Ça c'est le dernier Lupano. Je l'attendais avec impatience. Je l'ai lu. J'ai pas été déçu.
D'abord il y a les 2 personnages principaux. Vincent et Gaby. Losers, chômeurs, alcolos, fainéants, banals. Bref, 2 anti héros tout ce qu'il y a de plus réussi. La psychologie des deux bonhommes ? Travaillée et merveilleusement approfondie tout au long de l'album. Les découvrir est un vrai plaisir, que ce soit à travers les flashs backs ou les scènes dans le présent. Leur idée à la con ? Braquer un fourgon blindé alors qu'il n'ont même jamais rien volé à la boulangerie du coin. Le cursus parfait pour foirer leur coup. La préparation de celui-ci est d'ailleurs très prenante car la sauce monte petit à petit.
L'humour ? Juste ce qu'il faut. Deux ou trois répliques bien cocasses par ci, deux ou trois scènes déroutantes par là. Cette histoire c'est aussi et surtout une situation qui dérape merveilleusement. Les péripéties sont jubilatoires. Plus on se rapproche du dénouement plus c'est gros et inattendu, plus c'est amusant, plus c'est bon.
Est ce que tout est parfait alors ? hum ... (silence). L'introduction est un peut être un peu bavarde, un peu longue par rapport à la dernière partie de l'histoire. Gênant ? Non pas du tout, c'est même sans doute nécessaire pour que la dernière partie soit aussi efficace. Donc c'est juste pour pinailler un peu. Et sinon le dessin ? Réussi, élégant, fin, en totale harmonie avec cette histoire.
Bref j'ai beaucoup aimé ma révérence.
Là, j'ai eu un petit coup de cœur et un petit coup au cœur (copyright 2011 par Sejy) en dévorant cette BD qui me disait vaguement quelque chose sans que je ne puisse mettre le doigt dessus. C'est qu'à force de voir des BD que je dois encore lire sur BDthèque, je ne les connais plus toutes par cœur.
L'intégrale me semblait intéressante, j'ai acheté sans trop réfléchir, et me voila à lire debout dans le tram, histoire de "tester". J'ai du faire attention à ne pas me cogner en rentrant, marcher sur le trottoir c'est dur lorsqu'on lit en même temps.
Cette BD, c'est le parfait exemple d'une BD mignonne comme tout. J'ai été littéralement conquis par ce petit personnage habitant dans son marais, sans doute dans les années 1900, et qui est naïf, mais veut voyager, pour décrocher des étoiles et les offrir à la fille qu'il aime.
Cette histoire toute simple m'a enchanté, tant sur la forme que sur le fond. Le dessin est superbe, avec un trait beau, des cases bien faites, très belles (et souvent très grandes), des petits ajouts très sympathiques (comme cette succession de planches en noir et blanc disséminés dans l'album et qui démarrent les chapitres) et c'est empli de poésie. J'ai aimé ...
Le tout est cimenté par de nombreuses citations, qui ouvrent les chapitres, les ponctuent, ajoutant d'autres dimensions à le lecture, et qui m'auront fait sourire plus d'une fois.
Et s'ajoute le scénario, en deux temps, qui m'a énormément plu. Si les thèmes sont classiques, si certaines situations sont déjà vues ailleurs (je pense notamment aux roms), j'ai aimé, simplement parce que c'est traité tout en douceur et d'une belle façon. J'avançais dans l'ouvrage sans me rendre compte de rien.
L'ouvrage est aussi en deux temps, avec un début très mignon mais qui semble presque trop mignon, et une deuxième partie où les choses vont aller un peu moins bien, avec un contact brutal entre un rêveur et la réalité. Le tout est très bien fait, allant crescendo pour finir sur une fin qui m'aurait presque arraché une larme ...
Allez, ne nous cachons pas, elle l'a fait. Je pense que c'est autant le personnage de l'ours, Gaston, que la façon dont tout est amené, les petites cases qui sont muettes, juste un regard, mais tellement chargées de sens.
Alors pour cette BD-ci, je dois dire merci à BDthèque, car je n'aurais sans doute jamais eu l'idée de la lire avant, et vraiment, c'est une très très belle BD. J'ai été ému.
Avis n°500, il faut donc une Bd exceptionnelle, je l'ai trouvée. Après le Moyen Age, l'Antiquité grecque et romaine est ma seconde période historique préférée, autant dire que je suis très attentif à la démonstration de Dufaux et Delaby. D'abord, il y a le magnifique travail de Delaby sur les couvertures d'albums, qui par leur aspect choc et superbe, interpellent le quidam.
Dufaux, c'est un scénariste inconstant qui peut produire du mauvais comme Conquistador (Glénat) et du très bon comme ici. Une fois qu'on a mis le nez dans cette Bd, on a vraiment du mal à la lâcher, tant c'est prenant. Cette somptueuse série atteint des sommets dès ses débuts dans le traitement, le dialogue, et surtout le dessin de Delaby ; quels progrès depuis ses premières séries Bran et L'Etoile Polaire. Son trait à la fois puissant et raffiné, précis et travaillé, renforce la vision très crue de la Rome antique vue par Dufaux. Une vision sans complaisance et très noire sur les luttes de pouvoir, qui selon l'historien Michael Green, "fera connaître l'Antiquité romaine plus vite et sans doute mieux que tous les livres d'Histoire".
D'ailleurs, en la lisant, et malgré les bonnes connaissances que j'ai de cette période romaine, je ne pouvais m'empêcher de compulser mes encyclopédies pour approfondir tel fait évoqué ou éclairer tel personnage. Car c'est bien là le but des auteurs : montrer les intrigues de palais, les assassinats, empoisonnements, trahisons, compromissions qui déchirent la famille impériale ; on pénètre dans les arcanes de la politique où se jouent les complots sordides, l'avidité du pouvoir et l'ambition effrénée des principaux acteurs, en tête Agrippine qui empoisonne son époux, l'empereur Claude, pour placer sur le trône son fils Néron dont elle veut faire un pantin derrière lequel elle régnera. Mais Néron, malgré ses 17 ans, se dresse contre la cupidité démesurée de sa mère et entame un début de règne placé sous le sceau du sang, car on apprend aussi en lisant cette saga romaine, que la vie humaine n'avait à cette époque que bien peu de prix.
Si tout ceci était narré d'une façon encyclopédique, ça ne tiendrait pas, et la réussite des auteurs réside dans la façon habile de présenter ces faits et ces personnages en fournissant en même temps un excellent divertissement, il faut que le lecteur soit passionné par une intrigue qui tient le coup et une ambiance attractive ; ce but est atteint.
