Les derniers avis (39891 avis)

Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série La Loi des Probabilités
La Loi des Probabilités

Du pur Rabaté. Un récit à la fois absurde et touchant, où le hasard mène la danse. On suit Martin Henry, un homme à qui l’on annonce par erreur qu’il n’a plus que trois mois à vivre à cause d’une confusion de dossiers médicaux. Ce point de départ nous plonge dans une aventure où Martin décide, enfin, de réaliser un vieux rêve : aller voir les baleines au Canada avec son épouse. Un voyage qui, comme on peut s’y attendre, ne se déroulera pas sans imprévus. Rabaté parvient à traiter avec légèreté un sujet grave, jouant avec la fatalité et le destin à travers des situations à la fois cocasses et mélancoliques. On retrouve sa patte subtilement drôle que j'adore, et les dialogues tombent juste, sans en faire trop. C’est un humour qui, sous des airs simples, dépeint avec justesse les aléas de la vie. Les scènes du quotidien, où Martin et son épouse se confrontent à des événements dérisoires, trouvent ainsi un charme particulier, renforçant le côté absurde et tranquille de cette escapade inattendue. Les personnages, bien qu’ordinaires, deviennent vite attachants et ce voyage devient un prétexte à réfléchir sur la vie, le hasard, et les petites choses qui rendent chaque moment précieux. Comme souvent avec Rabaté, on obtient une album doté d'un humour délicat et tendre. Une œuvre légère en apparence, mais en apparence seulement.

18/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Irena
Irena

Une série offerte à la base à ma fille de 13 ans mais dont j'ai beaucoup apprécié la lecture. Elle nous plonge dans l’horreur du ghetto de Varsovie en 1941 à travers les actions héroïques d’Irena Sendlerowa. Jean-David Morvan et Séverine Tréfouel réussissent à retracer, avec précision et sensibilité, le parcours de cette femme résistante, une Juste parmi les nations, qui a sauvé des milliers d’enfants juifs. Ce premier tome expose les dilemmes moraux auxquels elle est confrontée : aider un enfant, au risque de mettre en danger son réseau et sa propre vie. Et le moins que l'on puisse dire est que c'est réussi. Le dessin de David Evrard, accompagné des couleurs de Walter, contraste avec la gravité du sujet. Les traits ronds et les couleurs douces allègent un peu l’atmosphère tout en rendant les moments dramatiques plus accessibles, notamment pour un jeune public. Cet équilibre entre la violence de la réalité et un graphisme plus “naïf” permet d’aborder un sujet difficile sans tomber dans la surenchère. La BD parvient à allier un récit historique et une approche pédagogique, et donc en fait un album accessible aussi bien aux jeunes qu’aux adultes. Les auteurs évitent le pathos, mais ne cachent pas les horreurs vécues par les habitants du ghetto. Les scènes d’action sont mêlées à des moments plus introspectifs, où l’on perçoit toute la complexité du personnage d’Irena, à la fois intrépide et pleine de doutes. Les auteurs n’oublient pas de souligner l’importance du réseau autour d’Irena et l’immense danger encouru à chaque mission, tout en rendant hommage à cette femme de l’ombre. Grâce à une narration subtile et un dessin tout en rondeur, Irena réussit à sensibiliser à un pan important de l’histoire, sans concessions mais avec humanité.

18/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Il faut flinguer Ramirez
Il faut flinguer Ramirez

