Un album qui parle du complotisme en général et notamment celui venant de l'extrême-droite en particulier qui devient de plus en plus dangereux chaque année.
J'avoue que j'étais un peu déçu lorsque je me suis rendu compte que c'était une œuvre de fiction et pas un documentaire. Si le dessin est pas trop mal pour du dessin de presse ou un documentaire, cela l'est moins pour de la fiction. Oui cela peut paraitre étrange pour certains lecteurs, mais il y a des choses dans un BD-documentaire que je pardonne et pas dans une BD-fiction parce que mon état d'esprit durant ma lecture de l'album. Pour un documentaire, tout ce que je demande est un dessin lisible qui sert à quelques choses et qui est pas juste là comme illustration parce qu'on pense que le grand public est trop con pour lire un livre sans images et que les informations soit montré de manières claires et précis.
Ici, on a droit à un bon résumée de plusieurs complots, mais la manière dont ils sont présentés manque parfois de naturels parce qu'on est dans une œuvre de fiction où des personnages sont sensés avoir des discussions qu'on pourrait avoir dans la vraie vie. La mise en scène est plate et on ne ressent pas la course contre la montre que vit l'héroïne pour retrouver son frère disparu qui est tombé dans le complotisme.
Donc voilà si le propos de l'album est intéressant, même si quelqu'un de politisé comme moi ne va pas apprendre grand chose de bien nouveau, la manière dont les auteurs présentent ces informations m'a semblé moyenne.
2.5
Vanoli est un auteur dont j'aime le dessin, mais il fait souvent des bandes dessinées qui m'ennuient. Cet album est un de ceux auxquels j'ai le plus accroché sans toutefois trouver que c'était formidable.
On retrouve le dessin particulier de l'auteur qui est bien expressif et qui crée une ambiance particulière au récit. Le scénario est basé sur des souvenirs d'enfance de Vanoli et on a donc droit à des anecdotes plus ou moins intéressantes. Personnellement, j'aime bien les histoires se passant dans la campagne française, surtout si l'action se situe dans le milieu du 20ème siècle. Sans doute à cause de toutes les bd ou films français de la période 30-70 qui se passent dans ce milieu que j'ai vus depuis que je suis jeune. C'est un monde maintenant disparu que je trouve fascinant. J'ai donc un préjugé favorable pour apprécier l'album, mais on retrouve ce que j'aime pas trop chez Vanoli.
En gros, parfois je ne comprenais pas trop le comportement de certains personnages et certains passages m'ont semblé un peu étranges. Je pense que c'est lié au dessin de Vanoli qui est très bon pour des récits de type contes, mais moins pour de l'autobiographie à cause de la manière dont il dessine les personnages. Des gestes ordinaires deviennent bizarres ou sur-joués avec son dessin. La narration manque de fluidité.
Avec les dessins de Papazoglakis et Paquet, on ne peut pas attendre grand-chose en termes de portraits des personnages. Cependant, l’album n’est pas inintéressant, et les automobiles et courses sont même bien dessinées. Mais il souffre un peu de la comparaison avec le tome 6 des dossiers Michel Vaillant, lui-même non exempt de nombreux défauts. À réserver aux fans du malheureux champion brésilien. Et ils sont encore très nombreux!
P.S. Au Brésil, une série BD, le petit Senna, a été publiée avec succès pendant plusieurs années, à partir des studios Maurício de Sousa.
La Vérité selon B. Vivès : j’avais peur que nous soyons face à un nouveau affaire Dreyfus!
Le livre, composé de courtes scènes avec un dessin minimaliste et presque immobile, se lit très bien. Autour de l’accusation de pédopornographie dont il a été l’objet, Vivès construit des scènes vraiment absurdes, exagérées et avec beaucoup d’humour. J’ai bien ri parfois!
J’ai chez moi les trois corps du délit, mais je garderai l’occasion d’en parler plus tard. En attendant, je pense que l’une des questions sérieuses en jeu concerne la censure et la manière dont elle peut affecter tout un moyen d’expression, une société, une culture.