Il n'y a pas de vrai héros au sens propre du terme dans la série, plutôt des anti-héros dont chacun a sa part de noirceur, que ce soit Britannicus, Acté, Pétrone, Sénèque, Poppée, Tigellin, Othon, Galba, Locuste... tous authentiques, au contraire du personnage-titre Lucius Murena, ami de Néron qui ne joue finalement qu'un rôle assez secondaire, tout au moins dans le 1er cycle ; par la suite, il sera moins falot et s'étoffera, et c'est Néron qui porte tout le récit. Les autres personnages fictifs sont des esclaves ou des gladiateurs comme Draxius, Balba le Nubien ou le féroce Massam....qui dans certaines scènes violentes, pimentent une action basée sur la réalité historique, mais ponctuée de nombreux trous que les auteurs comblent habilement par une imagination plausible.
La rythmique du récit se ressent parfois d'un léger aspect didactique, car les auteurs s'appuient sur des ouvrages sérieux qu'ils citent en fin d'album, suivis d'un glossaire pour éclairer le lecteur ; cet aspect est cependant indispensable si le néophyte veut bien comprendre le fonctionnement de cette Rome impériale, où les séquences de palais alternent avec des scènes de combat de gladiateurs, ou d'autres franchement érotiques mais jamais gratuites, car servant l'intrigue. Malgré l'aspect documenté, les auteurs ont commis quelques erreurs au début qu'ils ont vite réparées.
Depuis 15 ans, "Murena" s'est imposée comme l'une des meilleures séries de bande dessinée réaliste, et a redonné ses lettres de noblesse au péplum tout comme Gladiator l'a fait au cinéma. Elle véhicule un tourbillon de mort, de sang et de passions réellement fascinant auquel il est difficile de résister. A lire absolument.
A travers neuf chapitres, McCloud, tel un chercheur obstiné en quête de son Graal, a tenté d’élaborer une théorie générale en se basant sur une observation approfondie des techniques liées à ce mode d’expression, en intégrant les études sémiologiques précédentes, notamment celles de son aîné Will Eisner. Mais il l’a présentée sous forme de cases, une façon ludique et originale (et au fond tellement logique) de rendre ses thèses, assez pointues il faut le dire, accessibles à chacun. Cela lui permet par ailleurs de justifier sa croyance selon laquelle la BD est un média aux possibilités illimitées…
Notre homme a ainsi confectionné sur une période de quinze années un ouvrage érudit et complexe avec une passion communicative, faisant preuve d’une remarquable pédagogie, car certaines de ses thèses, qui pourraient apparaître au premier abord rébarbatives, deviennent limpides et excitantes grâce à une mise en page talentueuse dans laquelle les dessins répondent parfaitement aux textes, implémentation convaincante de ses propres théories. L’auteur évoque également les autres formes artistiques (cinéma, peinture, littérature) afin de montrer que toutes sont reliées d’une façon ou d’une autre à la bande dessinée, celle-ci représentant non pas un art hybride, mais un point de convergence où texte et image sont mêlés. Cet art populaire fut discrédité dès ses débuts car s’adressant à un jeune lectorat et rappelant trop la publicité tapageuse qui émergeait au même moment dans le monde occidental.
Son trait est volontairement neutre et schématique pour renforcer l’aspect ludique et pour pouvoir toucher tous les publics, respectant le principe selon lequel plus le dessin est simple, plus l’identification est facile. On atteint des sphères de réflexion métaphysique inattendues, et on réalise que la bédé est bien plus qu’un art mineur, rôle auquel certains préfèrent la voir cantonnée, comme s’il ne s’agissait encore que d’un ado turbulent. Pour autant, McCloud sait rester humble et rappelle toujours que ce qu’il avance n’est jamais que le fruit de ses réflexions et dit demeurer ouvert au débat si quiconque devait contester ses propos.
Tout amateur de BD qui se respecte devrait avoir « L’Art invisible » dans sa bédéthèque. Une œuvre unique et inédite, un essai illustré brillant, indiscutablement brillant.
Je n’ai que rarement lu d’œuvre aussi contestataire, riche et bien menée dans le petit monde de la bande dessinée et du manga. Cette série sonne comme un cri du cœur de Motorô Mase destiné à ses compatriotes pour les pousser à réagir, à prendre leur destin en main et à lutter contre toute atteinte à la liberté et de faire très attention aux dérives totalitaires. En cela le message porté dans Ikigami est transposable dans n’importe quelle société bien que l’histoire soit ancrée dans le cadre et la culture japonaise.
Dès les 40 premières pages on est complètement plongé dans cette dictature de la joie et la bonne humeur qui flirte bon avec « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley où le bonheur est imposé sous peine d’être considéré comme un « dégénéré ». L’auteur a très bien compris les techniques de manipulation des masses utilisées par ces régimes dictatoriaux qui s’approprient les mots, les détournent de leur vrai sens pour endoctriner (ici la doctrine "kokuhan") les humains. Ainsi on parle de la journée de « vaccination de prospérité nationale » pour ce jour de rentrée des classes en CP où les enfants reçoivent leur billet de loterie qui déterminera s’ils vont crever ou non plus tard. Le bonheur est imposé de force par la peur.
Une idéologie imposée et obligatoire où cet enseignant annonce que les éléments les plus « séditieux » seront éliminés. Là, on flirt avec « Les monades urbaines » de Robert Silverberg.
On pourrait évidemment se dire que cette idée de départ de tuer au hasard des gens pour leur apprendre "la valeur de la vie" est complètement tordue et qu’il est improbable que cette idée soit appliquée un jour dans notre réalité. Oui et non.
Non parce que je signale que durant la seconde guerre mondiale le régime nazi a assassiné des millions de juifs et de tziganes, pour quoi ? Pour des idées. Un monde meilleur tout ça… Les idées peuvent tuer ! (lire la postface du tome 1 sur l'administration où chacun fait son boulot de sorte qu'on envoie des gens à la mort sans être "responsable" directement.)
Et oui aussi car l’histoire est tout aussi saugrenue que dans un « Battle Royal » mais à la limite on s’en fout car ce n’est pas le propos. Il faut OUBLIER LE PITCH DE DEPART car l’auteur veut nous amener sur une réflexion plus profonde. Evidemment que c’est aussi débile qu’un « Battle Royal » mais ce sont toutes les petites piques de l’auteur qu’il faut repérer et analyser.
Mase nous livre une critique acide sur la machine étatique et ses fonctionnaires qui broient des gens pour des concepts absurdes. La loi de prospérité nationale est mise en place pour faire comprendre aux citoyens l’importance de la vie qui ne doit pas être méprisée. A l’origine la loi a été votée pour repousser la criminalité, la délinquance et mettre fin aux guerres nous dit-on. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes, si la criminalité n’augmente pas elle ne diminue pas pour autant. Alors pourquoi continuer ?
