Traiter d’un sujet aussi important, dense en 44 pages est une gageure et, disons-le tout de suite, un pari impossible à vraiment gagner. C’est donc la principale limite de cet album, aux intentions louables, mais qui du coup ne fait souvent que présenter une succession – très dense – d’actions, de personnages, des premières actions de résistance jusqu’à la Libération.
Néanmoins la lecture est intéressante, et n’est pas trop « édifiante ». Elle met en valeur des personnes héroïques, issus de toutes les catégories de la population, en se centrant sur certaines d’entre-elles, comme le couple « Aubrac », Jean Moulin, Henri Frenay et Serge Ravanel, qui tous ont joué un rôle majeur dans la naissance, la structuration et la réussite de la résistance.
Tout est très documenté, et donne quand même à voir, même rapidement, la réalité et les dangers de ces actions. La réaction de de Gaulle lorsqu’il rencontre ces résistants lors de la Libération ne le grandit pas – même si elle est là aussi conforme à la réalité (c’est sans doute le point le moins connu révélé par cet album).
Un hommage un peu engoncé dans un trop petit nombre de pages. Mais ces hommes et ces femmes méritent qu’on s’attache à leur courage.
Cette série me semble plutôt destinée à un public assez jeune comme une porte d'entrée à la connaissance au génocide Juif. Les lecteurs de ma génération n'y apprendront pas grand-chose de plus, même si je ne connaissais pas l'épisode du camp des familles tchèques.
Le récit est très fluide et s'attache aux principales étapes de l'horreur du camp : l'arrivée et la séparation des familles, la sélection immédiate des "plus faibles", la vie dans un baraquement et l'horreur d'une chambre à gaz.
Le rythme est rapide, comme une réponse aux ordres inhumains des officiers SS qui empêchaient de penser. Bien que ce soit une fiction l'ensemble des faits proviennent de témoignages.
C'est d'ailleurs cette rapidité dans la narration qui me taquine le plus. En effet, un roman de fiction documentaire issu du témoignage d'une victime (Primo Levi) ou d'un bourreau ("La mort est mon métier") donne le temps de s'approprier de façon plus marquée la lenteur du temps qui passe et des souffrances que ce temps porte.
Si cet album ouvre une porte au devoir de mémoire pour un public nouveau c'est une bonne chose mais je trouverais dommage d'en rester là.
Il en va de même pour le graphisme ; Croci choisit une ambiance intemporelle noyée dans une brume qui efface les détails. Cela limite l'action à un petit périmètre où la dureté et la diversité du travail n'est pas très approfondie. De même l'influence du climat n'est pas évoqué.
Par contre j'ai aimé le choix des visages qui tendent tous à l'uniformité des victimes à cause des maladies, de l'angoisse, de la sous nutrition et de la fatigue. Mais il y a aussi une uniformité des bourreaux due à leur haine.
Un ouvrage que je conseillerais aux collégiens pour une approche exacte mais rapide de la Shoah.
Attention !! Même s’il n’y a pas de scènes de sexe à proprement parlé, ce manga est bien pour public averti.
C’est à l’occasion du visionnage d’un documentaire « Planète Kinbaku » que ce manga m’est revenu en mémoire. Je l’avais découvert il y a quelques années en lisant grossi modo une dizaine de tomes.
Mais qu’est-ce que le Kinbaku ?
Autrefois, cette pratique guerrière était destinée à neutraliser les prisonniers faits par les samourais. À partir du XVIIème siècle, elle devient l'objet de pratiques amoureuses. Cet art de ficeler en général, avec une ceinture de Kimono ou une ficelle de paquet cadeau par exemple, recèle en lui une dimension érotique. Au Japon, le Kinbaku représente une forme de l'amour ultime.
Voilà fin de la parenthèse didactique et merci Wikipedia. Plus vulgairement, on pourrait simplement parler de bondage japonais.
Vous l’aurez compris ce manga est une sorte d’ode à cette pratique, mais va aussi plus loin niveau SM, en mettant en scène de nombreuses situations (consenties heureusement) Maitre/esclaves.
