Un récit de science-fiction original qui mêle post-apocalyptique et contact avec une civilisation extraterrestre radicalement différente de l'humanité.
J'ai immédiatement accroché au dessin de Ben Stenbeck, que j'ai trouvé excellent. Les décors, les couleurs, les ambiances et surtout le design des extraterrestres sont remarquables. J'ai particulièrement aimé l'alien que l'on suit, curieux, bienveillant et sincèrement intéressé par les humains qu'il observe. On est à mille lieues des envahisseurs hostiles ou des civilisations incompréhensibles habituelles, tout en conservant quelque chose de profondément étrange dans sa biologie, sa technologie et ses capacités.
En parallèle, l'humanité a sombré dans une barbarie post-apocalyptique faite de violence, d'esclavage et de cannibalisme. Le récit suit un jeune orphelin ayant survécu seul dans cet environnement sauvage, presque comme un animal, mais doté d'une réelle intelligence qui attire l'attention de l'extraterrestre. À cela s'ajoute une menace particulièrement réussie : un robot survivant d'une ancienne multinationale, devenu une sorte d'horreur mécanique qui interprète ses directives résiduelles comme un ordre d'exterminer et dépecer tous les humains présents sur son territoire.
L'ensemble est prenant, bien rythmé et rempli de bonnes idées. J'ai beaucoup aimé la rencontre entre ces deux mondes et les questions qu'elle soulève. C'est d'ailleurs ce qui rend la fin si frustrante. Le récit s'interrompt presque au moment où il commence à explorer les conséquences de cette rencontre. J'aurais adoré en apprendre davantage sur la civilisation extraterrestre, sur ses motivations et sur ce que la relation entre les deux héros pouvait apporter à une Terre en ruines.
J'en ressors donc avec une impression positive mais aussi un sentiment de frustration. Poussière d'os possède un énorme potentiel, quelques réminiscences de Niourk dans son dernier mouvement, et un univers fascinant que j'aurais aimé voir développé bien davantage.
Un album qui mélange le fantastique et l'humour. L'autrice a une très bonne idée de départ: les vampires ont besoin du sang des humains pour survivre. Mais qu'est-ce qui arrive s'il y a une épidémie de zombie et que les humains deviennent une denrée rare ?
L'autrice utilise bien son idée et la relation entre le vampire et son groupe d'humains va changer au fil des pages lorsque les humains se rendent compte que le vampire est dépendant d'eux et vont en profiter pour changer la hiérarchie de pouvoir. Au travers ce récit, on peut voir une critique de la société actuelle avec le vampire comme l'ultra-riche qui a besoin des pauvres et les pauvres qui se rendent compte qu'ils ont du pouvoir. Il y a des rebondissements tout le long de l'album et l'humour fonctionne bien. Je trouve toutefois que la souffle retombe dans le dernier tiers lorsqu'un autre vampire débarque. J'ai l'impression qu'on finit un moment par tourner un peu en ronds. Heureusement, la fin est pas mal.
En gros, un album sympa à lire, mais dont je conseil surtout un emprunt parce que c'est pas assez mémorable pour que j'ai envie de relire l'album un jour.
La première chose que l’on observe, c’est que la qualité éditoriale est au rendez-vous. L’ouvrage, petit pavé de près de 300 pages, est présenté dans une édition soignée, avec une très belle couverture. Mais surtout, ce qui laisse admiratif, c’est la beauté du dessin de Jade Khoo. Du haut de ses 28 ans, la jeune Française, dont c’est la deuxième publication après « Zoc » (Dargaud), fait preuve d’un talent indéniable, et son approche graphique est très innovante. Son trait délicat, un rien enfantin en ce qui concerne les personnages, est parsemé d’effets 3D très réussis sans être ostentatoires, ce qui est peu surprenant quand on apprend que la jeune femme a travaillé dans l’animation. Les tonalités sont très variées et démontrent une utilisation judicieuse de la couleur selon les ambiances, chatoyantes pour les scènes diurnes, plus nuancées et parfois en dégradé pastel pour le reste. Ses personnages au look androgyne suggèrent une influence de la BD asiatique, avec un univers évoquant immédiatement Hayao Miyazaki. Il paraît dès lors évident que son enfance fut bercée par les dessins animés du maître japonais.
