Que je suis content de retrouver le personnage du marshall Sykes dans ce nouvel épisode des mêmes auteurs, même si celui-ci est en fait un prequel à Sykes. J'avais été tellement enthousiasmé, pour moi, il n'était pas possible d'en rester là, Armand et Dubois devaient remettre le couvert.
Le principe du personnage d'attraction de cirque m'a fait penser à celui incarné par Tom Cruise dans le film le Dernier samouraï, où ce dernier quittait son emploi de tireur d'élite de cirque pour remplir une mission au Japon. Mais ça s'arrête là, ici on reste dans le Far West sauvage pour ce que l'on croit être une mission suicidaire. Le scénario est peut-être moins abouti que dans Sykes, et utilise une trame relativement classique vue dans quantité de westerns. Si Sykes rendait hommage aux westerns récents du genre Impitoyable, Tombstone ou Appaloosa, ici c'est clairement inspiré des westerns à l'ancienne, mais avec un traitement un peu plus moderne (dans le langage notamment) et une dose massive de violence sanglante, avec de nombreux gunfights. Ce sentiment est aussi perceptible dans le personnage de Gunsmoke, le méchant absolu, le salopard ultime dont on voit les atrocités en début d'album, parce des méchants aussi noirs, il n'y en avait guère dans le western à l'ancienne, il faudra attendre le western crépusculaire des années 70 pour en voir d'aussi ressemblants.
Ceci m'amène à un constat curieux : le type de mise en scène fomenté par Gunsmoke (suite à un retournement de situation vers la fin) m'étonne un peu parce que ce genre d'outlaw ignoble et cruel semble mener un jeu pour en faire un spectacle, or ce genre de mec ne se souciait pas trop de tant d'égards, il tuait pour tuer et ne se posait pas de questions. Et là, on apprend qu'il a tout manigancé en réalité pour attirer Texas Jack et ses partenaires dans un piège ; je n'en dis pas plus pour laisser la surprise, mais moi ça m'a un peu surpris.
Le marshall Sykes est ici en guest star de luxe, bien qu'il ait un rôle très important, pour permettre de laisser la place au héros Texas Jack. Je trouve que ce dernier semble léger au niveau du profil face à Sykes ou même Gunsmoke, de plus j'aime beaucoup le personnage de Greed, le genre de mec qui a un passé chargé semble-t-il et qui sait tirer, il m'a beaucoup rappelé le calme olympien de Red Dust dans Comanche. Mais dans l'ensemble, on peut dire que tous les personnages principaux sont bien campés, pas un n'est sacrifié au profit d'un autre. Après, le final, je l'aurais aimé autrement, mais bon, c'est ainsi.
Au niveau graphique, c'est du lourd, je retrouve avec joie le dessin de Dimitri Armand qui m'avait enchanté dans l'album précédent, un trait épais et appliqué, qui soigne certains détails et accessoires, propose de belles images, des cadrages cinématographiques et des pleines pages de qualité qui débouchent sur une double page grandiose de massacre collectif ; il y a beaucoup de personnages et c'est un plaisir de la scruter en détail, une page de cette nature a dû prendre du temps à dessiner, c'est du good job !
Au final, on est encore devant un grand western en BD, un peu trop bavard peut-être pour un western, quoique dans Comanche et Blueberry déjà, Greg et Charlier faisaient beaucoup parler leurs personnages, donc moi ça me convient et j'en redemande.
Ben mes aïeux!
Le terme de claque est habituellement fortement galvaudé, disons donc que la c'est une grosse baffe tant scénaristique que picturale.
Avant d'entrer dans le vif du sujet permettez moi encore une fois de faire l'éloge des éditions Ankama qui du Label 619 à cet opus font dans le grandiose. L'album en lui même mériterait de ne pas être rangé comme il se doit avec la tranche bien visible mais exposé de face afin d'admirer toute la richesse de la couverture. Couverture en trompe l’œil grâce à une découpe qui donne accès aux bibliothèques mémorielles du détective.
Voici donc une BD d'un genre nouveau qui offre une manière de lire qui s'inspire du déroulement de la pensée, de l'enchainement des idées de Sherlock Holmes.
Le docteur Fowler est retrouvé au petit matin errant dans les rues de Londres, légèrement blessé et un brin amnésique. La découverte de poudre sur ses vêtements et d'un ticket un peu particulier pour un spectacle incite Sherlock Holmes à penser que le médecin n'est pas l'unique victime de ce qui pourrait être un complot d'un plus grande envergure. Les représentations d'un magicien Chinois y sont sans doute pour quelque chose.
Comment ne pas s'extasier devant un scénario millimétré qui reprend tous les ingrédients des polars de ce temps là Conan Doyle ou Agatha Christie. On y retrouve avec délectation l'esprit Victorien, le petit poil, enfin pas si petit que cela de racisme avec la communauté chinoise forcément fourbe et sournoise. Cyril Lieron le scénariste connait son Conan Doyle sur le bout des doigts et la logique vertu cardinale du grand détective est ici à l'honneur, c'est un plaisir que de décrypter avec lui les indices qui s'enchainent mathématiquement, logiquement.