Ce style de pratique n’est pas du tout ma came, je me rappelle être tomber sur ce manga juste car c’était un ecchi, mais je dois avouer que ça passe plutôt bien dans le cas présent, enfin disons surtout que c’est bien plus réussi que les albums de Crepax dans le genre.
Bon j’avais finis par me lasser en cours de route (toujours ce côté surenchère) mais j’ai trouvé les personnages assez attachants, voir touchants. En fait la relation Kaoru/Nana fonctionne bien, malgré leur pratique on ressent bien leur sentiment et, ça peut faire sourire, leur humanité. Même s’il y a de nombreux personnages annexes, le couple reste au centre de l’histoire, cette dernière étant tout simplement une rom.com un rien chelou.
Je pense que ça aurait mériter d’être plus court, comme dit plus haut j’ai lâché à la moitié, ça part dans des délires « moins intimes », trop de personnages commencent à se greffer avec ce sentiment d’overdose qui pointe. Cependant j’ai plutôt été agréablement surpris de la partie lue, spéciale mais bien faite et différente de mes habitudes.
Bon lecture anecdotique et hot (stickers interdit - 18 affiché) mais que j’ai trouvé assez réussi pour le genre BDSM, peut être même une référence ?.
Je suis un peu surpris que 70 ans après les faits, des séries reprennent des situations qui ont été de si nombreuses fois visitées.
Le scénario de Gerard Cousseau n'est pas déplaisant et se laisse lire avec fluidité mais il n'apporte rien d'original à cette période de l'Occupation.
Cela ressemble à une piqûre de rappel pour les jeunes générations sur les horreurs de la guerre même quand on se sent plus ou moins préserver.
Un petit village Breton à l'écart des routes des combats jusqu'au débarquement où les troupes allemandes convergeaient vers la Normandie.
Cousseau travaille parfaitement sur les contrastes d'une ambiance champêtre paisible et la brutalité des exactions commises par les SS et leurs sbires d'une milice qui rappelle la sinistre Carlingue de Lafont et Bony.
Les auteurs évitent le voyeurisme mais n'édulcorent pas la violence gratuite de certaines situations (viol ou torture). C'est juste bien pesé pour rendre le récit accessible à un public ado un peu averti.
La narration évite le manichéisme en présentant certains soldats allemands assez sympas. De même les auteurs finissent par les notions de vengeance et de justice afin de faire réfléchir un public jeune.
C'est bien amené et cela mérite un retour sur la lecture.
J'ai trouvé le graphisme de Cuvillier vraiment excellent. Ses peintures presque impressionnistes des scènes de campagne autour des parties de chasse de Jules amplifie le contraste avec les scènes plus réalistes des interrogatoires ou exécutions sommaires. C'est très différent de mes lectures précédentes et très réussi.
La mise en couleur suit le rythme du récit en passant de couleurs vives et luxuriantes à une ambiance bien plus sombre au fil du récit.
Une belle lecture pas très originale pour un lecteur de ma génération mais accessible et conseillée pour des ados. Un graphisme très plaisant la tire vers le haut.
Cette BD est étonnante de surprises. Déjà dans le scénario, qui est à la fois sombre et prenant. Ce groupe post-mortem qui tente de se trouver le guitariste de rêve et tente de le pousser au suicide afin de ne pas l'envoyer en enfer commence sur un pitch bien noir. Et cette impression est vite renforcée lorsqu'on verra les circonstances ayant amené chaque membre du groupe à se suicider.
Disons que ça commence de façon noire et que ça bascule vers le charbon. Les trois musiciens ne vont pas s'entendre sur la marche à suivre, surtout entrainé par le leader du groupe, ex-dessinateur n'ayant jamais été publié. On sent que l'auteur veut parler de désespoir d'une partie de la jeunesse chinoise, confrontée à différentes problématiques. Notamment dans le monde artistique, dont on voit plusieurs travers.
La Bd est aussi une déclaration d'amour à la musique, dont les protagonistes sont fans. Ils se retrouvent dans cette envie d'en faire, eux qui viennent tous d'horizons différents. Et j'aime bien la façon dont tout ces sujets s'entrelacent pour arriver à une conclusion qui semble plus sonner comme un départ. J'y vois surtout une idée bouddhiste d'un retour éternel, avec une volonté d'aller vers le mieux. C'est une conclusion qui peut surprendre pour les européens mais qui me semble justifiée ici.
