Sur une idée assez classique, Christopher et Ruben Pellejero construisent un récit drôle et touchant.
Il n'y a pourtant rien de réellement original. Le fils qui, suite à la mort de son père, part en pèlerinage forcé (il doit verser les cendres de son père sur l'île de Wight) me semble être une histoire que j'ai lue par ailleurs. La bande de vieux potes rebelles et rock'n'roll, c'est le genre de seconds rôles qui marche toujours... mais est-ce vraiment novateur ? Le road-movie en vieux minibus vw me semble là aussi classique jusque dans le choix du véhicule.
Oui mais voilà ! Ce récit est parfaitement maîtrisé. Le rythme est là. Le personnage central, en pleine crise de la quarantaine, évolue au fil des pages. Et là, petite originalité, plutôt que de se rapprocher de sa famille, il va au contraire redéfinir ses priorités. Les seconds rôles sont excellents et apportent beaucoup d'humour dans ce récit. Les rencontres sont nombreuses et souvent intéressantes.
Le dessin en a-plats de Ruben Pellejero, j'en suis fan. Ce style dépouillé a une indéniable personnalité, reste toujours lisible et expressif et fait constamment ressortir l'élément principal de chaque case.
La bande son est elle aussi à mon goût, ce qui ne gâche rien. Et le choix des titres (qui ouvrent chaque chapitre) s'avère souvent judicieux et toujours en accord avec le récit.
En définitive, ce récit m'a apporté ce que j'en attendais. C'est un vrai road-movie, peut-être pas le plus original que j'aie lu mais redoutablement efficace. Le genre de récit que j'ai plaisir à lire, à relire, à regarder et à "écouter". Franchement bien, donc !
Je découvre cette série avec la parution du tome 2, qui est une nouvelle histoire indépendante, tout en reprenant certains éléments et personnages du premier tome.
Le contexte historique est vraiment passionnant : années de plomb, lutte armée et guerre froide dans une ville divisée au sens propre comme figuré : Berlin. On retrouve de nombreuses factions, des révolutionnaires, la police, les services secrets, bref, un terrain propice aux histoires policières. Les intrigues sont assez complexes et difficiles à suivre (surtout dans le tome 2), mais je n’ai jamais complètement décroché. Il est vrai que la fin du tome 1 peut surprendre, mais je la trouve justement très réaliste.
Le dessin est superbe, et les vues de Berlin sont nombreuses et détaillées… je ne connais personnellement pas cette ville (contrairement aux sympathiques auteurs, Jörg et Jörg – ça ne s’invente pas !), mais j’ai vraiment l’impression de l’avoir visitée en BD.
A recommander aux amateurs de polars politico-historiques.
La partie BD de cet album n’explique pas vraiment le génocide, ses causes complexes, ses aboutissements etc… l’histoire se contente de nous montrer le drame d’un point de vue humain, en suivant les déboires d’un groupe d’enfants fuyards. Ces derniers font face à des scènes d’horreur bien difficile à appréhender à cet âge innocent… l’auteur s’intéresse aussi à ce silence qui entoura les victimes après les faits, ce négationnisme toujours d’actualité en Turquie.
La mise en image est réussie, même si je me dois de noter des petits soucis de clarté narrative par endroits, la faute à un dessin pas toujours très détaillé, et à des enchainements manquant parfois de fluidité. A noter aussi que le dessinateur, qui réalise pourtant en festival des dédicaces époustouflantes à l’encre, s’est vu « forcé » de travailler uniquement à l’informatique, la faute à des délais serrés. Dommage, même si les planches restent jolies.
Le bouquin se termine par un long article encyclopédique expliquant le contexte historique, les vraies causes du génocide, les conséquences, les acteurs du drame… Cette documentation est passionnante tout en restant accessible, et complète parfaitement la partie BD.
Voilà, un album pas exempt de défauts, mais dont le contenu m’a passionné… recommandable !
Ce n’est pas la première bd que je lis sur la fameuse crise de 2008 qui perdure jusqu’à ce jour. C’est encore un documentaire traité de manière parfois humoristique avec un léger sens de la dérision. Le fond est tout de même très sérieux. Le message à faire passer également. Il y a un réel effort de pédagogie afin que le lecteur lambda puisse comprendre les mécanismes parfois compliqués du monde des affaires.
