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Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Thor - Loki
Thor - Loki

Mythologique - Cette édition contient les 4 épisodes de la minisérie Loki parue en 2004, scénario de Robert Rodi, illustrations et couleurs d'Esad Ribic. Loki Laufeyson est installé sur le trône d'Asgard, Thor enchaîné est à ses pieds, Odin est confiné dans ses quartiers, Balder est emprisonné, Sif également. Sa victoire est complète et totale. Il ne lui reste plus qu'à contenter les alliés qui lui ont permis cette victoire, décider du sort des vaincus, à commencer par celui de Thor, et s'installer à la tête d'Asgard. Pour l'accroche de cette série, Marvel avait choisi de mettre en avant qu'il était temps pour le lecteur de découvrir le point de vue de Loki, sur ses relations conflictuelles avec son frère. Robert Rodi a l'idée intéressante de placer Loki dans une situation où il a gagné et obtenu tout ce qu'il souhaite. le lecteur le découvre en train de mettre son frère plus bas que terre, en train de se vanter auprès de son père adoptif, en train de tenir la dragée haute à Hela, etc. Il lui reste à réinventer sa place à Asgard dans ce nouvel ordre des choses. Au fil de ses péroraisons, Loki se remémore quelques moments de sa vie et la manière dont les autres asgardiens l'ont traité, ce qui ont façonné son approche de la vie. Le premier plaisir immédiat de cette lecture se trouve dans les illustrations peintes d'Esad Ribic. Il emploie des couleurs délavées qui confère une ambiance intemporelle au récit. Ribic dépeint Asgard sous la forme d'un immense château, tout en blocs de taille énormes et massifs. de temps à autres, une poutre, elle aussi massive, renforce la structure. Au fil des pages, l'architecture d'Asgard évoque le haut moyen-âge, mais aussi les constructions plus anciennes de la Grèce antique. Ce décor souligne le fait que les personnages ne sont pas des mortels, mais des dieux évoluant dans un temps qui ne connaît pas le changement, dans des structures qui ne subissent pas l'érosion du temps. Les lieux deviennent immanents et permanents. Cette approche trouve sa limite quand Ribic se hasarde à montrer les constructions entourant le château principal d'Asgard. Lors de ces rares occurrences, il développe une société moyenâgeuse qui rompt le charme de l'immersion car elle ramène ces individus plus grands que nature à de simples seigneurs féodaux. Ribic a également l'art et la manière de dramatiser les scènes sans les rendre artificiellement théâtrale. La première image montre Thor à genoux sur un dallage de pierre, la tête baissée sous le poids d'un joug. Il est à la fois musculeux, et complètement soumis. L'image est saisissante tellement elle est éloquente. Tout au long des 4 épisodes, Ribic conjure d'étonnants visuels qui restent dans la mémoire, qu'il s'agisse de Thor enchaîné, de Sif dans sa cellule, Karnilla en pleine incantation, d'autres versions de Thor et Loki, etc. Ribic sait capturer la majesté de ces personnages, leur port altier et leur dimension shakespearienne. Il n'y a que les costumes de Hela et Sif (deux personnages féminins) qui semblent mal accordés à cette vision régalienne des personnages. Ribic a choisi de donner un corps d'athlète à Loki, et de l'affubler d'une dentition irrégulière avec des dents manquantes, comme s'il voulait combiner la divinité de Loki avec le coté pernicieux de sa malignité. Ce dernier point physique rejoint le parti pris de Rodi qui est de montrer Loki avec ses faiblesses. Alors qu'il se trouve sur le trône, Loki refuse de prendre les responsabilités de régent du royaume ; il remet au lendemain toutes les décisions relatives à la gestion des conflits et aux doléances des représentants de ses sujets. C'est comme si Rodi voulait attirer l'attention du lecteur sur le fait que Loki est d'essence mauvaise ; il n'est pas le héros du récit, mais simplement le personnage principal. Cette composante diminue un peu l'impact de la narration car elle insiste sur un clivage Bien / Mal. Rodi n'ose pas aller au bout de son idée et faire de Loki un héros incompris par le reste de ses pairs, le dieu de la malignité assurant son office de manière légitime. Mis à part ce manque d'audace, Robert Rodi réussit son pari de faire parler Loki tout au long du récit, sans tomber dans un soliloque trop artificiel, et de montrer son point de vue. Il embrasse complètement la mythologie nordique adaptée à la sauce Marvel et développée par Stan Lee et Jack Kirby (Balder, Heimdall, Sif, Karnilla), tout en réservant quelques surprises piochées dans le canon de cette mythologie. Mais le tour de force accompli par Rodi est de ne pas se laisser emprisonner par l'une ou l'autre des continuités (Marvel, ou mythologie nordique). Dans un moment exceptionnel, il embrasse les contradictions des différentes versions, tout en augmentant encore la dimension dramatique du personnage. Rodi réussit à convaincre le lecteur de l'évolution de Loki, de son revirement et de sa possible rédemption. Il bâtit avec aisance un portrait psychologique crédible de Loki qui justifie ses motivations et ses actes. Le scénariste et l'illustrateur se sont emparé du supercriminel Marvel pour lui redonner toute sa dimension mythologique et en faire un personnage repoussant pour lequel le lecteur ressent une forte empathie et finit par espérer une issue heureuse. Rodi et Ribic proposent une vision très personnelle d'Asgard, entièrement mythique, siège de drames shakespeariens, et totalement envoûtante. Robert Rodi a écrit 3 autres histoires pour Thor : Au nom d'Asgard, Les retrouvailles et La saga des Déviants.

