Les derniers avis (39909 avis)

Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Journal d'un album
Journal d'un album

Je m'attendais à des critiques, mais pas de cet ordre - Il s'agit du premier tome hors-série accompagnant la sortie de l'album Monsieur Jean, tome 3 : Les femmes et les enfants d'abord (1994), des mêmes auteurs. Ce tome peut se lire sans avoir lu un seul album de la série Monsieur Jean. Il exhale plus de saveurs si le lecteur connaît la série. Sa première publication date de 1994. Il a également été réalisé par Philippe Dupuy et Charles Berberian, toutefois dans cet ouvrage chacun réalise seul ses propres pages, et non à quatre mains comme les albums de la série. Il s'agit d'un ouvrage en noir & blanc, édité par L'Association alors que les albums Monsieur Jean ont été publiés par Les Humanoïdes Associés. Il comprend cent-vingt-huit pages de bande dessinée. Mercredi 11 août 1993, Charles Berberian se trouve dans un taxi et le chauffeur lui raconte une anecdote : un type qui monte dans son taxi et qui lui demande de le ramener chez lui, puis qui s'endort sans avoir donné l‘adresse, rond comme une queue de pelle. Impossible de le réveiller, et le chauffeur ne sait pas où il habite, forcément. du coup, il a roulé pendant trois heures, le temps qu'il émerge, et le compteur tournait pendant ce temps-là, forcément. Il a même pris un autre client pendant que l'autre poivrot ronflait, client qui faisait une drôle de tête, mais en même temps, il était trop content de trouver un tacot à trois heures du mat'. Charles imagine le chauffeur sur la scène de l'Olympia en train de raconter sa blague à un public hilare. Il se lance à son tour, avec une histoire : il monte dans un taxi et le chauffeur n'arrête pas de se racler la gorge. Au bout de cinq minutes, ça lui remonte dans le nez, du coup les clients ont droit à une vidange complète du nez à coups de raclements et de reniflements sonores. le chauffeur reste sans réaction, sans même sourire. Quelques jours plus tard, Berberian est en train de dessiner cette scène pour le journal de l'album. Son épouse Anne vient le regarder, en tenant leur fille Nina par la main, elle-même tenant un biberon. Charles s'interrompt, et ils passent dans leur chambre, Anne demandant s'il parle déjà d'elle, des vacances, du fait qu'ils soient en vacances chez sa mère à elle dans le Quercy. Ils sortent voir les animaux dehors, avec leur fille dans les bras de son père. Ils sont donc en vacances dans le Quercy, chez Viviane la mère d'Anne, et c'est là qu'il a commencé son journal. Ils observent les poules et les cochons. Certes tout ce qu'il raconte là n'a rien à voir avec Monsieur Jean, mais c'est-à-dire qu'avec le chauffeur de taxi, ils en sont venu à parler bandes dessinées, et il a dit des trucs pas idiots à ce sujet, en gros que Charles faisait des bêtises. Ça lui évoque Astérix et Obélix. Il se souvient qu'il se marrait bien en lisant ça, il se demande où ils vont chercher toutes ces bêtises, pas vrai ? Charles éprouve la sensation que le chauffeur le punit en le fouettant. Il explique que pour trouver ces bêtises, il regarde autour de lui, il observe les gens et il en fait des histoires. Au bout de quelques pages, le lecteur comprend que le titre est à prendre littéralement : Dupuy & Berberian ont documenté leur processus de réalisation du troisième album de la série Monsieur Jean, sous la forme d'un album de bande dessinée. le présent ouvrage se compose de quatre parties. La première réalisée par Charles Berberian, de quarante-et-une pages, composée de trois chapitres. La deuxième réalisée par Philippe Dupuy, comprenant quarante-huit pages, et se composant de quatre chapitres. Enfin une autre partie réalisée par Berberian comptant quatorze pages, et une dernière réalisée par Dupuy, de douze pages. Chaque auteur raconte donc sa tranche de vie correspondant à la gestation de l'album, depuis les premières idées jetées par Berberian, jusqu'à la parution du tome trois de la série Monsieur Jean et à la dernière question : quel éditeur pour le Journal d'un album ? Comme dans toute autobiographie, même si celle-ci est croisée, le lecteur sait que les auteurs ont retenu des moments choisis, et les présentent comme ils l'entendent. L'un comme l'autre l'évoque de front ou de manière incidente : que raconter ? Un trajet en taxi, des anecdotes familiales, les discussions avec les fondateurs de la maison d'édition l'Association (Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, David B., Matt Konture, Patrice Killoffer, Stanislas), et bien sûr quelques-unes de leurs interrogations, de leurs doutes, des difficultés créatrices, mais aussi des difficultés matérielles, l'éditeur Les Humanos traversant une période difficile sur le plan financier et sur le plan juridique. Il suffit donc au lecteur de savoir que l'appellation Dupuy & Berberian recouvre un duo de bédéistes, que leur personnage principal se nomme Monsieur Jean, et que sa série se focalise sur des moments de sa vie parisienne. Charles apparaît comme un monsieur sympathique, pas trop angoissé, ne sachant pas trop comment commencer son journal, ce qui nourrit les premières scènes. Il représente ses personnages de manière semi-réaliste, avec un trait de contour un peu fin, et une apparence qui s'apparente de près à celles des personnages de la série Monsieur Jean, gros nez compris. Les dessins comprennent un degré de caricature, avec des contours pas toujours très droits, comme mal assurés ou réalisés rapidement, un air de bande dessinée indépendante, ou un dessinateur peu porté sur l'application du travail d'encrage, ou encore une bande dessinée conservant sa spontanéité. le lecteur suit bien volontiers cet auteur dans la banalité de son métier et de sa vie de famille, mais aussi dans l'exotisme de la profession de bédéiste. Outre le fait que le personnage principal change, le lecteur remarque bien le passage d'un auteur à l'autre car le trait de Dupuy est plus appuyé, plus gras, plus agréable à la vue. Dans le même temps, il identifie également tout de suite la parenté avec les dessins de la série Monsieur Jean, même si ce dessinateur-là n'affuble pas ses personnages de gros nez. Il se révèle être également un excellent conteur, par exemple cette page où il évoque la vie de son père en seulement six cases. En comparant ces planches-ci avec celles de la première partie, il peut se faire une vague idée de ce qu'apportent un dessinateur et l'autre. Il constate que pour l'un, comme pour l'autre, les personnages représentés arborent tous un air sympathique, sans être nunuches, mais sans agressivité. L'un et l'autre savent poser un décor en quelques traits, tout en intégrant des éléments spécifiques qui rendent unique la ferme de Viviane dans le Quercy, ou permettent de reconnaître au premier coup d'œil, la gare Montparnasse. Ils utilisent avec la même aisance le glissement vers l'exagération visuelle, que ce soit avec Charles enfant, ou la mégalomanie débridée de Charles représenté par Phillipe lors qu'il abat une quantité de pages de Monsieur Jean, tout seul. Cette lecture exhale un peu plus de saveurs pour celui qui a lu le tome trois de la série : il peut alors faire le lien avec une ou deux anecdotes de la vie personnelle de l'un ou de l'autre, et une aventure de Jean, ou bien encore identifier la métaphore du château assiégé par des femmes qui lancent des bébés aux soldats qui montent la garde sur les remparts. Au cours des séquences, Charles comme Philippe s'interroge sur leur rapport à la création, de manière superficielle, et plus sur leur comportement, leur mode de vie. Ça commence avec Charles qui estime qu'il est un adolescent attardé, ou même un enfant attardé à collectionner des figurines des Simpson, à accumuler des bandes dessinées (jusqu'à garder de vieux albums de Ric Hochet) alors que son appartement est plein à craquer. Ça continue avec Philippe qui trouve qu'il n'arrive pas à se faire à son âge, la trentaine : il continue à acheter des casquettes, à se balader en blouson et tee-shirt, voire même en baskets, comme un adolescent boutonneux, et à dépenser son argent en cinéma et en restaurants, alors qu'à trente-trois ans il devrait consacrer son argent à élever ses enfants (à son âge, son père avait quatre enfants). L'épilogue de Charles le met en scène comme Robin, Philippe jouant le rôle de Batman, en costume l'un et l'autre. Il est question de leur amitié et de leur collaboration professionnelle, des incertitudes sur la parution de l'album de Monsieur Jean, et de leur rémunération. Il cite un passage d'un livre de Serge Rezvani, peintre, écrivain et auteur-compositeur-interprète français d'origine iranienne : À force de me situer à côté, en indiscipline et de la peinture et de l'écriture, prétendant à la transversalité, j'en suis venu à croire, comme le tireur à l'arc aux yeux fermés, que la pensée est à la fois flèche et but, et qu'il est donc inutile et distrayant de se préoccuper de quelle nature sont la flèche et le but, car seul d'arquer son arc sans décocher la flèche suffit. Charles s'interroge sur la beauté du geste, celui de dessiner et sur sa finalité. Puis Philippe évoque les étapes successives pour finir les planches de l'album jusqu'à sa parution : un vrai jeu de l'oie où le passage d'une case à la suivante est tributaire d'événements arbitraires, totalement indépendants des auteurs, à commencer par la santé financière de leur éditeur. Charles Berberian et Philippe Dupuy ont fait le projet de réaliser un album de leur série Monsieur Jean, le troisième tome, et d'en documenter le processus sous la forme d'un journal à la narration libre, et séparée, chacun produisant ses chapitres seul, de son côté. Ils exposent leurs doutes sur la nature nombriliste d'une telle démarche, et réalisent des pages assez proches graphiquement de la série. Ils plongent le lecteur dans leur quotidien, au travers de morceaux choisis, et mis en scène, une autre forme de construction que celle de Monsieur Jean, mais pas une œuvre spontanée et sans réflexion ou formalisation. Le tout invite le lecteur aux côtés du quotidien de deux bédéistes, avec des personnalités différentes, des narrations visuelles assez proches, pour des tranches de vie banales dans ce qu'elles ont de pragmatique, mais aussi uniques car intrinsèquement liées à eux, à leur situation personnelle du moment, à leur l'étape qu'ils effectuent dans leur métier, à la fois une étape pour grandir, à la fois un reflet de la fragilité de l'artisanat.

