Après avoir lu 3 albums de cette collection Ils ont fait l'Histoire, je peux déjà faire un constat : qu'est-ce que c'est bien ! C'est en effet très pointu, mais pas trop pour ne pas ennuyer le lecteur, juste ce qu'il faut pour faire crédible ; c'est beaucoup plus sérieux que les séries de la collection Vécu. Attention, je ne dénigre pas cette vénérable collection qui a bercé ma jeunesse et m'a redonné goût à l'Histoire, j'en raffolais, mais l'aspect aventureux y était plus développé. Ici, Glénat a visé très haut, déjà en s'associant avec Fayard qui est l'éditeur par excellence des bios historiques. Mais aussi en recourant aux conseils d'historiens reconnus.
Ce qu'il y a de bien avec cette collection, c'est qu'on n'est pas obligé de lire tous les albums, on choisit en fonction des personnages qu'on apprécie, c'est ce que je fais, et je sais qu'il y a des albums que je ne lirai pas. Mais avec Vercingétorix, Philippe le Bel et "Charlemagne", je me suis régalé.
L'album opte d'emblée pour 2 critères importants : les auteurs se bornent à décrire l'ascension de Charlemagne dès la mort de son père, jusqu'à son couronnement impérial. Son royaume était tellement vaste (de la Marche d'Espagne au sud à la vallée de l'Elbe au nord) et donc tellement difficile à gouverner qu'il a passé la moitié de sa vie à chevaucher et à batailler, il a fallu donc choisir parmi cette vie bien remplie les faits les plus marquants, sinon il aurait fallu faire 3 albums rien qu'avec les conquêtes de Charlemagne. Les auteurs insistent toujours sur son désir de protéger la Chrétienté et la papauté. L'autre point important est le refus de l'imagerie d'Epinal : Charlemagne visitant une école et séparant les bons élèves des mauvais est un cliché tellement exploité par de vieux manuels scolaires qu'il était inutile de le montrer ; par contre, il y a une scène entre Charlemagne et Alcuin où celui-ci lui conseille d'éduquer son royaume et de favoriser l'instruction. Le coup de la barbe fleurie nous est également épargné, c'est une aberration de l'imagerie populaire, Charlemagne n'ayant porté que la moustache comme pratiquement tous les Carolingiens. L'épisode héroïque de Roland à Roncevaux est aussi évoqué très discrètement, il ne fallait pas tomber dans l'épopée poétique colportée par la Chanson de Roland, texte écrit seulement au XIIème siècle.
Autour de ces 2 points importants, la narration est simplifiée pour des raisons de place, mais on dénote un foisonnement de détails relatés par les dialogues ; le tout est rigoureux tout en montrant aussi un aspect de la vie quotidienne de Charlemagne comme son goût pour la natation et les bains (il avait fait installer dans son palais d'Aix une immense piscine), c'est bien de consacrer 2 pages à ce détail important. Le dossier de fin d'album est très intéressant et complète parfaitement l'épopée de Charlemagne dépeint par les auteurs comme le bâtisseur d'un système politique solide basé sur la foi et le savoir, bref une figure emblématique de l'Histoire de France et même de l'Europe du Haut Moyen Age.
Quant au dessin, j'avais déjà apprécié le talent de Gwendal Lemercier sur Durandal et Le Crépuscule des Dieux, il ne pouvait que me plaire, et il y parvient ; le seul reproche que je ferais c'est que certains lettrages sont trop petits.
Un très bel album pour les amoureux d'Histoire, à condition de s'intéresser à cette période qui est souvent méconnue du grand public.
Jean Jaurès est toujours vivant !
La nouvelle collection "Ils ont fait l'Histoire" des éditions Glénat met en valeur la vie de quelques grandes figures historiques (toutes liées à l'Histoire de France pour l'instant). Elle s'est largement focalisée sur des figures de souverains ou de chefs de guerre et cet album consacré à Jean Jaurès constitue une exception.
Depuis son assassinat, Jaurès est devenu la figure tutélaire de la gauche française, mais au fil des ans, la droite s'est aussi ralliée à cette personnalité, non pour ses idées, mais pour l'exemplarité de son engagement politique. À quelques jours du centenaire de sa mort, cet album tombe à pic pour rappeler l'importance de cet engagement.
