14/20.
Sur un sujet analogue et du même scénariste, je préfère de loin cet album à "Caboto". Sans doute parce qu'on est plus vite pris par les aventures de ce Hans, qui sentent l'authenticité. C'est l'histoire d'un Allemand retenu prisonnier pendant plusieurs années dans une tribu cannibale. Ne sachant jamais quand ni à quelle sauce il allait être mangé. Son histoire est réellement sidérante. Zentner restitue bien le mode de pensée d'un homme de cette époque qui, perdu en milieu hostile, s'en remet toujours à dieu. Il y a quelque chose de touchant dans la dévotion un peu "vieillotte" de ce héros.
En soi, l'idée de mélanger les gravures d'époques (sorte de bd d'avant l'heure) et la bd est une bonne idée. Ce qui me convainc moins, c'est l'abondance des textes récitatifs. J'aurais aimé vivre ce récit plus au présent. Dès le début, on sait que cet homme s'en sortira. Raconté sans flash-back et avec moins de récitatifs, cette histoire aurait peut-être été vécue avec plus d'intensité encore. Il aurait peut-être fallu plus de place aussi, plus que 46 planches pour mieux connaître les individus de la tribu, ici, on ne fait que les croiser sans prendre vraiment la peine de mieux les connaître.
Le dessin est beau. Je préfère le Pellejero de « Un peu de fumée bleue », lorsqu’il utilise de gros traits, mais ici cela ne manque ni d’élégance, ni de charme. Et quelles couleurs! C’est vraiment un vrai régal.
Bon alors, je vais pas faire court… Désolé mais cette bd mérite qu’on en fasse une tartine.
Je vais commencer par donner un avis traditionnel : tout d’abord le scénario. C’est du Jean Van Hamme du meilleur cru. Il fait preuve d’un sens particulièrement aigu de la dramaturgie. Surtout dans les deux premiers albums constitués de courtes histoires (pratiquement indépendantes) d’une quinzaine de pages chacune. C’est très carré et super efficace, en quinze page, Van Hamme présente chaque fois un personnage pris dans la tourmente, avec une dramaturgie toujours complète : intro, développement, conclusion. C’est criant de maîtrise et de concision, y’a beaucoup de scénaristes qui vous auraient fait chaque fois un album entier avec les idées qu’il y a dans chacune de ces histoires. Van Hamme a décidé de faire court et son savoir-faire narratif en matière d’ellipse et de rythme est éclatant.
Le dessin est moins captivant. Même si la mise en scène est plutôt bien faite, toutes les cases n’ont pas été faites avec le même soin et les couleurs ne sont pas toujours bien choisies. Griffo a fait mieux depuis. Mais cela se lit très bien, et captivé par le scénario, on passe vite outre les quelques défauts de ce dessin.
J’en viens maintenant au fond de l’histoire, son sujet très complexe. Dans les deux premiers tomes, on a surtout la sensation d’avoir à faire à une bd qui épingle les excès d’une société imaginaire très bureaucratique. Sans conteste, Van Hamme met en exergue ici sa crainte de la bureaucratie et sans doute la peur que lui inspirent les régimes soviétiques et ses satellites. (Pour rappel c’est une bd des années 80, avant la chute du mur). Il montre bien la manière dont une société, au nom de la collectivité et du « bonheur » pour tous, peut complètement annihiler les libertés individuelles. Jusque là, on a affaire à une bd d’inspiration vaguement Kafkaïenne qui s’inscrit dans les critiques habituelles que faisait les gens de droite (surtout) mais parfois les gens de gauche (plus rarement, les socialistes et les communistes ont toujours eu du mal à se situer) envers les bureaucraties de l'Est.
Jusque là, même si le sujet est éminament politique, difficile de classer "SOS bonheur" comme une bd de droite ou de gauche, tout ce que l’on sait c’est que c’est une bd anticommuniste…
Puis arrive le troisième tome qui redistribue les cartes d’une manière toute particulière. Même si je trouve ce troisième tome un peu moins réussi que les deux premiers, je trouve qu’il amène la série à un niveau de réflexion supérieur, malgré certaines maladresses.
Bon, à partir d'ici, ceux qui ne veulent pas connaître la fin feraient mieux de ne pas lire ce qui suit...