Maintenant, je dois dire que si le dessin est parfois sympathique, il n'est pas toujours clair et lisible. Plusieurs passages sont assez confus lors de la lecture, je trouve. Et il y a aussi la question du scénario qui me semble parfois pêcher par volonté de tout faire en même temps. Peut-être aurait-il mieux valu d'avoir un peu moins de sujets plus développés ou alors quelques pages en plus pour développer certaines choses (notamment le milieu musical un peu trop survolé).
Dans l'ensemble, le diptyque est étonnant et franchement sympathique à lire. Le propos est étonnant, je suis assez surpris que si peu de gens l'ai lus.
Ramon Hill est un écrivain à succès qui ne manque de rien tant du point de vue matériel (grande maison, belle voiture, etc.) que familial avec son épouse, Margot, et ses deux enfants, Johanna et James. Mais une fois le vernis gratté, la réalité est toute autre : depuis plusieurs mois, en panne d’inspiration, il n'arrive plus à avancer sur son dernier livre et sa femme est de plus en plus distante. Margot lui suggère alors un séjour sans les enfants à la montagne dans le chalet de sa famille, isolé au milieu des forêts. Il pourra ainsi pleinement se consacrer à son ouvrage. Bien qu’il n’affectionne guère cet endroit, Ramon accepte, un peu forcé.
Adaptation graphique du roman de Joseph Incardona que je n'ai pas lu, 220 Volts est un polar dans la plus pure tradition du genre. Le chalet isolé offre un décor de huis clos particulièrement oppressant. Les pensées noires que Ramon essaie de combattre sont habilement distillées tout au long de l'histoire de sorte que le lecteur n'est pas surpris lorsque cela bascule dans le sordide. On pourra toutefois critiquer quelques ficelles un peu grossières (la présence par exemple de trois cochons dans la grange attenante au chalet) ou encore la rapidité, peu crédible selon moi, avec laquelle Ramon refait surface et se ressaisit une fois le drame survenu.
Côté dessin, la mise en image en noir et blanc de Sylvain Escallon s'adapte particulièrement bien à l'histoire et renforce son ambiance très sombre, avec des zones d'ombres exacerbées sur certaines partie des visages ou des décors très contrastés.
En résumé une bonne adaptation graphique d'un polar noir qui, s'il ne révolutionne pas le genre, saura satisfaire les lecteurs avides d'ambiance sombre et oppressante.
Un bon 3,5.
Originalité - Histoire : 7/10
Dessin - Mise en couleurs : 7/10
NOTE GLOBALE : 14/20
Une lecture sympathique, presque tout public.
L’histoire en elle-même est vite résumée, il ne se passe pas grand-chose en fait, si ce n’est les pérégrinations d’une rainette, accompagnée de deux crapauds et ponctuellement d’un chien et d’une fille dans un arbre.
C’est un conte japonisant qui arrive à développer une certaine poésie, et qui, misant sur la légèreté, fait presque penser à un assemblage de haïkus – pour rester dans la culture japonaise.
La mise en page est aérée, le format à l’italienne est agréable et adapté au récit, et le travail éditorial des éditions de la Cerise est remarquable.
Une lecture rassérenante.
La 4e de couverture nous promet un WhoDunnit, ces enquêtes où le lecteur est amené à rechercher le coupable. Avec le Duo Brubaker / Phillips aux manettes, spécialiste du polar noir (Criminal, ...) c'est plus que prometteur. Et d'ailleurs la carte du quartier et le trombinoscope de personnage au début sont juste parfait pour nous mettre dans l'ambiance.
Le début est des plus plaisant, la galerie de personnage qu'on nous présente tour à tour est parfaitement trouvé. On nous raconte sous plusieurs angles le quotidien de ce quartier, les petits secrets des habitants, bref tout ce qu'il faut pour introduire notre enquête. Mais le crime se fait attendre et au fil des chapitres on lit plus une chronique sociale qu'un polar. Des junkies, une histoire d'amour, un couple en déclin, une histoire d'adultère, un faux flic empêtré dans ses mensonges, tout cela est plaisant et bien raconté. L'accent est mis sur les relations humaines, et ça fonctionne très bien. Mais j'avais pas signé pour ça en ouvrant l'album. Il faudra attendre 90 pages avant de voir le cadavre, pour le WhoDunnit on repassera.
