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Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mandela et le général
Mandela et le général

John Carlin et Oriol Malet signent avec cet album une des biographies les plus intéressantes qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps. Tout du moins, c'est une biographie partielle dont il s'agit plutôt, mais qui traite de l'un des moments clés de la vie de Nelson Mandela : sa libération en 1990 et les tractations qu'il va devoir alors mener pour éviter à l'Afrique du Sud de basculer dans une guerre civile. Car si la libération de Nelson Mandela en 1990 résonne pour beaucoup comme la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, il faudra encore cinq ans au pays pour sortir de ce système discriminatoire de la pire espèce. Cet ouvrage nous permet d'appréhender toute la finesse et la diplomatie que Nelson Mandela va devoir déployer envers le général Viljoen. Ce dernier, issu d'une famille d'afrikaners, va faire carrière dans l'armée et monter les échelons pour finir général ; il prend finalement sa retraite et se retire dans sa ferme familiale. C'est là que les chefs d’extrême droite des différentes milices qui ont commencées à se former mais sont divisées vont venir le chercher pour lui proposer de prendre la tête de cette pseudo armée pour empêcher que l'apartheid ne tombe. Le pays est alors prêt à exploser, avec d'un côté cette armée de type néo-nazi et de l'autre des radicaux noirs qui veulent aussi en découdre pour gagner le pouvoir. Malgré tout cela, Nelson Mandela réussira au fil de rencontres discrètes avec le général Viljoen à lui faire comprendre que l'intérêt supérieur du pays réside dans le fait d'empêcher l'affrontement d'avoir lieu. Reste à ce dernier à faire passer le message dans son camps ce qui ne fut, on l'imagine, pas chose aisée. John Carlin, grand reporter international pour le quotidien espagnol El Pais nous propose un récit limpide et saisissant de ce moment clé de l'histoire de l'Afrique du Sud. Étant correspondant de presse pour le journal The Independant à l'époque, c'est sur le terrain et en ayant eu la chance d'interviewer Nelson Mandela qu'il tire sa matière pour nous restituer l'essentiel. La narration est impeccable, et le trait singulier de l'auteur espagnol Oriol Malet est juste parfait pour nous rendre compte de cette période charnière. Son trait et son encrage épais est mis en valeur par une colorisation déroutante au début mais d'une grande subtilité. En effet son noir et blanc est juste colorisé d'aplats de gris, de rouge ou d'orange qui mettent en valeur les détails importants de certaines scènes et de certaines cases. Voilà donc un album que je recommande chaudement pour tous les curieux de l'histoire de ce pays, de ce grand bonhomme que fût Nelson Mandela et cet inconnu que fût aussi le général Viljoen, mais sans qui l'Afrique du Sud ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.

14/11/2018 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Malaterre
Malaterre

