Ah ! Enfin ! Après avoir pas mal cherché, je trouve enfin à nouveau un "grand" Christophe Bec !
Dans son oeuvre beaucoup trop prolifique, c'est peu dire que le génial côtoie le raté, même si on peut reconnaître à Bec de toujours savoir créer une histoire à potentiel. Mais l'essai n'est pas toujours transformé. Ici, il l'est !
Bec nous propose un scénario qui évoque des grands classiques du genre (Mimic de Guillermo del Toro, effectivement), mais qui réussit également à tracer sa propre voie. L'univers de Mégalopol est classique, mais d'une efficacité redoutable, avec ses parias qui vivent dans les égoûts, son maire corrompu, et ses créatures mystérieuses qui hantent les sous-sols. Bec parvient à créer un suspense d'autant plus efficace qu'il est ramassé sur deux tomes seulement, et évite les digressions meurtrières.
En outre, il réussit à créer des personnages plutôt réussis. Là encore, on a tous les stéréotypes du genre, mais ça fait aussi partie du contrat, d'avoir ces personnages tout droit sortis d'un film des années 80-90 : le maire qui écrase la ville du haut de son piédestal, le policier brutal mais loyal, un peu macho mais pas trop, l'héroïne scientifique, assez courageuse mais qui ne fait pas trop d'ombre aux hommes du récit non plus... On pourrait trouver ça daté, mais ici, Bec emploie ces stéréotypes avec un second degré qui ne les empêche jamais de jouer efficacement leur rôle.
On peut éventuellement trouver l'affrontement final un peu trop expédié (en fait, il n'y a pas vraiment d'affrontement final), mais c'est une conclusion logique pour le récit, amené par d'autres éléments antérieurs dans la narration. Et surtout, Bec réussit à articuler ses différents groupes de personnages de manière assez magistrale, sans jamais tomber dans la surenchère ou s'égarer sur des arcs narratifs insipides.
Du côté du dessin, c'est légèrement plus inégal. Je trouve que le dessin de Raffaele manque un peu de personnalité, mais il s'améliore au fur et à mesure du récit, et à mon sens, il est plus réussi dans le second tome, donc ça va dans le bon sens. Même si je regrette toujours que Bec ne dessine pas davantage, car dans ce type de récit, c'est là où il excelle avec ses jeux d'ombre d'une élégance que seul lui maîtrise... Mais j'imagine qu'il y passe du temps, et je comprends tout à fait qu'il ne puisse pas tout dessiner !
Quoiqu'il en soit, Under est donc une saga très réussie, qui peut s'appuyer sur les qualités de Bec comme conteur et un dessin qui, à défaut d'être parfait, fonctionne bien, pour marquer durablement son lecteur. On prévient quand même les lecteurs sensibles que certaines scènes sont susceptibles de heurter quelques sensibilités, il y a une vraie horreur profonde par moments. Ce qui ne fait que renforcer la grande qualité de l'oeuvre !
Parce que la bêtise est l’apanage des autres.
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Ce tome contient un exposé complet, indépendant de tout autre ; il ne nécessite pas de disposer d’informations au préalable. Sa publication date de 2023. Il a été réalisé par Stella Lory pour le scénario, les dessins et les couleurs, et par Tilila Relmani pour le scénario. Il comprend cent-seize pages de bande dessinée. Il se termine par une page listant les sources (livres, articles, études, émissions, soit vingt-cinq références), et une page de remerciements.
Un avion approche de l’aéroport de Phuket, en Thaïlande, avec à son bord Yasmina Makleoud. Elle est attendue à sa sortie par un homme qui tient une pancarte portant son nom à elle, précisant le nom de l’entreprise Turfi Prod. Il la conduit en voiture, à la villa des Sudistes, et il lui souhaite bonne chance. Déposée devant, elle frappe à la porte en notant la culotte et le soutien-gorge négligemment jeté sur la statue de Bouddha sur le côté. La porte s’ouvre et une dizaine de jeunes gens sont en train de se lancer des spaghettis en sauce à la tête, avec deux caméramen en train de les filmer, et un individu hors champ derrière un fauteuil en train d’envoyer un message sur son portable. Yasmina se tourne vers le lecteur en déclarant qu’elle peut tout expliquer. Chapitre un : aux origines de la téléréalité. Quelques jours plutôt, Yasmina participait au repas de la famille Makleoud, une tablée comprenant sept adultes et un bébé. La grand-mère se râcle la gorge et annonce que cette après-midi, elle va voir l’exposition Arte Povera, en demandant si quelqu’un veut l’accompagner. Le frère aîné annonce qu’il n’est pas libre car il doit avancer sur sa thèse d’habilitation. La grande sœur donne une conférence à la Sorbonne cette semaine : elle prépare un colloque sur les crises de civilisation. Son compagnon parlera de la dissolution symbolique des organes de représentation du peuple. Rym donnera une conférence à la cinémathèque sur l’évolution des critères de beauté dans le cinéma taïwanais. Seule Yasmina n’a pas d’activité intellectuelle à son actif.
La conversation reprend à table et Rym demande si les parents préfèrent que Yasmina leur annonce qu’elle va faire les anges de la téléréalité, ou qu’elle part en Afghanistan pour épouser un moudjahidine ? L’absence de réponse consterne Yasmina qui rappelle que la téléréalité la passionne. Devant l’effarement de la famille, elle leur demande s’ils ne brûlent pas de comprendre pourquoi ces programmes ont autant de succès. Et d’où viennent ces candidats aux physiques surréalistes ? Et pourquoi on aime les regarder comme si on avait accès à quelque chose d’interdit ? La mauvaise réputation de la téléréalité ne montre-t-elle pas à quel point on stigmatise les candidats et la culture populaire en général ? En quoi la téléréalité serait un sujet d’étude plus déshonorant que l’Arte Povera du président Pompidou ? Bien lancée, elle continue : avant la téléréalité, il n’y avait pas que des programmes intelligents. Elle se rappelle une émission d’Apostrophes où Bernard Pivot recevait un auteur dont le roman raconte une histoire d’amour bouleversante entre une jeune fille de quatorze ans et un écrivain de soixante-dix ans.
Le titre propose un programme fort alléchant, quelque peu tempéré par le sous-titre, en fonction de l’appétence du lecteur pour la téléréalité. La scène d’ouverture le conforte dans ses a priori, qu’il soit plutôt intéressé par l’aspect dubitatif quant à l’intérêt de ce type de programme télévisuel, ou au contraire qu’il y prenne grand plaisir au premier ou au second degré. La dessinatrice a opté pour une apparence visuelle jeune et amusée, une exagération dans les expressions de visages et le langage corporel, une simplification dans les formes, un point de vue féminin (affirmé au cours du récit) sur son immersion dans cette parodie des Marseillais : le lecteur peut aussi bien y voir une forme de dérision appliquée au sujet, autant qu’un entrain accompagnant les facéties et les outrances des histrions qui se donnent sciemment en spectacle devant la caméra. Dans le même temps, dès cette séquence introductive en deux parties (l’arrivée à la villa à Phuket, le repas de famille qui conduit à l’inscription de Yasmina), l’artiste fait preuve d’un investissement de toutes les cases, que ce soit pour le niveau de détails, ou l’énergie et l’émotion. Le lecteur ne peut qu’éprouver du respect pour l’honnêteté de sa démarche, et sa curiosité pleine et entière.
Il peut donc lire cette bande dessinée comme une mise en situation, une immersion dans la production d’une émission de téléréalité, calquée sur celle qui connaît le succès à ce moment-là. Rapidement, il apparaît que Yasmina Makleoud ne jouera pas le rôle de candidate, mais de journaliste (son titre officiel), enfin plutôt assistante réalisatrice dans la villa elle-même, en prenant bien soin de rester hors champ à tout moment, et elle va nouer une réelle amitié avec Lenina, l’une des candidates. L’autrice montre qu’elle a effectué un solide travail de recherche sur les modalités de tournage : elle représente les différentes situations correspondantes. Le lecteur arrive ainsi en pleine bataille de spaghettis en sauce, puis la bande dessinée reprend l’ordre chronologique en partant du casting que passe Yasmina, puis elle participe à l’audition d’autres candidats. Viennent ensuite la première journée de travail à la villa, à suivre Ada, la productrice totalement survoltée, la régie avec les écrans de contrôle et le retour de tous les micros accrochés au candidats et disséminés partout dans la villa, la phase d’interview des participants en fin de chaque journée, la découverte du script pour le lendemain, la journée de repos et ses occupations, les placements produits par les candidats sur leurs réseaux sociaux respectifs, les sorties organisées (quad, jet-ski, boîtes, n’importe quelle activité consumériste), etc.
