J'aimerais beaucoup dire que j'aime bien et je comprends tout à fait pourquoi cette série autobiographique est une référence du genre. C'est bien construit, très sincère, bien dessiné, recherché en termes de mise en page etc. Mais je n'accroche tout simplement pas avec l'auteur et cette manière permanente de faire dans le drama, ce que j'ai ressenti dès la lecture de l'avant-propos. Il est compliqué pour moi de continuer la lecture avec les autres tomes que j'ai pourtant commandés... J'y reviendrai plus tard je pense pour tenter d'appréhender le sujet d'une autre manière.
Note donnée sur les 2 livres.
J'ai bien aimé le premier tome, qui décrivait les retrouvailles de Lancelot Jones et Friday Fitzhugh dans la ville de Kings Hill. Les deux personnages sont aussi attachants que différents, complémentaires dans leur duo d'enquêteurs amateurs. L'intrigue s'installe délicatement dans une ambiance polar aux nuances fantastiques. Le tout est servi par la direction artistique de Marcos Martin et Muntsa Vicente, goût seventies. Mention spéciale aux décors intérieurs et à l'architecture, qui rendent une belle ambiance à l'œuvre.
Etonnamment, c'est la fin du deuxième tome qui a fait retomber le soufflé. Jusqu'au twist final, j'avais pris plaisir à suivre de nouveau les protagonistes de Kings Hill dans un écrin toujours aussi réussi. Le couple d'artistes nous livre d'ailleurs une scène incroyable, qui m'a scotché par sa réalisation ! Seulement voilà, le retournement final m'a laissé froid, tout en créant plus une crainte qu'une envie pour la suite. J'espère que Brubaker me donnera tort.
Ce que je veux… ? Composer un opéra !
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. La première édition de cet ouvrage date de 2018. Elle a été réalisée par Frantz Duchazeau pour le scénario, les dessins, et l'encrage. La mise en couleurs a été réalisée par Walter. Il s'agit d'une bande dessinée de 186 pages.
Leopold Mozart est en train de donner une leçon de piano à sa fille Nannerl (Maria Anna). Il met fin à la leçon. Elle indique qu'elle va prier à l'église et prier pour leur mère, et pour Wolfgang. le père se souvient de l'enfance de son fils : en particulier d'avoir constaté son génie musical précoce. Il se rappelle également le Grand Tour effectué avec cet enfant prodige entre 1762 et 1766, ainsi que sa démission de son poste de maître de concert à Salzbourg. En avril 1778, Mozart est à Paris et il se rend dans une riche demeure pour jouer du piano lors d'une réception. La riche noble le fait installer au piano : il fait observer que trois touches sont bloquées sur le clavier. Elle lui répond que ça ne devrait pas être trop compliqué pour lui. Il joue au piano et tout le monde continue à parler sans prêter attention à lui. Il est abordé par la duchesse de Castries qui lui demande de lui donner des leçons à partir du lendemain, ce qu'il accepte. Il retourne dans le petit appartement qu'il occupe avec sa mère en lui disant qu'il faut qu'il s'achète une nouvelle veste. Sa mère lui fait remarquer qu'il n'a pas d'argent.
Mozart ressort pour aller se promener dans les rues de Paris. Il se rend chez le coiffeur et en profite pour se faire raser pour la première fois de sa vie. Il se trouve beau. Ensuite il va donner la leçon promise à la duchesse. Quand il arrive, il a surprise de constater qu'il y a de nombreux invités. Elle lui explique que ce sont des amis qui sont passés à l'improviste, mais que cela n'empêche pas qu'il lui donne une leçon. Elle se lasse très vite, n'arrivant pas à jouer correctement. Il s'installe à côté d'elle et joue : tout le monde s'arrête de papoter et écoute. Quand il s'arrête, Joseph Legros s'approche de lui et se présente, en tant que directeur du concert spirituel. Il a reconnu l'enfant prodige. En réponse aux questions, Mozart indique qu'il a maintenant 22 ans. Legros lui commande une symphonie. Mozart rentre chez lui et évoque ce qu'il vient de se passer avec sa mère. Elle lui demande s'il a été payé : il répond que non, qu'on lui a donné une tabatière pour sa composition de chœurs. Il ajoute qu'il lui tarde de composer un opéra qu'il n'a aucune envie de retourner à Salzbourg ou à Mannheim où il n'est rien. Il s'énerve en découvrant que la troisième lettre écrite par son père cette semaine, en sachant déjà ce qu'elle contient : il doit trouver une situation stable, il doit oublier Aloysia Weber, il faut qu'il pense à son père qui s'est endetté pour que son fils puisse faire ce voyage. le lendemain, il va rendre visite à Friedrich Melchior Grimm, un bienfaiteur, sur les conseils de son père.
Le titre est très explicite : cette bande dessinée se focalise sur les semaines passées à Paris, par Mozart de mars 1778 à octobre de la même année. L'introduction de 3 pages évoque très rapidement les années d'enfance de Wolfgang, essentiellement le Grand Tour et le besoin d'affection de l'enfant. Il vaut mieux que le lecteur soit un peu familier de l'histoire du compositeur pour comprendre cette phase de sa vie. En effet, le comportement, le ressenti de Mozart et la réaction des personnes autour de lui forment le prolongement logique de ce Grand Tour. Au cours de cet ouvrage, la compréhension du lecteur varie fortement en fonction de sa familiarité avec la vie Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Il est fait mention de manière incidente, sans développement particulier, du métier du père de Wolfgang, d'Aloysia Weber (1760-1839, soprano allemande), du Grand Tour, de sa taille, de ses amis musiciens de Mannheim, du contexte de composition des opéras et de la musique, en particulier par Christoph Willibald Gluck (1714-1787) et Niccolò Piccinni (1728-1800), de son poste de Konzertmeister à Salzbourg. L'ouvrage s'adresse donc à un lecteur qui a déjà eu la curiosité de s'intéresser à la vie du musicien et qui en connaît les grandes phases. Un lecteur néophyte éprouve des difficultés à saisir les enjeux quand ils ne sont exprimés qu'à demi-mots, ou même l'attitude de Mozart et les réactions qu'elle provoque, faute d'avoir déjà une idée au préalable de son caractère et de sa réputation.
En découvrant la première page, le lecteur constate que l'artiste ne souhaite pas s'inscrire dans un registre réaliste pour certains éléments de ses dessins. Cela se voit en particulier dans les visages qu'il représente plus ronds que la normale, le nez de Mozart un peu trop long et trop arrondi, sa silhouette avec une taille d'enfant, les yeux souvent représentés sous la forme d'un simple point, des petits traits un peu légers à l'intérieur des formes détourées pour les plis et les textures, comme s'il s'agissait de traits de crayons préliminaires, des contours qui semblent un peu lâches, pas assez précis. Cette apparence peut sembler s'apparenter à des dessins à l'économie, mais cette impression disparaît dès la page 9. L'artiste investit beaucoup de temps pour représenter certains décors : une vue de l'Île de la Cité, la cour intérieure d'une immense demeure où il ne manque pas un seul carreau aux fenêtres, les rues de Paris avec des bâtiments reconnaissables (par exemple les arcades de la Place des Vosges), une vue du ciel de l'Île de la Cité, les pianos ouvragés des riches bourgeois, plusieurs ponts de Paris, l'Hôtel de Ville, la Fontaine des Innocents et sa place, les jardins des Tuileries, le magnifique parc autour de la demeure du comte Karl Heinrich Joseph von Sickingen, l'ambassadeur du Palatinat. (1737-1791), Notre Dame de Paris, etc. Les accessoires et les détails sont également représentés avec une grande attention, par exemple un magnifique papillon en page 59. le lecteur en déduit que le choix de l'artiste est de donner plus de légèreté aux personnages.