Cela dit, l'album est plein de qualités, Brubaker a puisé dans ses souvenirs pour nous concocter ce voyage au coeur des années 80. Le résultat offre un bon moment de lecture à l'ambiance très agréable.
Je ne sais pas trop quoi penser de ma lecture.
Une couverture qui attire mon regard, un feuilletage qui me plaît et enfin, le nom de l'éditeur qui termine de me convaincre après une année 2023 riche en bonnes surprises : Contrition, Le Ciel dans la tête et True love - Une romance graphique.
Stephen Vuillemin est avant tout un illustrateur pour des magazines tels que le New-York Times ou le Metropolitan Magazine. Il travaille aussi dans l'animation 2D et 3D. Il vient de recevoir de nombreux prix, dont celui du meilleur court métrage français à la 22e édition de la fête du cinéma d'animation pour son film : "Un genre de testament". C'est en réalisant ce court-métrage entre 2016 et 2022 qu'il publiera, en grande partie sur Instagram, ces histoires courtes de une à quatorze planches.
Alors là, on est dans de l'absurde de haut niveau, il suffit pour cela de lire le résumé ci-dessus pour en être convaincu.
Le titre de l'album m'a immédiatement fait penser à "Les nourritures terrestres" d'André Gide. Cet album en évoque aussi le désir et l'éveil des sens mais dans des univers déjantés qui joue avec un humour particulier, tout en gardant des personnages égocentriques.
Une lecture qui a soufflé le tiède et le froid, certaines histoires me sont passées au dessus de la tête, tandis que pour les autres, même si elles m'ont intéressé, leurs chutes m'ont laissé perplexe. Un humour très particulier.
Toutefois, ma lecture ne fut pas un calvaire, je suis arrivé au bout de cet album facilement, il s'en dégage un surréalisme qui interroge sur notre société et sur ce qu'elle pourrait devenir. Voilà mon dilemme, des ressentis contradictoires.
Graphiquement Stephen Vuillemin propose deux styles très très différents.
Le premier, une ligne claire expressive où les décors sont absents sur un fond bleu clair qui reprend toute la planche avec une mise en page très classique.
Pour le deuxième, on reprend la même ligne claire, mais cette fois-ci avec des couleurs tapantes, psychédéliques et une mise en page plus éclatée. Un trait parfois aussi sensuel.
J'ai une grosse préférence pour cette deuxième proposition.
Un ensemble qui me plaît.
Un album qui pourrait plaire à certains.
Un petit 3 étoiles pour ce que dégage cet album.
Grégory Panaccione que je suis depuis un moment, nous revient avec un album "tout public" sur un sujet très délicat et peu traité : les violences sexuelles infligées aux enfants.
C'est sur un scénario de Giovanni Di Gregorio (Les Soeurs Grémillet) que Panaccione nous propose de partager son talent pour aborder ce sujet délicat.
Le jeune Mattéo semble avoir tout pour être heureux, mais chaque nuit un cauchemar récurent vient troubler cette apparente tranquillité. Un monstrueux homme en noir le terrorise. Et cela ne va pas aller en s'arrangeant quand ce terrible personnage commence à lui apparaître dans la journée...
C'est toujours avec autant d'expressivité que Panaccione croque ses personnages (et ses animaux ! On a l'impression de retrouver le chien "Tobby" d'un de ses précédents albums ^^ ), ce qui rend d'autant plus prenant cette histoire dramatique. Car c'est l'intérêt majeur de cet album que d'aborder un sujet aussi sensible en pointant clairement la proximité du bourreau. C'est malheureusement une réalité, plus de 80% des agresseurs font parti du cercle familial ou proche des victimes...
C'est un album aussi dur (dans le sujet qu'il aborde) que salutaire que nous proposent nos deux auteurs.