Quant à l’aspect narratif, je serai malheureusement moins enthousiaste. Sous des apparences de BD jeunesse, le scénario est assez complexe, pour ne pas dire compliqué. C’est sans doute le point faible de cet album qui part dans tous les sens, et fait que l’on s’y perd un peu. Jade Khoo a peut-être commis l'erreur d'y mettre trop de choses, trop de détails, rendant le propos un brin alambiqué. On hésiterait presque à parler de science fiction et d’ailleurs cela ne saute pas aux yeux dans les premières pages (l’histoire se déroule sur une Lune terraformée s’accompagnant d’un « clonage » des sites terrestres, l’objectif de départ étant qu’elle serve de garde-manger à une Terre surpeuplée). Le jeune héros de l’histoire, Othello, est confronté à une situation familiale tumultueuse. Indirectement responsable de la mort de son paternel, il coupera les ponts avec la mère manipulatrice. Parallèlement, il est passionné d’ornithologie (tout comme l’autrice) et envisage d’en faire son métier, un rêve brisé par son séjour en orphelinat.
Et puis il y a cette histoire d’amitié avec Ange, qu’il revoit, presque comme si de rien n’était, après de longues années d’absence inexplicables... Par l’entremise de ce dernier, il rejoindra un groupe d’ornithologues doté de fonds substantiels dont il sera amené à questionner l’origine un peu douteuse… Tout un contexte avec en toile de fond politico-économique et écologique les relations tendues entre la Terre surpeuplée (qu’on ne verra que très brièvement) et son satellite paradisiaque qui cherche à couper le cordon avec la planète matricielle.
Si d’un point de vue graphique, je reste tout à fait séduit par la beauté et la poésie visuelles, je suis moins convaincu par la narration « multidirectionnelle » qui handicape la fluidité de la lecture. On dénombre par ailleurs quelques anachronismes et incohérences, et pour tout dire, le manque de consistance scientifique fait qu’on ne rentre jamais vraiment dedans. La multiplication des personnages, aux expressions un peu lisses, ne contribue pas à faire mentir cette impression, tandis que les digressions intimistes peinent à faire jaillir l’émotion. Cela se veut profond, mais au final, cela reste un peu superficiel.
C’est dommage, mais si cette critique peut paraître sévère en ce qui concerne le récit, elle ne se veut que constructive, car l’album révèle une autrice originale que l’on est disposé à suivre avec intérêt. Un tome 2 est prévu, et pour convaincre totalement, Jade Khoo devra à l’évidence mettre l’accent sur la narration, encore un peu verte à ce stade si je puis dire.
Je ne sais pas trop où va nous mener l’intrigue, ni comment l'auteur va conclure cette histoire (j’ai lu les deux tomes parus pour le moment). Mais l’intrigue, si elle se laisse lire et si elle n’est pas dénuée d’intérêt n’est en fait pas essentielle (quoi que).
Car LePixx mise surtout sur le rythme l’action. C’est survitaminé, une sorte de « SF Spaghetti » où le peu de personnages qui nous sont proposés finissent rapidement le crâne défoncé par quelques pruneaux lâchés à bout portant, les tueurs étant tués par des tueurs, eux-mêmes éliminés par des nettoyeurs.
On est clairement dans de la SF popcorn qui ne se prend pas la tête, un petit défouloir qui lorgne vers des série B américaines. Une intrigue pas fouillée donc, mais la narration est quand même fluide, accrocheuse.
Dessin et colorisation (cette dernière changeant de préposé entre les deux tomes parus) accompagnent plutôt bien le récit. Certaines étendues désertiques, avec quelques gros grains pour rendre les décors moins lisses font penser à quelques planches de Moebius (sans jamais atteindre son épure et son style poétique).
Clairement pas inoubliable, mais une lecture détente bien calibrée pour reposer ses neurones.
C’est une idée sympa au départ : combiner bande dessinée et musique. Simplement, ici, il y a très peu de bande dessinée. Une quinzaine de pages au petit format, avec une petite biographie, c’est le cas de Ray Charles. Ou alors tout juste quelques détails anecdotiques. Les dessins sont assez simples et lisibles. Quant aux CDs, le jazz des années 30 à 60 est le genre de musique que j’écoute le plus, avec la Bossa Nova authentique. Je pense que j’ai presque tous les numéros de cette collection. Mais l’intérêt dépend beaucoup du fait de posséder déjà une discothèque conséquente ou non.
Une aventure humoristique des Schtroumpfs revisitée par Tébo, qui s'amuse avec les codes de l'univers de Peyo tout en y injectant son propre style graphique et son goût pour la déconnade.
J'ai passé un moment sympathique avec cet album qui ressemble finalement beaucoup à ce que j'attendais de Tébo. Son dessin fonctionne très bien dans ce registre léger et humoristique. J'aime bien son côté dynamique, exagéré et parfois presque cartoon, voire jeu vidéo d'arcade dans certaines séquences d'action ou de poursuite. Ce n'est pas du tout du Peyo, mais l'auteur ne cherche pas à l'imiter et préfère clairement se réapproprier l'univers à sa manière.