Ce troisième tome porte en dérision les tentatives révolutionnaristes. Dans le sens où il montre bien qu’une révolution porte en elle déjà les germes de la révolution suivante. Marx ne disait pas autre chose (même s’il croyait que la révolution prolétarienne serait l’ultime révolution, la révolution parfaite). Mais ce que nous dit en plus Van Hamme, c’est que quoi qu'on fasse, et les révolutions n’y changent rien, le nerf de la guerre, le vrai maître reste l’argent, encore et toujours…
Et là, on sent poindre l’homme de droite et son prétendu « réalisme ». Et là, ça me plait moins. C’est en fait un message assez pessimiste que nous transmet Van Hamme et ce qui ne plait pas vraiment c’est le caractère un peu irrémédiable de la chose.
Et c’est sans doute face au monde actuel que cette bd a déjà vieilli. Parce que Van Hamme présente les choses comme si n'existaient que deux choix : l’acceptation ou la révolution. Entre ces deux options, pas d’intermédiaires, pas d’entre-deux. Une société produit toujours des exclus, quoi qu’on fasse et il faut bien l’accepter. Ce qui m’embête dans ce type de message, qui annihile toute idéologie, c’est que, non seulement il ne laisse pas d’espoir mais n’évoque même pas la possibilité de changement SANS révolution.
Van Hamme ne dit pas qu’on peut être contre le néo-libéralisme sans être communiste ou anti-capitaliste, pour lui, cette position n’existe pas. Or c’est celle de la plupart des alter mondialistes d’aujourd’hui. Tout système à des côtés pervers et des exclus, ok, mais cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de moyens de lutter contre ces effets pervers sans pour autant provoquer une révolution. L’évolution, ça existe aussi. Un système est toujours perfectible. Et Van Hamme sur ces questions est loin d’être un progressiste (mais on le savait déjà).
Voilà, pour moi, c’est cette perspective qui manque à cette bd, malgré toutes ses qualités. Je n’en veux pas spécialement aux auteurs. Je suis sûr que Van Hamme, s’il devait refaire cette bd aujourd’hui, ferait quelque chose de plus actualisé et de plus complet. Mais il ne faut pas se leurrer, c’est un gars de droite, et je ne crois pas que j’aurais été de toute façon d’accord avec lui.
Alors voilà, c’est cette petite divergence idéologique qui explique mon trois étoiles. Mais cela n’a pas gâché mon plaisir pour autant.
Dans la veine de "Donjon Crépuscule", l’époque « Zénith » m’est apparue paradoxalement moins comique. Peut-être l’effet de surprise en moins peut-il expliquer cette constatation. Toujours est-il que les deux premiers tomes de Zénith sont agréables à lire, avec une préférence personnelle pour le tome 2. Trondheim laisse à Walter le soin de mettre en couleurs et c’est plus gai, plus lumineux, bref, c’est mieux que sur le premier tome.
Les scènes sont amusantes et le scénario fourmille de détails et d’éléments vraiment intéressants, mais le ton adopté et les dialogues font pâle figure. Je n’ai pas retrouvé le décalage des deux premiers tomes de Crépuscule qui m’avait fait vraiment rire.
Deux premiers tomes qui se lisent avec plaisir mais qui m’ont laissé sur ma faim au niveau du comique, avec des scènes qui auraient mérité une verve plus délirante que celle-ci bien trop timide, et conventionnelle.
Heureusement les deux tomes suivants sont plus riches et m'ont nettement plus intéressé. Il faut aussi dire une fois de plus que l'intérêt de Donjon est intimement lié à la lecture de toutes les séries sous jacentes. Il faut s'approprier les personnages et les époques, les destins (ah ! ah!) des uns et des autres pour pleinement apprécier l'univers Donjon.
T2 : Les 110 Commandements
Des strips de qualité inégale, mais qui peuvent finir par être répétitifs. Autour d’une idée intéressante, l’auteur semble parfois vouloir en faire trop.
Ce guide du « parfait faux cul » s’appuie toutefois sur des dessins très expressifs, caricaturaux et gais, agréables à l’œil.
Certains strips sont franchement très réussis, et atteignent le but pour lequel ils ont été faits : faire marrer le lecteur.
