(Avertissement : j'accorde toujours plus d'importance au scénario qu'au dessin)
Goulwen, 8 ans, vit en Bretagne avec sa maman, une jeune femme moderne, et sa grand-mère, une authentique bigoudène, un peu méchante il faut bien le dire.
Ils vivent en bord de mer. C'est d'ailleurs sur la plage que Goulwen, en s'y promenant en solitaire, découvre une jeune asiatique sensiblement du même âge que lui, vraisemblablement une japonaise, échouée avec son petit voilier dans un piteux état. Elle est inconsciente, à moitié noyée. Goulwen réussit à la ranimer, et c'est là que démarre l'aventure. Car c'est dans une véritable aventure que Stanis… Stan Silas nous emporte. La gamine s'exprime dans une langue que Goulwen ne comprend pas, évidemment. Le "médecin" du village arrive à déterminer que c'est une étrangère (woow, perspicace le gars), à quoi Goulwen rétorque "du Morbihan ou des Côtes d'Armor ?". Le ton est donné, vous l'aurez compris les dialogues sont bourrés d'humour, le scénario est plein de finesse, cette trilogie est un véritable régal, un bonbon que l'on suce plutôt que l'on croque pour faire durer le plaisir.
Mémé a deux amies également bigoudènes, et ces trois là ont une idée derrière la tête.
Stan Silas réussit ce tour de force de mêler le folklore breton à l'insertion de la petite asiatique dans son nouveau monde, alors que des bribes de mémoires sur sa vie de l'autre côté de l'océan lui reviennent au fil des jours. Tout cela avec un vrai scénario fort intriguant et un humour omniprésent. Nous avons même droit à un rebondissement, tendre et cocasse à la fois. L'auteur a une créativité débordante et qualitative. Il nous délivre un panel de personnages secondaires tous plus sympathiques les uns que les autres (même si certains ne le sont pas trop, sympathiques), on s'y attache, prend plaisir à les retrouver, un vrai bonheur. Il fallait oser ce mixage nippo-breton, Stan Silas l'a fait ; plus difficile, il fallait réussir cette alchimie, il a accompli la mission avec brio.
Malgré un dessin assez simple, du genre de celui qu'on voit dans des BD plutôt humoristiques, mâtiné d'un esprit manga, l'auteur réussit à bien nous transmettre les émotions des personnages (la mère de Goulwen est terrible :D ). Le trait est tonique, les scènes d'action bien rendues, les couleurs bien choisies, l'adéquation parfaite avec le propos.
Rares sont les auteurs qui réussissent la prouesse de manier aussi bien la plume et le pinceau, Bourgeon est un maître en la matière pour moi (que je n'ai pas encore eu l'occasion d'aviser, d'ailleurs), Stan Silas est de ceux-là.
Mon premier 5* pour ce petit bijou de série que je ne peux que vous encourager à découvrir, et que je prendrai plaisir à relire dans quelques années.
18 / 20
En voilà une très bonne surprise ! Cet album pétri de références et autres clins d'oeil réalisé de bout en bout par Colo (que je découvre avec cet opus) force le respect ! C'est un thriller prenant qu'on ne lâche pas avant de parvenir à la fin de ses 380 pages !
Alors oui, on peut y trouver un petit air de V pour Vendetta revisité, une petite touche d'apocalypse très en vogue en ce moment, des traits un peu forcés sur certains points du scénarios ou des partis pris un peu radicaux. Mais alors ? Si c'est très bien mené, pourquoi bouder son plaisir ? Car autre point fort, c'est l'originalité du dessin, très personnel et qui ajoute à la singularité de cet album. Surpris à la lecture des première page, j'ai vite été happé par ce trait un peu forcé mais très dynamique et sa colorisation particulière. C'est ensuite ce découpage très cinématographique et la narration menée tambour battants qui nous tient en haleine jusqu'à la fin !
Voilà un TRES bon album qui mérite plus qu'une lecture et davantage de reconnaissance ! A lire !
Après Florida, récit épique et ultra-documenté sur un épisode sanglant et tragique de la colonisation française dans le Nouveau monde, Jean Dytar s’est offert une respiration avec cet album jeunesse, qui pourra tout aussi bien plaire au plus grand nombre. En tant qu’enseignant en arts plastiques, il paraissait naturel que l’auteur lyonnais publie un tel ouvrage. Et c’est une vraie réussite !
Partie prenante du projet avec les Editions Delcourt, le Musée du Louvre ne s’y est pas trompé. Avec ces « Tableaux de l’ombre », Jean Dytar réussit à nous émerveiller en piochant dans ses souvenirs d’enfance. Marqué par une œuvre d’Anthonie Palamedes, « L’Allégorie des cinq sens », à un moment où il s’était perdu lors d’une visite du célèbre musée avec sa classe, il lui redonne une visibilité qui, selon lui, n’est pas moins justifiée que d’autres peintures. Lorsque l’auteur avait découvert les personnages des cinq petits tableaux composant l’œuvre, il se souvient qu’il s’était senti d’un seul coup moins seul, comme si une connivence s’était établie. Pour le petit Jean, ces minuscules êtres, « tout petits, tout moches », étaient littéralement vivants ! C’est donc, on l’aura compris, le point de départ de cette bande dessinée extrêmement attachante.
Très rapidement, la magie opère. Au départ figés sur leur canevas, harassés par des journées interminables suppurant l’ennui, les cinq compagnons (Le Goût, le Toucher, l’Ouïe, l’Odorat et la Vue) vont commencer, sous nos yeux ébahis, à s’animer et attendre la nuit pour sortir de leur cadre. Lassés de l’indifférence des visiteurs et du mépris de leurs congénères plus en vue, ces « exclus » vont être conduits à s’associer à d’autres, qui comme eux, n’en peuvent plus de leurs conditions de parias. La révolte gronde dans les couloirs du Louvre !