03/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) ?
Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) ?

Visite organisée de 10 jours en Israël - Il s'agit d'un récit autobiographique sur la découverte d'Israël en 10 jours par une jeune femme. Sarah Glidden a 27 ans quand elle décide de profiter d'un programme de découverte d'Israël financé par des donateurs pour faire découvrir le pays à de jeunes juifs du monde entier (programme appelé Taglit). le principe est le suivant : sous réserve que l'individu puisse justifier de son judaïsme (au moins culturel par un parent juif), il bénéficie d'un séjour en groupe avec guide de 10 jours, tous frais payés. le récit commence le jour du départ, avec les derniers objets à mettre dans la valise, puis les retrouvailles avec sa copine Melissa à l'aéroport et la prise en charge au sein du groupe. Sarah Glidden met en scène un compte-rendu des différents déplacements du groupe, des commentaires des différents guides, des lieux visités, de ses réactions par rapport à ce qu'elle voit, ce qu'on lui raconte et les individus qu'elle rencontre. le récit se termine le lendemain de son départ d'Israël. Sarah Glidden joue la carte de la sincérité tout au long de ce récit. Elle explique rapidement dans quel état d'esprit elle s'est inscrite à ce programme : des convictions politiques plutôt de gauche (la gauche américaine, tout est relatif), une culture juive peu approfondie (elle ne semble pas pratiquante) et un a priori négatif envers l'état d'Israël qui pratique une politique agressive vis-à-vis de ses voisins. le récit est linéaire, il suit les différentes étapes du voyage : un kibboutz, le plateau du Golan, le lac de Tibériade, Tel Aviv et Jaffa, le camp des Bédouins et Massada, et pour terminer Jérusalem avec ses différents quartiers et le Mur des Lamentations. À chaque fois, Glidden retranscrit les discours du guide et des intervenants, ainsi que ses propres réactions par rapport à ses connaissances et par rapport à ses émotions. De fait cet ouvrage comprend quelques éléments historiques limités sur Israël, limités parce que l'objectif de Glidden n'est pas de transformer son récit en cours magistral. Sont ainsi évoqués les destructions du Temple de Jérusalem, la Guerre des Six Jours, la création de cet état en 1948, l'installation des premiers pionniers au début du vingtième siècle (l'aliyah laïque à partir de 1881, la poésie de Rachel Bluwstein Sela), le sort des peuplades bédouines, le mandat britannique de 1917 à 1948, l'instauration de l'hébreu comme langue vivante, etc. Sarah Glidden a composé les souvenirs de son voyage en une découverte didactique du pays. le lecteur la suit en compagnie de sa copine Melissa, en train d'absorber ce qu'elle voit et de s'interroger sur certains des éléments. Ce récit est agréable pour plusieurs raisons. Tout d'abord, Sarah Glidden n'est pas blasée et elle ne souhaite pas donner une leçon à son lecteur ou le convaincre à tout prix. Elle prend bien soin d'adopter une narration qui ne laisse pas de place à l'interprétation : c'est son expérience de voyage qui n'a pas de vocation à être universelle. Ensuite elle prend le temps d'écouter ce que les autres lui disent sans être contre par principe. Elle émet régulièrement des réserves liées à la partialité de ses interlocuteurs, mais elle prend chaque témoignage comme une pièce supplémentaire dans une situation complexe, en le présentant comme un point de vue lié à l'expérience de la personne qui s'exprime. Elle ne se focalise pas sur les figures historiques de l'état d'Israël, mais sur la vie des habitants et sur la manière dont l'histoire a façonné leur cadre de vie. Elle insère des éléments historiques et culturels qui prennent parfois le pas sur les découvertes, mais qui évitent de rester au niveau du tourisme de masse. Et elle donne envie d'en savoir plus (même à un individu comme moi pour qui l'histoire reste une corvée fastidieuse). Les 2 cases consacrées à l'hébreu comme langue vivante suscitent des questions sur les modalités pratiques de son instauration. Et elle évite les questions de religions, la plupart du temps (heureusement parce que ses explications sur la fondation du Temple de Salomon ont dû mal à intégrer la dimension religieuse sans la rendre risible). Sarah Glidden a choisi un graphisme très personnel pour mettre en image son périple à travers ce pays. Elle utilise un style qui évoque la ligne claire pour les individus et les visages. Chaque personne est reconnaissable malgré le peu de traits distinctifs. Par exemple pour distinguer Sarah de Melissa, il suffit de savoir que l'une est souvent coiffée avec une petite queue de cheval et porte un vêtement vert, et l'autre porte des lunettes et un vêtement violet. Cet aspect simpliste facilite la projection du lecteur dans ces personnages qui ne présentent pas beaucoup de traits distinctifs. Les décors sont également rendus dans des formes simples, mais toutefois assez détaillée pour l'on puisse distinguer un endroit d'un autre et reconnaître les lieux plus ou moins touristiques. de ce fait l'immersion en terre israélienne est complète, sans pour autant tomber dans les cartes postales touristiques. le dispositif graphique qui permet de contourner l'écueil du simplisme et des images naïves et enfantines, réside dans le choix de la mise en couleurs. Glidden a indiqué elle-même dans des interviews qu'elle a eu du mal à trouver la technique qui permettrait d'apporter les nuances nécessaires aux illustrations. Elle a finalement opté pour l'aquarelle dont les teintes pâles se marient parfaitement au style des dessins, tout en leur apportant une subtilité liée aux variations de teintes dans une même nuance. du coup les illustrations sortent du registre amateur et enfantin pour retranscrire les jeux de lumière et les ambiances de chaque site. Sarah Glidden a réussi à m'intéresser à ce voyage organisé, renforcé par des éléments d'histoire et de géopolitique auxquels je suis généralement hermétique. Son récit bâti sur des scènes prosaïques maintient une forme de suspense quant à l'évolution du positionnement idéologique et moral de sa narratrice. Et elle évite l'écueil de la donneuse de leçon, ainsi que celui du voyage organisé superficiel. J'ai beaucoup apprécié de découvrir avec elle une partie des aspects de ce conflit complexe et je suis même allé rechercher des renseignements complémentaires pour voir une vision plus complète de certains éléments.

02/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Deadpool - Mercenaire Provocateur
Deadpool - Mercenaire Provocateur