A quarante ans, Pierre-Henry Gomont est devenu, en l’espace de six albums publiés en moins d’une décennie, une figure incontournable du 9ème art, et ce dernier opus ne fait que confirmer ce statut. Si Pereira prétend, qui avait rencontré un certain succès, était une adaptation de roman, « Malaterre » relève plutôt de l’autobiographie. En effet, pour concevoir ce one-shot, l’auteur s’est inspiré de sa propre famille tout en resituant les événements et les lieux par rapport à la réalité, les personnages de l’album eux-mêmes « des agrégats de plein de personnages réels », comme il le dit dans une interview. Avec un scénario extrêmement bien charpenté, des personnages également très bien campés, P.-H. Gomont réussit à nous embarquer totalement dans cette « aventure » au parfum d’exotisme, en majeure partie grâce à ce personnage haut en couleurs qu’est Gabriel Lesaffre et qui constitue la force gravitationnelle du récit, omniprésent même dans les scènes où il est absent. Tout détestable soit-il, l’homme exerce une fascination puissante sur son entourage, sans que l’on puisse vraiment l’expliquer. En premier lieu, ses deux aînés, arrachés à leur mère suite à une action en justice du père pour obtenir leur garde, alors que ce dernier, aimant l’argent et la vie facile, a rarement été présent dans le passé. La mère restera seule à Paris avec le plus jeune enfant, les aînés Mathilde et Simon suivant leur père sans broncher vers cette destination exotique, l’Afrique équatoriale, dont ils ne connaissent rien. Une fois sur place, ils découvriront en pleine jungle le vaste domaine que Gabriel a racheté suite à la faillite des illustres aïeux dans les années 1920 : une imposante demeure coloniale, une serre monumentale ainsi qu’une scierie. Gabriel s’est mis en tête de restaurer et entretenir le patrimoine familial pour le léguer plus tard à ses enfants, dont il exige en retour qu’ils en soient les dignes héritiers. Dans les premiers temps, ceux-ci seront vite envoûtés par la beauté des lieux et l’environnement luxuriant. Une nouvelle liberté va s’offrir à eux dans cet endroit paradisiaque, contrastant fortement avec la grisaille parisienne. Très vite, ils seront contraints par leur père de suivre leurs études dans le lycée français d’une ville côtière. Plus ou moins livrés à eux-mêmes, ces adolescents s’endurciront au contact de leurs nouveaux amis, et feront malgré eux l’apprentissage de la vie, sans parents, préférant leur nouvelle vie à un retour à Paris, même s’ils finissent par honnir ce père caractériel. Absent comme à son habitude, Gabriel ne les verra plus qu’occasionnellement. En effet, obsédé par son projet, il dirige de façon chaotique le domaine, en jouant plus sur l’esbroufe qui lui a d’ailleurs permis de s’enrichir que grâce à ses compétences de gestionnaire, plus que limitées. Et d’avance, on pressent que tout cela est voué à l’échec… Côté dessin, on est servis ! P.-H. Gomont maîtrise parfaitement son coup de crayon. Par les poses ou les expressions du visage, il sait faire ressortir les traits de caractère et les humeurs des protagonistes. À l’image du tumultueux Gabriel, le mouvement est permanent dans cette épopée virevoltante. De façon pertinente et audacieuse, l’auteur exploite pleinement les codes de la BD. C’est surtout la représentation du père qui frappe le lecteur. Les yeux exorbités de Gabriel et son visage émacié trahissent son désordre intérieur, renforcés par cette cigarette crachant des flammes plutôt que de la fumée, telle une extension organique de lui-même. L’ambiance graphique est bien différente du placide Pereira prétend. Tour à tour lumineux et sombre, l’environnement exotique, très bien représenté dans son foisonnement, accompagne parfaitement cette histoire de passion humaine où les gouffres psychiques ne sont jamais loin. Inévitablement, on pense à l’œuvre de James Conrad, « Au cœur des ténèbres », où là encore la jungle africaine semblait agir comme révélateur des pulsions enfouies de l’Homme blanc. Une jungle réfractaire et incompatible avec l’esprit de conquête, qui finit toujours par engloutir ceux qui cherchent à la dompter, telle une malédiction lancée par les dieux de la forêt. Et Gabriel n’y échappera pas davantage, malgré toute l’énergie qu’il aura déployée pour maintenir à flot son frêle esquif « mal sur terre », perdu dans l’immensité forestière. Il faut ajouter à tout cela la plaisante tournure littéraire des textes, qui contribue à ériger « Malaterre » comme une référence parmi tout ce que le roman graphique a produit de meilleur. D’ailleurs, le talent narratif dont fait preuve Gomont n’est pas sans rappeler le maître dans sa catégorie, j’ai nommé Will Eisner… L’émotion n’est pas absente, en particulier vers la fin, et celle-ci est d’autant plus puissante qu’elle reste sobre, sans pathos. Car au final, le personnage de Gabriel révèle un côté attachant avec sa folie et ses paradoxes, une fragilité qu’il masque bien souvent derrière sa colère. Ses enfants, dans leur détestation commune, réalisent qu’au fond ils l’aimaient ce père que l’on voit mourir au début de ce récit en forme de flashback. Un père hors du commun qui suivait ses instincts envers et contre tout, en lutte contre tout le monde mais aussi contre lui-même. Que l’on aimerait avoir à lire plus souvent de tels ouvrages ! Symbiose parfaite entre bande dessinée et littérature, ce récit flamboyant place la barre très haut, ne négligeant aucun aspect tant dans le fond que dans la forme. Pour faire simple, P.-H. Gomont nous offre avec « Malaterre » un véritable chef d’œuvre à qui l’on peut souhaiter tout le succès qu’il mérite.