Car Jaurès incarne la politique dans ce qu'elle a de plus noble. En ces temps où le personnel politique navigue entre veulerie et autosatisfaction, il n'est pas vain de rappeler que la Res Publica peut avoir des serviteurs exemplaires.
Engagé dans la défense acharnée de la République au moment où elle doit encore s'imposer face à la clique des monarchistes et bonapartistes, Jaurès se convertit au socialisme et se fait le défenseur des travailleurs exploités en soutenant les mineurs de Carmaux. Refusant l'injustice, il s'engage dans la défense de Dreyfus. Il combat le cléricalisme réactionnaire au moment de la loi de Séparation. Et au cours des dernières années de sa vie, il s'engage dans un combat contre la guerre qui s'annonce, en essayant de réunir les socialistes européens autour du pacifisme.
Formidable orateur, faisant vibrer les foules et trembler ses adversaires politiques, il reste pourtant modeste, tout à sa conviction que les politiciens sont au service de leurs idées, de la République et des citoyens qui les ont élus. Fondateur et premier directeur du journal L'Humanité, Jaurès multiplie les tribunes enflammées pour essayer de convaincre les peuples de l'ineptie d'un conflit dont il pressent qu'il sera effroyablement meurtrier.
Son assassinat, perpétré par un crétin nationaliste, est aussi la mort du pacifisme. Dès le lendemain, la France décrète la mobilisation générale ; trois jours plus tard, elle entre en guerre contre l'Allemagne.
La lecture de cet album demande quelques efforts d'attention. Nous suivons Jaurès au cours de ses dernières semaines, alors qu'il se démène pour essayer de convaincre les peuples et les dirigeants de la nécessité de refuser la guerre, tandis qu'une série de flashbacks permet de rappeler les temps forts de sa carrière politique. L'œuvre du personnage est bien expliquée grâce à des extraits choisis de ses discours et écrits que les auteurs mettent en scène. L'ensemble pourrait être lourd car Jaurès est très bavard, mais les scénaristes ont su trancher et ne conserver que les passages les plus marquants. Le lecteur doit néanmoins se concentrer pour suivre des raisonnements qui n'ont rien de superficiels. Contrairement à ses successeurs actuels, Jaurès considère que ses interlocuteurs ne sont pas des imbéciles et sa parole qui ne fait aucune concession au simplicisme.
Le récit est servi avec brio par le dessin de Rey Macutay qui s'inspire de l'iconographie de l'époque (couvertures de magazines, photographies, caricatures…). Jaurès vit vraiment sous la plume du dessinateur qui a parfaitement su combler les vides entre les images célèbres de la “belle époque”. Les images figent les scènes exactement comme sur les photographies en noir et blanc de ce début de XXe siècle, dont l'ambiance est de ce fait parfaitement rendue.
Jaurès est donc un album pédagogique qui rend hommage à un grand monsieur. Ce n'est pas un récit divertissant, mais on se sent moins bête après l'avoir lu. Et ça, c'est plutôt rare !
Je lui donne la note de 3,5+ / 5.
Une bien bonne surprise que voici.
J'avoue que je ne m'attendais pas à une histoire aussi originale et délirante.
Le dernier tome par exemple, est à se tordre de rire (spécialement lors de la lecture du journal intime du chirurgien Ménard) avec des retournements de situations parfois drôles, parfois dramatiques.
L'ambiance est spéciale, tout en spiritisme, fantasmagorie, avec fantômes et compagnie et on ne peut s'empêcher de penser à l'univers de Tim Burton.
L'intrigue, tout comme les dessins sont décalés avec des proportions de corps assez bizarres (grosse tête, long bras, grands yeux...) qui font le charme de la série. A découvrir.
Lupano est un maître conteur et le droit chemin est la parfaite illustration.
Sur une tonalité proche de la guerre des boutons ou encore de Pagnol, nous voici plongés dans les aventures d'un groupe d'apprentis paysans entre deux guerres. Nostalgique et précurseur le droit chemin se montre drôle, attachant, doux amer voire cruel. Le graphisme assez enfantin est au diapason et franchement bien travaillé, tant sur les tonalités que le trait.
Soufflant le chaud puis le froid, l'histoire se clôt de façon surprenante au second tome. Le cycle reste cependant suffisamment maîtrisé pour conclure l'histoire ainsi.