Régressif & potache, avec de la violence qui tâche : du vrai Deadpool - Ce tome comprend les 13 épisodes de la série parue en 2009 et 2010, tous écrits par Victor Gischler. Deadpool s'apprête à s'écraser disgracieusement dans la Terre Sauvage à bord d'une minuscule capsule spatiale. Grâce à son pouvoir extraordinaire de régénération, il en ressort vivant, bien que complètement carbonisé. Il lui semble avoir devant lui un Tarzan blond à la Walt Disney, avec un gros chaton à ses cotés (il s'agit en fait d'une déformation due à la pool-o-vision). Le lecteur apprend alors que Deadpool a été engagé par l'AIM (Advanced Idea Mechanics) pour récupérer une arme bactériologique indéterminée dans la Savage Land, avant que les agents d'Hydra ne puissent mettre la main dessus. Une fois remis sur pied, il retrouve son contact agent de l'AIM : le docteur Betty Swanson. Au cours de ces 13 épisodes, Deadpool va mettre la main sur Headpool (comme le montre la couverture), il va croiser Ka-zar, se battre contre des dinosaures, se faire piétiner, dévaster une station spatiale, patauger jusqu'aux cuisses dans les marais des Everglades, se retrouver en caleçon à petits cœurs roses, bénéficier de l'aide de Brother Voodoo, endosser le costume de John Travolta dans la fièvre du samedi soir, passer quelques jours dans l'univers des zombies Marvel (terre 2149), trouver l'amour en la personne d'une femme folle de son corps, se recevoir un building sur la tête, chevaucher une superbe moto, etc. Incroyable, Victor Gischler a su trouver le bon dosage des ingrédients Deadpool pour raconter une vraie histoire qui soit également drôle, pleine de suspense, second degré, avec un peu de gore quand les katanas tranchent, un peu de titillation avec la pauvre Betty, et beaucoup, beaucoup de plaisir régressif. Victor Gischler sait parler aux fans de Deadpool. Ce dernier est indestructible grâce à son pouvoir de régénération. Il conduit des discussions entre sa personnalité et les deux autres voix qui habitent sa tête. Il y a quelques utilisations de la pool-o-vision, assez peu nombreuses. Il a une maîtrise peu commune des armes en tous genres, du katana à la mitrailleuse lourde (en passant par le rouleau de papier toilette). Il a un sens de l'humour à rebrousse-poil et il fait craquer les filles (enfin au moins une). Enfin il voit la réalité au travers d'un prisme déformant qui se révèle déconcertant et parfois satirique. Victo Gischler sait parler aux fans de l'univers Marvel. Au-delà de quelques personnages de deuxième et troisième ordres, il fait apparaître Antonio Rodriguez (Armadillo, mais si vous ne connaissez que lui). Il connaît par cœur la continuité de l'univers zombie. Il met en scène la rivalité qui existe entre l'AIM et Hydra. Seule sa version de Ted Sallis (Man-Thing) semble un peu trop éloignée du traitement habituel de ce personnage. Victor Gischler sait parler aux fans d'action avec plein de dinosaures, de zombies, de course-poursuite, de combats, d'échanges de coups de feu, de katanas, de hordes de barbares en furie, de volcans en éruption, etc. Victor Gischler sait parler à votre second degré avec un sens de l'humour qui joue sur plusieurs registres. Il va de références à d'obscures connaissances de geeks aux boulettes successives du chef de groupe incompétent de l'AIM. La dérision et l'auto-dérision règnent en maître. Deadpool ne se prend jamais au sérieux et se prend râteau sur râteau avec la très gironde Betty. La majeure partie des illustrations sont dessinées par Bong Dazo et encrées par José Pimentel. Rob Liefeld ne dessine que 11 pages, Das Pastoras dessine 3 pages, Kyle Baker en dessine 24. Jusqu'ici Bong Dazo (quel nom !) ne m'avait franchement pas impressionné. Ici, il se révèle parfait et minutieux. Il a un style un peu rond mais pas trop qui fait passer toutes les exagérations. Les encrages sont un peu appuyés mais pas trop pour donner de la substance et conférer de la densité. L'anatomie des personnages est parfois douteuse (la musculature défie les lois de la physiologie) mais sans trop distraire de la lecture. Les scènes un peu gores trouvent le juste milieu entre l'horreur et l'exagération comique. La tête de Deapool reste expressive bien qu'il porte son masque du début jusqu'à la fin. Betty Ross dispose de courbes généreuses et voluptueuses comme une scream-queen de luxe, mais sans être godiche ou potiche. Les tyrannosaures ont une dentition impressionnante et dégagent une vraie férocité. Chaque épisode dispose d'une superbe couverture d'Arthr Suydam, le peintre historique des couvertures des épisodes de Marvel Zombies. Chaque couverture constitue un pastiche d'une affiche de film telle que le Silence des Agneaux ou les Dents de la mer. Alors qu'en 2009 la multiplication des séries Deadpool s'accompagnait d'une dilution et d'une diminution de la qualité, Victor Gischler nous offre un scénario dense, sans temps morts avec des scènes d'action grand spectacle, un personnage principal sans concession et très à coté de la réalité, avec des illustrations en parfaite osmose. Après cette maxisérie, Victor Gischler a créé le Deadpool corps (le club des cinq), 5 fois plus de Deadpool pour 5 fois plus de délires mortels.

02/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Nées Rebelles - Jeunes filles au poing levé
Nées Rebelles - Jeunes filles au poing levé

Un album à mettre dans tous les CDI et à faire lire à toutes les jeunes filles, mais aussi les jeunes garçons, parce que cette BD est importante pour eux. Et elle l'est autant pour nous, plus vieux, d'ailleurs ! Il n'y a pas grand chose à dire, si ce n'est que la BD est inspirante pour les jeunes générations. Elle rappelle qu'une seule personne peut suffire à faire bouger des états, des lieux communs ou changer des lois. En fait, à changer le monde ! Les portraits présentés ici sont très bien fait, même si je ne connaissais que Greta Thunberg. Les autres sont tout aussi inspirantes et permettent de mettre en lumière les combats contemporains. Des combats qui nous concernent tous, que ce soit le climat, l'éducation des femmes, la pollution plastique, les réfugiés ou le contrôle des armes. Même si ce n'est pas ce que nous vivons, ça nous concerne directement et il est important de voir comment chacune à pu promouvoir un combat personnel jusqu'au monde entier. Les dessinateurs et dessinatrices ont fait un excellent boulot, permettant de lire sans jamais s'interrompre dans le récit. Le dessin est un support qui met en lumière mais c'est tout ce qu'on lui demande. Une BD réussie dans son sujet et dans son impact, recommandée pour tous !

02/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Bergères Guerrières
Bergères Guerrières

Franchement bien ! En effet, voilà une série qui mérite les louanges qu’elle reçoit depuis ses débuts ! Si je l’ai bien aimée, elle s’adresse quand même en priorité à un jeune lectorat, qui y trouvera forcément son bonheur. Les personnages attachants, les valeurs mises en avant, tout concourt à attirer le public cible. Et ce d’autant que la narration est bien construite. C’est dynamique, alternant passages contemplatifs et passages plus « musclés ». Des flash-backs, ainsi que les différentes étapes de l’intrigue, permettent de densifier l’intrigue et de mieux cerner les personnages et l’histoire de ce village, que l’on découvre quasi exclusivement féminin (les hommes n’étant depuis une dizaine d’années pas revenus d’une ancienne guerre). Si quelques anciennes dominent le village, ce sont essentiellement des jeunes – femmes essentiellement – qui agissent et défendent la communauté, au sein de la confrérie des bergères guerrière. En particulier Molly et ses copines. Même si un garçon les rejoint exceptionnellement (Liam, qui chevauche un gros chien hirsute aux faux airs de Pollux). Le dessin de Fléchais accompagne très bien le récit, qui s’avère une chouette lecture pour de jeunes ados. Même si les conflits sont rapidement résolus (un chouia trop vite parfois, comme ceux entre Molly et sa mère, Liam et son frère), et si personnages et bestiaires sont tout mignons, ça évite toujours d’être trop mielleux ou mièvre (il y aussi de la noirceur), et je recommande vivement cette lecture.