Et que dire du dessin de Benoit Dahan, des traits pour les personnages qui s'approchent de la caricature mais sans que le ton puisse y trouver à redire tant ils sont justes. Sherlock possède un visage anguleux mais qui correspond bien au personnage que l'on imagine bien un brin cassant et péremptoire. Et la mise en page, l'espace s'y trouve comme déstructuré mais garde grâce au petit fil rouge une logique évidente.
Ajoutons à cette diatribe la présence avec l'album d'un journal, numéro du "London Chronicles" qui reprend des éléments de la BD ainsi qu'une petite interview des deux auteurs.
Magnifique vous dis je, lisez et vous comprendrez l'évidence de mon coup de cœur.
Une série BD qui me tient énormément à cœur depuis des années : le génial "Fog" de Roger Seiter & Cyril Bonin !
Pour ceux d'entre vous qui ne la connaîtraient pas, c'est (pour moi) une référence incontournable en matière d'enquête Victorienne (ce n'est pas Sherlock Holmes mais on n'est pas loin), avec un niveau scénaristique, une richesse dans l'enquête rarement égalée en Bande Dessinée.
Dans le dessin, des ambiances immersives, avec notamment un traitement quasi-monochrome / bichromie très efficace et évocateur.
Bref… Pour ceux qui ne connaissent pas ces 8 tomes (4 enquêtes de 2 tomes chacun), je vous les conseille vivement !
Ils existent aussi sous forme d'intégrale en deux tomes parus aux éditions du Long Bec.
Mamma mia !, c'est l'histoire de quatre femmes de la même famille vivant sous le même toit, quatre générations de mères en filles.
Aurélie, la trentaine célibataire, s'installe temporairement avec sa fille chez sa propre grand-mère, le temps de trouver un emploi. Cette dernière, restée assez jeune et vive d'esprit, voit d'un plutôt bon œil cette arrivée, sachant qu'elle ne devrait en principe pas durer trop longtemps et qu'elle pourra ensuite reprendre sa vie normale de senior active. Mais c'était sans compter sur sa fille, la mère d'Aurélie, qui débarque au même moment, revenue du Brésil où elle sort de l'un des nombreux épisodes de sa vie dissolue et insouciante, voire irresponsable s'il faut en croire l'avis d'Aurélie qui n'a guère bénéficié d'attention maternelle durant sa propre jeunesse. Entre les quatre va s'instaurer une cohabitation entre sourires et grincements de dents. D'autant que la plus jeune, Emma, n'a pas sa langue dans sa poche pour dire ce qu'elle pense et ce qu'elle comprend avec son esprit de petite fille de moins de 10 ans.
Associer Trondheim et Obion sur un même album, j'adore !
On a droit au graphisme excellent d'Obion, son trait rond, dynamique, hyper efficace et maîtrisé, parfait pour l'humour. Il réalise également les couleurs et celles-ci sont fraîches, lumineuses et très appréciables.
Et on a droit à l'humour et l'efficacité narrative de Trondheim, probablement épaulé par Obion lui-même dont j'imagine mal qu'il puisse avoir refusé de glisser son propre humour ici (mais pas de jeux de mots !). Et comme j'aime autant l'un que l'autre, je suis comblé ! Les personnages sont bons, attachants, avec des caractères qui se combinent et s'opposent de manière excellente. Les textes sont finement ciselés, avec de superbes réparties. Et chaque gag est amené avec une maestria narrative où l'on sent la patte et l'expertise des deux auteurs.
Pour dire les choses simplement, quand j'ai lu cet album, il n'y a pas une planche où je n'ai pas sincèrement souri, et il y en a un bon paquet pour lesquelles j'ai ri à en secouer le lit, au point de déranger ma femme qui voulait regarder sa série tranquillement.
Comme souvent (comme toujours !), les éditions 2024 font très bien les choses, pour mettre en valeur une œuvre originale.
J’ai déjà dit sur ce site tout le bien que je pense du travail de Clément Vuillier (Le Voyage Céleste Extatique par exemple chez le même éditeur), et ce très bel album (au très grand format !) ne me fera pas changer d’avis. Il faut dire qu’il nous en met plein la vue (dans tous les sens du terme), dans ces grandes pages muettes (aucun texte dans cet album, si ce n’est une citation de Camille Flammarion en quatrième de couverture).
Comme souvent Vuillier dessine des paysages grandioses, dans une ambiance très minérale (rien d’arrondi, c’est toujours tranchant, les pointes des montagnes, telles les cristaux habillant des stalactites, émergeant, dents abandonnées ou prêtes à croquer qui passerait par là).
C’est l’année de la comète donc, qui arrive et ravage ce monde, déclenchant des cataclysmes, déchainant les éléments : on pourrait penser à celle qui a provoqué l’extinction des dinosaures. Sauf que là, il n’y a aucune trace d’êtres vivants, seules quelques forêts s’embrasant étant là pour nous faire croire à la vie dans ces paysages explosant, s’effondrant, emportés par des tsunamis, des incendies, la comète en question allumant et donnant le rythme de ce feu d’artifices.