D’autres sont plus discrets mais surtout l’impression de tourner en rond se fait trop vite ressentir. Les mêmes idées sont exploitées jusqu’à la corde, réutilisées plusieurs fois, démontrant que l’auteur a du mal à renouveler son concept. A découvrir malgré tout pour certaines scènes vraiment réussies.
Cette bande dessinée est distrayante, drôle mais pas hilarante non plus. Ca délasse. Les enfants aiment bien ce genre d'histoires qui tournent souvent à la loufoquerie.
Si vous avez un voisin sans gêne et insupportable, vous apprécierez d'autant plus cette série ...
La série a été créée par Maurice Tillieux (scénario) et Francis (dessins). A la mort de Maurice Tillieux (1978), elle est continuée par Francis seul. Quelques épisodes (je n'ai pas réussi à identifier lesquels) ont été écrits par Maric.
Derib, dessinateur de Buddy Longway et Yakari, se reposait en dessinant ces petites histoires pas si gentillettes qu'elles en ont l'air (à partir de 1967). Le clone Didgé reprendra le dessin pour un ultime album en 1987.
Le dessin, fort agréable, sert efficacement un scénario qui nous met dans les pas de ce chien savant. Peu naïf, bien maîtrisé, c'était une curiosité dans la production "semi-enfantine" des Editions Dupuis de l'époque.
L'objectif d'Yves Swolfs en écrivant cette histoire était de raconter l'épisode sanglant du massacre de Wounded Knee où Bigfoot et 350 Sioux sont sauvagement exterminés le 29 décembre 1890. Pour "emballer" son récit, il a emmené le lecteur sur les traces de Lewis Kayne et de Armand Lebon. Ce dernier est probablement le personnage le plus proche de nous : il voit ce qui se déroule devant lui avec les yeux d'un européen plongé dans un univers qui lui est inconnu. Le scénariste a très intelligemment travaillé en mêlant Histoire et fiction.
Si le scénario est très intéressant (Swolfs vient d'ailleurs de le céder à Marc Rénier), le dessin est un ton en-dessous. Lors de ses débuts, Marc Rénier était un dessinateur prometteur, spécialisé dans les récits historiques. En vieillissant, son trait me semble curieusement moins précis, peu adapté à l'exigence du scénario de Swolfs, ce qui explique mon 3/5...
Civiello est très fort, y a pas à tortiller même si à la manière d'un Sorel ou d'un Liberge on est parfois presque plus dans l'illustration que dans la bande dessinée. Mais pourquoi diable tout est-il si sombre ? Je suis sûr que le soleil brille également en héroïc fantasy ! Ceci dit, comparé à "la graine de folie", c'est un glacier sous la neige niveau luminosité ! On progresse...
La bonne idée qu'a eu Civiello (peut-être n'avait-il pas le choix ?), c'est de s'adjoindre un vrai scénariste, un peu trop gavé de Tolkien au petit déjeuner certes, mais non dépourvu d'une certaine rigueur, ce qui pour la progression d'une histoire n'est pas inutile. On ne peut pas non plus dire que Mosdi réinvente l'HF, mais il arrive à capter notre attention assez facilement. A suivre avec intérêt.
L'institut Pacôme, créé au hasard de rencontres avec de jeunes auteurs de la revue découpages, édite leurs travaux.
Travaux assez confidentiels (même sur Strasbourg où il est situé je n'avais jamais vu un seul de ces livres), d'auteurs indéniablement jeunes (L.Alex est étudiant en Arts-Déco), mais intéressants.
Intéressant, "Milady" l'est tout d'abord par son format original (Gyromitre excellent, 14,5 x 10 cm, format italienne), par sa couverture cartonnée aux couleurs qui se démarquent bien, par son dessin très particulier (voir la couverture) et bien maîtrisé, et enfin par son histoire, digne d'un très bon fanzine.
Cette histoire se veut en effet basée sur des principes shakespeariens, pour le côté drame, pour le sujet qui y puise de nombreux éléments de décors, de personnages, de scénarios. Autre source d'inspiration, Les Trois mousquetaires. Le tout donne un résultat sympathique : certes loin d'être exceptionnel, je n'ai cependant pas pu ne pas m'intéresser à l'histoire...
Le dessin y est peut-être pour quelque chose. S'il n'est pas encore extrêmement mature, on sent pourtant bien que l'auteur n'en est pas à son coup d'essai et qu'il commence à bien maîtriser sa façon de dessiner. Les personnages animaliers auraient tendance à me rappeler ceux de "Donjon", les gardes en particulier.
