Un récit tout en atmosphère, plein de sensibilité, d'une profonde originalité malgré un sentiment de facilité, de légèreté apparentes, et de quotidien banal perdu au milieu d'un charmant village aveyronnais, alors qu'autour se déroule une lourde Occupation et une guerre meurtrière.
Ce récit véhicule une vérité, une authenticité où chacun peut se reconnaître, car la situation vécue dans son grenier abandonné par Julien Sarlat, est celle que n'importe qui aurait pu vivre. C'est pourquoi "le Sursis" invite à une réflexion sur l'engagement personnel.
Le trait de Gibrat est magique, non seulement il dépeint un Aveyron chaleureux et vrai à travers la romantique vision d'un village et d'un milieu rural où chaque personnage est dans un rôle bien défini, mais surtout, il sait rendre à la perfection la sublime féminité et la sensualité de sa Cécile.
Une très belle histoire, au dénouement inattendu et tragique, un pur plaisir de lecture, dont l'achat ne sera pas regretté.
Très bon ouvrage que celui-ci ! Je me suis résolu récemment à commencer une BDthèque de géopolitique, et j'ai commencé avec celui-ci dont je me souvenais et qui me faisait envie.
Le verdict, c'est : génial ! L'auteur nous a pondu une excellente BD, qui contient en elle toutes les clés pour la comprendre. Le dessin se comprend par ce caricaturiste, qui nous livre quelques têtes assez rigolotes, mais dans un style parfois très réaliste. Son trait comporte aussi de nombreuses expressions faciales inspirées des dessins de presse, et le tout en noir et blanc, pour un résultat vraiment très bon. Le dessin véhicule un message de façon très forte, notamment dans les passages muets.
S'ajoute à cela une histoire qui m'a surpris d'un bout à l'autre, me demandant ce qui allait se passer, comment c'était seulement possible d'en arriver à ce stade. L'auteur joue aussi avec le lecteur en lui fournissant des pages qui n'auront un rapport que bien plus tard, ou dans des détails amusants, des petits personnages qui viennent commenter de façon humoristique ou non la situation. C'est une excellente manière de renforcer l'ambiance.
Et puis, cette situation est vraiment invraisemblable, quand on voit l'auteur parti d'une petite caricature de rien du tout et en arrive à être considéré comme responsable de massacres. C'est une situation digne de Kafka, dont l'auteur copie d'ailleurs les premières lignes. Il faut avouer pour le coup que les deux possèdent beaucoup de similitudes, à commencer par le cafard. Le ton restera d'ailleurs jusqu'au bout, puisqu'il s'agira pour lui de s'en sortir, et de partir. La fin est d'ailleurs excellente sur la façon de fuir d'un pays, d'essayer de prouver qu'on doit être sauvé. C'est très intéressant, et on sentirait presque un petit pied de nez à certaines institutions ou pays qui veulent avoir cette étiquette ...
Bref, j'ai adoré cette BD, autant la forme que le fond, le dessin et le récit, le principe et l'histoire, tout est bon pour moi, et j'ai vraiment un coup de cœur pour cette très belle BD. Je la recommande vivement.
En grand fan de Lovecraft (même si je n'ai pas lu toute sa bibliographie), je me suis précipité sur cette BD qui venait de sortir et associait à la fois la BD et Lovecraft avec Alan Moore, sans compter des retours déjà positifs. Et ce fut un très bon choix !
J'ai effectivement fait l'erreur de lire le résumé au dos, ce qui nous spoile agréablement tout le prologue, mais en dehors de ça je dois reconnaitre que c'est agréable de lire une pareille BD, même si Alan Moore n'a pas exprimé ici autant de talent que dans d'autres récits bien mieux construits. D'ailleurs le ton du prologue se perd par la suite et c'est vraiment regrettable, parce qu'il est particulièrement efficace.
Le ton du livre est excellent, mélangeant les récits de Lovecraft avec l'auteur et l'époque actuelle. Lovecraft se glisse bien dans n'importe quel récit, c'est connu, mais c'est vraiment bien rendu ici. D'ailleurs l'auteur nous glisse énormément d'allusions à l’œuvre de Lovecraft, ce qui parait évident, mais j'ai apprécié la finesse dans la façon de le faire. Et notamment emprunter certains tics de l'auteur, comme de rendre certaines choses obsolètes alors qu'elles semblaient capitales auparavant. C'est une idée qui colle bien au style policier de la BD, en apportant son lot de fausses pistes.