Je relis et recommande deux numéros hors-série des cahiers de la BD : « Censuré ! » et « Interdit ! ». Vivès y est très présent.
Lorinte, guidée par son maître Sauln, apprend encore les ficelles du métier de Pourpre-Sang, des sortes de mercenaires errant à travers le monde afin de chasser les monstres mettant en danger les populations. Le travail est éreintant, la paie plus que maigre et les accidents du travail relativement fatals, alors quand une étrange noble du nom d'Adèle d'Aubépine vient leur proposer un travail d'escorte plus que louche nos deux chasseur-euse-s se retrouvent bien malgré elleux lancé-e-s dans une histoire dramatique.
La prémisse est on ne peut plus classique, cette histoire d'ordre de chasseurs de monstres errants n'est pas sans rappeler celui des sorceleurs (si ce n'est qu'ici on n'a pas l'air de se droguer ou d'enchaîner les mutations abominables), il est question de complots, d'anciennes légendes et de critique de la décadence bourgeoise, … bref, le terrain est connu.
Mais j'avoue que la lecture de ce premier tome me fut on ne peut plus agréable !
Qu'il s'agisse du joli dessin de Léo Chérel, pas nécessairement dans mes styles préférés, mais tout de même joliment maîtrisé, des couleurs chaudes qui font vivre les cases et les personnages et de ce joli travail graphique lors de la construction de cette culture aux styles gaéliques et caribéens, l'album est vivant. Il y a une vraie ambiance de récit action/aventure qui se dégage de cette histoire, empruntant aux genres des récits de piraterie, de cape et d'épée et d'heroic fantasy, alors même si la prémisse n'est pas révolutionnaire l'exécution me parait tout de même pertinente.
Je ne m'emballerai pas plus que ça car, après tout, ceci ne reste qu'un premier album et que, même s'il est bien fourni pour lancer cette aventure, rien ne dit que la suite parviendra à être aussi charmante (voire même mieux), donc je garde une note neutre pour le moment. Mais jolie surprise tout de même !
Un premier album prometteur, hâte de voir la suite.
Difficile de dire ce qui pèche mais je ne relirai pas ce diptyque. Pourtant le dessin est fin et le noir et blanc bien distribué, les corps et les visages ont le bon goût de ne pas être tous passés par le même moule. Manque d'intensité ? J'ai eu allez savoir pourquoi le sentiment d'une représentation et non d'une incarnation du drame. Parce que trop connu, parce qu'il y a des œuvres dont je me sens plus proches en noir et blanc, la dernière, ô délice ! Perramus ? C'est difficile à dire. Donc malgré l'absence d'un reproche bien précis et la réputation de l'auteur, je ne peux surcoter.
Avec une adaptation compétente du célèbre texte de H. Melville par J. Ollivier et des dessins attrayants de P. Gillon, c'est une version de Moby Dick qui se lit facilement et que j'aime avoir dans ma bibliothèque. Mais je ne la considère pas comme la meilleure. Les couleurs, bien réalisées, sont parfois trop claires et vives, nuisant au dramatisme du combat final et à la caractérisation de l'âme sombre d'Achab.
La filiation avec Calvin et Hobbes saute immédiatement aux yeux dans cette série, aussi bien dans le graphisme que dans la mise en scène, les attitudes des personnages et ces moments où une petite fille s'isole pour réfléchir au monde qui l'entoure. C'est d'ailleurs ce qui m'a donné envie de lire les deux albums parus. Adam n'a évidemment pas la même maîtrise graphique que Bill Watterson, avec des planches parfois plus raides et moins dynamiques, mais j'aime beaucoup ce style simple et expressif, donc cela ne m'a pas gêné, même si la comparaison rend forcément l'influence très visible.
En revanche, le ton de Maya est assez différent de celui de Calvin et Hobbes. Là où Watterson privilégiait l'imaginaire, l'humour et les situations décalées, Adam s'oriente davantage vers de longues discussions philosophiques, sociologiques voire politiques. Maya s'interroge sur l'environnement, la condition animale, la mort, l'existence de Dieu, la place de l'homme dans l'univers ou encore les nouvelles technologies. C'est parfois intéressant et il y a de vraies idées, mais les dialogues sont souvent très bavards et la série manque du rythme et de la spontanéité qui faisaient la force de son modèle.