Le lecteur est emporté par le tourbillon d’activités, par l’énergie déployée pour rendre chaque moment excitant, par l’intensité de n’importe quelle émotion (sans grand rapport avec n’importe quel instant, chacun relevant du non-événement). La narration visuelle utilise les codes de la comédie comique, exagération, réactions disproportionnées, comportements infantiles, jeunisme, mise en scène agitée, pour rendre compte de cette animation perpétuelle, de cette ébullition désordonnée. Yasmina concocte une journée type pour les candidats, teintée de parodie : 12h00 : contre toute attente, les candidats mangent des tagliatelles au pesto sur le canapé du salon quand Aaaron vient leur annoncer une activité consumériste. 13h30 : l’activité du jour, quad. Encore une distraction choisie sur un modèle bien capitaliste : coûteuse, polluante, inutile, et surtout la moins culturelle possible. 18h00 : on annonce aux candidats qu’ils vont passer la soirée en boîte de nuit, consentants ou pas. 18h20 : préparation des mecs = temps de cuisson d’un œuf à la coque. 20h15 : préparation des filles = temps d’affinage d’un brie de Meaux. Elles vérifient la théorie bourdieusienne selon laquelle la femme doit rester cet objet accueillant attrayant et disponible. 20h45 : sous le silicone et les nano-robes en polyester se dissimule un système de pensées conservatrices, mantra des programmes. L’injonction à se mettre en couple (hétéro, cela va de soi) pour durer dans le programme. La fidélité. Mais surtout la respectabilité. Des devoirs exclusivement féminins. Malgré leurs efforts, les Sudistes ne passent toujours pas le test Bechdel-Wallace : l’indicateur du sexisme des films en trois critères. 20h45 : Show must go on, Lenina se traîne vers le dancefloor. Grave erreur tactique de Lenina qui se croit autorisée à assumer enfin son désir pour un autre homme. 22h47 : Aaaron fulmine et entame une nouvelle parade de la virilité. 23h00 : finalement tout le groupe s’est mis d’accord, la seule et unique fautive est Lenina. 00h37 : édifiante master class illustrant combien, sous un apparent libéralisme, les valeurs conservatrices de la téléréalité sont fortes.
De manière intriquée, l’autrice développe des interrogations et des analyses sur chacune de ces facettes de la téléréalité. Elle évoque les débuts historiques de ces programmes : Loft Story et Big Brother. Puis leur déclinaison sur de nombreux formats : Pékin Express, Koh-Lanta, Super Nanny, Nouveau look pour une nouvelle vie, Top Chef, Pascal le grand-frère, et bien sûr Les Marseillais, autant de catégories : vie en communauté, compétition, télécrochet, environnement de vie, séduction, sensations, mise en scène de vedettes, modes de vie, et plus si affinité expérience de vie, rénovation, rencontres, canulars, show culinaire, en soulignant le passage d’une téléréalité d’enfermement à une téléréalité de vie collective. Elle fait référence et cite plusieurs sociologues et artistes : François Jost (1949-) sémiologue, Andy Warhol (1928-1987) artiste, Patrick Le Lay (1942-2020) patron de chaîne et sa célèbre formule de Temps de cerveau disponible, Eva Illouz (1961-) sociologue et universitaire spécialisée dans la sociologie des sentiments et de la culture, Pierre Bourdieu (1930-2002) sociologue, le test Bechdel-Wallace, Didier Anzieu (1923-1999), psychanalyste. Elle aurait pu également inclure la notion de société du spectacle annoncée et théorisée par Guy Debord (1931-1994). Loin de pointer du doigt les candidats comme des boucs émissaires, elle expose les mécanismes comme les valeurs réactionnaires véhiculées par cette forme de téléréalité (le capitalisme scopique), en particulier le fardeau imposé aux femmes, le narcissisme des candidats qui savent très bien mettre en œuvre la stratégie du retournement du stigmate, la danse à deux du voyeuriste et de l’exhibitionniste.
Parti pour une lecture légère aux apparences girly sur la téléréalité de type vie collective, le lecteur en a pour son argent avec une mise en situation au sein d’une émission évoquant Les Marseillais, accompagnant une jeune femme dans la fabrication d’une saison directement dans la villa, à un rythme d’enfer avec une narration visuelle colorée et à fond de train. Dans le même temps, les autrices tiennent également la promesse de sonder ce média dans ses profondeurs, avec une analyse sociologique nourrie et pénétrante. Un ouvrage vulgarisateur, et une analyse qui s’immergent sous la surface, en reconnaissant le succès de ces divertissements comme relevant de la culture populaire.
Chez Adolf nous confronte au quotidien des habitants d'un petit immeuble, dans un petit village probablement en forêt noire (le lieux et les personnages sont tous fictifs). Le point central du récit est un personnage appelé Karl Stieg, professeur dans l'école du village en question. A travers ses yeux d'allemand moyen, mais humaniste, on suit la descente aux enfers d'une Allemagne tombée sous le charme empoisonné d'Adolf Hitler. Ce en 4 tomes s'étalant de la nomination d'Hitler à la chancellerie du Reich en 1933 jusqu'à la capitulation sans condition du Reich Millénaire en 1945.
Karl Stieg se détache cependant quelque peu du lot en ce sens qu'il n'est pas aveuglé par le nazisme, voit très bien que cela finira mal, mais préfère se taire et suivre. Une forme de lâcheté, émaillée de quelques moments courageux. Cette série est une petite ode à la part d'humanité qui demeure en chacun de nous, et qui peut se manifester de la manière la plus étonnante et inattendue qui soit. Sachant que "Chez Adolf" ne nous cache rien non plus des faces sombres du nazisme.
Une autre grand force de cette série, c'est de nous montrer l'omniprésence d'Hitler, et son emprise sur ses concitoyens: on ne le voit en effet jamais, et pourtant il semble être partout.
Au final, Chez Adolf n'a qu'un seul défaut empêchant la note maximale: une sous-intrigue inutile à laquelle je n'ai rien compris alourdit un peu l'ensemble. En effet, Karl Stieg se retrouve obligé de commettre un crime pour sauver une amie. L'objet du délit est ensuite dissimulé sous les yeux d'un observateur inconnu, qui ira déterrer l'ensemble 3 ans plus tard. Mais on ne saura rien de plus. Rien de tout cela n'est résolu. De même que Stieg se voit confié des documents compromettants. Quelqu'un viendra les récupérer en fouillant son appartement. Pareil, on ne saura jamais qui était derrière tout cela. Dommage car on était proche du sans faute.
Cela arrive souvent qu’on désire ce qu’on ne peut pas avoir.
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2021 pour la version française, de 2020 pour la version originale. Il a été réalisé par Anneli Furmark pour le scénario, les dessins et les couleurs, traduit du suédois par Florence Sisask. Il comporte deux-cent-vingt pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec une citation de Leonard Cohen., un extrait de la chanson Hey that’s no way to say goodbye, qui donne son titre à l’ouvrage.
Elise avait toujours cru que c’était une affaire de maîtrise de soi. C’était une soirée comme les autres. Le chat était couché à une distance respectueuse et ronronnait nonchalamment. Ses ronronnements s’arrêtaient puis reprenaient de plus belle. Du rez-de-chaussée lui parvenaient les jurons lancés par Henrik, occupé à décaper de vielles fenêtres qu’il avait dénichées et avec lesquelles il pensait construire une serre l’été prochain. Peut-être une vitre s’était-elle cassée. Elise avait consulté la sélection que Netflix lui avait créée tout spécialement pour elle. Mais pour qui me prennent-ils ? pensait-elle. Que savent-ils de moi, au juste ? Elise s’était mise à regarder quatre séries différentes qui l’avaient toutes rapidement ennuyée. Elle éprouvait une sorte de manque, cherchait à se rappeler la dernière fois qu’elle avait été captivée par quoi que ce soit à la télé. Le petit symbole indiquant l’arrivée d’un message surgit alors sur l’écran de son portable. Pourvu que ce soit elle, pourvue que ce soit elle, se répéta-t-elle. C’était bien elle. Elles s’étaient rencontrées dans une fête et s’étaient frôlées toute la soirée. Sans pouvoir engager la conversation. Il y avait une foule d’importuns autour d’elles. Cela n’empêchait pas Elise d’être intéressée, au contraire. Dagmar Janson Wright également, peut-être. Elise savait maintenant que tel était son nom. Tout rapprochement s’était avéré d’autant plus difficile qu’Elise avait été frappée d’un accès de timidité aussi inattendu qu’intense.
Elise et Dagmar échangent quelques mots, la première sur un article que la seconde a lu, et cette dernière sur son métier d’otorhinolaryngologiste. Elles finissent par s’enlacer chastement l’espace de trois secondes pour se dire au revoir. Elise se tient dans la salle de bains et s’examine attentivement. Ses moindres imperfections lui sautent aux yeux. Ses rondeurs, ses pâleurs. Comme une ado peu sûre d’elle, elle voudrait tout changer. Pourrait-elle jamais se montrer nue à qui que ce soit d’autre ? se demande-t-elle. À quelqu’un qui ne serait pas Henrik ? Lui qui n’avait jamais prononcé le moindre mot désobligeant sur son physique. Ni rien de gentil non plus. Pas depuis plusieurs années, en tout cas. Non, de toute manière, il ne serait question de nudité avec quelqu’un d’autre ! Son imagination lui jouait des tours, voilà tout. Ces derniers temps, de nouvelles lignes profondes étaient également apparues sur son visage. Henrik, Elise disait que jamais, au grand jamais elle ne le quitterait.