J'espère qu'il en appelle d'autres, tant il serait dommage de ne pas donner la possibilité à cette série de montrer tout son potentiel et de lui laisser la liberté d'exprimer ce qu'elle a à dire. J'en doute malheureusement, l'originalité ne paye pas vraiment ces derniers temps en bd.
Un court épisode sur Isabelle, reine bafouée par son mari et sa société contemporaine mais à la revanche cruelle et impitoyable. Ce récit est littéralement porté par une écriture fine claire mais aussi par son dessin de premier ordre. Quand on voit les dédicaces réalisées par Calderon, on a envie de suivre de près son œuvre à venir.
La louve de France est passionnant, sur une part d'histoire moins volontiers dispensée dans les écoles car il s'agit ici d'Angleterre d'abord, et du rôle des reines régentes ensuite. Cette série concept apporte donc une plus value dans le genre historique, et en particulier ici.
Cependant, on peut regretter encore une fois l'utilisation dommageable du numérique à la colorisation. Cette technique a pour effet d'aplatir et affadir grandement la qualité du dessin et son dynamisme. Par ailleurs, il s'agit d'un diptyque, pourtant il y a un déséquilibre de tempo entre les deux volets. Le premier prend le temps d'expliquer sur une courte période le contexte et les protagonistes alors que la conclusion enchaîne les intrigues et rebondissements sur une dizaine d'années tambour battant. Sans réduire la qualité d'Isabelle et probablement dans un souci didactique, les auteurs auraient peut être encore gagné à étaler plus leur scénario et rendre moins précipitées les choses à la fin.
Un bon investissement pour le genre archéologique.
Les vacances arrivent et en vous rendant chez votre libraire favori, vous vous êtes rendu compte que le dernier numéro de « chasse et pêche » avait disparu des rayonnages. Qu’à cela ne tienne, vous êtes-vous dit, et, à la lecture du titre, vous vous êtes rabattu sur cet étrange album…
Si vous comptiez vous détendre avec une petite lecture distrayante, vous venez de commettre une grosse bévue.
Ce récit n’est en effet pas des plus joyeux. Il n’en est pas moins très prenant. Alfred adapte en effet avec brio un roman très sombre, aussi désespéré que désespérant, de Guillaume Guéraud. La trame est classique : on se retrouve au début de ce récit après le drame, le carnage, la boucherie. Ce qu’il s’est passé et pourquoi cela s’est passé nous sera raconté par l’auteur de l’ignominie. La gageure sera pour les auteurs de nous faire comprendre ses motivations pour entrer en empathie avec ce « chasseur qui ne veut pas devenir gibier ». Et ils y parviennent pleinement ! Le récit est prenant, le crescendo vers l’horreur est parfait, la narration est fluide, le découpage est extrêmement efficace. Et alors que la couverture me laissait craindre un dessin aux accents expérimentaux, le contenu s’est révélé aussi classique que limpide.
Je sors de cette lecture conquis. Ce n’est certainement pas joyeux mais diantrement efficace ! Et si je ne met pas de coup de cœur, c'est parce qu'un coup de poing m'aurait semblé mieux adapté.
On les attendait au tournant et je fais clairement partie de ceux qui ont été désarçonné par la tournure prise par l’histoire. Venant de ce duo, je m’attendais à quelque chose d’amusant… je suis tombé sur un classique – et bien foutu – récit vampirique.
La surprise (déception ?) passée, je dois admettre que cette histoire est bien menée et soigneusement illustrée. L’intrigue rebondit régulièrement, jusqu’à un final surprenant et digne des meilleurs récits d’épouvante. Par ailleurs certains dialogues valent le détour. Alain Ayroles sait ciseler des répliques cinglantes qui, chez moi, font mouche !
Trois tomes sans temps mort, une intrigue qui ne cesse d’évoluer, des personnages complexes et charismatiques, une frontière entre le bien et le mal pas aussi définie qu’il y parait : c’est très bon, en somme.
Un récit solide, bien mené. Le personnage central apparait souvent en retrait dans la majeure partie de l’album, c’est pour mieux s’imposer dans son final ! La reconstitution du contexte social et politique de ces années où l’esclavagisme était la règle est faite avec soin et beaucoup d’aspects sont abordés.