Le dessin n'est pas en reste, et pour les différentes situations, de sang ou de sexe, il rend bien, et certaines idées sont les bienvenues (surtout le passage où l'héroïne enlève ses lunettes). La façon aussi de traiter en bande verticale la première partie est excellente, et apporte un charme d'ambiance noir au prologue.
En bref, j'ai adoré cette façon de concevoir Lovecraft et sa réutilisation en BD. L'esprit de l'auteur a été bien conservé, et Moore en a tiré une histoire originale, même si en dessous de ce qu'il est capable de faire, mais toujours très bon. Je ne peux que recommander la lecture de cet opus, agréable quand on connait les deux auteurs, pour retrouver une ambiance angoissante mais inventive.
3.5
J'ai eu un peu de mal au début à trouver le scénario captivant. Le récit était efficace, mais je trouvais que c'était un peu cliché et le gangster pur et dur ne m'intéressait pas. Puis lorsqu'arrive le passage où on raconte la vie du père de la mariée, j'ai complétement embarqué dans le délire du scénariste.
Le rythme est très bon. Les péripéties s'enchainent sans que cela ne soit trop vite à mon gout. Le dessin dégage une ambiance que j'ai aimé quoique j'ai parfois eu un peu de difficulté avec les visages. Au final, j'ai bien aimé et j'attends la suite avec impatience.
Les albums de cette très belle collection du Lombard sont réputés pour leur sérieux, c'est donc un bel album, soigné et agréable à lire pour un passionné d'Histoire comme moi. Mais tout est très concis, trop condensé, la vie de ce roi aurait pu largement être traitée en 2 volumes, j'aurais bien aimé par exemple que Duval précise un fait que peu de gens savent : Richard en 10 ans de règne, n'a pratiquement jamais mis les pieds en Angleterre, trop occupé à guerroyer en France, et il ne parlait même pas l'anglais, mais le français (il a été élevé en France dans les domaines continentaux des Plantagenêts, à Chinon ou en Normandie) ; ce n'est qu'après sa mort en 1199, lorsque son frère Jean est devenu roi, que le pouvoir du roi d'Angleterre s'est déplacé à Londres.
Bien des épisodes de la vie de Richard ont été faussés par la légende de Robin des Bois qu'on lui a associée.
Ne boudons pas notre plaisir quand il est grand, pour s'intéresser à cet album ; le récit est découpé en courts chapitres qui montrent le parcours de Richard et sa réputation de roi guerrier, jalonné par les croisades, le conflit avec son père Henri II, sa captivité par l'empereur d'Allemagne, sa rivalité avec le roi de France, le siège de Châlus où il trouve la mort...tout est conforme à la réalité historique, en plus de la fidélité des costumes, des architectures et des armements de chevalier, sauf un détail : le fameux trésor trouvé par le comte de Limoges sur le fief de Châlus n'est pas attesté formellement, certains historiens prétendent que Richard s'est servi de ce prétexte pour punir un ancien feudataire qui a rallié ensuite le parti de Philippe Auguste..
Sinon, les séquences s'alignent sans ennui, seule la scène des croisades est un peu longue, et le dessin de Delaby encore pratiquement débutant, est soigné et déjà bien maîtrisé, proche du graphisme qu'on verra sur L'Etoile Polaire ; encore une fois, l'ensemble est trop condensé, ce qui oblige les auteurs à conclure par une fin un peu expédiée. Mais ça reste du beau travail.
Je ne lis pas beaucoup de polars, mais là, encouragé par le posteur de cette BD, j'ai craqué ; et je dois dire que j'ai été agréablement surpris ! Cadrages audacieux, histoire glauque et sans concession, dessin très maîtrisé... On a vraiment l'impression d'être avec Philip Marlowe dans les années 50, époque où l'on ne doutait de rien, où l'on n'avait plus d'espoir... Noir, c'est noir !!
Et le choix d'humaniser des animaux, même s'il ne justifie pas forcément, rajoute un petit plus au dessin.