L'histoire est agréable à suivre, avec un rythme soutenu, quelques bonnes idées et plusieurs clins d'œil aux éléments emblématiques de l'univers de Peyo. C'est divertissant, souvent amusant, même si je n'ai jamais vraiment éclaté de rire. J'ai davantage souri devant certaines situations ou certains détournements des codes de la série que réellement trouvé l'album hilarant. Il n'apporte pas grand-chose à l'univers des Schtroumpfs ou à celui de Peyo en général.
C'est une récréation réussie, un hommage sympathique et bien exécuté, mais qui reste avant tout un exercice de style. Je l'ai lu avec plaisir, sans ennui, mais sans non plus y trouver quoi que ce soit de particulièrement marquant.
Encelade est l'adaptation en BD du premier roman de Romain Benassaya, Arca , à ne pas confondre avec la BD Arca du même scénariste, qui se déroule pourtant dans le même univers sans lien direct entre les deux histoires, si ce n’est une discrète mention de la disparition des Arca I et III par le commandement de l’Arca XVII.
C'est de la SF ambitieuse, très proche dans son point de départ de ce que peut proposer la série The Expanse. On retrouve en effet une humanité au bord d’un basculement, la découverte d’un cristal aux propriétés quasi surnaturelles permettant les voyages interstellaires, des tensions politiques entre la Terre et Mars, et une atmosphère de thriller spatial avec détectives et enjeux militaires. Mais passé ces quelques ressemblances, l’histoire se recentre assez vite sur le vaisseau Arca XVII, son fonctionnement interne et surtout le mystère du cristal, autour duquel se développe une secte clandestine qui va provoquer une insurrection à bord avec l’aide de créatures insectoïdes, avant que le récit ne parte encore plus loin vers des enjeux de voyage dans l’espace et le temps.
Le graphisme de Joan Urgell m’a surpris. J’ai eu le sentiment de ne pas retrouver la finesse de trait dont il faisait preuve dans Arca. Je lui reprochais alors la rigidité et la manque d'expressivité de ses visages. On dirait qu'il a essayé de compenser cela en donnant des bouches plus vivantes à ses personnages, mais ça leur donne un aspect simiesque assez ridicule, mais aussi quelques sourires ou expressions plus outrées horriblement ratés, limite effrayants. Qui plus est, leurs traits sont assez changeants et pour peu que leurs coiffures se ressemblent, comme celles des deux héroïnes, on en vient beaucoup trop souvent à les confondre et ne même pas être sûr de qui on voit dans certaines scènes. Par contre, les scènes spatiales, le vaisseau et autres décors sont réussis, de même que les couleurs.
J’ai trouvé l'histoire assez prenante dans son entame, avec une mise en place crédible et un vrai sentiment de mystère autour de ce cristal et des tensions naissantes. En revanche, dès que les événements s’emballent, j’ai eu une impression de confusion assez nette, avec des réactions de personnages pas toujours très lisibles et une narration qui s'embrouille. Cela s’accentue encore lorsque le récit bascule vers des dimensions plus complexes. Jusqu’à une résolution finale qui m’a paru presque trop simple au regard de la menace globale mise en place. Le fait que tout se débloque finalement par une action très ponctuelle de l’héroïne affectant une unique personne m’a laissé une impression de déséquilibre entre l’ampleur des enjeux et la facilité apparente de leur résolution, même si les auteurs laissent toujours planer un peu la menace sur la toute dernière case.
C'est un récit de SF plein d'ambition mais parfois trop dense ou confus dans son exécution narrative qui manque de fluidité. Le dessin, inégal en particulier concernant les visages, contribue aussi à cette impression de flottement, même s’il conserve une vraie force dans les environnements et la dimension spatiale. Bref, une impression mi-figue mi-raisin même si je n'ai pas passé un mauvais moment.
Cette bande qui réunit le duo Abuli/Bernet a bénéficié d'une attention particulière concernant la qualité d'édition : grand format, papier épais.
C'est un bel écrin pour contenir le superbe noir et blanc de Bernet.
On aurait aimer retrouver ce soin dans la narration, qui est une satire des codes du western spaghetti.
Ce n'est pas ce qu'Abuli a produit de pire mais c'est un cran en dessous de Torpedo.
Une lecture divertissante mais qui s'oublie très vite.
Une petite fable contemporaine mettant en scène un vieil homme acariâtre et misanthrope, une petite héroïne pleine d’énergie et de candeur, et un antagoniste riche et franchement malveillant dans un récit de rédemption et de bons sentiments.