Là encore, grosse attaque de l’auteur sur le manque de mobilisation des gens qui maintiennent le statu quo, incapables de prendre en mains leur destinée, de dire non, de se rebeller contre le système. Il s’en prend aussi bien aux jeunes qu’aux vieux. Les plus anciens qui ont laissé tomber le combat pour se conformer au système et les plus jeunes qu’il compare à des zombies. On le voit dans cette conversation entre Fujimoto (le personnage principal) et son boss Ichii qui en bon rouage de la machine (extrêmement bien huilée), est bien content que de nos jours les jeunes ne soient plus préoccupés par ce genre de choses et aient définitivement baissé les bras.
Pour en revenir à la série en elle-même, le découpage est excellent et l’histoire parfaitement rythmée de bout en bout (de grosses révélations jusqu’à la toute fin pour les plus sceptiques) où on suivra Fujimoto, le fonctionnaire de la mort, le rouage, celui qui délivre l’Ikigami le préavis de mort aux personnes à qui il ne reste plus que 24 heures à vivre. Fujimoto est un personnage controversé, il pense que la loi n’est peut être pas si juste qu’on veut bien le dire mais il ne peut partager ses impressions sous peine d’être un traître à la nation. Suspicions de la hiérarchie, interrogatoires, la gestapo n’a même pas confiance en son personnel.
En parallèle on suit les dernières heures de ces condamnés à mort « pour la nation », ces « héros ». C’est dans ces histoires qu’on trouve le meilleur de la série je trouve. Des récits qui ne sont jamais les mêmes, toujours dans le vrais, l’auteur n’épargne personne et ne s’autocensure pas. Qu’est-ce que vous feriez s’il vous rester 24h à vivre ? L’auteur brosse plusieurs portraits qui vous feront couler des larmes si vous avez un cœur d’artichaut. Et si vous avez un cœur de pierre vous penserez quand même que l’auteur est dans le juste. La première est la plus choquante mais réaliste avec cet ancien lycéen tête de turc qui va faire payer ceux qui lui ont pourri la vie, et alors qu’il commençait à peine à se remettre il reçoit l’Ikigami. Terrible leçon : l’Ikigami est cynique et frappe n’importe qui, le fort comme le faible, il n’y a pas de justice.
Il y a aussi beaucoup d’histoires émouvantes comme celle au dénouement shakespearien dans le tome 2 « la drogue d’amour pur ». Des histoires qui poussent à la révolte, « sous la peinture une âme » (tome 5) ou le dernier message contestataire d’un artiste tagueur. Une histoire avec un jeune fêlé fasciste qui prend son rôle de vierge à sacrifier sur l’autel de la patrie très à cœur. Freud aurait 2 ou 3 truc à redire sur son cas.
Bref, des histoires qui ne se ressemblent pas et jamais répétitives ou lassantes. C’est passionnant de bout en bout. Trop de choses à dire…
Un petit mot sur le dessin quand même que je trouve excellent. Les émotions sont très bien retranscrites sur les visages. L’auteur sait parfaitement adapter son dessin à l’ambiance du récit. Dès les premières pages du tome 1 quand la directrice d’école fait son discours de rentrée, elle passe du coq à l’âne : on a des grands sourires et on souhaite une joyeuse année à tous les bambins puis subitement, fond sombre, faciès froid, regard mort : « Parmi vous, certains mourront avant l’âge adulte »… ambiance tendue, regards baissés, ça déconne plus.
Une série courte pour conclure (10 tomes), rythmée et qui se tient du début à la fin. Et un vrai et puissant message de l’auteur qui invite à ne jamais se reposer sur ses acquis, rechercher la justice et la désobéissance civile est un devoir lorsque les gouvernements bafouent les droits et la vie de ses citoyens. Oui, un appel à la résistance en résumé. Ce n’est pas pour rien s’il ne retranscrit pas la série dans un futur idéalisé à la « Minority Report » mais à notre époque contemporaine.
Il FAUT lire Ikigami.
Je reprends complètement mon avis (écrit à l'époque de la sortie du premier tome en France) maintenant que j'ai lu l'intégralité de la série.
Malgré un démarrage un peu laborieux dans les tous premiers tomes, je suis complètement tombé sous le charme par la suite. C'est fou de penser qu'Adachi était déjà aussi au point au niveau de ses histoires, de son dessin et de sa narration pour cette série qui était pourtant l'une de ses premières.
On est placé dans un contexte qu'Adachi maîtrise et a parcouru en long, en large et en travers dans ses différentes oeuvres. Sport, romance et personnages peu loquaces mais rapidement attachants. Quand j'ai entamé Touch, j'y voyais un mélange de 2 autres séries plus récentes du même auteur : Rough (pour l'ambiance sportive) et Katsu (pour la romance complexe et le jeune homme qui se découvre un talent sportif).
La trame de départ met en scène 3 personnages : 2 frères jumeaux et leur amie d'enfance. Les 2 frères se révèlent amoureux de la fille mais, à première vue du moins, l'un des deux a un net avantage sur l'autre. En effet, Kazuya est le gendre idéal, très propre sur lui, sérieux, et surtout incroyablement doué pour le base-ball qui est l'une des passions de la belle Minami. A l'inverse, Tatsuya fuit toute responsabilité, joue les flemmards et s'efface volontairement derrière son frère. Mais ça ne le rend pas moins charmant et surtout aussi doué que son frère s'il le désire.
Pendant plusieurs tomes, ce triangle amoureux et sportif va créer nombre de situations cocasses et pleines de tendresse. Quand on s'y est habitué, l'humour pince-sans-rire d'Adachi est franchement drôle. Bien amenés, originaux, les gags m'ont souvent fait rire. Mais ils ne sont qu'un des ingrédients de l'oeuvre qui met aussi en avant la compétition sportive et l'amour. Et aussi bien pour l'un que pour l'autre, le récit est vraiment très bon, mature, imprévisible et agréable.
Le récit change brutalement avec le drame du tome 7. Par la suite, le récit gagne en émotion ce qu'il perd un peu en humour. Les gags restent mais se font moins présents au profit d'un engagement sportif et émotionnel plus complexe et intense.
Le dessin est celui d'Adachi. Pour l'apprécier, il ne faut pas craindre de voir des personnages assez ressemblants les uns aux autres et des visages aux expressions assez neutres quelque soit la situation. Son style n'était pas encore aussi maitrisé que dans ses mangas récents, mais moi j'apprécie bien, même si différencier Tat-Chan et Kat-Chan m'a été bien difficile dans les premières pages (normal, ils sont jumeaux).