Difficile de passer à côté de cette BD qui se démarque par son approche ultra-cinématographique, à mi-chemin entre un film d’action des années 80 et une satire pop-culturelle. Dès les premières pages, on est plongé dans une ambiance explosive avec des cadrages qui évoquent les plus grandes scènes de cinéma. Le personnage de Ramirez, réparateur d’aspirateurs muet au passé mystérieux, évolue dans un monde où chaque détail semble tiré d’un film d'action US : poursuites, fusillades, explosions, tout y est. Le ton décalé et l'humour utilisé auraient pu être casse gueule si mal dosés, mais pour moi ca fonctionne très bien. Ramirez, bien qu’il parle peu, devient vite attachant, et son mystère ajoute une vraie tension à l’histoire. Le mélange de sérieux et de second degré est parfaitement dosé, on retrouve ici des références à Tarantino ou aux frères Coen, tout en restant original dans sa manière de jouer avec les codes du genre. Graphiquement, c’est impressionnant. Nicolas Pétrimaux, qui vient du monde des cinématiques de jeux vidéo, maîtrise parfaitement le découpage et la mise en scène. Chaque page pourrait être une scène de film, et les fausses publicités insérées entre les chapitres apportent une touche encore plus décalée, donnant de petites pauses bienvenues entre les moments d’action pure. Le tout est soutenu par une palette de couleurs vives et des décors hyperréalistes. Certains pourront reprocher au scénario de ne pas aller en profondeur, mais c’est aussi ce qui fait le charme de Il faut flinguer Ramirez. On est ici pour le fun, pour se laisser porter par une histoire sans temps mort, où l’action prime sur le reste. L’intrigue est simple mais efficace, et les personnages secondaires apportent la touche de folie nécessaire pour garder l’attention du lecteur. Une très bonne BD, qui ne se prend pas au sérieux tout en étant réalisée avec une belle maîtrise. A lire, c'est certain.

18/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Siegfried
Siegfried

Je n'aurais jamais lu Siegfried sans le voir dans le haut des classements ici. Bien m'en a pris parce que je me suis pris une bonne claque visuelle ! Alex Alice utilise chaque page comme un espace d’expression, sortant du gaufrier traditionnel pour des pleines pages majestueuses, où chaque scène respire. Le découpage est fluide, les transitions se font naturellement, et c’est là que l’on mesure toute la maîtrise de l’auteur. Cette liberté donne une dimension épique au récit, une respiration que peu de bandes dessinées savent aussi bien exploiter. Les montagnes infranchissables, les forêts denses, les décors nordiques imposent leur grandeur et écrasent le lecteur. C’est une immersion totale, chapeau Monsieur Alice. Côté scénario, même si le mythe germanique n’est pas ce qui m’attire d’habitude, j’ai été agréablement surpris. Le récit réussit à me captiver, malgré mes réticences initiales envers les histoires de dieux, de géants et de création du monde. Alex Alice sait doser l’action tout en ménageant des moments d’introspection qui donnent du souffle à l’ensemble. Pourtant, certains aspects m’ont moins convaincu. Le personnage de Mime, qui apporte une touche d’humour, devient un peu lassant. Ce genre de sidekick comique, qu’on retrouve dans tant d’histoires de fantasy, finit par être trop prévisible et casse parfois l’intensité de l’histoire. On aurait pu espérer un peu plus de subtilité dans cet apport comique. Malgré tout, Siegfried reste une œuvre visuellement impressionnante. L’ambition du projet est palpable, et même si l’intrigue peut sembler un peu lente ou parfois prévisible, elle est magnifiquement servie par des dessins sublimes et une mise en page qui défie les conventions. Alex Alice sait faire rêver avec son univers grandiose, et même si tout n’est pas parfait, l’ensemble fonctionne. Une lecture effectivement incontournable.

18/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Dieu, Darwin, tout et n'importe quoi
Dieu, Darwin, tout et n'importe quoi

C’est un album qui mêle textes documentaires/philosophiques et parties BD. Pour chaque « animal » 4 pages de textes illustrées de quelques dessins et 4 pages de BD en mode strip gag. Si les dessins de Kroll sont sympas, son humour ne m’a pas toujours convaincu, loin de là. Mais son trait un peu caricatural (il est habitué aux dessins de presse) est vif, et il aère parfaitement les textes de Despret. Et ces textes justement, sont vraiment très intéressants. Le sujet est captivant : les « bizarreries » de la nature, ou comment certaines espèces se sont adaptées, avec un résultat plus que surprenant – et pas toujours bien compris/expliqué par les humains. Vinciane Despret s’inspire grandement des travaux de Darwin, qu’elle replace en perspective des avancées plus récentes (nombreuses références pour chaque « cas » étudié). Surtout, comme pour les dessins de Kroll, ses informations sérieuses s’accompagnent d’ironie, de traits d’humour souvent bien venus, la lecture est très agréable – et instructive ! On est là à la limite de la BD et du documentaire classique, mais la symbiose fonctionne bien, et l’album est vraiment plaisant à lire.