Un petit mot du tome 6, qui voit John Blacksad revenir sur nos étals après plusieurs années d'absence un peu cruelle. Nouvelle plongée dans les rouages politico-économiques de la ville, et l'intrigue est vraiment complexe, sans cependant être embrouillée. On ne peut une nouvelle fois pas en perdre une miette, et on tourne les pages jusqu'à la dernière, qui propose un coup de théâtre, au propre comme au figuré. Hâte de lire la seconde moitié de ce diptyque.
Après lecture du tome 5, je ne peux que conseiller de lire cette série, elle fait définitivement partie des classiques.
Recueil d’histoires publiées initialement dans Fluide Glacial, « Route vers l’enfer », sans être le meilleur album de Daniel Goossens, n’en est pas pour le moins un excellent ouvrage où les neurones flattés par tant de subtilité comique, frétillent de bonheur. Bien que datant de bientôt 30 ans, il ne prend pas une ride, tout comme le Père Noël, catapulté ici au sein de l’armée afin de défendre les droits des enfants du monde entier. Et la tâche n’est pas facile face à tous ces culs serrés de caserne, véritables pastiches des militaires de films de guerre ricains, aux trognes renfrognées savamment caricaturées (imaginez Robert Mitchum croquant dans un citron). Avec Goossens, je me régale à chaque fois et me marre comme une baleine rien qu’avec les tronches de ses personnages.
L’humour est cérébral, fin et froid dans l’absurdité ; c’est le style Goossens et l’on n’est pas dépaysé. Les références sont en pagaille et pour qui a une certaine culture, c’est un régal.
Les relectures permettent souvent de comprendre des dialogues que nous n’avions pas intégralement compris (l’humour est si particulier) ou des détails (nombreux) à coté desquels nous aurions pu passer.
Je conseillerais la lecture en parallèle de l’histoire de la jeunesse du père Nöel parue dans l’album « Adieu, mélancolie » qui est un régal.
Album bien évidemment chaudement recommandé (c’est du Goossens) et pour finir une analyse psychanalytique de notre héros (p.24) :
« Le père noël est un homme tout à la fois simple et complexe. N’ayant pas d’enfants lui-même, il voue aux enfants des autres un amour démesuré qui le pousse à leur faire des cadeaux.
Mais ce geste d’offrande de sa propre misère qu’il se rejette à lui-même comme dans un miroir, ne peut jamais rassasier sa demande d’affection, et doit être éternellement recommencé. C’est ce que nous appelons entre nous le problème d’identification avec le fils. »
Bonnes fêtes à vous.
Tons sépia, histoires de bagnards, violence suggérée, récit rythmé.... voilà à quoi s'attendre en se saisissant du premier tome de la récit des Paco!
Le dessin n'est pas réaliste, ce qui permet de suggérer l'action plutôt que de la décrire frontalement. Le dessin de Sagnot invite même à la poésie lorsqu'éclot une histoire d'amour.
Le récit est dépaysant tant dans son univers (bagne guyanais) que dans son intrigue (survie en milieu carcéral) et servi par un bon sens du rythme.
Une belle découverte!
Amours fragiles retrace l’histoire sentimentale d’un jeune homme timide dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres avec la montée du nazisme et de ses insidieuses privations progressives des libertés.
J'ai beaucoup aimé le premier tome dont l'action se passe en 1933 au moment même de l'accession d'Hitler à la chancellerie. Le propos politique est d'ailleurs fort bien amené. Il y a des scènes traitées avec une grande finesse et objectivité bien que située dans une période parmi les plus sombres de l’histoire contemporaine. Cependant, j’ai eu un peu de mal à reconnaître certains personnages d’une case à l’autre car ils se ressemblent étrangement.
Le second tome nous emmène à Paris en 1939 peu avant l'entrée en guerre. On fait la connaissance de nouveaux personnages qui se sont exilés d'Allemagne. On se dit également que notre héros reste un éternel étudiant alors que 5 ans ont passé depuis. Il faut reconnaître que ce tome est un cran en-dessous du premier qui nous avait tant séduits.