Une fois habitué à son style, je trouve sa narration graphique vraiment excellente, notamment dans les moments de silence, de surprise ou d'incompréhension, une narration qui fait ressortir l'originalité et l'humour si particulier des récits d'Adachi.
Beaucoup de psychologie et d'études de relations entre les personnes donc dans cette série.
Je me suis laissé happer par le récit au bout de quelques tomes pour ne plus le lâcher par la suite. J'ai rigolé, été triste par moment, j'ai compris la complexité des relations amoureuses qui y sont mises en scène (les personnages ont des comportements parfois frustrants mais finalement très réfléchis) et j'ai ressenti cette forte envie de voir Meisei arriver au Koshien pour tout ce que cela implique. Un scénario à la fois complexe, mature et original.
Incontestablement le chef-d'oeuvre de Mitsuru Adachi, d'autant plus que c'était là son premier manga vraiment célèbre.
Une histoire qui a tout pour m'emballer ! Un scénario original, prenant, bourré d'éléments fantastiques et surnaturels, des personnages intéressants (petite relecture du mythe de la belle et la bête),...
Pour ce qui est du dessin, il est tout simplement sublime ! Très travaillé, d'une richesse et d'une finesse incroyables, jusque dans les moindres détails des costumes. Béatrice Tillier arrive à rendre belles les situations les plus horribles. Je ne suis une nouvelle fois pas déçue par son travail.
Je ne vais pas cette fois jusqu'à "culte", mais si le troisième tome tient toutes les promesses des deux premiers, ma note pourra peut-être encore monter.
Vivement le troisième (et dernier ?) tome !!!
Après la lecture du dernier volume, ma note reste de 4/5 avec coup de cœur. Les dessins de Béatrice Tillier sont toujours aussi sublimes, mais il manque un petit quelque chose que je n'arrive pas à définir pour que ma note passe à "Culte".
Je découvre un peu sur le tard Wilfried Lupano, et je dois dire que je suis plus que conquis par ses albums ! C'est simple, dans "L'Homme qui n'aimait pas les armes à feu", j'ai vraiment tout aimé ! Alors pourquoi pas 5/5 ? Et bien parce que je n'aime pas donner cette note pour une BD dont je ne connais pas encore la fin. Mais vraiment, j'ai pris grand plaisir à découvrir ce Western, genre que j'apprécie habituellement.
Je vais d'abord parler du dessin, Paul Salomone fait un travail abmirable ! Ce côté mi-realiste/mi-cartoon est vraiment réussit. Ça participe à donner une vraie ambiance, cet amérique fin 19e/debut 20e siècle fourmille de détails, les personnages sont haut en couleur, ont des "tronches", de Byron Peck à M. Hoggaard, et que dire de la magnifique Margot !
Je sais pas si il y a plus un coté Sergio Leone ou un côté Quentin Tarantino dans "L'Homme qui n'aimait pas les armes à feu" mais j'adore l'ambiance, l'histoire, l'intrigue, les dialogues, les personnages !
Le tome 1 fait bien plus que mettre en place l'histoire, il présente les personnages, donne un peu de mystère avec des flash-backs semés par ci par la, mais fait quand même avancer l'intrigue !
Avec le tome 2, l'intrigue se dévoile un peu plus, les personnages prennent encore un peu plus de profondeur, on comprend mieux les motivations de chacun. J'ai hâte de découvrir comment va évoluer la suite.
Une très belle découverte pour moi. Si la suite reste aussi bon que ces 2 1ers tomes, c'est bien possible que je passe à 5/5 une fois l'histoire terminée ! Vite la suite !
Très bonne BD que ce premier album de deux jeunes auteurs de talent !
Le scénario, écrit par Maurel, m’a de suite captivée. La narration est fluide et si la fin arrive trop vite, c’est qu’on voudrait déjà avoir en mains la suite !
Très bien écrits, les dialogues sont riches et pleins de sens. Nous sommes entraînés, avec les personnages, dans la spirale de la vie où nos actes peuvent avoir de graves conséquences…
Ce 1er tome reste énigmatique, mais entreprend de façon efficace une histoire bien pensée qui devrait être mise à jour dans les deux prochains tomes (la série étant prévue en 3 tomes).
Le dessin sert très bien ce scénario, avec des personnages expressifs et des planches parfois d’une grande intensité. Les émotions des divers personnages transparaissent, et cela d’autant plus quand ils sont face au Noirhomme, qui est quant à lui figé, ce qui accentue son côté mystérieux. Ce personnage semble tout maîtriser face à des hommes perdus dans leurs doutes, leurs craintes et leurs espoirs. Riche de diverses influences, mais ayant déjà son caractère propre, le trait de Hamo est bien maîtrisé. Des figures variées, des cadrages efficaces, le tout souligné par les couleurs de Benoît Bekaert.
Qui a dit qu’un premier album contenait forcément des erreurs de jeunesse ?...
Voilà deux auteurs talentueux qui vont faire parler d’eux !
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Je revois mon avis après lecture des trois tomes.
J’accroche toujours autant. Le dessin est vraiment très bon, et les quelques manques de finesse sont à mettre à charge de la jeunesse du dessinateur.
L’histoire est captivante du début à la fin, et celle-ci est inattendue.
Malheureusement, le dénouement m’a un peu déçue. Je m’attendais à quelque chose d’un peu plus métaphysique. Je conserve tout de même la bonne note initiale.
Après avoir relu Frenchman, je me suis plongé dans le dernier ouvrage de Patrick Prugne, "Pawnee". Car s'il est annoncé comme un one shot, cet opus n'est ni plus ni moins que la suite de Frenchman, reprenant la destinée des principaux protagonistes huit ans plus tard.
Mais ce qui retient l'attention à première vue, c'est la beauté des planches de Prugne. J'ai pris beaucoup de temps à découvrir cet album, tant les paysages y sont magnifiques (et je ne vous parle pas des doubles pages, ni du cahier graphique imposant que nous offrent les éditions Daniel Maghen)
Par rapport à Frenchman, le rythme est plus soutenu et le scénario plus dense, nous amenant parfois des surprises.
Peut-être un peu cousu de fil blanc, les dernières pages sont somptueuses, et teintées d'émotion. D'ailleurs, dans un de ses commentaires dans le cahier graphique, Patrick Prugne écrit "je crois bien que je voulais dessiner le silence", eh bien le pari est réussi dans les dernières pages (pages 72 et 73) où tout est dit, presque sans dialogue.
Un album à lire mais surtout à relire, en prenant son temps.