Un très bel album, les superbes images nous faisant imaginer les sons absents, mais pourtant omniprésents, d’une apocalypse flamboyante. Quelle beauté, quelles couleurs ! Alors, certes – indépendamment du prix (mais là l’objet et la maison d’édition expliquent et justifient cela) – il faut être réceptif à ce genre de narration, qui fait la part belle à l’imagination du lecteur, et qui joue sur une poésie visuelle qui « explose » dès qu’on ouvre l’album (et même après qu’on l’ait refermé).
Une petite tuerie!
Barbara Thorson est une collégienne à la langue bien pendue et que rien n'effraie. De toutes les manières elle transporte dans son sac un marteau de guerre nordique et elle tue des géants au petit déjeuner. C'est du moins ce qu'elle raconte et dans son esprit un brin perturbé, les fantasmes et la réalité se mélangent.
Grâce à cette BD nous faisons la connaissance d'une héroïne d'un genre un peu nouveau, du moins à mes yeux, elle n'hésite pas dans les couloirs de l'école à se confronter à plus fort qu'elle même si elle en subit les fâcheuses conséquences. Elle fait preuve d'un humour acerbe et dévastateur qui lui font fréquenter le bureau du proviseur plus souvent qu'à son tour.
En fait nous sommes face à un récit qui sait faire preuve d'une grande sensibilité avec une héroïne qui doit combattre ses démons réels ou métaphysiques, car sa vie est bien loin de ce que peuvent nous montrer certaines séries ou teen movies.
Tout en noir et blanc le trait de Ken Niimura est rudement efficace et les personnages malgré un style épuré arrivent à faire ressentir leurs sentiments de belle manière. Je reste très conquis par ma lecture et souhaiterais reprendre le texte de la quatrième de couverture: " I kill giants est une histoire d'une sensibilité et d'une honnêteté rare lorsqu'il s'agit de traiter le harcèlement scolaire et l'amitié".
Oui "I kill giants" c'est ça mais pas seulement c'est aussi une ode à l'espoir, au fait de faire vivre ses rêves.
Forcément un coup de cœur, notons que cette BD a été adaptée au cinéma pour un film "Chasseuses de géantes" que je n'ai pas vu et qu'à vrai dire je n'ai pas spécialement envie de regarder tant la force du dessin se suffit à lui même.
Dessous a pu être publié grâce au financement participatif sur Sandawe, le web éditeur, et quand je vois le résultat final je me dis que le crowdfunding a un bel avenir devant lui, car pour son premier album Bones l’auteur (Fred Bonnelais) paraît plus un vétéran qu’un bizut.
Effectivement ce qui frappe d’emblée c’est la patte graphique de Bones, très proche de celle de Mike Mignola voir pourquoi pas Olivier Vatine, avec un encrage profond, des gueules taillés au couteau et des décors anguleux. Mais là où je trouve Mignola parfois difficile à percer et à démêler, je n’ai pas ressenti cette impression dans le dessin de Bones qui est lui nettement plus lisible et clairsemé. Les couleurs aident peut être à surmonter cette noirceur car bien qu’utilisées à petites doses, elles permettent d’apporter ce qu’il faut de clarté à l’ensemble et de renforcer certaines atmosphères, notamment dans les scènes d’extérieur sur les champs de bataille qui ont une teinte grisâtre et terreuse.
Un dessin qui convient très bien à l’ambiance du récit car c’est du Mignola aussi bien dans le rendu visuel que dans le texte. Qu’on se le dise, la série n’a pas pour ambition de révolutionner le genre ou même de faire dans l’originalité, c’est du grand classique dans le domaine de la série B et qui nous est servi ici avec efficacité. On sillonne les frontières car la BD est protéiforme entre l’historique, l’épouvante, le récit de guerre, le fantastique et le dieselpunk ; Dessous aurait pu s’appeler « B.P.R.D. - First Class » avec cette équipe d’élites mélangeant soldats et scientifiques français et allemand de la Première Guerre Mondiale enquêtant sur des phénomènes paranormaux.
De nombreuses références et images nous traversent l’esprit au fil du récit : on pensera bien entendu à la saga Alien que ce soit par l’entremise des créatures parasites envahissantes ou des riches hominidés crevarices qui ambitionnent de les exploiter à des fins militaires (excellente idée d’avoir inclus le boucher du Chemin des Dames le général Nivelle). On fera également plus qu’une allusion évidente à certains Grands Anciens comme Shub-Niggurath issus de l’imaginaire d’H.P Lovecraft, et d’autres horreurs lorgnant du côté de Clive Barker.
Malgré les nombreuses références on évite l’indigestion car tout cela s’imbrique parfaitement dans un récit fluide qui se lit vite (exceptés les passages en allemand non traduit) et n’est jamais ennuyeux. D’une certaine façon Dessous réussit là où d’autres grandes séries du même genre comme Sanctuaire ont échoué, en contentant tous les lecteurs, ceux ayant une préférence pour les ambiances glauques puis ceux privilégiant l’action.
Bien que pensé comme un one shot, la fin de Dessous demeure très ouverte et sujette à interprétations. La suite "Dessous – Un océan de souffrance" est actuellement ouverte aux investissements, alors écoutez l’appel lugubre des abysses et rejoignez vous aussi la cohorte des édinautes.