Difficile de tarir d’éloges devant cette production, tant elle se distingue par son originalité, sur la forme mais aussi sur le fond. Le trait rond et engageant de Jean Dytar, cet aspect graphique agréablement patiné, y sont pour beaucoup. La bonne idée, c’est d’avoir respecté l’échelle des personnages des tableaux, ce qui résonne avec l’univers mythologique où il est de coutume que les géants côtoient les nains… Quel bonheur également de découvrir la Joconde en femme-tronc se déplaçant en chaise roulante, telle une vieille actrice fatiguée dissimulant sa lassitude derrière ses lunettes noires ! Jean Dytar se permet même un joli clin d’œil à son confrère Marc-Antoine Mathieu dans une mise en abyme extrêmement bien trouvée dont on ne révélera rien ici…
Pour ce qui est du fond, le mérite de l’auteur de La Vision de Bacchus est de poser de façon très pertinente la question relative au succès d’une œuvre d’art, à travers notamment notre fameuse Joconde pluricentenaire. Depuis l’ « invention » des selfies, nul doute que celle-ci a vu sa cote de popularité grimper. Mais à l’heure des réseaux sociaux et de ses buzz incessants, on peut légitimement se demander si les gens viennent l’admirer juste parce qu’elle est célèbre ou en raison de ses qualités artistiques… La réponse se trouve hélas en grande partie dans la question… De façon à la fois ingénieuse et espiègle, Jean Dytar va remettre tout cela en perspective, masquant derrière l’humour ce constat quelque peu navrant…
Néanmoins, si l’on veut voir le bon côté des choses, c’est que ce petit album très ludique, qui regorge de trouvailles et de références, pourrait bien amener le jeune public à s’intéresser à l’art en franchissant les portes du Louvre. De plus, Monsieur Dytar ne prend pas ses lecteurs pour des crétins. Il a su au contraire allier pédagogie et légèreté, se gardant bien de donner des leçons de bon goût. On pourrait même se dire qu’ils en ont de la chance, ses élèves ! Une fois de plus, cet auteur a su convaincre de son talent avec ces « Tableaux de l’ombre », son quatrième opus, dans une biblio qui ne compte aucun faux pas. Un coup de cœur à découvrir de toute urgence !
Après le magnifique La Malédiction de Gustave Babel qui ouvrait le bal des récit des contes de la Pieuvre, Gess récidive avec un deuxième album évoluant dans ce même univers du Paris de la fin du XIXe.
Période de transition par excellence où l'Histoire et les histoires s’entremêlent, Gess joue de ce dense tissu historique français pour nous concocter un univers singulier d'une grande richesse. Ce sont d'abord tout ces personnages d'une grande richesse et profondeur dont certains possèdent des talents incroyables. Cette petite touche de fantastique donne à l'ensemble toute sa cohésion et son originalité en jouant sur les légendes urbaines en nous embarquant dans une histoire forte et sanglante où les familles des principaux protagonistes vont y laisser plus que quelques plumes...
Le rythme est soutenu, la narration prenante, on est vite embarqué dans cette histoire d'enlèvement où Emile Farges notre héros va devoir sortir de sa zone de confort pour sauver sa famille. Les digressions sur les passés des personnages qui ponctuent l'album viennent donner de l'épaisseur à l'ensemble sans parasiter pour autant l'ensemble. Du point de vue graphique Gess affirme son style dans un écrin bien pensé et soigné qui donne à sa BD toute la tenue nécessaire pour notre plus grand plaisir.
Un très bon moment de lecture que je ne peu qu'encourager à lire !
Traiter de la genèse des Super-héros n'est pas une entrée inédite en la matière notamment depuis les années 80 et l'école Moore-Miller et leurs œuvres fondatrices respectives.
Pourtant la scénariste Loo Hui Phang propose un point de vue audacieux en s’immisçant dans le quotidien d'un loser qui a tout loupé, de sa vie familiale sur le point d'imploser et d'un quotidien professionnel écrasant et pessimiste.
Le trait charbonneux de Hugues Micol rappelant par moments celui de Blutch appuie tout à fait un scénario anxiogène : les couleurs sont ternes afin de plomber encore plus un destin qui échappe à tout contrôle.
Un grand pouvoir engage de grandes responsabilités. C'est ici tout à fait le contraire : Paul Forvolino travaille dans une entreprise pharmaceutique à une cadence infernale. Les employés sont socialement désignés par la couleur de la blouse qu'ils portent.
Sa vie de couple n'est pas des plus sereines. Il ne voit sa gamine qu'au coucher et réchauffe régulièrement ses plats pendant que son épouse Rebecca trompe cet ennui conjugal par des pratiques libertines Sado Maso.
C'est à la suite d'une fausse manipulation à base de lichen que Paul va muer en une espèce d'être bleu rappelant Docteur Manhattan. Il lui sera par ensuite impossible de vivre normalement avec ce nouveau corps. Adieu boulot et libido, Paul va se terrer comme une bête incomprise jusqu'au déclic final qui fera de lui un héros ou un éternel solitaire ?
Malgré quelques facilités, il faut prendre Le Prestige de l'Uniforme pour ce qu'il est et n'a jamais cessé d'être : un conte social d'une extrême noirceur.
Plus proche de l'adaptation de La Mouche par Cronenberg que de Spider-Man (dont Paul emprunte le masque pour cacher sa nouvelle apparence), ce récit est à la fois d'une poésie extrême avec de savoureux dialogues qu'un constat amer sur l'isolement.
Le couple Paul-Rebecca est parfaitement mis en lumière et sans concessions. Hugues Micol se révèle une fois de plus l'artiste idéal pour illustrer cette histoire. Certains de ses cadrages (notamment lors de la transformation/rêverie) sont tout simplement époustouflants. On peut regretter certains choix mais pas la direction artistique qui fait du Prestige de l'Uniforme une pépite comme on peut rarement en lire.
Dommage que la couverture de la réédition en fera fuir plus d'un, les autres lecteurs qui passeront ce cap vont se retrouver avec un condensé de dépression sous haute tension. La fin est de surcroît juste parfaite.