Le troisième tome confirme tout le bien que je pense de cette série indispensable ! Le trait graphique va en s'améliorant. La puissance émotionnelle du récit également ! Il y a un véritable nouveau souffle sur cette série. Le parti pris des auteurs est celui de se concentrer non plus sur notre héros Martin et son amoureuse Katarina mais sur un personnage secondaire du second tome avec un retour en Allemagne alors que la guerre fait rage. Il s'agit surtout de montrer la résistance des allemands à l'intérieur face à ce régime dictatorial.
Le quatrième tome voit l'action se situer dans la France occupée qui va suivre la même politique d'oppression vis à vis des populations d'origine juive. J'aurais juste un gros bémol pour indiquer que je n'aime pas que dans une bulle de dialogue, il y ait des mots qui soit trancher à la ligne d'après comme coupé en deux (ex: vend-re). Ce n'est pas très beau esthétiquement. J'ai même été choqué par le procédé digne d'amateurisme car il y a franchement de quoi mieux faire. Par ailleurs, ce tome se situe chronologiquement avant les faits se produisant dans le volume précédent. On a de quoi se perdre un peu d'autant que dès le premier volume, il y avait des sauts en avant dans l'histoire.
Le cinquième tome traite entièrement de la résistance en France durant l'année 1943. On voit mal ce que Katarina, une allemande d'origine vient faire là d'autant qu'elle a été introduite par un homme qu'elle n'aimait pas. Ce n'est pas très crédible. L'action paraît confuse à de nombreux moments d'autant que certains personnages ont des noms de code. Bref, on s'y perd véritablement. La saga perd un peu de sa fraîcheur pour coller totalement à l'Histoire. On aurait aimé suivre les aventures plus personnelles de notre couple vedette.
Le sixième tome sera sans doute celui de la maturité pour notre héros Martin Mahner qui découvre les exactions commises par la Wehrmacht en Russie. L'armée rouge progresse dans sa reconquête des terres ukréniennes et les nazis reculent. On est en 1943 c'est à dire au tournant de la Seconde Guerre Mondiale. Bref, il y a une prise de conscience et l'on sent que le passage à l'acte c'est à dire dans la résistence n'est pas loin. Par contre, les amours sont oubliés car c'est la guerre. J'aime toujours autant cette saga dont chaque épisode est particulièrement soigné.
Maintenant, cette romance des amours un peu réfréné entre Martin et Katarina pourra faire fuir les lecteurs qui exigent un peu plus de passion. Le titre est pourtant évocateur : ces amours là sont fragiles ! On suit cette série plutôt pour la fresque historique et son côté chronique sociale.
L’authenticité du propos fait que le lecteur est totalement submergé dans cette période de l’histoire qu’il peut ainsi mieux comprendre sans l’avoir vécu. C’est quand même extraordinaire qu’une bd puisse arriver à ce résultat. Il faut dire que l’auteur mène un travail de longue haleine et qu’il se passe quelquefois 5 ans entre deux tomes.
La chronique historique se double d’un regard sociologique et psychologique d’une très belle maturité. Amours fragiles est d’un rare raffinement que certains amateurs d’histoire apprécieront autant que moi.
Note Dessin : 3.75/5 – Note Scénario : 4.25/5 – Note Globale : 4/5
Après Batman - Un long Halloween, la chauve-souris reprend du service. Des policiers sont assassinés à l’occasion de quelques fêtes annuelles… Batman ne sait plus trop quoi penser, s’il pourrait s’agir de Dent ou de Holiday?
Par-rapport à la première série, cette suite présente exactement les mêmes qualités, si ce n’est que la surprise n’y est plus. Mais franchement, qu’est-ce que je m’en fous ! Ça reste excellent, rythmé par l’apparition des super-vilains dont j’éprouve un certain plaisir à suivre leurs méfaits.
Et puis, comme pour Batman - Un long Halloween, le trait est hyper stylisé. La colorisation est parfaite et confère à l’ensemble une touche bien reconnaissable. Seul bémol, l’édition de Urban Comics présente le défaut de quelques planches légèrement « floutées »… Dommage.
Bref, une série incontournable, un must dans les aventures du héros de Gotham !