01/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Le Haut Palais
Le Haut Palais

Un avenir à construire - Ce tome est le premier tome d'une série indépendante de toute autre. Il comprend les épisodes 1 et 2, initialement parus en 2018, écrits par Mike Carey, dessinés et encrés par Peter Gross qui a aussi effectué le lettrage, mis en couleurs par Fabien Alquier. Les couvertures ont été réalisées par Yuko Shimizu qui avait déjà travaillé avec Gross & Carey pour l'extraordinaire série The Unwritten. Ce commentaire porte les chapitres 1 à 6 qui forment la première saison. Dans un petit village du royaume d'Ossaniul, l'équipage de magister Cael Extat arrive. Son responsable s'entretient avec l'aubergiste pour réserver les meilleures chambres, et prévoir un repas. Il demande également la mise à disposition de son hall car le magister va recevoir les familles qui souhaitent vendre leurs enfants comme esclaves. À l'extérieur, Moth est en train de s'amuser au bord de l'eau, tout en essayant de pêcher des crabes à la demande de sa mère. Sa soeur Jet vient le chercher car leur mère leur demande de revenir. le magister Extat s'est installé à une table dans la grande salle de l'auberge, et il reçoit les habitants les uns après les autres, pendant que son intendant leur demande de ne pas trop s'approcher. Après quelques familles, c'est la mère qui se présente avec deux de ses enfants Jet et Moth. le magister remarque tout de suite que Jet est en train de devenir aveugle et il l'écarte. En revanche, il se lève pour s'approcher de Moth et lui demande de fermer les yeux, et de lui dire ce qu'il voit. Puis il lui met une pierre dans la main droite : Moth la sert et la relâche rapidement car il a la sensation qu'elle le brûle. le magister indique à la mère qu'il achète Moth, mais qu'il laisse Jet, et il lui verse l'argent séance tenante. Moth doit faire ses adieux, et Jet lui remet un bracelet fait avec une mèche de cheveux qu'elle s'est coupés récemment. Finalement l'équipage ne reste pas pour la nuit, et repart dans l'après-midi, avec une dizaine d'enfants reliés par une corde attachée à l'arrière du carrosse du magister. Son aide le prévient d'un guet-apens devant et Extat répond qu'il perçoit les malandrins en attente dans les arbres. Au passage du carrosse, ils en descendent et les menacent armés d'épées. Cael Extat descend du carrosse et s'adresse directement au brigand qui semble être le chef, ou en tout cas qui parle pour les autres. Il fait exploser son épée et son bras avec. le meneur s'écroule mort sur le sol, et les autres déguerpissent. le magister décide d'établir là le campement pour la nuit. le soir venu, il demande que Moth vienne dans sa tente et il lui raconte l'histoire de l'ascension du clan Aldercrest, pour lequel il a recruté ces esclaves. Ensuite Extat demande à Moth s'il croit en la Déesse, et le garçon répond d'une manière fuyante, tout en étant capable de réciter son catéchisme. le magister n'insiste pas plus. le lendemain, il fait arrêter l'équipage avant de passer le pont qui permet d'accéder au Haut Palais, et qu'aucune armée n'a jamais franchi. Il fait admirer la ville fortifiée au garçon. Une fois l'équipage entré dans la ville, le magister fait procéder aux choix des esclaves par les maitres de corvées. le cuistot décide de s'approprier Moth, mais Fless, la couvreuse, est plus rapide, et en plus cette fois-ci elle a la préséance sur le cuistot. Ce dernier ne prend pas bien de se faire brûler la politesse. Peter Gross et Mike Carey ont commencé à collaborer sur la série Lucifer, avant de cocréer et de réaliser la série Unwritten. Ils ont donc l'habitude de travailler ensemble, et effectivement leur coordination est parfaite, comme si cette bande dessinée avait été réalisée par un seul et unique créateur. le récit commence comme une histoire alternative se déroulant dans un bas moyen-âge, avec l'existence de la magie, mais visiblement en quantité très restreinte et d'usage limité à un tout petit nombre de personnes. Dès la première scène, le lecteur comprend qu'il va s'agir de l'histoire du jeune garçon Moth, mais sans pouvoir présager de l'ampleur du récit, qu'elle soit géographique, temporelle ou belliqueuse. Il voit donc Moth apprendre le métier de couvreur avec Fless, en commençant par les rudiments, et en travaillant d'abord au sol, avant d'aller sur les toits pour les réparer ou les entretenir. L'artiste crée une galerie de personnages facilement identifiables qui se distinguent par leur morphologie, leur visage, les habits de leur charge ou de leur condition sociale. Les contours sont tracés par un trait fin sans être cassant, avec parfois une petite touche d'exagération pour quelques individus, comme le visage de fouine de Temtoller le cuistot, ou un adolescent particulièrement costaud. L'artiste met en oeuvre un jeu d'acteur de type naturaliste, sans exagération dramatique. Il est visible que Cael Extat se fait