Mise à jour 18/04/2019
Si le premier Dessous pouvait se lire seul, ce second volet est clairement une suite dont les tenants et aboutissants paraîtront obscurs à ceux qui ne sont pas passés par la première étape. La suite du scénario prend une autre ampleur, divertissante mais qui se parcours rapidement, j'ai dû mettre une bonne vingtaine de minutes seulement pour la lire. Cela parle de mutations, d'avancée technologique, complot planétaire, le grand méchant de l'histoire à un côté Red Skul dans Captain America. Bon, c'est sympa mais on préférera juger la série dans son ensemble. "De quoi ? L'éditeur Sandawe a fermé ses portes ? Mince alors... Sans aller jusqu'à dire que le projet tombe à l'eau, Bones ne baissera pas facilement les bras j'imagine, il prend du plomb un coup de grosse Bertha dans l'aile. J'espère néanmoins voir cette fameuse conclusion qui devait nous emmener vers l'horreur cosmique.
Dans un monde à l'origine inconnue, le Soleil se meurt et reste figé au crépuscule. Afin de conjurer ce mauvais sort, un roi précédé de tout son peuple décide d'aller au devant de l'astre dans une odyssée sans retour.
Issu des Arts Décoratifs de Strasbourg, Etienne Chaize convoque tout son talent créatif au service d'un album atypique.
Atypique par le grand format et la reliure cousue dite "à la Suisse" permettant d'ouvrir complètement l'ouvrage pour apprécier les doubles pages de son récit.
Sans aucune parole malgré une courte préface résumant la situation de départ, on est vite subjugué par la beauté de ces planches gigantesques fourmillant de détails divers (forêt, désert, nécropole, cités en ruine, océan) et où se perdent ces petits personnages confrontés à divers dangers.
"Helios" est une œuvre multiple mélangeant dessins traditionnels au lavis et retouches Photoshop étincelantes. Ces décors offrent un éclairage lumineux hypnotique jouant sur les contrastes et offrant un rendu sur papier surprenant. L'histoire se dévoile par strates et reste bien plus accessible que Saccage de Peeters dans un registre équivalent.
On n'a de cesse de faire de multiples allers-retours entre les pages afin d'y suivre l'évolution de certains personnages facilement repérables par leurs habits ou symboles visuels. Etienne Chaize s'est peut-être beaucoup inspiré de la légende d'Icare ou du jeu vidéo poétique Journey mais s'en distingue par quelques trouvailles éblouissantes.
La conclusion reste peut-être en retrait par son classicisme mais certaines clés sont dissimulées dans les pages de garde finales incitant immédiatement le lecteur à de nouvelles relectures.
"Helios" est une expérience unique et accessible aux multiples interprétations mais surtout un livre qu'il faut tenir et voir pour y croire.
Sur les conseils de mon frère, je me suis lancé dans la lecture de ce récit. Dès le début, j'ai été pris dans la tourmente de cette histoire et je n'ai lâché le livre qu'à la fin, malgré les presque 180 pages qui le composent.
Quel destin que celui de Marcel Grob, grand oncle alsacien de l'auteur, Philippe Collin et qui devient ici la figure des "malgré-nous". Cette génération sacrifiée d'Alsaciens, nous la connaissons tous, mais pas à travers l'histoire d'un seul homme, comme l'illustre la couverture de l'album.
J'ai été secoué par cette lecture, qui ne peut laisser le lecteur indifférent : du front italien, en passant par le massacre de Marzobotto, au front Russe, on se demande encore comment Marcel Grob a pu affronter et survivre et tout cela.
Bien sûr, les auteurs nous décrivent les horreurs de cette guerre, mais avec quelques éclaircies comme le comportement du lieutenant Brehme, amoureux de littérature.
Du début à la fin du récit, on ressent une certaine empathie pour Marcel Grob, sans pour autant justifier ses choix.
Contrairement à certains lecteurs, je n'ai pas été dérangé par le scénario qui renvoie sans cesse à l'entretien que Marcel Grob a avec le jeune juge d'instruction fictif,qui le renvoie directement à ses actions passées, à sa conscience. Au contraire, cela donne un certaine respiration au récit.
A noter que le dessin, avec ses couleurs sépia et gris-bleu, est parfaitement en phase avec le récit.
Une lecture très forte.
Je découvre cet auteur avec cet album de la collection Carrément (très grand format carré, carrément pénible à ranger dans sa bibliothèque !), et c’est plutôt une bonne pioche.
L’histoire mise plus sur la rêverie, une certaine poésie, que sur une intrigue touffue et linéaire. Il faut en tout cas savoir se laisser emporter dans cet univers brinquebalant, qui véhicule pourtant, par-delà son côté décousu et planant, quelques réflexions sur notre société moderne (l’amoncellement des déchets par exemple).
De la Science-Fiction à la fois bonasse et cruelle, pour amateurs d’évasion poétique. En tout cas c’est un album que je vous recommande fortement.
Et ce d’autant plus que l’habillage est très beau. Le dessin bien sûr, moderne et décalé. Mais aussi la colorisation, qui joue sur des tons passés. En tout cas, le format lui convient parfaitement.
Bref, un coup de cœur en ce qui me concerne !