Le dessin de Brüno (dont j’avoue ne pas être un grand fan) ne m’a pas dérangé. Mais si j’ai trouvé certaines cases vraiment belles, d’autres m’ont semblé vides car trop épurées. C’est son style et il faut l’accepter. En tous les cas, ce style n’aura pas constitué un frein pour mon appréciation.
J’hésite entre le « pas mal du tout » et le « franchement bien ». A lire, en tous les cas, et cet album ne fera certainement pas tâche dans votre bibliothèque.
Au départ, je me méfiais un peu avec Tome, plus connu pour ses séries humoristiques, puis je me suis rappelé qu'il avait commis Berceuse assassine qui, même si j'avais aimé à moitié, faisait plus crédible sur sa carte de visite pour aborder ce polar.
C'est une bonne histoire, tout en atmosphère, bien ancrée dans cet Alabama, symbole pour la communauté noire de la lutte contre la ségrégation ; le nom de Kounta Kinte, allusion au roman Racines, est d'ailleurs significatif, et Tome parvient à renouveler ce type de récit (déjà vu à l'écran) au sein d'une Amérique raciste des années 80, même si on s'aperçoit qu'il y a eu une légère évolution, puisqu'on y voit des Noirs dans un bar côtoyant des Blancs, chose qui n'aurait pu arriver avant.
J'aime bien pourtant cette Amérique du Sud et du Midwest avec ses cafés truck stop, ses stations-service, ses motels perdus dans des petites villes, ses gros trucks et ses pick-up un peu déglingués... c'est tout un folklore U.S. très imagé que je préfère de loin au contexte urbain et souvent sombre des grandes villes. Et tout ceci est parfaitement restitué par le dessin élégant à la fois dépouillé et réaliste de Berthet, avec des cadrages et une mise en page très cinématographiques au service d'un scénario remarquablement huilé de Tome, qui entretient le suspense jusqu'à la dernière scène.
Tous les personnages sont bien travaillés, y compris le chien pour un thriller impeccable en forme de tragédie grecque. Un grand moment de lecture.
On parle beaucoup de la première Guerre Mondiale ces temps-ci, et pour cause, mais son élément déclencheur, on l'oublie parfois, est l'assassinat de Franz Ferdinand, héritier de l'empire austro-hongrois.
L'historien Jean-Yves Le Naour, historien spécialiste de la période, après nous avoir parlé de deux fusillés pour l'exemple dans La Faute au Midi, a choisi de nous parler de cet évènement, en l'éclairant un peu avec les circonstances géopolitiques d'alors ainsi que la position toute particulière de l'Archiduc vis à vis de la Cour, et surtout de son oncle, l'empereur François-Joseph, qui ne l'aimait pas. L'album est parsemé de petits instants, de nuances et d'insinuations qui indiquent que Franz-Ferdinand se doutait que quelque chose allait arriver au cours de son voyage à Sarajevo (qu'il n'a pas organisé, contrairement à ce que dit jurin dans son avis). De même les éléments se liguent contre la suite impériale. On se rend alors compte que le destin de l'Europe s'est joué sur un détail, une erreur de parcours, un séparatiste armé qui traînait encore alors qu'il aurait dû partir... Et puis, quelque part, on ne peut s'empêcher de penser que l'empereur d'Autriche-Hongrie souhaitait que quelque chose se passe à Sarajevo... Un récit à tiroirs, donc. Comme l'écrit Le Naour à la fin des bonus de l'album (comportant des photos et quelques textes replaçant les faits dans leur époque), les deux balles de Gavrilo Prinzip allaient tuer dix millions de personnes...
Le Naour s'est attaché les services de Chandre, excellent créateur d'ambiance comme en témoignent Saint Kilda et ses albums de la série Agatha Christie. Il apporte ici son souci du détail, et reste constamment au service du récit, même si parfois les visages de ses personnages manquent d'un poil de finition. Se basant sur des photographies lorsqu'elles existent, son dessin fait preuve d'inventivité dans les cadrages, pour coller à l'action quand elle se déchaîne, dans les dernières pages. Du bon boulot, assurément.