Une histoire d’amour ordinaire : une femme de cinquante-six ans, mariée depuis vingt-trois ans à un homme qu’elle aime, deux fils adultes et indépendants Felix et Leonard, tombe amoureuse d’une autre femme de son âge, en couple avec une compagne Jenny et parents de deux filles. En même temps, une histoire d’amour qui sort un peu de l’ordinaire du fait de l’âge de l’héroïne, du confort émotionnel et affectif de son mariage, du chemin tout tracé menant à la vieillesse et à son déroulement sans histoire. Le récit passe par les phases attendues : la valse des hésitations, la passion entre ces deux femmes, le choc pour Henrik le mari d’Elise, et la remise en cause de leur union, les rencontres à l’hôtel, le tourbillon émotionnel, le développement d’un amour à l’identique de celui de personnes plus jeunes. Les dialogues par SMS (Mais comment faisait-on pour communiquer avant ?), l’attrait de la nouveauté, le partage de choses appréciées (par exemple au travers de playlists, comprenant, entre autres, Hey, that’s no way to say goodbye, extrait de Songs of Leonard Cohen de 1967, A case of you, extrait de Blue, le premier album de Joni Mitchell en 1971), l’achat du premier cadeau (un parfum) qui ne rentre pas forcément dans le budget, les rencontres dans des lieux neutres éloignés du foyer familial respectif, la question du divorce qui remet en cause de nombreuses années de vie en commun, de bagages accumulés, de souvenirs partagés, le risque de tout perdre, la possibilité de retrouver la capacité d’être amoureuse, d’éprouver de la passion, mais aussi l’envie que le calme revienne à n’importe quel prix, ainsi que la sérénité.
D’un point de vue narratif, la bande dessinée commence sous la forme de trois cases par page, les unes au-dessus des autres, et du texte en vis-à-vis. D’une certaine manière, le lecteur peut avoir l’impression que les images ne font que montrer une partie de ce qui est indiqué dans le texte. Cela change dès la troisième page alors que la conversation s’engage entre Elise et Dagmar, avec des phylactères. En page vingt-six commence une séquence muette, de quatre pages, durant laquelle la narration s’effectue exclusivement par les images. En fonction de la nature de la scène, l’autrice choisit son mode de narration visuelle, entre le texte illustré et la bande dessinée plus traditionnelle pour une narration séquentielle classique. Elle croque les personnages de manière simplifiée, sans chercher à les rendre jolis ou beaux, avec des traits de contours un peu grossiers tout en étant assurés. Il n’en découle pas une apparence infantile, mais plutôt une forme de ressenti, donnant la sensation de correspondre à l’état émotionnel d’Elise. Le lecteur observe également que les deux tiers de la narration se déroule dans des scènes de dialogue, et que l’artiste sait varier les plans de prise de vue, entre les gros plans, avec des plans plus larges montrant l’occupation de l’interlocuteur, le lieu où il se trouve. Le lecteur a vite fait de se prendre de sympathie pour ces êtres humains normaux, avec un langage corporel mesuré et expressif à bon escient.
La narration visuelle emmène également le lecteur dans des lieux variés : le salon d’Elise et Henrik, leur chambre avec le lit conjugal, la chambre d’ami avec un lit une place, la salle de bains, la soirée où Elise rencontre Dagmar, le train, le bureau d’Elise, une plage, les rues d’une ville, une pelouse à l’ombre d’un châtaigner, deux balades en forêt, un carton de déménagement, le nouvel appartement d’Elise. La dessinatrice s’affranchit parfois de représenter les arrière-plans, pendant une séquence entière (la rencontre entre Elise et Dagmar) pour insister sur le fait que toute l’attention des personnages est focalisée sur les autres personnes présentes. Elle dose savamment les éléments représentés, les vues globales ou les détails : le lit deux places dans son entièreté ou une partie d’une patère. Le lecteur prend vite conscience également de l’usage personnel de la mise en couleurs. Le début baigne dans des tons gris-bleu, puis une teinte verdâtre leur succède. Des touches de couleurs apparaissent de temps à autre. Les nuances de gris reviennent. Un jaune délavé et triste pour la baignade. Du vert plus vif pour les promenades dans la nature, l’artiste passant alors en mode couleur directe. Le lecteur se rend compte qu’elle utilise ces teintes en mode expressionniste pour refléter l’état d’esprit émotionnel ou affectif d’Elise, son ressenti du moment, ou celui qu’elle éprouve en repensant à un moment du passé. Petit à petit, sans en avoir conscience, le lecteur est gagné par ces états d’esprit, le sien devenant en phase avec celui d’Elise, ce qui génère une forte empathie comme s’il avait accès à son intimité émotionnelle.
Le lecteur se sent entièrement impliqué dans cet amour qui remet en cause la vie toute tracée et bien établie d’Elise. Il ne s’attend pas à de grandes révélations ou à un psychodrame : la vie suit son cours, tout en ayant dévié de celui le plus probable, sans heurt. Une histoire très classique, tout en étant unique parce qu’elle concerne ce personnage étoffé et pleinement développé aux yeux du lecteur et dans son cœur. La rencontre avec Dagmar a ranimé la passion dans son cœur et celle-ci s’accompagne de changements inéluctables. Plus que cela, elle éprouve la seule certitude de la vie : le doute. Pourra-t-elle concilier cette relation extraconjugale avec son mariage ? Quel sera le prix à payer ? Elle va apprendre à découvrir ce nouvel être cher, mais aussi elle va devoir apprendre comment gérer de nouvelles situations, de nouvelles démarches, ce qui représente un défi tout aussi grand. Tout du long, elle n’a aucune certitude de retrouver un bonheur équivalent à celui qu’elle pensait assuré avec son époux, construit pendant vingt-trois ans de mariage.
Une histoire d’amour pour une épouse fidèle âgée de cinquante-six ans : voilà une histoire racontée avec une belle sensibilité. Une narration visuelle qui transmet organiquement l’état d’esprit d’Elise, sans chercher à l’enjoliver, créant tout naturellement une relation intime et délicate avec le lecteur. Une histoire banale et unique : pas un drame mais une remise en question d’un avenir assuré, le retour des émotions accompagnant la passion amoureuse, et en même temps le doute sur cette relation, sur son avenir. Touchant et émouvant.
J'ai trouvé cette lecture très atypique, originale et pleine de créativité. Pourtant j'ai commencé par râler fortement contre un vocabulaire très relâché en début d'album pour un "tous publics". Puis au fur et à mesure de la quête d'Ysa, en s'éloignant du château genre crade de son père Arthur tout change. C'est une des trouvailles ingénieuses des auteurs qui donnent de la force à la parole et à la pensée d'Ysabelle dès qu'elle s'affranchit de l'ambiance nauséabonde des villes du royaume.
Les auteurs s ingénient à mélanger les références littéraires. On peut évidemment retrouver un détournement de la légende du roi Arthur mâtinée d'une scène du Seigneur des anneaux avec la déchéance du roi qui se jette dans le vide. De plus il n'est pas interdit de retrouver les malheurs de la Cunégonde de Candide à travers les affres de la condition féminine des siècles durant. On peut y lire un petit conte philosophique à la portée du plus grand nombre (Tous publics, non ?). Monde réussit une construction très pointue avec un rythme, des rebondissements et des surprises du début à la fin du récit. Il y ajoute de nombreuses touches d'humour avec ce dialogue très drôle entre Ysa et son épée (et d'autres).
Comme le dessin de Mathieu Burniat est très moderne avec la tête d'Ysa parfois en mode Garulfo à la fois expressive et comique. Malgré un nombre de pages important, on ne s'ennuie jamais. Il faut souligner que Burniat réussit à contourner le scabreux de certaines situations grâce à beaucoup d'humour dans son dessin (encore tous publics ok j'arrête).
Une lecture pleine d'humour, d'intelligence, d'originalité et de créativité. Un vrai régal.
Si on m'avait dit que j'allais passer un bon moment de lecture à suivre le quotidien d'éboueurs americains... Sous un prétexte d'immersion assez brute dans le monde des déchets des civilisations occidentales, Backderf adresse une critique plus large de notre société de surconsommation. À première vue, cela pourrait sembler n’être qu’une histoire simple sur un job répétitif, mais au fil des pages, l’album dévoile une réflexion plus profonde.
Les personnages sont des gars un peu paumés, coincés dans une boucle infernale, où chaque journée ressemble à la précédente. Backderf parvient à rendre ces personnages attachants, avec leurs conditions de travail difficiles et les situations souvent peu ragoûtantes qu’ils rencontrent. Et ca sent le vécu de terrain. Chaque détail, des camions-bennes aux gestes techniques, en passant par les anecdotes parfois dégoûtantes, montre que l’auteur a véritablement vécu ce qu’il raconte.
Backderf sait habilement doser son humour noir, entre les scènes de crasse quotidienne et ces petites touches de dérision qui allègent l’ensemble. Le dessin est du Backderf : caricatural mais expressif avec ces visages rectangulaires et un style assez BD indé US.
Le contraste entre ce monde d’ordures toujours plus nombreuses et les éboueurs, petits rouages d’un système plus grand qu’eux, est vraiment intéressant. L’album pose les bonnes questions sur l’avenir de ces déchets et la gestion de cette problématique mondiale, sans offrir de solutions toutes faites ni tomber dans le moralisme.
Une réflexion, teintée d’humour noir, sur notre rapport aux déchets et à ce que nous laissons derrière nous, racontée avec une justesse qui touche.
Il semblerait que l'ami Alix aime les accroches d'introduction aussi en voilà une : sans une p@@@in de conjonctivite, j'aurais dévoré ce récit d'une seule traîte tellement je l'ai trouvé fascinant !
En effet, se pénaliser l'oeil droit par une pommade antibiotique n'aide pas à une lecture sereine. Pourtant un seul suffit à admirer les dessins de Stéphane De Caneva et à savourer l'histoire prenante concoctée une fois de plus par le génial Serge Lehman.