Par ailleurs, j’ai bien aimé le graphisme, l’agencement des cases ainsi que la mise en scène sous forme de procès à la finance. Les banquiers sont effectivement sur le banc des accusés ou plutôt leurs traders qui sont alors les parfaits boucs émissaires. Il y aura des passages de témoins à la barre et c’est reparti pour des explications afin de lever le voile.
La lecture fait froid dans le dos surtout quand on travaille pour une grande banque. On se dit que c’est solidement argumenté. L’auteur va jusqu’au bout des choses dans la démonstration pour ne rien laisser au hasard. Ainsi, et je ne le savais pas, la plupart de nos économistes sont des proches des grands milieux d’affaire et donc plutôt prompts à la protection de leurs intérêts financiers. C’est nouveau pour moi car j’avais une autre idée des économistes. Pour autant, il est vrai que sur ce point, l’auteur ne cite aucun exemple.
Mais bon, l’idée des économistes est que nous le peuple, on doit toujours faire des sacrifices pour que le système puisse bien fonctionner. On se rend compte que les hommes politiques qui véhiculent ce genre de programme ne sont pas moralement irréprochables dans leur vie de tous les jours même si c'est légal.
En conclusion, les mécanismes bancaires n'auront plus de secret pour vous à l'issue de cette lecture. N'allez toutefois pas cacher votre argent en Suisse !
Tout juste auréolés de leur prix polar à Angoulême pour L'Eté Diabolik, Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse avaient publié trois ans auparavant cette bande dessinée atypique, qui n’était déjà pas passée inaperçue. Ce qui marque avant tout, c’est ce magnifique graphisme inspiré du style indémodable des années 50. Un design qui savait faire rêver les foules, alliant l’art déco des années 20 et à la quête de futurisme destinée à faire oublier une Seconde guerre mondiale éprouvante. En intégrant à son trait les formes pures et élancées des objets industriels de l’époque, rehaussées par des couleurs pétillantes, Alexandre Clérisse a su frapper les esprits de bien belle façon. C’est tout bonnement un délice pour les yeux, et par moments on a presque l’impression d’avoir entre les mains un livre d’art !
Ce parti-pris graphique se retrouve dans le scénario, qui emprunte aux films d’aventure ou de science fiction de l’époque, bien souvent caractérisés par une certaine naïveté et une narration virevoltante. Dans une période où la guerre froide venait de libérer son aura glaciale, il était nécessaire d’identifier facilement les bons et les méchants. Un code qui trouvera son aboutissement dans la décennie suivante avec les premiers James Bond. Comme toujours, ces « méchants » très caricaturaux ne cherchaient qu’à satisfaire leur propre intérêt et leurs velléités absolutistes. Mais, fait nouveau, ils avaient cette fois accès aux technologies les plus avancées, capables de détruire l’humanité entière (Hiroshima venait d’inaugurer une nouvelle ère). Créés par les « gentils » Occidentaux, ces « docteurs Folamour » représentaient, parfois de façon inconsciente, l’ennemi absolu et imprévisible, l’Empire du mal, l’URSS pour ne pas la nommer.
Dans « Souvenirs de l’Empire de l’atome », Thierry Smolderen a si bien respecté ces codes qu’il semble en avoir oublié le fond. Car si l’histoire reste compréhensible, à condition d’être attentif aux moult flashbacks et autres sauts spatio-temporels, elle se révèle par trop alambiquée, au point de se rapprocher de l’exercice de style purement esthétisant. Les personnages finissent par n’apparaître que secondaires, comme s’ils se désagrégeaient dans ce prodigieux décor arty. Et ce n’est pas la conclusion, aussi philosophique que déroutante, qui risque de clarifier les intentions de l’auteur.
J’attendais beaucoup de cette bande dessinée, et comme cela arrive parfois, la lecture s’est révélée assez décevante. Vous l'aurez compris, la bonne note tient ici davantage au dessin. Avec un scénario un peu mieux maîtrisé, j’aurais sans doute pu accorder les cinq étoiles à cette œuvre formellement très originale.
3.5
J'ai lu la réédtion chez Dargaud qui est en couleur.