02/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Travail m'a tué
Le Travail m'a tué

Très bonne BD qui fait vivre de l'intérieur l'enfer du travail dans ces entreprises qui changent du tout au tout leur façon de faire, pliant aux lois du management et de l'entreprenariat à l'américaine. Jusqu'au drame que l'on a désormais en tête avec les affaires Orange ou Renault. La BD s'ouvre par le procès d'une femme d'un des suicidés, ce qui ne laisse que peu de doute sur le déroulé de l'affaire. Mais la vue de l'intérieur est glaçante : pressurisation des équipes, cloisonnement, rentabilité affiché sur chaque action, changement des logiciels sans support de formation, déplacements surprises et intempestifs, sans reconnaissance, sans primes, sans retour. Une façon de diriger qui n'aboutit qu'a des départs ou des morts,une fois le personnel suffisamment essoré. Mais derrière cette façade de rentabilité et de marché concurrentiel où tout est axé sur le rendement, le profit et la viabilité des entreprises, c'est des familles déchirées, des dépressions et sans doute un nombre incalculable de divorce, dépressions et burn-out. La BD retranscrit ça, la famille qui se délite petit à petit et qui finit par imploser. Et la souffrance, sans cesse ... La BD est rude mais salutaire à lire, pour comprendre le monde du travail aujourd'hui, ce qu'il en ressort et surtout la souffrance des humains au contact. A lire et à faire lire !

