Voici donc une nouvelle version de l'un des plus célèbres contres des frères Grimm. Lylian s'est basé sur l'une des versions les plus adultes, et peut-être l'une des plus riches. On est en tous les cas très loin de la version édulcorée de Disney, plus proche sans doute de l'esprit original du conte. Les auteurs ont mis l'accent sur le parcours simultanée de Blanche et de sa belle-mère, dont les trajectoires ne cessent de se croiser au fil des envies de meurtre de la plus âgée après les révélations de son fameux miroir. Au passage, je trouve que Blanche et sa belle-mère ne sont pas très malines, l'une ne vérifiant pas que sa bête noire est morte, et l'autre pour apprendre à se méfier de la bienveillance des étrangers malgré les avertissements de ses amis nains. Il faudra la troisième tentative pour qu'un tournant décisif soit apporté à l'histoire.
Fin de l'aparté, et retour au conte, avec ses licences narratives et poétiques.
Les deux femmes vivent toutes les deux un parcours initiatique, et en ce sens la psychologie des personnages est vraiment fouillée (hormis le souci que je viens de pointer, mais l'œuvre originale est ainsi faite), et Lylian a injecté dans son récit plein de détails, des passerelles entre les personnages, qui ne sont pas forcément dans le conte ou qui n'y sont pas explicités. Il réussit à nuancer, enrichir et moderniser le propos sans le dénaturer. Il y a une dimension naturaliste dans l'histoire, avec BN qui figure la renaissance de la nature, et la Reine qui est en train, doucement, de mourir, dévorée par son matérialisme, ses doutes... Un vrai bon travail d'adaptation, en somme.
Je découvre pour l'occasion le travail de Nathalie Vessillier, et c'est une belle découverte. Ses crayons proposent une ambiance envoûtante et très nuancée. Il y a une vraie symbolique dans le fait que son premier album soit une histoire d'initiation d'une jeune fille.
La dernière page, constituée d'une seule case, est vraiment magnifique, et constitue une belle conclusion, à la fois narrative et graphique, pleine d'espoir sans oublier l'expérience de Blanche-Neige.
Espérons qu'à l'instar des sept nains, Lylian saura accompagner Nathalie Vessillier quelques temps et l'aidera à produire de belles choses.
Un petit mot du travail de l'éditeur, qui propose en couverture une titraille et une enluminure dorées en relief, et une maquette inspirée.
Du beau, du très beau boulot de bout en bout.
« Buddy Longway ». Voilà une série que j’aimais beaucoup lire lorsque les albums sortaient et étaient disponibles dans ma bibliothèque municipale, étant plus jeune. Et que je viens de relire avec encore pas mal de plaisir.
Derib l’a développée en parallèle de son autre grand succès « amérindien », Yakari. D’ailleurs, le dessin des premiers albums garde encore ce trait. Mais à partir du troisième et surtout du quatrième album, Derib durcit son trait (c’est très sensible pour les visages, mais aussi pour les têtes des chevaux).
Il faut dire que, contrairement à « Yakari », « Buddy Longway » s’adresse à tous les publics – même si enfants et surtout ados y trouvent peut-être plus leur compte ? Autre différence avec « Yakari », Derib a pris le parti de faire murir, vieillir ses personnages, au fur et à mesure que les années passent et que la famille s’agrandit (contrairement à Thorgal par exemple, sur qui les ans ne semblent pas avoir de prise !). C’est une chouette idée.
Pour ce qui est des histoires, elles sont assez inégales, mais généralement bien menées. Le début est influencé par l’excellent film « Jeremiah Johnson » (sorti deux ans avant le premier album). C’est assez contemplatif, « naturaliste ». Proche de La Saga du Grizzli ou, par certains côtés, de Cartland, pour rester dans le médium Bande Dessinée. Le dessin de Derib est très bon, pour tous les animaux, et est raccord avec l’ambiance développée.
Série intéressante, mais qui souffre de quelques défauts. Je trouve que parfois Derib retombe dans certaines facilités, mièvreries, qui affleurent dans « Yakari », avec certains passages un peu édifiants (surtout lorsque Buddy raconte des histoires à ses enfants, autour d’animaux et de chasse). Chinook se convertit aussi trop vite en bonne ménagère paysanne…
Pour le reste, pour peu qu’on ne recherche pas uniquement de l’action et qu’on ne jure pas que par le western spaghetti, voilà une série western très recommandable.