J'ai trouvé cette lecture globalement sympathique, portée par une dynamique de conte de Noël autour de la transformation des personnages et de la confrontation entre solitude, innocence et méchanceté assumée, avec une trajectoire assez classique mais efficace.
Le héros rappelle évidemment le personnage de Scrooge. En face, la petite héroïne est très mignonne, extrêmement énergique, un peu trop parfaite pour être totalement crédible. L’antagoniste suit un peu la même logique, avec une méchanceté très directe, presque caricaturale, qui simplifie fortement les enjeux.
Malgré cela, l’histoire tient relativement bien la route. Le récit est simple mais cohérent, avec quelques touches d'humour, et j'ai apprécié qu’il avance sans réelle rupture de ton ni incohérence majeure. On est dans quelque chose de très balisé, mais qui reste lisible et suffisamment fluide pour fonctionner jusqu’au bout. L’ensemble sent parfois un peu trop la guimauve, avec une progression émotionnelle assez prévisible, mais qui garde malgré tout une certaine efficacité dans son exécution.
Quant au dessin, il m'a beaucoup plu. J’y ai trouvé une vraie qualité d’ambiance et de mise en scène, avec une douceur visuelle qui m’a parfois fait penser à Michel Plessix, notamment dans la manière de traiter les personnages et les atmosphères. C’est clairement un des points forts de l’album, avec un style agréable et expressif qui accompagne bien le ton du récit.
J’en ressors avec une impression globalement positive, une lecture agréable et bien réalisée, mais un peu trop sucrée et appuyée pour vraiment me convaincre pleinement sur la durée.
Les éditions 2024 (désormais 2042 !) ont publié cet album en partenariat avec les éditions de la BNF. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ce travail éditorial est de toute beauté (comme à chaque fois pour cette grande petite maison d’édition strasbourgeoise serais-je tenté d’écrire).
Un très très grand format. Je ne sais pas si c’est pour garder le format de la parution initiale en revue – voir la fiche pour les références, mais en tout cas ça facilite la lecture, car sinon les cases auraient sans doute été un chouia trop petites.
La publication initiale des trois histoires regroupées ici date du début du XXème siècle. On y retrouve donc des caractéristiques de cette époque « préhistorique » de la BD, à savoir de multiples petites cases, avec un texte en dessous de chaque case.
En fin d’album, un très beau dossier d’une douzaine de pages, qui replace bien l’album dans son contexte, et donne au lecteur de nombreuses pistes pour approfondir sa lecture, et sur la « postérité » de ces histoires et de ce type de SF fantaisiste en général.
Le texte est abondant, parfois indigeste, très « explicatif », prenant le temps de raconter une histoire dense, il faut s’y faire.
C’est de la SF d’avant la SF de papa. Une SF qui ne s’embarrasse pas de crédibilité scientifique, ce qui lui donne une patine intéressante aujourd’hui, renforçant les aspects poétiques et décalés. On est entre Méliès et certains albums de Vuillier (pour reprendre un auteur publié par ces mêmes éditions 2024 : voir Le Voyage Céleste Extatique).
Des savants, des découvertes, des situations, des animaux, personnages tous aux confins du monde connu (Lune, Mars) et de l’imagination de l’auteur (dont je n’avais jamais entendu parler). On ne cherche pas encore à ancrer les intrigues dans le sérieux. Place à l’aventure fantaisiste, à la science des rêveurs : les professeurs Theodolitus, Diplodocus et Polycarpe (qui apportent chacun une fausse caution scientifique dans chacune des histoires successivement reprises ici) ont le sérieux de Tournesol sans en avoir la loufoquerie. On cherche vraiment à nous faire croire à ce sérieux (seuls quelques jeux de mots sur certains noms de personnages, comme l’ingénieur Troisix par exemple) nous font un peu dévier de cette idée. Mais leur sérieux fait l’impasse sur la réalité, pour s’épanouir dans les possibles imaginaires.
J’ai lu cet imposant album par petites touches, et j’admets avoir zappé quelques textes parfois, car c’est quand même très chargé. Pour un lecteur contemporain, mais il ne faut pas oublier que c’était publié en revue à raison de deux pages par numéros…
Et cette SF fantaisiste devait quand même faire du bien aux lecteurs qui l’ont découverte durant la boucherie de la Première guerre mondiale.
Une curiosité, qui a forcément énormément vieilli, mais qui conserve quand même suffisamment de fraicheur pour intéresser les lecteurs curieux de découvrir une des œuvres pionnières de la BD francophone. Et c’est un très bel objet !