02/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Amatlan
Amatlan

Rien ne finit, ça devient autre chose. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, le récit d’un voyage de l’auteur au Mexique. Sa première publication date de 2009. Cette bande dessinée est l’œuvre d’Edmond Baudoin, pour le scénario et les dessins. Elle est en noir & blanc et compte quatre-vingt-quatre pages. À Paris, le 30/10/2007, un dessin en pleine page : un homme debout nu contemple une femme allongée, nue également. Le cinq décembre 2007, au Mexique, à Amatlán, le jardin, vu de l’intérieur de la maison, les feuilles de lierre sont en fer forgé, derrière se trouvent une cour et un arbre. Le même jour, dans cette cour, deux chiens, un jaune et un noir, dorment au soleil. Le chien jaune a les yeux très bleus, avec une pupille noire au milieu, le souvenir d’un ancêtre du Grand Nord. Le même jour, la vue depuis la terrasse de la maison, deux vautours tournent là-haut, au-dessus des montagnes. Suit une représentation réalisée le lendemain, de la maison vue de la route pavée : elle se trouve à l’extrémité d’une allée, au milieu de la végétation. Toujours un dessin en pleine page : l’intérieur de la maison, il ne faut pas marcher pieds nus, il y a des scorpions. Un dessin d’église : Edmond indique qu’il est au Mexique puisqu’il dessine une église mexicaine, l’église Santa Maria à Tepoztlan, le six décembre 2007. Dans cette ville, il rencontre un Italien dans un café : il s’appelle Andrés, il vit ici. Ils se parlent, Edmond lui dit qu’il fait de la bande dessinée. Son interlocuteur lui répond qu’il y en a un qui vient ici tous les étés, un auteur comme lui. Qui ? Golo. Qui ? Golo ?... Edmond n’en revient pas : son ami Golo, parisien et égyptien, bientôt mexicain, ici ! Première promenade dans la montagne qui est derrière la maison le sept décembre 2007. Désir de voir, d’aller là où tournent les vautours, dans leur paix. Zapata s’est caché ici. De la vallée montent des hurlements qui n’ont pas de pauses, les aboiements des chiens, beaucoup de chiens, errants aussi. Peut-être qu’en bas, les hommes silencieux crient leurs misères à travers les gorges des chiens ? Le soleil se couche, il faut redescendre. Le lendemain, Edmond fait la connaissance de Manuel, Anne, Juan Pablo. En son for intérieur, il s’interroge. Encore une fois un livre. Encore ?... Un carnet de voyage ? Il est assis dans un jardin, quelque chose comme un jardin. La couleur dominante est celle de la brique, du beige aussi avec des taches vertes. On est environ à 1.700 mètres d’altitude, début décembre, il fait doux. Il y a des arbres dans ce jardin, des ciruelos, une espèce de prunier dont les fruits ont le goût des oranges, un peu, avec un gros noyau. Deux maisons se font face, dans celle qui est dans son dos il y a Anne, Anne écrit pour plusieurs journaux français. Devant, il y a celle où il loge avec elle, elle c’est Neige. Il l’entend rire avec Magali dans la cuisine. Magali donne des cours de philosophie dans une université à Cuernavaca. Qu’il soit familier de l’écriture d’Edmond Baudoin, ou qu’il le découvre avec cet ouvrage, le lecteur éprouve vite une forme d’accoutumance à la forme très libre de sa narration. Le récit commence sous la forme de dix illustrations pleine page, avec une date (celle à laquelle elle a été réalisée), un court texte explicitant ce qui est représenté. Le lecteur comprend que l’auteur a réalisé ces dessins sur le vif, parfois au pinceau, parfois à la plume. Il s’agit d’images descriptives où le lecteur peut reconnaître ce qui est représenté, avec un degré de précision variable, jamais avec un aspect photographique, que ce soit dans la précision ou dans le détail. En planche six, l’artiste s’attache à détourer chaque élément présent dans la grande pièce de la maison, mais avec des traits irréguliers, sans texture, et presqu’aucune ombre portée. En planche quatre, il reproduit l’impression que donnent les arbres devant la montagne, avec des traits de pinceau appuyés pour reproduire l’effet de silhouette de ces éléments, sans aucun détail sur l’intérieur des surfaces qu’il s’agisse des feuilles ou des troncs. Dans les pages suivantes, à une ou deux reprises, les images s’avèrent être composites associant deux ou trois éléments issus de prises différentes, encore accompagnées d’un texte soit laconique soit composé de plusieurs paragraphes. Ce n’est qu’à partir de la planche vingt-six que le lecteur découvre des compositions plus classiques de cases alignées en bande, la plupart avec une bordure de case, le temps de six pages. Puis revient le mode en illustration accompagnée d’un texte. Edmond Baudoin choisit la forme et la composition de chaque page comme bon lui semble, au gré de sa fantaisie. En tout cas, dans un premier temps, le lecteur se dit se dit que l’auteur suit l’inspiration du moment. Mais s’il a lu d’autres ouvrages, il sait qu’en fait Baudoin compose bel et bien chaque ouvrage, peut réaliser plusieurs brouillons d’une page, tout en s’accordant une liberté totale, sans se sentir contraint de respecter une attente implicite du lecteur sur un format de cases disposées en bande. L’effet ne s’apparente pas à celui d’une bande dessinée et déstabilise dans un premier temps car le lecteur ne retrouve pas l’effet de la régularité de disposition des cases, ou l’interaction attendue entre phylactères et images, et dans le même temps ce n’est pas un texte illustré, ou des images commentées. C’est une sensation de liberté peu commune en bande dessinée, à la fois des images et des mots sur des pages rectangulaires, à la fois quelque chose d’inattendu, d’impossible à anticiper à chaque