18/09/2024 (modifier)
Par Simili
Note: 4/5
Couverture de la série Le Grand Pouvoir du Chninkel
Le Grand Pouvoir du Chninkel

De l'association Van Hamme-Rosinski était sorti au début des années 80 le légendaire Thorgal. C'est vers la fin des années 80 que les deux artistes (génies ?) se lancèrent un nouveau défi avec "Le Grand Pouvoir du Chninkel" J'ON est une petite créature, un Chninkel, réduit en esclavage et servant de chair à canon dans son monde en guerre perpétuelle. Laissé pour mort, J'ON se verra confié une tache importante: ramener la paix sur DAAR sous peine de destruction complète du monde. Charmant programme pour un " pauvre petit Chninkel" Une fois n'est pas coutume, je commencerai par le dessin. Rosinski maitrise ici parfaitement son art. C'est clairement plus beau que Thorgal. Pour ma part, et remis dans l'époque, je trouve l'utilisation du noir et blanc excellente tant j'ai eu du mal avec la colorisation de Légendes des Contrées Oubliées sorti à peu près à la même époque. Dans la préface de l'intégrale, on annonçait un scénario plutôt "tolkien". Et s'il est vrai que de par sa stature et sa mission J'ON se rapproche de Frodon, qu'ils évoluent l'un comme l'autre dans un monde fantastique on en restera là pour l'inspiration La faute à un autre ouvrage, et non des moindres, dont la présence est encore plus grande : LA BIBLE Et oui jusque dans son dénouement "Le Grand Pouvoir du Chninkel" est biblique. Pêle-mêle j'ai retrouvé Moise et l'exode des Juifs, les apôtres, etc... Il n'en demeure pas moins que Van Hamme arrive à nous captiver et à nous maintenir en haleine "Le Grand Pouvoir du Chninkel" a donc du être à sa sortie, j'imagine, un ovni dans le paysage. Et c'est peut être cette interprétation "païenne" du livre sacré qui aura marqué les lecteurs de la fin des années 80. Pour ma part, découvrant l'ouvrage 36 ans après sa sortie et à un âge raisonnable, je n'ai pas été gêné par ces références, par contre elles m'ont clairement surpris, car complètement inattendues (je n'avais pas lu les avis précédents). Il en reste aujourd'hui une belle aventure d'Héroic-fantasy, à découvrir absolument. Et si l'on s'en donne la peine, un questionnement sur le divin, les croyances, le mystique

18/09/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Bruxelles 43
Bruxelles 43

