Certains passages de cet album sont presque étouffants, tant l’auteur, dans ce récit autobiographique, nous plonge sans retenue dans une sorte d’enfer familial. Les seules « retenues » - mais c’est aussi ce qui rend plus durs certains moments, c’est que c’est vu à hauteur de l’enfant qu’il était (pour la plus grande partie de l’album, le dernier quart il et un jeune adulte).
Nous assistons donc de l’intérieur à la destruction progressive d’une cellule familiale, et à l’autodestruction de la mère, alcoolique. Les incompréhensions, les non-dits, tous ces malentendus qui accumulés sont un poison mortel s’affichent devant nos yeux, même si la cause principale reste finalement inconnue, Roderic regrettant après la mort de sa mère de ne pas avoir compris et su pourquoi elle buvait.
Tout est glauque dans l’existence de cette mère (jusqu’à son enterrement, des plus sinistres !), et cet album est sans doute pour l’auteur une façon d’accepter certaines choses.
En tout cas c’est une lecture fluide et relativement marquante. Sur un sujet très douloureux, Roderic Valamboix a su éviter l’excès de pathos.
Cet album fait suite à Famille nombreuse, dans lequel on avait découvert l’auteure et sa famille (parents tunisiens immigrés et nombreux enfants nés en France). Cette fois-ci il est question de vacances en Tunisie. Un retour aux sources pour les parents, mais une découverte pour les onze enfants.
C’est aussi (et surtout, au grand dam des enfants pensant surtout à bronzer, aller à la plage, s’amuser) l’occasion pour les parents de se lancer dans la construction d’une maison. Devant surveiller les travaux, ça va les occuper à plein temps.
Délocalisé, on retrouve l’univers du premier album. Le ton est le même, mais je trouve que c’est plus amusant encore dans cet album. La fraicheur du récit (la plupart des événements sont vus au travers des yeux de Chadia, l’une des enfants – on est dans un récit autobiographique) rend la lecture fluide. Pas mal d’autodérision, un humour très présent (chaque enfant est assez « typé », le père parle un Français approximatif avec un accent à couper au couteau, la mère est toujours hyper active), tout concourt à rendre la lecture agréable. La répartition très sexuée des rôles – et la rebellion relative des femmes (les filles exaspérées de se taper toutes les tâches domestiques, mais aussi la mère, qui semble prendre bien plus que sa part d’autorité dans le ménage) sont aussi intéressantes à observer.
Une lecture plaisante donc, le récit étant très bien accompagné par un dessin assez stylisé et simple, plutôt original, mais très lisible.
Un chouette album en tout cas.
Note réelle 3,5/5.
Je découvre cette auteure avec cet album, dont la lecture est plutôt sympathique.
C’est une œuvre autobiographique, dans laquelle l’auteure raconte son enfance (un peu de Riad Sattouf à certains moments), avec sa très nombreuse fratrie et ses parents, immigrés tunisiens installés en France, de la fin des années 1960 au début des années 1980. Le père (au boulot toute la journée) apparait peu, et souvent de façon humoristique, pour se moquer gentiment (mais avec respect) de ses tics, c’est surtout la mère, que côtoyait davantage au quotidien l’auteure, qui est au centre de la vie sociale de l’imposante smala. Une mère des plus dynamiques !
« L’intégration » d’une famille maghrébine dans la France de la fin des Trente glorieuses, mais surtout le regard amusé, décalé, plein d’autodérision d’une gamine, voilà ce qui occupe cet album à l’importante pagination, mais qui se laisse lire agréablement – et relativement rapidement.
Le dessin est assez stylisé, mais il est très lisible, original : j’ai bien aimé ce travail graphique, qui accompagne très bien cette chronique familiale vue au travers des yeux d’une gamine pleine de vie (l’album se termine au moment où Chadia finit son école primaire et où il est décidé que pour la première fois la famille ira en vacances au bled, ce qui est l’objet d’un autre album).
Fabien Toulmé est un auteur que je ne connais pas (en tout cas que je n'avais jamais lu), même si les avis sur certaines de ses séries semblent en faire quelqu’un d’intéressant, sur lequel je vais me pencher davantage. Toujours est-il que c’est avec ce « Suzette » que j’entre dans son univers.
