du bestiaire aux flashback et aux scènes d’action furibondes, j’ai hâte de lire une nouvelle œuvre de cette association dont ce Drakka constitue un baptême de feu dont il serait indélicat de se priver.
Cet album n’est pas sans rappeler En Italie, il n'y a que de vrais hommes. On y traite du même sujet, à savoir la violence et la discrimination à l’encontre des homosexuels dans un pays fasciste. Le procédé narratif est également le même : un ancien raconte son calvaire à la jeune génération.
Triangle rose, sous ses airs pédagogiques, est très plaisant à lire. Les dessins sont d’excellente qualité même si certains personnages sont difficiles à différencier. Le travail sur la couleur est intéressant et renforce l’ambiance berlinoise des années trente.
Le récit est bien maîtrisé et documenté. On suit avec beaucoup d’émotion la répression progressive et systématique contre les homosexuels allemands.
Voilà un joli travail de mémoire à la fois sérieux, didactique et agréable à feuilleter.
Belle BD historique !
Certes c’est une œuvre de fiction avec quelques inventions mais on ne doit vraiment pas être loin de la réalité. Ce diptyque montre bien la lutte à mort que se sont livrés Beria et Khrouchtchev pour succéder à Staline. Le climat de terreur et certains mécanismes du système totalitaire sont habilement représentés.
L’intrigue est bien menée et intéressante. Les dessins sont agréables et collent bien à l’ambiance oppressante de l’époque.
Du tout bon !
On retrouve beaucoup d’éléments communs avec Akira : des pouvoirs psychiques, un monde urbain dense et déshumanisé, un trait et un cadrage hyper dynamiques, de l’ultra-violence mais Dômu a son propre univers.
L’ambiance est géniale, très pesante du fait de cet espace urbain vertical et démesuré.
Le scénario mêlant policier et fantastique est accrocheur du début à la fin.
Côté dessins, c’est une fois de plus impressionnant de maîtrise et de style. Je suis impressionné par le dynamisme et la clarté de l’action.
Petit bémol concernant les personnages secondaires qui sont nombreux mais souvent peu développés, ainsi que certains points de l’histoire inexpliqués.
Bref, sans atteindre le niveau du cultissime Akira, Dômu est un manga qui mérite d’être (re)découvert sans attendre !
C'est une histoire vraie qui a inspiré ces albums. Et il est vrai qu'on croirait cette histoire sortie du cerveau d'un scénariste hollywodien.
Si l'histoire réelle vous intéresse, jetez-vous sur le livre de l'historien Mike Dash "L'archipel des hérétiques". C'est un travail énorme, qui a donné un livre pas réservé aux spécialistes, et qui explore toutes les pistes de cette incroyable histoire.
J'avais lu plusieurs livres sur ce sujet (dont le Mike Dash, mais aussi "Les naufragés du Batavia" de Simon Leys) et voulais voir ce que "ça" pouvait donner en bande dessinée.
Si le support ne permet pas, faute de place et/ou de lisibilité d'explorer toutes les pistes de la trame initiale, je dois reconnaître que les auteurs en ont fait une oeuvre de qualité.
D'abord en ne cédant pas à la facilité, qui aurait pu consister à ne traiter que la fin, après le naufrage, où l'essentiel de "l'action" se concentre. Au contraire, ils présentent plutôt bien l'ambiance des Provinces-Unies avant le départ du Batavia, ce qui permet de comprendre un peu mieux ce Jéronimus.
D'autre part, même si je n'ai pas été enthousiasmé par le dessin (que je n'ai pas trouvé mauvais non plus !), je trouve qu'avec la colorisation, il rend bien cette ambiance puritaine et rigoriste, matinée d'appât du gain, qui était celle de la société commerçante de l'époque dans cette région... et le naufrage (dans tous les sens du terme), à quoi s'apparente toute la dernière partie.
Au final, c'est une série qui se suffit à elle même, même si je vous encourage à jeter un coup d'oeil sur les livres cités. C'est un bon récit d'aventure, une réflexion sur le pouvoir, le tout se lisant très facilement.
Note réelle 3,5/5.
C’est sans doute mon album préféré de Mardon… et le plus éloigné de ce qu’il a l’habitude de faire.
Ici pas de chronique contemporaine sur le couple ou la famille mais un conte très noir dans un cadre médiéval.
L’histoire, bien que relativement simple, est extrêmement efficace. Une fois de plus, l’auteur propose une narration impeccable et un bon sens du rythme.
