"Ta fille s’est noyée lors de ta première tentative d’embarquer sur un canot.. Et toi, tu pues.
Tes parents priaient à l’église quand une bombe de Boko Haram les a fait sauter avec les bibles, les crucifix et tous les autres symboles d’un dieu auquel tu ne crois plus... Tu as traversé le désert pour sauver ta peau, mais ils t'ont arrêté... Et tu pues."
Voici l'un des extraits de cette BD qui prend aux tripes. Des passages comme cela, il y en a des dizaines et des dizaines.
"Libye" raconte le quotidien des Libyens à partir de 2011, la période "post-Kadhafi". Le tout est raconté selon divers points de vue : le garde-côte, la mère de famille, la milice, l'Erythréenne qui tente de passer en Italie... Il s'agit d'un documentaire qui ne nous donne pas l'impression d'en être un. Tout est raconté avec une puissance des mots, avec une cruelle vérité qui dérange. Le tout, appuyé par un dessin en noir et blanc juste et précis. Je dis juste, car on ne tombe pas dans le gore et trash pour autant. Vu ce qui est raconté, les auteurs auraient pu faire le choix de nous montrer des scènes choquantes et traumatisantes visuellement, or ce n'est pas le cas. Mais attention, on montre bien des scènes de massacres, d'esclavagisme et diverses autres horreurs, mais sans tomber dans le trash inutile.
Avant ma lecture, je n'avais que de vagues connaissances sur le sujet, celles qu'on obtient en regardant le JT de 20h. J'ai donc été plus d'une fois surpris, bouleversé dans mes croyances. Par exemple, je ne m'imaginais pas une seconde que de nombreux Libyens regrettaient l'époque Kadhafi. Mais au vu des événements postérieurs à Kadhafi, je ne peux que le comprendre dorénavant. Cette BD remet énormément d'éléments à leur place, recontextualise et apporte un regard nouveau (en tout cas pour moi, petit homme blanc privilégié) sur la Libye de 2011 à 2019.
Cette lecture est accessible à tout le monde. Elle ne nécessite aucune connaissance au préalable.
Voilà encore une BD qui devrait faire partie du programme scolaire des plus grands.
4 étoiles + coup de cœur
MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Aaah...Canardo.
C'est noir, c'est cynique voire carrément crado parfois mais tellement bon.
Les pérégrinations de ce privé désabusé (voire complètement dépressif) ont de quoi troubler le lecteur non averti qui pensait lire des histoires de roman policier de gare...
La grande force de cette série, c'est qu'elle laisse au second plan le côté policier/détective justement et met en avant les personnages et les situations cruelles ou sombres dans lesquelles ils évoluent.
Le dessin de Sokal est très bon même si je préfère celui des premiers tomes, plus chargé, plus chaotique, plus sombre, car je trouve qu'il correspond mieux à l'univers dans lequel évolue notre pauvre canard détective.
Les tomes sont inégaux mais il y a de vraies perles et certaines histoires sont juste excellentes.
A lire si vous aimez les canards cyniques en imper ! (vous ne le savez pas encore, mais vous aimez sûrement)
Salut,
J'ai été très surpris de voir tant de mauvaises critiques à propos de ce manga qui, à mon sens, rempli parfaitement son cahier des charges.
Tout d'abord je trouve que le sujet traité, à savoir la conquête spatiale, est fait de façon très réaliste tant dans ses dessins de très bonne qualité, que dans l'approche physique ou sociale.
Ensuite, j'aime beaucoup la trame narrative et l’évolution en parallèle des deux protagonistes qui, bien que pouvant paraitre clichés par certains traits de caractère exacerbés, sont bien représentatifs des puissances politiques qu'ils symbolisent.
Là ou je rejoins les précédentes critiques, c'est sur le fait que le manga manque un peu de finesse parfois et montre une vulgarité souvent gratuite ; mais pour ceux qui ont lu d'autres œuvres de Ohtagaki Yasuo, je pense que vous reconnaitrez son style, on aime ou pas, personnellement, je n'ai rien contre une scène un peu beauf de temps en temps.
En conclusion, je pense que ce manga tient un vrai propos sur la géopolitique mondiale autour de la thématique de la conquête spatiale mais que malheureusement il n'a pas eu la chance de le développer jusqu'au bout vu que la publication s'est stoppée au 11eme tome.