Leur travail commun sur le fascinant Metropolis (Delcourt) était amplement suffisant pour me précipiter dans ma librairie favorite sur ce livre. Et quel joli objet entre les mains ! Dos toilé, couverture dorée rappelant les éditions Hetzel pour Jules Verne et titre mystérieux, tout est réuni pour une évasion totale et dépaysante : contrat largement respecté !
Ce ne sera pas une surprise mais la seule facilité est de reprendre un peu les ficelles de L'Homme gribouillé en entremêlant un quotidien ordinaire avec un soupçon de....... rêverie (afin d'éviter tout spoil et de rester cohérent).
La présentation de cette bande de copains d'enfance aux destinées différentes dans un passé qui me parle (je dois avoir peu ou prou le même âge que les protagonistes et partage leurs goûts musicaux) sur une trentaine de pages est tout simplement accrocheuse. L'arrivée de Neige au sein de cette bande apporte le charme nécessaire. C'est à l'aube de leur quarantaine lorsque cette dernière disparait brutalement que l'histoire principale prend son envol définitif avec l'enquête liée qui donne une lecture différente de la ville de Paris, un soupçon d'investigations dignes de Lovecraft et un maître mot : l'amitié et la rupture d'une vie rangée.
Comme déjà écrit plus bas par Pol, l'intensité ne retombe jamais, les rebondissements fusent et la mécanique tourne du tonnerre. De Canépa ose même dans les dernières pages un style graphique en noir et blanc encore plus intense qui m'a même fait décrocher la machoire.
Ok j'ai eu mal aux yeux mais ça valait largement le détour, voici à coup sûr un des meilleures lectures de cette rentrée 2024. Il y a encore probablement plein de bons livres à venir mais il y aura pour moi un avant et un après "Navigateurs". Et ce n'est pas une fichue conjonctivite qui m'en aura gâché le plaisir. Au contraire, elle m'aura permis de lire ceci en deux soirées et donc d'en ressentir 2X plus de délectation.
Aventure distrayante et imaginative
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Ce tome comprend les 6 épisodes de la minisérie parue en 2011. Il peut se lire indépendamment de la continuité de Spider-Man et de Wolverine.
Au Crétacé, Peter Parker s'est fait un bandana avec la partie rouge de son costume. Il s'est fabriqué une lunette d'observation qui lui permet d'apercevoir la météorite qui va transformer les dinosaures en espèce disparue. Dans son antre, il a capturé plusieurs espèces d'araignées qu'il a mises en cage. Et il s'adonne à la sculpture sur bois, pour représenter à chaque fois le même visage d'une jeune femme (Sara Bailey). Devant l'annihilation imminente de son écosystème, il va rendre visite à Logan qui règne sur une tribu de primates (un peu trop proche d'hominidés pour être honnête à l'époque du Crétacé). Peter se souvient que tout a commencé quand Wolverine et lui se sont interposés lors d'un braquage de banque, perpétré par The Orb (Drake Shannon) et ses hommes de main, pour dérober d'étranges diamants. Cette situation sortant de l'ordinaire va projeter les deux superhéros dans différentes époques, sans rime ni raison. Ils auront bien du mal à reprendre le dessus.
Attirer de nouveaux lecteurs est un défi sans cesse renouvelé pour les deux grands éditeurs que sont Marvel et DC Comics dont les revenus dépendent de l'exploitation de personnages bénéficiant (ou traînant derrière eux) plusieurs dizaines d'années de continuité. Régulièrement ils tentent de nouvelles initiatives pour aller chercher ces clients potentiels qui ne lisent pas de comics. Au début des années 2000, Marvel décide de proposer des histoires faiblement connectées à la continuité en les repérant par l'adjectif Astonishing (ce qui est le cas de cette histoire, ou de Astonishing X-Men ou Astonishing Thor). La mission de Jason Aaron : raconter une histoire divertissante, mettant en avant Spider-Man et Wolverine, sans se perdre dans les méandres d'une continuité plusieurs fois décennales.
Mission accomplie : Aaron balade ses deux superhéros d'une situation rocambolesque inventive à l'autre, avec une décontraction éhontée très agréable. Jason Aaron va piocher de ci de là dans les recoins de l'univers Marvel pour alimenter son récit haut en couleurs. Il n'hésite pas à s'autoréférencer avec The Orb qu'il avait déjà remis au goût du jour dans Ghost Riders - Heaven's on fire. Et ce personnage est aussi grotesque et bancal que bien mis en valeur. C'est avec la même maestria qu'il propose des versions loufoques ou menaçantes selon les cas de différents personnages Marvel, connus ou méconnus (tel que le passage gratuit de Devil Dinosaur ). Pour les connaisseurs de l'univers partagé Marvel, il s'agit d'autant de clins d'œil savoureux, pour les autres ces éléments ajoutent à l'exotisme du récit. En prime, Aaron va également piocher un personnage connu pour occasionner le genre de désagréments subis par Spider-Man et Wolverine et en profite pour glisser subrepticement et discrètement un petit métacommentaire assez savoureux sur l'industrie du divertissement (dont font partie les comics et donc celui que le lecteur est en train de lire).
Les six épisodes sont dessinés par Adam Kubert, encrés par Mark Morales (épisodes 1 et 2) et Mark Roslan (épisodes 3 à 6). Je ne suis pas un grand admirateur d'Adam Kubert dont je trouve le style assez fade, malgré des postures ou des compositions de cases parfois intéressantes. Ici, force m'est de reconnaître qu'il est dans une grande forme. Le lecteur retrouve son style caractéristique et ses tics de composition, et de rendus des contours. Mais entraîné par la vivacité du scénario et les situations inventives, Adam Kubert imagine des visuels qui retiennent l'attention par leurs détails et leur ambiance générale. Même si son rendu des décors reste imprégné d'une once de naïveté premier degré, elle sied bien à ces situations improbables. Le regard de Kubert transcrit l'émerveillement nécessaire à ces aventures plus grandes que nature. Certes l'antre de Peter Parker au Crétacé n'a rien de réaliste, mais elle dégage une ambiance en adéquation avec cette situation extraordinaire. Adam Kubert rend l'apparence de Orb au premier degré, ce qui transforme une idée ridicule (un œil géant à la place de la tête) en un élément bizarre et dérangeant. De même la description factuelle de l'ersatz de costume de Spider-Man dans l'épisode 2 le rend à la fois digne de respect et ridicule. Pour une fois Kubert s'intéresse également aux décors qui ont une importance majeure dans l'histoire du début jusqu'à la fin (avec une petite baisse uniquement dans l'épisode 5). Cet investissement de temps dans le dessin des décors permet au lecteur de continuer à s'immerger dans les différents endroits aussi improbables soient ils.
Sur un ton léger et badin, Aaron assaisonne grand spectacle, péripéties rocambolesques, sans oublier une interaction savoureuse entre ses deux superhéros, dans la plus pure tradition des couples mal assortis. Il joue aussi bien sur le registre de la comédie humoristique, que sur des sentiments plus profonds sans être exacerbés ou téléphonés. Impossible de bouder son plaisir à la lecture de cette histoire de superhéros bien ficelée, sans être compliquée, référentielle sans être indémêlable, pleine de vie avec un peu de profondeur de temps en temps.
J'ai beaucoup aimé ce roman graphique dont les 8 "contes" et les destins des 8 heros singuliers se déroulent simultanément dans un Royaume medieval imaginaire. Le graphisme est vraiment tres riche, parfois tres ciselé mais fluide, raccord avec l’imaginaire medieval. Les dialogues sont musicaux, l’histoire étrange fait réfléchir et donne envie d’y revenir. Les couleurs originales et la bichromie par personnage rythment le récit. Une BD qui sort du lot.
J'introduis cette série dans la banque du site même si je suis conscient que peu de personnes pourront la lire. En effet l'album n'est plus proposé au catalogue et sur le marché d'occasion il est assez rare .
Pourtant cela me permet de compléter l'histoire de la BD africaine proposée par Christophe Cassiau-Haurie chez l'Harmattan-BD. Cela me permet aussi de faire connaître deux frères togolais au talent incontestable.
Anani et Mensah Accoh livrent ici une série très bien fichue. Africavi, c'est "le fils de l'Afrique". Autour d'une fiction qui intègre des éléments de l'histoire de l'Afrique de l'Ouest à travers des scènes du passé ( l'esclavage) mais qui fait aussi la part belle à des réflexions ou des situations plus contemporaines.
C'est une métaphore de l'amour/haine ou de l'attirance/répulsion de deux continents qui n'ont d'autres choix que de vivre à proximité l'un de l'autre.
C'est traité sur un mode humoristique toujours très drôle avec beaucoup de trouvailles qui font rebondir le récit de façon très intelligente.
Le graphisme est une très bonne surprise. Cela fait un peu dessin des années 80 mais c'est agréable de retrouver une façon à l'ancienne hors du numérique standard.
J'au été d'autant plus séduit que le découpage est très bon avec de nombreuses scènes qui s'enchaînent de façon très fluide et avec beaucoup de cohérence.
L'équilibre entre texte et image fournit une lecture découverte très plaisante. Une belle réussite pour ces deux frères. A découvrir si vous en avez l'occasion.