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Nos enjeux environnementaux
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Nos enjeux culturels et sociétaux
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Le Sursis
Un récit tout en atmosphère, plein de sensibilité, d'une profonde originalité malgré un sentiment de facilité, de légèreté apparentes, et de quotidien banal perdu au milieu d'un charmant village aveyronnais, alors qu'autour se déroule une lourde Occupation et une guerre meurtrière. Ce récit véhicule une vérité, une authenticité où chacun peut se reconnaître, car la situation vécue dans son grenier abandonné par Julien Sarlat, est celle que n'importe qui aurait pu vivre. C'est pourquoi "le Sursis" invite à une réflexion sur l'engagement personnel. Le trait de Gibrat est magique, non seulement il dépeint un Aveyron chaleureux et vrai à travers la romantique vision d'un village et d'un milieu rural où chaque personnage est dans un rôle bien défini, mais surtout, il sait rendre à la perfection la sublime féminité et la sensualité de sa Cécile. Une très belle histoire, au dénouement inattendu et tragique, un pur plaisir de lecture, dont l'achat ne sera pas regretté.
Une Métamorphose iranienne
Très bon ouvrage que celui-ci ! Je me suis résolu récemment à commencer une BDthèque de géopolitique, et j'ai commencé avec celui-ci dont je me souvenais et qui me faisait envie. Le verdict, c'est : génial ! L'auteur nous a pondu une excellente BD, qui contient en elle toutes les clés pour la comprendre. Le dessin se comprend par ce caricaturiste, qui nous livre quelques têtes assez rigolotes, mais dans un style parfois très réaliste. Son trait comporte aussi de nombreuses expressions faciales inspirées des dessins de presse, et le tout en noir et blanc, pour un résultat vraiment très bon. Le dessin véhicule un message de façon très forte, notamment dans les passages muets. S'ajoute à cela une histoire qui m'a surpris d'un bout à l'autre, me demandant ce qui allait se passer, comment c'était seulement possible d'en arriver à ce stade. L'auteur joue aussi avec le lecteur en lui fournissant des pages qui n'auront un rapport que bien plus tard, ou dans des détails amusants, des petits personnages qui viennent commenter de façon humoristique ou non la situation. C'est une excellente manière de renforcer l'ambiance. Et puis, cette situation est vraiment invraisemblable, quand on voit l'auteur parti d'une petite caricature de rien du tout et en arrive à être considéré comme responsable de massacres. C'est une situation digne de Kafka, dont l'auteur copie d'ailleurs les premières lignes. Il faut avouer pour le coup que les deux possèdent beaucoup de similitudes, à commencer par le cafard. Le ton restera d'ailleurs jusqu'au bout, puisqu'il s'agira pour lui de s'en sortir, et de partir. La fin est d'ailleurs excellente sur la façon de fuir d'un pays, d'essayer de prouver qu'on doit être sauvé. C'est très intéressant, et on sentirait presque un petit pied de nez à certaines institutions ou pays qui veulent avoir cette étiquette ... Bref, j'ai adoré cette BD, autant la forme que le fond, le dessin et le récit, le principe et l'histoire, tout est bon pour moi, et j'ai vraiment un coup de cœur pour cette très belle BD. Je la recommande vivement.
Neonomicon
En grand fan de Lovecraft (même si je n'ai pas lu toute sa bibliographie), je me suis précipité sur cette BD qui venait de sortir et associait à la fois la BD et Lovecraft avec Alan Moore, sans compter des retours déjà positifs. Et ce fut un très bon choix ! J'ai effectivement fait l'erreur de lire le résumé au dos, ce qui nous spoile agréablement tout le prologue, mais en dehors de ça je dois reconnaitre que c'est agréable de lire une pareille BD, même si Alan Moore n'a pas exprimé ici autant de talent que dans d'autres récits bien mieux construits. D'ailleurs le ton du prologue se perd par la suite et c'est vraiment regrettable, parce qu'il est particulièrement efficace. Le ton du livre est excellent, mélangeant les récits de Lovecraft avec l'auteur et l'époque actuelle. Lovecraft se glisse bien dans n'importe quel récit, c'est connu, mais c'est vraiment bien rendu ici. D'ailleurs l'auteur nous glisse énormément d'allusions à l’œuvre de Lovecraft, ce qui parait évident, mais j'ai apprécié la finesse dans la façon de le faire. Et notamment emprunter certains tics de l'auteur, comme de rendre certaines choses obsolètes alors qu'elles semblaient capitales auparavant. C'est une idée qui colle bien au style policier de la BD, en apportant son lot de fausses pistes. Le dessin n'est pas en reste, et pour les différentes situations, de sang ou de sexe, il rend bien, et certaines idées sont les bienvenues (surtout le passage où l'héroïne enlève ses lunettes). La façon aussi de traiter en bande verticale la première partie est excellente, et apporte un charme d'ambiance noir au prologue. En bref, j'ai adoré cette façon de concevoir Lovecraft et sa réutilisation en BD. L'esprit de l'auteur a été bien conservé, et Moore en a tiré une histoire originale, même si en dessous de ce qu'il est capable de faire, mais toujours très bon. Je ne peux que recommander la lecture de cet opus, agréable quand on connait les deux auteurs, pour retrouver une ambiance angoissante mais inventive.