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Poussière d'os
Un récit de science-fiction original qui mêle post-apocalyptique et contact avec une civilisation extraterrestre radicalement différente de l'humanité. J'ai immédiatement accroché au dessin de Ben Stenbeck, que j'ai trouvé excellent. Les décors, les couleurs, les ambiances et surtout le design des extraterrestres sont remarquables. J'ai particulièrement aimé l'alien que l'on suit, curieux, bienveillant et sincèrement intéressé par les humains qu'il observe. On est à mille lieues des envahisseurs hostiles ou des civilisations incompréhensibles habituelles, tout en conservant quelque chose de profondément étrange dans sa biologie, sa technologie et ses capacités. En parallèle, l'humanité a sombré dans une barbarie post-apocalyptique faite de violence, d'esclavage et de cannibalisme. Le récit suit un jeune orphelin ayant survécu seul dans cet environnement sauvage, presque comme un animal, mais doté d'une réelle intelligence qui attire l'attention de l'extraterrestre. À cela s'ajoute une menace particulièrement réussie : un robot survivant d'une ancienne multinationale, devenu une sorte d'horreur mécanique qui interprète ses directives résiduelles comme un ordre d'exterminer et dépecer tous les humains présents sur son territoire. L'ensemble est prenant, bien rythmé et rempli de bonnes idées. J'ai beaucoup aimé la rencontre entre ces deux mondes et les questions qu'elle soulève. C'est d'ailleurs ce qui rend la fin si frustrante. Le récit s'interrompt presque au moment où il commence à explorer les conséquences de cette rencontre. J'aurais adoré en apprendre davantage sur la civilisation extraterrestre, sur ses motivations et sur ce que la relation entre les deux héros pouvait apporter à une Terre en ruines. J'en ressors donc avec une impression positive mais aussi un sentiment de frustration. Poussière d'os possède un énorme potentiel, quelques réminiscences de Niourk dans son dernier mouvement, et un univers fascinant que j'aurais aimé voir développé bien davantage.
Les Moribonds
Un album qui mélange le fantastique et l'humour. L'autrice a une très bonne idée de départ: les vampires ont besoin du sang des humains pour survivre. Mais qu'est-ce qui arrive s'il y a une épidémie de zombie et que les humains deviennent une denrée rare ? L'autrice utilise bien son idée et la relation entre le vampire et son groupe d'humains va changer au fil des pages lorsque les humains se rendent compte que le vampire est dépendant d'eux et vont en profiter pour changer la hiérarchie de pouvoir. Au travers ce récit, on peut voir une critique de la société actuelle avec le vampire comme l'ultra-riche qui a besoin des pauvres et les pauvres qui se rendent compte qu'ils ont du pouvoir. Il y a des rebondissements tout le long de l'album et l'humour fonctionne bien. Je trouve toutefois que la souffle retombe dans le dernier tiers lorsqu'un autre vampire débarque. J'ai l'impression qu'on finit un moment par tourner un peu en ronds. Heureusement, la fin est pas mal. En gros, un album sympa à lire, mais dont je conseil surtout un emprunt parce que c'est pas assez mémorable pour que j'ai envie de relire l'album un jour.
Terre ou Lune
La première chose que l’on observe, c’est que la qualité éditoriale est au rendez-vous. L’ouvrage, petit pavé de près de 300 pages, est présenté dans une édition soignée, avec une très belle couverture. Mais surtout, ce qui laisse admiratif, c’est la beauté du dessin de Jade Khoo. Du haut de ses 28 ans, la jeune Française, dont c’est la deuxième publication après « Zoc » (Dargaud), fait preuve d’un talent indéniable, et son approche graphique est très innovante. Son trait délicat, un rien enfantin en ce qui concerne les personnages, est parsemé d’effets 3D très réussis sans être ostentatoires, ce qui est peu surprenant quand on apprend que la jeune femme a travaillé dans l’animation. Les tonalités sont très variées et démontrent une utilisation judicieuse de la couleur selon les ambiances, chatoyantes pour les scènes diurnes, plus nuancées et parfois en dégradé pastel pour le reste. Ses personnages au look androgyne suggèrent une influence de la BD asiatique, avec un univers évoquant immédiatement Hayao Miyazaki. Il paraît dès lors évident que son enfance fut bercée par les dessins animés du maître japonais. Quant à l’aspect narratif, je serai