découverte d’une nouvelle page. Même un lecteur familier de l’artiste se retrouve surpris. Tout d’abord en planche 18 quand il comprend qu’il lit les mots de Neige, Edmond ayant fait participer sa compagne : elle raconte son état d’esprit quand Edmond souhaite qu’elle vienne danser avec lui sous les yeux des villageois à une fête, et qu’elle ne se laisse pas convaincre. De la planche trente-six à la planche quarante-trois, le texte n’est plus manuscrit, mais en caractères d’imprimerie, Neige évoquant en prose le viol dont elle a été la victime et son incidence sur sa relation avec Edmond, les images devenant effectivement une illustration sur le bord, les planches quarante et quarante-et-un en étant même dépourvues. Pour autant, l’esprit du lecteur a eu le loisir de s’habituer à la malléabilité de la narration et il se lance dans ces pages de texte avec plaisir, sans même songer un instant à renâcler parce que ce n’est pas de la BD. En planches onze et treize, l’auteur développe un texte de plusieurs paragraphes dans lequel il s’interroge sur ce qu’il est en train de faire, sur la nature de son récit, de son ouvrage. Un carnet de voyage ? Encore une fois un livre… Pour dire quoi ? Le chemin ? Son chemin ? Le lecteur ressent au fil des pages que l’auteur n’agit pas par automatisme, qu’il ne se contente pas de raconter ce qu’il voit, ce qu’il ressent, sa façon de vivre sa relation avec sa compagne Neige. Il s’interroge sur la première planche avec l’homme et la femme nus, puis découvre ces images qui montrent les lieux qui entourent Edmond Baudoin, comme croqués sur le vif, mais en fait montrant ces endroits avec sa sensibilité, sa subjectivité. Il se dit d’ailleurs que le narrateur a opéré un choix dans ce qu’il montre, dans ce qu’il représente, que sa subjectivité s’exprime également dans ce qu’il a retenu pour être montré, qu’un autre auteur aurait fait d’autres choix, aurait montré d’autres lieux, ou les aurait montrés d’une autre manière. De ce point de vue, le récit s’apparente bien à un carnet de voyage, avec les lieux du quotidien, avec un peu de marches, de voyages qui s’apparente à du tourisme, mais à l’opposé de celui de masse. Le lecteur voit ces paysages par les yeux de l’artiste, et il perçoit que celui-ci est attaché à rendre compte de ce qu’il voit, pas à plaquer une conception préalable sur ce qu’il découvre. Cela donne un carnet de voyage très personnel. Toutefois, ces pages ne peuvent pas être réduite à un carnet de voyage à Amatlán et dans ses environs, parce qu’Edmond Baudoin raconte également sa relation avec Neige. Il le fait en assumant sa subjectivité personnelle, en la faisant ressortir. Il ne présente jamais ses pensées comme une vérité, mais bien comme sa perception des choses, de cet être humain qui n’est pas lui, de ses projections. Dès la planche treize, il indique explicitement qu’il a soixante-cinq ans lors de ce voyage, et que Neige en a trente. Il a une conscience aigüe à la fois de la transgression que cela constitue vis-à-vis des conventions sociales, sans développer le pourquoi desdites conventions, et de son désir pour elle. Il n’insiste pas particulièrement pour son respect pour elle, mais le lecteur qui déjà lu d’autres bandes dessinées abordant le sujet de ses relations avec la gent féminine, connaît à la fois son pouvoir de séduction, à la fois son respect absolu du consentement. Il ressent qu’Edmond ne veut en aucun cas mettre en œuvre une quelque forme d’ascendant que lui donnerait son âge sur elle. Le lecteur comprend que dans ces conditions l’auteur ait souhaité donner la parole à Neige, qu’elle ait pu exprimer son point de vue, ses ressentis, qu’ils figurent dans l’ouvrage. Cet aspect-là de la bande dessinée est traité avec une rare sensibilité : l’auteur se met à nu avec une honnêteté totale, tout en préservant une pudeur qui évite au lecteur de se sentir de trop, ou de devenir un voyeur. Cet album est également un carnet de voyage vers l’autre dans une relation amoureuse, dans toute sa singularité, et dans le même temps dans tout ce qu’elle peut avoir d’universelle, avec exécution d’une rare beauté. Une bande dessinée d’Edmond Baudoin de plus… Et c’est déjà beaucoup. Un carnet de voyage à nul autre pareil, dans lequel la sensibilité de l’auteur s’exprime dans chaque dessin, chaque phrase, chaque construction de page. Un voyage géographique en dehors des sentiers battus, avec une perception du quotidien et des paysages qui n’appartient qu’à cet auteur. Également un voyage amoureux, une relation fragile, délicate, difficile à faire accepter aux yeux des autres, et même aux yeux de l’auteur, avec une exigence de soi pour ne pas profiter de son charme et de son âge, ne pas abuser d’une forme d’ascendant, construire un consentement réciproque entre deux êtres uniques.

02/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série 2 expressos
2 expressos

Voilà une lecture rafraîchissante ! J'ai passé un très bon moment. Un petit café en accompagnement aurait été le summum. L'histoire est originale, j'avais une première intuition concernant un élément de l'intrigue que j'ai vite écartée, et pourtant c'était la bonne ! Content d'avoir été surpris du coup. Les deux gars m'ont bien fait rire, je ne me suis pas du tout ennuyé. Le dessin est très réussi, il se démarque des autres mangas je trouve. C'est plus réaliste, avec des traits plus doux et plus épais. Un style vraiment agréable à lire. Une histoire qui nous fait voyager et qui nous donne le sourire tout du long. On est autant intrigué par les mésaventures du jeune mari et son café infect que par la recherche du français :) Une belle histoire que je recommanderais.