une idée sur la valeur de son statut social du fait de son maintien presque hautain, alors que Moth est très naturel, sans beaucoup de méfiance. Un autre élément essentiel pour la réussite de ce genre de récit réside dans la consistance du monde dans lequel évoluent les personnages. Il arrive qu'une ou deux cases ne comprennent que des personnages, sans décor en arrière-plan, mais il s'agit d'un usage plus destiné à faire respirer la page, que d'un raccourci pour pouvoir réaliser les planches plus vite. Comme dans leurs précédentes collaborations, les créateurs ont pensé leur narration d'une manière globale, conscient de l'importance des environnements. Effectivement, Peter Gross s'investit pour montrer au lecteur chaque lieu avec ses caractéristiques. Il commence par voir les façades des maisons autour de l'auberge, puis l'intérieur de celle-ci. Les dessins sont simples, mais les représentations ne sont ni génériques, ni inconsistantes. Il découvre ensuite le Haut Palais par une vue d'ensemble dans un dessin en double page, très minutieux, avec un urbanisme rendant plausible cette ville fortifiée. Il en aura d'autres aperçus par la suite, cette fois-ci vus de l'intérieur, avec de belles vues dégagées, quand Moth la contemple en se tenant sur un toit où il est en train de travailler. le dessinateur passe tout autant pour représenter les intérieurs du Haut Palais, avec de magnifiques endroits comme la salle avec un très bel escalier, le dortoir spartiate des jeunes esclaves, la salle d'étude de Cael Extat avec les incunables sur les rayonnages de sa bibliothèque, les cuisines avec l'énorme cheminée, les pièces oubliées vers lesquelles une voix guide Moth, le superbe jardin intérieur privé de la princesse Shurubai où elle joue au croquet avec sa suivante Lace, l'autre petite place où se recueille mère Jathi. Il n'y a que certaines zones naturelles dont la conception et la représentation semblent moins soignées. Le lecteur suit donc bien volontiers ce jeune garçon au cours des différentes étapes de son intégration dans le personnel (enfin, les esclaves) du Haut Palais, et sa découverte des manigances, des risques encourus à s'adresser aux membres du clan Aldercrest, tout en se demandant ce que lui veut Cael Extat qui l'a choisi sciemment pour des qualités qui ne sont pas explicitées. le lecteur se prépare donc à des intrigues de palais avec une couche de surnaturel. Effectivement, ces deux composantes sont présentes dans l'intrigue, de manière très progressive. Les auteurs semblent prendre leur temps pour donner de la consistance à cet environnement, par exemple en consacrant une page aux termes techniques du métier de couvreur, avec ses outils, et les différents types de tuiles. Pourquoi pas ? le lecteur se fait donc à ce rythme tranquille, suivant Moth enfant très agréable grandissant progressivement. Il sourit en voyant les auteurs mettre en œuvre des conventions de genre comme le héros qui sauve la princesse d'une chute mortelle, le garçon qui tient tête au seigneur, totalement inconscient des risques qu'il prend, les intrigues de palais perçues de manière fragmentaire par Moth, la rencontre avec la créature surnaturelle dont l'apparence sort de l'ordinaire. Il note de temps à autre un élément qui sort de ce type de moments attendus, comme la volonté de Moth d'apprendre à lire. Très progressivement, il prend conscience que Carey & Gross font évoluer Moth, de manière très naturelle. Certes il bénéficie d'un ou deux coups de pouce, mais il possède également des convictions que l'on pourrait qualifier de progressistes dans cette société, sans pour autant être anachroniques. D'une certaine manière, le lecteur assiste donc à son éveil politique, et à la manière dont il essaye de changer le monde en fonction de ses moyens. En cours de récit, Mike Carey évoque un autre métier en consacrant également une page où la femme qui l'exerce en expose les rudiments à Moth. Cela fait écho au passage consacré à l'entretien des toitures. le lecteur comprend alors que la vie de Moth n'est pas uniquement façonnée par sa position sociale, mais aussi par les technologies existantes et celles qui sont en cours de déploiement. Une autre dimension s'ajoute au récit : une des facettes de l'évolution de la société. Il apparaît alors que l'élément surnaturel reste en arrière-plan, presque superfétatoire, sauf pour ce qu'il dit du passé. Une histoire de plus de jeune garçon vendu comme esclave et s'échappant progressivement de sa condition et d'un destin tout tracé, avec une touche de magie dans un monde moyenâgeux. Oui, mais aussi un personnage principal très attachant, dans un monde consistant et palpable, avec des personnages complexes, ne pouvant pas être réduits à des bons et des méchants, et en arrière-plan, une mise en scène intelligente de l'adaptation au changement social, politique, technologique, pour un récit adulte conservant une part de merveilleux.