A noter le clin d’œil hommage de Derib au grand maître du dessin de western et dessinateur de Blueberry, puisque dans l’album « L’eau de feu », un fermier du fort (qui réapparaitra ultérieurement) lui ressemble furieusement, et s’appelle… Jean Giraud ! (et le dialogue suivant fait lui allusion à son double, Moebius : « Giraud est souvent dans les étoiles (…) »). Mac Clure en personne apparaît même quelques pages dans l’album « La vengeance ». Amusant, non ?
J’arrondis à quatre étoiles pour mes bons souvenirs de lectures d’enfant et d’ado, alors que je ne voyais pas forcément les quelques défauts de la série.
Note réelle 3,5/5.
Lorsque j’ai commencé cette lecture, je n’étais pas trop convaincu. Le graphisme n’est pas celui que je préfère avec cette imprécision du trait étant plutôt un adepte du réalisme. Pour autant et c’est bien la première fois que je l’avoue, ce dessin m’a séduit car il arrive à faire passer les émotions des personnages entre une jeune fille Barbara et son père, un ancien boxeur professionnel ayant pris beaucoup de coup pour ne pas dire une sacré raclé. Il y a quelque chose de beau jusque dans les décors ou même la couleur qui semble varier selon les atmosphères ou les époques.
J’ai également été touché par le récit de cette fille qui n’avait pas forcément une bonne image de son père et qui a fait l’effort de vouloir le découvrir, ce qu’il était réellement. J’ai adoré la teneur psychologique dans cette relation complexe fille-père. Cela sonne vrai et c’est presque naturel. Bref, le réalisme que je recherche est bien présent.
A la fin, j’ai eu une surprise quand j’ai vu qui était l’un des auteurs de cette œuvre. Je n’avais pas fait attention avant de commencer. Bref, quand j’ai découvert que c’est Kris qui est derrière cette œuvre, je me suis dit forcément. Il est pour moi l’un des rares auteurs à faire ressentir une telle émotion dans ses personnages. Oui, c’est du grand art.
Au final, nous avons là une bd humaine, poignante et réalisée tout en délicatesse.
Cristobal se tue dans un mystérieux accident de voiture sur une route déserte, provoquant un deuil général dans son île natale. Cet artiste célébrissime n'y est revenu qu'après de nombreuses années. Il s'y est installé afin de la transformer tout en la protégeant de la rapacité des promoteurs immobiliers. Un flic mène l'enquête sur les circonstances de l'accident, ce qui permet de retracer le parcours de cette gloire locale à coups de flashbacks.
Sous l'apparente simplicité d'un trait semi-réaliste et d'un scénario construit comme un biopic, Bruno Duhamel se livre ici à un exercice périlleux. Cristobal est très humain, très entêté, très autoritaire, très artiste aussi, ce qui ne le rend pas forcément sympathique, mais c'est un personnage que l'on n'oublie pas. Cette fiction est fortement inspirée de la vie d'un artiste réel, César Manrique, mais l'auteur admet dans sa préface qu'il a réinventé le personnage.
J'avais apprécié les dessins souples de Duhamel dans Les Brigades du Temps. Il conserve ce trait, mais prend ici le temps de livrer de grandes cases très contemplatives. La mise en couleur, très habile, alterne les ambiances monochromes et les tons éclatants, en fonction des différentes époques, ou des états d'âme des personnages.
Le retour est une réflexion qui enchaîne plusieurs thèmes. L'histoire de Cristobal est une peinture vivante traitant pêle-mêle du monde moderne, du progrès social, de l'hybris de l'artiste, du bien public, du pouvoir, de la protection de la nature, de la paternité…
En somme, c'est une BD qui se lit d'une traite et très facilement, mais dont les thématiques sont bien plus complexes que sa forme ne le laisse paraître.
Cet album atypique est surtout très intelligent, sans être pédant, ce qui est une qualité rare.
Une belle découverte.
3.5
J'avais envie de lire cet album depuis longtemps parce que j'aime bien lire sur l'histoire de bandes dessinée et parce que la première version de Futuropolis est un éditeur que je connais peu et dont je n'ai lu qu'un ou deux albums (la plupart des séries sorti chez eux que j'ai lu étaient des rééditions chez d'autres éditeurs). C'est dommage d'ailleurs parce que je trouve la collection Copyright intéressante.
La lecture est prenante et j'ai bien aimé lire cette suite d’anecdotes remplient de nostalgiques. J'aime bien le début lorsque l'auteure et ses amis passent leur temps aux marchés aux puces pour trouver des vieilles bds. Moi qui aime bien les bouquineries je me suis un peu retrouvé dans ses pages. Cestac montre bien l'importance qu'à eu cet éditeur qui a publiée plusieurs auteurs importants qui souvent débutaient et aussi éditer pleins de classiques de l'age d'or de la bande dessinée américaine. On voit leurs passion pour faire de chaque album soit soigné. Il y avait une vraie démarche artistique dans leurs travail. Le seul reproche que je peux faire c'est que c'est trop courte. Je trouve que le sujet aurait pu être un peu plus approfondit, mais ce n'est pas trop grave.