Wolfgang Mozart bénéficie d'une représentation plus singulière que celle des autres personnages. Pour commencer, Duchazeau le dessine vraiment plus petit que tous les autres, de la taille d'un enfant d'une dizaine d'années, soit plus petit que 1,52m, sa taille réelle vraisemblable. Là aussi, s'il n'est pas familier de cette caractéristique du compositeur, le lecteur se demande bien ce qu'il en est. L'exagération de sa petite taille sert à montrer que ses hôtes ne voient en lui que le petit prodige dont ils ont entendu parler ou qu'ils ont peut-être vu à l'occasion du Grand Tour, encore un enfant. Elle sert peut-être également à se figurer comment Mozart se voit lui-même, et à insister sur son caractère encore enfantin par certains aspects. Son nez à la longueur exagérée et ses grands yeux lui donne un visage intense, à la fois pour des émotions non filtrées, à la fois pour le génie qui l'habite. L'auteur met en oeuvre une narration visuelle assez dense, avec souvent des pages comprenant 10 à 12 cases, soit plus que dans une bande dessinée habituelle. Il conçoit des prises de vues adaptées à chaque séquence, avec des plans plus larges lors des déplacements de Mozart dans Paris, et des cadrages prenant souvent les personnages en pied pour les dialogues. Dès la deuxième séquence, l'impression de dessins légers ou rapides a abandonné le lecteur qui peut se projeter dans chaque environnement, et qui se tient aux côtés des interlocuteurs comme s'il était présent pour écouter à la conversation.
Porté par une narration visuelle solide, le lecteur suit donc Wolfgang Mozart pendant ces quelques mois. Il sait bien sûr qu'il s'agit d'un compositeur de génie ainsi que d'un musicien virtuose, dont les œuvres ont traversé les époques et ont résisté à l'épreuve du temps. Sous réserve qu'il dispose d'un peu de culture sur sa vie, il sait aussi qu'il fut un enfant prodige exhibé dans les grandes cours d'Europe durant son enfance. Il ressent alors autant de frustration que le musicien n'arrivant pas être pris au sérieux, n'arrivant pas à gagner sa vie. La situation est encore aggravée par le manque de tact de Mozart et par son franc parler, dans une société fonctionnant sur le principe d'une cour. Il enrage de voir que l'évidence n'est pas reconnue. de ce point de vue, l'auteur atteint parfaitement son objectif de montrer un jeune adulte surdoué dans une société qui s'avère incapable de l'entendre. En creux, il présente également le besoin affectif insatisfait du jeune adulte. En filigrane apparait également le pouvoir de la musique, langage universel des émotions. le ressenti du lecteur oscille entre une forme d'énervement à voir un jeune homme aussi talentueux se heurter aux limites des adultes, mais aussi incapable de s'adapter pour gagner la faveur de deux ou trois d'entre eux. Il n'y a ni justice, ni intelligence dans cette situation.
Frantz Duchazeau focalise son récit sur une dizaine de mois de la vie de Mozart, essentiellement son séjour à Paris en 1778. Passé une page ou deux, le lecteur se rend compte de la qualité de la narration visuelle, des partis prix effectués sciemment par l'artiste pour être en phase avec la nature du récit. Il suit les déboires d'un génie incapable de s'adapter aux coutumes sociales du milieu dans lequel il essaye de réussir, ainsi que l'aveuglement des adultes incapables de percevoir, et même de ressentir le génie de ce petit homme. Tout le récit s'articule autour de cette frustration permanente qui finit également par gagner le lecteur. Ce dernier ne parvient pas à ressentir assez de sympathie pour ce jeune homme brillant et intransigeant, sans arriver à condamner totalement les adultes qui le reçoivent en le traitant comme un enfant. Il est difficile d'accepter que l'auteur décrive un constat d'échec dans lequel aucune des parties concernées n'ait appris quoi que ce soit, les adultes étant enfermés dans les conventions sociales, le jeune homme dans sa haute estime de lui-même.
Pour faire le vide, Aby avait besoin de grand air et d’espace, beaucoup d’espace. De nature aussi, histoire de se reconnecter à l’essentiel après un quotidien professionnel auquel elle ne trouvait plus de sens, et une histoire d’amour confortable, mais un peu plan-plan… Accueillie par sa pote Jet, elle va donc cohabiter dans une grande baraque défraichie en pleine cambrousse, avec trois autres jeunes gens en quête de sens comme elle, désireux d’inventer des modes de vie alternatifs… Le problème avec Aby, c’est que la vie en groupe n’est pas son fort et qu’elle n’avait pas prévu cette éventualité. Pour la retraite en mode ermite, c’est raté ! …
Et Aby, peu réceptive à cette vie en communauté « typique bobo » qui ne fait que reproduire les codes de la vie urbaine ultra connectée, sans vraiment l’assumer, va prendre la tangente, s’éclipsant de plus en plus souvent pour aller respirer l’humus puissant et primitif de la forêt (alors que les autres restent avachis sur les canapés). En totale immersion, Aby retrouve un émerveillement enfantin oublié, observe faune et flore autour d’elle, prend plaisir à écouter le bruissement des feuilles et le bourdonnement des abeilles, à humeur l’odeur des plantes et des champignons. D’ailleurs, son intérêt pour ces derniers va s’en trouver renforcé après une rencontre fortuite avec Elie, ancienne babacool un brin misanthrope qui l’initiera à la mycologie, y compris les psylos qui filent des hallus…
Bref, toutes ces petites fugues vont créer quelques tensions au sein du groupe, que Jet ne contribuera pas à apaiser. Cachant mal son désir pour Aby, sa bienveillance va s’avérer de plus en plus pesante, jusqu’au dénouement fatal lors d’une teuf sous champis… L’amie qu’était censée être Jet deviendra la relou de service…
L’ouvrage bénéficie d’une narration fluide, entrecoupée de longues séquences de silence où l’on marche dans les pas de cette jeune citadine en manque de vert lors de ses escapades dans la nature environnante. C’est évidemment elle le personnage le plus intéressant du récit (au même titre qu’Elie, avec qui elle partage quelques affinités), celle qu’on veut retenir alors qu’elle ne cherche qu’à s’éloigner.
Le dessin en bleu-gris monochrome accompagne parfaitement le cheminement d’Aby, c’est un dessin où les sons ont leur importance, plus que dans n’importe quelle BD. En disséminant des onomatopées à tout bout de champ, Marguerite Boutrolle semble vouloir nous inviter à accorder plus d’attention aux « silences » de Dame Nature face au désastre annoncé…
Son trait, certes assez fragile et un peu vert, a du potentiel, et la maîtrise est beaucoup plus flagrante pour ce qui est des attitudes des personnages ou du cadrage, qui permet de mettre en relief ces petits détails en apparence anodins, ces petites choses autour de nous que nous ne savons pas ou plus voir, gavés sommes-nous par les artifices technologiques… On peut également souligner la très jolie couverture !