01/08/2024 (modifier)
Par Charly
Note: 4/5
Couverture de la série La Favorite
La Favorite

La lecture de cette BD était une expérience intense. L’histoire de Constance, un enfant élevé dans un manoir par des grands-parents cruels, m’a vraiment touché. La grand-mère est particulièrement odieuse, et le grand-père, bien que lâche, est aussi une victime de cette situation. Le dessin en noir et blanc, avec ses hachures, crée une atmosphère oppressante qui colle parfaitement à l’histoire. Chaque page est remplie de détails qui rendent le récit encore plus réaliste et poignant. Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les révélations surprenantes tout au long de l’histoire. Elles ajoutent une profondeur et une complexité qui m’ont vraiment impressionné. Malgré la noirceur du sujet, il y a aussi des moments d’humour qui allègent un peu l’ambiance.

01/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Moi en double
Moi en double

Très forte cette petite BD qui nous plonge dans l'esprit intime d'une femme en pleine lutte contre elle-même. Les illustrations exprimant ses pensées sont magnifiquement bien trouvées et originales, c'est ce qui m'a vraiment le plus plu dans cette lecture. D'autant plus que le style au crayon fusain est superbe. Le récit est poignant, aaaah ce fameux double que nous portons tous en nous à des degrés divers, je le connais bien... J'ai beaucoup apprécié l'approche originale de l'auteure pour raconter cette lutte intérieure, tout comme l'originalité du dessin. La coopération entre les deux autrices ne pouvait pas être meilleure. Le témoignage met également en lumière l'importance de la communication entre amis. Souvent, nous craignons de vexer l'autre ou, à l'inverse, sommes trop susceptibles aux remarques. Pourtant, exprimées avec bienveillance ces paroles/"remarques" ne peuvent être que positives. Combien de fois n'osons-nous pas signaler à un ami un petit désagrément, comme un morceau de nourriture coincé entre les dents ou une mauvaise haleine ? Ce genre de franchise pourrait éviter bien des malaises. Pour les sujets plus sérieux, il en va de même : il faut savoir choisir le bon moment et avoir une bonne approche, mais la communication reste essentielle, pas seulement dans les relations de couple. Une BD à partager !

01/08/2024 (modifier)
Par Cleck
Note: 4/5
Couverture de la série L'Imprimerie du diable
L'Imprimerie du diable

BD historique sur l'inquisition alternant le chaud et le tiède. Elle peut, comme bien des BD historiques, narrer classiquement et relativement platement son intrigue ; et plus loin prendre une inattendue ampleur quand elle décrit les évolutions parallèles des deux personnages principaux et notamment comment un érudit intègre une pensée davantage politique que scientifique. L'ampleur et le vertige s'estompent malheureusement assez vite dès lors que la clarification des enjeux et positionnement est actée. On se prend à rêver d'un scénario autrement plus trouble et des frontières moins nettes, d'un côté entre médecine douce et sorcellerie, de l'autre entre érudition et manipulation du savoir par soif de pouvoir. Mais ce que cette BD perd, en nuances donc, mais aussi en hauteur et profondeur (maigre discours sur le détournement d'une invention et son accaparement par le clergé), elle l'échange contre une belle conduite de son intrigue, originalement féminine et humaniste. Les illustrations sont propres, élégamment colorisées, les personnages principaux évidemment très beaux. Une lecture agréable, une belle BD jusque dans son édition, que l'on eût aimée plus belle encore.

01/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Humaine, trop humaine
Humaine, trop humaine