01/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Thor - Au nom d'Asgard
Thor - Au nom d'Asgard

Jeu mythologique - Ce tome regroupe les 6 épisodes de la minisérie parue en 2010/2011. Il s'agit d'une histoire complète, indépendante de la continuité de Thor, et dépourvue de superhéros. Robert Rodi (scénario) et Simone Bianchi (illustrations) racontent une histoire se déroulant sur Asgard, avant que Thor ne devienne un superhéros, avant qu'Odin n'ait perdu son œil. Odin a délaissé son trône en Asgard pour accomplir un voyage dont le but sera révélé au cours du récit. Il a installé Thor sur le trône pour assurer l'intérim. Ce dernier doit faire face à des insurrections, au sein d'Asgard, des peuples des 8 autres mondes qui se rebellent contre le pouvoir central des Asgardiens. L'histoire commence avec le récit d'un combat contre des géants de Jontunheim. Pour gagner la partie, les Asgardiens doivent se résoudre à tuer des civils, acte qui entache fortement la victoire. de retour au palais royal, Thor se retrouve partagé entre les conseils de Tyr (dieu de la guerre) qui prône une répression armée, et ceux de Sif qui souhaite tout négocier. Il doit également statuer sur une solution au problème d'Idunn : les pommiers dont les fruits assurent l'immortalité des dieux ne fleurissent plus du fait de l'hiver sans fin qui s'est installé sur Asgard. Pendant son sommeil, Thor est visité par l'âme de Balder dont il n'arrive pas à saisir le message. Enfin il est devenu incapable de soulever Mjolnir. Après l'excellent Loki (en 2004, illustré par Esad Ribic), Robert Rodi écrit un deuxième récit pour Thor, cette fois-ci sans aucune référence à sa carrière superhéroïque. le pauvre Thor est donc à la tête de l'un des 9 mondes nordiques et il doit faire face à plusieurs formes de séditions, ainsi qu'à son obligation d'accomplir des actes peu héroïques pour maintenir l'ordre. Il a le soutien de Frandall, Hoggun et Volstagg qui ne jouent qu'un rôle très mineur dans ce récit. Balder est mort, tué par Holder (Höld) comme le veut la légende, du fait de la malice de Loki. Et un dieu non identifié sème la zizanie en catimini. Rodi embrasse sans retenue la mythologie nordique assaisonnée à une forme de société moyenâgeuse. le lecteur habitué des comics de Thor reconnaîtra aisément les dieux habituels. Toutefois l'approche graphique de Bianchi transforme ces personnages aux costumes colorés en des guerriers issus d'une culture brutale. Thor est habillé de son costume conçu par Jack Kirby (sans l'armure ajoutée par Olivier Coipel dans Thor renaissance). Mais sous le pinceau de Bianchi, le casque ailé est ornée d'une tête de mort finement ouvragée sur le devant, la boucle de ceinture devient énorme avec un masque hurlant, les bottes s'ornent de fourrure, la cape est également bordée de fourrure. Thor devient un guerrier viking à la musculature impressionnante, à la présence imposante, au port altier. Chaque Asgardien dispose d'une tenue particulière aux décorations différentes. C'est un plaisir à chaque page que de détailler chaque personnage et son accoutrement. le lecteur découvre des individus plus grands que nature, empreints de majesté. Certains sont emportés par des combats brutaux et chevaleresques ; d'autres se sont lancés dans une quête épique, sur un chemin semé d'embuches fantastiques. Les qualités d'illustrateur de Simone Bianchi sautent également aux yeux pour chaque décor. En plus de l'encrage traditionnel délimitant les contours des formes et figurant l'ombrage, il utilise des lavis pour donner de la texture à chaque surface. Il est aidé dans cette phase du dessin par Andrea Silvestri pour les épisodes 3 à 6. Cette technique transforme les illustrations en leur donnant une densité peu commune, sans pour autant les surcharger. le travail de mise en couleurs de Simone Peruzzi utilise une palette éloignée des couleurs vives des comics pour tons plus chauds et plus sombres, avec une accentuation de la lumière mordorée qui baigne Asgard. Chaque lieu baigne dans cette lumière qui transforme l'atmosphère en lui conférant un soupçon d'irréalité parfaitement adapté à ce royaume des dieux nordiques. Bianchi dépeint avec minutie les aménagements d'Asgard en s'attardant aussi bien sur l'architecture du palis et des bâtiments, que sur les matériaux utilisés pour édifier ces constructions. le hall de célébration de Valhalla est aussi imposant que chaleureux. Et il illustre avec la même intelligence les scènes en décor naturel, avec des forêts fleurant bon l'abondance de l'été, ou les pleines enneigées en proie à la rigueur de l'hiver. L'implication et la conscience professionnelle de Bianchi s'étend également à tous les accessoires qui bénéficient du même degré de personnalisation que le reste, qu'il s'agisse du trône de Thor, de la table d'une taverne, des armes ouvragées, ou même d'un simple gobelet. Et pour parfaire le tout, le niveau de qualité des illustrations est identique du premier au dernier épisode. Bianchi, Silvestri et Peruzzi gardent le même niveau d'implication et de qualité du début jusqu'à la fin. Il semble que Robert Rodi ait une affinité toute particulière avec les récits mythologiques. Il sait entortiller le lecteur autour de la notion de changement à la fois inéluctable, et à la fois révocable car tout reviendra à son état habituel de manière cyclique. Encore que dans ce récit, le lecteur n'apprend finalement pas l'identité de celui qui sème la zizanie, et il n'assiste pas non plus au retour d'Odin sur le trône. Il s'amuse avec le fait que les mythes se présentent dans plusieurs versions du fait de leurs sources disparates ; c'est ainsi qu'Odin fait observer que Jord est également connue sous les noms de Gaea et Erda, sans que l'un ou l'autre soit plus exact que les autres. Finalement Rodi indique clairement que l'enjeu du récit ne se trouve pas dans sa résolution puisque tous ces changements s'inscrivent dans des cycles revenant à l'état intérieur. du coup la narration de Robert Rodi est à prendre au second degré pour sa capacité à mettre en scène les composantes de la mythologie nordique et à leur insuffler de la vie. Il s'empare de ces récits pour faire vivre les personnages en respectant leur histoire, et en effectuant des observations aussi bien sur le droit des minorités, les différences culturelles et l'intérêt commun. Or le plus fort, c'est qu'au premier degré les péripéties, les affrontements et les enjeux sont également prenants et divertissants. Robert Rodi et Simone Bianchi proposent une aventure de Thor avant qu'il ne devienne superhéros, mais déjà à l'âge adulte, bien enracinée dans la mythologie nordique, avec des visuels magnifiques, une intrigue pleine de suspense (qui laisse quelques questions en suspens à la fin) et des réflexions sur la nature même de la mythologie. Robert Rodi continue de jouer avec Thor et Asgard dans Les retrouvailles (2011), puis dans La saga des Déviants (2012).