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Ça c'est le dernier Lupano. Je l'attendais avec impatience. Je l'ai lu. J'ai pas été déçu. D'abord il y a les 2 personnages principaux. Vincent et Gaby. Losers, chômeurs, alcolos, fainéants, banals. Bref, 2 anti héros tout ce qu'il y a de plus réussi. La psychologie des deux bonhommes ? Travaillée et merveilleusement approfondie tout au long de l'album. Les découvrir est un vrai plaisir, que ce soit à travers les flashs backs ou les scènes dans le présent. Leur idée à la con ? Braquer un fourgon blindé alors qu'il n'ont même jamais rien volé à la boulangerie du coin. Le cursus parfait pour foirer leur coup. La préparation de celui-ci est d'ailleurs très prenante car la sauce monte petit à petit. L'humour ? Juste ce qu'il faut. Deux ou trois répliques bien cocasses par ci, deux ou trois scènes déroutantes par là. Cette histoire c'est aussi et surtout une situation qui dérape merveilleusement. Les péripéties sont jubilatoires. Plus on se rapproche du dénouement plus c'est gros et inattendu, plus c'est amusant, plus c'est bon. Est ce que tout est parfait alors ? hum ... (silence). L'introduction est un peut être un peu bavarde, un peu longue par rapport à la dernière partie de l'histoire. Gênant ? Non pas du tout, c'est même sans doute nécessaire pour que la dernière partie soit aussi efficace. Donc c'est juste pour pinailler un peu. Et sinon le dessin ? Réussi, élégant, fin, en totale harmonie avec cette histoire. Bref j'ai beaucoup aimé ma révérence.
Abélard
Là, j'ai eu un petit coup de cœur et un petit coup au cœur (copyright 2011 par Sejy) en dévorant cette BD qui me disait vaguement quelque chose sans que je ne puisse mettre le doigt dessus. C'est qu'à force de voir des BD que je dois encore lire sur BDthèque, je ne les connais plus toutes par cœur. L'intégrale me semblait intéressante, j'ai acheté sans trop réfléchir, et me voila à lire debout dans le tram, histoire de "tester". J'ai du faire attention à ne pas me cogner en rentrant, marcher sur le trottoir c'est dur lorsqu'on lit en même temps. Cette BD, c'est le parfait exemple d'une BD mignonne comme tout. J'ai été littéralement conquis par ce petit personnage habitant dans son marais, sans doute dans les années 1900, et qui est naïf, mais veut voyager, pour décrocher des étoiles et les offrir à la fille qu'il aime. Cette histoire toute simple m'a enchanté, tant sur la forme que sur le fond. Le dessin est superbe, avec un trait beau, des cases bien faites, très belles (et souvent très grandes), des petits ajouts très sympathiques (comme cette succession de planches en noir et blanc disséminés dans l'album et qui démarrent les chapitres) et c'est empli de poésie. J'ai aimé ... Le tout est cimenté par de nombreuses citations, qui ouvrent les chapitres, les ponctuent, ajoutant d'autres dimensions à le lecture, et qui m'auront fait sourire plus d'une fois. Et s'ajoute le scénario, en deux temps, qui m'a énormément plu. Si les thèmes sont classiques, si certaines situations sont déjà vues ailleurs (je pense notamment aux roms), j'ai aimé, simplement parce que c'est traité tout en douceur et d'une belle façon. J'avançais dans l'ouvrage sans me rendre compte de rien. L'ouvrage est aussi en deux temps, avec un début très mignon mais qui semble presque trop mignon, et une deuxième partie où les choses vont aller un peu moins bien, avec un contact brutal entre un rêveur et la réalité. Le tout est très bien fait, allant crescendo pour finir sur une fin qui m'aurait presque arraché une larme ... Allez, ne nous cachons pas, elle l'a fait. Je pense que c'est autant le personnage de l'ours, Gaston, que la façon dont tout est amené, les petites cases qui sont muettes, juste un regard, mais tellement chargées de sens. Alors pour cette BD-ci, je dois dire merci à BDthèque, car je n'aurais sans doute jamais eu l'idée de la lire avant, et vraiment, c'est une très très belle BD. J'ai été ému.
Murena
Avis n°500, il faut donc une Bd exceptionnelle, je l'ai trouvée. Après le Moyen Age, l'Antiquité grecque et romaine est ma seconde période historique préférée, autant dire que je suis très attentif à la démonstration de Dufaux et Delaby. D'abord, il y a le magnifique travail de Delaby sur les couvertures d'albums, qui par leur aspect choc et superbe, interpellent le quidam. Dufaux, c'est un scénariste inconstant qui peut produire du mauvais comme Conquistador (Glénat) et du très bon comme ici. Une fois qu'on a mis le nez dans cette Bd, on a vraiment du mal à la lâcher, tant c'est prenant. Cette somptueuse série atteint des sommets dès ses débuts dans le traitement, le dialogue, et surtout le dessin de Delaby ; quels progrès depuis ses premières séries Bran et L'Etoile Polaire. Son trait à la fois puissant et raffiné, précis et travaillé, renforce la vision très crue de la Rome antique vue par Dufaux. Une vision sans complaisance et très noire sur les luttes de pouvoir, qui selon l'historien Michael Green, "fera connaître l'Antiquité romaine plus vite et sans doute mieux que tous les livres d'Histoire". D'ailleurs, en la lisant, et malgré les bonnes connaissances que j'ai de cette période romaine, je ne pouvais m'empêcher de compulser mes encyclopédies pour approfondir tel fait évoqué ou éclairer tel personnage. Car c'est bien là le but des auteurs : montrer les intrigues de palais, les assassinats, empoisonnements, trahisons, compromissions qui déchirent la famille impériale ; on pénètre dans les arcanes de la politique où se jouent les complots sordides, l'avidité du pouvoir et l'ambition effrénée des principaux acteurs, en tête Agrippine qui empoisonne son époux, l'empereur Claude, pour placer sur le trône son fils Néron dont elle veut faire un pantin derrière lequel elle régnera. Mais Néron, malgré ses 17 ans, se dresse contre la cupidité démesurée de sa mère et entame un début de règne placé sous le sceau du sang, car on apprend aussi en lisant cette saga romaine, que la vie humaine n'avait à cette époque que bien peu de prix. Si tout ceci était narré d'une façon encyclopédique, ça ne tiendrait pas, et la réussite des auteurs réside dans la façon habile de présenter ces faits et ces personnages en fournissant en même temps un excellent divertissement, il faut que le lecteur soit passionné par une intrigue qui tient le coup et une ambiance attractive ; ce but est atteint. Il n'y a pas de vrai héros au sens propre du terme dans la série, plutôt des anti-héros dont chacun a sa part de noirceur, que ce soit Britannicus, Acté, Pétrone, Sénèque, Poppée, Tigellin, Othon, Galba, Locuste... tous authentiques, au contraire du personnage-titre Lucius Murena, ami de Néron qui ne joue finalement qu'un rôle assez secondaire, tout au moins dans le 1er cycle ; par la suite, il sera moins falot et s'étoffera, et c'est Néron qui porte tout le récit. Les autres personnages fictifs sont des esclaves ou des gladiateurs comme Draxius, Balba le Nubien ou le féroce Massam....qui dans certaines scènes violentes, pimentent une action basée sur la réalité historique, mais ponctuée de nombreux trous que les auteurs comblent habilement par une imagination plausible. La rythmique du récit se ressent parfois d'un léger aspect didactique, car les auteurs s'appuient sur des ouvrages sérieux qu'ils citent en fin d'album, suivis d'un glossaire pour éclairer le lecteur ; cet aspect est cependant indispensable si le néophyte veut bien comprendre le fonctionnement de cette Rome impériale, où les séquences de palais alternent avec des scènes de combat de gladiateurs, ou d'autres franchement érotiques mais jamais gratuites, car servant l'intrigue. Malgré l'aspect documenté, les auteurs ont commis quelques erreurs au début qu'ils ont vite réparées. Depuis 15 ans, "Murena" s'est imposée comme l'une des meilleures séries de bande dessinée réaliste, et a redonné ses lettres de noblesse au péplum tout comme Gladiator l'a fait au cinéma. Elle véhicule un tourbillon de mort, de sang et de passions réellement fascinant auquel il est difficile de résister. A lire absolument.