Graphiquement, on retrouve le trait habituel de Mardon avec en plus un excellent travail sur les personnages et leurs expressions. Les évolutions du visage et du physique de Benoit (le personnage principal) sont très réussies. Ce dernier, de par son charisme maléfique et son âme tourmentée, m’a beaucoup plu.
La BD se lit un peu vite (quelques pages supplémentaires n’auraient pas été de trop) et certains décors sont un peu légers. Voilà pour les petites déceptions.
Un bien bel album tout de même que je recommande chaleureusement.
Ecouter son libraire, c'est bien ! C'est encore grâce à lui que je découvre ce jeune auteur sud coréen et cet étrange et non moins formidable album inspiré d'une histoire vraie.
Tout commence par cette garde à vue somme toute classique où un jeune simple d'esprit est soumis à un interrogatoire. Rien de très original, jusqu'à ce qu'une jeune fille présente au commissariat et étroitement mêlée à l'affaire disparaisse...
Commence alors une narration un brin complexe et audacieuse de par la chronologie que décide d'en faire l'auteur. Les têtes de chapitre avec dates et heures sont à se mettre en post it dans un coin de cerveau accessible pour reconstituer le puzzle que nous propose O Se Hyung. Non pas qu'il y ait d'énorrrrmmmeuuu mystère à résoudre, tout est pratiquement posé page 11 dans le procès verbal du policier, mais c'est le "pourquoi ?" de tout cela qui prévaut dans chaque affaire criminelle que nous écartèle et recompose l'auteur avec brio.
Graphiquement, c'est de toute beauté ! Tout est posé dans les contrastes. L'auteur joue des équilibres entre les planches et les compositions pour nous proposer un album que j'ai trouvé magnifique. J'ai énormément apprécié sa façon de composer ses planches : cases fermées, absence de cases, pleines pages, pages utilisées au tiers ; tout cela est d'une grande richesse et assoit l'ambiance qu'il compose radicalement.
Ajoutez à cela des tons froids qui soulignent cette ambiance glaciale et tendue posés soit par un trait très fin et simple, comme pour les personnages, soit par un grand réalisme, comme les objets ou les paysages, et vous obtenez ce fascinant album de "Bicycle 3000"
Le seul reproche que je ferais à cet album, c'est l'autocollant accrocheur de l'éditeur :
"Un polar coréen inspiré d'une histoire vraie ! Si Park Chan-wook, le réalisateur de Old Boy, rencontrait Akira Kurosawa..."
Franchement, j'ai beaucoup apprécié l'album, mais certainement pas pour la comparaison dont je n'ai pas encore trouvé la pertinence...
A lire et à découvrir en tout cas !
Suite à un attentat en Espagne perpétré par un groupe d’extrême droite, des anciens des Brigades Internationales décident de repartir au combat et d’affronter leurs anciens ennemis.
L’idée de base est alléchante. Des septuagénaires viennent défendre par la lutte armée les deux grandes idéologies totalitaires des années trente et quarante.
Les auteurs ont peu de sympathie pour leurs personnages, enfermés dans leur dogmatisme idéologique et en complet décalage avec leur époque. Cet affrontement anachronique met tous les protagonistes dans le même sac, n’ayant rien retenu des leçons de l’histoire.
J’ai trouvé l’œuvre très forte. Certes, quelques longueurs et mollesses dans le scénario viennent casser quelque peu le rythme. Mais l’intrigue est excellente, tout comme l’ambiance générale de l’album, poisseuse et désespérée.
A découvrir absolument !
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Débilbo le Hoplite
Délirant, on ne s'ennuie pas et on n'a pas cette impression de déjà vu ou de trop vu ; en tout cas, on oublie vite cette appréhension. Quoique l'on pourrait en dire, il n'est pas mal ou trop tombé (crainte d'une surabondance et d'un gavage de Hobbits en ce moment ?), il suit le mouvement de la sortie du film et de la génération Bilbo . Que l'on soit fan ou pas de la trilogie, franchement on s'éclate, il déride sans faire du lourd, c'est le principal. Dessins et textes travaillés et bien tournés, on aime cette dérision.
Bicycle 3000
L’intrigue est finalement bien banale, et déjà vue mille fois, mais cet album possède un charme bien difficile à expliquer. Peut-être est-ce cette narration volontairement hachée qui à coups de sauts dans le temps arrive à trimballer le lecteur sans pour autant le perdre. Peut-être est-ce ce graphisme élégant et souvent minimaliste. Ou encore la poésie ambiante et les scènes contemplatives, qui arrivent à faire oublier des dialogues parfois un peu maladroits et confus (problème de traduction ?) Et que dire de la fin, belle et triste au possible, sinon qu’elle m’a beaucoup touché. « Bicycle 3000 » est un one-shot de qualité, pour un prix raisonnable considéré le nombre de pages conséquent. A découvrir !