Basara est un manga de Yumi Tamura (et l’un des plus grands succès de l’autrice, qui s’était fait connaître avec la série Tomoe Ga Yuku ! quelques années plus tôt), publié dans le magazine Betsucomi de l’éditeur Shogakukan entre 1990 et 1998. Cette bande dessinée est un classique du manga des années 90 et a eu un énorme succès au Japon. Le manga a été publié en France entre 2001 et 2006 par Kana ; il s’agit historiquement du tout premier shojo publié par l’éditeur.
Si l’on devait résumer Basara en un mot, ce serait : épique. En effet ce manga mélange à merveille les deux mondes : les intrigues politiques et grandes batailles d’un violent monde post-apocalyptique, et le savoir-faire du shojo, c’est-à-dire une psychologie très fouillée de chaque personnage et de leurs sentiments, notamment amoureux, mais pas que. Si vous pensez que les shonens sont épiques, dites vous que Basara est encore plus épique qu’eux.
La plupart des gens ont du mal à passer le cap du premier tome, mais j’ai tout de suite trouvé la série intéressante, pour ensuite devenir addict dès le tome 2. Si un sentiment de déjà-vu et de cliché peut survenir dans le premier tome, c’est parce que Basara EST le manga ayant pavé la voie pour le reste des shojos d’aventure des années 90, son influence est considérable. Plus on avance dans la série et plus l’histoire se complexifie, et je trouve qu’elle évite toujours les clichés et le manichéisme, pour mon plus grand plaisir. Sarasa, qui prend l’identité de son frère mort Tatara pour maintenir la rébellion contre le souverain et les différents rois gérant les régions du pays, se rend vite compte qu’un soulèvement a besoin d’une figure forte pour les porter, mais que cela ne suffit pas, chaque personne est essentielle pour changer les choses. Le fait de devoir maintenir une fausse identité lui causera également des soucis, car elle a l’impression de se perdre, elle a dû « tuer » Sarasa pour devenir l’espoir du peuple libre ; il n’y a que lorsqu’elle est avec Shuri qu’elle peut être elle-même. Concernant le Roi rouge (qui est en fait Shuri), ennemi mortel de Tatara, sa position n’est que le fruit des événements, et il effectuera tout un travail sur lui-même pour changer son état d’esprit et faire oublier ses crimes passés. Exemple en est d’une scène impressionnante vers le tome 11, où Shuri a une crise existentielle en se demandant pourquoi il veut vraiment chasser le souverain du trône et être Empereur.
La relation amoureuse entre les deux personnages principaux, qui ignorent leurs vraies identités, est un point important de l’histoire mais n’en est pas le point central, aussi la romance est très peu présente, cela rassurera ceux qui n’en sont pas très friands.
Concernant le dessin, il soulève parfois des réactions hypodermiques peu compréhensibles : oui, il est spécial et daté, certains diront approximatif mais d’autres auteurs comme Yoshihiro Togashi ont un style tout aussi approximatif sans que personne y trouve à redire. Et puis certains passages un peu embrouillés sont compensés par des magnifiques doubles pages, et des choix de mise en scène où Yumi Tamura démontre tout l’étendue de son talent. Quoi qu’il en soit, on reconnaît son trait entre mille, ce qui est l’apanage des grands artistes.
Je ne peux pas trop en raconter sans dévoiler des pans de l’intrigue, mais Basara soulève tout au long de ses 27 tomes (25 tomes d’histoires principale plus deux tomes d’histoires bonus d’excellente qualité) des questionnements très intéressants sur la liberté, la démocratie, la volonté, la sexualité, la guerre, la liberté des journalistes, etc. Basara est une œuvre complète qui mélange de l’aventure, de l’action, de l’amour, du drame, de la violence, de l’humour, avec une grande agilité.
Ce qui fait également le sel de ce manga est son impressionnante galerie de personnages (plus d’une centaine) ayant tous une personnalité bien définie, aucun n’est laissé de côté dans le déroulement de l’histoire. Pour ma part, j’aime beaucoup Chacha, la chef des pirates rencontrée dans le tome 3, et également Sarasa/Tatara qui est un personnage très fouillé ; elle est forte et déterminée, mais elle se donne le droit de douter, de pleurer, de faire des erreurs, car elle est humaine. Mais mon personnage favori est sans conteste Papillon de Nuit (Ageha en VO), un être fascinant, tantôt homme tantôt femme, guerrier du désert et premier allié de Tatara/Sarasa, partisan de la démocratie, sans pitié avec les ennemis de la paix, un observateur du monde aspirant à devenir acteur de celui-ci. Il a aussi une relation trouble avec Shido, le bras droit du Roi Rouge, qui ajoute du drame et du piment à son personnage. C’est probablement l’un des plus beaux personnages tout mangas confondus pour moi.
Au final, lire Basara a été une si belle expérience que cela m’a redonné envie de lire des mangas alors que je les avais délaissés depuis plusieurs années. Un souffle indescriptible traverse cette grande aventure, si bien que le dernier volume fermé, les yeux humides, on a l’impression de revenir d’un long et merveilleux voyage.
Huhuuuhuuhuuh !!! Le voilà l'album LSD de ce début d'année ! "I hate fairyland" nous sort l'artillerie lourde pour taper juste et fort !
Si le jeu du contraste entre un univers "flashypopguimauve" et un personnage principal hors cadre, bourrin et grossier n'est pas nouveau, quand c'est fait de si belle manière, on ne peut que saluer cette réussite. Car notre jeune Gertrude catapultée dans ce Fairyland du haut de ses 6 ans est aussi peu douée pour retrouver la clé qui lui permettrait de retrouver son monde qu'elle excelle à coller des coups de hache. Faut dire qu'au bout de 27 ans à rester coincée dans son corps de 6, on comprend qu'elle puisse jurer la "poupinette" ! Ce qui est d'ailleurs un des ressorts comique de la série, puisque tous les jurons sont édulcorés façon pâtisserie ou sucrerie, "petit monde féérique" oblige :P
J'ai également beaucoup apprécié son "ange gardien", une espèce de mouche défoncée qui lui sert de Jimini Cricket ; un excellent faire valoir du personnage principal à l'humour décapant qui permettent à l'auteur de nous gratifier de dialogues assez hallucinants !