Et je dois dire que j’en suis sorti un peu déçu. L’album se laisse lire, c’est sûr, mais sans réel enthousiasme.
Le dessin est très simple, très peu détaillé (remarque valable pour les personnages et les décors), mais lisible. C’est surtout l’histoire qui ne m’a pas emballé plus que ça. C’est un peu gentil, sans aspérité. Des longueurs aussi.
Sans doute affaire de goût (je ne suis sans doute pas le cœur de cible de ce genre de roman graphique), cette déception ne m’empêchera pas d’aller voir les autres séries de l’auteur.
Note réelle 2,5/5.
Comme mes prédécesseurs avant moi, je loue la somme d'informations et de documentations que procure cette BD. Elle m'a appris beaucoup de choses sur ce sujet polémique des algues vertes, pas polémique dans le sens où on peut douter de leur dangerosité mais polémique dans le sens où le sujet a été dissimilé depuis des années... et polémique éventuellement aussi sur les raisons qui ont poussé à les dissimuler et les personnes qui sont derrière tout ça.
S'agissant d'un véritable travail d'investigation journalistique, la somme des documents annexes et des témoignages prouvés soutient avec brio le rapport des faits que les auteurs nous délivrent dans cet album. Cela permet de repousser tous ces doutes que certains ont tenté de maintenir sur la véracité des faits et sur les effets véritables des marées vertes sur la santé animale et humaine. Ce doute est toutefois moins levé quant aux instigateurs de cette étrange omerta qui a plané sur le sujet depuis une trentaine d'années et qui semble encore se maintenir. On comprend bien évidemment que l'agriculture industrielle qui s'est fortement développée en Bretagne aurait fort à perdre si elle devait réduire sa capacité de production et son utilisation d'engrais, et on constate sans hésitation possible la tension que cela crée et que certains essaient de faire pression à l'échelle individuelle ou plus régionale pour que le sujet reste aussi longtemps que possible sous le tapis. Mais pour ce qui est de l'influence manifeste des lobbys et de certains noms de patrons et politiques qui sont directement cités dans l'ouvrage, je n'ai vu dans cette BD que des déductions logiques mais pas les mêmes preuves documentées que pour les autres faits, et ça m'a un peu gêné. Toutefois, même s'il peut planer un certain doute sur la culpabilité réelle de tel ou tel politicien, patron ou préfet, il apparait manifeste que les corporations agricoles, celles qui vendent les engrais et semences OGM aux paysans et les tiennent à leur merci à force de crédits et d'emprunts, sont les premières coupables et que ce sont elles qu'il faudrait combattre, pas seulement pour ce scandale des algues vertes mais aussi pour le joug dans lequel elles maintiennent les quelques exploitants agricoles interviewés dans cet album. Mais cela, l'album le laisse en suspens puisqu'il est avant tout une source d'information et de dénonciation mais que le sujet est loin d'être clos et donc que la BD n'offre malheureusement pas le fin mot de l'histoire.
Fort instructive et assez clairement structurée, c'est une bonne BD reportage. Pour autant, c'est une BD que j'ai lue avec intérêt mais sans réelle passion. L'aspect documentaire est très présent et souvent rébarbatif. La structure est plutôt bonne mais j'ai souvent été perdu par ses allers-retours dans le temps, et régulièrement noyé sous la quantité de noms, sigles, associations, compagnies et autres autorités qui composent les éléments de cette enquête au long cours. Quant au dessin, il est tout à fait correct et permet de clarifier certains sujets par l'illustration et la mise en scène de passages qui auraient été trop lourds racontés en texte uniquement, mais il n'est pas très enthousiasmant sur la forme pour ce qui me concerne.
Bref, très bonne BD documentaire si vous êtes intéressés par le sujet, mais pas un album qui trônera dans ma bibliothèque à titre personnel.
Avec ce carnet de chansons graphiques, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. 11 récits à découvrir ou à redécouvrir puisque 8 d’entres eux ont déjà été publiés dans la fameuse revue bretonne casier[s] entre 2012 et 2021.