L'ensemble reste néanmoins attachant grâce à la relation entre Maya et son oncle, qui constitue le cœur émotionnel de la série. Certaines séquences retrouvent aussi une dimension plus poétique, avec cette capacité à s'émerveiller devant l'immensité du monde et les grandes questions de l'existence.
J'ai passé un assez bon moment avec ces deux albums, notamment parce que j'apprécie beaucoup leur graphisme et cette ambiance particulière. Mais la comparaison permanente avec Calvin et Hobbes est forcément inévitable, et Maya n'en possède ni l'humour, ni la liberté, ni la puissance narrative. C'est une série intéressante et sincère, mais qui reste forcément dans l'ombre de son illustre modèle.
Je n'ai lu que l'album paru chez Dupuis car je ne sais pas où trouver le second qui est à tirage trop confidentiel.
Je me souvenais avoir déjà croisé le personnage de l'Elan dans les marges de Spirou lors de mes lectures de jeunesse. À l'époque, je le trouvais sympathique mais assez anecdotique, sans avoir fait le rapprochement avec Frank Pé ni réalisé à quel point son dessin était déjà remarquable.
Car c'est probablement ce que j'ai le plus remarqué à la relecture de cet album : en quelques traits d'une souplesse et d'une aisance impressionnantes pour un jeune auteur comme lui à l'époque, Frank Pé parvient à rendre ses personnages extraordinairement expressifs. Les simples mimiques de l'Élan suffisent à créer l'humour ou à susciter immédiatement la sympathie.
Je ne sais pas comment c'était perçu à l'époque mais c'est d'ailleurs assez surprenant de découvrir un personnage aussi ouvertement dépressif dans les pages de Spirou. L'Élan passe son temps à se lamenter, à se dévaloriser et à regretter son manque de reconnaissance. Le principe est un peu répétitif au départ, puisque la plupart des gags tournent autour de cette même obsession, mais le personnage reste attachant et son autodérision finit souvent par arracher un sourire. Puis, au fil des pages, les situations se diversifient : Spirou n'est plus toujours son unique interlocuteur et différents animaux toujours très bien dessinés viennent parfois partager l'affiche, ce qui renouvelle agréablement les interactions. Les strips sont très courts, entre deux et six cases, mais Frank Pé parvient généralement à faire passer l'essentiel en quelques regards ou quelques répliques bien senties.
Ce n'est pas une lecture hilarante ni une composante majeure du journal de Spirou, mais c'est un petit ovni sympathique, amusant et attachant, qui se lit avec plaisir. Et surtout, c'est une excellente occasion d'admirer le talent graphique déjà évident de Frank Pé, dont le dessin constitue à mes yeux le principal intérêt de l'ensemble.
Un one-shot qui commence bien et qui finit par s'essouffler en cours de route.
Il y en a un paquet d'œuvres de fictions sur la seconde guerre mondiale et c'est étonnant qu'on soit encore capable de trouver un angle inédit. Je n'avais jamais entendu parler de ces photographes de la propagande nazis qui avaient secrètement une troisième caméra et prenaient des photos compromettante. Le début est pas mal avec une bonne illustration du chaos qui régnait à Berlin à la fin de la guerre, le personnage du photographe est ambigu et on présente un méchant un peu charismatique. Tout ça dessiné par un Rodier en pleine forme.
Et puis au fil des pages les auteurs ajoutent trop de personnages et de sous-intrigues. Il se passe tellement de choses qu'au final rien n'est vraiment développer et le personnage du photographe et sa caméra devient des éléments secondaires alors que c'est censé être le centre du récit. La fin est vraiment moyenne.
Ça se laisse lire, mais cela reste une déception parce que ça aurait pu être tellement mieux !
