Blanche neige (Delcourt)
Paru en 1812, ce très célèbre conte des frères Grimm se voit offrir un nouvel écrin digne de sa réputation. Une création très originale en 80 pages qui offre une vision nouvelle de Blanche Neige et des célèbres 7 nains.
Adaptations de romans en BD Les Contes des frères Grimm
Il était une fois… En plein hiver, une reine qui cousait et qui, se piquant le doigt, émerveillée par ce sang sur cette neige qui tombait, laissa vagabonder son esprit, souhaitant avoir un enfant aussi blanc que la neige, aussi vermeil que le sang et aussi noir de cheveux que l’ébène. Bientôt, cette reine eut une petite fille qui répondit exactement à ses souhaits. Elle l’appela Blanche-Neige…
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| Date de parution | 23 Novembre 2016 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Cette adaptation de Blanche-Neige marque par la qualité de son travail visuel. Le dessin de Nathalie Vessillier, associé aux couleurs de Rozenn Grosjean, offre un univers vraiment charmant, riche en motifs, en forêts stylisées et en ambiances saisonnières très soignées. L'ensemble a un côté presque illustratif, légèrement figé par moments, comme si certaines planches privilégiaient la contemplation à la dynamique de la bande dessinée, mais ça reste malgré tout fluide et très agréable à parcourir. Certaines séquences panoramiques ou contemplatives sont particulièrement réussies et donnent une vraie identité à l'album. C'est aussi par cette lecture que je découvre réellement la version complète du conte des frères Grimm, et je mesure à quel point l'adaptation de Disney en a simplifié et adouci la structure. Le conte d'origine apparaît ici plus dense, plus abrupt, presque plus aventureux et moderne dans ses enchaînements, même si cette modernité tient surtout à la manière dont il est réinterprété graphiquement et narrativement dans cet album. On retrouve d'ailleurs une forme de réalisme sous le merveilleux, ainsi qu'un ton globalement plus proche du conte brut que de sa version édulcorée. Les nains, rebaptisés et individualisés, sont une réussite : ils possèdent une vraie identité, entre codes d'heroïc-fantasy et design volontairement attendrissant, presque disneyien par endroits, sans tomber dans la caricature. Cet équilibre fonctionne bien et apporte de la personnalité au groupe. En revanche, je n'ai pas été totalement embarqué sur le plan de la lecture. La narration très présente en cartouches prend trop souvent le dessus sur l'action et crée une distance avec le récit. L'ensemble devient plus descriptif que véritablement incarné, ce qui atténue l'implication émotionnelle. À cela s'ajoute le sentiment que le conte original, ainsi mis en scène, montre ses limites dans certaines logiques internes : il est difficile de comprendre les motivations de l'acharnement de la reine une fois son objectif initial atteint, et certaines de ses tentatives semblent artificiellement peu efficaces. Dans cette version très soignée visuellement, ces incohérences ressortent davantage. De même, la fin autour de la pomme et de son expulsion est difficile à percevoir sans connaître déjà l'histoire, ce qui donne une conclusion un peu moins lisible qu'elle ne devrait l'être. C'est donc une adaptation très réussie sur le plan graphique et fidèle dans son esprit au conte des Grimm, modernisée dans sa mise en scène et très agréable à regarder, mais dont la narration trop présente et certaines limites du récit d'origine m'ont empêché d'adhérer totalement.