Mais au-delà du trait, c’est aussi le propos qui est digne d’intérêt dans ce roman graphique qui parle d’une génération, celle des jeunes adultes qui vient de quitter l’adolescence et est encore trop jeune pour être prise au sérieux par ses aînés. Si les grands sujets d’actualité apparaissent en toile de fond, cette jeunesse un peu larguée tente de réinventer un mode de vie plus conforme aux enjeux du présent, pas toujours avec conviction, parfois maladroitement, car l’addiction technologique reste vivace. A un niveau beaucoup plus intime, Boutrolle parle de la difficulté à exister au sein d’un groupe, ou plutôt à rester soi-même, et questionne cet instinct grégaire qui fait que parfois, les relations peuvent vite devenir toxiques voire intrusives lorsqu’on ignore les injonctions du collectif. Aby en fera les frais du fait de son comportement solitaire, qui finit par dérouter ses colocataires et laissera poindre d’une manière ou d’une autre les reproches des uns et des autres.
Tout cela fait de « La Part des lâches » une lecture captivante, qui réussit à relier l’intime et le sociétal. Ce récit doux-amer et sensible, voire hypersensible, nous interroge sur la capacité de l’être humain à cohabiter harmonieusement avec ses congénères, à accepter l’autre dans son entièreté.
Un genre de docu-fiction basé sur ce qu'à vécu la journaliste Anne Nivat (l'héroïne lui ressemble, mais porte un nom différent) lors de ses reportages de guerres et particulièrement la seconde guerre de Tchétchénie.
On mélange des scènes du passé avec le présent et c'est les parties en France avec la journaliste qui a une discussion bien intéressante avec un réfugié tchétchène et un arabe français qui a fait un jihad dans sa jeunesse.
La partie en Tchétchénie est moins intéressante. Ça se laisse lire sans problème (il faut dire qu'il y a souvent peu de textes sur plusieurs pages d'affilés), mais ayant déjà lu sur cette guerre je n'ai pas eu l'impression d'y apprendre grand chose en dehors d'anecdotes sur ce que ressemble la vie dans une ville en temps de guerre.
Le dessin est du réaliste réussi pas du tout figé et sympathique à regarder.
Chose promise, chose due
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Ce tome contient une histoire complète, initialement parue en 3 épisodes en 1991/1992, écrite par Dave Gibbons, dessinée par Andy Kubert, encrée par Adam Kubert et mise en couleurs par Sherilyn van Valkenburgh.
Sur le ring, Bull Bersaglio et Marcus King s'affrontent pour le titre de champion. Dans les gradins, Leo Brodin (patron de Bersaglio) et Alex Yeager (patron de King) se toisent avec animosité. Pour eux ce match est également le symbole de leur rivalité dans les affaires illicites de Gotham, et le gagnant disposera d'une sorte d'avantage psychologique sur l'autre. Dans une casse d'automobiles, le gardien regarde le match à la télé, lorsque ses chiens se mettent à aboyer. Il est sauvagement éventré alors que l'agresseur invisible s'imprègne de l'identité du champion (de boxe). Peu de temps après le champion est retrouvé éventré dans son penthouse alors qu'il fêtait sa victoire au lit avec sa femme. La police arrive sur place et James Gordon permet à Batman d'inspecter les lieux. Alors qu'il repart, il est observé depuis les toits par un individu qui semble le regarder avec une vision infrarouge. Batman est persuadé que ce meurtre est lié au milieu de la pègre, une forme de vengeance déguisée du perdant.
Il fut une époque (plusieurs même) où des éditeurs de maisons différentes pouvaient réussir à bâtir un montage juridique et financier permettant à leurs personnages de se croiser (par exemple Spider-Man & Superman). À la fin des années 1980, Dark Horse agrandit son catalogue en achetant des licences pour publier des comics d'Aliens, de Predator, et aussi de Terminator. Dans la première préface, Dennis O'Neill explique que Dark Horse a proposé ce crossover et qu'il n'a eu qu'à donner son accord, le reste s'est fait tout seul. Dans son introduction, Diana Schutz explique que ce fut un vrai plaisir de travailler avec Gibbons et les frères Kubert, malgré les contraintes générées par l'obligation de faire approuver chaque planche par les propriétaires des droits des personnages (DC et 20th Century Fox). Dave Gibbons explique que l'idée de départ lui a été proposée par Mike Richardson (éditeur en chef de Dark Horse), après avoir constaté le succès de Aliens versus Predator (publié en 1990, le premier film AvP datant de 2004).
Dave Gibbons doit s'accommoder de contraintes très fortes, pour bâtir son scénario. Il faut que les 2 personnages (Batman et Predator) soient traités de manière à peu près équilibrée (qu'une licence ne donne pas l'impression d'écraser l'autre, de se faire de l'argent aux dépends de l'autre). Il faut qu'il respecte les caractéristiques principales des 2 personnages. Il faut également qu'il donne aux lecteurs ce que promet le titre : un affrontement en bonne et due forme entre Batman et Predator. Avec ce carcan, le lecteur se doute bien que le résultat suivra un chemin bien balisé, et n'a aucune chance d'être une histoire dans laquelle le scénariste peut laisser libre cours à son imagination, ou se laisser aller à philosopher. Avec ces limitations en tête, il faut reconnaître que Gibbons s'en sort assez bien. À l'évidence, il a lorgné du coté de Dark knight returns de Miller pour le ton du récit. C'est ainsi que le lecteur peut repérer l'usage modéré des journalistes de télévision, une société gangrenée par la corruption (Julius Lieberman, le maire de Gotham, fréquentant ouvertement Leo Brodin et Alex Yeager), un Batman stoïque et inaccessible à l'humour, une armure de Batman haute technologie qui évoque celle du final de Dark knight returns. Malgré tout, Gibbons n'est pas Miller, et le cynisme réactionnaire est absent du récit. Gibbons reprend les formes des dispositifs narratifs de Miller, mais pas leur substance. L'intervention des journalistes n'établit pas des points de vue croisés sur les valeurs véhiculées par la société du spectacle. La corruption des élites n'est qu'un élément de décor peu convaincant. L'ajout d'un prédicateur très intéressé par le montant des offrandes se révèle au final totalement gratuit, juste un élément de décor supplémentaire, sans incidence sur l'intrigue principale.
Pour ce qui est du respect des personnages et le combat attendu, Gibbons effectue un travail honorable. Il a choisi un Batman sans Robin, avec un Alfred Pennyworth plus dans l'aide logistique que dans le sarcasme. Il a même l'idée intelligente et originale (dans le contexte des comics de Batman) de montrer que les blessures reçues lors du premier combat ne guérissent pas en 24 heures. Coté Predator, Gibbons reprend l'idée d'un guerrier dont l'objectif est de prouver sa valeur en se mesurant aux combattants les plus valeureux du monde où il se trouve. le lecteur retrouve les caractéristiques physiques de la race du Predator, les trois points rouges du viseur, les armes tranchantes, le filet, et la capacité de répéter 3 mots captés dans une conversation pour un effet comique de répétition (mais pas si désagréable que ça). du coup le lecteur a droit à une histoire qui tient ses promesses (2 affrontements entre Batman et Predator, le dernier occupant les 3 quarts du dernier épisode).
Lorsque ce récit est paru, la mise en couleurs par infographie n'existait pas encore. van Valkenburgh choisit une palette de couleurs qui évite les teintes claires et vives propres aux superhéros, mais elle a du mal à obtenir des nuances permettant des contrastes suffisants, ce qui donne quelques planches noyées dans un violet qui mange toutes les formes. Les frères Kubert sont encore au début de leur carrière et ils réalisent des dessins agréables, détaillés, avec une mise en page parfois un peu surchargée, choisissant des angles de vue qui privilégient le mouvement à la lisibilité. Ils sont encore fortement influencés par le style de leur père (pour le meilleur), mais déjà avec une approche plus réaliste et plus détaillée que lui. Ils savent reproduire l'allure et les mouvements du Predator, conformément aux postures établies par le film, sans s'en trouver limités. Leur Batman est convaincant sans avoir la présence de celui de Miller, en étant un peu plus proche de la série mensuelle, mais déjà destiné à de jeunes adultes. Il n'y a que l'armure technologique qui souffre d'une composition un peu trop simple, trop enfantine.