Drakka
Attiré par les bonnes critiques lues ici et là, il n’y a pas fallu beaucoup d’hésitation avant d’embarquer ce petit bouquin aux apparats de comics francophone après l’avoir feuilleté, séduit tant par la qualité des dessins que par la réalisation toujours aussi bonne des éditions Ankama. La couverture plutôt étonnante est bien plus jolie en réalité que sur la vignette que l’on peut voir ici desservant davantage ses propos. Brrémaud le scénariste n’y va pas par 4 chemins pour présenter cette histoire plutôt curieuse se situant dans un futur proche et alternatif et où des créatures diverses et monstrueuses côtoient le plus naturellement possible les humains. En effet la trame de l’histoire est expédiée en quelques pages : un mafieux new yorkais mourant convie son fils légitime à défier Drakka, son autre fils illégitime et caché pour désigner lequel des deux lui succédera. Problème : aucun des deux frères n’a connaissance de l’autre et le fameux Drakka porte en lui quelques origines vampiriques qu’il doit à sa maman. Passée cette introduction, l’action se porte directement dans une mégalopole d’Europe de l’Est gangrénée par la pollution et la famine et où nous faisons connaissance de Drakka et de son quotidien pour survivre… Le premier affrontement avec la Hyène, le frère sans scrupules américain, sera le point d’orgue de ce premier tome d’une trilogie annoncée… Lorenzo di Felice aux pinceaux n’a pas son pareil pour mettre en scène de façon excessivement rythmée la course poursuite de Drakka dans les ruines de sa cité… Fuite de pillards, défense contre la Hyène et son équipe de tueurs, on a à peine le temps de souffler quelques pages pour introduire des personnages secondaires comme cette bande déclinante de vampires ou cette rencontre impromptue avec une jeune survivante et son frère. Les dessins sont beaux, très beaux dans un style mixant école européenne, japonaise et américaine que les couleurs informatiques ne dénaturent pas. Là où le bât blesse c’est que les dialogues sont d’une extrême pauvreté entre insultes de tous genre et vocabulaire réduit à sa portion congrue. Le parler « Djeuns » ne me dérange pas outre mesure mais ici il dessert davantage les dialogues qu’il ne les équilibre ! Ce qui est rageant par contre c’est que le scénariste nous impose son monde dont il nous manque pas mal de bases afin d’en distinguer toutes les subtilités. D’où viennent aussi tous ces personnages inhumains ? On a du mal à croire que l’environnement puisse être aussi riche pour uniquement soulever une querelle familiale à base de coups de poings et d’explosions en tous genre. Le scénario tient sur un bout de ficelle mais certaines zones d’ombre nous sont ménagées dans l’espoir que les deux prochains tomes vont rééquilibrer un peu plus tout ce fatras car l’ensemble est encore bien mince pour être conseillé là où un premier tome de Mutafukaz jouait dans le même registre avec beaucoup plus de jubilation ! En effet un marginal dans un monde hostile pseudo futuriste à qui l'on cherche des noises et qui est promis à un grand avenir, ça ne vous rappelle rien ? Moi si... Le tout s’adresse néanmoins à un public mi adulte car les scènes sont plutôt violentes et même si l’ensemble peut se targuer d’être bien découpé, certaines cases peuvent être difficiles à déchiffrer par l’anatomie inconnue de ces mercenaires verts muets. Le tout n’est pas forcément déplaisant et réserve aux amateurs d’action de jolies scènes d’action mais il me faudra en lire la suite pour savoir si Drakka va devenir une trilogie incontournable ou seulement une lecture divertissante dont on aura vite oublié une fois les bouquins terminés. En l’état on a un peu l'impression d'être en face d'une belle démo de jeu vidéo aux caractéristiques techniques impressionnantes mais dont on se lasse vite par manque d'interactivité donc un peu de patience avec les tomes suivants car le meilleur est surement à venir … tout du moins je l’espère vivement. EDIT APRES LECTURE TOME 2 : Ce qui pouvait constituer une semi-déception après avoir appris que la série serait achevée en deux tomes à la place des trois prévus initialement en constitue en fait un redoutable avantage… Le récit démarre sur les chapeaux de roues en déplaçant rapidement l’action de l’Europe au siège du grand méchant de l’histoire La Hyène. Les personnages, menaces et enjeux se développent sur de jolies pages très colorées entre nuances rouges et bleutées du plus bel effet à l’égal d’une couverture bien plus réussie que la première avec un joli pied de nez que l’on pourra apprécier ou pas ! Entre monstres surpuissants et la création d’une super-vilaine aussi mystérieuse que fulgurante, Brrémaud et di Felice entrent définitivement dans la cour des grands avec une récréation jouissive de toute beauté dont le final en laissera plus d’un pantois… Ne vous méprenez pas sur le contenu ainsi que le premier tome qui constitue à la fois un acte et, Drakka c’est de la bonne grosse lecture divertissante et légèrement déviante pour tout amateur de série B à la mécanique bien huilée ce qui rend ce diptyque tout simplement indispensable, la ultima cena laisse sur le cul et donne immédiatement envie d’en lire davantage. Du bestiaire aux flashback et aux scènes d’action furibondes, j’ai hâte de lire une nouvelle œuvre de cette association dont ce Drakka constitue un baptême de feu dont il serait indélicat de se priver.