Une adaptation très fidèle du conte des frères Grimm. Ici, rien des apports de la version Disney (qui reste tout de même la version la plus connue de nos jours). Pas de baiser non-consenti pour réveiller la belle (merci !), plusieurs tentatives d'assassinat et non une seule, c'est Blanche Neige qui condamne la reine et non le "destin" qui l'élimine, et surtout les âges de Blanche Neige de la méchante reine sont ici beaucoup plus clairs et importants. Sans être rarissime non plus, j'ai souvent remarqué que les adaptations de ce conte ont tendance à mésinterpréter (ou en tout cas ne rendent pas claire) la source du conflit entre Blanche Neige et sa belle-mère. Ce n'est pas juste que cette dernière est vaniteuse, c'est qu'elle se sent vieillir, que sa beauté et son charme, ses armes pour réaliser ses ambitions (la source symbolique de son pouvoir), lui filent petit à petit entre les doigts. Ce n'est pas juste que Blanche Neige serait plus belle qu'elle, c'est qu'elle-même le devient moins. La source du problème c'est le temps, l'âge. Et justement, autre chose encore plus souvent oubliée dans ces adaptations : Blanche Neige était une enfant lorsqu'elle a fuit son château. Donc ici, je suis bien contente de voir que Blanche Neige n'est pas une pin up (comme j'ai eu bien trop souvent l'impression de voir), sa beauté est bien plus juvénile, innocente, et la méchante reine et elle vieillissent toutes deux au fur et à mesure de l'album. Un très bon point pour moi. Dans le cas présent, la forme, et plus particulièrement le dessin, ont grandement joué sur mon appréciation. Les visages très beaux et délicats des personnages, les décors magnifiques, les couleurs chatoyantes, ... C'est beau, vraiment. Peut-être que l'album aurait mieux mérité 3 étoiles. Qui sait ? En tout cas j'ai beaucoup aimé le dessin et cela me fait monter la note à 3,5, donc arrondissons à 4 étoiles.
On a là une énième relecture du célèbre conte des frères Grimm. Difficile de faire très original (ou alors aller vers du porno comme Trif chez Tabou !). Je dirais que cette version s’en tire très honorablement. C’est un album tout public, qui reste très classique dans sa narration. Mais c’est aussi une version très éloignée (heureusement) de celle édulcorée par Disney. Cette patte plus « adulte », on la doit essentiellement au dessin de Nathalie Vessillier, que j’ai vraiment bien aimé. Il y a quelque chose à la fois d’enfantin et de plus dur, de plus brut, un mélange très agréable qui convient bien à cette histoire. Quant au récit de Lylian, il est simple et efficace, même s’il ne s’écarte pas beaucoup du thème originel. Sans surprise, mais du travail bien fait, un bel album.
Voici donc une nouvelle version de l'un des plus célèbres contres des frères Grimm. Lylian s'est basé sur l'une des versions les plus adultes, et peut-être l'une des plus riches. On est en tous les cas très loin de la version édulcorée de Disney, plus proche sans doute de l'esprit original du conte. Les auteurs ont mis l'accent sur le parcours simultanée de Blanche et de sa belle-mère, dont les trajectoires ne cessent de se croiser au fil des envies de meurtre de la plus âgée après les révélations de son fameux miroir. Au passage, je trouve que Blanche et sa belle-mère ne sont pas très malines, l'une ne vérifiant pas que sa bête noire est morte, et l'autre pour apprendre à se méfier de la bienveillance des étrangers malgré les avertissements de ses amis nains. Il faudra la troisième tentative pour qu'un tournant décisif soit apporté à l'histoire. Fin de l'aparté, et retour au conte, avec ses licences narratives et poétiques. Les deux femmes vivent toutes les deux un parcours initiatique, et en ce sens la psychologie des personnages est vraiment fouillée (hormis le souci que je viens de pointer, mais l'œuvre originale est ainsi faite), et Lylian a injecté dans son récit plein de détails, des passerelles entre les personnages, qui ne sont pas forcément dans le conte ou qui n'y sont pas explicités. Il réussit à nuancer, enrichir et moderniser le propos sans le dénaturer. Il y a une dimension naturaliste dans l'histoire, avec BN qui figure la renaissance de la nature, et la Reine qui est en train, doucement, de mourir, dévorée par son matérialisme, ses doutes... Un vrai bon travail d'adaptation, en somme. Je découvre pour l'occasion le travail de Nathalie Vessillier, et c'est une belle découverte. Ses crayons proposent une ambiance envoûtante et très nuancée. Il y a une vraie symbolique dans le fait que son premier album soit une histoire d'initiation d'une jeune fille. La dernière page, constituée d'une seule case, est vraiment magnifique, et constitue une belle conclusion, à la fois narrative et graphique, pleine d'espoir sans oublier l'expérience de Blanche-Neige. Espérons qu'à l'instar des sept nains, Lylian saura accompagner Nathalie Vessillier quelques temps et l'aidera à produire de belles choses. Un petit mot du travail de l'éditeur, qui propose en couverture une titraille et une enluminure dorées en relief, et une maquette inspirée. Du beau, du très beau boulot de bout en bout.
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