Eux aussi abordent le combat final, avec le sérieux nécessaire, et une vision intéressante des échanges de coups, des déplacements dans l'environnement, des mouvements des 2 combattants au fur et à mesure des coups, et entre 2 échanges. le combat n'est pas chorégraphié à outrance, et il prend bien en compte l'agencement des lieux. Les frères Kubert bénéficient d'un scénario qui ne se limite pas à "Batman et Predator se tapent dessus pendant 15 pages", mais qui réservent des surprises, et qui comprend des stratégies construites.
L'édition originale se termine avec un portfolio de dessins pleine page réalisés par Mike Kaluta, Chris Warner, Art Adams, Tim Sale, Walt Simonson, Adam Hughes, Matt Wagner, Joe Kubert, John Higgins, Tom Yeates, Steve Rude, Sam Kieth, John Byrne, Jackson Guice, Mike Mignola, Arthur Suydam.
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Ce premier affrontement entre Batman et Predator tient ses promesses, sans être d'une intensité ébouriffante. Si vous venez chercher un comics d'action qui respecte les deux personnages, avec un minimum de scénario, vous serez satisfait. Si vous venez chercher une histoire essentielle dans le mythe de Batman ou du Predator, vous serez déçu.
Pour les amateurs de ce genre de croisement improbable, sachez que le Predator est revenu affronter Batman deux fois encore : Match de sang et Liens de sang. Batman a également affronté les Aliens dans Batman / Aliens. Superman n'a pas été épargné par ces bébêtes : Superman vs Predator et Superman / Aliens. Et pour les plus gourmands : Superman & Batman versus Aliens & Predator.
Après Green Class, voici Créatures qui se veut une nouvelle incursion de la BD française dans le monde de Lovecraft, tout en s'adressant à un public jeune, la BD étant pré-publiée dans Spirou.
Et à l'inverse de l'horripilante Green Class, créatures peut être considéré comme une indéniable réussite, malgré quelques écueils.
Le postulat de base est le suivant : Nyarlathotep est arrivé sur terre, et les adultes sont devenus comme zombifiés.
Les enfants sont livrés à eux-mêmes, et tentent de survivre au quotidien, souvent en petits groupes.
Une pré-ado afro-américaine fait tout ce qu'elle peut pour protéger son petit frère albinos, contraint de grandir rapidement dans un monde où les enfants deviennent des proies, en effet les adultes les collectent pour une raison encore inconnue, allant jusqu'à utiliser les parents desdits enfants pour mieux les piéger.
Le dessin est bien, l'esthétique est un bel hommage à l'univers Lovecraftien, dont l'essence semble avoir été comprise par l'auteur.
Les seuls défauts sont quelques persos un peu horripilants, et le côté très inspiré de Seuls (série que je déteste au passage).
Je suis assez impatient de voir la suite, le premier tome se concluant sur une note très sinistre, en espérant que les tomes suivants seront du même niveau.
MAJ 01/06/2024: Après la parution des trois tomes qui ont suivi, je me dois hélas de revoir la note légèrement à la baisse au vu de ce qui a suivi.
Les tomes 2 à 4 ne parviennent en effet pas à retrouver l'atmosphère quasi-désespérée qui domine le premier tome.
Le tome 2 est correct, mais dans la continuité du premier : dans le sens où c'est "juste" une suite sans faire véritablement avancer l'intriguer, un peu comme un remake du premier, toutes proportions gardés.
Les tome 3 et 4 au contraire font bien progresser l'histoire, mais sont assez simplifiés, et plus, disons infantiles, on a un peu l'impression que le public visé a rajeuni. La résolution laisse même une légère déception, car c'est un peu trop simple à mon goût.
Reste un premier tome proprement brillant, et trois tomes qui sont davantage orientés jeunesse, mais malgré tout dans le haut du panier.
Je rejoins l'avis de Mac Arthur sur ce one-shot.
On suit trois gamins issus de milieux et de couleurs différences dans le sud américain ségrégationniste des années 30. Ils s'amusent et vont apprendre petit à petit le coté sombre de leur société. C'est un genre de récit initiatique où les gamins vont connaitre le monde des adultes, mais au final il ne se passe pas grand chose et on comprend tout ce qui va se passer rien qu'en lisant la quatrième de couverture.
Cela reste une lecture agréable à cause du dessin qui est pas mal et les personnages principaux sont attachants. C'est intéressant de voir la société du sud profond vu par les yeux d'enfants qui comprends qu'il y a des règles à suivre absolument, mais qui ne savent pas à quel point la société peut être violent. Le problème s'est qu'au final ça ne mène nulle part. Il ne faut pas s'attendre à un récit remplit d'actions.
Rien d’extraordinaire dans cet album, mais c’est quand même une lecture agréable. Un petit moment de lecture pas prise de tête, vite lue – sans doute rapidement oubliée aussi, hélas – mais je ne regrette pas mon emprunt.
Le dessin n’est pas très fouillé, mais il fait le boulot. L’intrigue elle-même est aussi légère (un ancien flic revient dans le bled où il travaillat à l'occasion d'un procès, il pense que l'accusé est innocent, et cherche à le prouver). Il y a peu de textes, ça parait très linéaire sur une bonne partie du récit. Comme la quatrième de couverture nous promettait un rebondissement final, je guettais les indices, multipliait les suspects, jusqu’aux dernières pages.
Alors, effectivement, je ne l’avais pas vu venir. Mais, à bien y repenser, j’ai trouvé tout ça trop facile, trop « forcé », et pour tout dire peu crédible. Mais bon, ça n’enlève qu’une partie du plaisir de lecture, globalement satisfaisante.
Note réelle 2,5/5.
Voilà un album étrange, étonnant. En tout cas difficile à « caser », que ce soit pour le genre, mais aussi pour le public visé.
Car si une grande partie de l’histoire s’adresse à un jeune lectorat (que ce soit les personnages, le dessin, mais aussi les décors, entre dessins animés et parcs d’attractions), une partie du texte (généralement déclamé en voix off) use de mots parfois plus adultes. Et surtout, le côté « rose bonbon », gentillet de chaque début de chapitre est suivi à chaque fois par la désillusion, une certaine noirceur (« ça se finit mal » - même si c’est un peu atténué par une petite pichenette). Un positionnement qui peut dérouter.
On ne peut par contre pas rester insensible au charme graphique de cet album. D’abord parce que misma a fait un superbe travail éditorial (belle maquette, papier épais). Ensuite parce que Mathias Martinez a su développer un univers graphique original et attractif.
Tout en rondeurs, dans un style cartoon revisité, alternant planches avec des gros plans et d’autres plus amples, parfois pleine page, remplies, débordant de détails (certaines ayant des airs de « Où est Charlie ? »), son dessin propose quelque chose de faussement enfantin – et en cela (entre autres), il est raccord avec les récits. La colorisation quasi en bichromie, ajoute au côté cartoon je trouve. Quant au trait, il y a du Disney première époque, mais aussi quelque chose qui m’a fait penser à quelques auteurs BD underground (Woodring, Taillefer ou Cooper). J'ai vraiment bien aimé cet aspect.
Note réelle 3,5/5.