Tyler Cross
3.5 J'ai eu un peu de mal au début à trouver le scénario captivant. Le récit était efficace, mais je trouvais que c'était un peu cliché et le gangster pur et dur ne m'intéressait pas. Puis lorsqu'arrive le passage où on raconte la vie du père de la mariée, j'ai complétement embarqué dans le délire du scénariste. Le rythme est très bon. Les péripéties s'enchainent sans que cela ne soit trop vite à mon gout. Le dessin dégage une ambiance que j'ai aimé quoique j'ai parfois eu un peu de difficulté avec les visages. Au final, j'ai bien aimé et j'attends la suite avec impatience.
Richard Coeur de Lion - L'épée et la croix
Les albums de cette très belle collection du Lombard sont réputés pour leur sérieux, c'est donc un bel album, soigné et agréable à lire pour un passionné d'Histoire comme moi. Mais tout est très concis, trop condensé, la vie de ce roi aurait pu largement être traitée en 2 volumes, j'aurais bien aimé par exemple que Duval précise un fait que peu de gens savent : Richard en 10 ans de règne, n'a pratiquement jamais mis les pieds en Angleterre, trop occupé à guerroyer en France, et il ne parlait même pas l'anglais, mais le français (il a été élevé en France dans les domaines continentaux des Plantagenêts, à Chinon ou en Normandie) ; ce n'est qu'après sa mort en 1199, lorsque son frère Jean est devenu roi, que le pouvoir du roi d'Angleterre s'est déplacé à Londres. Bien des épisodes de la vie de Richard ont été faussés par la légende de Robin des Bois qu'on lui a associée. Ne boudons pas notre plaisir quand il est grand, pour s'intéresser à cet album ; le récit est découpé en courts chapitres qui montrent le parcours de Richard et sa réputation de roi guerrier, jalonné par les croisades, le conflit avec son père Henri II, sa captivité par l'empereur d'Allemagne, sa rivalité avec le roi de France, le siège de Châlus où il trouve la mort...tout est conforme à la réalité historique, en plus de la fidélité des costumes, des architectures et des armements de chevalier, sauf un détail : le fameux trésor trouvé par le comte de Limoges sur le fief de Châlus n'est pas attesté formellement, certains historiens prétendent que Richard s'est servi de ce prétexte pour punir un ancien feudataire qui a rallié ensuite le parti de Philippe Auguste.. Sinon, les séquences s'alignent sans ennui, seule la scène des croisades est un peu longue, et le dessin de Delaby encore pratiquement débutant, est soigné et déjà bien maîtrisé, proche du graphisme qu'on verra sur L'Etoile Polaire ; encore une fois, l'ensemble est trop condensé, ce qui oblige les auteurs à conclure par une fin un peu expédiée. Mais ça reste du beau travail.