Appréciant le trait délicat et agréable de Gildas Java, je me suis procuré cet album atypique. Bon je vous le dis tout de go j’ai apprécié ces onze morceaux de musique graphique où nous trouvons pêlemêle à la fois récits et poésie, peinture, musique, histoire, amour et philosophie.
J’ai pris beaucoup de plaisirs à alterner les univers. On passe ainsi de l’univers cinématographique de Marcel Carné - quai des brumes à San Francisco sans fioriture. L’amour, la tendresse, les rencontres sont le fil rouge de ces récits courts. C’est splendide. On avance à pas feutrés. La partition musicale est jouée sans fausse note.
J’aurais bien mis un 4 étoiles sur cet album mais je vais rester sur un 3 étoiles uniquement. Ma note à la baisse s’explique par le prix – 21 euros - pour cet album petit format à la couverture souple. C’est exagéré.
Bon, ben on va écrire un avis qui sera presque le même qu'à chaque fois avec Patrick Prugne, hein ! C'est bien dessiné, très beau dans les décors, la forêt, les vêtements, les lumières, les animaux, un peu raide dans les postures de personnages, souvent plus figés dans un tableau que se mouvant dans une bande dessinée. Bref, on est dans les habitudes de l'auteur, c'est beau.
Maintenant, et comme à chaque fois, le bat blesse sur l'histoire : comme à chaque fois, ça n'est pas mauvais. Nourri de contexte historique, s'attachant à montrer différentes facettes de l'Amérique du XVIIIè, Purgne nous dépeint des relations entre colons et indiens, entre hommes et nature, entre français et anglais.
Mais comme à chaque fois, je trouve l'ensemble léger. Le curé m'a paru un peu trop grossier comme personnage, l'intrigue est mince et le final n'est pas à la hauteur, le tout devenant une histoire sympathique et oubliable, dont j'aurais probablement oublié la trame d'ici un an. Et ça m'agace, parce que j'ai l'impression de dire ça à chacune des lectures de l'auteur (Pawnee, Frenchman, Vanikoro ou Canoë Bay m'ont fait le même effet).
Donc ouais, à lire pour le dessin, à regarder surtout, mais oubliable encore une fois. Je crois qu'il faudrait vraiment un scénario bon pour que l'une de ses BD me marque …
Difficile d'évaluer une série comme Tintin. Pour nombre de personnes non-lectrices de BD, cette série est quasiment une synecdoque pour désigner la BD en général. Elle est culte, régulièrement adaptée, citée. Moi-même, j'use avec sympathie des merveilleuses expressions du capitaine que sont "marin d'eau douce" et "tonnerre de Brest", et souris quand je vois une personne lire un Tintin dans le train, ou ma sœur se saisir de "L'Île noire" dans la bibliothèque de la maison familiale un soir avant d'aller se coucher.
J'ai donc de la sympathie pour cette série, mais crains de trouver ignoble quelques épisodes réactionnaires au possible (les premiers de manière générale). De même, si les aventures parviennent réellement à faire émerger un imaginaire assez incroyable, il faut aussi préciser que l'ensemble, figé et bavard, avance à un rythme bien trop lent pour satisfaire le lecteur d'aujourd'hui.
Relire "Le Secret de la Licorne", Les "Bijoux de la Castafiore", est quelque chose qui m'amuserait nostalgiquement et véritablement, mais je n'ai jamais pris la peine de lire les tardivement publiés "Tintin au pays des soviets" et "L'Alph-art" et ne le ferai peut-être jamais.
Inégal donc : l'épisode au Congo mérite sans doute 1/5, quelques autres 2/5, la plupart 3/5, les quatre-cinq meilleurs valent 4/5.
J’ai un ressenti mitigé au sortir de cet album, qui se révèle au final plus surprenant qu’il n’y paraissait au premier abord.
Je n’ai pas trouvé extraordinaire le dessin, peu détaillé, un peu maladroit, en tout cas moins accrocheur que sur d’autres albums de la même auteure, comme Goupil ou face (Lou Lubie faisant d’ailleurs du placement de produit, puisque à un moment le personnage principal offre à une ex-amie cet album). Le dessin est lisible, mais pas emballant.