Côté dessin Skottie Young accorde son trait et sa palette à cet univers à la Alice où "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil... ou presque !". Couleurs flashies, trait marqué voire caricatural, tout est fait pour accentuer les contrastes nécessaires au ressort de son récit et c'est très réussi !
Alors si l'envie de passer un gros moment de détente dans un univers déglingué avec des personnages pas piqués des hannetons, "I hate fairyland" est fait pour vous ! Il y a longtemps que je m'étais pas autant marré avec une série BD ! Hâte de lire la suite !
*** tomes 2 à 4 ***
Passé la surprise totale du premier tome et les bon mots et gags en cascade, Skottie Young poursuit sa série sur la même verve mais avec il faut le dire une perte d'efficacité au fil des tomes. Le tome 4 est même assez décevant comparé au plaisir jubilatoire que m'avait procuré le premier.
Mais bon, tout n'est pas a jeter, loin de là et je maintiens ma note de 4/5 même si tout cet ensemble foutraque sent quand même l'improvisation au long cours traversé par quelques éclairs de génie :)
Bref, une série improbable qui aura eu le mérite d'avoir une conclusion (ce qui n'était pas gagné je pense ^^) avec laquelle on dépose le cerveau pour quelques bonnes tranches (bien saignantes) de rigolade !
Grandiose et essentiel
Si un jour l'on m'avait dit que je lirais quasi d'une traite une BD de près de 320 pages sur une histoire de la révolution française j'aurais bien rigolé.
Mais quelle somme, cet ouvrage prévu en trois tomes est une véritable tuerie sans jeu de mot. Mettons d'abord en avant la prouesse graphique tant le dessin de Florent Grouazel est exceptionnel de richesse de détails. c'est tout bonnement incroyable la minutie qui est apportée aux décors, aux costumes et la vision d'un Paris ou se mêlent les classes sociales en ces jours d'incertitudes.
Pour ce qui est du scénario disons le d’emblée il est touffu ce qui ne veut pas dire illisible, l'on suit plusieurs personnages réels ou fictifs qui nous entrainent à leur suite dans le tourbillon des évènements de janvier à octobre 1789 au jour du vote de la loi martiale par l'Assemblée nationale. Notons d'ailleurs que tous ces personnages sont rendus attachants par les auteurs. Pas de parti pris, nous vivons en temps réel les évènements; séances à l'Assemblée balbutiante, tractations ou complots divers dans les salons dorés de la noblesse ou les arrières salles des cafés.
Chose amusante ou pas il est assez fascinant de lire les discours d'alors qui ont un écho avec notre époque et les évènements actuels dans notre beau pays, je fais référence au mouvement des gilets jaunes, mais pas que, d'autres voix sont à coller sur des noms bien connus.
Pour ma part cette BD parfaitement documentée et moderne dans son approche devrait faire date elle est hautement recommandable.
J'avais beaucoup aimé Le Voyage des Pères, première époque...
Avec le second cycle, nous sommes 1500 ans en arrière, à l'époque de Moïse. Ratte applique la même recette, nous montrer cette période importante des saintes Ecritures par le petit bout de la lorgnette ; ici, un riche propriétaire égyptien qui cherche à avoir une descendance et dont la route croise celle d'une jeune Juive, Libi.
Il y a toujours ce ton joyeusement anachronique, ces situations et ces dialogues savoureux qui ont fait le succès de la série-mère. Ca me plaît bien, même si l'intrigue est resserrée autour de deux prsonnages, quatre si on compte le pharaon et Moïse.
Pour l'occasion c'est Myriam Lavialle qui prend en charge les couleurs, et la différence est bien marquée avec le premier cycle ; c'est plus vif, moins pastel, mais toujours aussi agréable à l'oeil.
Jean Doux et le mystère de la disquette molle, c'est une série que j'ai eu envie de lire dès les premiers avis que j'ai lus sur le site. Un an plus tard, après avoir longtemps repoussé l'achat, notamment en raison du prix tout de même un peu corsé, j'ai fini par craquer, le fait de l'avoir trouvé en occasion aidant.
Et, fait assez rare pour le souligner, je n'ai pas été déçu. Souvent, quand j'en attends beaucoup d'une bd, c'est ce qui m'arrive. Mais là, je me suis laissé embarquer avec bonheur dans ce récit totalement barré.
Jean Doux, c'est l'Aventure avec un grand A. Cet employé d'une entreprise de broyeuse à papier découvre une disquette molle des années 70 qui va lui permettre de remonter la trace de la broyeuse ultime, celle de niveau 12 (rendez vous compte, le niveau 6 permet déjà une découpe ultra fine!!). Comme dit dans les avis précédents, on est dans l'absurde total, et ça marche très bien. Philippe Valette nous entraîne dans un récit qui mêle humour et aventure avec maîtrise tout du long, et mine de rien, ce n'est pas si courant. D'un côté, on est ravi par l'humour présent à chaque coin de page et de l'autre, on est embarqué dans l'aventure de Jean Doux et curieux de connaitre la suite. Bien sûr, il y a quelques gags qui m'ont moins plu que les autres (le coup du tuba par exemple), mais la plupart sont vraiment marrants. Les dialogues y sont pour beaucoup : ils sont percutants, caricaturaux mais pas trop et décalés. Le ton est toujours juste, et il y a certaines pépites au travers des 250 (!) pages de cet album en format à l'italienne.
Et le dessin, même si on ne peut pas dire qu'il soit beau, colle parfaitement à l'ambiance. Les petites mimiques de Jean Doux lorsqu'il est étonné ou stressé sont vraiment bien, elles sont drôles et expressives. Le côté cubique des personnages leur confère une originalité particulière, et finalement le résultat est assez agréable à l'oeil.