Triangle rose
Cet album n’est pas sans rappeler En Italie, il n'y a que de vrais hommes. On y traite du même sujet, à savoir la violence et la discrimination à l’encontre des homosexuels dans un pays fasciste. Le procédé narratif est également le même : un ancien raconte son calvaire à la jeune génération. Triangle rose, sous ses airs pédagogiques, est très plaisant à lire. Les dessins sont d’excellente qualité même si certains personnages sont difficiles à différencier. Le travail sur la couleur est intéressant et renforce l’ambiance berlinoise des années trente. Le récit est bien maîtrisé et documenté. On suit avec beaucoup d’émotion la répression progressive et systématique contre les homosexuels allemands. Voilà un joli travail de mémoire à la fois sérieux, didactique et agréable à feuilleter.
La Mort de Staline
Belle BD historique ! Certes c’est une œuvre de fiction avec quelques inventions mais on ne doit vraiment pas être loin de la réalité. Ce diptyque montre bien la lutte à mort que se sont livrés Beria et Khrouchtchev pour succéder à Staline. Le climat de terreur et certains mécanismes du système totalitaire sont habilement représentés. L’intrigue est bien menée et intéressante. Les dessins sont agréables et collent bien à l’ambiance oppressante de l’époque. Du tout bon !
Dômu - Rêves d'enfants
On retrouve beaucoup d’éléments communs avec Akira : des pouvoirs psychiques, un monde urbain dense et déshumanisé, un trait et un cadrage hyper dynamiques, de l’ultra-violence mais Dômu a son propre univers. L’ambiance est géniale, très pesante du fait de cet espace urbain vertical et démesuré. Le scénario mêlant policier et fantastique est accrocheur du début à la fin. Côté dessins, c’est une fois de plus impressionnant de maîtrise et de style. Je suis impressionné par le dynamisme et la clarté de l’action. Petit bémol concernant les personnages secondaires qui sont nombreux mais souvent peu développés, ainsi que certains points de l’histoire inexpliqués. Bref, sans atteindre le niveau du cultissime Akira, Dômu est un manga qui mérite d’être (re)découvert sans attendre !
Jeronimus
C'est une histoire vraie qui a inspiré ces albums. Et il est vrai qu'on croirait cette histoire sortie du cerveau d'un scénariste hollywodien. Si l'histoire réelle vous intéresse, jetez-vous sur le livre de l'historien Mike Dash "L'archipel des hérétiques". C'est un travail énorme, qui a donné un livre pas réservé aux spécialistes, et qui explore toutes les pistes de cette incroyable histoire. J'avais lu plusieurs livres sur ce sujet (dont le Mike Dash, mais aussi "Les naufragés du Batavia" de Simon Leys) et voulais voir ce que "ça" pouvait donner en bande dessinée. Si le support ne permet pas, faute de place et/ou de lisibilité d'explorer toutes les pistes de la trame initiale, je dois reconnaître que les auteurs en ont fait une oeuvre de qualité. D'abord en ne cédant pas à la facilité, qui aurait pu consister à ne traiter que la fin, après le naufrage, où l'essentiel de "l'action" se concentre. Au contraire, ils présentent plutôt bien l'ambiance des Provinces-Unies avant le départ du Batavia, ce qui permet de comprendre un peu mieux ce Jéronimus. D'autre part, même si je n'ai pas été enthousiasmé par le dessin (que je n'ai pas trouvé mauvais non plus !), je trouve qu'avec la colorisation, il rend bien cette ambiance puritaine et rigoriste, matinée d'appât du gain, qui était celle de la société commerçante de l'époque dans cette région... et le naufrage (dans tous les sens du terme), à quoi s'apparente toute la dernière partie. Au final, c'est une série qui se suffit à elle même, même si je vous encourage à jeter un coup d'oeil sur les livres cités. C'est un bon récit d'aventure, une réflexion sur le pouvoir, le tout se lisant très facilement. Note réelle 3,5/5.