Une bonne pinte de zwanze - Ce tome fait suite à Léopoldville 60 (paru en 2019) pour la chronologie de la parution des albums. En revanche, il s’agit du premier, à ce jour, pour la chronologie de la vie de l’héroïne. Sa première édition date de 2020. Il a été réalisé par Patrick Weber pour le scénario, Baudouin Deville pour les dessins et l'encrage, Bérengère Marquebreucq pour la mise en lumière, c’est-à-dire la même équipe que celle des quatre autres albums de la série : Sourire 58 (paru en 2018), Léopoldville 60 (paru en 2019), Berlin 61 (paru en 2023), Innovation 67 (paru en 2021). Philippe Wurm est remercié pour son travail de monitoring sur la couverture. Ce tome comporte cinquante-deux pages de bande dessinée. Il se termine avec un dossier de huit pages, agrémenté de photographies, intitulé Bruxelles une vie très occupée : Sous la botte nazie, On trouve tout au marché noir, Ça s’est passé en 1943, BD ça bulle pendant la guerre, Le Soir volé zwanze et courage, Bruxelles sous les bombes, un entretien avec Pierre Gérard (J’avais treize à Bruxelles en 1943). Viennent enfin deux pages sur lesquelles sont listés les centaines de personnes ayant contribué à la campagne de financement participatif. 1960 un quartier au sud de Bruxelles par une belle matinée d’automne. Dans une grande maison, Kathleen Van Overstraeten appelle à haute voix sa mère Guillemette. Elle tient une petite réplique de l’Atomium dans la main droite, et une autre d’un masque africain dans la main gauche. Elle ne peut pas croire que sa mère veuille jeter ça, des cadeaux qu’elle lui a faits ! Sa mère lui redit qu’elle ne jette rien, elle va les donner à une œuvre, Les petits riens, de l’abbé Froidure. En outre, cette maison est devenue trop grande pour elle et comme elle va vivre en appartement, elle doit faire des choix. Elle demande à Kathleen de l’aider au lieu de jacasser. Qu’elle file dans le grenier et qu’elle fasse le tri. Il y a encore plein d’affaires à elle. Un peu agacée, Kathleen s’exécute et commence à farfouiller dans un coffre, où elle trouve un vieil appareil à visionner en stéréoscopie, un View-Master. Elle continue de fourrager dans ce coffre. Kathleen en sort un lot de planches de bande dessinée, enserrées dans une bande de papier kraft, avec un message inscrit dessus : Fernand, je te confie mon travail. Tu es la seule personne en qui j’ai confiance. Je sais que tu en prendras grand soin. Merci à toi. Kathleen jette un coup d’œil sur les planches : des gags mettant en scène Adolf et Herman, son berger allemand. Ça fait remonter en elle des souvenirs de la seconde guerre mondiale à Bruxelles. 1943. Elle avait douze ans. Et sa ville était occupée par les Allemands, avec les soldats qui marchaient au pas de l’oie dans la rue. Ils l’appelaient Brüssel ! Elle ne comprenait pas grand-chose à la guerre, par exemple cette affiche d’une maman enserrant sa fille avec le slogan : Papa gagne de l’argent en Allemagne ! Sauf qu’elle ne devait pas répéter à l’extérieur ce qu’ils disaient à la maison. Et surtout pas à l’école. Elle était au lycée Dachsbeck, tout près du Sablon et même-là on ne savait jamais qui pensait quoi. Guillemette, sa mère, travaillait à l’Innovation, rue Neuve. Elle était vendeuse au rayon chapeaux pour dames. Une couverture avec une illustration de type ligne claire, une mise en couleurs sophistiquée, et un titre explicite : la vie à Bruxelles en 1943, pendant l’occupation allemande, comme en atteste la croix gammée sur la façade de l’hôtel Continental en vis-à-vis de la fontaine Anspach sur la place de Brouckère. Les deux auteurs réalisent une bande dessinée de nature historique avec une solide reconstitution de l’occupation et de sa représentation. Au fil du tome, le scénariste évoque les troupes de soldats qui patrouillent dans la capitale belge, le risque de la délation et la méfiance de chaque instant dans les lieux publics, le rationnement et ses tickets, le parti rexiste et les collaborateurs, le salut nazi entre dignitaires et militaires allemands dans la rue, l’arrestation arbitraire de Juifs dans la rue en public, les contrôles de papiers d’identité à tout bout de champ, la censure de la presse et les restrictions de papier, la Sturmbrigade Wallonie (ex-légion wallonne passée en juin 1943 sous le giron de la Waffen-SS), le Front de l’Indépendance (réseau de résistance intérieure fondé en 1941), le marché noir (en particulier la bien-nommée rue du Radis située dans les Marolles), jusqu’au camp de prisonniers d'Esterwegen dans l’Emsland en Allemagne, et l’exil de Léon Degrelle en Espagne. La reconstitution historique passe également par les dessins. Ceux-ci s’inscrivent dans le registre de la ligne claire avec un niveau impressionnant de détails. Le lecteur est tout de suite projeté ailleurs, dans le quartier résidentiel du sud de Bruxelles, dans un dessin en élévation. Il est fortement impressionné par les descriptions et les scènes de vie à Bruxelles en 1943. Il est visible que le dessinateur s’est solidement documenté aussi bien pour les uniformes et les armes des soldats et des officiers allemands, que pour