Non, franchement, un très bon album sans fausses notes.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Biguden
(Avertissement : j'accorde toujours plus d'importance au scénario qu'au dessin) Goulwen, 8 ans, vit en Bretagne avec sa maman, une jeune femme moderne, et sa grand-mère, une authentique bigoudène, un peu méchante il faut bien le dire. Ils vivent en bord de mer. C'est d'ailleurs sur la plage que Goulwen, en s'y promenant en solitaire, découvre une jeune asiatique sensiblement du même âge que lui, vraisemblablement une japonaise, échouée avec son petit voilier dans un piteux état. Elle est inconsciente, à moitié noyée. Goulwen réussit à la ranimer, et c'est là que démarre l'aventure. Car c'est dans une véritable aventure que Stanis… Stan Silas nous emporte. La gamine s'exprime dans une langue que Goulwen ne comprend pas, évidemment. Le "médecin" du village arrive à déterminer que c'est une étrangère (woow, perspicace le gars), à quoi Goulwen rétorque "du Morbihan ou des Côtes d'Armor ?". Le ton est donné, vous l'aurez compris les dialogues sont bourrés d'humour, le scénario est plein de finesse, cette trilogie est un véritable régal, un bonbon que l'on suce plutôt que l'on croque pour faire durer le plaisir. Mémé a deux amies également bigoudènes, et ces trois là ont une idée derrière la tête. Stan Silas réussit ce tour de force de mêler le folklore breton à l'insertion de la petite asiatique dans son nouveau monde, alors que des bribes de mémoires sur sa vie de l'autre côté de l'océan lui reviennent au fil des jours. Tout cela avec un vrai scénario fort intriguant et un humour omniprésent. Nous avons même droit à un rebondissement, tendre et cocasse à la fois. L'auteur a une créativité débordante et qualitative. Il nous délivre un panel de personnages secondaires tous plus sympathiques les uns que les autres (même si certains ne le sont pas trop, sympathiques), on s'y attache, prend plaisir à les retrouver, un vrai bonheur. Il fallait oser ce mixage nippo-breton, Stan Silas l'a fait ; plus difficile, il fallait réussir cette alchimie, il a accompli la mission avec brio. Malgré un dessin assez simple, du genre de celui qu'on voit dans des BD plutôt humoristiques, mâtiné d'un esprit manga, l'auteur réussit à bien nous transmettre les émotions des personnages (la mère de Goulwen est terrible :D ). Le trait est tonique, les scènes d'action bien rendues, les couleurs bien choisies, l'adéquation parfaite avec le propos. Rares sont les auteurs qui réussissent la prouesse de manier aussi bien la plume et le pinceau, Bourgeon est un maître en la matière pour moi (que je n'ai pas encore eu l'occasion d'aviser, d'ailleurs), Stan Silas est de ceux-là. Mon premier 5* pour ce petit bijou de série que je ne peux que vous encourager à découvrir, et que je prendrai plaisir à relire dans quelques années. 18 / 20
Aujourd'hui est un beau jour pour mourir
En voilà une très bonne surprise ! Cet album pétri de références et autres clins d'oeil réalisé de bout en bout par Colo (que je découvre avec cet opus) force le respect ! C'est un thriller prenant qu'on ne lâche pas avant de parvenir à la fin de ses 380 pages ! Alors oui, on peut y trouver un petit air de V pour Vendetta revisité, une petite touche d'apocalypse très en vogue en ce moment, des traits un peu forcés sur certains points du scénarios ou des partis pris un peu radicaux. Mais alors ? Si c'est très bien mené, pourquoi bouder son plaisir ? Car autre point fort, c'est l'originalité du dessin, très personnel et qui ajoute à la singularité de cet album. Surpris à la lecture des première page, j'ai vite été happé par ce trait un peu forcé mais très dynamique et sa colorisation particulière. C'est ensuite ce découpage très cinématographique et la narration menée tambour battants qui nous tient en haleine jusqu'à la fin ! Voilà un TRES bon album qui mérite plus qu'une lecture et davantage de reconnaissance ! A lire !
Les Tableaux de l'ombre
Après Florida, récit épique et ultra-documenté sur un épisode sanglant et tragique de la colonisation française dans le Nouveau monde, Jean Dytar s’est offert une respiration avec cet album jeunesse, qui pourra tout aussi bien plaire au plus grand nombre. En tant qu’enseignant en arts plastiques, il paraissait naturel que l’auteur lyonnais publie un tel ouvrage. Et c’est une vraie réussite ! Partie prenante du projet avec les Editions Delcourt, le Musée du Louvre ne s’y est pas trompé. Avec ces « Tableaux de l’ombre », Jean Dytar réussit à nous émerveiller en piochant dans ses souvenirs d’enfance. Marqué par une œuvre d’Anthonie Palamedes, « L’Allégorie des cinq sens », à un moment où il s’était perdu lors d’une visite du célèbre musée avec sa classe, il lui redonne une visibilité qui, selon lui, n’est pas moins justifiée que d’autres peintures. Lorsque l’auteur avait découvert les personnages des cinq petits tableaux composant l’œuvre, il se souvient qu’il s’était senti d’un seul coup moins seul, comme si une connivence s’était établie. Pour le petit Jean, ces minuscules êtres, « tout petits, tout moches », étaient littéralement vivants ! C’est donc, on l’aura compris, le point de départ de cette bande dessinée extrêmement attachante. Très rapidement, la magie opère. Au départ figés sur leur canevas, harassés par des journées interminables suppurant l’ennui, les cinq compagnons (Le Goût, le Toucher, l’Ouïe, l’Odorat et la Vue) vont commencer, sous nos yeux ébahis, à s’animer et attendre la nuit pour sortir de leur cadre. Lassés de l’indifférence des visiteurs et du mépris de leurs congénères plus en vue, ces « exclus » vont être conduits à s’associer à d’autres, qui comme eux, n’en peuvent plus de leurs conditions de parias. La révolte gronde dans les couloirs du Louvre ! Difficile de tarir d’éloges devant cette production, tant elle se distingue par son originalité, sur la forme mais aussi sur le fond. Le trait