Blacksad
Je ne lis pas beaucoup de polars, mais là, encouragé par le posteur de cette BD, j'ai craqué ; et je dois dire que j'ai été agréablement surpris ! Cadrages audacieux, histoire glauque et sans concession, dessin très maîtrisé... On a vraiment l'impression d'être avec Philip Marlowe dans les années 50, époque où l'on ne doutait de rien, où l'on n'avait plus d'espoir... Noir, c'est noir !! Et le choix d'humaniser des animaux, même s'il ne justifie pas forcément, rajoute un petit plus au dessin. Un petit mot du tome 6, qui voit John Blacksad revenir sur nos étals après plusieurs années d'absence un peu cruelle. Nouvelle plongée dans les rouages politico-économiques de la ville, et l'intrigue est vraiment complexe, sans cependant être embrouillée. On ne peut une nouvelle fois pas en perdre une miette, et on tourne les pages jusqu'à la dernière, qui propose un coup de théâtre, au propre comme au figuré. Hâte de lire la seconde moitié de ce diptyque. Après lecture du tome 5, je ne peux que conseiller de lire cette série, elle fait définitivement partie des classiques.
Route vers l'Enfer
Recueil d’histoires publiées initialement dans Fluide Glacial, « Route vers l’enfer », sans être le meilleur album de Daniel Goossens, n’en est pas pour le moins un excellent ouvrage où les neurones flattés par tant de subtilité comique, frétillent de bonheur. Bien que datant de bientôt 30 ans, il ne prend pas une ride, tout comme le Père Noël, catapulté ici au sein de l’armée afin de défendre les droits des enfants du monde entier. Et la tâche n’est pas facile face à tous ces culs serrés de caserne, véritables pastiches des militaires de films de guerre ricains, aux trognes renfrognées savamment caricaturées (imaginez Robert Mitchum croquant dans un citron). Avec Goossens, je me régale à chaque fois et me marre comme une baleine rien qu’avec les tronches de ses personnages. L’humour est cérébral, fin et froid dans l’absurdité ; c’est le style Goossens et l’on n’est pas dépaysé. Les références sont en pagaille et pour qui a une certaine culture, c’est un régal. Les relectures permettent souvent de comprendre des dialogues que nous n’avions pas intégralement compris (l’humour est si particulier) ou des détails (nombreux) à coté desquels nous aurions pu passer. Je conseillerais la lecture en parallèle de l’histoire de la jeunesse du père Nöel parue dans l’album « Adieu, mélancolie » qui est un régal. Album bien évidemment chaudement recommandé (c’est du Goossens) et pour finir une analyse psychanalytique de notre héros (p.24) : « Le père noël est un homme tout à la fois simple et complexe. N’ayant pas d’enfants lui-même, il voue aux enfants des autres un amour démesuré qui le pousse à leur faire des cadeaux. Mais ce geste d’offrande de sa propre misère qu’il se rejette à lui-même comme dans un miroir, ne peut jamais rassasier sa demande d’affection, et doit être éternellement recommencé. C’est ce que nous appelons entre nous le problème d’identification avec le fils. » Bonnes fêtes à vous.
Paco les mains rouges
Tons sépia, histoires de bagnards, violence suggérée, récit rythmé.... voilà à quoi s'attendre en se saisissant du premier tome de la récit des Paco! Le dessin n'est pas réaliste, ce qui permet de suggérer l'action plutôt que de la décrire frontalement. Le dessin de Sagnot invite même à la poésie lorsqu'éclot une histoire d'amour. Le récit est dépaysant tant dans son univers (bagne guyanais) que dans son intrigue (survie en milieu carcéral) et servi par un bon sens du rythme. Une belle découverte!