Quant à l’histoire, elle part sur un instit, fraichement largué par sa copine, dégoûté par son boulot (le poste qui lui était destiné lui passe sous le nez) et qui, en pleine crise existentielle, va faire la connaissance d’une gamine des rues, puis de sa famille, entrant dans un engrenage qui vire au thriller.
Le dernier tiers de l’album est plus surprenant et m’a pris au dépourvu. La résolution m’est apparu un peu « facile », mais en tout cas cette nouvelle orientation a eu le mérite de dynamiser l’intrigue et d’échapper à quelque chose de déjà-vu et de convenu.
Une lecture sympathique.
Un bel objet (grand format à l’italienne, très belles couleurs, et un traitement graphique des plus originaux), duquel je suis sorti un peu moins enthousiaste que je m’y attendais.
L’histoire est assez simple. Une petite fille perd son chat (elle apprend en revenant de l’école que le vétérinaire a dû l’euthanasier car il était gravement malade). Enfermée dans sa chambre, submergée par le chagrin, elle fait alors la connaissance d’une panthère, animal qui change d’aspect, et qui la fait entrer dans un monde presque parallèle : c’est un beau traitement de l’exorcisme de la douleur et du deuil chez une enfant, et un joli conte.
J’ai aussi bien aimé que le personnage de la panthère trimbale quelques ambiguïtés, vers le dernier tiers, elle apparait à plusieurs reprises ambivalente, sa gentillesse du départ semblant cacher quelques pensées plus noires. Cette ambiguïté n’est d’ailleurs pas vraiment levée.
Mes réserves tiennent en deux points. D’abord ce récit – presque tout public, en tout cas qui peut être lu à un jeune enfant – pêche par certaines longueurs.
Ensuite la fin est un peu brutale. Des questions en suspens, certes, mais aussi un sentiment de manque.
Mais bon, c’est un album original et intéressant.
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Mal de mère
Certains passages de cet album sont presque étouffants, tant l’auteur, dans ce récit autobiographique, nous plonge sans retenue dans une sorte d’enfer familial. Les seules « retenues » - mais c’est aussi ce qui rend plus durs certains moments, c’est que c’est vu à hauteur de l’enfant qu’il était (pour la plus grande partie de l’album, le dernier quart il et un jeune adulte). Nous assistons donc de l’intérieur à la destruction progressive d’une cellule familiale, et à l’autodestruction de la mère, alcoolique. Les incompréhensions, les non-dits, tous ces malentendus qui accumulés sont un poison mortel s’affichent devant nos yeux, même si la cause principale reste finalement inconnue, Roderic regrettant après la mort de sa mère de ne pas avoir compris et su pourquoi elle buvait. Tout est glauque dans l’existence de cette mère (jusqu’à son enterrement, des plus sinistres !), et cet album est sans doute pour l’auteur une façon d’accepter certaines choses. En tout cas c’est une lecture fluide et relativement marquante. Sur un sujet très douloureux, Roderic Valamboix a su éviter l’excès de pathos.
Nos vacances au bled
Cet album fait suite à Famille nombreuse, dans lequel on avait découvert l’auteure et sa famille (parents tunisiens immigrés et nombreux enfants nés en France). Cette fois-ci il est question de vacances en Tunisie. Un retour aux sources pour les parents, mais une découverte pour les onze enfants. C’est aussi (et surtout, au grand dam des enfants pensant surtout à bronzer, aller à la plage, s’amuser) l’occasion pour les parents de se lancer dans la construction d’une maison. Devant surveiller les travaux, ça va les occuper à plein temps. Délocalisé, on retrouve l’univers du premier album. Le ton est le même, mais je trouve que c’est plus amusant encore dans cet album. La fraicheur du récit (la plupart des événements sont vus au travers des yeux de Chadia, l’une des enfants – on est dans un récit autobiographique) rend la lecture fluide. Pas mal d’autodérision, un humour très présent (chaque enfant est assez « typé », le père parle un Français approximatif avec un accent à couper au couteau, la mère est toujours hyper active), tout concourt à rendre la lecture agréable. La répartition très sexuée des rôles – et la rebellion relative des femmes (les filles exaspérées de se taper toutes les tâches domestiques, mais aussi la mère, qui semble prendre bien plus que sa part d’autorité dans le ménage) sont aussi intéressantes à observer. Une lecture plaisante donc, le récit étant très bien accompagné par un dessin assez stylisé et simple, plutôt original, mais très lisible. Un chouette album en tout cas. Note réelle 3,5/5.