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Texas Jack
Que je suis content de retrouver le personnage du marshall Sykes dans ce nouvel épisode des mêmes auteurs, même si celui-ci est en fait un prequel à Sykes. J'avais été tellement enthousiasmé, pour moi, il n'était pas possible d'en rester là, Armand et Dubois devaient remettre le couvert. Le principe du personnage d'attraction de cirque m'a fait penser à celui incarné par Tom Cruise dans le film le Dernier samouraï, où ce dernier quittait son emploi de tireur d'élite de cirque pour remplir une mission au Japon. Mais ça s'arrête là, ici on reste dans le Far West sauvage pour ce que l'on croit être une mission suicidaire. Le scénario est peut-être moins abouti que dans Sykes, et utilise une trame relativement classique vue dans quantité de westerns. Si Sykes rendait hommage aux westerns récents du genre Impitoyable, Tombstone ou Appaloosa, ici c'est clairement inspiré des westerns à l'ancienne, mais avec un traitement un peu plus moderne (dans le langage notamment) et une dose massive de violence sanglante, avec de nombreux gunfights. Ce sentiment est aussi perceptible dans le personnage de Gunsmoke, le méchant absolu, le salopard ultime dont on voit les atrocités en début d'album, parce des méchants aussi noirs, il n'y en avait guère dans le western à l'ancienne, il faudra attendre le western crépusculaire des années 70 pour en voir d'aussi ressemblants. Ceci m'amène à un constat curieux : le type de mise en scène fomenté par Gunsmoke (suite à un retournement de situation vers la fin) m'étonne un peu parce que ce genre d'outlaw ignoble et cruel semble mener un jeu pour en faire un spectacle, or ce genre de mec ne se souciait pas trop de tant d'égards, il tuait pour tuer et ne se posait pas de questions. Et là, on apprend qu'il a tout manigancé en réalité pour attirer Texas Jack et ses partenaires dans un piège ; je n'en dis pas plus pour laisser la surprise, mais moi ça m'a un peu surpris. Le marshall Sykes est ici en guest star de luxe, bien qu'il ait un rôle très important, pour permettre de laisser la place au héros Texas Jack. Je trouve que ce dernier semble léger au niveau du profil face à Sykes ou même Gunsmoke, de plus j'aime beaucoup le personnage de Greed, le genre de mec qui a un passé chargé semble-t-il et qui sait tirer, il m'a beaucoup rappelé le calme olympien de Red Dust dans Comanche. Mais dans l'ensemble, on peut dire que tous les personnages principaux sont bien campés, pas un n'est sacrifié au profit d'un autre. Après, le final, je l'aurais aimé autrement, mais bon, c'est ainsi. Au niveau graphique, c'est du lourd, je retrouve avec joie le dessin de Dimitri Armand qui m'avait enchanté dans l'album précédent, un trait épais et appliqué, qui soigne certains détails et accessoires, propose de belles images, des cadrages cinématographiques et des pleines pages de qualité qui débouchent sur une double page grandiose de massacre collectif ; il y a beaucoup de personnages et c'est un plaisir de la scruter en détail, une page de cette nature a dû prendre du temps à dessiner, c'est du good job ! Au final, on est encore devant un grand western en BD, un peu trop bavard peut-être pour un western, quoique dans Comanche et Blueberry déjà, Greg et Charlier faisaient beaucoup parler leurs personnages, donc moi ça me convient et j'en redemande.
Dans la tête de Sherlock Holmes
Ben mes aïeux! Le terme de claque est habituellement fortement galvaudé, disons donc que la c'est une grosse baffe tant scénaristique que picturale. Avant d'entrer dans le vif du sujet permettez moi encore une fois de faire l'éloge des éditions Ankama qui du Label 619 à cet opus font dans le grandiose. L'album en lui même mériterait de ne pas être rangé comme il se doit avec la tranche bien visible mais exposé de face afin d'admirer toute la richesse de la couverture. Couverture en trompe l’œil grâce à une découpe qui donne accès aux bibliothèques mémorielles du détective. Voici donc une BD d'un genre nouveau qui offre une manière de lire qui s'inspire du déroulement de la pensée, de l'enchainement des idées de Sherlock Holmes. Le docteur Fowler est retrouvé au petit matin errant dans les rues de Londres, légèrement blessé et un brin amnésique. La découverte de poudre sur ses vêtements et d'un ticket un peu particulier pour un spectacle incite Sherlock Holmes à penser que le médecin n'est pas l'unique victime de ce qui pourrait être un complot d'un plus grande envergure. Les représentations d'un magicien Chinois y sont sans doute pour quelque chose. Comment ne pas s'extasier devant un scénario millimétré qui reprend tous les ingrédients des polars de ce temps là Conan Doyle ou Agatha Christie. On y retrouve avec délectation l'esprit Victorien, le petit poil, enfin pas si petit que cela de racisme avec la communauté chinoise forcément fourbe et sournoise. Cyril Lieron le scénariste connait son Conan Doyle sur le bout des doigts et la logique vertu cardinale du grand détective est ici à l'honneur, c'est un plaisir que de décrypter avec lui les indices qui s'enchainent mathématiquement, logiquement. Et que dire du dessin de Benoit Dahan, des traits pour les personnages qui s'approchent de la caricature mais sans que le ton puisse y trouver à redire tant ils sont justes. Sherlock possède un visage anguleux mais qui correspond bien au personnage que l'on imagine bien un brin cassant et péremptoire. Et la mise en page, l'espace s'y trouve comme déstructuré mais garde grâce au petit fil rouge une logique évidente. Ajoutons à cette diatribe la présence avec l'album d'un journal, numéro du "London Chronicles" qui reprend des éléments de la BD ainsi qu'une petite interview des deux auteurs. Magnifique vous dis je, lisez et vous comprendrez l'évidence de mon coup de cœur.