10/11/2018 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Bloodborne
Bloodborne

Hit incontesté du jeu vidéo depuis sa sortie en 2015, Bloodborne n'est pourtant pas à considérer comme un titre grand public fédérateur. En incombe son ambiance horrifique particulière bercée par un mélange d'influences lovecraftiennes et victoriennes mais surtout une attention de tous les moments tant sa difficulté légendaire a pu repousser plus d'un joueur occasionnel. L’assistanat n'étant pas de mise dans sa prise en main, le monde décrit dans Bloodborne n'est pas en reste avec une histoire des plus cryptiques et aux interprétations les plus diverses. Il s'agit en condensé d'une chasse aux monstres dans une nuit de pleine lune sans fin où se côtoient humains infectés belliqueux et entités surnaturelles proches des Grands Anciens. Résolument très gore et brutal dans ses affrontements, le sang joue un rôle essentiel dans le sens où il s'agit à la fois d'une malédiction qui avilit les âmes humaines et leur permet également de côtoyer les divinités. Est-ce la réalité ? Un rêve permanent ou un cauchemar ? Ales Kot, grand fan du jeu, s'est battu pour s'attribuer les droits de cette adaptation officielle qui se veut davantage une vision personnelle de cet univers bien particulier qu'une parfaite adaptation ou d'un énième produit dérivé. Et c'est peut-être là où le bat blesse car tout lecteur séduit par cet univers se sentira irrémédiablement perdu dans une histoire truffée de références aux joueurs et dont il faudra surmonter les premières pages énigmatiques pour mieux s'en détacher par la suite et offrir un récit mélancolique transcendé par le travail graphique exemplaire d'un Piotr Kowalski en état de grâce. Bloodborne raconte la nuit de cauchemar éternelle d'une chasseuse dont on ignorera jusqu'au nom et presque jusqu'à sa propre apparence masquée sous ses oripeaux de guerrière. Ignorant même son propre passé, la Chasseuse se contente de survivre à une nuit de massacre sans fin en acceptant même sa propre mort pour apprendre de ses erreurs et recommencer sa tâche : guider une enfant élue à la peau blafarde et aux pouvoirs psychiques surnaturels vers un monde meilleur. Exit donc les superbes massacres des premières pages vers une ballade nous entrainant aux confins de la solitude dans d'écrasants décors sans vie. En reprenant le style romantique de Caspar David Friedrich, Kowalski propose de superbes planches dont la menace sourde ou invisible n'est jamais très loin. De cette histoire sans fin (comme le film du même nom), Kot s'approprie un jeu video pour en faire sien son univers: il y a quelque chose d'hypnotique et de hautement séduisant dans cette histoire aux contours aussi flous qu'effrayants. Sans disposer volontairement de toutes les clés pour en saisir toutes les subtilités, il est fortement conseillé de s'abandonner à cet univers très sombre pour n'en retenir que les qualités, Bloodborne plaira davantage finalement aux amateurs de Lovecraft qu'aux férus de Playstation et ce n'est pas forcément pour nous déplaire.

08/11/2018 (modifier)
Par Essi
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Double 7
Double 7

Enfin ! Enfin un nouvel album de Yann & Juillard consacré à l'aviation. Si vous avez aimé Mezek, foncez ! C'est de la même qualité. Un choix original de traiter des épisodes assez peu connus autour de la 2nde Guerre Mondiale : Mezek nous emmenait sur les terres du tout jeune Etat d'Israël juste après guerre. Double 7 nous invite à découvrir la Guerre d'Espagne. J'avais découvert Juillard comme tout le monde au travers du cultissime Les 7 vies de l'épervier. Mezek m'avait enchanté. Si ce double 7 confirme une volonté de sortir encore d'autres One Shot sur l'époque moderne on va continuer à se régaler !

07/11/2018 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Intisar en exil
Intisar en exil

Avec l'album La Voiture d'Intisar moi qui était resté sur un avis positif mais très en retrait à cause d'un graphisme pas du tout à mon goût, c'est LA bonne surprise avec ce nouvel opus des tribulations de notre yéménite préférée mis en scène par le toujours très bon Pedro Riera, mais qui confie cette fois-ci le dessin à un nouvel auteur, Sagar. Et pour moi ça change tout ! D'une part parce que le trait de Sagar est ce qui manquait à l'album précédent et que sa mise en couleur est tout simplement sublime. On est pleinement immergé dans le quotidien d'Intisar, on ressent l'amour de son pays le Yemen malgré sa condition de femme, mais aussi celle de la Jordanie où elle a du s'exiler. Et c'est toute la réussite une nouvelle fois de cet album qui derrière le personnage fictif mais très inspiré d'Intisar nous fait comprendre à travers son quotidien tous les enjeux sociétaux et politiques de cette région complexe. Mis sur le devant de la scène internationale ces derniers jours après l'assassinat d'un journaliste dans son consulat, l'Arabie Saoudite qui mène cette guerre au Yemen est placée face à ses responsabilités et ses absurdités macabres. Les Yéménites (qui en ont les moyens) en sont réduits à l’exil, dont une grande partie se fait vers la Jordanie. Intisar est l'une de ces exilés... J'ai beaucoup apprécié la construction du récit qui derrière moult anecdotes qui pourraient sembler triviales, permettent surtout de comprendre la réalité et le quotidien des femmes au Yemen. Réalité toute en contradictions avec d'un côté la chape de plomb religieuse qui pèse sur elles en société et ce qu'elles font grâce aux réseau sociaux en intimité par exemple. C'est ce plafond de verre que voudrait bien pouvoir briser Intisar pour pouvoir enfin vivre librement. Et c'est paradoxalement ce que va timidement permettre cette guerre tragique : se libérer de l'emprise masculine qui les maintient dans cette condition. Alors ne voyons pas pour autant cette guerre comme une "bénédiction", mais permet-elle au moins aux femmes de desserrer la bride qu'elles subissent au quotidien. Un très bon album que je recommande chaudement pour son intelligence et tout autant pour son graphisme chaleureux et expressif qui sied parfaitement à notre chère Intisar et son pays.