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J'aimerais beaucoup dire que j'aime bien et je comprends tout à fait pourquoi cette série autobiographique est une référence du genre. C'est bien construit, très sincère, bien dessiné, recherché en termes de mise en page etc. Mais je n'accroche tout simplement pas avec l'auteur et cette manière permanente de faire dans le drama, ce que j'ai ressenti dès la lecture de l'avant-propos. Il est compliqué pour moi de continuer la lecture avec les autres tomes que j'ai pourtant commandés... J'y reviendrai plus tard je pense pour tenter d'appréhender le sujet d'une autre manière.
Friday
Note donnée sur les 2 livres. J'ai bien aimé le premier tome, qui décrivait les retrouvailles de Lancelot Jones et Friday Fitzhugh dans la ville de Kings Hill. Les deux personnages sont aussi attachants que différents, complémentaires dans leur duo d'enquêteurs amateurs. L'intrigue s'installe délicatement dans une ambiance polar aux nuances fantastiques. Le tout est servi par la direction artistique de Marcos Martin et Muntsa Vicente, goût seventies. Mention spéciale aux décors intérieurs et à l'architecture, qui rendent une belle ambiance à l'œuvre. Etonnamment, c'est la fin du deuxième tome qui a fait retomber le soufflé. Jusqu'au twist final, j'avais pris plaisir à suivre de nouveau les protagonistes de Kings Hill dans un écrin toujours aussi réussi. Le couple d'artistes nous livre d'ailleurs une scène incroyable, qui m'a scotché par sa réalisation ! Seulement voilà, le retournement final m'a laissé froid, tout en créant plus une crainte qu'une envie pour la suite. J'espère que Brubaker me donnera tort.
Mozart à Paris
Ce que je veux… ? Composer un opéra ! - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. La première édition de cet ouvrage date de 2018. Elle a été réalisée par Frantz Duchazeau pour le scénario, les dessins, et l'encrage. La mise en couleurs a été réalisée par Walter. Il s'agit d'une bande dessinée de 186 pages. Leopold Mozart est en train de donner une leçon de piano à sa fille Nannerl (Maria Anna). Il met fin à la leçon. Elle indique qu'elle va prier à l'église et prier pour leur mère, et pour Wolfgang. le père se souvient de l'enfance de son fils : en particulier d'avoir constaté son génie musical précoce. Il se rappelle également le Grand Tour effectué avec cet enfant prodige entre 1762 et 1766, ainsi que sa démission de son poste de maître de concert à Salzbourg. En avril 1778, Mozart est à Paris et il se rend dans une riche demeure pour jouer du piano lors d'une réception. La riche noble le fait installer au piano : il fait observer que trois touches sont bloquées sur le clavier. Elle lui répond que ça ne devrait pas être trop compliqué pour lui. Il joue au piano et tout le monde continue à parler sans prêter attention à lui. Il est abordé par la duchesse de Castries qui lui demande de lui donner des leçons à partir du lendemain, ce qu'il accepte. Il retourne dans le petit appartement qu'il occupe avec sa mère en lui disant qu'il faut qu'il s'achète une nouvelle veste. Sa mère lui fait remarquer qu'il n'a pas d'argent. Mozart ressort pour aller se promener dans les rues de Paris. Il se rend chez le coiffeur et en profite pour se faire raser pour la première fois de sa vie. Il se trouve beau. Ensuite il va donner la leçon promise à la duchesse. Quand il arrive, il a surprise de constater qu'il y a de nombreux invités. Elle lui explique que ce sont des amis qui sont passés à l'improviste, mais que cela n'empêche pas qu'il lui donne une leçon. Elle se lasse très vite, n'arrivant pas à jouer correctement. Il s'installe à côté d'elle et joue : tout le monde s'arrête de papoter et écoute. Quand il s'arrête, Joseph Legros s'approche de lui et se présente, en tant que directeur du concert spirituel. Il a reconnu l'enfant prodige. En réponse aux questions, Mozart indique qu'il a maintenant 22 ans. Legros lui commande une symphonie. Mozart rentre chez lui et évoque ce qu'il vient de se passer avec sa mère. Elle lui demande s'il a été payé : il répond que non, qu'on lui a donné une tabatière pour sa composition de chœurs. Il ajoute qu'il lui tarde de composer un opéra qu'il n'a aucune envie de retourner à Salzbourg ou à Mannheim où il n'est rien. Il s'énerve en découvrant que la troisième lettre écrite par son père cette semaine, en sachant déjà ce qu'elle contient : il doit trouver une situation stable, il doit oublier Aloysia Weber, il faut qu'il pense à son père qui s'est endetté pour que son fils puisse faire ce voyage. le lendemain, il va rendre visite à Friedrich Melchior Grimm, un bienfaiteur, sur les conseils de son père. Le titre est très explicite : cette bande dessinée se focalise sur les semaines passées à Paris, par Mozart de mars 1778 à octobre de la même année. L'introduction de 3 pages évoque très rapidement les années d'enfance de Wolfgang, essentiellement le Grand Tour et le besoin d'affection de l'enfant. Il vaut mieux que le lecteur soit un peu familier de l'histoire du compositeur pour comprendre cette phase de sa vie. En effet, le comportement, le ressenti de Mozart et la réaction des personnes autour de lui forment le prolongement logique de ce Grand Tour. Au cours de cet ouvrage, la compréhension du lecteur varie fortement en fonction de sa familiarité avec la vie Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Il est fait mention de manière incidente, sans développement particulier, du métier du père de Wolfgang, d'Aloysia Weber (1760-1839, soprano allemande), du Grand Tour, de sa taille, de ses amis musiciens de Mannheim, du contexte de composition des opéras et de la musique, en particulier par Christoph Willibald Gluck (1714-1787) et Niccolò Piccinni (1728-1800), de son poste de Konzertmeister à Salzbourg. L'ouvrage s'adresse donc à un lecteur qui a déjà eu la curiosité de s'intéresser à la vie du musicien et qui en connaît les grandes phases. Un lecteur néophyte éprouve des difficultés à saisir les enjeux quand ils ne sont exprimés qu'à demi-mots, ou même l'attitude de Mozart et les réactions qu'elle provoque, faute d'avoir déjà une idée au préalable de son caractère et de sa réputation. En découvrant la première page, le lecteur constate que l'artiste ne souhaite pas s'inscrire dans un registre réaliste pour certains éléments de ses dessins. Cela se voit en particulier dans les visages qu'il représente plus ronds que la normale, le nez de Mozart un peu trop long et trop arrondi, sa silhouette avec une taille d'enfant, les yeux souvent représentés sous la forme d'un simple point, des petits traits un peu légers à l'intérieur des formes détourées pour les plis et les textures, comme s'il s'agissait de traits de crayons préliminaires, des contours qui semblent un peu lâches, pas assez précis. Cette apparence peut sembler s'apparenter à des dessins à l'économie, mais cette impression disparaît dès la page 9. L'artiste investit beaucoup de temps pour représenter certains décors : une vue de l'Île de la Cité, la cour intérieure d'une immense demeure où il ne manque pas un seul carreau aux fenêtres, les rues de Paris avec des bâtiments reconnaissables (par exemple les arcades de la Place des Vosges), une vue du ciel de l'Île de la Cité, les pianos ouvragés des riches bourgeois, plusieurs ponts de Paris, l'Hôtel de Ville, la Fontaine des Innocents et sa place, les jardins des Tuileries, le magnifique parc autour de la demeure du comte Karl Heinrich Joseph von Sickingen, l'ambassadeur du Palatinat. (1737-1791), Notre Dame de Paris, etc. Les accessoires et les détails sont également représentés avec une grande attention, par exemple un magnifique papillon en page 59. le lecteur en déduit que le choix de l'artiste est de donner plus de légèreté aux personnages. Wolfgang Mozart bénéficie d'une représentation plus singulière que celle des autres personnages. Pour commencer, Duchazeau le dessine vraiment plus petit que tous les autres, de la taille d'un enfant d'une dizaine d'années, soit