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Armée secrète
Traiter d’un sujet aussi important, dense en 44 pages est une gageure et, disons-le tout de suite, un pari impossible à vraiment gagner. C’est donc la principale limite de cet album, aux intentions louables, mais qui du coup ne fait souvent que présenter une succession – très dense – d’actions, de personnages, des premières actions de résistance jusqu’à la Libération. Néanmoins la lecture est intéressante, et n’est pas trop « édifiante ». Elle met en valeur des personnes héroïques, issus de toutes les catégories de la population, en se centrant sur certaines d’entre-elles, comme le couple « Aubrac », Jean Moulin, Henri Frenay et Serge Ravanel, qui tous ont joué un rôle majeur dans la naissance, la structuration et la réussite de la résistance. Tout est très documenté, et donne quand même à voir, même rapidement, la réalité et les dangers de ces actions. La réaction de de Gaulle lorsqu’il rencontre ces résistants lors de la Libération ne le grandit pas – même si elle est là aussi conforme à la réalité (c’est sans doute le point le moins connu révélé par cet album). Un hommage un peu engoncé dans un trop petit nombre de pages. Mais ces hommes et ces femmes méritent qu’on s’attache à leur courage.
Auschwitz
Cette série me semble plutôt destinée à un public assez jeune comme une porte d'entrée à la connaissance au génocide Juif. Les lecteurs de ma génération n'y apprendront pas grand-chose de plus, même si je ne connaissais pas l'épisode du camp des familles tchèques. Le récit est très fluide et s'attache aux principales étapes de l'horreur du camp : l'arrivée et la séparation des familles, la sélection immédiate des "plus faibles", la vie dans un baraquement et l'horreur d'une chambre à gaz. Le rythme est rapide, comme une réponse aux ordres inhumains des officiers SS qui empêchaient de penser. Bien que ce soit une fiction l'ensemble des faits proviennent de témoignages. C'est d'ailleurs cette rapidité dans la narration qui me taquine le plus. En effet, un roman de fiction documentaire issu du témoignage d'une victime (Primo Levi) ou d'un bourreau ("La mort est mon métier") donne le temps de s'approprier de façon plus marquée la lenteur du temps qui passe et des souffrances que ce temps porte. Si cet album ouvre une porte au devoir de mémoire pour un public nouveau c'est une bonne chose mais je trouverais dommage d'en rester là. Il en va de même pour le graphisme ; Croci choisit une ambiance intemporelle noyée dans une brume qui efface les détails. Cela limite l'action à un petit périmètre où la dureté et la diversité du travail n'est pas très approfondie. De même l'influence du climat n'est pas évoqué. Par contre j'ai aimé le choix des visages qui tendent tous à l'uniformité des victimes à cause des maladies, de l'angoisse, de la sous nutrition et de la fatigue. Mais il y a aussi une uniformité des bourreaux due à leur haine. Un ouvrage que je conseillerais aux collégiens pour une approche exacte mais rapide de la Shoah.
Attache-moi !
Attention !! Même s’il n’y a pas de scènes de sexe à proprement parlé, ce manga est bien pour public averti. C’est à l’occasion du visionnage d’un documentaire « Planète Kinbaku » que ce manga m’est revenu en mémoire. Je l’avais découvert il y a quelques années en lisant grossi modo une dizaine de tomes. Mais qu’est-ce que le Kinbaku ? Autrefois, cette pratique guerrière était destinée à neutraliser les prisonniers faits par les samourais. À partir du XVIIème siècle, elle devient l'objet de pratiques amoureuses. Cet art de ficeler en général, avec une ceinture de Kimono ou une ficelle de paquet cadeau par exemple, recèle en lui une dimension érotique. Au Japon, le Kinbaku représente une forme de l'amour ultime. Voilà fin de la parenthèse didactique et merci Wikipedia. Plus vulgairement, on pourrait simplement parler de bondage japonais. Vous l’aurez compris ce manga est une sorte d’ode à cette pratique, mais va aussi plus loin niveau SM, en mettant en scène de nombreuses situations (consenties heureusement) Maitre/esclaves. Ce style de pratique n’est pas du tout ma came, je me rappelle être tomber sur ce manga juste car c’était un ecchi, mais je dois avouer que ça passe plutôt bien dans le cas présent, enfin disons surtout que c’est bien plus réussi que les albums de Crepax dans le genre. Bon j’avais finis par me lasser en cours de route (toujours ce côté surenchère) mais j’ai trouvé les personnages assez attachants, voir touchants. En fait la relation Kaoru/Nana fonctionne bien, malgré leur pratique on ressent bien leur sentiment et, ça peut faire sourire, leur humanité. Même s’il y a de nombreux personnages annexes, le couple reste au centre de l’histoire, cette dernière étant tout simplement une rom.com un rien chelou. Je pense que ça aurait mériter d’être plus court, comme dit plus haut j’ai lâché à la moitié, ça part dans des délires « moins intimes », trop de personnages commencent à se greffer avec ce sentiment d’overdose qui pointe. Cependant j’ai plutôt été agréablement surpris de la partie lue, spéciale mais bien faite et différente de mes habitudes. Bon lecture anecdotique et hot (stickers interdit - 18 affiché) mais que j’ai trouvé assez réussi pour le genre BDSM, peut être même une référence ?.