L'Art Invisible
A travers neuf chapitres, McCloud, tel un chercheur obstiné en quête de son Graal, a tenté d’élaborer une théorie générale en se basant sur une observation approfondie des techniques liées à ce mode d’expression, en intégrant les études sémiologiques précédentes, notamment celles de son aîné Will Eisner. Mais il l’a présentée sous forme de cases, une façon ludique et originale (et au fond tellement logique) de rendre ses thèses, assez pointues il faut le dire, accessibles à chacun. Cela lui permet par ailleurs de justifier sa croyance selon laquelle la BD est un média aux possibilités illimitées… Notre homme a ainsi confectionné sur une période de quinze années un ouvrage érudit et complexe avec une passion communicative, faisant preuve d’une remarquable pédagogie, car certaines de ses thèses, qui pourraient apparaître au premier abord rébarbatives, deviennent limpides et excitantes grâce à une mise en page talentueuse dans laquelle les dessins répondent parfaitement aux textes, implémentation convaincante de ses propres théories. L’auteur évoque également les autres formes artistiques (cinéma, peinture, littérature) afin de montrer que toutes sont reliées d’une façon ou d’une autre à la bande dessinée, celle-ci représentant non pas un art hybride, mais un point de convergence où texte et image sont mêlés. Cet art populaire fut discrédité dès ses débuts car s’adressant à un jeune lectorat et rappelant trop la publicité tapageuse qui émergeait au même moment dans le monde occidental. Son trait est volontairement neutre et schématique pour renforcer l’aspect ludique et pour pouvoir toucher tous les publics, respectant le principe selon lequel plus le dessin est simple, plus l’identification est facile. On atteint des sphères de réflexion métaphysique inattendues, et on réalise que la bédé est bien plus qu’un art mineur, rôle auquel certains préfèrent la voir cantonnée, comme s’il ne s’agissait encore que d’un ado turbulent. Pour autant, McCloud sait rester humble et rappelle toujours que ce qu’il avance n’est jamais que le fruit de ses réflexions et dit demeurer ouvert au débat si quiconque devait contester ses propos. Tout amateur de BD qui se respecte devrait avoir « L’Art invisible » dans sa bédéthèque. Une œuvre unique et inédite, un essai illustré brillant, indiscutablement brillant.
Ikigami - Préavis de mort
Je n’ai que rarement lu d’œuvre aussi contestataire, riche et bien menée dans le petit monde de la bande dessinée et du manga. Cette série sonne comme un cri du cœur de Motorô Mase destiné à ses compatriotes pour les pousser à réagir, à prendre leur destin en main et à lutter contre toute atteinte à la liberté et de faire très attention aux dérives totalitaires. En cela le message porté dans Ikigami est transposable dans n’importe quelle société bien que l’histoire soit ancrée dans le cadre et la culture japonaise. Dès les 40 premières pages on est complètement plongé dans cette dictature de la joie et la bonne humeur qui flirte bon avec « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley où le bonheur est imposé sous peine d’être considéré comme un « dégénéré ». L’auteur a très bien compris les techniques de manipulation des masses utilisées par ces régimes dictatoriaux qui s’approprient les mots, les détournent de leur vrai sens pour endoctriner (ici la doctrine "kokuhan") les humains. Ainsi on parle de la journée de « vaccination de prospérité nationale » pour ce jour de rentrée des classes en CP où les enfants reçoivent leur billet de loterie qui déterminera s’ils vont crever ou non plus tard. Le bonheur est imposé de force par la peur. Une idéologie imposée et obligatoire où cet enseignant annonce que les éléments les plus « séditieux » seront éliminés. Là, on flirt avec « Les monades urbaines » de Robert Silverberg. On pourrait évidemment se dire que cette idée de départ de tuer au hasard des gens pour leur apprendre "la valeur de la vie" est complètement tordue et qu’il est improbable que cette idée soit appliquée un jour dans notre réalité. Oui et non. Non parce que je signale que durant la seconde guerre mondiale le régime nazi a assassiné des millions de juifs et de tziganes, pour quoi ? Pour des idées. Un monde meilleur tout ça… Les idées peuvent tuer ! (lire la postface du tome 1 sur l'administration où chacun fait son boulot de sorte qu'on envoie des gens à la mort sans être "responsable" directement.) Et oui aussi car l’histoire est tout aussi saugrenue que dans un « Battle Royal » mais à la limite on s’en fout car ce n’est pas le propos. Il faut OUBLIER LE PITCH DE DEPART car l’auteur veut nous amener sur une réflexion plus profonde. Evidemment que c’est aussi débile qu’un « Battle Royal » mais ce sont toutes les petites piques de l’auteur qu’il faut repérer et analyser. Mase nous livre une critique acide sur la machine étatique et ses fonctionnaires qui broient des gens pour des concepts absurdes. La loi de prospérité nationale est mise en place pour faire comprendre aux citoyens l’importance de la vie qui ne doit pas être méprisée. A l’origine la loi a été votée pour repousser la criminalité, la délinquance et mettre fin aux guerres nous dit-on. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes, si la criminalité n’augmente pas elle ne diminue pas pour autant. Alors pourquoi continuer ? Là encore, grosse attaque de l’auteur sur le manque de mobilisation des gens qui maintiennent le statu quo, incapables de prendre en mains leur destinée, de dire non, de se rebeller contre le système. Il s’en prend aussi bien aux jeunes qu’aux vieux. Les plus anciens qui ont laissé tomber le combat pour se conformer au système et les plus jeunes qu’il compare à des zombies. On le voit dans cette conversation entre Fujimoto (le personnage principal) et son boss Ichii qui en bon rouage de la machine (extrêmement bien huilée), est bien content que de nos jours les jeunes ne soient plus préoccupés par ce genre de choses et aient définitivement baissé les bras. Pour en revenir à la série en elle-même, le découpage est excellent et l’histoire parfaitement rythmée de bout en bout (de grosses révélations jusqu’à la toute fin pour les plus sceptiques) où on suivra Fujimoto, le fonctionnaire de la mort, le rouage, celui qui délivre l’Ikigami le préavis de mort aux personnes à qui il ne reste plus que 24 heures