Un voyageur s’arrête dans un hôtel pour y passer la nuit. Cet hôtel est très spécial et il va essayer de trouver sa chambre tout en faisant des rencontres étranges. C'est du pur Fred avec de la fantaisie et de l'humour dans un ambiance un peu conte. L'auteur fait preuve d'imagination et je ne savais jamais ce qu'il allait se passer. Le dessin est formidable comme d'habitude.
Le seul regret que j'ai c'est que la fin est moins spectaculaire que le reste et qu'en plus le dénouement m'avais surpris et aurait pu permettre à Fred de conclure de manière bien mieux son histoire.
J'avais beaucoup aimé le roman de Teulé, et dans ces cas-là, on craint les adaptations.
Il faut reconnaître que Critone a bien choisi sa cible, et que le découpage de Teulé pouvait être repris à la lettre. Là où c'était plus difficile c'était de donner forme à ce Villon, exalté, insoumis, à la fois rêveur et violent. Et bien c'est totalement réussi. un visage taiseux, un torse maigre et volontaire, des jambes interminables toujours en mouvement: incompréhensible et génial, François Villon.
Un monde médiéval extrêmement violent et drôle à la fois, peuplé de personnages enflés de vérité: son gros père d'adoption, qui ne comprend pas mais qui absout, ses collègues étudiants amateur de pâté de condamné à mort ou sculpteur de fesse, sa dulcinée blonde et angélique mais qui finira mal comme tout en ce bas monde...Bref, c'est une galerie de fous-rires qui se transforment assez vite en frisson d'horreur et vice versa.
À lire, pour les foutrement moyenâgeux uniquement!
Tome 2 et 3 : mon enthousiasme ne s'est pas tari: contrairement aux BD historiques qui nous enfilent des évènements les uns derrière les autres sans qu'on arrive à se les souvenir une fois la page tournée, ici, on est vraiment immergé dans une époque tellement tragique et jouissive en même temps, la beauté et la laideur toutes ensembles dans un même sourire, c'est glaçant et fascinant: le dessin sensuel, le découpage efficace de Teulé: je ne m'en lasse pas. Le dernier est peut-être un peu plus testamentaire, littéraire, mais lorsqu'on a lu les deux précédents c'est une suite logique.
A l'échelle internationale, Berlin jouit d’une excellente image. Pour beaucoup, elle reste une ville de culture, cosmopolite, bohème et créative. A Berlin, tout le monde est cool, « jeune » et motivé. On peut s’y faire plein d’amis, les loyers ne sont pas chers et les opportunités d’emploi dans les start-ups abondent via les réseaux sociaux. Avec ce récit doux-amer et via le personnage de Margaux, Mathilde Ramadier évoque sa propre expérience, lorsqu’au début des années 2010, elle avait quitté Paris, trop étouffante, pour rejoindre la capitale allemande où elle espérait faire fructifier ses compétences dans le domaine culturel. Mais la jeune femme va très vite déchanter en découvrant l’envers du décor. Sous cette coolitude des apparences, la réalité du libéralisme le plus impitoyable se fait jour, avec notamment ses minijobs précaires à 400 €, et l’absence de couverture maladie… Et pourtant, malgré elle, elle finit par l’apprécier cette vie de bohème au jour le jour, où la peur du lendemain semble atténuée par le flegme bienveillant des Berlinois. Peut-être parce que comme l’avait si bien dit un maire social-démocrate, « Berlin est pauvre mais sexy »…
Le trait apaisé et nonchalant d’Alberto Madrigal, associé à la clarté de ses couleurs pastels, colle parfaitement à l’ambiance berlinoise. Et comme « Berlin 2.0 » se rapproche parfois du carnet de route, le dessinateur utilise à bon escient le cadrage pour souligner les spécificités architecturales, culinaires ou sociales (par exemple, se déchausser dans le logement de son hôte) de la capitale allemande.
« Berlin 2.0 » constitue une excellente peinture de l’Allemagne à l’heure de l’économie numérique, même si Berlin n’est pas forcément représentative de l’ensemble du pays. Mais l’ouvrage fait voler en éclat les clichés sur le fameux modèle social allemand que l’on a longtemps considéré comme la référence absolue de ce côté-ci du Rhin. Il faut dire que la chute du mur est passée par là, suivie des très libéraux gouvernements Schröder et Merkel. Depuis, la pression de la gauche et des Verts a permis d’instaurer un salaire minimum à 8,50 € avec des sanctions pour les employeurs qui ne respecteraient pas la loi. Tout cela est très bien détaillé dans l’annexe à la fin du livre. L’ouvrage est conseillé à tous ceux qui s’intéressent à la manière dont nos voisins vivent les mutations économiques en cours, et particulièrement aux plus jeunes tentés par l’aventure berlinoise.