malheureusement moins enthousiaste. Sous des apparences de BD jeunesse, le scénario est assez complexe, pour ne pas dire compliqué. C’est sans doute le point faible de cet album qui part dans tous les sens, et fait que l’on s’y perd un peu. Jade Khoo a peut-être commis l'erreur d'y mettre trop de choses, trop de détails, rendant le propos un brin alambiqué. On hésiterait presque à parler de science fiction et d’ailleurs cela ne saute pas aux yeux dans les premières pages (l’histoire se déroule sur une Lune terraformée s’accompagnant d’un « clonage » des sites terrestres, l’objectif de départ étant qu’elle serve de garde-manger à une Terre surpeuplée). Le jeune héros de l’histoire, Othello, est confronté à une situation familiale tumultueuse. Indirectement responsable de la mort de son paternel, il coupera les ponts avec la mère manipulatrice. Parallèlement, il est passionné d’ornithologie (tout comme l’autrice) et envisage d’en faire son métier, un rêve brisé par son séjour en orphelinat. Et puis il y a cette histoire d’amitié avec Ange, qu’il revoit, presque comme si de rien n’était, après de longues années d’absence inexplicables... Par l’entremise de ce dernier, il rejoindra un groupe d’ornithologues doté de fonds substantiels dont il sera amené à questionner l’origine un peu douteuse… Tout un contexte avec en toile de fond politico-économique et écologique les relations tendues entre la Terre surpeuplée (qu’on ne verra que très brièvement) et son satellite paradisiaque qui cherche à couper le cordon avec la planète matricielle. Si d’un point de vue graphique, je reste tout à fait séduit par la beauté et la poésie visuelles, je suis moins convaincu par la narration « multidirectionnelle » qui handicape la fluidité de la lecture. On dénombre par ailleurs quelques anachronismes et incohérences, et pour tout dire, le manque de consistance scientifique fait qu’on ne rentre jamais vraiment dedans. La multiplication des personnages, aux expressions un peu lisses, ne contribue pas à faire mentir cette impression, tandis que les digressions intimistes peinent à faire jaillir l’émotion. Cela se veut profond, mais au final, cela reste un peu superficiel. C’est dommage, mais si cette critique peut paraître sévère en ce qui concerne le récit, elle ne se veut que constructive, car l’album révèle une autrice originale que l’on est disposé à suivre avec intérêt. Un tome 2 est prévu, et pour convaincre totalement, Jade Khoo devra à l’évidence mettre l’accent sur la narration, encore un peu verte à ce stade si je puis dire.
Hot Space
Je ne sais pas trop où va nous mener l’intrigue, ni comment l'auteur va conclure cette histoire (j’ai lu les deux tomes parus pour le moment). Mais l’intrigue, si elle se laisse lire et si elle n’est pas dénuée d’intérêt n’est en fait pas essentielle (quoi que). Car LePixx mise surtout sur le rythme l’action. C’est survitaminé, une sorte de « SF Spaghetti » où le peu de personnages qui nous sont proposés finissent rapidement le crâne défoncé par quelques pruneaux lâchés à bout portant, les tueurs étant tués par des tueurs, eux-mêmes éliminés par des nettoyeurs. On est clairement dans de la SF popcorn qui ne se prend pas la tête, un petit défouloir qui lorgne vers des série B américaines. Une intrigue pas fouillée donc, mais la narration est quand même fluide, accrocheuse. Dessin et colorisation (cette dernière changeant de préposé entre les deux tomes parus) accompagnent plutôt bien le récit. Certaines étendues désertiques, avec quelques gros grains pour rendre les décors moins lisses font penser à quelques planches de Moebius (sans jamais atteindre son épure et son style poétique). Clairement pas inoubliable, mais une lecture détente bien calibrée pour reposer ses neurones.
Ray Charles
C’est une idée sympa au départ : combiner bande dessinée et musique. Simplement, ici, il y a très peu de bande dessinée. Une quinzaine de pages au petit format, avec une petite biographie, c’est le cas de Ray Charles. Ou alors tout juste quelques détails anecdotiques. Les dessins sont assez simples et lisibles. Quant aux CDs, le jazz des années 30 à 60 est le genre de musique que j’écoute le plus, avec la Bossa Nova authentique. Je pense que j’ai presque tous les numéros de cette collection. Mais l’intérêt dépend beaucoup du fait de posséder déjà une discothèque conséquente ou non.
Qui est ce schtroumpf ?