à vivre. Fujimoto est un personnage controversé, il pense que la loi n’est peut être pas si juste qu’on veut bien le dire mais il ne peut partager ses impressions sous peine d’être un traître à la nation. Suspicions de la hiérarchie, interrogatoires, la gestapo n’a même pas confiance en son personnel. En parallèle on suit les dernières heures de ces condamnés à mort « pour la nation », ces « héros ». C’est dans ces histoires qu’on trouve le meilleur de la série je trouve. Des récits qui ne sont jamais les mêmes, toujours dans le vrais, l’auteur n’épargne personne et ne s’autocensure pas. Qu’est-ce que vous feriez s’il vous rester 24h à vivre ? L’auteur brosse plusieurs portraits qui vous feront couler des larmes si vous avez un cœur d’artichaut. Et si vous avez un cœur de pierre vous penserez quand même que l’auteur est dans le juste. La première est la plus choquante mais réaliste avec cet ancien lycéen tête de turc qui va faire payer ceux qui lui ont pourri la vie, et alors qu’il commençait à peine à se remettre il reçoit l’Ikigami. Terrible leçon : l’Ikigami est cynique et frappe n’importe qui, le fort comme le faible, il n’y a pas de justice. Il y a aussi beaucoup d’histoires émouvantes comme celle au dénouement shakespearien dans le tome 2 « la drogue d’amour pur ». Des histoires qui poussent à la révolte, « sous la peinture une âme » (tome 5) ou le dernier message contestataire d’un artiste tagueur. Une histoire avec un jeune fêlé fasciste qui prend son rôle de vierge à sacrifier sur l’autel de la patrie très à cœur. Freud aurait 2 ou 3 truc à redire sur son cas. Bref, des histoires qui ne se ressemblent pas et jamais répétitives ou lassantes. C’est passionnant de bout en bout. Trop de choses à dire… Un petit mot sur le dessin quand même que je trouve excellent. Les émotions sont très bien retranscrites sur les visages. L’auteur sait parfaitement adapter son dessin à l’ambiance du récit. Dès les premières pages du tome 1 quand la directrice d’école fait son discours de rentrée, elle passe du coq à l’âne : on a des grands sourires et on souhaite une joyeuse année à tous les bambins puis subitement, fond sombre, faciès froid, regard mort : « Parmi vous, certains mourront avant l’âge adulte »… ambiance tendue, regards baissés, ça déconne plus. Une série courte pour conclure (10 tomes), rythmée et qui se tient du début à la fin. Et un vrai et puissant message de l’auteur qui invite à ne jamais se reposer sur ses acquis, rechercher la justice et la désobéissance civile est un devoir lorsque les gouvernements bafouent les droits et la vie de ses citoyens. Oui, un appel à la résistance en résumé. Ce n’est pas pour rien s’il ne retranscrit pas la série dans un futur idéalisé à la « Minority Report » mais à notre époque contemporaine. Il FAUT lire Ikigami.
Touch - Théo ou la batte de la victoire
Je reprends complètement mon avis (écrit à l'époque de la sortie du premier tome en France) maintenant que j'ai lu l'intégralité de la série. Malgré un démarrage un peu laborieux dans les tous premiers tomes, je suis complètement tombé sous le charme par la suite. C'est fou de penser qu'Adachi était déjà aussi au point au niveau de ses histoires, de son dessin et de sa narration pour cette série qui était pourtant l'une de ses premières. On est placé dans un contexte qu'Adachi maîtrise et a parcouru en long, en large et en travers dans ses différentes oeuvres. Sport, romance et personnages peu loquaces mais rapidement attachants. Quand j'ai entamé Touch, j'y voyais un mélange de 2 autres séries plus récentes du même auteur : Rough (pour l'ambiance sportive) et Katsu (pour la romance complexe et le jeune homme qui se découvre un talent sportif). La trame de départ met en scène 3 personnages : 2 frères jumeaux et leur amie d'enfance. Les 2 frères se révèlent amoureux de la fille mais, à première vue du moins, l'un des deux a un net avantage sur l'autre. En effet, Kazuya est le gendre idéal, très propre sur lui, sérieux, et surtout incroyablement doué pour le base-ball qui est l'une des passions de la belle Minami. A l'inverse, Tatsuya fuit toute responsabilité, joue les flemmards et s'efface volontairement derrière son frère. Mais ça ne le rend pas moins charmant et surtout aussi doué que son frère s'il le désire. Pendant plusieurs tomes, ce triangle amoureux et sportif va créer nombre de situations cocasses et pleines de tendresse. Quand on s'y est habitué, l'humour pince-sans-rire d'Adachi est franchement drôle. Bien amenés, originaux, les gags m'ont souvent fait rire. Mais ils ne sont qu'un des ingrédients de l'oeuvre qui met aussi en avant la compétition sportive et l'amour. Et aussi bien pour l'un que pour l'autre, le récit est vraiment très bon, mature, imprévisible et agréable. Le récit change brutalement avec le drame du tome 7. Par la suite, le récit gagne en émotion ce qu'il perd un peu en humour. Les gags restent mais se font moins présents au profit d'un engagement sportif et émotionnel plus complexe et intense. Le dessin est celui d'Adachi. Pour l'apprécier, il ne faut pas craindre de voir des personnages assez ressemblants les uns aux autres et des visages aux expressions assez neutres quelque soit la situation. Son style n'était pas encore aussi maitrisé que dans ses mangas récents, mais moi j'apprécie bien, même si différencier Tat-Chan et Kat-Chan m'a été bien difficile dans les premières pages (normal, ils sont jumeaux). Une fois habitué à son style, je trouve sa narration graphique vraiment excellente, notamment dans les moments de silence, de surprise ou d'incompréhension, une narration qui fait ressortir l'originalité et l'humour si particulier des récits d'Adachi. Beaucoup de psychologie et d'études de relations entre les personnes donc dans cette série. Je me suis laissé happer par le récit au bout de quelques tomes pour ne plus le lâcher par la suite. J'ai rigolé, été triste par moment, j'ai compris la complexité des relations amoureuses qui y sont mises en scène (les personnages ont des comportements parfois frustrants mais finalement très réfléchis) et j'ai ressenti cette forte envie de voir Meisei arriver au Koshien pour tout ce que cela implique. Un scénario à la fois complexe, mature et original. Incontestablement le chef-d'oeuvre de Mitsuru Adachi, d'autant plus que c'était là son premier manga vraiment célèbre.