Les Souliers rouges
Je suis un peu surpris que 70 ans après les faits, des séries reprennent des situations qui ont été de si nombreuses fois visitées. Le scénario de Gerard Cousseau n'est pas déplaisant et se laisse lire avec fluidité mais il n'apporte rien d'original à cette période de l'Occupation. Cela ressemble à une piqûre de rappel pour les jeunes générations sur les horreurs de la guerre même quand on se sent plus ou moins préserver. Un petit village Breton à l'écart des routes des combats jusqu'au débarquement où les troupes allemandes convergeaient vers la Normandie. Cousseau travaille parfaitement sur les contrastes d'une ambiance champêtre paisible et la brutalité des exactions commises par les SS et leurs sbires d'une milice qui rappelle la sinistre Carlingue de Lafont et Bony. Les auteurs évitent le voyeurisme mais n'édulcorent pas la violence gratuite de certaines situations (viol ou torture). C'est juste bien pesé pour rendre le récit accessible à un public ado un peu averti. La narration évite le manichéisme en présentant certains soldats allemands assez sympas. De même les auteurs finissent par les notions de vengeance et de justice afin de faire réfléchir un public jeune. C'est bien amené et cela mérite un retour sur la lecture. J'ai trouvé le graphisme de Cuvillier vraiment excellent. Ses peintures presque impressionnistes des scènes de campagne autour des parties de chasse de Jules amplifie le contraste avec les scènes plus réalistes des interrogatoires ou exécutions sommaires. C'est très différent de mes lectures précédentes et très réussi. La mise en couleur suit le rythme du récit en passant de couleurs vives et luxuriantes à une ambiance bien plus sombre au fil du récit. Une belle lecture pas très originale pour un lecteur de ma génération mais accessible et conseillée pour des ados. Un graphisme très plaisant la tire vers le haut.
Mélodie d'enfer
Cette BD est étonnante de surprises. Déjà dans le scénario, qui est à la fois sombre et prenant. Ce groupe post-mortem qui tente de se trouver le guitariste de rêve et tente de le pousser au suicide afin de ne pas l'envoyer en enfer commence sur un pitch bien noir. Et cette impression est vite renforcée lorsqu'on verra les circonstances ayant amené chaque membre du groupe à se suicider. Disons que ça commence de façon noire et que ça bascule vers le charbon. Les trois musiciens ne vont pas s'entendre sur la marche à suivre, surtout entrainé par le leader du groupe, ex-dessinateur n'ayant jamais été publié. On sent que l'auteur veut parler de désespoir d'une partie de la jeunesse chinoise, confrontée à différentes problématiques. Notamment dans le monde artistique, dont on voit plusieurs travers. La Bd est aussi une déclaration d'amour à la musique, dont les protagonistes sont fans. Ils se retrouvent dans cette envie d'en faire, eux qui viennent tous d'horizons différents. Et j'aime bien la façon dont tout ces sujets s'entrelacent pour arriver à une conclusion qui semble plus sonner comme un départ. J'y vois surtout une idée bouddhiste d'un retour éternel, avec une volonté d'aller vers le mieux. C'est une conclusion qui peut surprendre pour les européens mais qui me semble justifiée ici. Maintenant, je dois dire que si le dessin est parfois sympathique, il n'est pas toujours clair et lisible. Plusieurs passages sont assez confus lors de la lecture, je trouve. Et il y a aussi la question du scénario qui me semble parfois pêcher par volonté de tout faire en même temps. Peut-être aurait-il mieux valu d'avoir un peu moins de sujets plus développés ou alors quelques pages en plus pour développer certaines choses (notamment le milieu musical un peu trop survolé). Dans l'ensemble, le diptyque est étonnant et franchement sympathique à lire. Le propos est étonnant, je suis assez surpris que si peu de gens l'ai lus.