Le dessin de Cestac est pas mal quoique c'est vrai que ses personnages ont toute la même tête. Ce ne fut pas un problème pour moi sauf au début où j'avais un peu de difficulté à différencier Étienne Robial et Denis Ozanne.
C’est le dernier album de ce duo d’auteurs qu'il me restait à aviser, voilà qui est fait. Et c’est encore pour vous en recommander lecture et achat.
Même si j’ai vu qu’une nouvelle édition à l’italienne (comme leurs séries habituelles) existe, c’est dans le format originel que je la possède (petit, mais deux fois plus haut que leurs autres séries).
Pour le reste, pas trop de changement dans la forme pour qui les connaît. En effet, le texte de Grégory Jarry, mêlant sérieux et second degré, voire digressions farfelues, est accompagné en dessous par le dessin minimaliste d’Otto T., lui aussi jouant sur divers degrés : les deux sont encore parfaitement complémentaires.
Pour le fond, peu de changement là aussi. En effet, le texte de Jarry est très engagé, et ciblé ici sur un sujet précis : l’enfouissement des déchets nucléaires, pas très loin en fait de Poitiers, où sont sises les éditions Flblb. Réflexion salutaire, « citoyenne », bien menée, avec la dose d’humour qui chasse les risques du prêchi-prêcha.
A lire.
Note réelle 3,5/5.
Je remarque que le petit monde de la bd se penche de plus en plus sur des personnages lambda qui ont été sous les feux des projecteurs malgré eux avant de retomber dans l’oubli.
Albert Dadas est l’un d’eux. Dadas est, dans le jargon populaire, un fada. Pour la médecine, c’est une perle rare … un captif captivé, un prisonnier voyageur. Pour moi, c’est un somnambule de l’extrême, un Forrest Gump avant l’heure. Dadas est atteint d’un trouble nouveau qui laisse perplexe les spécialistes. Mais sa route l’amène à croiser Tissié qui va en faire son sujet de thèse. Ce jeune médecin va essayer de guérir Albert de ses fugues amnésiques et de sa frénésie masturbatoire. Le récit a un pouvoir quasi hypnotique. Il est, en plus, finement travaillé pour brosser plusieurs années de la vie d’Albert sans à-coups. Il en résulte une narration fluide pour une lecture des plus confortables. L’histoire se conclu avec des annotations sur le cheminement des protagonistes après leur rencontre qui durera quelques années. Mais le récit n’aurait pas eu la même réussite sans le coup de crayon de Christian Durieux qui se colle au mieux à l’époque en insufflant un côté vintage aux vignettes (style vieilles photos) et en donnant réellement vie aux protagonistes (la physionomie de Dadas et Tissié sont parfaitement rendues).
Du bel ouvrage, assurément !
Comme son titre, cet album tire clairement vers le palindrome – même s'il est imparfait.
C'est déjà le cas pour l’histoire elle-même, dans laquelle le personnage de Nellen vit comme à rebours les aventures d’Olive. Mais c'est aussi sensible dans cette fascination/obsession des habitants de cette « Terre creuse » pour la symétrie, de laquelle rien ni personne ne doit dévier.
J’ai bien aimé cette histoire assez poétique, dans laquelle on n’échappe pas à son destin (beaucoup de tragédie grecque dans cette intrigue). La narration est posée, tranquille, ce n’est pas de la Science-Fiction pleine d’action !
Le dessin est bon – même si les personnages sont un peu statiques. En tout cas j’ai bien aimé l’univers des décors, et la colorisation.
Un chouette album dont je vous recommande la lecture. Note réelle 3,5/5.
Dès la page de présentation du « casting » (les cinq personnages principaux), j’ai su que j’allai aimer cet album.
Ce casting (nom et « qualité » des personnages) annonce déjà les influences majeures qui vont irriguer cette histoire. Influences que l’on retrouve un peu partout ensuite, de manière plus ou moins affichées.
Les débuts du cinéma et ses prolongements d’une poésie noire dans l’expressionnisme allemand (avec les personnages de Méliès et Murnau, entre autres). Mais Picasso est aussi convoqué pour les décors (une pleine page est directement inspirée d’un de ses tableaux), comme Klimt pour Fu Jong-Chu. Un officier allemand, un chien au langage argotique et une pin-up asiatique toute droit sortie d’un film de série B complètent la fine équipe qui se retrouve prisonnière d’une « île mystérieuse ».