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Under
Ah ! Enfin ! Après avoir pas mal cherché, je trouve enfin à nouveau un "grand" Christophe Bec ! Dans son oeuvre beaucoup trop prolifique, c'est peu dire que le génial côtoie le raté, même si on peut reconnaître à Bec de toujours savoir créer une histoire à potentiel. Mais l'essai n'est pas toujours transformé. Ici, il l'est ! Bec nous propose un scénario qui évoque des grands classiques du genre (Mimic de Guillermo del Toro, effectivement), mais qui réussit également à tracer sa propre voie. L'univers de Mégalopol est classique, mais d'une efficacité redoutable, avec ses parias qui vivent dans les égoûts, son maire corrompu, et ses créatures mystérieuses qui hantent les sous-sols. Bec parvient à créer un suspense d'autant plus efficace qu'il est ramassé sur deux tomes seulement, et évite les digressions meurtrières. En outre, il réussit à créer des personnages plutôt réussis. Là encore, on a tous les stéréotypes du genre, mais ça fait aussi partie du contrat, d'avoir ces personnages tout droit sortis d'un film des années 80-90 : le maire qui écrase la ville du haut de son piédestal, le policier brutal mais loyal, un peu macho mais pas trop, l'héroïne scientifique, assez courageuse mais qui ne fait pas trop d'ombre aux hommes du récit non plus... On pourrait trouver ça daté, mais ici, Bec emploie ces stéréotypes avec un second degré qui ne les empêche jamais de jouer efficacement leur rôle. On peut éventuellement trouver l'affrontement final un peu trop expédié (en fait, il n'y a pas vraiment d'affrontement final), mais c'est une conclusion logique pour le récit, amené par d'autres éléments antérieurs dans la narration. Et surtout, Bec réussit à articuler ses différents groupes de personnages de manière assez magistrale, sans jamais tomber dans la surenchère ou s'égarer sur des arcs narratifs insipides. Du côté du dessin, c'est légèrement plus inégal. Je trouve que le dessin de Raffaele manque un peu de personnalité, mais il s'améliore au fur et à mesure du récit, et à mon sens, il est plus réussi dans le second tome, donc ça va dans le bon sens. Même si je regrette toujours que Bec ne dessine pas davantage, car dans ce type de récit, c'est là où il excelle avec ses jeux d'ombre d'une élégance que seul lui maîtrise... Mais j'imagine qu'il y passe du temps, et je comprends tout à fait qu'il ne puisse pas tout dessiner ! Quoiqu'il en soit, Under est donc une saga très réussie, qui peut s'appuyer sur les qualités de Bec comme conteur et un dessin qui, à défaut d'être parfait, fonctionne bien, pour marquer durablement son lecteur. On prévient quand même les lecteurs sensibles que certaines scènes sont susceptibles de heurter quelques sensibilités, il y a une vraie horreur profonde par moments. Ce qui ne fait que renforcer la grande qualité de l'oeuvre !
Eloge de la surface - Dans les profondeurs de la téléréalité
Parce que la bêtise est l’apanage des autres. - Ce tome contient un exposé complet, indépendant de tout autre ; il ne nécessite pas de disposer d’informations au préalable. Sa publication date de 2023. Il a été réalisé par Stella Lory pour le scénario, les dessins et les couleurs, et par Tilila Relmani pour le scénario. Il comprend cent-seize pages de bande dessinée. Il se termine par une page listant les sources (livres, articles, études, émissions, soit vingt-cinq références), et une page de remerciements. Un avion approche de l’aéroport de Phuket, en Thaïlande, avec à son bord Yasmina Makleoud. Elle est attendue à sa sortie par un homme qui tient une pancarte portant son nom à elle, précisant le nom de l’entreprise Turfi Prod. Il la conduit en voiture, à la villa des Sudistes, et il lui souhaite bonne chance. Déposée devant, elle frappe à la porte en notant la culotte et le soutien-gorge négligemment jeté sur la statue de Bouddha sur le côté. La porte s’ouvre et une dizaine de jeunes gens sont en train de se lancer des spaghettis en sauce à la tête, avec deux caméramen en train de les filmer, et un individu hors champ derrière un fauteuil en train d’envoyer un message sur son portable. Yasmina se tourne vers le lecteur en déclarant qu’elle peut tout expliquer. Chapitre un : aux origines de la téléréalité. Quelques jours plutôt, Yasmina participait au repas de la famille Makleoud, une tablée comprenant sept adultes et un bébé. La grand-mère se râcle la gorge et annonce que cette après-midi, elle va voir l’exposition Arte Povera, en demandant si quelqu’un veut l’accompagner. Le frère aîné annonce qu’il n’est pas libre car il doit avancer sur sa thèse d’habilitation. La grande sœur donne une conférence à la Sorbonne cette semaine : elle prépare un colloque sur les crises de civilisation. Son compagnon parlera de la dissolution symbolique des organes de représentation du peuple. Rym donnera une conférence à la cinémathèque sur l’évolution des critères de beauté dans le cinéma taïwanais. Seule Yasmina n’a pas d’activité intellectuelle à son actif. La conversation reprend à table et Rym demande si les parents préfèrent que Yasmina leur annonce qu’elle va faire les anges de la téléréalité, ou qu’elle part en Afghanistan pour épouser un moudjahidine ? L’absence de réponse consterne Yasmina qui rappelle que la téléréalité la passionne. Devant l’effarement de la famille, elle leur demande s’ils ne brûlent pas de comprendre pourquoi ces programmes ont autant de succès. Et d’où viennent ces candidats aux physiques surréalistes ? Et pourquoi on aime les regarder comme si on avait accès à quelque chose d’interdit ? La mauvaise réputation de la téléréalité ne montre-t-elle pas à quel point on stigmatise les candidats et la culture populaire en général ? En quoi la téléréalité serait un sujet d’étude plus déshonorant que l’Arte Povera du président Pompidou ? Bien lancée, elle continue : avant la téléréalité, il n’y avait pas que des programmes intelligents. Elle se rappelle une émission d’Apostrophes où Bernard Pivot recevait un auteur dont le roman raconte une histoire d’amour bouleversante entre une jeune fille de quatorze ans et un écrivain de soixante-dix ans. Le titre propose un programme fort alléchant, quelque peu tempéré par le sous-titre, en fonction de l’appétence du lecteur pour la téléréalité. La scène d’ouverture le conforte dans ses a priori, qu’il soit plutôt intéressé par l’aspect dubitatif quant à l’intérêt de ce type de programme télévisuel, ou au contraire qu’il y prenne grand plaisir au premier ou au second degré. La dessinatrice a opté pour une apparence visuelle jeune et amusée, une exagération dans les expressions de visages et le langage corporel, une simplification dans les formes, un point de vue féminin (affirmé au cours du récit) sur son immersion dans cette parodie des Marseillais : le lecteur peut aussi bien y voir une forme de dérision appliquée au sujet, autant qu’un entrain accompagnant les facéties et les outrances des histrions qui se donnent sciemment en spectacle devant la caméra. Dans le même temps, dès cette séquence introductive en deux parties (l’arrivée à la villa à Phuket, le repas de famille qui conduit à l’inscription de Yasmina), l’artiste fait preuve d’un investissement de toutes les cases, que ce soit pour le niveau de détails, ou l’énergie et l’émotion. Le lecteur ne peut qu’éprouver du respect pour l’honnêteté de sa démarche, et sa curiosité pleine et entière. Il peut donc lire cette bande dessinée comme une mise en situation, une immersion dans la production d’une émission de téléréalité, calquée sur celle qui connaît le succès à ce moment-là. Rapidement, il apparaît que Yasmina Makleoud ne jouera pas le rôle de candidate, mais de journaliste (son titre officiel), enfin plutôt assistante réalisatrice dans la villa elle-même, en prenant bien soin de rester hors champ à tout moment, et elle va nouer une réelle amitié avec Lenina, l’une des candidates. L’autrice montre qu’elle a effectué un solide travail de recherche sur les modalités de tournage : elle représente les différentes situations correspondantes. Le lecteur arrive ainsi en pleine bataille de spaghettis en sauce, puis la bande dessinée reprend l’ordre chronologique en partant du casting que passe Yasmina, puis elle participe à l’audition d’autres candidats. Viennent ensuite la première journée de travail à la villa, à suivre Ada, la productrice totalement survoltée, la régie avec les écrans de contrôle et le retour de tous les micros accrochés au candidats et disséminés partout dans la villa, la phase d’interview des participants en fin de chaque journée, la découverte du script pour le lendemain, la journée de repos et ses occupations, les placements produits par les candidats sur leurs réseaux sociaux respectifs, les sorties organisées (quad, jet-ski, boîtes, n’importe quelle activité consumériste), etc. Le lecteur est emporté par le tourbillon d’activités, par l’énergie déployée pour rendre chaque moment excitant, par l’intensité de n’importe quelle émotion (sans grand rapport avec n’importe quel instant, chacun relevant du non-événement). La narration visuelle utilise les codes de la comédie comique, exagération, réactions disproportionnées, comportements infantiles, jeunisme, mise en scène agitée, pour rendre compte de cette animation perpétuelle, de cette ébullition désordonnée. Yasmina concocte une journée type pour les candidats, teintée de parodie : 12h00 : contre toute attente, les candidats mangent des tagliatelles au pesto sur le canapé du salon quand Aaaron vient leur annoncer une activité consumériste. 