220 volts
Ramon Hill est un écrivain à succès qui ne manque de rien tant du point de vue matériel (grande maison, belle voiture, etc.) que familial avec son épouse, Margot, et ses deux enfants, Johanna et James. Mais une fois le vernis gratté, la réalité est toute autre : depuis plusieurs mois, en panne d’inspiration, il n'arrive plus à avancer sur son dernier livre et sa femme est de plus en plus distante. Margot lui suggère alors un séjour sans les enfants à la montagne dans le chalet de sa famille, isolé au milieu des forêts. Il pourra ainsi pleinement se consacrer à son ouvrage. Bien qu’il n’affectionne guère cet endroit, Ramon accepte, un peu forcé. Adaptation graphique du roman de Joseph Incardona que je n'ai pas lu, 220 Volts est un polar dans la plus pure tradition du genre. Le chalet isolé offre un décor de huis clos particulièrement oppressant. Les pensées noires que Ramon essaie de combattre sont habilement distillées tout au long de l'histoire de sorte que le lecteur n'est pas surpris lorsque cela bascule dans le sordide. On pourra toutefois critiquer quelques ficelles un peu grossières (la présence par exemple de trois cochons dans la grange attenante au chalet) ou encore la rapidité, peu crédible selon moi, avec laquelle Ramon refait surface et se ressaisit une fois le drame survenu. Côté dessin, la mise en image en noir et blanc de Sylvain Escallon s'adapte particulièrement bien à l'histoire et renforce son ambiance très sombre, avec des zones d'ombres exacerbées sur certaines partie des visages ou des décors très contrastés. En résumé une bonne adaptation graphique d'un polar noir qui, s'il ne révolutionne pas le genre, saura satisfaire les lecteurs avides d'ambiance sombre et oppressante. Un bon 3,5. Originalité - Histoire : 7/10 Dessin - Mise en couleurs : 7/10 NOTE GLOBALE : 14/20
Une rainette en automne (et plus encore...)
Une lecture sympathique, presque tout public. L’histoire en elle-même est vite résumée, il ne se passe pas grand-chose en fait, si ce n’est les pérégrinations d’une rainette, accompagnée de deux crapauds et ponctuellement d’un chien et d’une fille dans un arbre. C’est un conte japonisant qui arrive à développer une certaine poésie, et qui, misant sur la légèreté, fait presque penser à un assemblage de haïkus – pour rester dans la culture japonaise. La mise en page est aérée, le format à l’italienne est agréable et adapté au récit, et le travail éditorial des éditions de la Cerise est remarquable. Une lecture rassérenante.
Là où gisait le corps
La 4e de couverture nous promet un WhoDunnit, ces enquêtes où le lecteur est amené à rechercher le coupable. Avec le Duo Brubaker / Phillips aux manettes, spécialiste du polar noir (Criminal, ...) c'est plus que prometteur. Et d'ailleurs la carte du quartier et le trombinoscope de personnage au début sont juste parfait pour nous mettre dans l'ambiance. Le début est des plus plaisant, la galerie de personnage qu'on nous présente tour à tour est parfaitement trouvé. On nous raconte sous plusieurs angles le quotidien de ce quartier, les petits secrets des habitants, bref tout ce qu'il faut pour introduire notre enquête. Mais le crime se fait attendre et au fil des chapitres on lit plus une chronique sociale qu'un polar. Des junkies, une histoire d'amour, un couple en déclin, une histoire d'adultère, un faux flic empêtré dans ses mensonges, tout cela est plaisant et bien raconté. L'accent est mis sur les relations humaines, et ça fonctionne très bien. Mais j'avais pas signé pour ça en ouvrant l'album. Il faudra attendre 90 pages avant de voir le cadavre, pour le WhoDunnit on repassera. Cela dit, l'album est plein de qualités, Brubaker a puisé dans ses souvenirs pour nous concocter ce voyage au coeur des années 80. Le résultat offre un bon moment de lecture à l'ambiance très agréable.