les tenues vestimentaires des civils, afin d’assurer l’authenticité par rapport à l’époque. Il applique le même soin rigoureux et patient pour décrire les différents quartiers de la ville. Les auteurs tiennent toutes les promesses contenues dans le titre : immerger le lecteur dans cette capitale à cette année-là. Le lecteur ouvre grand les yeux et prend le temps de détailler chaque planche à son tour : les façades des immeubles bruxellois, les voitures garées dans les rues, le tramway, l’intérieur du magnifique café Le Cirio à deux pas de la Bourse, la place de Brouckère et son monument, la ferme des grands-parents maternels de Kathleen avec ses poules et son cochon, les alentours du château de Karreveld, les trafiquants assis à même le trottoir rue du Radis pour le marché noir, le Parc royal de Bruxelles, les statues du square du petit Sablon, la place du Jeu de Salle avec la caserne des pompiers, la gare du Midi, les chars de la deuxième armée britannique entrant dans la ville le 3 septembre 1944, etc. L’immersion dans cette capitale gagne encore en intensité avec de nombreuses références ayant une saveur typique pour un touriste, présente tout du long du tome. Le scénariste fait preuve de la délicate attention de les expliciter dans la gouttière sous la case correspondante. Dans l’ordre où elles sont mentionnées : Abbé Froidure (prêtre catholique belge, fondateur d’œuvres sociales, dont Les Petits Riens), une aubette (un kiosque à journaux), du peket (nom donné au genièvre dans la région wallonne), le Rexisme (mouvement politique belge d’extrême droite nationaliste et antibolchévique, 1930-1945), ADS (les Amis De Spirou, un mouvement de jeunesse du journal Spirou créé en 1938), Schieve (fou), plusieurs des dix-neuf communes de Bruxelles (Saint-Josse-Ten-Noode, Boitsfort), Half en half (apéritif bruxellois, mélangeant à part égale du mousseux et du vin blanc sec), le zwanze (humour gouailleur associé à Bruxelles), etc. Chaque élément physique est dessiné avec le même souci de montrer précisément ce dont il s’agit. La mise en couleur de Bérengère Marquebreucq est qualifiée de mise en lumière. L’expression trouve tout son sens avec une sensibilité artistique sachant équilibrer une approche naturaliste, une lisibilité renforcée et une installation discrète d’ambiance. Comme pour les autres albums, les auteurs ont choisi de raconter une histoire, pour rendre la reconstitution historique plus vivante. Le lecteur suit ainsi la jeune Kathleen, douze ans en 1943, et plusieurs des adultes qui croisent son chemin, comme ses parents, plus particulièrement son père Fernand, Bob Mertens, un ami dessinateur de son père, Alfred Mommens, un jeune adulte fils de rexiste, et quelques autres. Les personnages disposent d’assez d’épaisseur et de caractère pour ne pas être réduits à des artifices narratifs. Le lecteur croit en la conviction rexiste du père d’Alfred, à la conviction de Bob qui en fait un résistant, à la normalité des époux Guillemette et Fernand Van Overstraeten, essayant de conserver une forme de vie digne sous le joug de l’occupation par l’envahisseur. En tant que bédéistes belges, les auteurs font intervenir les deux auteurs les plus en vue de l’époque, Georges Rémi (1907-1983) étant un client régulier de l’aubette tenue par le père de Kathleen, venant parfois accompagné par Edgar-Pierre Jacobs (1904-1987), les deux travaillant sur Le trésor de Rackham le rouge, histoire publiée quotidiennement en noir et blanc dans le journal Le Soir, du 19 février au 23 septembre 1943. Le lecteur savoure cette reconstitution historique au goût authentique de belgitude quand son attention gagne en intensité et en implication en page vingt-sept : le 7 septembre 1943 à 09h51. Les auteurs n’en font pas des tonnes : trois pages factuelles sans dramatisation tire-larme. Le lecteur ressort sonné du bombardement du quartier d’Ixelles à Bruxelles par les alliés. La bande dessinée vient de passer dans un registre plus personnel, plus bouleversant. La guerre s’est déchaînée au cœur de la cité, les civils sont impliqués, la réalité de l’occupation et du temps de guerre se fait palpable pour le lecteur. Parmi les événements relatés, les auteurs racontent avec la même justesse de sensibilité la réalisation du faux Soir et sa distribution le 4 novembre 1943. Les conséquences ne se font pas attendre pour l’imprimeur, le complice au sein du Soir volé, le linotypiste et le rotativiste. Même si dans le même temps, l‘exploit et le courage de ses promoteurs furent salués à travers toute l’Europe et Londres attribua une aide au Front de l’Indépendance. Une grande réussite : les auteurs emmènent le lecteur dans Bruxelles occupée, par une reconstitution historique impeccable, à la fois par le choix des événements évoqués, et par leur mise en image et en couleur. Même le plus blasé des lecteurs par les évocations de la seconde guerre mondiale se retrouve parmi quelques individus de la population et sent le souffle des bombes qui tombent, le danger à faire acte de résistance. Il continue avec plaisir en se lançant dans la lecture du dossier en fin de tome.