Une nouvelle série fantastique avec comme maître scénariste… Christophe Bec. Nouvelle histoire qui reprend les ficelles de « Prométhée ». Ce premier opus décrit d’étranges phénomènes en différents lieux pour in fine vous l’avez compris … les aliens sont parmi nous ! Youpi !
Je recommande l’achat sans modération. Ce premier tome augure d’une suite palpitante. Du Bec pur jus avec un dessin de Stéfano Raffaele plutôt précis et fouillé. J’espère juste que cette nouvelle saga sera moins prolifique que la précédente.
Fan inconditionnel d’Hermann, il a fallu que j’aille à Angoulême pour que je découvre ce one-shot de 1995. Et je vous le dis haut et fort, je n’ai pas été déçu. Il faut dire que quand j’achète une BD c’est qu’elle me plaît au premier abord. Donc dans la catégorie j’achète une BD, mes avis sont généralement après lecture entre « j’aime », « j’aime bien », « j’aime beaucoup » et « j’adoooooooore ! ». Là mon curseur va plutôt vers « j’aiiiiiiiime ».
Je me retrouve vite plongé dans l’atmosphère des « Jeremiah ». Zvonko, un mercenaire sympa a pour mission de ramener sa fille à sa mère - qui est complètement désespérée la pauvre ! Sa fille se trouve en effet à Sarajevo en guerre. On a vite compris que ce nouveau personnage d’Hermann va réussir sa tâche et que tout est prétexte pour dénoncer l’hypocrisie des puissants devant cette hystérie nationaliste de l’ex-Yougoslavie.
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Le Commodore (The Long and Winding Road)
Sur une idée assez classique, Christopher et Ruben Pellejero construisent un récit drôle et touchant. Il n'y a pourtant rien de réellement original. Le fils qui, suite à la mort de son père, part en pèlerinage forcé (il doit verser les cendres de son père sur l'île de Wight) me semble être une histoire que j'ai lue par ailleurs. La bande de vieux potes rebelles et rock'n'roll, c'est le genre de seconds rôles qui marche toujours... mais est-ce vraiment novateur ? Le road-movie en vieux minibus vw me semble là aussi classique jusque dans le choix du véhicule. Oui mais voilà ! Ce récit est parfaitement maîtrisé. Le rythme est là. Le personnage central, en pleine crise de la quarantaine, évolue au fil des pages. Et là, petite originalité, plutôt que de se rapprocher de sa famille, il va au contraire redéfinir ses priorités. Les seconds rôles sont excellents et apportent beaucoup d'humour dans ce récit. Les rencontres sont nombreuses et souvent intéressantes. Le dessin en a-plats de Ruben Pellejero, j'en suis fan. Ce style dépouillé a une indéniable personnalité, reste toujours lisible et expressif et fait constamment ressortir l'élément principal de chaque case. La bande son est elle aussi à mon goût, ce qui ne gâche rien. Et le choix des titres (qui ouvrent chaque chapitre) s'avère souvent judicieux et toujours en accord avec le récit. En définitive, ce récit m'a apporté ce que j'en attendais. C'est un vrai road-movie, peut-être pas le plus original que j'aie lu mais redoutablement efficace. Le genre de récit que j'ai plaisir à lire, à relire, à regarder et à "écouter". Franchement bien, donc !
Le Théorème de Karinthy
Je découvre cette série avec la parution du tome 2, qui est une nouvelle histoire indépendante, tout en reprenant certains éléments et personnages du premier tome. Le contexte historique est vraiment passionnant : années de plomb, lutte armée et guerre froide dans une ville divisée au sens propre comme figuré : Berlin. On retrouve de nombreuses factions, des révolutionnaires, la police, les services secrets, bref, un terrain propice aux histoires policières. Les intrigues sont assez complexes et difficiles à suivre (surtout dans le tome 2), mais je n’ai jamais complètement décroché. Il est vrai que la fin du tome 1 peut surprendre, mais je la trouve justement très réaliste. Le dessin est superbe, et les vues de Berlin sont nombreuses et détaillées… je ne connais personnellement pas cette ville (contrairement aux sympathiques auteurs, Jörg et Jörg – ça ne s’invente pas !), mais j’ai vraiment l’impression de l’avoir visitée en BD. A recommander aux amateurs de polars politico-historiques.