Il y a quand même quelques défauts, comme le tout début qui fait un peu trop cinéma dans le découpage, et quelques coquilles et fautes d'orthographe par-ci par-là.
"Milady" est le tome 2. Un tome 3 sortira peut-être, ainsi qu'ultérieurement un éventuel tome 1, antérieur au tome 2.
En tout cas je suis plutôt agréablement surpris d'avoir découvert cet éditeur, et de voir que les "jeunes talents" sont ainsi encouragés. :)
Oulala, la majorité des avis postés ci-dessous, pour la plupart se tenant en 3 lignes, ne sont pas développés. Pour preuve : "whahaha... encore une production soleil toute pourrie", "Vous voulez une bd moisie..La voila", "ah ah ah c tellement plus que médiocre que je me rappelle presque plus de koi" ou encore "Brrrrr quel nom pour un dessinateur ? ça fait pas très sérieux, mais bon...". J'ai vraiment l'impression d'assister au lynchage d'une bd, peut-être justifié (quoique ?), mais nullement motivé par les posteurs et c'est ce dernier point qui me gène.
En ce qui me concerne, j'ai lu le tome 1 et je dois dire que le scénario tient la route, Brémaud assurant l'essentiel : un brin d'humour, un brin d'action et un brin de suspens. Bon, c'est vrai que, par rapport aux productions actuelles de Sieur Brr, on peut être déçu par une histoire moins travaillée, trop linéaire et trop vite lue. Mais les clins d'oeil sont là (Astérix), ce qui montre que cet album est à prendre au second degré ! Le dessin est correct, pas transcendant mais pas médiocre pour autant. La mise en couleur, un peu flashie, n'atteint pas le niveau de Marlysa et c'est tant mieux !
Bref, un album vite lu mais distrayant et dont la suite donne envie d'être lue. L'achat n'est pas une nécessité selon moi, préférant les productions actuelles de Brémaud, plus abouties et mieux ficelées.
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Le Captif
14/20. Sur un sujet analogue et du même scénariste, je préfère de loin cet album à "Caboto". Sans doute parce qu'on est plus vite pris par les aventures de ce Hans, qui sentent l'authenticité. C'est l'histoire d'un Allemand retenu prisonnier pendant plusieurs années dans une tribu cannibale. Ne sachant jamais quand ni à quelle sauce il allait être mangé. Son histoire est réellement sidérante. Zentner restitue bien le mode de pensée d'un homme de cette époque qui, perdu en milieu hostile, s'en remet toujours à dieu. Il y a quelque chose de touchant dans la dévotion un peu "vieillotte" de ce héros. En soi, l'idée de mélanger les gravures d'époques (sorte de bd d'avant l'heure) et la bd est une bonne idée. Ce qui me convainc moins, c'est l'abondance des textes récitatifs. J'aurais aimé vivre ce récit plus au présent. Dès le début, on sait que cet homme s'en sortira. Raconté sans flash-back et avec moins de récitatifs, cette histoire aurait peut-être été vécue avec plus d'intensité encore. Il aurait peut-être fallu plus de place aussi, plus que 46 planches pour mieux connaître les individus de la tribu, ici, on ne fait que les croiser sans prendre vraiment la peine de mieux les connaître. Le dessin est beau. Je préfère le Pellejero de « Un peu de fumée bleue », lorsqu’il utilise de gros traits, mais ici cela ne manque ni d’élégance, ni de charme. Et quelles couleurs! C’est vraiment un vrai régal.