Vous l’aurez compris avec cette dernière expression, c’est avant tout sous les auspices de Jules Verne que cette aventure se présente (décor, noms, certains dialogues), Verne et ses continuateurs (l’éléphant mécanique du début ressemble à l’éléphant des Machines de l’île de Nantes, dans lequel j’ai fait une petite balade avec mes enfants il y a deux-trois ans). Mais sont aussi convoqués certains inventeurs de voyages dans le temps, comme H.G. Wells (certes on ne s’éloigne pas de Verne avec lui !), mais aussi Emmett Brown (le savant du film « Retour vers le futur » !, ici personnage truculent avec sa femme et son franglais de pacotille).
Ajoutez à ce casting improbable un savant asiatique, Fu Jong-Chu (démarque de Fu Manchu, qui incarnait le génie du mal asiatique dans des romans populaires de l’entre-deux guerres), qui n’est autre que Kim Jong-Il, le délirant dictateur nord-coréen. Vous comprendrez qu’on est là dans la farce autant que dans le récit d’aventure !
D’autant plus qu’est avancée ici une explication improbable aux disparitions mystérieuses dans le Triangle des Bermudes ! Mais l’histoire ne fait pas qu’empiler les références et les clins d’œil (auxquels certains lecteurs sont peut-être insensibles), elle se laisse lire agréablement, y compris par un lectorat plus jeune et vierge de toutes les références évoquées précédemment.
Le dessin est lui aussi original. Les cases brinquebalantes – voire totalement absentes, dans lesquelles la perspective est parfois refoulée, les personnages parfois en chute libre sur des à plats, tout ceci nourrit aussi l’impression à la fois enfantine (une colorisation qui « fait » parfois coloriage d’enfant ?, mais qui est en tout cas très chouette) et poétique du dessin. Cela ressemble souvent à une sorte de court métrage d’animation.
Lecture chaudement recommandée en tout cas !
Surtout, ne vous fiez pas au graphisme typiquement « cartoon » de cette BD qui semble s’adresser aux enfants de sept ans ! Et si le titre vous laisse penser que vous allez vous payer une bonne tranche de rigolade, ce n’est peut-être pas tout à fait de la façon que vous imaginez… Car sous ses atours bien trop lisses pour être honnêtes, « La Famille Fun » comporte aussi un humour terriblement grinçant ! Comme si ses petits personnages tout en rondeur cherchaient à vous attendrir pour mieux vous déstabiliser ensuite…
A l’image de son auteur, car quand vous voyez Benjamin Frisch pour la première fois, vous lui donneriez le bon dieu sans confession. Et pour lui qui est américain, il ne risque pas de se faire beaucoup d'amis parmi les instances morales et religieuses de son pays, dont la bigoterie est proverbiale. A sa manière, Frisch se moque des codes sociaux et religieux en se livrant à un dézingage subversif - soft mais implacable - de la famille américaine type représentée par notre famille Fun. Et dans cette famille, la vie ne restera un long fleuve tranquille que pendant les trois premières pages, jusqu’à la mort de « Mamie Virginia ». A partir de là, tout va partir en vrille, le père Fun va sombrer dans la déprime, conduisant son épouse à quitter le foyer en emmenant avec elle la moitié des enfants, puis à goûter quasi outrageusement à sa liberté retrouvée. Du coup c’est Robert, le fils aîné mais encore haut comme trois pommes, qui va s’improviser chef de famille, préparer les repas, tenir la maison, et reprendre le job de dessinateur de son géniteur pour nourrir ce dernier et sa jeune sœur Molly, et qui plus est payer la pension alimentaire de la mère ! Et comme si tout cela ne suffisait pas, Molly se met à avoir des visions angéliques de la grand-mère tout juste décédée. Depuis l’au-delà, cette dernière va lui susurrer des paroles doucereuses qui vont en faire progressivement une fanatique, ne faisant qu’accentuer cette spirale de folie incontrôlable.
A la lecture, c’est à la fois étrange, hystérique, extravagant, cruel et jubilatoire. C’est surtout totalement imprévisible, et au final moins « fun » que désabusé voire pessimiste quant à la nature humaine. Benjamin Frisch ne se contente pas de saborder les valeurs familiales, mais s’en prend également à la religion et aux psychologues-gourous du développement personnel – apparemment une spécialité américaine -, en somme tout ce qui est susceptible de laver les cerveaux et générer les névroses les plus spectaculaires. Bref, l’objet a quelque chose d’inédit et c’est bien ce qu’on aime dans toute création artistique. Indubitablement, une première œuvre originale par un auteur à suivre.