05/11/2018 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Pereira prétend
Pereira prétend

Il est toujours difficile de juger l’adaptation d’une œuvre que l’on n’a pas lue, mais à en juger par la qualité de cette bande dessinée, le materiau "Sostiene Pereira" a quelques atouts pour y contribuer. L’écrivain italien Antonio Tabucchi, dont le Portugal était la seconde patrie, évoque à travers ce roman l’engagement politique et la responsabilité de chacun face à un contexte politique particulier, en l’occurrence ici la dictature qui a sévi près de quarante années dans la péninsule ibérique. Le livre et son principal protagoniste, le Pereira du titre, sont d’ailleurs devenus une référence pour les opposants à Berlusconi dans l’Italie des années 90. Tabucchi y cite une théorie à la fois séduisante et troublante, celle des « médecins-philosophes » selon laquelle il y a plusieurs âmes cohabitant en l’Homme. Celles-ci délibèrent pour imposer un moi hégémonique qui définira le contour de sa personnalité, jusqu’à ce qu’un autre moi prenne sa place... Pierre-Henri Gomont, dessinateur et accessoirement scénariste, a non seulement donné corps au personnage de Pereira avec un certain brio, mais s’est complètement approprié ce livre d’un auteur engagé, démontrant indubitablement son admiration pour ce dernier. Gomont reprend les codes du neuvième art avec originalité et humour en se gardant de tout académisme. Il possède un trait semi réaliste flamboyant et dynamique, restituant avec bonheur, grâce à une colorisation très bien sentie, l’ambiance chaude et lumineuse de la « ville aux sept collines » avec son tram sillonnant le quartier pittoresque de l’Alfama. De façon nuancée, il a su rendre le personnage pataud de Pereira attachant dans ses questionnements existentiels et son obsession pour la mort. Avec « Pereira prétend », ce bédéaste au style très affirmé n’en est pas à son coup d’essai (il s’agit de son sixième album depuis 2011) et n’est pas très loin du coup de maître… Cette adaptation réussie n’est d’ailleurs pas passée inaperçue lors de sa sortie en 2016, récompensée notamment par le Grand prix RTL de la bande dessinée. Un auteur que l’on va donc forcément suivre avec intérêt…

27/10/2018 (modifier)
Par McClure
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Serena
Serena

Oh la très belle BD que voici. Adaptation d'un roman dont je ne connais rien, je me suis plongé dans cette oeuvre qui va nous dépeindre une femme forte dans un environnement et une époque où elles étaient plus reléguées à la portion congrue. Pemberton est le propriétaire d'une concession de bûcheronnage dans les Smoky Mountains, Caroline du Nord au début des années 30. Il va faire débarquer dans cet îlot de sueur, de sang et de mecs son épouse, Serena. Et loin de l'image d'Epinal de la femme précieuse, celle ci va d'abord se révéler une redoutable manager avant, progressivement, d'avaler ce cher Pemberton dans son ambition démesurée, en laissant ici puis là les cadavres des gens qui la dérangent. Ce qui est prégnant avec Serena, c'est qu'elle n'a aucun scrupule, aucun remord. Une personne est utile ou pas. Et si elle devient inutile, elle est mieux morte. A l'image de sa façon de gérer le cas de Galloway qui perd sa main, elle se révèle redoutable dans la lecture de l'âme humaine, elle qui semble en être dépourvue. Pemberton va d'abord suivre cette soif d'ambition et de pouvoir, avant lui aussi finalement de lâcher. La force du récit, outre la peinture de cette femme incroyable (belle, blessée, redoutable et froide), est aussi de souligner, par touches ténues mais subtiles, la grande dépression et ses conséquences sur l'emploi et les conditions sociales de l'époque, renforcée par une Amérique encore marquée par la violence où les explorateurs économiques remplacent progressivement les cowboys. De même, nous y découvrons l'absence totale d'équilibre pour l'homme blanc entre dollars et gestion maîtrisée de l'environnement. Ici, une forêt est rasée puis on se déplace, à l'instar de crickets à 2 pattes. Le dessin n'est pas très joli de prime abord. Pour autant il n'est pas non plus désagréable et il va finalement s'avérer excellemment choisi pour "optimiser" les éléments climatiques, pour démonter cette massive déforestation, pour amplifier les comportements et caractères des protagonistes. Vraiment du très très bon.