rond et engageant de Jean Dytar, cet aspect graphique agréablement patiné, y sont pour beaucoup. La bonne idée, c’est d’avoir respecté l’échelle des personnages des tableaux, ce qui résonne avec l’univers mythologique où il est de coutume que les géants côtoient les nains… Quel bonheur également de découvrir la Joconde en femme-tronc se déplaçant en chaise roulante, telle une vieille actrice fatiguée dissimulant sa lassitude derrière ses lunettes noires ! Jean Dytar se permet même un joli clin d’œil à son confrère Marc-Antoine Mathieu dans une mise en abyme extrêmement bien trouvée dont on ne révélera rien ici… Pour ce qui est du fond, le mérite de l’auteur de La Vision de Bacchus est de poser de façon très pertinente la question relative au succès d’une œuvre d’art, à travers notamment notre fameuse Joconde pluricentenaire. Depuis l’ « invention » des selfies, nul doute que celle-ci a vu sa cote de popularité grimper. Mais à l’heure des réseaux sociaux et de ses buzz incessants, on peut légitimement se demander si les gens viennent l’admirer juste parce qu’elle est célèbre ou en raison de ses qualités artistiques… La réponse se trouve hélas en grande partie dans la question… De façon à la fois ingénieuse et espiègle, Jean Dytar va remettre tout cela en perspective, masquant derrière l’humour ce constat quelque peu navrant… Néanmoins, si l’on veut voir le bon côté des choses, c’est que ce petit album très ludique, qui regorge de trouvailles et de références, pourrait bien amener le jeune public à s’intéresser à l’art en franchissant les portes du Louvre. De plus, Monsieur Dytar ne prend pas ses lecteurs pour des crétins. Il a su au contraire allier pédagogie et légèreté, se gardant bien de donner des leçons de bon goût. On pourrait même se dire qu’ils en ont de la chance, ses élèves ! Une fois de plus, cet auteur a su convaincre de son talent avec ces « Tableaux de l’ombre », son quatrième opus, dans une biblio qui ne compte aucun faux pas. Un coup de cœur à découvrir de toute urgence !
Un destin de trouveur
Après le magnifique La Malédiction de Gustave Babel qui ouvrait le bal des récit des contes de la Pieuvre, Gess récidive avec un deuxième album évoluant dans ce même univers du Paris de la fin du XIXe. Période de transition par excellence où l'Histoire et les histoires s’entremêlent, Gess joue de ce dense tissu historique français pour nous concocter un univers singulier d'une grande richesse. Ce sont d'abord tout ces personnages d'une grande richesse et profondeur dont certains possèdent des talents incroyables. Cette petite touche de fantastique donne à l'ensemble toute sa cohésion et son originalité en jouant sur les légendes urbaines en nous embarquant dans une histoire forte et sanglante où les familles des principaux protagonistes vont y laisser plus que quelques plumes... Le rythme est soutenu, la narration prenante, on est vite embarqué dans cette histoire d'enlèvement où Emile Farges notre héros va devoir sortir de sa zone de confort pour sauver sa famille. Les digressions sur les passés des personnages qui ponctuent l'album viennent donner de l'épaisseur à l'ensemble sans parasiter pour autant l'ensemble. Du point de vue graphique Gess affirme son style dans un écrin bien pensé et soigné qui donne à sa BD toute la tenue nécessaire pour notre plus grand plaisir. Un très bon moment de lecture que je ne peu qu'encourager à lire !
Prestige de l'uniforme
Traiter de la genèse des Super-héros n'est pas une entrée inédite en la matière notamment depuis les années 80 et l'école Moore-Miller et leurs œuvres fondatrices respectives. Pourtant la scénariste Loo Hui Phang propose un point de vue audacieux en s’immisçant dans le quotidien d'un loser qui a tout loupé, de sa vie familiale sur le point d'imploser et d'un quotidien professionnel écrasant et pessimiste. Le trait charbonneux de Hugues Micol rappelant par moments celui de Blutch appuie tout à fait un scénario anxiogène : les couleurs sont ternes afin de plomber encore plus un destin qui échappe à tout contrôle. Un grand pouvoir engage de grandes responsabilités. C'est ici tout à fait le contraire : Paul Forvolino travaille dans une entreprise pharmaceutique à une cadence infernale. Les employés sont socialement désignés par la couleur de la blouse qu'ils portent. Sa vie de couple n'est pas des plus sereines. Il ne voit sa gamine qu'au coucher et réchauffe régulièrement ses plats pendant que son épouse Rebecca trompe cet ennui conjugal par des pratiques libertines Sado Maso. C'est à la suite d'une fausse manipulation à base de lichen que Paul va muer en une espèce d'être bleu rappelant Docteur Manhattan. Il lui sera par ensuite impossible de vivre normalement avec ce nouveau corps. Adieu boulot et libido, Paul va se terrer comme une bête incomprise jusqu'au déclic final qui fera de lui un héros ou un éternel solitaire ? Malgré quelques facilités, il faut prendre Le Prestige de l'Uniforme pour ce qu'il est et n'a jamais cessé d'être : un conte social d'une extrême noirceur. Plus proche de l'adaptation de La Mouche par Cronenberg que de Spider-Man (dont Paul emprunte le masque pour cacher sa nouvelle apparence), ce récit est à la fois d'une poésie extrême avec de savoureux dialogues qu'un constat amer sur l'isolement. Le couple Paul-Rebecca est parfaitement mis en lumière et sans concessions. Hugues Micol se révèle une fois de plus l'artiste idéal pour illustrer cette histoire. Certains de ses cadrages (notamment lors de la transformation/rêverie) sont tout simplement époustouflants. On peut regretter certains choix mais pas la direction artistique qui fait du Prestige de l'Uniforme une pépite comme on peut rarement en lire. Dommage que la couverture de la réédition en fera fuir plus d'un, les autres lecteurs qui passeront ce cap vont se retrouver avec un condensé de dépression sous haute tension. La fin est de surcroît juste parfaite.