S.O.S. Bonheur
Bon alors, je vais pas faire court… Désolé mais cette bd mérite qu’on en fasse une tartine. Je vais commencer par donner un avis traditionnel : tout d’abord le scénario. C’est du Jean Van Hamme du meilleur cru. Il fait preuve d’un sens particulièrement aigu de la dramaturgie. Surtout dans les deux premiers albums constitués de courtes histoires (pratiquement indépendantes) d’une quinzaine de pages chacune. C’est très carré et super efficace, en quinze page, Van Hamme présente chaque fois un personnage pris dans la tourmente, avec une dramaturgie toujours complète : intro, développement, conclusion. C’est criant de maîtrise et de concision, y’a beaucoup de scénaristes qui vous auraient fait chaque fois un album entier avec les idées qu’il y a dans chacune de ces histoires. Van Hamme a décidé de faire court et son savoir-faire narratif en matière d’ellipse et de rythme est éclatant. Le dessin est moins captivant. Même si la mise en scène est plutôt bien faite, toutes les cases n’ont pas été faites avec le même soin et les couleurs ne sont pas toujours bien choisies. Griffo a fait mieux depuis. Mais cela se lit très bien, et captivé par le scénario, on passe vite outre les quelques défauts de ce dessin. J’en viens maintenant au fond de l’histoire, son sujet très complexe. Dans les deux premiers tomes, on a surtout la sensation d’avoir à faire à une bd qui épingle les excès d’une société imaginaire très bureaucratique. Sans conteste, Van Hamme met en exergue ici sa crainte de la bureaucratie et sans doute la peur que lui inspirent les régimes soviétiques et ses satellites. (Pour rappel c’est une bd des années 80, avant la chute du mur). Il montre bien la manière dont une société, au nom de la collectivité et du « bonheur » pour tous, peut complètement annihiler les libertés individuelles. Jusque là, on a affaire à une bd d’inspiration vaguement Kafkaïenne qui s’inscrit dans les critiques habituelles que faisait les gens de droite (surtout) mais parfois les gens de gauche (plus rarement, les socialistes et les communistes ont toujours eu du mal à se situer) envers les bureaucraties de l'Est. Jusque là, même si le sujet est éminament politique, difficile de classer "SOS bonheur" comme une bd de droite ou de gauche, tout ce que l’on sait c’est que c’est une bd anticommuniste… Puis arrive le troisième tome qui redistribue les cartes d’une manière toute particulière. Même si je trouve ce troisième tome un peu moins réussi que les deux premiers, je trouve qu’il amène la série à un niveau de réflexion supérieur, malgré certaines maladresses. Bon, à partir d'ici, ceux qui ne veulent pas connaître la fin feraient mieux de ne pas lire ce qui suit... Ce troisième tome porte en dérision les tentatives révolutionnaristes. Dans le sens où il montre bien qu’une révolution porte en elle déjà les germes de la révolution suivante. Marx ne disait pas autre chose (même s’il croyait que la révolution prolétarienne serait l’ultime révolution, la révolution parfaite). Mais ce que nous dit en plus Van Hamme, c’est que quoi qu'on fasse, et les révolutions n’y changent rien, le nerf de la guerre, le vrai maître reste l’argent, encore et toujours… Et là, on sent poindre l’homme de droite et son prétendu « réalisme ». Et là, ça me plait moins. C’est en fait un message assez pessimiste que nous transmet Van Hamme et ce qui ne plait pas vraiment c’est le caractère un peu irrémédiable de la chose. Et c’est sans doute face au monde actuel que cette bd a déjà vieilli. Parce que Van Hamme présente les choses comme si n'existaient que deux choix : l’acceptation ou la révolution. Entre ces deux options, pas d’intermédiaires, pas d’entre-deux. Une société produit toujours des exclus, quoi qu’on fasse et il faut bien l’accepter. Ce qui m’embête dans ce type de message, qui annihile toute idéologie, c’est que, non seulement il ne laisse pas d’espoir mais n’évoque même pas la possibilité de changement SANS révolution. Van Hamme ne dit pas qu’on peut être contre le néo-libéralisme sans être communiste ou anti-capitaliste, pour lui, cette position n’existe pas. Or c’est celle de la plupart des alter mondialistes d’aujourd’hui. Tout système à des côtés pervers et des exclus, ok, mais cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de moyens de lutter contre ces effets pervers sans pour autant provoquer une révolution. L’évolution, ça existe aussi. Un système est toujours perfectible. Et Van Hamme sur ces questions est loin d’être un progressiste (mais on le savait déjà). Voilà, pour moi, c’est cette perspective qui manque à cette bd, malgré toutes ses qualités. Je n’en veux pas spécialement aux auteurs. Je suis sûr que Van Hamme, s’il devait refaire cette bd aujourd’hui, ferait quelque chose de plus actualisé et de plus complet. Mais il ne faut pas se leurrer, c’est un gars de droite, et je ne crois pas que j’aurais été de toute façon d’accord avec lui. Alors voilà, c’est cette petite divergence idéologique qui explique mon trois étoiles. Mais cela n’a pas gâché mon plaisir pour autant.