Famille nombreuse
Je découvre cette auteure avec cet album, dont la lecture est plutôt sympathique. C’est une œuvre autobiographique, dans laquelle l’auteure raconte son enfance (un peu de Riad Sattouf à certains moments), avec sa très nombreuse fratrie et ses parents, immigrés tunisiens installés en France, de la fin des années 1960 au début des années 1980. Le père (au boulot toute la journée) apparait peu, et souvent de façon humoristique, pour se moquer gentiment (mais avec respect) de ses tics, c’est surtout la mère, que côtoyait davantage au quotidien l’auteure, qui est au centre de la vie sociale de l’imposante smala. Une mère des plus dynamiques ! « L’intégration » d’une famille maghrébine dans la France de la fin des Trente glorieuses, mais surtout le regard amusé, décalé, plein d’autodérision d’une gamine, voilà ce qui occupe cet album à l’importante pagination, mais qui se laisse lire agréablement – et relativement rapidement. Le dessin est assez stylisé, mais il est très lisible, original : j’ai bien aimé ce travail graphique, qui accompagne très bien cette chronique familiale vue au travers des yeux d’une gamine pleine de vie (l’album se termine au moment où Chadia finit son école primaire et où il est décidé que pour la première fois la famille ira en vacances au bled, ce qui est l’objet d’un autre album).
Suzette ou le grand amour
Fabien Toulmé est un auteur que je ne connais pas (en tout cas que je n'avais jamais lu), même si les avis sur certaines de ses séries semblent en faire quelqu’un d’intéressant, sur lequel je vais me pencher davantage. Toujours est-il que c’est avec ce « Suzette » que j’entre dans son univers. Et je dois dire que j’en suis sorti un peu déçu. L’album se laisse lire, c’est sûr, mais sans réel enthousiasme. Le dessin est très simple, très peu détaillé (remarque valable pour les personnages et les décors), mais lisible. C’est surtout l’histoire qui ne m’a pas emballé plus que ça. C’est un peu gentil, sans aspérité. Des longueurs aussi. Sans doute affaire de goût (je ne suis sans doute pas le cœur de cible de ce genre de roman graphique), cette déception ne m’empêchera pas d’aller voir les autres séries de l’auteur. Note réelle 2,5/5.
Algues vertes - L'Histoire interdite
Comme mes prédécesseurs avant moi, je loue la somme d'informations et de documentations que procure cette BD. Elle m'a appris beaucoup de choses sur ce sujet polémique des algues vertes, pas polémique dans le sens où on peut douter de leur dangerosité mais polémique dans le sens où le sujet a été dissimilé depuis des années... et polémique éventuellement aussi sur les raisons qui ont poussé à les dissimuler et les personnes qui sont derrière tout ça. S'agissant d'un véritable travail d'investigation journalistique, la somme des documents annexes et des témoignages prouvés soutient avec brio le rapport des faits que les auteurs nous délivrent dans cet album. Cela permet de repousser tous ces doutes que certains ont tenté de maintenir sur la véracité des faits et sur les effets véritables des marées vertes sur la santé animale et humaine. Ce doute est toutefois moins levé quant aux instigateurs de cette étrange omerta qui a plané sur le sujet depuis une trentaine d'années et qui semble encore se maintenir. On comprend bien évidemment que l'agriculture industrielle qui s'est fortement développée