Varto
La partie BD de cet album n’explique pas vraiment le génocide, ses causes complexes, ses aboutissements etc… l’histoire se contente de nous montrer le drame d’un point de vue humain, en suivant les déboires d’un groupe d’enfants fuyards. Ces derniers font face à des scènes d’horreur bien difficile à appréhender à cet âge innocent… l’auteur s’intéresse aussi à ce silence qui entoura les victimes après les faits, ce négationnisme toujours d’actualité en Turquie. La mise en image est réussie, même si je me dois de noter des petits soucis de clarté narrative par endroits, la faute à un dessin pas toujours très détaillé, et à des enchainements manquant parfois de fluidité. A noter aussi que le dessinateur, qui réalise pourtant en festival des dédicaces époustouflantes à l’encre, s’est vu « forcé » de travailler uniquement à l’informatique, la faute à des délais serrés. Dommage, même si les planches restent jolies. Le bouquin se termine par un long article encyclopédique expliquant le contexte historique, les vraies causes du génocide, les conséquences, les acteurs du drame… Cette documentation est passionnante tout en restant accessible, et complète parfaitement la partie BD. Voilà, un album pas exempt de défauts, mais dont le contenu m’a passionné… recommandable !
Les Aventuriers de la Finance perdue
Ce n’est pas la première bd que je lis sur la fameuse crise de 2008 qui perdure jusqu’à ce jour. C’est encore un documentaire traité de manière parfois humoristique avec un léger sens de la dérision. Le fond est tout de même très sérieux. Le message à faire passer également. Il y a un réel effort de pédagogie afin que le lecteur lambda puisse comprendre les mécanismes parfois compliqués du monde des affaires. Par ailleurs, j’ai bien aimé le graphisme, l’agencement des cases ainsi que la mise en scène sous forme de procès à la finance. Les banquiers sont effectivement sur le banc des accusés ou plutôt leurs traders qui sont alors les parfaits boucs émissaires. Il y aura des passages de témoins à la barre et c’est reparti pour des explications afin de lever le voile. La lecture fait froid dans le dos surtout quand on travaille pour une grande banque. On se dit que c’est solidement argumenté. L’auteur va jusqu’au bout des choses dans la démonstration pour ne rien laisser au hasard. Ainsi, et je ne le savais pas, la plupart de nos économistes sont des proches des grands milieux d’affaire et donc plutôt prompts à la protection de leurs intérêts financiers. C’est nouveau pour moi car j’avais une autre idée des économistes. Pour autant, il est vrai que sur ce point, l’auteur ne cite aucun exemple. Mais bon, l’idée des économistes est que nous le peuple, on doit toujours faire des sacrifices pour que le système puisse bien fonctionner. On se rend compte que les hommes politiques qui véhiculent ce genre de programme ne sont pas moralement irréprochables dans leur vie de tous les jours même si c'est légal. En conclusion, les mécanismes bancaires n'auront plus de secret pour vous à l'issue de cette lecture. N'allez toutefois pas cacher votre argent en Suisse !