Donjon Zenith
Dans la veine de "Donjon Crépuscule", l’époque « Zénith » m’est apparue paradoxalement moins comique. Peut-être l’effet de surprise en moins peut-il expliquer cette constatation. Toujours est-il que les deux premiers tomes de Zénith sont agréables à lire, avec une préférence personnelle pour le tome 2. Trondheim laisse à Walter le soin de mettre en couleurs et c’est plus gai, plus lumineux, bref, c’est mieux que sur le premier tome. Les scènes sont amusantes et le scénario fourmille de détails et d’éléments vraiment intéressants, mais le ton adopté et les dialogues font pâle figure. Je n’ai pas retrouvé le décalage des deux premiers tomes de Crépuscule qui m’avait fait vraiment rire. Deux premiers tomes qui se lisent avec plaisir mais qui m’ont laissé sur ma faim au niveau du comique, avec des scènes qui auraient mérité une verve plus délirante que celle-ci bien trop timide, et conventionnelle. Heureusement les deux tomes suivants sont plus riches et m'ont nettement plus intéressé. Il faut aussi dire une fois de plus que l'intérêt de Donjon est intimement lié à la lecture de toutes les séries sous jacentes. Il faut s'approprier les personnages et les époques, les destins (ah ! ah!) des uns et des autres pour pleinement apprécier l'univers Donjon.
Focu
T2 : Les 110 Commandements Des strips de qualité inégale, mais qui peuvent finir par être répétitifs. Autour d’une idée intéressante, l’auteur semble parfois vouloir en faire trop. Ce guide du « parfait faux cul » s’appuie toutefois sur des dessins très expressifs, caricaturaux et gais, agréables à l’œil. Certains strips sont franchement très réussis, et atteignent le but pour lequel ils ont été faits : faire marrer le lecteur. D’autres sont plus discrets mais surtout l’impression de tourner en rond se fait trop vite ressentir. Les mêmes idées sont exploitées jusqu’à la corde, réutilisées plusieurs fois, démontrant que l’auteur a du mal à renouveler son concept. A découvrir malgré tout pour certaines scènes vraiment réussies.
Marc Lebut et son voisin
Cette bande dessinée est distrayante, drôle mais pas hilarante non plus. Ca délasse. Les enfants aiment bien ce genre d'histoires qui tournent souvent à la loufoquerie. Si vous avez un voisin sans gêne et insupportable, vous apprécierez d'autant plus cette série ... La série a été créée par Maurice Tillieux (scénario) et Francis (dessins). A la mort de Maurice Tillieux (1978), elle est continuée par Francis seul. Quelques épisodes (je n'ai pas réussi à identifier lesquels) ont été écrits par Maric.
Attila
Derib, dessinateur de Buddy Longway et Yakari, se reposait en dessinant ces petites histoires pas si gentillettes qu'elles en ont l'air (à partir de 1967). Le clone Didgé reprendra le dessin pour un ultime album en 1987. Le dessin, fort agréable, sert efficacement un scénario qui nous met dans les pas de ce chien savant. Peu naïf, bien maîtrisé, c'était une curiosité dans la production "semi-enfantine" des Editions Dupuis de l'époque.
Black Hills
L'objectif d'Yves Swolfs en écrivant cette histoire était de raconter l'épisode sanglant du massacre de Wounded Knee où Bigfoot et 350 Sioux sont sauvagement exterminés le 29 décembre 1890. Pour "emballer" son récit, il a emmené le lecteur sur les traces de Lewis Kayne et de Armand Lebon. Ce dernier est probablement le personnage le plus proche de nous : il voit ce qui se déroule devant lui avec les yeux d'un européen plongé dans un univers qui lui est inconnu. Le scénariste a très intelligemment travaillé en mêlant Histoire et fiction. Si le scénario est très intéressant (Swolfs vient d'ailleurs de le céder à Marc Rénier), le dessin est un ton en-dessous. Lors de ses débuts, Marc Rénier était un dessinateur prometteur, spécialisé dans les récits historiques. En vieillissant, son trait me semble curieusement moins précis, peu adapté à l'exigence du scénario de Swolfs, ce qui explique mon 3/5...