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Blanche neige (Delcourt)
Voici donc une nouvelle version de l'un des plus célèbres contres des frères Grimm. Lylian s'est basé sur l'une des versions les plus adultes, et peut-être l'une des plus riches. On est en tous les cas très loin de la version édulcorée de Disney, plus proche sans doute de l'esprit original du conte. Les auteurs ont mis l'accent sur le parcours simultanée de Blanche et de sa belle-mère, dont les trajectoires ne cessent de se croiser au fil des envies de meurtre de la plus âgée après les révélations de son fameux miroir. Au passage, je trouve que Blanche et sa belle-mère ne sont pas très malines, l'une ne vérifiant pas que sa bête noire est morte, et l'autre pour apprendre à se méfier de la bienveillance des étrangers malgré les avertissements de ses amis nains. Il faudra la troisième tentative pour qu'un tournant décisif soit apporté à l'histoire. Fin de l'aparté, et retour au conte, avec ses licences narratives et poétiques. Les deux femmes vivent toutes les deux un parcours initiatique, et en ce sens la psychologie des personnages est vraiment fouillée (hormis le souci que je viens de pointer, mais l'œuvre originale est ainsi faite), et Lylian a injecté dans son récit plein de détails, des passerelles entre les personnages, qui ne sont pas forcément dans le conte ou qui n'y sont pas explicités. Il réussit à nuancer, enrichir et moderniser le propos sans le dénaturer. Il y a une dimension naturaliste dans l'histoire, avec BN qui figure la renaissance de la nature, et la Reine qui est en train, doucement, de mourir, dévorée par son matérialisme, ses doutes... Un vrai bon travail d'adaptation, en somme. Je découvre pour l'occasion le travail de Nathalie Vessillier, et c'est une belle découverte. Ses crayons proposent une ambiance envoûtante et très nuancée. Il y a une vraie symbolique dans le fait que son premier album soit une histoire d'initiation d'une jeune fille. La dernière page, constituée d'une seule case, est vraiment magnifique, et constitue une belle conclusion, à la fois narrative et graphique, pleine d'espoir sans oublier l'expérience de Blanche-Neige. Espérons qu'à l'instar des sept nains, Lylian saura accompagner Nathalie Vessillier quelques temps et l'aidera à produire de belles choses. Un petit mot du travail de l'éditeur, qui propose en couverture une titraille et une enluminure dorées en relief, et une maquette inspirée. Du beau, du très beau boulot de bout en bout.
Buddy Longway
« Buddy Longway ». Voilà une série que j’aimais beaucoup lire lorsque les albums sortaient et étaient disponibles dans ma bibliothèque municipale, étant plus jeune. Et que je viens de relire avec encore pas mal de plaisir. Derib l’a développée en parallèle de son autre grand succès « amérindien », Yakari. D’ailleurs, le dessin des premiers albums garde encore ce trait. Mais à partir du troisième et surtout du quatrième album, Derib durcit son trait (c’est très sensible pour les visages, mais aussi pour les têtes des chevaux). Il faut dire que, contrairement à « Yakari », « Buddy Longway » s’adresse à tous les publics – même si enfants et surtout ados y trouvent peut-être plus leur compte ? Autre différence avec « Yakari », Derib a pris le parti de faire murir, vieillir ses personnages, au fur et à mesure que les années passent et que la famille s’agrandit (contrairement à Thorgal par exemple, sur qui les ans ne semblent pas avoir de prise !). C’est une chouette idée. Pour ce qui est des histoires, elles sont assez inégales, mais généralement bien menées. Le début est influencé par l’excellent film « Jeremiah Johnson » (sorti deux ans avant le premier album). C’est assez contemplatif, « naturaliste ». Proche de La Saga du Grizzli ou, par certains côtés, de Cartland, pour rester dans le médium Bande Dessinée. Le dessin de Derib est très bon, pour tous les animaux, et est raccord avec l’ambiance développée. Série intéressante, mais qui souffre de quelques défauts. Je trouve que parfois Derib retombe dans certaines facilités, mièvreries, qui affleurent dans « Yakari », avec certains passages un peu édifiants (surtout lorsque Buddy raconte des histoires à ses enfants, autour d’animaux et de chasse). Chinook se convertit aussi trop vite en bonne ménagère paysanne… Pour le reste, pour peu qu’on ne recherche pas uniquement de l’action et qu’on ne jure pas que par le western spaghetti, voilà une série western très recommandable. A noter le clin d’œil hommage de Derib au grand maître du dessin de western et dessinateur de Blueberry, puisque dans l’album « L’eau de feu », un fermier du fort (qui réapparaitra ultérieurement) lui ressemble furieusement, et s’appelle… Jean Giraud ! (et le dialogue suivant fait lui allusion à son double, Moebius : « Giraud est souvent dans les étoiles (…) »). Mac Clure en personne apparaît même quelques pages dans l’album « La vengeance ». Amusant, non ? J’arrondis à quatre étoiles pour mes bons souvenirs de lectures d’enfant et d’ado, alors que je ne voyais pas forcément les quelques défauts de la série. Note réelle 3,5/5.