18/09/2024 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5
Couverture de la série Tout va bien (Delcourt)
Tout va bien (Delcourt)

Très bonne surprise que la lecture de cet album, acheté un peu par hasard sur une brocante, où il était accompagné d'Intrus à l'Etrange et de Woo-lee et moi. C'est celui qui m'attirait le moins dans les trois et au final celui qui m'a le plus plu. De par la charte graphique et le style, j'ai d'abord cru à une bd dont le coeur de cible était plutôt les ados. Que nenni. Nous avons ici droit à un joli récit, assez intimiste, où l'on suit Ellie, jeune étudiante, dans son passage à l'âge adulte et tout ce qu écart implique, dont la fameuse relation amoureuse. En effet, Ellie se dit que c'est marre, il faudrait qu'elle se lance : la prochaine personne qui lui demandera de sortir avec elle, ce sera oui. Elle se retrouve donc à sortir avec Archimède, un camarade de classe. Nous suivons ses doutes, ses angoisses, ses craintes, ses traumatismes, de façon toujours très juste et délicate. On s'identifie vraiment à Ellie, et on a envie qu'elle réussisse à trouver un chemin qui lui convienne, avec ce qu'elle ressent et ce qu'elle a vécu. Ce récit autobiographique est un manifeste à l'acceptation de soi, et au fait que chacun peut trouver sa voie, à son rythme. L'histoire d'amour entre les deux protagonistes est touchante et très bien racontée, sans, je trouve, tomber dans le gnangnan. Cette bd est, en définitive, l'histoire normale d'une personne pas bien dans sa peau, à la recherche du bonheur, tout simplement. Quant au dessin, je ne suis pas particulièrement fan, mais j'ai beaucoup aimé la colorisation bleue, et notamment le passage de la crise d'angoisse de Holly où j'ai trouvé que la couleur était très bien utilisée.