Un album qui éclaire un peu plus un évènement majeur, qui marque le début du XXème siècle. Un classique historique.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Charlemagne
Après avoir lu 3 albums de cette collection Ils ont fait l'Histoire, je peux déjà faire un constat : qu'est-ce que c'est bien ! C'est en effet très pointu, mais pas trop pour ne pas ennuyer le lecteur, juste ce qu'il faut pour faire crédible ; c'est beaucoup plus sérieux que les séries de la collection Vécu. Attention, je ne dénigre pas cette vénérable collection qui a bercé ma jeunesse et m'a redonné goût à l'Histoire, j'en raffolais, mais l'aspect aventureux y était plus développé. Ici, Glénat a visé très haut, déjà en s'associant avec Fayard qui est l'éditeur par excellence des bios historiques. Mais aussi en recourant aux conseils d'historiens reconnus. Ce qu'il y a de bien avec cette collection, c'est qu'on n'est pas obligé de lire tous les albums, on choisit en fonction des personnages qu'on apprécie, c'est ce que je fais, et je sais qu'il y a des albums que je ne lirai pas. Mais avec Vercingétorix, Philippe le Bel et "Charlemagne", je me suis régalé. L'album opte d'emblée pour 2 critères importants : les auteurs se bornent à décrire l'ascension de Charlemagne dès la mort de son père, jusqu'à son couronnement impérial. Son royaume était tellement vaste (de la Marche d'Espagne au sud à la vallée de l'Elbe au nord) et donc tellement difficile à gouverner qu'il a passé la moitié de sa vie à chevaucher et à batailler, il a fallu donc choisir parmi cette vie bien remplie les faits les plus marquants, sinon il aurait fallu faire 3 albums rien qu'avec les conquêtes de Charlemagne. Les auteurs insistent toujours sur son désir de protéger la Chrétienté et la papauté. L'autre point important est le refus de l'imagerie d'Epinal : Charlemagne visitant une école et séparant les bons élèves des mauvais est un cliché tellement exploité par de vieux manuels scolaires qu'il était inutile de le montrer ; par contre, il y a une scène entre Charlemagne et Alcuin où celui-ci lui conseille d'éduquer son royaume et de favoriser l'instruction. Le coup de la barbe fleurie nous est également épargné, c'est une aberration de l'imagerie populaire, Charlemagne n'ayant porté que la moustache comme pratiquement tous les Carolingiens. L'épisode héroïque de Roland à Roncevaux est aussi évoqué très discrètement, il ne fallait pas tomber dans l'épopée poétique colportée par la Chanson de Roland, texte écrit seulement au XIIème siècle. Autour de ces 2 points importants, la narration est simplifiée pour des raisons de place, mais on dénote un foisonnement de détails relatés par les dialogues ; le tout est rigoureux tout en montrant aussi un aspect de la vie quotidienne de Charlemagne comme son goût pour la natation et les bains (il avait fait installer dans son palais d'Aix une immense piscine), c'est bien de consacrer 2 pages à ce détail important. Le dossier de fin d'album est très intéressant et complète parfaitement l'épopée de Charlemagne dépeint par les auteurs comme le bâtisseur d'un système politique solide basé sur la foi et le savoir, bref une figure emblématique de l'Histoire de France et même de l'Europe du Haut Moyen Age. Quant au dessin, j'avais déjà apprécié le talent de Gwendal Lemercier sur Durandal et Le Crépuscule des Dieux, il ne pouvait que me plaire, et il y parvient ; le seul reproche que je ferais c'est que certains lettrages sont trop petits. Un très bel album pour les amoureux d'Histoire, à condition de s'intéresser à cette période qui est souvent méconnue du grand public.