Mon père était boxeur
Lorsque j’ai commencé cette lecture, je n’étais pas trop convaincu. Le graphisme n’est pas celui que je préfère avec cette imprécision du trait étant plutôt un adepte du réalisme. Pour autant et c’est bien la première fois que je l’avoue, ce dessin m’a séduit car il arrive à faire passer les émotions des personnages entre une jeune fille Barbara et son père, un ancien boxeur professionnel ayant pris beaucoup de coup pour ne pas dire une sacré raclé. Il y a quelque chose de beau jusque dans les décors ou même la couleur qui semble varier selon les atmosphères ou les époques. J’ai également été touché par le récit de cette fille qui n’avait pas forcément une bonne image de son père et qui a fait l’effort de vouloir le découvrir, ce qu’il était réellement. J’ai adoré la teneur psychologique dans cette relation complexe fille-père. Cela sonne vrai et c’est presque naturel. Bref, le réalisme que je recherche est bien présent. A la fin, j’ai eu une surprise quand j’ai vu qui était l’un des auteurs de cette œuvre. Je n’avais pas fait attention avant de commencer. Bref, quand j’ai découvert que c’est Kris qui est derrière cette œuvre, je me suis dit forcément. Il est pour moi l’un des rares auteurs à faire ressentir une telle émotion dans ses personnages. Oui, c’est du grand art. Au final, nous avons là une bd humaine, poignante et réalisée tout en délicatesse.
Le Retour
Cristobal se tue dans un mystérieux accident de voiture sur une route déserte, provoquant un deuil général dans son île natale. Cet artiste célébrissime n'y est revenu qu'après de nombreuses années. Il s'y est installé afin de la transformer tout en la protégeant de la rapacité des promoteurs immobiliers. Un flic mène l'enquête sur les circonstances de l'accident, ce qui permet de retracer le parcours de cette gloire locale à coups de flashbacks. Sous l'apparente simplicité d'un trait semi-réaliste et d'un scénario construit comme un biopic, Bruno Duhamel se livre ici à un exercice périlleux. Cristobal est très humain, très entêté, très autoritaire, très artiste aussi, ce qui ne le rend pas forcément sympathique, mais c'est un personnage que l'on n'oublie pas. Cette fiction est fortement inspirée de la vie d'un artiste réel, César Manrique, mais l'auteur admet dans sa préface qu'il a réinventé le personnage. J'avais apprécié les dessins souples de Duhamel dans Les Brigades du Temps. Il conserve ce trait, mais prend ici le temps de livrer de grandes cases très contemplatives. La mise en couleur, très habile, alterne les ambiances monochromes et les tons éclatants, en fonction des différentes époques, ou des états d'âme des personnages. Le retour est une réflexion qui enchaîne plusieurs thèmes. L'histoire de Cristobal est une peinture vivante traitant pêle-mêle du monde moderne, du progrès social, de l'hybris de l'artiste, du bien public, du pouvoir, de la protection de la nature, de la paternité… En somme, c'est une BD qui se lit d'une traite et très facilement, mais dont les thématiques sont bien plus complexes que sa forme ne le laisse paraître. Cet album atypique est surtout très intelligent, sans être pédant, ce qui est une qualité rare. Une belle découverte.
La Véritable Histoire de Futuropolis
3.5 J'avais envie de lire cet album depuis longtemps parce que j'aime bien lire sur l'histoire de bandes dessinée et parce que la première version de Futuropolis est un éditeur que je connais peu et dont je n'ai lu qu'un ou deux albums (la plupart des séries sorti chez eux que j'ai lu étaient des rééditions chez d'autres éditeurs). C'est dommage d'ailleurs parce que je trouve la collection Copyright intéressante. La lecture est prenante et j'ai bien aimé lire cette suite d’anecdotes remplient de nostalgiques. J'aime bien le début lorsque l'auteure et ses amis passent leur temps aux marchés aux puces pour trouver des vieilles bds. Moi qui aime bien les bouquineries je me suis un peu retrouvé dans ses pages. Cestac montre bien l'importance qu'à eu cet éditeur qui a publiée plusieurs auteurs importants qui souvent débutaient et aussi éditer pleins de classiques de l'age d'or de la bande dessinée américaine. On voit leurs passion pour faire de chaque album soit soigné. Il y avait une vraie démarche artistique dans leurs travail. Le seul reproche que je peux faire c'est que c'est trop courte. Je trouve que le sujet aurait pu être un peu plus approfondit, mais ce n'est pas trop grave. Le dessin de Cestac est pas mal quoique c'est vrai que ses personnages ont toute la même tête. Ce ne fut pas un problème pour moi sauf au début où j'avais un peu de difficulté à différencier Étienne Robial et Denis Ozanne.