Fog
Une série BD qui me tient énormément à cœur depuis des années : le génial "Fog" de Roger Seiter & Cyril Bonin ! Pour ceux d'entre vous qui ne la connaîtraient pas, c'est (pour moi) une référence incontournable en matière d'enquête Victorienne (ce n'est pas Sherlock Holmes mais on n'est pas loin), avec un niveau scénaristique, une richesse dans l'enquête rarement égalée en Bande Dessinée. Dans le dessin, des ambiances immersives, avec notamment un traitement quasi-monochrome / bichromie très efficace et évocateur. Bref… Pour ceux qui ne connaissent pas ces 8 tomes (4 enquêtes de 2 tomes chacun), je vous les conseille vivement ! Ils existent aussi sous forme d'intégrale en deux tomes parus aux éditions du Long Bec.
Mamma mia !
Mamma mia !, c'est l'histoire de quatre femmes de la même famille vivant sous le même toit, quatre générations de mères en filles. Aurélie, la trentaine célibataire, s'installe temporairement avec sa fille chez sa propre grand-mère, le temps de trouver un emploi. Cette dernière, restée assez jeune et vive d'esprit, voit d'un plutôt bon œil cette arrivée, sachant qu'elle ne devrait en principe pas durer trop longtemps et qu'elle pourra ensuite reprendre sa vie normale de senior active. Mais c'était sans compter sur sa fille, la mère d'Aurélie, qui débarque au même moment, revenue du Brésil où elle sort de l'un des nombreux épisodes de sa vie dissolue et insouciante, voire irresponsable s'il faut en croire l'avis d'Aurélie qui n'a guère bénéficié d'attention maternelle durant sa propre jeunesse. Entre les quatre va s'instaurer une cohabitation entre sourires et grincements de dents. D'autant que la plus jeune, Emma, n'a pas sa langue dans sa poche pour dire ce qu'elle pense et ce qu'elle comprend avec son esprit de petite fille de moins de 10 ans. Associer Trondheim et Obion sur un même album, j'adore ! On a droit au graphisme excellent d'Obion, son trait rond, dynamique, hyper efficace et maîtrisé, parfait pour l'humour. Il réalise également les couleurs et celles-ci sont fraîches, lumineuses et très appréciables. Et on a droit à l'humour et l'efficacité narrative de Trondheim, probablement épaulé par Obion lui-même dont j'imagine mal qu'il puisse avoir refusé de glisser son propre humour ici (mais pas de jeux de mots !). Et comme j'aime autant l'un que l'autre, je suis comblé ! Les personnages sont bons, attachants, avec des caractères qui se combinent et s'opposent de manière excellente. Les textes sont finement ciselés, avec de superbes réparties. Et chaque gag est amené avec une maestria narrative où l'on sent la patte et l'expertise des deux auteurs. Pour dire les choses simplement, quand j'ai lu cet album, il n'y a pas une planche où je n'ai pas sincèrement souri, et il y en a un bon paquet pour lesquelles j'ai ri à en secouer le lit, au point de déranger ma femme qui voulait regarder sa série tranquillement.
L'Année de la Comète
Comme souvent (comme toujours !), les éditions 2024 font très bien les choses, pour mettre en valeur une œuvre originale. J’ai déjà dit sur ce site tout le bien que je pense du travail de Clément Vuillier (Le Voyage Céleste Extatique par exemple chez le même éditeur), et ce très bel album (au très grand format !) ne me fera pas changer d’avis. Il faut dire qu’il nous en met plein la vue (dans tous les sens du terme), dans ces grandes pages muettes (aucun texte dans cet album, si ce n’est une citation de Camille Flammarion en quatrième de couverture). Comme souvent Vuillier dessine des paysages grandioses, dans une ambiance très minérale (rien d’arrondi, c’est toujours tranchant, les pointes des montagnes, telles les cristaux habillant des stalactites, émergeant, dents abandonnées ou prêtes à croquer qui passerait par là). C’est l’année de la comète donc, qui arrive et ravage ce monde, déclenchant des cataclysmes, déchainant les éléments : on pourrait penser à celle qui a provoqué l’extinction des dinosaures. Sauf que là, il n’y a aucune trace d’êtres vivants, seules quelques forêts s’embrasant étant là pour nous faire croire à la vie dans ces paysages explosant, s’effondrant, emportés par des tsunamis, des incendies, la comète en question allumant et donnant le rythme de ce feu d’artifices. Un très bel album, les superbes images nous faisant imaginer les sons absents, mais pourtant omniprésents, d’une apocalypse flamboyante. Quelle beauté, quelles couleurs ! Alors, certes – indépendamment du prix (mais là l’objet et la maison d’édition expliquent et justifient cela) – il faut être réceptif à ce genre de narration, qui fait la part belle à l’imagination du lecteur, et qui joue sur une poésie visuelle qui « explose » dès qu’on ouvre l’album (et même après qu’on l’ait refermé).