plus petit que 1,52m, sa taille réelle vraisemblable. Là aussi, s'il n'est pas familier de cette caractéristique du compositeur, le lecteur se demande bien ce qu'il en est. L'exagération de sa petite taille sert à montrer que ses hôtes ne voient en lui que le petit prodige dont ils ont entendu parler ou qu'ils ont peut-être vu à l'occasion du Grand Tour, encore un enfant. Elle sert peut-être également à se figurer comment Mozart se voit lui-même, et à insister sur son caractère encore enfantin par certains aspects. Son nez à la longueur exagérée et ses grands yeux lui donne un visage intense, à la fois pour des émotions non filtrées, à la fois pour le génie qui l'habite. L'auteur met en oeuvre une narration visuelle assez dense, avec souvent des pages comprenant 10 à 12 cases, soit plus que dans une bande dessinée habituelle. Il conçoit des prises de vues adaptées à chaque séquence, avec des plans plus larges lors des déplacements de Mozart dans Paris, et des cadrages prenant souvent les personnages en pied pour les dialogues. Dès la deuxième séquence, l'impression de dessins légers ou rapides a abandonné le lecteur qui peut se projeter dans chaque environnement, et qui se tient aux côtés des interlocuteurs comme s'il était présent pour écouter à la conversation. Porté par une narration visuelle solide, le lecteur suit donc Wolfgang Mozart pendant ces quelques mois. Il sait bien sûr qu'il s'agit d'un compositeur de génie ainsi que d'un musicien virtuose, dont les œuvres ont traversé les époques et ont résisté à l'épreuve du temps. Sous réserve qu'il dispose d'un peu de culture sur sa vie, il sait aussi qu'il fut un enfant prodige exhibé dans les grandes cours d'Europe durant son enfance. Il ressent alors autant de frustration que le musicien n'arrivant pas être pris au sérieux, n'arrivant pas à gagner sa vie. La situation est encore aggravée par le manque de tact de Mozart et par son franc parler, dans une société fonctionnant sur le principe d'une cour. Il enrage de voir que l'évidence n'est pas reconnue. de ce point de vue, l'auteur atteint parfaitement son objectif de montrer un jeune adulte surdoué dans une société qui s'avère incapable de l'entendre. En creux, il présente également le besoin affectif insatisfait du jeune adulte. En filigrane apparait également le pouvoir de la musique, langage universel des émotions. le ressenti du lecteur oscille entre une forme d'énervement à voir un jeune homme aussi talentueux se heurter aux limites des adultes, mais aussi incapable de s'adapter pour gagner la faveur de deux ou trois d'entre eux. Il n'y a ni justice, ni intelligence dans cette situation. Frantz Duchazeau focalise son récit sur une dizaine de mois de la vie de Mozart, essentiellement son séjour à Paris en 1778. Passé une page ou deux, le lecteur se rend compte de la qualité de la narration visuelle, des partis prix effectués sciemment par l'artiste pour être en phase avec la nature du récit. Il suit les déboires d'un génie incapable de s'adapter aux coutumes sociales du milieu dans lequel il essaye de réussir, ainsi que l'aveuglement des adultes incapables de percevoir, et même de ressentir le génie de ce petit homme. Tout le récit s'articule autour de cette frustration permanente qui finit également par gagner le lecteur. Ce dernier ne parvient pas à ressentir assez de sympathie pour ce jeune homme brillant et intransigeant, sans arriver à condamner totalement les adultes qui le reçoivent en le traitant comme un enfant. Il est difficile d'accepter que l'auteur décrive un constat d'échec dans lequel aucune des parties concernées n'ait appris quoi que ce soit, les adultes étant enfermés dans les conventions sociales, le jeune homme dans sa haute estime de lui-même.
La Part des lâches
Pour faire le vide, Aby avait besoin de grand air et d’espace, beaucoup d’espace. De nature aussi, histoire de se reconnecter à l’essentiel après un quotidien professionnel auquel elle ne trouvait plus de sens, et une histoire d’amour confortable, mais un peu plan-plan… Accueillie par sa pote Jet, elle va donc cohabiter dans une grande baraque défraichie en pleine cambrousse, avec trois autres jeunes gens en quête de sens comme elle, désireux d’inventer des modes de vie alternatifs… Le problème avec Aby, c’est que la vie en groupe n’est pas son fort et qu’elle n’avait pas prévu cette éventualité. Pour la retraite en mode ermite, c’est raté ! … Et Aby, peu réceptive à cette vie en communauté « typique bobo » qui ne fait que reproduire les codes de la vie urbaine ultra connectée, sans vraiment l’assumer, va prendre la tangente, s’éclipsant de plus en plus souvent pour aller respirer l’humus puissant et primitif de la forêt (alors que les autres restent avachis sur les canapés). En totale immersion, Aby retrouve un émerveillement enfantin oublié, observe faune et flore autour d’elle, prend plaisir à écouter le bruissement des feuilles et le bourdonnement des abeilles, à humeur l’odeur des plantes et des champignons. D’ailleurs, son intérêt pour ces derniers va s’en trouver renforcé après une rencontre fortuite avec Elie, ancienne babacool un brin misanthrope qui l’initiera à la mycologie, y compris les psylos qui filent des hallus… Bref, toutes ces petites fugues vont créer quelques tensions au sein du groupe, que Jet ne contribuera pas à apaiser. Cachant mal son désir pour Aby, sa bienveillance va s’avérer de plus en plus pesante, jusqu’au dénouement fatal lors d’une teuf sous champis… L’amie qu’était censée être Jet deviendra la relou de service… L’ouvrage bénéficie d’une narration fluide, entrecoupée de longues séquences de silence où l’on marche dans les pas de cette jeune citadine en manque de vert lors de ses escapades dans la nature environnante. C’est évidemment elle le personnage le plus intéressant du récit (au même titre qu’Elie, avec qui elle partage quelques affinités), celle qu’on veut retenir alors qu’elle ne cherche qu’à s’éloigner. Le dessin en bleu-gris monochrome accompagne parfaitement le cheminement d’Aby, c’est un dessin où les sons ont leur importance, plus que dans n’importe quelle BD. En disséminant des onomatopées à tout bout de champ, Marguerite Boutrolle semble vouloir nous inviter à accorder plus d’attention aux « silences » de Dame Nature face au désastre annoncé… Son trait, certes assez fragile et un peu vert, a du potentiel, et la maîtrise est beaucoup plus flagrante pour ce qui est des attitudes des personnages ou du cadrage, qui permet de mettre en relief ces petits détails en apparence anodins, ces petites choses autour de nous que nous ne savons pas ou plus voir, gavés sommes-nous par les artifices technologiques… On peut également souligner la très jolie couverture ! Mais au-delà du trait, c’est aussi le propos qui est digne d’intérêt dans ce roman graphique qui parle d’une génération, celle des jeunes adultes qui vient de quitter l’adolescence et est encore trop jeune pour être prise au sérieux par ses aînés. Si les grands sujets d’actualité apparaissent en toile de fond, cette jeunesse un peu larguée tente de réinventer un mode de vie plus conforme aux enjeux du présent, pas toujours avec conviction, parfois maladroitement, car l’addiction technologique reste vivace. A un niveau beaucoup plus intime, Boutrolle parle de la difficulté à exister au sein d’un groupe, ou plutôt à rester soi-même, et questionne cet instinct grégaire qui fait que parfois, les relations peuvent vite devenir toxiques voire intrusives lorsqu’on ignore les injonctions du collectif. Aby en fera les frais du fait de son comportement solitaire, qui finit par dérouter ses colocataires et laissera poindre d’une manière ou d’une autre les reproches des uns et des autres. Tout cela fait de « La Part des lâches » une lecture captivante, qui réussit à relier l’intime et le sociétal. Ce récit doux-amer et sensible, voire hypersensible, nous interroge sur la capacité de l’être humain à cohabiter harmonieusement avec ses congénères, à accepter l’autre dans son entièreté.