Korrigans
Civiello est très fort, y a pas à tortiller même si à la manière d'un Sorel ou d'un Liberge on est parfois presque plus dans l'illustration que dans la bande dessinée. Mais pourquoi diable tout est-il si sombre ? Je suis sûr que le soleil brille également en héroïc fantasy ! Ceci dit, comparé à "la graine de folie", c'est un glacier sous la neige niveau luminosité ! On progresse... La bonne idée qu'a eu Civiello (peut-être n'avait-il pas le choix ?), c'est de s'adjoindre un vrai scénariste, un peu trop gavé de Tolkien au petit déjeuner certes, mais non dépourvu d'une certaine rigueur, ce qui pour la progression d'une histoire n'est pas inutile. On ne peut pas non plus dire que Mosdi réinvente l'HF, mais il arrive à capter notre attention assez facilement. A suivre avec intérêt.
Les Aventuriers de la Basse-cour - Milady
L'institut Pacôme, créé au hasard de rencontres avec de jeunes auteurs de la revue découpages, édite leurs travaux. Travaux assez confidentiels (même sur Strasbourg où il est situé je n'avais jamais vu un seul de ces livres), d'auteurs indéniablement jeunes (L.Alex est étudiant en Arts-Déco), mais intéressants. Intéressant, "Milady" l'est tout d'abord par son format original (Gyromitre excellent, 14,5 x 10 cm, format italienne), par sa couverture cartonnée aux couleurs qui se démarquent bien, par son dessin très particulier (voir la couverture) et bien maîtrisé, et enfin par son histoire, digne d'un très bon fanzine. Cette histoire se veut en effet basée sur des principes shakespeariens, pour le côté drame, pour le sujet qui y puise de nombreux éléments de décors, de personnages, de scénarios. Autre source d'inspiration, Les Trois mousquetaires. Le tout donne un résultat sympathique : certes loin d'être exceptionnel, je n'ai cependant pas pu ne pas m'intéresser à l'histoire... Le dessin y est peut-être pour quelque chose. S'il n'est pas encore extrêmement mature, on sent pourtant bien que l'auteur n'en est pas à son coup d'essai et qu'il commence à bien maîtriser sa façon de dessiner. Les personnages animaliers auraient tendance à me rappeler ceux de "Donjon", les gardes en particulier. Il y a quand même quelques défauts, comme le tout début qui fait un peu trop cinéma dans le découpage, et quelques coquilles et fautes d'orthographe par-ci par-là. "Milady" est le tome 2. Un tome 3 sortira peut-être, ainsi qu'ultérieurement un éventuel tome 1, antérieur au tome 2. En tout cas je suis plutôt agréablement surpris d'avoir découvert cet éditeur, et de voir que les "jeunes talents" sont ainsi encouragés. :)
Coeur de royaume
Oulala, la majorité des avis postés ci-dessous, pour la plupart se tenant en 3 lignes, ne sont pas développés. Pour preuve : "whahaha... encore une production soleil toute pourrie", "Vous voulez une bd moisie..La voila", "ah ah ah c tellement plus que médiocre que je me rappelle presque plus de koi" ou encore "Brrrrr quel nom pour un dessinateur ? ça fait pas très sérieux, mais bon...". J'ai vraiment l'impression d'assister au lynchage d'une bd, peut-être justifié (quoique ?), mais nullement motivé par les posteurs et c'est ce dernier point qui me gène. En ce qui me concerne, j'ai lu le tome 1 et je dois dire que le scénario tient la route, Brémaud assurant l'essentiel : un brin d'humour, un brin d'action et un brin de suspens. Bon, c'est vrai que, par rapport aux productions actuelles de Sieur Brr, on peut être déçu par une histoire moins travaillée, trop linéaire et trop vite lue. Mais les clins d'oeil sont là (Astérix), ce qui montre que cet album est à prendre au second degré ! Le dessin est correct, pas transcendant mais pas médiocre pour autant. La mise en couleur, un peu flashie, n'atteint pas le niveau de Marlysa et c'est tant mieux ! Bref, un album vite lu mais distrayant et dont la suite donne envie d'être lue. L'achat n'est pas une nécessité selon moi, préférant les productions actuelles de Brémaud, plus abouties et mieux ficelées.