Une aventure humoristique des Schtroumpfs revisitée par Tébo, qui s'amuse avec les codes de l'univers de Peyo tout en y injectant son propre style graphique et son goût pour la déconnade. J'ai passé un moment sympathique avec cet album qui ressemble finalement beaucoup à ce que j'attendais de Tébo. Son dessin fonctionne très bien dans ce registre léger et humoristique. J'aime bien son côté dynamique, exagéré et parfois presque cartoon, voire jeu vidéo d'arcade dans certaines séquences d'action ou de poursuite. Ce n'est pas du tout du Peyo, mais l'auteur ne cherche pas à l'imiter et préfère clairement se réapproprier l'univers à sa manière. L'histoire est agréable à suivre, avec un rythme soutenu, quelques bonnes idées et plusieurs clins d'œil aux éléments emblématiques de l'univers de Peyo. C'est divertissant, souvent amusant, même si je n'ai jamais vraiment éclaté de rire. J'ai davantage souri devant certaines situations ou certains détournements des codes de la série que réellement trouvé l'album hilarant. Il n'apporte pas grand-chose à l'univers des Schtroumpfs ou à celui de Peyo en général. C'est une récréation réussie, un hommage sympathique et bien exécuté, mais qui reste avant tout un exercice de style. Je l'ai lu avec plaisir, sans ennui, mais sans non plus y trouver quoi que ce soit de particulièrement marquant.
Encelade
Encelade est l'adaptation en BD du premier roman de Romain Benassaya, Arca , à ne pas confondre avec la BD Arca du même scénariste, qui se déroule pourtant dans le même univers sans lien direct entre les deux histoires, si ce n’est une discrète mention de la disparition des Arca I et III par le commandement de l’Arca XVII. C'est de la SF ambitieuse, très proche dans son point de départ de ce que peut proposer la série The Expanse. On retrouve en effet une humanité au bord d’un basculement, la découverte d’un cristal aux propriétés quasi surnaturelles permettant les voyages interstellaires, des tensions politiques entre la Terre et Mars, et une atmosphère de thriller spatial avec détectives et enjeux militaires. Mais passé ces quelques ressemblances, l’histoire se recentre assez vite sur le vaisseau Arca XVII, son fonctionnement interne et surtout le mystère du cristal, autour duquel se développe une secte clandestine qui va provoquer une insurrection à bord avec l’aide de créatures insectoïdes, avant que le récit ne parte encore plus loin vers des enjeux de voyage dans l’espace et le temps. Le graphisme de Joan Urgell m’a surpris. J’ai eu le sentiment de ne pas retrouver la finesse de trait dont il faisait preuve dans Arca. Je lui reprochais alors la rigidité et la manque d'expressivité de ses visages. On dirait qu'il a essayé de compenser cela en donnant des bouches plus vivantes à ses personnages, mais ça leur donne un aspect simiesque assez ridicule, mais aussi quelques sourires ou expressions plus outrées horriblement ratés, limite effrayants. Qui plus est, leurs traits sont assez changeants et pour peu que leurs coiffures se ressemblent, comme celles des deux héroïnes, on en vient beaucoup trop souvent à les confondre et ne même pas être sûr de qui on voit dans certaines scènes. Par contre, les scènes spatiales, le vaisseau et autres décors sont réussis, de même que les couleurs. J’ai trouvé l'histoire assez prenante dans son entame, avec une mise en place crédible et un vrai sentiment de mystère autour de ce cristal et des tensions naissantes. En revanche, dès que les événements s’emballent, j’ai eu une impression de confusion assez nette, avec des réactions de personnages pas toujours très lisibles et une narration qui s'embrouille. Cela s’accentue encore lorsque le récit bascule vers des dimensions plus complexes. Jusqu’à une résolution finale qui m’a paru presque trop simple au regard de la menace globale mise en place. Le fait que tout se débloque finalement par une action très ponctuelle de l’héroïne affectant une unique personne m’a laissé une impression de déséquilibre entre l’ampleur des enjeux et la facilité apparente de leur résolution, même si les auteurs laissent toujours planer un peu la menace sur la toute dernière case. C'est un récit de SF plein d'ambition mais parfois trop dense ou confus dans son exécution narrative qui manque de fluidité. Le dessin, inégal en particulier concernant les visages, contribue aussi à cette impression de flottement, même s’il conserve une vraie force dans les environnements et la dimension spatiale. Bref, une impression mi-figue mi-raisin même si je n'ai pas passé un mauvais moment.
Snake
Cette bande qui réunit le duo Abuli/Bernet a bénéficié d'une attention particulière concernant la qualité d'édition : grand format, papier épais. C'est un bel écrin pour contenir le superbe noir et blanc de Bernet. On aurait aimer retrouver ce soin dans la narration, qui est une satire des codes du western spaghetti. Ce n'est pas ce qu'Abuli a produit de pire mais c'est un cran en dessous de Torpedo. Une lecture divertissante mais qui s'oublie très vite.