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Ils sont partout
Un album qui parle du complotisme en général et notamment celui venant de l'extrême-droite en particulier qui devient de plus en plus dangereux chaque année. J'avoue que j'étais un peu déçu lorsque je me suis rendu compte que c'était une œuvre de fiction et pas un documentaire. Si le dessin est pas trop mal pour du dessin de presse ou un documentaire, cela l'est moins pour de la fiction. Oui cela peut paraitre étrange pour certains lecteurs, mais il y a des choses dans un BD-documentaire que je pardonne et pas dans une BD-fiction parce que mon état d'esprit durant ma lecture de l'album. Pour un documentaire, tout ce que je demande est un dessin lisible qui sert à quelques choses et qui est pas juste là comme illustration parce qu'on pense que le grand public est trop con pour lire un livre sans images et que les informations soit montré de manières claires et précis. Ici, on a droit à un bon résumée de plusieurs complots, mais la manière dont ils sont présentés manque parfois de naturels parce qu'on est dans une œuvre de fiction où des personnages sont sensés avoir des discussions qu'on pourrait avoir dans la vraie vie. La mise en scène est plate et on ne ressent pas la course contre la montre que vit l'héroïne pour retrouver son frère disparu qui est tombé dans le complotisme. Donc voilà si le propos de l'album est intéressant, même si quelqu'un de politisé comme moi ne va pas apprendre grand chose de bien nouveau, la manière dont les auteurs présentent ces informations m'a semblé moyenne.
La Grimace
2.5 Vanoli est un auteur dont j'aime le dessin, mais il fait souvent des bandes dessinées qui m'ennuient. Cet album est un de ceux auxquels j'ai le plus accroché sans toutefois trouver que c'était formidable. On retrouve le dessin particulier de l'auteur qui est bien expressif et qui crée une ambiance particulière au récit. Le scénario est basé sur des souvenirs d'enfance de Vanoli et on a donc droit à des anecdotes plus ou moins intéressantes. Personnellement, j'aime bien les histoires se passant dans la campagne française, surtout si l'action se situe dans le milieu du 20ème siècle. Sans doute à cause de toutes les bd ou films français de la période 30-70 qui se passent dans ce milieu que j'ai vus depuis que je suis jeune. C'est un monde maintenant disparu que je trouve fascinant. J'ai donc un préjugé favorable pour apprécier l'album, mais on retrouve ce que j'aime pas trop chez Vanoli. En gros, parfois je ne comprenais pas trop le comportement de certains personnages et certains passages m'ont semblé un peu étranges. Je pense que c'est lié au dessin de Vanoli qui est très bon pour des récits de type contes, mais moins pour de l'autobiographie à cause de la manière dont il dessine les personnages. Des gestes ordinaires deviennent bizarres ou sur-joués avec son dessin. La narration manque de fluidité.
Ayrton Senna - Histoires d'un mythe
Avec les dessins de Papazoglakis et Paquet, on ne peut pas attendre grand-chose en termes de portraits des personnages. Cependant, l’album n’est pas inintéressant, et les automobiles et courses sont même bien dessinées. Mais il souffre un peu de la comparaison avec le tome 6 des dossiers Michel Vaillant, lui-même non exempt de nombreux défauts. À réserver aux fans du malheureux champion brésilien. Et ils sont encore très nombreux! P.S. Au Brésil, une série BD, le petit Senna, a été publiée avec succès pendant plusieurs années, à partir des studios Maurício de Sousa.
La Vérité sur l'affaire Vivès
La Vérité selon B. Vivès : j’avais peur que nous soyons face à un nouveau affaire Dreyfus! Le livre, composé de courtes scènes avec un dessin minimaliste et presque immobile, se lit très bien. Autour de l’accusation de pédopornographie dont il a été l’objet, Vivès construit des scènes vraiment absurdes, exagérées et avec beaucoup d’humour. J’ai bien ri parfois! J’ai chez moi les trois corps du délit, mais je garderai l’occasion d’en parler plus tard. En attendant, je pense que l’une des questions sérieuses en jeu concerne la censure et la manière dont elle peut affecter tout un moyen d’expression, une société, une culture. Je relis et recommande deux numéros hors-série des cahiers de la BD : « Censuré ! » et « Interdit ! ». Vivès y est très présent.