01/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Thor - Loki
Thor - Loki

Mythologique - Cette édition contient les 4 épisodes de la minisérie Loki parue en 2004, scénario de Robert Rodi, illustrations et couleurs d'Esad Ribic. Loki Laufeyson est installé sur le trône d'Asgard, Thor enchaîné est à ses pieds, Odin est confiné dans ses quartiers, Balder est emprisonné, Sif également. Sa victoire est complète et totale. Il ne lui reste plus qu'à contenter les alliés qui lui ont permis cette victoire, décider du sort des vaincus, à commencer par celui de Thor, et s'installer à la tête d'Asgard. Pour l'accroche de cette série, Marvel avait choisi de mettre en avant qu'il était temps pour le lecteur de découvrir le point de vue de Loki, sur ses relations conflictuelles avec son frère. Robert Rodi a l'idée intéressante de placer Loki dans une situation où il a gagné et obtenu tout ce qu'il souhaite. le lecteur le découvre en train de mettre son frère plus bas que terre, en train de se vanter auprès de son père adoptif, en train de tenir la dragée haute à Hela, etc. Il lui reste à réinventer sa place à Asgard dans ce nouvel ordre des choses. Au fil de ses péroraisons, Loki se remémore quelques moments de sa vie et la manière dont les autres asgardiens l'ont traité, ce qui ont façonné son approche de la vie. Le premier plaisir immédiat de cette lecture se trouve dans les illustrations peintes d'Esad Ribic. Il emploie des couleurs délavées qui confère une ambiance intemporelle au récit. Ribic dépeint Asgard sous la forme d'un immense château, tout en blocs de taille énormes et massifs. de temps à autres, une poutre, elle aussi massive, renforce la structure. Au fil des pages, l'architecture d'Asgard évoque le haut moyen-âge, mais aussi les constructions plus anciennes de la Grèce antique. Ce décor souligne le fait que les personnages ne sont pas des mortels, mais des dieux évoluant dans un temps qui ne connaît pas le changement, dans des structures qui ne subissent pas l'érosion du temps. Les lieux deviennent immanents et permanents. Cette approche trouve sa limite quand Ribic se hasarde à montrer les constructions entourant le château principal d'Asgard. Lors de ces rares occurrences, il développe une société moyenâgeuse qui rompt le charme de l'immersion car elle ramène ces individus plus grands que nature à de simples seigneurs féodaux. Ribic a également l'art et la manière de dramatiser les scènes sans les rendre artificiellement théâtrale. La première image montre Thor à genoux sur un dallage de pierre, la tête baissée sous le poids d'un joug. Il est à la fois musculeux, et complètement soumis. L'image est saisissante tellement elle est éloquente. Tout au long des 4 épisodes, Ribic conjure d'étonnants visuels qui restent dans la mémoire, qu'il s'agisse de Thor enchaîné, de Sif dans sa cellule, Karnilla en pleine incantation, d'autres versions de Thor et Loki, etc. Ribic sait capturer la majesté de ces personnages, leur port altier et leur dimension shakespearienne. Il n'y a que les costumes de Hela et Sif (deux personnages féminins) qui semblent mal accordés à cette vision régalienne des personnages. Ribic a choisi de donner un corps d'athlète à Loki, et de l'affubler d'une dentition irrégulière avec des dents manquantes, comme s'il voulait combiner la divinité de Loki avec le coté pernicieux de sa malignité. Ce dernier point physique rejoint le parti pris de Rodi qui est de montrer Loki avec ses faiblesses. Alors qu'il se trouve sur le trône, Loki refuse de prendre les responsabilités de régent du royaume ; il remet au lendemain toutes les décisions relatives à la gestion des conflits et aux doléances des représentants de ses sujets. C'est comme si Rodi voulait attirer l'attention du lecteur sur le fait que Loki est d'essence mauvaise ; il n'est pas le héros du récit, mais simplement le personnage principal. Cette composante diminue un peu l'impact de la narration car elle insiste sur un clivage Bien / Mal. Rodi n'ose pas aller au bout de son idée et faire de Loki un héros incompris par le reste de ses pairs, le dieu de la malignité assurant son office de manière légitime. Mis à part ce manque d'audace, Robert Rodi réussit son pari de faire parler Loki tout au long du récit, sans tomber dans un soliloque trop artificiel, et de montrer son point de vue. Il embrasse complètement la mythologie nordique adaptée à la sauce Marvel et développée par Stan Lee et Jack Kirby (Balder, Heimdall, Sif, Karnilla), tout en réservant quelques surprises piochées dans le canon de cette mythologie. Mais le tour de force accompli par Rodi est de ne pas se laisser emprisonner par l'une ou l'autre des continuités (Marvel, ou mythologie nordique). Dans un moment exceptionnel, il embrasse les contradictions des différentes versions, tout en augmentant encore la dimension dramatique du personnage. Rodi réussit à convaincre le lecteur de l'évolution de Loki, de son revirement et de sa possible rédemption. Il bâtit avec aisance un portrait psychologique crédible de Loki qui justifie ses motivations et ses actes. Le scénariste et l'illustrateur se sont emparé du supercriminel Marvel pour lui redonner toute sa dimension mythologique et en faire un personnage repoussant pour lequel le lecteur ressent une forte empathie et finit par espérer une issue heureuse. Rodi et Ribic proposent une vision très personnelle d'Asgard, entièrement mythique, siège de drames shakespeariens, et totalement envoûtante. Robert Rodi a écrit 3 autres histoires pour Thor : Au nom d'Asgard, Les retrouvailles et La saga des Déviants.

01/08/2024 (modifier)