en Bretagne aurait fort à perdre si elle devait réduire sa capacité de production et son utilisation d'engrais, et on constate sans hésitation possible la tension que cela crée et que certains essaient de faire pression à l'échelle individuelle ou plus régionale pour que le sujet reste aussi longtemps que possible sous le tapis. Mais pour ce qui est de l'influence manifeste des lobbys et de certains noms de patrons et politiques qui sont directement cités dans l'ouvrage, je n'ai vu dans cette BD que des déductions logiques mais pas les mêmes preuves documentées que pour les autres faits, et ça m'a un peu gêné. Toutefois, même s'il peut planer un certain doute sur la culpabilité réelle de tel ou tel politicien, patron ou préfet, il apparait manifeste que les corporations agricoles, celles qui vendent les engrais et semences OGM aux paysans et les tiennent à leur merci à force de crédits et d'emprunts, sont les premières coupables et que ce sont elles qu'il faudrait combattre, pas seulement pour ce scandale des algues vertes mais aussi pour le joug dans lequel elles maintiennent les quelques exploitants agricoles interviewés dans cet album. Mais cela, l'album le laisse en suspens puisqu'il est avant tout une source d'information et de dénonciation mais que le sujet est loin d'être clos et donc que la BD n'offre malheureusement pas le fin mot de l'histoire. Fort instructive et assez clairement structurée, c'est une bonne BD reportage. Pour autant, c'est une BD que j'ai lue avec intérêt mais sans réelle passion. L'aspect documentaire est très présent et souvent rébarbatif. La structure est plutôt bonne mais j'ai souvent été perdu par ses allers-retours dans le temps, et régulièrement noyé sous la quantité de noms, sigles, associations, compagnies et autres autorités qui composent les éléments de cette enquête au long cours. Quant au dessin, il est tout à fait correct et permet de clarifier certains sujets par l'illustration et la mise en scène de passages qui auraient été trop lourds racontés en texte uniquement, mais il n'est pas très enthousiasmant sur la forme pour ce qui me concerne. Bref, très bonne BD documentaire si vous êtes intéressés par le sujet, mais pas un album qui trônera dans ma bibliothèque à titre personnel.
Sur des airs de Java
Avec ce carnet de chansons graphiques, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. 11 récits à découvrir ou à redécouvrir puisque 8 d’entres eux ont déjà été publiés dans la fameuse revue bretonne casier[s] entre 2012 et 2021. Appréciant le trait délicat et agréable de Gildas Java, je me suis procuré cet album atypique. Bon je vous le dis tout de go j’ai apprécié ces onze morceaux de musique graphique où nous trouvons pêlemêle à la fois récits et poésie, peinture, musique, histoire, amour et philosophie. J’ai pris beaucoup de plaisirs à alterner les univers. On passe ainsi de l’univers cinématographique de Marcel Carné - quai des brumes à San Francisco sans fioriture. L’amour, la tendresse, les rencontres sont le fil rouge de ces récits courts. C’est splendide. On avance à pas feutrés. La partition musicale est jouée sans fausse note. J’aurais bien mis un 4 étoiles sur cet album mais je vais rester sur un 3 étoiles uniquement. Ma note à la baisse s’explique par le prix – 21 euros - pour cet album petit format à la couverture souple. C’est exagéré.