I kill giants (Je tue des géants)
Une petite tuerie! Barbara Thorson est une collégienne à la langue bien pendue et que rien n'effraie. De toutes les manières elle transporte dans son sac un marteau de guerre nordique et elle tue des géants au petit déjeuner. C'est du moins ce qu'elle raconte et dans son esprit un brin perturbé, les fantasmes et la réalité se mélangent. Grâce à cette BD nous faisons la connaissance d'une héroïne d'un genre un peu nouveau, du moins à mes yeux, elle n'hésite pas dans les couloirs de l'école à se confronter à plus fort qu'elle même si elle en subit les fâcheuses conséquences. Elle fait preuve d'un humour acerbe et dévastateur qui lui font fréquenter le bureau du proviseur plus souvent qu'à son tour. En fait nous sommes face à un récit qui sait faire preuve d'une grande sensibilité avec une héroïne qui doit combattre ses démons réels ou métaphysiques, car sa vie est bien loin de ce que peuvent nous montrer certaines séries ou teen movies. Tout en noir et blanc le trait de Ken Niimura est rudement efficace et les personnages malgré un style épuré arrivent à faire ressentir leurs sentiments de belle manière. Je reste très conquis par ma lecture et souhaiterais reprendre le texte de la quatrième de couverture: " I kill giants est une histoire d'une sensibilité et d'une honnêteté rare lorsqu'il s'agit de traiter le harcèlement scolaire et l'amitié". Oui "I kill giants" c'est ça mais pas seulement c'est aussi une ode à l'espoir, au fait de faire vivre ses rêves. Forcément un coup de cœur, notons que cette BD a été adaptée au cinéma pour un film "Chasseuses de géantes" que je n'ai pas vu et qu'à vrai dire je n'ai pas spécialement envie de regarder tant la force du dessin se suffit à lui même.
Dessous (Bones)
Dessous a pu être publié grâce au financement participatif sur Sandawe, le web éditeur, et quand je vois le résultat final je me dis que le crowdfunding a un bel avenir devant lui, car pour son premier album Bones l’auteur (Fred Bonnelais) paraît plus un vétéran qu’un bizut. Effectivement ce qui frappe d’emblée c’est la patte graphique de Bones, très proche de celle de Mike Mignola voir pourquoi pas Olivier Vatine, avec un encrage profond, des gueules taillés au couteau et des décors anguleux. Mais là où je trouve Mignola parfois difficile à percer et à démêler, je n’ai pas ressenti cette impression dans le dessin de Bones qui est lui nettement plus lisible et clairsemé. Les couleurs aident peut être à surmonter cette noirceur car bien qu’utilisées à petites doses, elles permettent d’apporter ce qu’il faut de clarté à l’ensemble et de renforcer certaines atmosphères, notamment dans les scènes d’extérieur sur les champs de bataille qui ont une teinte grisâtre et terreuse. Un dessin qui convient très bien à l’ambiance du récit car c’est du Mignola aussi bien dans le rendu visuel que dans le texte. Qu’on se le dise, la série n’a pas pour ambition de révolutionner le genre ou même de faire dans l’originalité, c’est du grand classique dans le domaine de la série B et qui nous est servi ici avec efficacité. On sillonne les frontières car la BD est protéiforme entre l’historique, l’épouvante, le récit de guerre, le fantastique et le dieselpunk ; Dessous aurait pu s’appeler « B.P.R.D. - First Class » avec cette équipe d’élites mélangeant soldats et scientifiques français et allemand de la Première Guerre Mondiale enquêtant sur des phénomènes paranormaux. De nombreuses références et images nous traversent l’esprit au fil du récit : on pensera bien entendu à la saga Alien que ce soit par l’entremise des créatures parasites envahissantes ou des riches hominidés crevarices qui ambitionnent de les exploiter à des fins militaires (excellente idée d’avoir inclus le boucher du Chemin des Dames le général Nivelle). On fera également plus qu’une allusion évidente à certains Grands Anciens comme Shub-Niggurath issus de l’imaginaire d’H.P Lovecraft, et d’autres horreurs lorgnant du côté de Clive Barker. Malgré les nombreuses références on évite l’indigestion car tout cela s’imbrique parfaitement dans un récit fluide qui se lit vite (exceptés les passages en allemand non traduit) et n’est jamais ennuyeux. D’une certaine façon Dessous réussit là où d’autres grandes séries du même genre comme Sanctuaire ont échoué, en contentant tous les lecteurs, ceux ayant une préférence pour les ambiances glauques puis ceux privilégiant l’action. Bien que pensé comme un one shot, la fin de Dessous demeure très ouverte et sujette à interprétations. La suite "Dessous – Un océan de souffrance" est actuellement ouverte aux investissements, alors écoutez l’appel lugubre des abysses et rejoignez vous aussi la cohorte des édinautes. Mise à jour 18/04/2019 Si le premier Dessous pouvait se lire seul, ce second volet est clairement une suite dont les tenants et aboutissants paraîtront obscurs à ceux qui ne sont pas passés par la première étape. La suite du scénario prend une autre ampleur, divertissante mais qui se parcours rapidement, j'ai dû mettre une bonne vingtaine de minutes seulement pour la lire. Cela parle de mutations, d'avancée technologique, complot planétaire, le grand méchant de l'histoire à un côté Red Skul dans Captain America. Bon, c'est sympa mais on préférera juger la série dans son ensemble. "De quoi ? L'éditeur Sandawe a fermé ses portes ? Mince alors... Sans aller jusqu'à dire que le projet tombe à l'eau, Bones ne baissera pas facilement les bras j'imagine, il prend du plomb un coup de grosse Bertha dans l'aile. J'espère néanmoins voir cette fameuse conclusion qui devait nous emmener vers l'horreur cosmique.