Le Bois des Vierges
Une histoire qui a tout pour m'emballer ! Un scénario original, prenant, bourré d'éléments fantastiques et surnaturels, des personnages intéressants (petite relecture du mythe de la belle et la bête),... Pour ce qui est du dessin, il est tout simplement sublime ! Très travaillé, d'une richesse et d'une finesse incroyables, jusque dans les moindres détails des costumes. Béatrice Tillier arrive à rendre belles les situations les plus horribles. Je ne suis une nouvelle fois pas déçue par son travail. Je ne vais pas cette fois jusqu'à "culte", mais si le troisième tome tient toutes les promesses des deux premiers, ma note pourra peut-être encore monter. Vivement le troisième (et dernier ?) tome !!! Après la lecture du dernier volume, ma note reste de 4/5 avec coup de cœur. Les dessins de Béatrice Tillier sont toujours aussi sublimes, mais il manque un petit quelque chose que je n'arrive pas à définir pour que ma note passe à "Culte".
L'Homme qui n'aimait pas les armes à feu
Je découvre un peu sur le tard Wilfried Lupano, et je dois dire que je suis plus que conquis par ses albums ! C'est simple, dans "L'Homme qui n'aimait pas les armes à feu", j'ai vraiment tout aimé ! Alors pourquoi pas 5/5 ? Et bien parce que je n'aime pas donner cette note pour une BD dont je ne connais pas encore la fin. Mais vraiment, j'ai pris grand plaisir à découvrir ce Western, genre que j'apprécie habituellement. Je vais d'abord parler du dessin, Paul Salomone fait un travail abmirable ! Ce côté mi-realiste/mi-cartoon est vraiment réussit. Ça participe à donner une vraie ambiance, cet amérique fin 19e/debut 20e siècle fourmille de détails, les personnages sont haut en couleur, ont des "tronches", de Byron Peck à M. Hoggaard, et que dire de la magnifique Margot ! Je sais pas si il y a plus un coté Sergio Leone ou un côté Quentin Tarantino dans "L'Homme qui n'aimait pas les armes à feu" mais j'adore l'ambiance, l'histoire, l'intrigue, les dialogues, les personnages ! Le tome 1 fait bien plus que mettre en place l'histoire, il présente les personnages, donne un peu de mystère avec des flash-backs semés par ci par la, mais fait quand même avancer l'intrigue ! Avec le tome 2, l'intrigue se dévoile un peu plus, les personnages prennent encore un peu plus de profondeur, on comprend mieux les motivations de chacun. J'ai hâte de découvrir comment va évoluer la suite. Une très belle découverte pour moi. Si la suite reste aussi bon que ces 2 1ers tomes, c'est bien possible que je passe à 5/5 une fois l'histoire terminée ! Vite la suite !
Noirhomme
Très bonne BD que ce premier album de deux jeunes auteurs de talent ! Le scénario, écrit par Maurel, m’a de suite captivée. La narration est fluide et si la fin arrive trop vite, c’est qu’on voudrait déjà avoir en mains la suite ! Très bien écrits, les dialogues sont riches et pleins de sens. Nous sommes entraînés, avec les personnages, dans la spirale de la vie où nos actes peuvent avoir de graves conséquences… Ce 1er tome reste énigmatique, mais entreprend de façon efficace une histoire bien pensée qui devrait être mise à jour dans les deux prochains tomes (la série étant prévue en 3 tomes). Le dessin sert très bien ce scénario, avec des personnages expressifs et des planches parfois d’une grande intensité. Les émotions des divers personnages transparaissent, et cela d’autant plus quand ils sont face au Noirhomme, qui est quant à lui figé, ce qui accentue son côté mystérieux. Ce personnage semble tout maîtriser face à des hommes perdus dans leurs doutes, leurs craintes et leurs espoirs. Riche de diverses influences, mais ayant déjà son caractère propre, le trait de Hamo est bien maîtrisé. Des figures variées, des cadrages efficaces, le tout souligné par les couleurs de Benoît Bekaert. Qui a dit qu’un premier album contenait forcément des erreurs de jeunesse ?... Voilà deux auteurs talentueux qui vont faire parler d’eux ! ----- Je revois mon avis après lecture des trois tomes. J’accroche toujours autant. Le dessin est vraiment très bon, et les quelques manques de finesse sont à mettre à charge de la jeunesse du dessinateur. L’histoire est captivante du début à la fin, et celle-ci est inattendue. Malheureusement, le dénouement m’a un peu déçue. Je m’attendais à quelque chose d’un peu plus métaphysique. Je conserve tout de même la bonne note initiale.
Pawnee
Après avoir relu Frenchman, je me suis plongé dans le dernier ouvrage de Patrick Prugne, "Pawnee". Car s'il est annoncé comme un one shot, cet opus n'est ni plus ni moins que la suite de Frenchman, reprenant la destinée des principaux protagonistes huit ans plus tard. Mais ce qui retient l'attention à première vue, c'est la beauté des planches de Prugne. J'ai pris beaucoup de temps à découvrir cet album, tant les paysages y sont magnifiques (et je ne vous parle pas des doubles pages, ni du cahier graphique imposant que nous offrent les éditions Daniel Maghen) Par rapport à Frenchman, le rythme est plus soutenu et le scénario plus dense, nous amenant parfois des surprises. Peut-être un peu cousu de fil blanc, les dernières pages sont somptueuses, et teintées d'émotion. D'ailleurs, dans un de ses commentaires dans le cahier graphique, Patrick Prugne écrit "je crois bien que je voulais dessiner le silence", eh bien le pari est réussi dans les dernières pages (pages 72 et 73) où tout est dit, presque sans dialogue. Un album à lire mais surtout à relire, en prenant son temps.