En tout cas, si vous aimez les mangas avec des dessins de qualité avec une histoire un peu sérieuse, du sexe et des vaisseaux spatiaux, foncez.
PANINI, publiez la suite svp qu'on puisse connaitre la fin de l'histoire
Mon avis datait de 2006 et avait besoin d'être mis à jour car la série Les Nombrils est devenue quelque chose de bien plus mature, profond et intéressant que les simples albums de gags qu'elle était initialement.
Cette BD a été créée en 2004. Ses auteurs sont québécois, compagnons dans la vie, et elle est parue dans le Journal de Spirou dans la mouvance de la rubrique "33, rue Carambole", je pense. C'était une BD qui se voulait moderne, destinée plutôt aux filles mais que les garçons ne rechigneront pas à lire. De même que les adultes car je la lis avec plaisir.
Les gags tournent autour de 3 héroïnes. Quand on les découvre, Vicky et Jenny sont deux petites con... heu... chipies superficielles, mignonnes mais sans cervelle, qui ne pensent qu'à draguer et à se faire belles. Et il a fallu qu'elles aient pour... amie, Karine, trop grande, trop naïve, trop maigre et pas féminine pour un sou, qui leur sert bien trop souvent de souffre-douleur. Autant les personnages des deux premières sont irritants au possible, autant celui de la pauvre Karine est attachant comme tout à mes yeux. Quand les gags ne tournent pas autour des plans drague des filles, ils tournent le plus souvent autour de la façon dont Karine va une fois de plus s'en prendre plein la face, la pauvre. C'est un zeste d'humour noir qui me fait facilement rire ou sourire. Quant au dessin, il est bon, dynamique, frais et moderne.
Si cela s'était arrêté là, cela aurait donné une série d'humour sympathique mais pas inoubliable. Mais les auteurs ont décidé de faire évoluer l'esprit de leur série et de ses personnages au fil des tomes. Les différentes péripéties quotidiennes que vivent les héroïnes vont transformer leurs vies et leurs caractères. Les successions de gags vont peu à peu former de vraies histoires, avec parfois même un réel suspens voire du danger. Et surtout les héroïnes vont changer au fur et à mesure, avec avant tout la souffre-douleur Karine qui va fortement gagner en maturité, mais les deux autres aussi vont gagner en profondeur et devenir à la fois plus attachantes et surtout plus intéressantes.
Les Nombrils est devenue avec le temps une excellente série pour adolescents mais aussi pour un public plus adulte, avec des personnages finalement bien plus complexes qu'ils ne le laissaient paraitre au premier abord. Par le biais de l'humour et des aventures qui se forment, elle va permettre à ses auteurs d'aborder des thèmes finalement sérieux et surtout très intéressants et humains. Je la conseille sans hésiter !
3.5
Tiens je réécris mon avis vu que la série a bien changé depuis.
Je me souviens d'avoir découvert la série dans le magazine québécois Safarir et que j'étais bien content de voir la série traverser l'océan Atlantique. D'ailleurs je pense que c'est vers cette époque qu'on a vu plus de québécois édité chez des éditeurs français ou belges comme Jacques Lamontagne que je lisais aussi dans Safarir, mais passons. J'avais tout de suite bien aimé le dessin, mais le scénario me laissait perplexe parce que si l'humour vache fonctionnait bien, il y avait un coté énervant à voir cette pauvre Karine être le souffre douleur de ses deux soi-disant amies.
Puis la série a évolué au fil des tomes et est devenue plus qu'une suite de gags. Il y a de vraies histoires qui se construisent et on a même droit à du thriller dans le tome 6. Les auteurs font évoluer les personnages et si je comprends que certains lecteurs n'aiment pas ça, mais moi je trouve ça original de voir des personnages d'une série humoristique évoluer au lieu de rester prisonniers d'un rôle et de faire les mêmes choses à chaque album. Les auteurs abordent plusieurs problèmes sans tomber dans le moralisant et il y a toujours des surprises.
En fait, le seul reproche que je peux faire est que pour une série humoristique, cela ne me fait pas trop rire ! Je souris souvent, mais je ne ris pas au éclats, mais cela ne me dérange pas parce que j'adore cet univers, les personnages et j'ai hâte de voir ce qui va leur arriver !