Helios
Dans un monde à l'origine inconnue, le Soleil se meurt et reste figé au crépuscule. Afin de conjurer ce mauvais sort, un roi précédé de tout son peuple décide d'aller au devant de l'astre dans une odyssée sans retour. Issu des Arts Décoratifs de Strasbourg, Etienne Chaize convoque tout son talent créatif au service d'un album atypique. Atypique par le grand format et la reliure cousue dite "à la Suisse" permettant d'ouvrir complètement l'ouvrage pour apprécier les doubles pages de son récit. Sans aucune parole malgré une courte préface résumant la situation de départ, on est vite subjugué par la beauté de ces planches gigantesques fourmillant de détails divers (forêt, désert, nécropole, cités en ruine, océan) et où se perdent ces petits personnages confrontés à divers dangers. "Helios" est une œuvre multiple mélangeant dessins traditionnels au lavis et retouches Photoshop étincelantes. Ces décors offrent un éclairage lumineux hypnotique jouant sur les contrastes et offrant un rendu sur papier surprenant. L'histoire se dévoile par strates et reste bien plus accessible que Saccage de Peeters dans un registre équivalent. On n'a de cesse de faire de multiples allers-retours entre les pages afin d'y suivre l'évolution de certains personnages facilement repérables par leurs habits ou symboles visuels. Etienne Chaize s'est peut-être beaucoup inspiré de la légende d'Icare ou du jeu vidéo poétique Journey mais s'en distingue par quelques trouvailles éblouissantes. La conclusion reste peut-être en retrait par son classicisme mais certaines clés sont dissimulées dans les pages de garde finales incitant immédiatement le lecteur à de nouvelles relectures. "Helios" est une expérience unique et accessible aux multiples interprétations mais surtout un livre qu'il faut tenir et voir pour y croire.
Le Voyage de Marcel Grob
Sur les conseils de mon frère, je me suis lancé dans la lecture de ce récit. Dès le début, j'ai été pris dans la tourmente de cette histoire et je n'ai lâché le livre qu'à la fin, malgré les presque 180 pages qui le composent. Quel destin que celui de Marcel Grob, grand oncle alsacien de l'auteur, Philippe Collin et qui devient ici la figure des "malgré-nous". Cette génération sacrifiée d'Alsaciens, nous la connaissons tous, mais pas à travers l'histoire d'un seul homme, comme l'illustre la couverture de l'album. J'ai été secoué par cette lecture, qui ne peut laisser le lecteur indifférent : du front italien, en passant par le massacre de Marzobotto, au front Russe, on se demande encore comment Marcel Grob a pu affronter et survivre et tout cela. Bien sûr, les auteurs nous décrivent les horreurs de cette guerre, mais avec quelques éclaircies comme le comportement du lieutenant Brehme, amoureux de littérature. Du début à la fin du récit, on ressent une certaine empathie pour Marcel Grob, sans pour autant justifier ses choix. Contrairement à certains lecteurs, je n'ai pas été dérangé par le scénario qui renvoie sans cesse à l'entretien que Marcel Grob a avec le jeune juge d'instruction fictif,qui le renvoie directement à ses actions passées, à sa conscience. Au contraire, cela donne un certaine respiration au récit. A noter que le dessin, avec ses couleurs sépia et gris-bleu, est parfaitement en phase avec le récit. Une lecture très forte.
Sapiens
Je découvre cet auteur avec cet album de la collection Carrément (très grand format carré, carrément pénible à ranger dans sa bibliothèque !), et c’est plutôt une bonne pioche. L’histoire mise plus sur la rêverie, une certaine poésie, que sur une intrigue touffue et linéaire. Il faut en tout cas savoir se laisser emporter dans cet univers brinquebalant, qui véhicule pourtant, par-delà son côté décousu et planant, quelques réflexions sur notre société moderne (l’amoncellement des déchets par exemple). De la Science-Fiction à la fois bonasse et cruelle, pour amateurs d’évasion poétique. En tout cas c’est un album que je vous recommande fortement. Et ce d’autant plus que l’habillage est très beau. Le dessin bien sûr, moderne et décalé. Mais aussi la colorisation, qui joue sur des tons passés. En tout cas, le format lui convient parfaitement. Bref, un coup de cœur en ce qui me concerne !