Village toxique
C’est le dernier album de ce duo d’auteurs qu'il me restait à aviser, voilà qui est fait. Et c’est encore pour vous en recommander lecture et achat. Même si j’ai vu qu’une nouvelle édition à l’italienne (comme leurs séries habituelles) existe, c’est dans le format originel que je la possède (petit, mais deux fois plus haut que leurs autres séries). Pour le reste, pas trop de changement dans la forme pour qui les connaît. En effet, le texte de Grégory Jarry, mêlant sérieux et second degré, voire digressions farfelues, est accompagné en dessous par le dessin minimaliste d’Otto T., lui aussi jouant sur divers degrés : les deux sont encore parfaitement complémentaires. Pour le fond, peu de changement là aussi. En effet, le texte de Jarry est très engagé, et ciblé ici sur un sujet précis : l’enfouissement des déchets nucléaires, pas très loin en fait de Poitiers, où sont sises les éditions Flblb. Réflexion salutaire, « citoyenne », bien menée, avec la dose d’humour qui chasse les risques du prêchi-prêcha. A lire. Note réelle 3,5/5.
Le Captivé
Je remarque que le petit monde de la bd se penche de plus en plus sur des personnages lambda qui ont été sous les feux des projecteurs malgré eux avant de retomber dans l’oubli. Albert Dadas est l’un d’eux. Dadas est, dans le jargon populaire, un fada. Pour la médecine, c’est une perle rare … un captif captivé, un prisonnier voyageur. Pour moi, c’est un somnambule de l’extrême, un Forrest Gump avant l’heure. Dadas est atteint d’un trouble nouveau qui laisse perplexe les spécialistes. Mais sa route l’amène à croiser Tissié qui va en faire son sujet de thèse. Ce jeune médecin va essayer de guérir Albert de ses fugues amnésiques et de sa frénésie masturbatoire. Le récit a un pouvoir quasi hypnotique. Il est, en plus, finement travaillé pour brosser plusieurs années de la vie d’Albert sans à-coups. Il en résulte une narration fluide pour une lecture des plus confortables. L’histoire se conclu avec des annotations sur le cheminement des protagonistes après leur rencontre qui durera quelques années. Mais le récit n’aurait pas eu la même réussite sans le coup de crayon de Christian Durieux qui se colle au mieux à l’époque en insufflant un côté vintage aux vignettes (style vieilles photos) et en donnant réellement vie aux protagonistes (la physionomie de Dadas et Tissié sont parfaitement rendues). Du bel ouvrage, assurément !
Les Terres creuses - Nogegon
Comme son titre, cet album tire clairement vers le palindrome – même s'il est imparfait. C'est déjà le cas pour l’histoire elle-même, dans laquelle le personnage de Nellen vit comme à rebours les aventures d’Olive. Mais c'est aussi sensible dans cette fascination/obsession des habitants de cette « Terre creuse » pour la symétrie, de laquelle rien ni personne ne doit dévier. J’ai bien aimé cette histoire assez poétique, dans laquelle on n’échappe pas à son destin (beaucoup de tragédie grecque dans cette intrigue). La narration est posée, tranquille, ce n’est pas de la Science-Fiction pleine d’action ! Le dessin est bon – même si les personnages sont un peu statiques. En tout cas j’ai bien aimé l’univers des décors, et la colorisation. Un chouette album dont je vous recommande la lecture. Note réelle 3,5/5.