La joie, c’est tout ce qui consiste à remplir une puissance. - Ce tome est un recueil de scénettes de deux pages, chacune consacrée à un philosophe différent, qui était initialement parues dans Philosophie Magazine. Il comprend quarante-six entrées, toutes réalisées par Catherine Meurisse, pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il se termine par une liste alphabétique des quarante-six philosophes ainsi évoqués. Les trois lignes de texte en bas de chaque deuxième page ont été rédigées par l’épicurienne Mathilde Chédru. L’autrice termine l’ouvrage en indiquant qu’elle sait qu’elle ne sait rien sinon ce qu’elle doit à René Pétillon. Mépilation métaphysique : une dame pénètre dans l’institut de beauté Sois belle et tais-toi. Elle passe en cabine pour se déshabiller et va s’allonger pour une épilation des jambes puis du maillot. Dans le même temps, le récitatif invite à commencer par la considération des choses les plus communes, à savoir les corps qu’on touche et qu’on voit. Prendre par exemple un morceau de cire. Mais voici qu’on l’approche du feu. Ce qui y restait de sa saveur s’exhale, sa couleur change, sa figure se perd. Il devient liquide, il s’échauffe, à peine le peut-on toucher. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? il faut avouer qu’elle demeure et personne ne peut le nier. Qu’est-ce donc que l’on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction ? – Mauvaises herbes : Voltaire est assis à sa table de travail et il écrit. Ayant terminé, il part se promener dans le parc, dans un salon, dans la rue, au bal, puis il monte sur scène. Tout du long, il repense à son écrit : il faut cultiver notre jardin, en répétant cette phrase comme un mantra, jusqu’à hurler à plein poumon à l’adresse du public : Make jardin great again! Abécédaire : bien installé dans son fauteuil, Gilles Deleuze discourt au profit de son interlocutrice. I, comme idée. L’idée traverse toutes les activités créatrices. Créer, c’est avoir une idée. L’idée, en philosophie, se présente sous forme de concepts. Un peintre n’a pas moins d’idées qu’un philosophe. L’artiste, lui, crée des percepts, c’est-à-dire un ensemble de perceptions et de sensations qui survient à ceux qui les éprouvent. D, comme désir. La philosophie du désir, ça consiste à dire aux gens : n’allez pas vous faire psychanalyser, n’interprétez jamais, expérimentez des agencements. - Les tweetées de Pascal : le philosophe est assis un banc dans un parc et il poste ses pensées sur les réseaux sociaux. L’amour-propre est un avertissement pathétique. Nous haïssons et la vérité et ceux qui la disent. Nous aimons qu’ils se trompent à notre avantage, et nous voulons être estimés d’eux. On nous traite comme nous voulons être traités. Nous voulons être flattés, on nous flatte. Nous aimons à être trompés, on nous trompe. La vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle : on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. - Langue vivante : attablé à la terrasse du café Flore, Gottlob Frege s’adresse à la jeune femme assise avec lui. Elle se plaint qu’il l’a chauffée et que finalement il refuse d’aller plus loin. Le titre constitue une déclinaison de l’ouvrage Humain, trop humain, un livre pour esprits libres (1878/1886) écrit par Friedrich Nietzsche (1844-1900), avec une connotation féminine L’autrice réalise quarante-six scénettes, mettant en scène des philosophes de tout horizon, de Héraclite (-550 à -480) à Jean Baudrillard (1929-2007), en passant par René Descartes ou Gottlob Fregge. Elle intègre également un mythe, celui d’Ulysse, et les trois singes de la sagesse. Chaque philosophe dispose de ses deux pages en vis-à-vis, une courte mise en scène indépendante de toutes les autres, avec un titre, une forme d’intrigue, une chute, et trois lignes en bas de la deuxième page, la première indiquant son nom, son métier, ses dates de naissance et de mort, les deux suivantes exposant de manière très synthétique le concept mis en scène et l’ouvrage dans lequel il apparaît. Chaque page est constituée de cases alignées en bande, leur nombre pouvant varier d’un unique dessin en double page pour Edmund Husserl (1859-1938), à deux pages en gaufrier de trois bandes de trois cases chacune pour chaque page dans l’entrée consacrée à René Descartes (1596-1650). Une poignée d’entrées sont construites sur des cases de la largeur de la page, telle celle de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831). Pour chaque présentation, l’autrice choisit un thème précis ou un concept de l’œuvre du philosophe considéré. Dans la majeure partie d’entre elles, elle prend le parti de mettre en scène ledit philosophe en train d’énoncer ce principe, en reprenant un texte extrait de son œuvre. Ainsi Søren Kierkegaard déclame ses idées sur le concept de l’angoisse, en haut d’un promontoire rocheux, écouté par une femme dont la randonnée l’a amenée là. Elle peut également adapter le discours en y insérant des thèmes modernes, comme le développement d’Aristote (-384 à -322) sur le logos, appliqué aux logos des marques. Sans surprise, le lecteur retrouve quelques grands classiques. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, d’Aristote (-550 à -480) : elle l’éclaire avec une dimension écologique, l’eau claire et pure du fleuve devenant un dépotoir pour déchets de toute sorte. La réflexion d’Henri Bergson (1859-1941) sur le rire donne lieu à une transposition sous forme de numéros de stand-up interprétés par d’autres philosophes. Emmanuel Kant (1724-1804) n’hésite pas à se donner en spectacle au karaoké ce qui permet d’illustrer sa vie studieuse et routinière, entièrement consacrée à ses recherches. Catherine Meurisse choisit également d’autres philosophes à la pensée complexe, et moins dissouts dans la culture populaire. En pages 30 & 31, le lecteur voit une femme enceinte s’allonger sur la table d’un médecin pour une échographie. Les traits de contour restent légers et secs pour définir rapidement les deux silhouettes féminines, l’appareil médical, le lit, et l’écran sur lequel apparaît le fœtus en train d’écrire. Il évoque le point de vue du philosophe sur la mort : l’être humain ne court pas vers la mort, il fuit la catastrophe de la naissance. La mise en scène fait apparaître la force transgressive d’un tel point de vue au regard de la médecine moderne entièrement tournée vers la facilitation de ce qui est qualifiée de catastrophe. Le lecteur se dit que Catherine Meurisse n’a pas choisi ce philosophe et ce concept par hasard, qu’il répond à la pensée dominante visant à sacraliser toute vie. Dix pages plus loin, 40 & 41, le lecteur découvre l’avatar de l’autrice assise à une table de jardin dans un paysage campagnard vallonné. Face à elle se tient un monsieur qui lui expose sa théorie sur l’essence de l’homme, le Dasein. Elle intègre un élément humoristique jouant sur le personnage Charlie, créé par Martin Handford (Où est Charlie ?), tout en retranscrivant le caractère ardu de sa pensée qui remet fondamentalement en question la manière même de poser le problème de l’être et de sa vérité. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut voir dans cette démarche la volonté de l’autrice de dire, d’exposer la difficulté d’accessibilité de l’œuvre de certains philosophes qui n’en sont pas moins fascinants pour autant. Il en va de même avec le petit théâtre d’Edmund Husserl (1859-1938) qui expose ses difficultés pour faire apparaître aux spectateurs venus à son petit théâtre dans un parc, un nouveau mouvement de pensée philosophique qui, avant lui, était comprise comme la science de l’apparaître, mais que désormais il voudrait présenter comme la science de ce qui n’apparaît justement pas à première vue, une phénoménologie de l’inapparent. Le lecteur en vient à se demander si cette mise en scène du philosophe en prestidigitateur ne constituerait pas un commentaire pince-sans-rire de l’autrice, elle-même se demandant si cette phénoménologie sortie du chapeau ne serait pas à la fois séduisante et un tour de passe-passe. Avec le titre, l’autrice affiche un point de vue d’humaine. Le lecteur sourit en découvrant que l’exposé de René Descartes s’adresse à une femme qui partage son lit, et se déroule alors que le lecteur la suit au salon de beauté pour se faire épiler : il y a effectivement une composante féminine. Dans la troisième histoire, Deleuze s’adresse à une ophtalmologiste. Dans la cinquième, Frege prend un café en terrasse avec une femme qui s’énerve parce qu’il l’a allumée et qu’il se montre froid et distant. La sixième séquence est consacrée à Denis Diderot et à son discours sur les femmes. Ça commence fort : Les femmes : Impénétrables dans la dissimulation, cruelles dans la vengeance, sans scrupules sur les moyens de réussir. Animées d’une haine profonde contre le despotisme de l’homme. Les femmes portent au-dedans d’elles-mêmes un organe susceptible de spasmes terribles disposant d’elles, et suscitant dans leur imagination des fantômes de toute pièce. Les idées de justice, de vertu, de vice, de bonté, de méchanceté nagent à la surface de leur âme. Plus civilisées que nous en dehors, elles sont restées de vraies sauvages en dedans, toutes machiavéliques. Le symbole des femmes en général est celui de l’Apocalypse, sur le front de laquelle il est écrit : mystère. La chute de l’histoire montre trois femmes débranchant cet automate et rédigeant l’article sur le clitoris dans la Nouvelle Encyclopédie. La position du philosophe est traitée avec humour. Il en va de même pour l’évocation de la condition féminine par Saint Augustin (354-430, Augustin d’Hippone), au travers du mythe d’Ulysse, par Fénelon (Fénelon (1651-1715, François de Salignac de la Mothe-Fénelon), par Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865). L’autrice s’amuse bien également dans les deux pages consacrées à Simone de Beauvoir (1908-1986), pour renverser les rôles avec Jean-Paul Sartre. Le lecteur ne peut que constater l’actualité des propos de Simone Weil (1909-1943) sur l’absence de sens du travail à la chaîne. La philosophie en bande dessinée constitue un défi pour rendre compte de la complexité et de la richesse de la pensée, de son cheminement. Catherine Meurisse relève le défi, avec la gageure qui est de le faire en deux pages par philosophe. Dans un premier temps, le lecteur peut éprouver une sensation de désappointement : mettre en scène le philosophe, lui faire dire un extrait de son œuvre, et le faire interagir avec une interlocutrice ou avec son environnement pour arriver à une chute en forme de gag. Il lui faut un peu de temps pour ressentir l’effet cumulatif : le choix des philosophes entre évidence et complexité, la mise en scène très synthétique de sa pensée sur un concept bien cadré, l’interaction entre la mise en situation et ledit concept, la variété des thèmes abordés dont certains très ambitieux, et des situations correspondantes. La personnalité de l’autrice se devine en filigrane dans le choix des philosophes, le choix des concepts, la forme d’humour toujours gentille, et les piques bien méritées sur quelques philosophes livrant leur réflexion sur la femme.