Dans la gueule du loup
Un genre de docu-fiction basé sur ce qu'à vécu la journaliste Anne Nivat (l'héroïne lui ressemble, mais porte un nom différent) lors de ses reportages de guerres et particulièrement la seconde guerre de Tchétchénie. On mélange des scènes du passé avec le présent et c'est les parties en France avec la journaliste qui a une discussion bien intéressante avec un réfugié tchétchène et un arabe français qui a fait un jihad dans sa jeunesse. La partie en Tchétchénie est moins intéressante. Ça se laisse lire sans problème (il faut dire qu'il y a souvent peu de textes sur plusieurs pages d'affilés), mais ayant déjà lu sur cette guerre je n'ai pas eu l'impression d'y apprendre grand chose en dehors d'anecdotes sur ce que ressemble la vie dans une ville en temps de guerre. Le dessin est du réaliste réussi pas du tout figé et sympathique à regarder.
Batman versus Predator
Chose promise, chose due - Ce tome contient une histoire complète, initialement parue en 3 épisodes en 1991/1992, écrite par Dave Gibbons, dessinée par Andy Kubert, encrée par Adam Kubert et mise en couleurs par Sherilyn van Valkenburgh. Sur le ring, Bull Bersaglio et Marcus King s'affrontent pour le titre de champion. Dans les gradins, Leo Brodin (patron de Bersaglio) et Alex Yeager (patron de King) se toisent avec animosité. Pour eux ce match est également le symbole de leur rivalité dans les affaires illicites de Gotham, et le gagnant disposera d'une sorte d'avantage psychologique sur l'autre. Dans une casse d'automobiles, le gardien regarde le match à la télé, lorsque ses chiens se mettent à aboyer. Il est sauvagement éventré alors que l'agresseur invisible s'imprègne de l'identité du champion (de boxe). Peu de temps après le champion est retrouvé éventré dans son penthouse alors qu'il fêtait sa victoire au lit avec sa femme. La police arrive sur place et James Gordon permet à Batman d'inspecter les lieux. Alors qu'il repart, il est observé depuis les toits par un individu qui semble le regarder avec une vision infrarouge. Batman est persuadé que ce meurtre est lié au milieu de la pègre, une forme de vengeance déguisée du perdant. Il fut une époque (plusieurs même) où des éditeurs de maisons différentes pouvaient réussir à bâtir un montage juridique et financier permettant à leurs personnages de se croiser (par exemple Spider-Man & Superman). À la fin des années 1980, Dark Horse agrandit son catalogue en achetant des licences pour publier des comics d'Aliens, de Predator, et aussi de Terminator. Dans la première préface, Dennis O'Neill explique que Dark Horse a proposé ce crossover et qu'il n'a eu qu'à donner son accord, le reste s'est fait tout seul. Dans son introduction, Diana Schutz explique que ce fut un vrai plaisir de travailler avec Gibbons et les frères Kubert, malgré les contraintes générées par l'obligation de faire approuver chaque planche par les propriétaires des droits des personnages (DC et 20th Century Fox). Dave Gibbons explique que l'idée de départ lui a été proposée par Mike Richardson (éditeur en chef de Dark Horse), après avoir constaté le succès de Aliens versus Predator (publié en 1990, le premier film AvP datant de 2004). Dave Gibbons doit s'accommoder de contraintes très fortes, pour bâtir son scénario. Il faut que les 2 personnages (Batman et Predator) soient traités de manière à peu près équilibrée (qu'une licence ne donne pas l'impression d'écraser l'autre, de se faire de l'argent aux dépends de l'autre). Il faut qu'il respecte les caractéristiques principales des 2 personnages. Il faut également qu'il donne aux lecteurs ce que promet le titre : un affrontement en bonne et due forme entre Batman et Predator. Avec ce carcan, le lecteur se doute bien que le résultat suivra un chemin bien balisé, et n'a aucune chance d'être une histoire dans laquelle le scénariste peut laisser libre cours à son imagination, ou se laisser aller à philosopher. Avec ces limitations en tête, il faut reconnaître que Gibbons s'en sort assez bien. À l'évidence, il a lorgné du coté de Dark knight returns de Miller pour le ton du récit. C'est ainsi que le lecteur peut repérer l'usage modéré des journalistes de télévision, une société gangrenée par la corruption (Julius Lieberman, le maire de Gotham, fréquentant ouvertement Leo Brodin et Alex Yeager), un Batman stoïque et inaccessible à l'humour, une armure de Batman haute technologie qui évoque celle du final de Dark knight returns. Malgré tout, Gibbons n'est pas Miller, et le cynisme réactionnaire est absent du récit. Gibbons reprend les formes des dispositifs narratifs de Miller, mais pas leur substance. L'intervention des journalistes n'établit pas des points de vue croisés sur les valeurs véhiculées par la société du spectacle. La corruption des élites n'est qu'un élément de décor peu convaincant. L'ajout d'un prédicateur très intéressé par le montant des offrandes se révèle au final totalement gratuit, juste un élément de décor supplémentaire, sans incidence sur l'intrigue principale. Pour ce qui est du respect des personnages et le combat attendu, Gibbons effectue un travail honorable. Il a choisi un Batman sans Robin, avec un Alfred Pennyworth plus dans l'aide logistique que dans le sarcasme. Il a même l'idée intelligente et originale (dans le contexte des comics de Batman) de montrer que les blessures reçues lors du premier combat ne guérissent pas en 24 heures. Coté Predator, Gibbons reprend l'idée d'un guerrier dont l'objectif est de prouver sa valeur en se mesurant aux combattants les plus valeureux du monde où il se trouve. le lecteur retrouve les caractéristiques physiques de la race du Predator, les trois points rouges du viseur, les armes tranchantes, le filet, et la capacité de répéter 3 mots captés dans une conversation pour un effet comique de répétition (mais pas si désagréable que ça). du coup le lecteur a droit à une histoire qui tient ses promesses (2 affrontements entre Batman et Predator, le dernier occupant les 3 quarts du dernier épisode). Lorsque ce récit est paru, la mise en couleurs par infographie n'existait pas encore. van Valkenburgh choisit une palette de couleurs qui évite les teintes claires et vives propres aux superhéros, mais elle a du mal à obtenir des nuances permettant des contrastes suffisants, ce qui donne quelques planches noyées dans un violet qui mange toutes les formes. Les frères Kubert sont encore au début de leur carrière et ils réalisent des dessins agréables, détaillés, avec une mise en page parfois un peu surchargée, choisissant des angles de vue qui privilégient le mouvement à la lisibilité. Ils sont encore fortement influencés par le style de leur père (pour le meilleur), mais déjà avec une approche plus réaliste et plus détaillée que lui. Ils savent reproduire l'allure et les mouvements du Predator, conformément aux postures établies par le film, sans s'en trouver limités. Leur Batman est convaincant sans avoir la présence de celui de Miller, en étant un peu plus proche de la série mensuelle, mais déjà destiné à de jeunes adultes. Il n'y a que l'armure technologique qui souffre d'une composition un peu trop simple, trop enfantine. Eux aussi abordent le combat final, avec le sérieux nécessaire, et une vision intéressante des échanges de coups, des déplacements dans l'environnement, des mouvements des 2 combattants au fur et à mesure des coups, et entre 2 échanges. le combat n'est pas chorégraphié à outrance, et il prend bien en compte l'agencement des lieux. Les frères Kubert bénéficient d'un scénario qui ne se limite pas à "Batman et Predator se tapent dessus pendant 15 pages", mais qui réservent des surprises, et qui comprend des stratégies construites. L'édition originale se termine avec un portfolio de dessins pleine page réalisés par Mike Kaluta, Chris Warner, Art Adams, Tim Sale, Walt Simonson, Adam Hughes, Matt Wagner, Joe Kubert, John Higgins, Tom Yeates, Steve Rude, Sam Kieth, John Byrne, Jackson Guice, Mike Mignola, Arthur Suydam. - Ce premier affrontement entre Batman et Predator tient ses promesses, sans être d'une intensité ébouriffante. Si vous venez chercher un comics d'action qui respecte les deux personnages, avec un minimum de scénario, vous serez satisfait. Si vous venez chercher une histoire essentielle dans le mythe de Batman ou du Predator, vous serez déçu. Pour les amateurs de ce genre de croisement improbable, sachez que le Predator est revenu affronter Batman deux fois encore : Match de sang et Liens de sang. Batman a également affronté les Aliens dans Batman / Aliens. Superman n'a pas été épargné par ces bébêtes : Superman vs Predator et Superman / Aliens. Et pour les plus gourmands : Superman & Batman versus Aliens & Predator.