Pourpre Sang
Lorinte, guidée par son maître Sauln, apprend encore les ficelles du métier de Pourpre-Sang, des sortes de mercenaires errant à travers le monde afin de chasser les monstres mettant en danger les populations. Le travail est éreintant, la paie plus que maigre et les accidents du travail relativement fatals, alors quand une étrange noble du nom d'Adèle d'Aubépine vient leur proposer un travail d'escorte plus que louche nos deux chasseur-euse-s se retrouvent bien malgré elleux lancé-e-s dans une histoire dramatique. La prémisse est on ne peut plus classique, cette histoire d'ordre de chasseurs de monstres errants n'est pas sans rappeler celui des sorceleurs (si ce n'est qu'ici on n'a pas l'air de se droguer ou d'enchaîner les mutations abominables), il est question de complots, d'anciennes légendes et de critique de la décadence bourgeoise, … bref, le terrain est connu. Mais j'avoue que la lecture de ce premier tome me fut on ne peut plus agréable ! Qu'il s'agisse du joli dessin de Léo Chérel, pas nécessairement dans mes styles préférés, mais tout de même joliment maîtrisé, des couleurs chaudes qui font vivre les cases et les personnages et de ce joli travail graphique lors de la construction de cette culture aux styles gaéliques et caribéens, l'album est vivant. Il y a une vraie ambiance de récit action/aventure qui se dégage de cette histoire, empruntant aux genres des récits de piraterie, de cape et d'épée et d'heroic fantasy, alors même si la prémisse n'est pas révolutionnaire l'exécution me parait tout de même pertinente. Je ne m'emballerai pas plus que ça car, après tout, ceci ne reste qu'un premier album et que, même s'il est bien fourni pour lancer cette aventure, rien ne dit que la suite parviendra à être aussi charmante (voire même mieux), donc je garde une note neutre pour le moment. Mais jolie surprise tout de même ! Un premier album prometteur, hâte de voir la suite.
Moby Dick (Chabouté)
Difficile de dire ce qui pèche mais je ne relirai pas ce diptyque. Pourtant le dessin est fin et le noir et blanc bien distribué, les corps et les visages ont le bon goût de ne pas être tous passés par le même moule. Manque d'intensité ? J'ai eu allez savoir pourquoi le sentiment d'une représentation et non d'une incarnation du drame. Parce que trop connu, parce qu'il y a des œuvres dont je me sens plus proches en noir et blanc, la dernière, ô délice ! Perramus ? C'est difficile à dire. Donc malgré l'absence d'un reproche bien précis et la réputation de l'auteur, je ne peux surcoter.
Moby Dick (Gillon)
Avec une adaptation compétente du célèbre texte de H. Melville par J. Ollivier et des dessins attrayants de P. Gillon, c'est une version de Moby Dick qui se lit facilement et que j'aime avoir dans ma bibliothèque. Mais je ne la considère pas comme la meilleure. Les couleurs, bien réalisées, sont parfois trop claires et vives, nuisant au dramatisme du combat final et à la caractérisation de l'âme sombre d'Achab.