Jaurès
Jean Jaurès est toujours vivant ! La nouvelle collection "Ils ont fait l'Histoire" des éditions Glénat met en valeur la vie de quelques grandes figures historiques (toutes liées à l'Histoire de France pour l'instant). Elle s'est largement focalisée sur des figures de souverains ou de chefs de guerre et cet album consacré à Jean Jaurès constitue une exception. Depuis son assassinat, Jaurès est devenu la figure tutélaire de la gauche française, mais au fil des ans, la droite s'est aussi ralliée à cette personnalité, non pour ses idées, mais pour l'exemplarité de son engagement politique. À quelques jours du centenaire de sa mort, cet album tombe à pic pour rappeler l'importance de cet engagement. Car Jaurès incarne la politique dans ce qu'elle a de plus noble. En ces temps où le personnel politique navigue entre veulerie et autosatisfaction, il n'est pas vain de rappeler que la Res Publica peut avoir des serviteurs exemplaires. Engagé dans la défense acharnée de la République au moment où elle doit encore s'imposer face à la clique des monarchistes et bonapartistes, Jaurès se convertit au socialisme et se fait le défenseur des travailleurs exploités en soutenant les mineurs de Carmaux. Refusant l'injustice, il s'engage dans la défense de Dreyfus. Il combat le cléricalisme réactionnaire au moment de la loi de Séparation. Et au cours des dernières années de sa vie, il s'engage dans un combat contre la guerre qui s'annonce, en essayant de réunir les socialistes européens autour du pacifisme. Formidable orateur, faisant vibrer les foules et trembler ses adversaires politiques, il reste pourtant modeste, tout à sa conviction que les politiciens sont au service de leurs idées, de la République et des citoyens qui les ont élus. Fondateur et premier directeur du journal L'Humanité, Jaurès multiplie les tribunes enflammées pour essayer de convaincre les peuples de l'ineptie d'un conflit dont il pressent qu'il sera effroyablement meurtrier. Son assassinat, perpétré par un crétin nationaliste, est aussi la mort du pacifisme. Dès le lendemain, la France décrète la mobilisation générale ; trois jours plus tard, elle entre en guerre contre l'Allemagne. La lecture de cet album demande quelques efforts d'attention. Nous suivons Jaurès au cours de ses dernières semaines, alors qu'il se démène pour essayer de convaincre les peuples et les dirigeants de la nécessité de refuser la guerre, tandis qu'une série de flashbacks permet de rappeler les temps forts de sa carrière politique. L'œuvre du personnage est bien expliquée grâce à des extraits choisis de ses discours et écrits que les auteurs mettent en scène. L'ensemble pourrait être lourd car Jaurès est très bavard, mais les scénaristes ont su trancher et ne conserver que les passages les plus marquants. Le lecteur doit néanmoins se concentrer pour suivre des raisonnements qui n'ont rien de superficiels. Contrairement à ses successeurs actuels, Jaurès considère que ses interlocuteurs ne sont pas des imbéciles et sa parole qui ne fait aucune concession au simplicisme. Le récit est servi avec brio par le dessin de Rey Macutay qui s'inspire de l'iconographie de l'époque (couvertures de magazines, photographies, caricatures…). Jaurès vit vraiment sous la plume du dessinateur qui a parfaitement su combler les vides entre les images célèbres de la “belle époque”. Les images figent les scènes exactement comme sur les photographies en noir et blanc de ce début de XXe siècle, dont l'ambiance est de ce fait parfaitement rendue. Jaurès est donc un album pédagogique qui rend hommage à un grand monsieur. Ce n'est pas un récit divertissant, mais on se sent moins bête après l'avoir lu. Et ça, c'est plutôt rare ! Je lui donne la note de 3,5+ / 5.
Chambres Noires
Une bien bonne surprise que voici. J'avoue que je ne m'attendais pas à une histoire aussi originale et délirante. Le dernier tome par exemple, est à se tordre de rire (spécialement lors de la lecture du journal intime du chirurgien Ménard) avec des retournements de situations parfois drôles, parfois dramatiques. L'ambiance est spéciale, tout en spiritisme, fantasmagorie, avec fantômes et compagnie et on ne peut s'empêcher de penser à l'univers de Tim Burton. L'intrigue, tout comme les dessins sont décalés avec des proportions de corps assez bizarres (grosse tête, long bras, grands yeux...) qui font le charme de la série. A découvrir.
Le Droit Chemin
Lupano est un maître conteur et le droit chemin est la parfaite illustration. Sur une tonalité proche de la guerre des boutons ou encore de Pagnol, nous voici plongés dans les aventures d'un groupe d'apprentis paysans entre deux guerres. Nostalgique et précurseur le droit chemin se montre drôle, attachant, doux amer voire cruel. Le graphisme assez enfantin est au diapason et franchement bien travaillé, tant sur les tonalités que le trait. Soufflant le chaud puis le froid, l'histoire se clôt de façon surprenante au second tome. Le cycle reste cependant suffisamment maîtrisé pour conclure l'histoire ainsi. J'espère qu'il en appelle d'autres, tant il serait dommage de ne pas donner la possibilité à cette série de montrer tout son potentiel et de lui laisser la liberté d'exprimer ce qu'elle a à dire. J'en doute malheureusement, l'originalité ne paye pas vraiment ces derniers temps en bd.