13h30 : l’activité du jour, quad. Encore une distraction choisie sur un modèle bien capitaliste : coûteuse, polluante, inutile, et surtout la moins culturelle possible. 18h00 : on annonce aux candidats qu’ils vont passer la soirée en boîte de nuit, consentants ou pas. 18h20 : préparation des mecs = temps de cuisson d’un œuf à la coque. 20h15 : préparation des filles = temps d’affinage d’un brie de Meaux. Elles vérifient la théorie bourdieusienne selon laquelle la femme doit rester cet objet accueillant attrayant et disponible. 20h45 : sous le silicone et les nano-robes en polyester se dissimule un système de pensées conservatrices, mantra des programmes. L’injonction à se mettre en couple (hétéro, cela va de soi) pour durer dans le programme. La fidélité. Mais surtout la respectabilité. Des devoirs exclusivement féminins. Malgré leurs efforts, les Sudistes ne passent toujours pas le test Bechdel-Wallace : l’indicateur du sexisme des films en trois critères. 20h45 : Show must go on, Lenina se traîne vers le dancefloor. Grave erreur tactique de Lenina qui se croit autorisée à assumer enfin son désir pour un autre homme. 22h47 : Aaaron fulmine et entame une nouvelle parade de la virilité. 23h00 : finalement tout le groupe s’est mis d’accord, la seule et unique fautive est Lenina. 00h37 : édifiante master class illustrant combien, sous un apparent libéralisme, les valeurs conservatrices de la téléréalité sont fortes. De manière intriquée, l’autrice développe des interrogations et des analyses sur chacune de ces facettes de la téléréalité. Elle évoque les débuts historiques de ces programmes : Loft Story et Big Brother. Puis leur déclinaison sur de nombreux formats : Pékin Express, Koh-Lanta, Super Nanny, Nouveau look pour une nouvelle vie, Top Chef, Pascal le grand-frère, et bien sûr Les Marseillais, autant de catégories : vie en communauté, compétition, télécrochet, environnement de vie, séduction, sensations, mise en scène de vedettes, modes de vie, et plus si affinité expérience de vie, rénovation, rencontres, canulars, show culinaire, en soulignant le passage d’une téléréalité d’enfermement à une téléréalité de vie collective. Elle fait référence et cite plusieurs sociologues et artistes : François Jost (1949-) sémiologue, Andy Warhol (1928-1987) artiste, Patrick Le Lay (1942-2020) patron de chaîne et sa célèbre formule de Temps de cerveau disponible, Eva Illouz (1961-) sociologue et universitaire spécialisée dans la sociologie des sentiments et de la culture, Pierre Bourdieu (1930-2002) sociologue, le test Bechdel-Wallace, Didier Anzieu (1923-1999), psychanalyste. Elle aurait pu également inclure la notion de société du spectacle annoncée et théorisée par Guy Debord (1931-1994). Loin de pointer du doigt les candidats comme des boucs émissaires, elle expose les mécanismes comme les valeurs réactionnaires véhiculées par cette forme de téléréalité (le capitalisme scopique), en particulier le fardeau imposé aux femmes, le narcissisme des candidats qui savent très bien mettre en œuvre la stratégie du retournement du stigmate, la danse à deux du voyeuriste et de l’exhibitionniste. Parti pour une lecture légère aux apparences girly sur la téléréalité de type vie collective, le lecteur en a pour son argent avec une mise en situation au sein d’une émission évoquant Les Marseillais, accompagnant une jeune femme dans la fabrication d’une saison directement dans la villa, à un rythme d’enfer avec une narration visuelle colorée et à fond de train. Dans le même temps, les autrices tiennent également la promesse de sonder ce média dans ses profondeurs, avec une analyse sociologique nourrie et pénétrante. Un ouvrage vulgarisateur, et une analyse qui s’immergent sous la surface, en reconnaissant le succès de ces divertissements comme relevant de la culture populaire.
Chez Adolf
Chez Adolf nous confronte au quotidien des habitants d'un petit immeuble, dans un petit village probablement en forêt noire (le lieux et les personnages sont tous fictifs). Le point central du récit est un personnage appelé Karl Stieg, professeur dans l'école du village en question. A travers ses yeux d'allemand moyen, mais humaniste, on suit la descente aux enfers d'une Allemagne tombée sous le charme empoisonné d'Adolf Hitler. Ce en 4 tomes s'étalant de la nomination d'Hitler à la chancellerie du Reich en 1933 jusqu'à la capitulation sans condition du Reich Millénaire en 1945. Karl Stieg se détache cependant quelque peu du lot en ce sens qu'il n'est pas aveuglé par le nazisme, voit très bien que cela finira mal, mais préfère se taire et suivre. Une forme de lâcheté, émaillée de quelques moments courageux. Cette série est une petite ode à la part d'humanité qui demeure en chacun de nous, et qui peut se manifester de la manière la plus étonnante et inattendue qui soit. Sachant que "Chez Adolf" ne nous cache rien non plus des faces sombres du nazisme. Une autre grand force de cette série, c'est de nous montrer l'omniprésence d'Hitler, et son emprise sur ses concitoyens: on ne le voit en effet jamais, et pourtant il semble être partout. Au final, Chez Adolf n'a qu'un seul défaut empêchant la note maximale: une sous-intrigue inutile à laquelle je n'ai rien compris alourdit un peu l'ensemble. En effet, Karl Stieg se retrouve obligé de commettre un crime pour sauver une amie. L'objet du délit est ensuite dissimulé sous les yeux d'un observateur inconnu, qui ira déterrer l'ensemble 3 ans plus tard. Mais on ne saura rien de plus. Rien de tout cela n'est résolu. De même que Stieg se voit confié des documents compromettants. Quelqu'un viendra les récupérer en fouillant son appartement. Pareil, on ne saura jamais qui était derrière tout cela. Dommage car on était proche du sans faute.
Walk me to the corner
Cela arrive souvent qu’on désire ce qu’on ne peut pas avoir. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2021 pour la version française, de 2020 pour la version originale. Il a été réalisé par Anneli Furmark pour le scénario, les dessins et les couleurs, traduit du suédois par Florence Sisask. Il comporte deux-cent-vingt pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec une citation de Leonard Cohen., un extrait de la chanson Hey that’s no way to say goodbye, qui donne son titre à l’ouvrage. Elise avait toujours cru que c’était une affaire de maîtrise de soi. C’était une soirée comme les autres. Le chat était couché à une distance respectueuse et ronronnait nonchalamment. Ses ronronnements s’arrêtaient puis reprenaient de plus belle. Du rez-de-chaussée lui parvenaient les jurons lancés par Henrik, occupé à décaper de vielles fenêtres qu’il avait dénichées et avec lesquelles il pensait construire une serre l’été prochain. Peut-être une vitre s’était-elle cassée. Elise avait consulté la sélection que Netflix lui avait créée tout spécialement pour elle. Mais pour qui me prennent-ils ? pensait-elle. Que savent-ils de moi, au juste ? Elise s’était mise à regarder quatre séries différentes qui l’avaient toutes rapidement ennuyée. Elle éprouvait une sorte de manque, cherchait à se rappeler la dernière fois qu’elle avait été captivée par quoi que ce soit à la télé. Le petit symbole indiquant l’arrivée d’un message surgit alors sur l’écran de son portable. Pourvu que ce soit elle, pourvue que ce soit elle, se répéta-t-elle. C’était bien elle. Elles s’étaient rencontrées dans une fête et s’étaient frôlées toute la soirée. Sans pouvoir engager la conversation. Il y avait une foule d’importuns autour d’elles. Cela n’empêchait pas Elise d’être intéressée, au contraire. Dagmar Janson Wright également, peut-être. Elise savait maintenant que tel était son nom. Tout rapprochement s’était avéré d’autant plus difficile qu’Elise avait été frappée d’un accès de timidité aussi inattendu qu’intense. Elise et Dagmar échangent quelques mots, la première sur un article que la seconde a lu, et cette dernière sur son métier d’otorhinolaryngologiste. Elles finissent par s’enlacer chastement l’espace de trois secondes pour se dire au revoir. Elise se tient dans la salle de bains et s’examine attentivement. Ses moindres imperfections lui sautent aux yeux. Ses rondeurs, ses pâleurs. Comme une ado peu sûre d’elle, elle voudrait tout changer. Pourrait-elle jamais se montrer nue à qui que ce soit d’autre ? se demande-t-elle. À quelqu’un qui ne serait pas Henrik ? Lui qui n’avait jamais prononcé le moindre mot désobligeant sur son physique. Ni rien de gentil non plus. Pas depuis plusieurs années, en tout cas. Non, de toute manière, il ne serait question de nudité avec quelqu’un d’autre ! Son imagination lui jouait des tours, voilà tout. Ces derniers temps, de nouvelles lignes profondes étaient également apparues sur son visage. Henrik, Elise disait que jamais, au grand jamais elle ne le quitterait. Une histoire d’amour ordinaire : une femme de cinquante-six ans, mariée depuis vingt-trois ans à un homme qu’elle aime, deux fils adultes et indépendants Felix et Leonard, tombe amoureuse d’une autre femme de son âge, en couple avec une compagne Jenny et parents de deux filles. En même temps, une histoire d’amour qui sort un peu de l’ordinaire du fait de