Un Pas vers les Etoiles
Une petite fable contemporaine mettant en scène un vieil homme acariâtre et misanthrope, une petite héroïne pleine d’énergie et de candeur, et un antagoniste riche et franchement malveillant dans un récit de rédemption et de bons sentiments. J'ai trouvé cette lecture globalement sympathique, portée par une dynamique de conte de Noël autour de la transformation des personnages et de la confrontation entre solitude, innocence et méchanceté assumée, avec une trajectoire assez classique mais efficace. Le héros rappelle évidemment le personnage de Scrooge. En face, la petite héroïne est très mignonne, extrêmement énergique, un peu trop parfaite pour être totalement crédible. L’antagoniste suit un peu la même logique, avec une méchanceté très directe, presque caricaturale, qui simplifie fortement les enjeux. Malgré cela, l’histoire tient relativement bien la route. Le récit est simple mais cohérent, avec quelques touches d'humour, et j'ai apprécié qu’il avance sans réelle rupture de ton ni incohérence majeure. On est dans quelque chose de très balisé, mais qui reste lisible et suffisamment fluide pour fonctionner jusqu’au bout. L’ensemble sent parfois un peu trop la guimauve, avec une progression émotionnelle assez prévisible, mais qui garde malgré tout une certaine efficacité dans son exécution. Quant au dessin, il m'a beaucoup plu. J’y ai trouvé une vraie qualité d’ambiance et de mise en scène, avec une douceur visuelle qui m’a parfois fait penser à Michel Plessix, notamment dans la manière de traiter les personnages et les atmosphères. C’est clairement un des points forts de l’album, avec un style agréable et expressif qui accompagne bien le ton du récit. J’en ressors avec une impression globalement positive, une lecture agréable et bien réalisée, mais un peu trop sucrée et appuyée pour vraiment me convaincre pleinement sur la durée.
Dans l'infini et autres histoires
Les éditions 2024 (désormais 2042 !) ont publié cet album en partenariat avec les éditions de la BNF. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ce travail éditorial est de toute beauté (comme à chaque fois pour cette grande petite maison d’édition strasbourgeoise serais-je tenté d’écrire). Un très très grand format. Je ne sais pas si c’est pour garder le format de la parution initiale en revue – voir la fiche pour les références, mais en tout cas ça facilite la lecture, car sinon les cases auraient sans doute été un chouia trop petites. La publication initiale des trois histoires regroupées ici date du début du XXème siècle. On y retrouve donc des caractéristiques de cette époque « préhistorique » de la BD, à savoir de multiples petites cases, avec un texte en dessous de chaque case. En fin d’album, un très beau dossier d’une douzaine de pages, qui replace bien l’album dans son contexte, et donne au lecteur de nombreuses pistes pour approfondir sa lecture, et sur la « postérité » de ces histoires et de ce type de SF fantaisiste en général. Le texte est abondant, parfois indigeste, très « explicatif », prenant le temps de raconter une histoire dense, il faut s’y faire. C’est de la SF d’avant la SF de papa. Une SF qui ne s’embarrasse pas de crédibilité scientifique, ce qui lui donne une patine intéressante aujourd’hui, renforçant les aspects poétiques et décalés. On est entre Méliès et certains albums de Vuillier (pour reprendre un auteur publié par ces mêmes éditions 2024 : voir Le Voyage Céleste Extatique). Des savants, des découvertes, des situations, des animaux, personnages tous aux confins du monde connu (Lune, Mars) et de l’imagination de l’auteur (dont je n’avais jamais entendu parler). On ne cherche pas encore à ancrer les intrigues dans le sérieux. Place à l’aventure fantaisiste, à la science des rêveurs : les professeurs Theodolitus, Diplodocus et Polycarpe (qui apportent chacun une fausse caution scientifique dans chacune des histoires successivement reprises ici) ont le sérieux de Tournesol sans en avoir la loufoquerie. On cherche vraiment à nous faire croire à ce sérieux (seuls quelques jeux de mots sur certains noms de personnages, comme l’ingénieur Troisix par exemple) nous font un peu dévier de cette idée. Mais leur sérieux fait l’impasse sur la réalité, pour s’épanouir dans les possibles imaginaires. J’ai lu cet imposant album par petites touches, et j’admets avoir zappé quelques textes parfois, car c’est quand même très chargé. Pour un lecteur contemporain, mais il ne faut pas oublier que c’était publié en revue à raison de deux pages par numéros… Et cette SF fantaisiste devait quand même faire du bien aux lecteurs qui l’ont découverte durant la boucherie de la Première guerre mondiale. Une curiosité, qui a forcément énormément vieilli, mais qui conserve quand même suffisamment de fraicheur pour intéresser les lecteurs curieux de découvrir une des œuvres pionnières de la BD francophone. Et c’est un très bel objet !