Tomahawk
Bon, ben on va écrire un avis qui sera presque le même qu'à chaque fois avec Patrick Prugne, hein ! C'est bien dessiné, très beau dans les décors, la forêt, les vêtements, les lumières, les animaux, un peu raide dans les postures de personnages, souvent plus figés dans un tableau que se mouvant dans une bande dessinée. Bref, on est dans les habitudes de l'auteur, c'est beau. Maintenant, et comme à chaque fois, le bat blesse sur l'histoire : comme à chaque fois, ça n'est pas mauvais. Nourri de contexte historique, s'attachant à montrer différentes facettes de l'Amérique du XVIIIè, Purgne nous dépeint des relations entre colons et indiens, entre hommes et nature, entre français et anglais. Mais comme à chaque fois, je trouve l'ensemble léger. Le curé m'a paru un peu trop grossier comme personnage, l'intrigue est mince et le final n'est pas à la hauteur, le tout devenant une histoire sympathique et oubliable, dont j'aurais probablement oublié la trame d'ici un an. Et ça m'agace, parce que j'ai l'impression de dire ça à chacune des lectures de l'auteur (Pawnee, Frenchman, Vanikoro ou Canoë Bay m'ont fait le même effet). Donc ouais, à lire pour le dessin, à regarder surtout, mais oubliable encore une fois. Je crois qu'il faudrait vraiment un scénario bon pour que l'une de ses BD me marque …
Les Aventures de Tintin
Difficile d'évaluer une série comme Tintin. Pour nombre de personnes non-lectrices de BD, cette série est quasiment une synecdoque pour désigner la BD en général. Elle est culte, régulièrement adaptée, citée. Moi-même, j'use avec sympathie des merveilleuses expressions du capitaine que sont "marin d'eau douce" et "tonnerre de Brest", et souris quand je vois une personne lire un Tintin dans le train, ou ma sœur se saisir de "L'Île noire" dans la bibliothèque de la maison familiale un soir avant d'aller se coucher. J'ai donc de la sympathie pour cette série, mais crains de trouver ignoble quelques épisodes réactionnaires au possible (les premiers de manière générale). De même, si les aventures parviennent réellement à faire émerger un imaginaire assez incroyable, il faut aussi préciser que l'ensemble, figé et bavard, avance à un rythme bien trop lent pour satisfaire le lecteur d'aujourd'hui. Relire "Le Secret de la Licorne", Les "Bijoux de la Castafiore", est quelque chose qui m'amuserait nostalgiquement et véritablement, mais je n'ai jamais pris la peine de lire les tardivement publiés "Tintin au pays des soviets" et "L'Alph-art" et ne le ferai peut-être jamais. Inégal donc : l'épisode au Congo mérite sans doute 1/5, quelques autres 2/5, la plupart 3/5, les quatre-cinq meilleurs valent 4/5.
L'Homme de la situation
J’ai un ressenti mitigé au sortir de cet album, qui se révèle au final plus surprenant qu’il n’y paraissait au premier abord. Je n’ai pas trouvé extraordinaire le dessin, peu détaillé, un peu maladroit, en tout cas moins accrocheur que sur d’autres albums de la même auteure, comme Goupil ou face (Lou Lubie faisant d’ailleurs du placement de produit, puisque à un moment le personnage principal offre à une ex-amie cet album). Le dessin est lisible, mais pas emballant. Quant à l’histoire, elle part sur un instit, fraichement largué par sa copine, dégoûté par son boulot (le poste qui lui était destiné lui passe sous le nez) et qui, en pleine crise existentielle, va faire la connaissance d’une gamine des rues, puis de sa famille, entrant dans un engrenage qui vire au thriller. Le dernier tiers de l’album est plus surprenant et m’a pris au dépourvu. La résolution m’est apparu un peu « facile », mais en tout cas cette nouvelle orientation a eu le mérite de dynamiser l’intrigue et d’échapper à quelque chose de déjà-vu et de convenu. Une lecture sympathique.
Panthère
Un bel objet (grand format à l’italienne, très belles couleurs, et un traitement graphique des plus originaux), duquel je suis sorti un peu moins enthousiaste que je m’y attendais. L’histoire est assez simple. Une petite fille perd son chat (elle apprend en revenant de l’école que le vétérinaire a dû l’euthanasier car il était gravement malade). Enfermée dans sa chambre, submergée par le chagrin, elle fait alors la connaissance d’une panthère, animal qui change d’aspect, et qui la fait entrer dans un monde presque parallèle : c’est un beau traitement de l’exorcisme de la douleur et du deuil chez une enfant, et un joli conte. J’ai aussi bien aimé que le personnage de la panthère trimbale quelques ambiguïtés, vers le dernier tiers, elle apparait à plusieurs reprises ambivalente, sa gentillesse du départ semblant cacher quelques pensées plus noires. Cette ambiguïté n’est d’ailleurs pas vraiment levée. Mes réserves tiennent en deux points. D’abord ce récit – presque tout public, en tout cas qui peut être lu à un jeune enfant – pêche par certaines longueurs. Ensuite la fin est un peu brutale. Des questions en suspens, certes, mais aussi un sentiment de manque. Mais bon, c’est un album original et intéressant.