24/10/2018 (modifier)
Couverture de la série Le Reste du monde
Le Reste du monde

Chauzy nous livre sa vision du monde post-apocalyptique tel que souvent exploré dans les récits de genre. Et si sa vision n’a rien de révolutionnaire, il n’empêche que son récit a réussi à m’accrocher au point que j’attends maintenant chaque nouveau tome avec impatience. Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, il y a l’aspect visuel du récit. Et là, clairement, certaines planches fichent le tournis tant elles ont une gueule infernale ! Notamment la scène du déluge orageux en pleine montagne qui sonne véritablement le début des hostilités. La composition et les couleurs choisies m’ont immergé dans cette nature fascinante et effrayante à la fois. Mais si ces scènes grandioses existent, elles ne composent pas la majeure partie de l’album, l’accent étant souvent mis sur les relations entre les personnages. Là aussi, Chauzy livre un beau travail même si moins spectaculaire. Les personnages sont bien typés, expressifs, vivants. Les compositions sont bien pensées, toujours lisibles, bien équilibrées. Le découpage ne casse jamais le rythme du récit. Du point de vue visuel, je pense que nous sommes face à une très grande bande dessinée. Du point de vue du scénario, je trouve que la série est peut-être un peu en-deçà du niveau que son aspect visuel laissait espérer. Non que ce soit mauvais, loin de là même, mais ce scénario n’offre fondamentalement pas grand-chose d’original. Le destin de cette mère de famille et de ses enfants est prenant mais pas poignant. On s’attache aux personnages sans qu’ils ne nous deviennent proches. Pourtant, les rebondissements ne manquent pas et le travail sur la psychologie de certains personnages est très intéressant. En conséquence, le scénario tient la route, la progression narrative est bien maîtrisée mais il manque ce choc qui m’émouvrait au point de réellement craindre pour les personnages. Après trois tomes, je continue de rester témoin de cette histoire. J’aime la lire, j’attends le prochain tome avec impatience… mais je ne peux pas dire que je me sente proche des personnages comme c’est le cas pour d’autres séries. En résumé, voici une très bonne série, avec un dessin parfois tout simplement grandiose et un scénario certes classique mais qui, dans le genre post-apocalyptique, fait mieux que simplement tenir la route. Cerise sur le gâteau : le premier diptyque nous offre une conclusion satisfaisante. Du coup, si vous n’accrochez pas, il n’est pas obligatoire de continuer l’aventure. Ceci dit, le troisième tome est très bon et offre l’un ou l’autre rebondissement qui me fait penser que vous rateriez quelque chose si vous vous en arrêtiez là… Mieux que « pas mal » mais « franchement bien » est peut-être un peu excessif. Bien, tout simplement bien. A lire et à posséder.

16/01/2017 (MAJ le 18/10/2018) (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Andy & Gina
Andy & Gina