Souvenirs de l'empire de l'atome
Tout juste auréolés de leur prix polar à Angoulême pour L'Eté Diabolik, Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse avaient publié trois ans auparavant cette bande dessinée atypique, qui n’était déjà pas passée inaperçue. Ce qui marque avant tout, c’est ce magnifique graphisme inspiré du style indémodable des années 50. Un design qui savait faire rêver les foules, alliant l’art déco des années 20 et à la quête de futurisme destinée à faire oublier une Seconde guerre mondiale éprouvante. En intégrant à son trait les formes pures et élancées des objets industriels de l’époque, rehaussées par des couleurs pétillantes, Alexandre Clérisse a su frapper les esprits de bien belle façon. C’est tout bonnement un délice pour les yeux, et par moments on a presque l’impression d’avoir entre les mains un livre d’art ! Ce parti-pris graphique se retrouve dans le scénario, qui emprunte aux films d’aventure ou de science fiction de l’époque, bien souvent caractérisés par une certaine naïveté et une narration virevoltante. Dans une période où la guerre froide venait de libérer son aura glaciale, il était nécessaire d’identifier facilement les bons et les méchants. Un code qui trouvera son aboutissement dans la décennie suivante avec les premiers James Bond. Comme toujours, ces « méchants » très caricaturaux ne cherchaient qu’à satisfaire leur propre intérêt et leurs velléités absolutistes. Mais, fait nouveau, ils avaient cette fois accès aux technologies les plus avancées, capables de détruire l’humanité entière (Hiroshima venait d’inaugurer une nouvelle ère). Créés par les « gentils » Occidentaux, ces « docteurs Folamour » représentaient, parfois de façon inconsciente, l’ennemi absolu et imprévisible, l’Empire du mal, l’URSS pour ne pas la nommer. Dans « Souvenirs de l’Empire de l’atome », Thierry Smolderen a si bien respecté ces codes qu’il semble en avoir oublié le fond. Car si l’histoire reste compréhensible, à condition d’être attentif aux moult flashbacks et autres sauts spatio-temporels, elle se révèle par trop alambiquée, au point de se rapprocher de l’exercice de style purement esthétisant. Les personnages finissent par n’apparaître que secondaires, comme s’ils se désagrégeaient dans ce prodigieux décor arty. Et ce n’est pas la conclusion, aussi philosophique que déroutante, qui risque de clarifier les intentions de l’auteur. J’attendais beaucoup de cette bande dessinée, et comme cela arrive parfois, la lecture s’est révélée assez décevante. Vous l'aurez compris, la bonne note tient ici davantage au dessin. Avec un scénario un peu mieux maîtrisé, j’aurais sans doute pu accorder les cinq étoiles à cette œuvre formellement très originale.
Magic Palace Hotel
3.5 J'ai lu la réédtion chez Dargaud qui est en couleur. Un voyageur s’arrête dans un hôtel pour y passer la nuit. Cet hôtel est très spécial et il va essayer de trouver sa chambre tout en faisant des rencontres étranges. C'est du pur Fred avec de la fantaisie et de l'humour dans un ambiance un peu conte. L'auteur fait preuve d'imagination et je ne savais jamais ce qu'il allait se passer. Le dessin est formidable comme d'habitude. Le seul regret que j'ai c'est que la fin est moins spectaculaire que le reste et qu'en plus le dénouement m'avais surpris et aurait pu permettre à Fred de conclure de manière bien mieux son histoire.
Je, François Villon
J'avais beaucoup aimé le roman de Teulé, et dans ces cas-là, on craint les adaptations. Il faut reconnaître que Critone a bien choisi sa cible, et que le découpage de Teulé pouvait être repris à la lettre. Là où c'était plus difficile c'était de donner forme à ce Villon, exalté, insoumis, à la fois rêveur et violent. Et bien c'est totalement réussi. un visage taiseux, un torse maigre et volontaire, des jambes interminables toujours en mouvement: incompréhensible et génial, François Villon. Un monde médiéval extrêmement violent et drôle à la fois, peuplé de personnages enflés de vérité: son gros père d'adoption, qui ne comprend pas mais qui absout, ses collègues étudiants amateur de pâté de condamné à mort ou sculpteur de fesse, sa dulcinée blonde et angélique mais qui finira mal comme tout en ce bas monde...Bref, c'est une galerie de fous-rires qui se transforment assez vite en frisson d'horreur et vice versa. À lire, pour les foutrement moyenâgeux uniquement! Tome 2 et 3 : mon enthousiasme ne s'est pas tari: contrairement aux BD historiques qui nous enfilent des évènements les uns derrière les autres sans qu'on arrive à se les souvenir une fois la page tournée, ici, on est vraiment immergé dans une époque tellement tragique et jouissive en même temps, la beauté et la laideur toutes ensembles dans un même sourire, c'est glaçant et fascinant: le dessin sensuel, le découpage efficace de Teulé: je ne m'en lasse pas. Le dernier est peut-être un peu plus testamentaire, littéraire, mais lorsqu'on a lu les deux précédents c'est une suite logique.