Amours fragiles
Amours fragiles retrace l’histoire sentimentale d’un jeune homme timide dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres avec la montée du nazisme et de ses insidieuses privations progressives des libertés. J'ai beaucoup aimé le premier tome dont l'action se passe en 1933 au moment même de l'accession d'Hitler à la chancellerie. Le propos politique est d'ailleurs fort bien amené. Il y a des scènes traitées avec une grande finesse et objectivité bien que située dans une période parmi les plus sombres de l’histoire contemporaine. Cependant, j’ai eu un peu de mal à reconnaître certains personnages d’une case à l’autre car ils se ressemblent étrangement. Le second tome nous emmène à Paris en 1939 peu avant l'entrée en guerre. On fait la connaissance de nouveaux personnages qui se sont exilés d'Allemagne. On se dit également que notre héros reste un éternel étudiant alors que 5 ans ont passé depuis. Il faut reconnaître que ce tome est un cran en-dessous du premier qui nous avait tant séduits. Le troisième tome confirme tout le bien que je pense de cette série indispensable ! Le trait graphique va en s'améliorant. La puissance émotionnelle du récit également ! Il y a un véritable nouveau souffle sur cette série. Le parti pris des auteurs est celui de se concentrer non plus sur notre héros Martin et son amoureuse Katarina mais sur un personnage secondaire du second tome avec un retour en Allemagne alors que la guerre fait rage. Il s'agit surtout de montrer la résistance des allemands à l'intérieur face à ce régime dictatorial. Le quatrième tome voit l'action se situer dans la France occupée qui va suivre la même politique d'oppression vis à vis des populations d'origine juive. J'aurais juste un gros bémol pour indiquer que je n'aime pas que dans une bulle de dialogue, il y ait des mots qui soit trancher à la ligne d'après comme coupé en deux (ex: vend-re). Ce n'est pas très beau esthétiquement. J'ai même été choqué par le procédé digne d'amateurisme car il y a franchement de quoi mieux faire. Par ailleurs, ce tome se situe chronologiquement avant les faits se produisant dans le volume précédent. On a de quoi se perdre un peu d'autant que dès le premier volume, il y avait des sauts en avant dans l'histoire. Le cinquième tome traite entièrement de la résistance en France durant l'année 1943. On voit mal ce que Katarina, une allemande d'origine vient faire là d'autant qu'elle a été introduite par un homme qu'elle n'aimait pas. Ce n'est pas très crédible. L'action paraît confuse à de nombreux moments d'autant que certains personnages ont des noms de code. Bref, on s'y perd véritablement. La saga perd un peu de sa fraîcheur pour coller totalement à l'Histoire. On aurait aimé suivre les aventures plus personnelles de notre couple vedette. Le sixième tome sera sans doute celui de la maturité pour notre héros Martin Mahner qui découvre les exactions commises par la Wehrmacht en Russie. L'armée rouge progresse dans sa reconquête des terres ukréniennes et les nazis reculent. On est en 1943 c'est à dire au tournant de la Seconde Guerre Mondiale. Bref, il y a une prise de conscience et l'on sent que le passage à l'acte c'est à dire dans la résistence n'est pas loin. Par contre, les amours sont oubliés car c'est la guerre. J'aime toujours autant cette saga dont chaque épisode est particulièrement soigné. Maintenant, cette romance des amours un peu réfréné entre Martin et Katarina pourra faire fuir les lecteurs qui exigent un peu plus de passion. Le titre est pourtant évocateur : ces amours là sont fragiles ! On suit cette série plutôt pour la fresque historique et son côté chronique sociale. L’authenticité du propos fait que le lecteur est totalement submergé dans cette période de l’histoire qu’il peut ainsi mieux comprendre sans l’avoir vécu. C’est quand même extraordinaire qu’une bd puisse arriver à ce résultat. Il faut dire que l’auteur mène un travail de longue haleine et qu’il se passe quelquefois 5 ans entre deux tomes. La chronique historique se double d’un regard sociologique et psychologique d’une très belle maturité. Amours fragiles est d’un rare raffinement que certains amateurs d’histoire apprécieront autant que moi. Note Dessin : 3.75/5 – Note Scénario : 4.25/5 – Note Globale : 4/5
Batman - Amère victoire (Dark Victory)
Après Batman - Un long Halloween, la chauve-souris reprend du service. Des policiers sont assassinés à l’occasion de quelques fêtes annuelles… Batman ne sait plus trop quoi penser, s’il pourrait s’agir de Dent ou de Holiday? Par-rapport à la première série, cette suite présente exactement les mêmes qualités, si ce n’est que la surprise n’y est plus. Mais franchement, qu’est-ce que je m’en fous ! Ça reste excellent, rythmé par l’apparition des super-vilains dont j’éprouve un certain plaisir à suivre leurs méfaits. Et puis, comme pour Batman - Un long Halloween, le trait est hyper stylisé. La colorisation est parfaite et confère à l’ensemble une touche bien reconnaissable. Seul bémol, l’édition de Urban Comics présente le défaut de quelques planches légèrement « floutées »… Dommage. Bref, une série incontournable, un must dans les aventures du héros de Gotham !