Andy et Gina pourrait passer pour une ènième série Fluide Glacial que l'on pouvait lire dans le mensuel avec ces petites histoires de quelques pages pour passer le temps et sourire sans s'en remémorer davantage une fois le canard refermé. Il n'en est rien. Andy et Gina est une série singulière et unique pour un public bien particulier friand d'histoires (très) drôles, (très) gore et (très) trash. La série a ainsi perduré sur 5 tomes enfin réunis dans une jolie intégrale bardée d'inédits et la mettant à la disposition de tous. De tous ? Pas vraiment, il faut avoir le coeur accroché devant les tribulations de cette famille dégénérée dont chaque membre a du être amputé d'une grande partie de ses neurones. Andy est un petit garçon d'une dizaine d'années avec une certaine sensibilité mise à mal par sa soeur à peine plus agée qui l'utilise à toutes fins possibles et impossibles en n'ayant pas une seule idée politiquement correcte en tête. Leurs parents ne sont pas en reste avec un clone raté d'Elvis Presley sur ses vieux jours (comprenez obèse et ridicule) qui aurait un certain penchant pour l'alcool, le sexe et aucune responsabilité parentale. Ginette, la mère, est un peu en retrait et va être très sérieusement amputée de la plupart des membres de son corps. On y ajoute Roudoudou le Loup Garou Vegan et un oncle efféminé pour parfaire le tableau et tenir une famille de bargeots aux moeurs déplacées qui ferait passer la Famille Adams pour une fratrie catholique. De cet immense n'importe quoi, Relom trouve toujours les bonnes intrigues pour déclencher les zygomatiques quitte à pousser très loin le curseur dans les situations absurdes les plus démentes ! On en redemanderait presque et on comprend mieux pourquoi Lupano l'a choisi pour illustrer Traquemage. Le dessin est dans le pur jus Fluide Glacial avec ce défilé de trognes pas possibles et achève de faire de Andy & Gina un pur moment de lecture ludique culte. Andy & Gina a beau être méconnu du grand public et à ne pas mettre dans toutes les mains, cette intégrale offre une occasion unique et complète de redécouvrir ce summum de l'humour trash et également de comprendre le mode de reproduction des petits lapins en tome4 :)

12/10/2018 (modifier)
Couverture de la série Anent - Nouvelles des Indiens jivaros
Anent - Nouvelles des Indiens jivaros

Cet album est une petite perle. J’avais découvert son auteur via le tome 1 du « Petit traité d'écologie sauvage », un album très original qui nous propose d’inverser deux univers, les animistes étant aux commandes de nos sociétés. En découlaient situations cocasses et absurdes, qui prêtaient à rire tout en nous obligeant à réfléchir sur notre perception du monde et notre place sur la terre. Anent est le versant « sérieux » du travail de l’auteur, ethnologue, philosophe et dessinateur de talent. Il nous relate ici son séjour chez les Achuars, peuple jivaro vivant au cœur de la forêt amazonienne. Mais « sérieux » ne veut pas dire « dénué d’humour », l’auteur pratiquant régulièrement l’autodérision. Ce qui m’a d’abord marqué, c’est l’intelligence avec laquelle Alessandro Pignocchi utilise son dessin pour faire passer un message. Il alterne en effet des styles différents qui figurent avec finesse le niveau de compréhension entre les deux cultures. Au début, deux styles bien distincts. Puis un seul style dans lequel cohabitent les deux styles mais sans que la fusion ne soit parfaite. Enfin, un style propre dans lequel la couleur fait son apparition. A chaque changement de style correspond une évolution dans la compréhension par Alessandro Pignocchi du mode de pensée, et de vie, des Achuars. Des fourvoiements du début succèdent la compréhension puis l’assimilation. Au niveau de l’usage du dessin pour transmettre une idée, c’est digne à mes yeux d’un Scott McCloud ou du duo d’Enfin Libre : original et intelligent. Et comme, en plus, le gaillard sait tenir un pinceau, certaines planches sont de pures splendeurs. Particulièrement celles qui illustrent des oiseaux, que je trouve magnifiques de précision et de vie, Alessandro Pignocchi parvenant à combiner la rigueur du trait à l’art de la suggestion par l’absence de traits. Quant au contenu, il est intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord, parce que se développant sur deux époques, il permet de montrer l’évolution (ou la dévolution, question de point de vue) de la culture Achuar au contact de nos cultures occidentales. Ensuite, parce que, alors que comme lecteur, on se dit que cette culture est en net recul, l’auteur va nous montrer le contraire grâce à certains aspects de cette culture –dont les fameux anent, qui donnent leur nom à cet album- avec une explosion finale où l’on se dit que, à nouveau (à l’image du premier séjour de l’auteur en Amazonie), on a failli passer complètement à côté. Enfin, parce que les anecdotes surprenantes et amusantes se succèdent, relançant régulièrement notre curiosité et notre envie de finir ce copieux bouquin. Intelligent, très bien illustré, amusant à l’occasion… voici un très beau récit sur la rencontre entre un ethnologue curieux et ouvert et un peuple qui n'a pas encore oublié qu'il n'était qu'un élément parmi tant d'autres de la planète Terre.

11/10/2018 (modifier)