Créatures
Après Green Class, voici Créatures qui se veut une nouvelle incursion de la BD française dans le monde de Lovecraft, tout en s'adressant à un public jeune, la BD étant pré-publiée dans Spirou. Et à l'inverse de l'horripilante Green Class, créatures peut être considéré comme une indéniable réussite, malgré quelques écueils. Le postulat de base est le suivant : Nyarlathotep est arrivé sur terre, et les adultes sont devenus comme zombifiés. Les enfants sont livrés à eux-mêmes, et tentent de survivre au quotidien, souvent en petits groupes. Une pré-ado afro-américaine fait tout ce qu'elle peut pour protéger son petit frère albinos, contraint de grandir rapidement dans un monde où les enfants deviennent des proies, en effet les adultes les collectent pour une raison encore inconnue, allant jusqu'à utiliser les parents desdits enfants pour mieux les piéger. Le dessin est bien, l'esthétique est un bel hommage à l'univers Lovecraftien, dont l'essence semble avoir été comprise par l'auteur. Les seuls défauts sont quelques persos un peu horripilants, et le côté très inspiré de Seuls (série que je déteste au passage). Je suis assez impatient de voir la suite, le premier tome se concluant sur une note très sinistre, en espérant que les tomes suivants seront du même niveau. MAJ 01/06/2024: Après la parution des trois tomes qui ont suivi, je me dois hélas de revoir la note légèrement à la baisse au vu de ce qui a suivi. Les tomes 2 à 4 ne parviennent en effet pas à retrouver l'atmosphère quasi-désespérée qui domine le premier tome. Le tome 2 est correct, mais dans la continuité du premier : dans le sens où c'est "juste" une suite sans faire véritablement avancer l'intriguer, un peu comme un remake du premier, toutes proportions gardés. Les tome 3 et 4 au contraire font bien progresser l'histoire, mais sont assez simplifiés, et plus, disons infantiles, on a un peu l'impression que le public visé a rajeuni. La résolution laisse même une légère déception, car c'est un peu trop simple à mon goût. Reste un premier tome proprement brillant, et trois tomes qui sont davantage orientés jeunesse, mais malgré tout dans le haut du panier.
Swamp
Je rejoins l'avis de Mac Arthur sur ce one-shot. On suit trois gamins issus de milieux et de couleurs différences dans le sud américain ségrégationniste des années 30. Ils s'amusent et vont apprendre petit à petit le coté sombre de leur société. C'est un genre de récit initiatique où les gamins vont connaitre le monde des adultes, mais au final il ne se passe pas grand chose et on comprend tout ce qui va se passer rien qu'en lisant la quatrième de couverture. Cela reste une lecture agréable à cause du dessin qui est pas mal et les personnages principaux sont attachants. C'est intéressant de voir la société du sud profond vu par les yeux d'enfants qui comprends qu'il y a des règles à suivre absolument, mais qui ne savent pas à quel point la société peut être violent. Le problème s'est qu'au final ça ne mène nulle part. Il ne faut pas s'attendre à un récit remplit d'actions.
Blacking out
Rien d’extraordinaire dans cet album, mais c’est quand même une lecture agréable. Un petit moment de lecture pas prise de tête, vite lue – sans doute rapidement oubliée aussi, hélas – mais je ne regrette pas mon emprunt. Le dessin n’est pas très fouillé, mais il fait le boulot. L’intrigue elle-même est aussi légère (un ancien flic revient dans le bled où il travaillat à l'occasion d'un procès, il pense que l'accusé est innocent, et cherche à le prouver). Il y a peu de textes, ça parait très linéaire sur une bonne partie du récit. Comme la quatrième de couverture nous promettait un rebondissement final, je guettais les indices, multipliait les suspects, jusqu’aux dernières pages. Alors, effectivement, je ne l’avais pas vu venir. Mais, à bien y repenser, j’ai trouvé tout ça trop facile, trop « forcé », et pour tout dire peu crédible. Mais bon, ça n’enlève qu’une partie du plaisir de lecture, globalement satisfaisante. Note réelle 2,5/5.
Clocki
Voilà un album étrange, étonnant. En tout cas difficile à « caser », que ce soit pour le genre, mais aussi pour le public visé. Car si une grande partie de l’histoire s’adresse à un jeune lectorat (que ce soit les personnages, le dessin, mais aussi les décors, entre dessins animés et parcs d’attractions), une partie du texte (généralement déclamé en voix off) use de mots parfois plus adultes. Et surtout, le côté « rose bonbon », gentillet de chaque début de chapitre est suivi à chaque fois par la désillusion, une certaine noirceur (« ça se finit mal » - même si c’est un peu atténué par une petite pichenette). Un positionnement qui peut dérouter. On ne peut par contre pas rester insensible au charme graphique de cet album. D’abord parce que misma a fait un superbe travail éditorial (belle maquette, papier épais). Ensuite parce que Mathias Martinez a su développer un univers graphique original et attractif. Tout en rondeurs, dans un style cartoon revisité, alternant planches avec des gros plans et d’autres plus amples, parfois pleine page, remplies, débordant de détails (certaines ayant des airs de « Où est Charlie ? »), son dessin propose quelque chose de faussement enfantin – et en cela (entre autres), il est raccord avec les récits. La colorisation quasi en bichromie, ajoute au côté cartoon je trouve. Quant au trait, il y a du Disney première époque, mais aussi quelque chose qui m’a fait penser à quelques auteurs BD underground (Woodring, Taillefer ou Cooper). J'ai vraiment bien aimé cet aspect. Note réelle 3,5/5.