Isabelle - La Louve de France
Un court épisode sur Isabelle, reine bafouée par son mari et sa société contemporaine mais à la revanche cruelle et impitoyable. Ce récit est littéralement porté par une écriture fine claire mais aussi par son dessin de premier ordre. Quand on voit les dédicaces réalisées par Calderon, on a envie de suivre de près son œuvre à venir. La louve de France est passionnant, sur une part d'histoire moins volontiers dispensée dans les écoles car il s'agit ici d'Angleterre d'abord, et du rôle des reines régentes ensuite. Cette série concept apporte donc une plus value dans le genre historique, et en particulier ici. Cependant, on peut regretter encore une fois l'utilisation dommageable du numérique à la colorisation. Cette technique a pour effet d'aplatir et affadir grandement la qualité du dessin et son dynamisme. Par ailleurs, il s'agit d'un diptyque, pourtant il y a un déséquilibre de tempo entre les deux volets. Le premier prend le temps d'expliquer sur une courte période le contexte et les protagonistes alors que la conclusion enchaîne les intrigues et rebondissements sur une dizaine d'années tambour battant. Sans réduire la qualité d'Isabelle et probablement dans un souci didactique, les auteurs auraient peut être encore gagné à étaler plus leur scénario et rendre moins précipitées les choses à la fin. Un bon investissement pour le genre archéologique.
Je mourrai pas gibier
Les vacances arrivent et en vous rendant chez votre libraire favori, vous vous êtes rendu compte que le dernier numéro de « chasse et pêche » avait disparu des rayonnages. Qu’à cela ne tienne, vous êtes-vous dit, et, à la lecture du titre, vous vous êtes rabattu sur cet étrange album… Si vous comptiez vous détendre avec une petite lecture distrayante, vous venez de commettre une grosse bévue. Ce récit n’est en effet pas des plus joyeux. Il n’en est pas moins très prenant. Alfred adapte en effet avec brio un roman très sombre, aussi désespéré que désespérant, de Guillaume Guéraud. La trame est classique : on se retrouve au début de ce récit après le drame, le carnage, la boucherie. Ce qu’il s’est passé et pourquoi cela s’est passé nous sera raconté par l’auteur de l’ignominie. La gageure sera pour les auteurs de nous faire comprendre ses motivations pour entrer en empathie avec ce « chasseur qui ne veut pas devenir gibier ». Et ils y parviennent pleinement ! Le récit est prenant, le crescendo vers l’horreur est parfait, la narration est fluide, le découpage est extrêmement efficace. Et alors que la couverture me laissait craindre un dessin aux accents expérimentaux, le contenu s’est révélé aussi classique que limpide. Je sors de cette lecture conquis. Ce n’est certainement pas joyeux mais diantrement efficace ! Et si je ne met pas de coup de cœur, c'est parce qu'un coup de poing m'aurait semblé mieux adapté.
D
On les attendait au tournant et je fais clairement partie de ceux qui ont été désarçonné par la tournure prise par l’histoire. Venant de ce duo, je m’attendais à quelque chose d’amusant… je suis tombé sur un classique – et bien foutu – récit vampirique. La surprise (déception ?) passée, je dois admettre que cette histoire est bien menée et soigneusement illustrée. L’intrigue rebondit régulièrement, jusqu’à un final surprenant et digne des meilleurs récits d’épouvante. Par ailleurs certains dialogues valent le détour. Alain Ayroles sait ciseler des répliques cinglantes qui, chez moi, font mouche ! Trois tomes sans temps mort, une intrigue qui ne cesse d’évoluer, des personnages complexes et charismatiques, une frontière entre le bien et le mal pas aussi définie qu’il y parait : c’est très bon, en somme.
Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle
Un récit solide, bien mené. Le personnage central apparait souvent en retrait dans la majeure partie de l’album, c’est pour mieux s’imposer dans son final ! La reconstitution du contexte social et politique de ces années où l’esclavagisme était la règle est faite avec soin et beaucoup d’aspects sont abordés. Le dessin de Brüno (dont j’avoue ne pas être un grand fan) ne m’a pas dérangé. Mais si j’ai trouvé certaines cases vraiment belles, d’autres m’ont semblé vides car trop épurées. C’est son style et il faut l’accepter. En tous les cas, ce style n’aura pas constitué un frein pour mon appréciation. J’hésite entre le « pas mal du tout » et le « franchement bien ». A lire, en tous les cas, et cet album ne fera certainement pas tâche dans votre bibliothèque.
Sur la route de Selma
Au départ, je me méfiais un peu avec Tome, plus connu pour ses séries humoristiques, puis je me suis rappelé qu'il avait commis Berceuse assassine qui, même si j'avais aimé à moitié, faisait plus crédible sur sa carte de visite pour aborder ce polar. C'est une bonne histoire, tout en atmosphère, bien ancrée dans cet Alabama, symbole pour la communauté noire de la lutte contre la ségrégation ; le nom de Kounta Kinte, allusion au roman Racines, est d'ailleurs significatif, et Tome parvient à renouveler ce type de récit (déjà vu à l'écran) au sein d'une Amérique raciste des années 80, même si on s'aperçoit qu'il y a eu une légère évolution, puisqu'on y voit des Noirs dans un bar côtoyant des Blancs, chose qui n'aurait pu arriver avant. J'aime bien pourtant cette Amérique du Sud et du Midwest avec ses cafés truck stop, ses stations-service, ses motels perdus dans des petites villes, ses gros trucks et ses pick-up un peu déglingués... c'est tout un folklore U.S. très imagé que je préfère de loin au contexte urbain et souvent sombre des grandes villes. Et tout ceci est parfaitement restitué par le dessin élégant à la fois dépouillé et réaliste de Berthet, avec des cadrages et une mise en page très cinématographiques au service d'un scénario remarquablement huilé de Tome, qui entretient le suspense jusqu'à la dernière scène. Tous les personnages sont bien travaillés, y compris le chien pour un thriller impeccable en forme de tragédie grecque. Un grand moment de lecture.
François-Ferdinand
On parle beaucoup de la première Guerre Mondiale ces temps-ci, et pour cause, mais son élément déclencheur, on l'oublie parfois, est l'assassinat de Franz Ferdinand, héritier de l'empire austro-hongrois. L'historien Jean-Yves Le Naour, historien spécialiste de la période, après nous avoir parlé de deux fusillés pour l'exemple dans La Faute au Midi, a choisi de nous parler de cet évènement, en l'éclairant un peu avec les circonstances géopolitiques d'alors ainsi que la position toute particulière de l'Archiduc vis à vis de la Cour, et surtout de son oncle, l'empereur François-Joseph, qui ne l'aimait pas. L'album est parsemé de petits instants, de nuances et d'insinuations qui indiquent que Franz-Ferdinand se doutait que quelque chose allait arriver au cours de son voyage à Sarajevo (qu'il n'a pas organisé, contrairement à ce que dit jurin dans son avis). De même les éléments se liguent contre la suite impériale. On se rend alors compte que le destin de l'Europe s'est joué sur un détail, une erreur de parcours, un séparatiste armé qui traînait encore alors qu'il aurait dû partir... Et puis, quelque part, on ne peut s'empêcher de penser que l'empereur d'Autriche-Hongrie souhaitait que quelque chose se passe à Sarajevo... Un récit à tiroirs, donc. Comme l'écrit Le Naour à la fin des bonus de l'album (comportant des photos et quelques textes replaçant les faits dans leur époque), les deux balles de Gavrilo Prinzip allaient tuer dix millions de personnes... Le Naour s'est attaché les services de Chandre, excellent créateur d'ambiance comme en témoignent Saint Kilda et ses albums de la série Agatha Christie. Il apporte ici son souci du détail, et reste constamment au service du récit, même si parfois les visages de ses personnages manquent d'un poil de finition. Se basant sur des photographies lorsqu'elles existent, son dessin fait preuve d'inventivité dans les cadrages, pour coller à l'action quand elle se déchaîne, dans les dernières pages. Du bon boulot, assurément. Un album qui éclaire un peu plus un évènement majeur, qui marque le début du XXème siècle. Un classique historique.