17/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Coucous Bouzon
Coucous Bouzon

Je me rends compte en écrivant mon avis sur Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle que je n'ai pas avisé cet autre chef d'oeuvre d'humour absurde. Les deux sont complètement cons et se passent au bureau, difficile de ne pas les avoir en tête en même temps. Anouk Ricard dont j'apprécie beaucoup l'humour nous plonge dans un des ses univers où la débilité ambiante est reine. Richard, notre héros, se retrouve embauché dans une boîte de coucous suisses et découvre rapidement que ses collègues sont tous plus à côté de la plaque les uns que les autres. Le dessin naïf est en total décalage avec les dialogues mordants et le ton résolument adulte. On pourrait croire à un univers enfantin avec ces animaux colorés, mais c’est bien tout l’inverse. Anouk Ricard balance un pastiche de la vie de bureau qui fait mouche, à la fois dans ses situations surréalistes et ses punchlines bien senties. Tout y passe : le management incompétent, les réunions absurdes, les sorties d’entreprise où tout le monde se tire dans les pattes. Et puis il y a cette pseudo-enquête sur un employé disparu, qui finit par devenir un prétexte pour des situations encore plus débiles. L’humour est léger, presque con, mais c’est ce qui fonctionne. Le quotidien de Richard devient une succession de moments tragicomiques et ce n’est pas tant l’intrigue qui nous retient, mais bien la galerie de personnages tous plus barrés les uns que les autres. Lecture recommandée comme Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle à ceux qui aiment l'humour bien décalé, pas sûr que cela fasse mouche avec tout le monde.

17/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série L'Arabe du futur
L'Arabe du futur

Est il encore besoin ici de présenter Riad Sattouf et son Arabe du futur ? Sattouf nous amène à travers son enfance entre la Bretagne, la Syrie et la Libye avec un mélange d’humour et de brutalité. Dès les premières pages, on est pris dans ce monde où le père, Abdel, prend toute la place, personnage complexe avec ses idées parfois progressistes, souvent rétrogrades, et cette obsession de faire de son fils “l’Arabe du futur”. C’est un récit autobiographique, mais ça ressemble plus à une épopée. Le choc des cultures est là, à chaque page, mais Sattouf ne tombe jamais dans le moralisme. Il nous balance les événements avec cette distance qu’il a su cultiver depuis l’enfance. Et c’est drôle, vraiment drôle, même quand ça parle de trucs affreux comme des exécutions publiques ou des gamins qui brûlent des chiens. Cette capacité à rendre légers des moments aussi durs, c’est ce qui fait toute la force de cette série. L’humour est partout, que ce soit dans les contradictions du père ou dans les décalages absurdes entre les visions françaises et arabes du monde. Et puis, il y a ces petites anecdotes qui nous rappellent que, derrière le tableau géopolitique, il y a la vie d’un enfant qui essaie de comprendre son père et les règles absurdes du monde qui l’entoure. Le trait de Sattouf est une épure qui ne se prend pas la tête, avec ces aplats de couleurs qui changent en fonction du pays. C’est simple, efficace, et ça colle parfaitement à l’histoire. Ce qui me bluffe vraiment ici est le décalage constant entre la France tranquille et les dictatures militaires où l’on pend les gens en pleine rue. Et pourtant, le tout reste léger, presque poétique par moments. Une vraie prouesse. La série ne faiblit pas, et à mesure que Riad grandit, la dynamique change. Ce n’est plus juste un gamin fasciné par son père, c’est un ado qui commence à comprendre que son modèle a des failles, des préjugés et des contradictions énormes. C’est là que la BD prend une tournure plus amère. On se rend compte que le père, qui rêvait d’un fils parfait, est lui-même prisonnier d’un idéal impossible. L’Arabe du futur, c’est un voyage entre deux mondes, deux cultures, mais surtout une sacrée histoire de famille. Pourquoi 4 et pas 5 ? Je rejoins Bamiléké sur un sujet qui m'a aussi interpelé, les adultes ne vieillissent pas en dessin, en particulier son père et je trouve que cela nuit un peu à la perception du temps qui passe et qui est important ici, parce que Riad, lui, grandit.

17/09/2024 (modifier)