01/08/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Journal
Journal

3.5 Cela faisait des années que je connaissais cette série sans l'avoir lue. En effet, le dessin de Neaud ne me séduit pas du tout, je ne suis pas très fan de la manière dont il dessine les visages et en plus les albums réunis font des centaines de pages. J'ai fini par sauter le pas avec la réédition de Delcourt qui contient des pages inédites, dont une postface où l'auteur explique que si tout va bien il va y avoir une suite en 2023....Et ben un an plus tard toujours rien ! L'auteur se met à nu et montre ce qu'était sa vie dans les années 90. J'ai trouvé cela intéressant parce que j'étais un gamin à cette époque, alors j'ai traversé cette décennie en ignorant plein de choses. J'ai bien aimé le côté sans concession, l'auteur n'a pas une langue de bois et n'a aucun problème à montrer les défauts de ses proches et les siens. Mes passages préférés sont lorsqu'il parle de ce que c'était d'être homosexuel à l'époque (les gens 'tolérants' en prennent pour leur grade) et lorsqu'il montre à quoi ressemblait le milieu de la BD indépendante dans les années 90. Honnêtement, je pensais à un moment mettre un coup de cœur, mais il y aussi des passages qui m'ont un peu ennuyé, notamment le voyage dans la première partie du tome 4. C'est vraiment une lecture dont mon intérêt variait selon les chapitres. Et puis aussi je ne suis toujours pas fan du dessin. Mais bon cela reste un classique du genre autobiographique et c'est à lire si on aime ce genre de BD.

31/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Thanos - La Guerre de l'Infini
Thanos - La Guerre de l'Infini

Un vrai plan machiavélique - Ce tome fait suite à le gant de l'infini. Il contient les 6 épisodes de la minisérie Infinity War (parue en 1992). Quelque part dans notre plan d'existence, Thanos se rend compte que l'univers est soumis à d'étranges fluctuations d'énergie. Il se rend à un point de dysharmonie et contemple le spectacle d'Eternity plongé dans un coma, avec à son chevet Galactus qui s'interroge sur les raisons de cet état. Sur Terre les superhéros sont soumis à l'attaque de leur double déformé ; ça commence par Spider-Man, ça continue avec Mister Fantastic, Wolverine, Iron Man, Hawkeye, etc. Mister Fantastic convoque tous les superhéros au Baxter Building pour les informer de la situation et de qu'il a découvert. Thanos s'en va quérir de l'aide auprès de l'Infinity Watch : Adam Warlock, Pip, Gamora, Drax et Moondragon (Heather McDonald, la fille de Drax, enfin d'une certaine manière). On prend les mêmes que dans Le gant de l'infini, et on recommence ? Oui et non. Oui, Jim Starlin reprend donc les principaux personnages de Infinity gauntlet et reprend une trame similaire : l'existence de la réalité est en danger, un être presqu'omnipotent souhaite la remodeler à son image. le nombre de personnages d'envergure universelle est plus réduit, même si la menace reste à l'échelle de celle d'Infinity Gauntlet. de manière analogue, il est possible de prendre un plaisir un peu pervers au rôle secondaire joué par la pléthore de superhéros. Dès le départ, il est évident qu'ils ne sont pas de taille, de Spider-Man aux X-Men, en passant par Thor ou Hulk. Et c'est vrai que c'est assez rigolo de les voir patauger en masse au milieu d'un plan machiavélique démesuré. le lecteur ne peut par contre que constater que Starlin reprend à nouveau l'idée de Jim Shooter issue des Les guerres secrètes quant au rôle de Doctor Doom. Non, Jim Starlin a choisi un nouvel ennemi (que reconnaîtront facilement ceux qui ont lu les épisodes de Warlock) généré par les actions de Warlock dans Le gant de l'Infini, et l'enjeu cette fois-ci est de déterminer quel est l'objectif de cet détraqué. Cette partie d'échecs en aveugle se révèle intrigante de bout en bout. La position d'Adam Warlock est toujours aussi ambiguë vis-à-vis des superhéros, d'autant que son alliance avec Thanos le rend encore plus suspect. En plus, Warlock semble atteint d'une forme de langueur qui le relègue souvent au second plan, encore plus que dans Infinity Gauntlet. le final s'avère spectaculaire à souhait, mais aussi curieusement hermétique. Passé le dispositif narratif qui rend l'avantage aux héros, le combat final est plus frustrant que révélateur ou même cathartique. L'ensemble de la série est illustré par Ron Lim, encré par al Milgrom. Ce dernier fait un excellent travail pour faire ressortir les personnages les uns par rapport aux autres dans les scènes de foule et pour conférer un minimum de texture aux décors. Ron Lim est dans un mode stakhanoviste, aggravé par certaines caractéristiques du scénario. Pour commencer il semble qu'un personnage sur deux soit en train de montrer ses dents. J'ai rarement vu autant d'individus avec les lèvres retroussées dans un rictus artificiel (sauf peut être quand Sal Buscema dessinait plus vite que son ombre). Certes Ron Lim devait rendre un numéro double par mois, mais quand même ce raccourci graphique sur les expressions des visages lasse très vite. le deuxième souci de Ron Lim apparaît justement dans les scènes de foule. À plusieurs reprises, des superhéros en grand nombre se mettent à taper sur ce qu'ils ont sous la main (leurs dopplegängers vicieux, ou l'Infinity Watch) et Ron Lim se contente de les empiler les uns sur les autres jusqu'à ce qu'il ait rempli les pages. Il n'arrive pas à concevoir une mise en scène dans laquelle chacun serait en train d'accomplir un mouvement logique. Ce défaut de conception souligne l'artificialité de ce type de scènes qui se contente de montrer plein de superhéros s'apprêtant à frapper, sans jamais développer le combat. En soit, La guerre de l'infini est une histoire avec une intrigue moteur efficace et une exécution narrative et graphique un peu basique. Ce crossover marque aussi le début de la forme moderne des crossovers : une histoire de base, avec des répercussions dans la majorité des titres mensuels du moment. Heureusement, les épisodes mensuels n'apportaient rien à l'intrigue principale. Il y a également une disparition des civils : l'être humain normal n'a plus aucune espèce d'importance dans ces affrontements très exclusifs où seuls les superhéros et les supercriminels sont admis. Globalement, ce tome propose une aventure épique et cosmique qui ne se contente pas de ressasser les mêmes idées que Le gant de l'Infini, même s'il y a plus que des ressemblances. Warlock finit de réparer ses erreurs dans La croisade de l'Infini.