Le Fils de l'Ogre
C’est sans doute mon album préféré de Mardon… et le plus éloigné de ce qu’il a l’habitude de faire. Ici pas de chronique contemporaine sur le couple ou la famille mais un conte très noir dans un cadre médiéval. L’histoire, bien que relativement simple, est extrêmement efficace. Une fois de plus, l’auteur propose une narration impeccable et un bon sens du rythme. Graphiquement, on retrouve le trait habituel de Mardon avec en plus un excellent travail sur les personnages et leurs expressions. Les évolutions du visage et du physique de Benoit (le personnage principal) sont très réussies. Ce dernier, de par son charisme maléfique et son âme tourmentée, m’a beaucoup plu. La BD se lit un peu vite (quelques pages supplémentaires n’auraient pas été de trop) et certains décors sont un peu légers. Voilà pour les petites déceptions. Un bien bel album tout de même que je recommande chaleureusement.
Bicycle 3000
Ecouter son libraire, c'est bien ! C'est encore grâce à lui que je découvre ce jeune auteur sud coréen et cet étrange et non moins formidable album inspiré d'une histoire vraie. Tout commence par cette garde à vue somme toute classique où un jeune simple d'esprit est soumis à un interrogatoire. Rien de très original, jusqu'à ce qu'une jeune fille présente au commissariat et étroitement mêlée à l'affaire disparaisse... Commence alors une narration un brin complexe et audacieuse de par la chronologie que décide d'en faire l'auteur. Les têtes de chapitre avec dates et heures sont à se mettre en post it dans un coin de cerveau accessible pour reconstituer le puzzle que nous propose O Se Hyung. Non pas qu'il y ait d'énorrrrmmmeuuu mystère à résoudre, tout est pratiquement posé page 11 dans le procès verbal du policier, mais c'est le "pourquoi ?" de tout cela qui prévaut dans chaque affaire criminelle que nous écartèle et recompose l'auteur avec brio. Graphiquement, c'est de toute beauté ! Tout est posé dans les contrastes. L'auteur joue des équilibres entre les planches et les compositions pour nous proposer un album que j'ai trouvé magnifique. J'ai énormément apprécié sa façon de composer ses planches : cases fermées, absence de cases, pleines pages, pages utilisées au tiers ; tout cela est d'une grande richesse et assoit l'ambiance qu'il compose radicalement. Ajoutez à cela des tons froids qui soulignent cette ambiance glaciale et tendue posés soit par un trait très fin et simple, comme pour les personnages, soit par un grand réalisme, comme les objets ou les paysages, et vous obtenez ce fascinant album de "Bicycle 3000" Le seul reproche que je ferais à cet album, c'est l'autocollant accrocheur de l'éditeur : "Un polar coréen inspiré d'une histoire vraie ! Si Park Chan-wook, le réalisateur de Old Boy, rencontrait Akira Kurosawa..." Franchement, j'ai beaucoup apprécié l'album, mais certainement pas pour la comparaison dont je n'ai pas encore trouvé la pertinence... A lire et à découvrir en tout cas !
Les Phalanges de l'ordre noir
Suite à un attentat en Espagne perpétré par un groupe d’extrême droite, des anciens des Brigades Internationales décident de repartir au combat et d’affronter leurs anciens ennemis. L’idée de base est alléchante. Des septuagénaires viennent défendre par la lutte armée les deux grandes idéologies totalitaires des années trente et quarante. Les auteurs ont peu de sympathie pour leurs personnages, enfermés dans leur dogmatisme idéologique et en complet décalage avec leur époque. Cet affrontement anachronique met tous les protagonistes dans le même sac, n’ayant rien retenu des leçons de l’histoire. J’ai trouvé l’œuvre très forte. Certes, quelques longueurs et mollesses dans le scénario viennent casser quelque peu le rythme. Mais l’intrigue est excellente, tout comme l’ambiance générale de l’album, poisseuse et désespérée. A découvrir absolument !