Basara
Basara est un manga de Yumi Tamura (et l’un des plus grands succès de l’autrice, qui s’était fait connaître avec la série Tomoe Ga Yuku ! quelques années plus tôt), publié dans le magazine Betsucomi de l’éditeur Shogakukan entre 1990 et 1998. Cette bande dessinée est un classique du manga des années 90 et a eu un énorme succès au Japon. Le manga a été publié en France entre 2001 et 2006 par Kana ; il s’agit historiquement du tout premier shojo publié par l’éditeur. Si l’on devait résumer Basara en un mot, ce serait : épique. En effet ce manga mélange à merveille les deux mondes : les intrigues politiques et grandes batailles d’un violent monde post-apocalyptique, et le savoir-faire du shojo, c’est-à-dire une psychologie très fouillée de chaque personnage et de leurs sentiments, notamment amoureux, mais pas que. Si vous pensez que les shonens sont épiques, dites vous que Basara est encore plus épique qu’eux. La plupart des gens ont du mal à passer le cap du premier tome, mais j’ai tout de suite trouvé la série intéressante, pour ensuite devenir addict dès le tome 2. Si un sentiment de déjà-vu et de cliché peut survenir dans le premier tome, c’est parce que Basara EST le manga ayant pavé la voie pour le reste des shojos d’aventure des années 90, son influence est considérable. Plus on avance dans la série et plus l’histoire se complexifie, et je trouve qu’elle évite toujours les clichés et le manichéisme, pour mon plus grand plaisir. Sarasa, qui prend l’identité de son frère mort Tatara pour maintenir la rébellion contre le souverain et les différents rois gérant les régions du pays, se rend vite compte qu’un soulèvement a besoin d’une figure forte pour les porter, mais que cela ne suffit pas, chaque personne est essentielle pour changer les choses. Le fait de devoir maintenir une fausse identité lui causera également des soucis, car elle a l’impression de se perdre, elle a dû « tuer » Sarasa pour devenir l’espoir du peuple libre ; il n’y a que lorsqu’elle est avec Shuri qu’elle peut être elle-même. Concernant le Roi rouge (qui est en fait Shuri), ennemi mortel de Tatara, sa position n’est que le fruit des événements, et il effectuera tout un travail sur lui-même pour changer son état d’esprit et faire oublier ses crimes passés. Exemple en est d’une scène impressionnante vers le tome 11, où Shuri a une crise existentielle en se demandant pourquoi il veut vraiment chasser le souverain du trône et être Empereur. La relation amoureuse entre les deux personnages principaux, qui ignorent leurs vraies identités, est un point important de l’histoire mais n’en est pas le point central, aussi la romance est très peu présente, cela rassurera ceux qui n’en sont pas très friands. Concernant le dessin, il soulève parfois des réactions hypodermiques peu compréhensibles : oui, il est spécial et daté, certains diront approximatif mais d’autres auteurs comme Yoshihiro Togashi ont un style tout aussi approximatif sans que personne y trouve à redire. Et puis certains passages un peu embrouillés sont compensés par des magnifiques doubles pages, et des choix de mise en scène où Yumi Tamura démontre tout l’étendue de son talent. Quoi qu’il en soit, on reconnaît son trait entre mille, ce qui est l’apanage des grands artistes. Je ne peux pas trop en raconter sans dévoiler des pans de l’intrigue, mais Basara soulève tout au long de ses 27 tomes (25 tomes d’histoires principale plus deux tomes d’histoires bonus d’excellente qualité) des questionnements très intéressants sur la liberté, la démocratie, la volonté, la sexualité, la guerre, la liberté des journalistes, etc. Basara est une œuvre complète qui mélange de l’aventure, de l’action, de l’amour, du drame, de la violence, de l’humour, avec une grande agilité. Ce qui fait également le sel de ce manga est son impressionnante galerie de personnages (plus d’une centaine) ayant tous une personnalité bien définie, aucun n’est laissé de côté dans le déroulement de l’histoire. Pour ma part, j’aime beaucoup Chacha, la chef des pirates rencontrée dans le tome 3, et également Sarasa/Tatara qui est un personnage très fouillé ; elle est forte et déterminée, mais elle se donne le droit de douter, de pleurer, de faire des erreurs, car elle est humaine. Mais mon personnage favori est sans conteste Papillon de Nuit (Ageha en VO), un être fascinant, tantôt homme tantôt femme, guerrier du désert et premier allié de Tatara/Sarasa, partisan de la démocratie, sans pitié avec les ennemis de la paix, un observateur du monde aspirant à devenir acteur de celui-ci. Il a aussi une relation trouble avec Shido, le bras droit du Roi Rouge, qui ajoute du drame et du piment à son personnage. C’est probablement l’un des plus beaux personnages tout mangas confondus pour moi. Au final, lire Basara a été une si belle expérience que cela m’a redonné envie de lire des mangas alors que je les avais délaissés depuis plusieurs années. Un souffle indescriptible traverse cette grande aventure, si bien que le dernier volume fermé, les yeux humides, on a l’impression de revenir d’un long et merveilleux voyage.