Maya
La filiation avec Calvin et Hobbes saute immédiatement aux yeux dans cette série, aussi bien dans le graphisme que dans la mise en scène, les attitudes des personnages et ces moments où une petite fille s'isole pour réfléchir au monde qui l'entoure. C'est d'ailleurs ce qui m'a donné envie de lire les deux albums parus. Adam n'a évidemment pas la même maîtrise graphique que Bill Watterson, avec des planches parfois plus raides et moins dynamiques, mais j'aime beaucoup ce style simple et expressif, donc cela ne m'a pas gêné, même si la comparaison rend forcément l'influence très visible. En revanche, le ton de Maya est assez différent de celui de Calvin et Hobbes. Là où Watterson privilégiait l'imaginaire, l'humour et les situations décalées, Adam s'oriente davantage vers de longues discussions philosophiques, sociologiques voire politiques. Maya s'interroge sur l'environnement, la condition animale, la mort, l'existence de Dieu, la place de l'homme dans l'univers ou encore les nouvelles technologies. C'est parfois intéressant et il y a de vraies idées, mais les dialogues sont souvent très bavards et la série manque du rythme et de la spontanéité qui faisaient la force de son modèle. L'ensemble reste néanmoins attachant grâce à la relation entre Maya et son oncle, qui constitue le cœur émotionnel de la série. Certaines séquences retrouvent aussi une dimension plus poétique, avec cette capacité à s'émerveiller devant l'immensité du monde et les grandes questions de l'existence. J'ai passé un assez bon moment avec ces deux albums, notamment parce que j'apprécie beaucoup leur graphisme et cette ambiance particulière. Mais la comparaison permanente avec Calvin et Hobbes est forcément inévitable, et Maya n'en possède ni l'humour, ni la liberté, ni la puissance narrative. C'est une série intéressante et sincère, mais qui reste forcément dans l'ombre de son illustre modèle.
Mémoires de l'Elan
Je n'ai lu que l'album paru chez Dupuis car je ne sais pas où trouver le second qui est à tirage trop confidentiel. Je me souvenais avoir déjà croisé le personnage de l'Elan dans les marges de Spirou lors de mes lectures de jeunesse. À l'époque, je le trouvais sympathique mais assez anecdotique, sans avoir fait le rapprochement avec Frank Pé ni réalisé à quel point son dessin était déjà remarquable. Car c'est probablement ce que j'ai le plus remarqué à la relecture de cet album : en quelques traits d'une souplesse et d'une aisance impressionnantes pour un jeune auteur comme lui à l'époque, Frank Pé parvient à rendre ses personnages extraordinairement expressifs. Les simples mimiques de l'Élan suffisent à créer l'humour ou à susciter immédiatement la sympathie. Je ne sais pas comment c'était perçu à l'époque mais c'est d'ailleurs assez surprenant de découvrir un personnage aussi ouvertement dépressif dans les pages de Spirou. L'Élan passe son temps à se lamenter, à se dévaloriser et à regretter son manque de reconnaissance. Le principe est un peu répétitif au départ, puisque la plupart des gags tournent autour de cette même obsession, mais le personnage reste attachant et son autodérision finit souvent par arracher un sourire. Puis, au fil des pages, les situations se diversifient : Spirou n'est plus toujours son unique interlocuteur et différents animaux toujours très bien dessinés viennent parfois partager l'affiche, ce qui renouvelle agréablement les interactions. Les strips sont très courts, entre deux et six cases, mais Frank Pé parvient généralement à faire passer l'essentiel en quelques regards ou quelques répliques bien senties. Ce n'est pas une lecture hilarante ni une composante majeure du journal de Spirou, mais c'est un petit ovni sympathique, amusant et attachant, qui se lit avec plaisir. Et surtout, c'est une excellente occasion d'admirer le talent graphique déjà évident de Frank Pé, dont le dessin constitue à mes yeux le principal intérêt de l'ensemble.
La 3e Kamera
Un one-shot qui commence bien et qui finit par s'essouffler en cours de route. Il y en a un paquet d'œuvres de fictions sur la seconde guerre mondiale et c'est étonnant qu'on soit encore capable de trouver un angle inédit. Je n'avais jamais entendu parler de ces photographes de la propagande nazis qui avaient secrètement une troisième caméra et prenaient des photos compromettante. Le début est pas mal avec une bonne illustration du chaos qui régnait à Berlin à la fin de la guerre, le personnage du photographe est ambigu et on présente un méchant un peu charismatique. Tout ça dessiné par un Rodier en pleine forme. Et puis au fil des pages les auteurs ajoutent trop de personnages et de sous-intrigues. Il se passe tellement de choses qu'au final rien n'est vraiment développer et le personnage du photographe et sa caméra devient des éléments secondaires alors que c'est censé être le centre du récit. La fin est vraiment moyenne. Ça se laisse lire, mais cela reste une déception parce que ça aurait pu être tellement mieux !