31/07/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Le Chantier (Grolleau/Fabre)
Le Chantier (Grolleau/Fabre)

Cet album est le récit du chantier d'une maison à Barcelone de son idée initiale jusqu'à la remise des clés. Et il est presque idyllique tant le projet est ambitieux, sa réalisation se passe sans réel accroc et le résultat est une réussite. En plus, à part ce chantier et la manière dont la jeune architecte qui s'en charge l'appréhende de bout en bout, il n'y a pas vraiment d'histoire à côté de cela. Pas de quoi passionner les foules donc. Pourtant, le chef de projet que je suis a vraiment apprécié découvrir cet univers, sa complexité et le travail que représente l'ensemble de bout en bout. On découvre l'intérieur d'un cabinet d'architecte à succès, la manière dont il fonctionne, la manière dont une jeune recrue va prendre en main son chantier, les discussions avec sa cliente, les maints changements avant la finalisation du plan et la demande de permis de construire, les nombreux artisans impliqués et la façon de devoir les gérer, les menus soucis à droite à gauche... C'est intéressant et suffisamment rythmé pour ne jamais ennuyer. Le ton reste léger, avec quelques touches pas vraiment humoristiques mais qui divertissent suffisamment pour ne pas y voir un documentaire mais bien plutôt une aventure humaine. Quant au dessin, il est fort sympathique et j'ai apprécié de découvrir la vision détaillé et le plan de la maison à la fin de l'histoire. Il y a quelques idées sympa dans sa réalisation. Bref, j'ai bien aimé cette lecture, qui ne passionnera probablement pas tout le monde mais parler aux personnes intéressées par l'architecture et la conduite de projet en général.

31/07/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Jungle beef
Jungle beef

J'avais cette BD dans l'oeil après l'avis de Calimeranne et parce qu'elle m'a fait rencontrer l'auteur au festival BDciné de Illzach. D'ailleurs j'avais tellement bien écouté que je croyais que la BD parlait des chercheurs d'or et de la pollution à l'arsenic de ces enragés ... Mais pas du tout, c'est bel et bien une BD sur la forêt d'Amérique centrale, celle qui se fait déboiser pour produire le bœuf de nos hamburgers. Miam ! La BD m'a surprise par sa rapidité : ce n'est "que" une découverte du fleuve au Honduras, la remontée de celui-ci dans le cadre du tournage d'un documentaire. Le documentaire en question est parfaitement secondaire, l'intérêt est de découvrir l'Amérique central et son melting pot de population, ainsi que la forêt tropicale et sa déforestation. Alors que je m'attendais à un documentaire lourd et documenté, c'est bien plus léger et instructif. Pas de grand moment d'explications, même s'il y en a, et une part belle laissée à l'ambiance, les décors, les animaux. On sent que c'est aussi une BD qui veut nous montrer la beauté qui s'abîme bien vite, hélas. C'est une petite découverte, présentant des ethnies qui m'ont rappelées le Guatemala (qui connait les mêmes problématiques d'ailleurs) : Garifundas notamment, mais aussi ethnie amérindienne. Et la BD reste assez légère pour qu'une lecture soit distrayante mais instructive. Par contre, je tire mon chapeau sur le message bien présent dans la BD et dont le final est grandiose ! Une magnifique histoire de l'Histoire et de notre période. Une conclusion qui s'impose d'elle même et une ouverture formidable. La BD n'est pas le documentaire du siècle mais je la trouve très bien faite, et surtout impactante. La force du message final passe très bien, d'autant plus que la découverte de la situation est progressive et mélangée à la beauté des espaces. J'en ressors par contre avec la même conclusion que La Pieuvre - Quatorze ans de lutte contre la Mafia : la Mafia est une horreur responsable de bien trop de malheur.

31/07/2024 (modifier)