l’âge de l’héroïne, du confort émotionnel et affectif de son mariage, du chemin tout tracé menant à la vieillesse et à son déroulement sans histoire. Le récit passe par les phases attendues : la valse des hésitations, la passion entre ces deux femmes, le choc pour Henrik le mari d’Elise, et la remise en cause de leur union, les rencontres à l’hôtel, le tourbillon émotionnel, le développement d’un amour à l’identique de celui de personnes plus jeunes. Les dialogues par SMS (Mais comment faisait-on pour communiquer avant ?), l’attrait de la nouveauté, le partage de choses appréciées (par exemple au travers de playlists, comprenant, entre autres, Hey, that’s no way to say goodbye, extrait de Songs of Leonard Cohen de 1967, A case of you, extrait de Blue, le premier album de Joni Mitchell en 1971), l’achat du premier cadeau (un parfum) qui ne rentre pas forcément dans le budget, les rencontres dans des lieux neutres éloignés du foyer familial respectif, la question du divorce qui remet en cause de nombreuses années de vie en commun, de bagages accumulés, de souvenirs partagés, le risque de tout perdre, la possibilité de retrouver la capacité d’être amoureuse, d’éprouver de la passion, mais aussi l’envie que le calme revienne à n’importe quel prix, ainsi que la sérénité. D’un point de vue narratif, la bande dessinée commence sous la forme de trois cases par page, les unes au-dessus des autres, et du texte en vis-à-vis. D’une certaine manière, le lecteur peut avoir l’impression que les images ne font que montrer une partie de ce qui est indiqué dans le texte. Cela change dès la troisième page alors que la conversation s’engage entre Elise et Dagmar, avec des phylactères. En page vingt-six commence une séquence muette, de quatre pages, durant laquelle la narration s’effectue exclusivement par les images. En fonction de la nature de la scène, l’autrice choisit son mode de narration visuelle, entre le texte illustré et la bande dessinée plus traditionnelle pour une narration séquentielle classique. Elle croque les personnages de manière simplifiée, sans chercher à les rendre jolis ou beaux, avec des traits de contours un peu grossiers tout en étant assurés. Il n’en découle pas une apparence infantile, mais plutôt une forme de ressenti, donnant la sensation de correspondre à l’état émotionnel d’Elise. Le lecteur observe également que les deux tiers de la narration se déroule dans des scènes de dialogue, et que l’artiste sait varier les plans de prise de vue, entre les gros plans, avec des plans plus larges montrant l’occupation de l’interlocuteur, le lieu où il se trouve. Le lecteur a vite fait de se prendre de sympathie pour ces êtres humains normaux, avec un langage corporel mesuré et expressif à bon escient. La narration visuelle emmène également le lecteur dans des lieux variés : le salon d’Elise et Henrik, leur chambre avec le lit conjugal, la chambre d’ami avec un lit une place, la salle de bains, la soirée où Elise rencontre Dagmar, le train, le bureau d’Elise, une plage, les rues d’une ville, une pelouse à l’ombre d’un châtaigner, deux balades en forêt, un carton de déménagement, le nouvel appartement d’Elise. La dessinatrice s’affranchit parfois de représenter les arrière-plans, pendant une séquence entière (la rencontre entre Elise et Dagmar) pour insister sur le fait que toute l’attention des personnages est focalisée sur les autres personnes présentes. Elle dose savamment les éléments représentés, les vues globales ou les détails : le lit deux places dans son entièreté ou une partie d’une patère. Le lecteur prend vite conscience également de l’usage personnel de la mise en couleurs. Le début baigne dans des tons gris-bleu, puis une teinte verdâtre leur succède. Des touches de couleurs apparaissent de temps à autre. Les nuances de gris reviennent. Un jaune délavé et triste pour la baignade. Du vert plus vif pour les promenades dans la nature, l’artiste passant alors en mode couleur directe. Le lecteur se rend compte qu’elle utilise ces teintes en mode expressionniste pour refléter l’état d’esprit émotionnel ou affectif d’Elise, son ressenti du moment, ou celui qu’elle éprouve en repensant à un moment du passé. Petit à petit, sans en avoir conscience, le lecteur est gagné par ces états d’esprit, le sien devenant en phase avec celui d’Elise, ce qui génère une forte empathie comme s’il avait accès à son intimité émotionnelle. Le lecteur se sent entièrement impliqué dans cet amour qui remet en cause la vie toute tracée et bien établie d’Elise. Il ne s’attend pas à de grandes révélations ou à un psychodrame : la vie suit son cours, tout en ayant dévié de celui le plus probable, sans heurt. Une histoire très classique, tout en étant unique parce qu’elle concerne ce personnage étoffé et pleinement développé aux yeux du lecteur et dans son cœur. La rencontre avec Dagmar a ranimé la passion dans son cœur et celle-ci s’accompagne de changements inéluctables. Plus que cela, elle éprouve la seule certitude de la vie : le doute. Pourra-t-elle concilier cette relation extraconjugale avec son mariage ? Quel sera le prix à payer ? Elle va apprendre à découvrir ce nouvel être cher, mais aussi elle va devoir apprendre comment gérer de nouvelles situations, de nouvelles démarches, ce qui représente un défi tout aussi grand. Tout du long, elle n’a aucune certitude de retrouver un bonheur équivalent à celui qu’elle pensait assuré avec son époux, construit pendant vingt-trois ans de mariage. Une histoire d’amour pour une épouse fidèle âgée de cinquante-six ans : voilà une histoire racontée avec une belle sensibilité. Une narration visuelle qui transmet organiquement l’état d’esprit d’Elise, sans chercher à l’enjoliver, créant tout naturellement une relation intime et délicate avec le lecteur. Une histoire banale et unique : pas un drame mais une remise en question d’un avenir assuré, le retour des émotions accompagnant la passion amoureuse, et en même temps le doute sur cette relation, sur son avenir. Touchant et émouvant.
Furieuse
J'ai trouvé cette lecture très atypique, originale et pleine de créativité. Pourtant j'ai commencé par râler fortement contre un vocabulaire très relâché en début d'album pour un "tous publics". Puis au fur et à mesure de la quête d'Ysa, en s'éloignant du château genre crade de son père Arthur tout change. C'est une des trouvailles ingénieuses des auteurs qui donnent de la force à la parole et à la pensée d'Ysabelle dès qu'elle s'affranchit de l'ambiance nauséabonde des villes du royaume. Les auteurs s ingénient à mélanger les références littéraires. On peut évidemment retrouver un détournement de la légende du roi Arthur mâtinée d'une scène du Seigneur des anneaux avec la déchéance du roi qui se jette dans le vide. De plus il n'est pas interdit de retrouver les malheurs de la Cunégonde de Candide à travers les affres de la condition féminine des siècles durant. On peut y lire un petit conte philosophique à la portée du plus grand nombre (Tous publics, non ?). Monde réussit une construction très pointue avec un rythme, des rebondissements et des surprises du début à la fin du récit. Il y ajoute de nombreuses touches d'humour avec ce dialogue très drôle entre Ysa et son épée (et d'autres). Comme le dessin de Mathieu Burniat est très moderne avec la tête d'Ysa parfois en mode Garulfo à la fois expressive et comique. Malgré un nombre de pages important, on ne s'ennuie jamais. Il faut souligner que Burniat réussit à contourner le scabreux de certaines situations grâce à beaucoup d'humour dans son dessin (encore tous publics ok j'arrête). Une lecture pleine d'humour, d'intelligence, d'originalité et de créativité. Un vrai régal.
Trashed
Si on m'avait dit que j'allais passer un bon moment de lecture à suivre le quotidien d'éboueurs americains... Sous un prétexte d'immersion assez brute dans le monde des déchets des civilisations occidentales, Backderf adresse une critique plus large de notre société de surconsommation. À première vue, cela pourrait sembler n’être qu’une histoire simple sur un job répétitif, mais au fil des pages, l’album dévoile une réflexion plus profonde. Les personnages sont des gars un peu paumés, coincés dans une boucle infernale, où chaque journée ressemble à la précédente. Backderf parvient à rendre ces personnages attachants, avec leurs conditions de travail difficiles et les situations souvent peu ragoûtantes qu’ils rencontrent. Et ca sent le vécu de terrain. Chaque détail, des camions-bennes aux gestes techniques, en passant par les anecdotes parfois dégoûtantes, montre que l’auteur a véritablement vécu ce qu’il raconte. Backderf sait habilement doser son humour noir, entre les scènes de crasse quotidienne et ces petites touches de dérision qui allègent l’ensemble. Le dessin est du Backderf : caricatural mais expressif avec ces visages rectangulaires et un style assez BD indé US. Le contraste entre ce monde d’ordures toujours plus nombreuses et les éboueurs, petits rouages d’un système plus grand qu’eux, est vraiment intéressant. L’album pose les bonnes questions sur l’avenir de ces déchets et la gestion de cette problématique mondiale, sans offrir de solutions toutes faites ni tomber dans le moralisme. Une réflexion, teintée d’humour noir, sur notre rapport aux déchets et à ce que nous laissons derrière nous, racontée avec une justesse qui touche.