I hate fairyland
Huhuuuhuuhuuh !!! Le voilà l'album LSD de ce début d'année ! "I hate fairyland" nous sort l'artillerie lourde pour taper juste et fort ! Si le jeu du contraste entre un univers "flashypopguimauve" et un personnage principal hors cadre, bourrin et grossier n'est pas nouveau, quand c'est fait de si belle manière, on ne peut que saluer cette réussite. Car notre jeune Gertrude catapultée dans ce Fairyland du haut de ses 6 ans est aussi peu douée pour retrouver la clé qui lui permettrait de retrouver son monde qu'elle excelle à coller des coups de hache. Faut dire qu'au bout de 27 ans à rester coincée dans son corps de 6, on comprend qu'elle puisse jurer la "poupinette" ! Ce qui est d'ailleurs un des ressorts comique de la série, puisque tous les jurons sont édulcorés façon pâtisserie ou sucrerie, "petit monde féérique" oblige :P J'ai également beaucoup apprécié son "ange gardien", une espèce de mouche défoncée qui lui sert de Jimini Cricket ; un excellent faire valoir du personnage principal à l'humour décapant qui permettent à l'auteur de nous gratifier de dialogues assez hallucinants ! Côté dessin Skottie Young accorde son trait et sa palette à cet univers à la Alice où "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil... ou presque !". Couleurs flashies, trait marqué voire caricatural, tout est fait pour accentuer les contrastes nécessaires au ressort de son récit et c'est très réussi ! Alors si l'envie de passer un gros moment de détente dans un univers déglingué avec des personnages pas piqués des hannetons, "I hate fairyland" est fait pour vous ! Il y a longtemps que je m'étais pas autant marré avec une série BD ! Hâte de lire la suite ! *** tomes 2 à 4 *** Passé la surprise totale du premier tome et les bon mots et gags en cascade, Skottie Young poursuit sa série sur la même verve mais avec il faut le dire une perte d'efficacité au fil des tomes. Le tome 4 est même assez décevant comparé au plaisir jubilatoire que m'avait procuré le premier. Mais bon, tout n'est pas a jeter, loin de là et je maintiens ma note de 4/5 même si tout cet ensemble foutraque sent quand même l'improvisation au long cours traversé par quelques éclairs de génie :) Bref, une série improbable qui aura eu le mérite d'avoir une conclusion (ce qui n'était pas gagné je pense ^^) avec laquelle on dépose le cerveau pour quelques bonnes tranches (bien saignantes) de rigolade !
Révolution (Locard / Grouazel)
Grandiose et essentiel Si un jour l'on m'avait dit que je lirais quasi d'une traite une BD de près de 320 pages sur une histoire de la révolution française j'aurais bien rigolé. Mais quelle somme, cet ouvrage prévu en trois tomes est une véritable tuerie sans jeu de mot. Mettons d'abord en avant la prouesse graphique tant le dessin de Florent Grouazel est exceptionnel de richesse de détails. c'est tout bonnement incroyable la minutie qui est apportée aux décors, aux costumes et la vision d'un Paris ou se mêlent les classes sociales en ces jours d'incertitudes. Pour ce qui est du scénario disons le d’emblée il est touffu ce qui ne veut pas dire illisible, l'on suit plusieurs personnages réels ou fictifs qui nous entrainent à leur suite dans le tourbillon des évènements de janvier à octobre 1789 au jour du vote de la loi martiale par l'Assemblée nationale. Notons d'ailleurs que tous ces personnages sont rendus attachants par les auteurs. Pas de parti pris, nous vivons en temps réel les évènements; séances à l'Assemblée balbutiante, tractations ou complots divers dans les salons dorés de la noblesse ou les arrières salles des cafés. Chose amusante ou pas il est assez fascinant de lire les discours d'alors qui ont un écho avec notre époque et les évènements actuels dans notre beau pays, je fais référence au mouvement des gilets jaunes, mais pas que, d'autres voix sont à coller sur des noms bien connus. Pour ma part cette BD parfaitement documentée et moderne dans son approche devrait faire date elle est hautement recommandable.
Le Voyage des Pères - L'Exode selon Yona
J'avais beaucoup aimé Le Voyage des Pères, première époque... Avec le second cycle, nous sommes 1500 ans en arrière, à l'époque de Moïse. Ratte applique la même recette, nous montrer cette période importante des saintes Ecritures par le petit bout de la lorgnette ; ici, un riche propriétaire égyptien qui cherche à avoir une descendance et dont la route croise celle d'une jeune Juive, Libi. Il y a toujours ce ton joyeusement anachronique, ces situations et ces dialogues savoureux qui ont fait le succès de la série-mère. Ca me plaît bien, même si l'intrigue est resserrée autour de deux prsonnages, quatre si on compte le pharaon et Moïse. Pour l'occasion c'est Myriam Lavialle qui prend en charge les couleurs, et la différence est bien marquée avec le premier cycle ; c'est plus vif, moins pastel, mais toujours aussi agréable à l'oeil.
Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle
Jean Doux et le mystère de la disquette molle, c'est une série que j'ai eu envie de lire dès les premiers avis que j'ai lus sur le site. Un an plus tard, après avoir longtemps repoussé l'achat, notamment en raison du prix tout de même un peu corsé, j'ai fini par craquer, le fait de l'avoir trouvé en occasion aidant. Et, fait assez rare pour le souligner, je n'ai pas été déçu. Souvent, quand j'en attends beaucoup d'une bd, c'est ce qui m'arrive. Mais là, je me suis laissé embarquer avec bonheur dans ce récit totalement barré. Jean Doux, c'est l'Aventure avec un grand A. Cet employé d'une entreprise de broyeuse à papier découvre une disquette molle des années 70 qui va lui permettre de remonter la trace de la broyeuse ultime, celle de niveau 12 (rendez vous compte, le niveau 6 permet déjà une découpe ultra fine!!). Comme dit dans les avis précédents, on est dans l'absurde total, et ça marche très bien. Philippe Valette nous entraîne dans un récit qui mêle humour et aventure avec maîtrise tout du long, et mine de rien, ce n'est pas si courant. D'un côté, on est ravi par l'humour présent à chaque coin de page et de l'autre, on est embarqué dans l'aventure de Jean Doux et curieux de connaitre la suite. Bien sûr, il y a quelques gags qui m'ont moins plu que les autres (le coup du tuba par exemple), mais la plupart sont vraiment marrants. Les dialogues y sont pour beaucoup : ils sont percutants, caricaturaux mais pas trop et décalés. Le ton est toujours juste, et il y a certaines pépites au travers des 250 (!) pages de cet album en format à l'italienne. Et le dessin, même si on ne peut pas dire qu'il soit beau, colle parfaitement à l'ambiance. Les petites mimiques de Jean Doux lorsqu'il est étonné ou stressé sont vraiment bien, elles sont drôles et expressives. Le côté cubique des personnages leur confère une originalité particulière, et finalement le résultat est assez agréable à l'oeil. Non, franchement, un très bon album sans fausses notes.