Les Nourritures extraterrestres
Je ne sais pas trop quoi penser de ma lecture. Une couverture qui attire mon regard, un feuilletage qui me plaît et enfin, le nom de l'éditeur qui termine de me convaincre après une année 2023 riche en bonnes surprises : Contrition, Le Ciel dans la tête et True love - Une romance graphique. Stephen Vuillemin est avant tout un illustrateur pour des magazines tels que le New-York Times ou le Metropolitan Magazine. Il travaille aussi dans l'animation 2D et 3D. Il vient de recevoir de nombreux prix, dont celui du meilleur court métrage français à la 22e édition de la fête du cinéma d'animation pour son film : "Un genre de testament". C'est en réalisant ce court-métrage entre 2016 et 2022 qu'il publiera, en grande partie sur Instagram, ces histoires courtes de une à quatorze planches. Alors là, on est dans de l'absurde de haut niveau, il suffit pour cela de lire le résumé ci-dessus pour en être convaincu. Le titre de l'album m'a immédiatement fait penser à "Les nourritures terrestres" d'André Gide. Cet album en évoque aussi le désir et l'éveil des sens mais dans des univers déjantés qui joue avec un humour particulier, tout en gardant des personnages égocentriques. Une lecture qui a soufflé le tiède et le froid, certaines histoires me sont passées au dessus de la tête, tandis que pour les autres, même si elles m'ont intéressé, leurs chutes m'ont laissé perplexe. Un humour très particulier. Toutefois, ma lecture ne fut pas un calvaire, je suis arrivé au bout de cet album facilement, il s'en dégage un surréalisme qui interroge sur notre société et sur ce qu'elle pourrait devenir. Voilà mon dilemme, des ressentis contradictoires. Graphiquement Stephen Vuillemin propose deux styles très très différents. Le premier, une ligne claire expressive où les décors sont absents sur un fond bleu clair qui reprend toute la planche avec une mise en page très classique. Pour le deuxième, on reprend la même ligne claire, mais cette fois-ci avec des couleurs tapantes, psychédéliques et une mise en page plus éclatée. Un trait parfois aussi sensuel. J'ai une grosse préférence pour cette deuxième proposition. Un ensemble qui me plaît. Un album qui pourrait plaire à certains. Un petit 3 étoiles pour ce que dégage cet album.
L'Homme en noir
Grégory Panaccione que je suis depuis un moment, nous revient avec un album "tout public" sur un sujet très délicat et peu traité : les violences sexuelles infligées aux enfants. C'est sur un scénario de Giovanni Di Gregorio (Les Soeurs Grémillet) que Panaccione nous propose de partager son talent pour aborder ce sujet délicat. Le jeune Mattéo semble avoir tout pour être heureux, mais chaque nuit un cauchemar récurent vient troubler cette apparente tranquillité. Un monstrueux homme en noir le terrorise. Et cela ne va pas aller en s'arrangeant quand ce terrible personnage commence à lui apparaître dans la journée... C'est toujours avec autant d'expressivité que Panaccione croque ses personnages (et ses animaux ! On a l'impression de retrouver le chien "Tobby" d'un de ses précédents albums ^^ ), ce qui rend d'autant plus prenant cette histoire dramatique. Car c'est l'intérêt majeur de cet album que d'aborder un sujet aussi sensible en pointant clairement la proximité du bourreau. C'est malheureusement une réalité, plus de 80% des agresseurs font parti du cercle familial ou proche des victimes... C'est un album aussi dur (dans le sujet qu'il aborde) que salutaire que nous proposent nos deux auteurs.