Les Navigateurs
Il semblerait que l'ami Alix aime les accroches d'introduction aussi en voilà une : sans une p@@@in de conjonctivite, j'aurais dévoré ce récit d'une seule traîte tellement je l'ai trouvé fascinant ! En effet, se pénaliser l'oeil droit par une pommade antibiotique n'aide pas à une lecture sereine. Pourtant un seul suffit à admirer les dessins de Stéphane De Caneva et à savourer l'histoire prenante concoctée une fois de plus par le génial Serge Lehman. Leur travail commun sur le fascinant Metropolis (Delcourt) était amplement suffisant pour me précipiter dans ma librairie favorite sur ce livre. Et quel joli objet entre les mains ! Dos toilé, couverture dorée rappelant les éditions Hetzel pour Jules Verne et titre mystérieux, tout est réuni pour une évasion totale et dépaysante : contrat largement respecté ! Ce ne sera pas une surprise mais la seule facilité est de reprendre un peu les ficelles de L'Homme gribouillé en entremêlant un quotidien ordinaire avec un soupçon de....... rêverie (afin d'éviter tout spoil et de rester cohérent). La présentation de cette bande de copains d'enfance aux destinées différentes dans un passé qui me parle (je dois avoir peu ou prou le même âge que les protagonistes et partage leurs goûts musicaux) sur une trentaine de pages est tout simplement accrocheuse. L'arrivée de Neige au sein de cette bande apporte le charme nécessaire. C'est à l'aube de leur quarantaine lorsque cette dernière disparait brutalement que l'histoire principale prend son envol définitif avec l'enquête liée qui donne une lecture différente de la ville de Paris, un soupçon d'investigations dignes de Lovecraft et un maître mot : l'amitié et la rupture d'une vie rangée. Comme déjà écrit plus bas par Pol, l'intensité ne retombe jamais, les rebondissements fusent et la mécanique tourne du tonnerre. De Canépa ose même dans les dernières pages un style graphique en noir et blanc encore plus intense qui m'a même fait décrocher la machoire. Ok j'ai eu mal aux yeux mais ça valait largement le détour, voici à coup sûr un des meilleures lectures de cette rentrée 2024. Il y a encore probablement plein de bons livres à venir mais il y aura pour moi un avant et un après "Navigateurs". Et ce n'est pas une fichue conjonctivite qui m'en aura gâché le plaisir. Au contraire, elle m'aura permis de lire ceci en deux soirées et donc d'en ressentir 2X plus de délectation.
Astonishing Spider-Man & Wolverine - Une erreur de plus
Aventure distrayante et imaginative - Ce tome comprend les 6 épisodes de la minisérie parue en 2011. Il peut se lire indépendamment de la continuité de Spider-Man et de Wolverine. Au Crétacé, Peter Parker s'est fait un bandana avec la partie rouge de son costume. Il s'est fabriqué une lunette d'observation qui lui permet d'apercevoir la météorite qui va transformer les dinosaures en espèce disparue. Dans son antre, il a capturé plusieurs espèces d'araignées qu'il a mises en cage. Et il s'adonne à la sculpture sur bois, pour représenter à chaque fois le même visage d'une jeune femme (Sara Bailey). Devant l'annihilation imminente de son écosystème, il va rendre visite à Logan qui règne sur une tribu de primates (un peu trop proche d'hominidés pour être honnête à l'époque du Crétacé). Peter se souvient que tout a commencé quand Wolverine et lui se sont interposés lors d'un braquage de banque, perpétré par The Orb (Drake Shannon) et ses hommes de main, pour dérober d'étranges diamants. Cette situation sortant de l'ordinaire va projeter les deux superhéros dans différentes époques, sans rime ni raison. Ils auront bien du mal à reprendre le dessus. Attirer de nouveaux lecteurs est un défi sans cesse renouvelé pour les deux grands éditeurs que sont Marvel et DC Comics dont les revenus dépendent de l'exploitation de personnages bénéficiant (ou traînant derrière eux) plusieurs dizaines d'années de continuité. Régulièrement ils tentent de nouvelles initiatives pour aller chercher ces clients potentiels qui ne lisent pas de comics. Au début des années 2000, Marvel décide de proposer des histoires faiblement connectées à la continuité en les repérant par l'adjectif Astonishing (ce qui est le cas de cette histoire, ou de Astonishing X-Men ou Astonishing Thor). La mission de Jason Aaron : raconter une histoire divertissante, mettant en avant Spider-Man et Wolverine, sans se perdre dans les méandres d'une continuité plusieurs fois décennales. Mission accomplie : Aaron balade ses deux superhéros d'une situation rocambolesque inventive à l'autre, avec une décontraction éhontée très agréable. Jason Aaron va piocher de ci de là dans les recoins de l'univers Marvel pour alimenter son récit haut en couleurs. Il n'hésite pas à s'autoréférencer avec The Orb qu'il avait déjà remis au goût du jour dans Ghost Riders - Heaven's on fire. Et ce personnage est aussi grotesque et bancal que bien mis en valeur. C'est avec la même maestria qu'il propose des versions loufoques ou menaçantes selon les cas de différents personnages Marvel, connus ou méconnus (tel que le passage gratuit de Devil Dinosaur ). Pour les connaisseurs de l'univers partagé Marvel, il s'agit d'autant de clins d'œil savoureux, pour les autres ces éléments ajoutent à l'exotisme du récit. En prime, Aaron va également piocher un personnage connu pour occasionner le genre de désagréments subis par Spider-Man et Wolverine et en profite pour glisser subrepticement et discrètement un petit métacommentaire assez savoureux sur l'industrie du divertissement (dont font partie les comics et donc celui que le lecteur est en train de lire). Les six épisodes sont dessinés par Adam Kubert, encrés par Mark Morales (épisodes 1 et 2) et Mark Roslan (épisodes 3 à 6). Je ne suis pas un grand admirateur d'Adam Kubert dont je trouve le style assez fade, malgré des postures ou des compositions de cases parfois intéressantes. Ici, force m'est de reconnaître qu'il est dans une grande forme. Le lecteur retrouve son style caractéristique et ses tics de composition, et de rendus des contours. Mais entraîné par la vivacité du scénario et les situations inventives, Adam Kubert imagine des visuels qui retiennent l'attention par leurs détails et leur ambiance générale. Même si son rendu des décors reste imprégné d'une once de naïveté premier degré, elle sied bien à ces situations improbables. Le regard de Kubert transcrit l'émerveillement nécessaire à ces aventures plus grandes que nature. Certes l'antre de Peter Parker au Crétacé n'a rien de réaliste, mais elle dégage une ambiance en adéquation avec cette situation extraordinaire. Adam Kubert rend l'apparence de Orb au premier degré, ce qui transforme une idée ridicule (un œil géant à la place de la tête) en un élément bizarre et dérangeant. De même la description factuelle de l'ersatz de costume de Spider-Man dans l'épisode 2 le rend à la fois digne de respect et ridicule. Pour une fois Kubert s'intéresse également aux décors qui ont une importance majeure dans l'histoire du début jusqu'à la fin (avec une petite baisse uniquement dans l'épisode 5). Cet investissement de temps dans le dessin des décors permet au lecteur de continuer à s'immerger dans les différents endroits aussi improbables soient ils. Sur un ton léger et badin, Aaron assaisonne grand spectacle, péripéties rocambolesques, sans oublier une interaction savoureuse entre ses deux superhéros, dans la plus pure tradition des couples mal assortis. Il joue aussi bien sur le registre de la comédie humoristique, que sur des sentiments plus profonds sans être exacerbés ou téléphonés. Impossible de bouder son plaisir à la lecture de cette histoire de superhéros bien ficelée, sans être compliquée, référentielle sans être indémêlable, pleine de vie avec un peu de profondeur de temps en temps.
Adieu mon royaume
J'ai beaucoup aimé ce roman graphique dont les 8 "contes" et les destins des 8 heros singuliers se déroulent simultanément dans un Royaume medieval imaginaire. Le graphisme est vraiment tres riche, parfois tres ciselé mais fluide, raccord avec l’imaginaire medieval. Les dialogues sont musicaux, l’histoire étrange fait réfléchir et donne envie d’y revenir. Les couleurs originales et la bichromie par personnage rythment le récit. Une BD qui sort du lot.
Ils sont partis chercher de la glace... - Les aventures d'Africavi
J'introduis cette série dans la banque du site même si je suis conscient que peu de personnes pourront la lire. En effet l'album n'est plus proposé au catalogue et sur le marché d'occasion il est assez rare . Pourtant cela me permet de compléter l'histoire de la BD africaine proposée par Christophe Cassiau-Haurie chez l'Harmattan-BD. Cela me permet aussi de faire connaître deux frères togolais au talent incontestable. Anani et Mensah Accoh livrent ici une série très bien fichue. Africavi, c'est "le fils de l'Afrique". Autour d'une fiction qui intègre des éléments de l'histoire de l'Afrique de l'Ouest à travers des scènes du passé ( l'esclavage) mais qui fait aussi la part belle à des réflexions ou des situations plus contemporaines. C'est une métaphore de l'amour/haine ou de l'attirance/répulsion de deux continents qui n'ont d'autres choix que de vivre à proximité l'un de l'autre. C'est traité sur un mode humoristique toujours très drôle avec beaucoup de trouvailles qui font rebondir le récit de façon très intelligente. Le graphisme est une très bonne surprise. Cela fait un peu dessin des années 80 mais c'est agréable de retrouver une façon à l'ancienne hors du numérique standard. J'au été d'autant plus séduit que le découpage est très bon avec de nombreuses scènes qui s'enchaînent de façon très fluide et avec beaucoup de cohérence. L'équilibre entre texte et image fournit une lecture découverte très plaisante. Une belle réussite pour ces deux frères. A découvrir si vous en avez l'occasion.