Berlin 2.0
A l'échelle internationale, Berlin jouit d’une excellente image. Pour beaucoup, elle reste une ville de culture, cosmopolite, bohème et créative. A Berlin, tout le monde est cool, « jeune » et motivé. On peut s’y faire plein d’amis, les loyers ne sont pas chers et les opportunités d’emploi dans les start-ups abondent via les réseaux sociaux. Avec ce récit doux-amer et via le personnage de Margaux, Mathilde Ramadier évoque sa propre expérience, lorsqu’au début des années 2010, elle avait quitté Paris, trop étouffante, pour rejoindre la capitale allemande où elle espérait faire fructifier ses compétences dans le domaine culturel. Mais la jeune femme va très vite déchanter en découvrant l’envers du décor. Sous cette coolitude des apparences, la réalité du libéralisme le plus impitoyable se fait jour, avec notamment ses minijobs précaires à 400 €, et l’absence de couverture maladie… Et pourtant, malgré elle, elle finit par l’apprécier cette vie de bohème au jour le jour, où la peur du lendemain semble atténuée par le flegme bienveillant des Berlinois. Peut-être parce que comme l’avait si bien dit un maire social-démocrate, « Berlin est pauvre mais sexy »… Le trait apaisé et nonchalant d’Alberto Madrigal, associé à la clarté de ses couleurs pastels, colle parfaitement à l’ambiance berlinoise. Et comme « Berlin 2.0 » se rapproche parfois du carnet de route, le dessinateur utilise à bon escient le cadrage pour souligner les spécificités architecturales, culinaires ou sociales (par exemple, se déchausser dans le logement de son hôte) de la capitale allemande. « Berlin 2.0 » constitue une excellente peinture de l’Allemagne à l’heure de l’économie numérique, même si Berlin n’est pas forcément représentative de l’ensemble du pays. Mais l’ouvrage fait voler en éclat les clichés sur le fameux modèle social allemand que l’on a longtemps considéré comme la référence absolue de ce côté-ci du Rhin. Il faut dire que la chute du mur est passée par là, suivie des très libéraux gouvernements Schröder et Merkel. Depuis, la pression de la gauche et des Verts a permis d’instaurer un salaire minimum à 8,50 € avec des sanctions pour les employeurs qui ne respecteraient pas la loi. Tout cela est très bien détaillé dans l’annexe à la fin du livre. L’ouvrage est conseillé à tous ceux qui s’intéressent à la manière dont nos voisins vivent les mutations économiques en cours, et particulièrement aux plus jeunes tentés par l’aventure berlinoise.
Olympus Mons
Une nouvelle série fantastique avec comme maître scénariste… Christophe Bec. Nouvelle histoire qui reprend les ficelles de « Prométhée ». Ce premier opus décrit d’étranges phénomènes en différents lieux pour in fine vous l’avez compris … les aliens sont parmi nous ! Youpi ! Je recommande l’achat sans modération. Ce premier tome augure d’une suite palpitante. Du Bec pur jus avec un dessin de Stéfano Raffaele plutôt précis et fouillé. J’espère juste que cette nouvelle saga sera moins prolifique que la précédente.
Sarajevo-Tango
Fan inconditionnel d’Hermann, il a fallu que j’aille à Angoulême pour que je découvre ce one-shot de 1995. Et je vous le dis haut et fort, je n’ai pas été déçu. Il faut dire que quand j’achète une BD c’est qu’elle me plaît au premier abord. Donc dans la catégorie j’achète une BD, mes avis sont généralement après lecture entre « j’aime », « j’aime bien », « j’aime beaucoup » et « j’adoooooooore ! ». Là mon curseur va plutôt vers « j’aiiiiiiiime ». Je me retrouve vite plongé dans l’atmosphère des « Jeremiah ». Zvonko, un mercenaire sympa a pour mission de ramener sa fille à sa mère - qui est complètement désespérée la pauvre ! Sa fille se trouve en effet à Sarajevo en guerre. On a vite compris que ce nouveau personnage d’Hermann va réussir sa tâche et que tout est prétexte pour dénoncer l’hypocrisie des puissants devant cette hystérie nationaliste de l’ex-Yougoslavie. Je prends ou plutôt j’achète.