L'Ile aux Mille Mystères
Dès la page de présentation du « casting » (les cinq personnages principaux), j’ai su que j’allai aimer cet album. Ce casting (nom et « qualité » des personnages) annonce déjà les influences majeures qui vont irriguer cette histoire. Influences que l’on retrouve un peu partout ensuite, de manière plus ou moins affichées. Les débuts du cinéma et ses prolongements d’une poésie noire dans l’expressionnisme allemand (avec les personnages de Méliès et Murnau, entre autres). Mais Picasso est aussi convoqué pour les décors (une pleine page est directement inspirée d’un de ses tableaux), comme Klimt pour Fu Jong-Chu. Un officier allemand, un chien au langage argotique et une pin-up asiatique toute droit sortie d’un film de série B complètent la fine équipe qui se retrouve prisonnière d’une « île mystérieuse ». Vous l’aurez compris avec cette dernière expression, c’est avant tout sous les auspices de Jules Verne que cette aventure se présente (décor, noms, certains dialogues), Verne et ses continuateurs (l’éléphant mécanique du début ressemble à l’éléphant des Machines de l’île de Nantes, dans lequel j’ai fait une petite balade avec mes enfants il y a deux-trois ans). Mais sont aussi convoqués certains inventeurs de voyages dans le temps, comme H.G. Wells (certes on ne s’éloigne pas de Verne avec lui !), mais aussi Emmett Brown (le savant du film « Retour vers le futur » !, ici personnage truculent avec sa femme et son franglais de pacotille). Ajoutez à ce casting improbable un savant asiatique, Fu Jong-Chu (démarque de Fu Manchu, qui incarnait le génie du mal asiatique dans des romans populaires de l’entre-deux guerres), qui n’est autre que Kim Jong-Il, le délirant dictateur nord-coréen. Vous comprendrez qu’on est là dans la farce autant que dans le récit d’aventure ! D’autant plus qu’est avancée ici une explication improbable aux disparitions mystérieuses dans le Triangle des Bermudes ! Mais l’histoire ne fait pas qu’empiler les références et les clins d’œil (auxquels certains lecteurs sont peut-être insensibles), elle se laisse lire agréablement, y compris par un lectorat plus jeune et vierge de toutes les références évoquées précédemment. Le dessin est lui aussi original. Les cases brinquebalantes – voire totalement absentes, dans lesquelles la perspective est parfois refoulée, les personnages parfois en chute libre sur des à plats, tout ceci nourrit aussi l’impression à la fois enfantine (une colorisation qui « fait » parfois coloriage d’enfant ?, mais qui est en tout cas très chouette) et poétique du dessin. Cela ressemble souvent à une sorte de court métrage d’animation. Lecture chaudement recommandée en tout cas !
La Famille Fun
Surtout, ne vous fiez pas au graphisme typiquement « cartoon » de cette BD qui semble s’adresser aux enfants de sept ans ! Et si le titre vous laisse penser que vous allez vous payer une bonne tranche de rigolade, ce n’est peut-être pas tout à fait de la façon que vous imaginez… Car sous ses atours bien trop lisses pour être honnêtes, « La Famille Fun » comporte aussi un humour terriblement grinçant ! Comme si ses petits personnages tout en rondeur cherchaient à vous attendrir pour mieux vous déstabiliser ensuite… A l’image de son auteur, car quand vous voyez Benjamin Frisch pour la première fois, vous lui donneriez le bon dieu sans confession. Et pour lui qui est américain, il ne risque pas de se faire beaucoup d'amis parmi les instances morales et religieuses de son pays, dont la bigoterie est proverbiale. A sa manière, Frisch se moque des codes sociaux et religieux en se livrant à un dézingage subversif - soft mais implacable - de la famille américaine type représentée par notre famille Fun. Et dans cette famille, la vie ne restera un long fleuve tranquille que pendant les trois premières pages, jusqu’à la mort de « Mamie Virginia ». A partir de là, tout va partir en vrille, le père Fun va sombrer dans la déprime, conduisant son épouse à quitter le foyer en emmenant avec elle la moitié des enfants, puis à goûter quasi outrageusement à sa liberté retrouvée. Du coup c’est Robert, le fils aîné mais encore haut comme trois pommes, qui va s’improviser chef de famille, préparer les repas, tenir la maison, et reprendre le job de dessinateur de son géniteur pour nourrir ce dernier et sa jeune sœur Molly, et qui plus est payer la pension alimentaire de la mère ! Et comme si tout cela ne suffisait pas, Molly se met à avoir des visions angéliques de la grand-mère tout juste décédée. Depuis l’au-delà, cette dernière va lui susurrer des paroles doucereuses qui vont en faire progressivement une fanatique, ne faisant qu’accentuer cette spirale de folie incontrôlable. A la lecture, c’est à la fois étrange, hystérique, extravagant, cruel et jubilatoire. C’est surtout totalement imprévisible, et au final moins « fun » que désabusé voire pessimiste quant à la nature humaine. Benjamin Frisch ne se contente pas de saborder les valeurs familiales, mais s’en prend également à la religion et aux psychologues-gourous du développement personnel – apparemment une spécialité américaine -, en somme tout ce qui est susceptible de laver les cerveaux et générer les névroses les plus spectaculaires. Bref, l’objet a quelque chose d’inédit et c’est bien ce qu’on aime dans toute création artistique. Indubitablement, une première œuvre originale par un auteur à suivre.