Qu'est-ce qui fait qu'une lecture est remarquable ?
Un certain nombre de critères, sans doute. En l'occurrence, quand une lecture a marqué son lecteur et qu'il y pense toujours après quelques temps, quand il se dit que, quand même, il y a dans cette histoire de la richesse, de la matière et ce même si elle n'est pas forcément facile d'accès, quand, ayant lu ce livre il se dit que oui, il va vouloir le relire, et quand l'ayant emprunté il se dit que oui, il va l'acheter, alors sans doute peut-on considérer que cette lecture a été remarquable.
Pourtant je ne savais pas à quoi m'attendre. Les ambiances colorées assez monochromatiques par chapitre m'ont tout de suite plu. Le dessin aussi, fin, précis, soigné, avec des personnages ayant de vraies gueules. Même si j'ai plus loin été un peu déçu quand pour les têtes des personnages il devenait plus doux et moins réaliste, j'ai été époustouflé par les scène marines de toute beauté, avec ce bateau aux prises avec les vagues rageuses.
Mais ce qui est le plus marquant pour moi, c'est bien sûr le personnage de Loup Larsen. Terrifiant, détestable, insaisissable. Capitaine despote s'arrogeant le droit de vie, de mort et de souffrance sur son équipage, embarquer sur son navire revient à entrer dans un enfer sur mer. Personnage d'une brutalité sans nom, représenté comme une bête sauvage ou un démon ou encore un titan, manipulateur, il s'avérera pourtant cultivé, presqu'autant que Humphrey Van Weyden.
Et ce point est très intéressant, car d'abord perçu comme une brute par nature, Loup Larsen se révèle une brute par choix. Désabusé, nihiliste. On aura donc non seulement une dichotomie sur la civilisation et la domination par la force - la loi de la nature - mais aussi et peut-être surtout sur la moralité ou son absence, l'amoralité.
Humphrey et le capitaine semblent d'abord être aussi éloignés l'un de l'autre qu'il est possible de l'être. Pourtant ils seront étroitement liés, et Humphrey sera fortement influencé par le capitaine. Personnage poli, civilisé et pour tout dire intellectuel bourgeois imbu de lui-même, il ne sortira de cette histoire qu'en portant la marque indélébile de ce capitaine.
Vous ferez peut-être quelque chose de votre vie finalement ! Déjà vous commencez à marcher par vous-même, lui dit d'ailleurs ce dernier.
En refermant ce livre aux ambiances fortes, au discours brutal et implacable, aux idées sombres et violentes, j'ai vraiment eu le sentiment d'une lecture riche et marquante. C'est donc avec grand plaisir que je l'ai choisi pour mon 1000ème avis.
N'étant pas un grand amateur de westerns, mais attiré par cette couverture sombre et farouche, j'ai immédiatement su en feuilletant les premières pages que je repartirais avec cet album sous le bras.
Rarement un dessin m'aura subjugué comme celui-ci, et le premier chapitre fut un bonheur à lire. Pour son dessin éblouissant, ses gueules réalistes et magnifiquement expressives, ses ambiances colorées très contrastées, et pour l'histoire qu'il parvient à raconter de façon limpide en trois pages seulement.
Mais il ne s'agissait là que de l'introduction.
Le récit va s'ancrer dans une fin de 19ème siècle qui voit le chemin de fer mettre au chômage les cow boys. C'est sur cette prémisse elle aussi limpide que va se construire cette histoire. Histoire d'un bouleversement, d'un monde qui change, d'une époque qui s'achève. Histoire d'hommes pris dans cette tourmente qui luttent pour survivre.
Le décor farouche du western, avec ses codes brutaux, se prêtait sans doute impeccablement bien à une telle histoire.
Mais ici cette brutalité, toile de fond latente et omniprésente, ne sera pas gratuite. Si un événement déclencheur va la libérer et si elle va prospérer dans un enchaînement implacable, tous les protagonistes ont leur motivation. Et je reste admiratif devant la facilité avec laquelle on comprend ces personnages, archétypaux mais pas caricaturaux, sans qu'ils aient besoin d'aligner plus de trois phrases.
L'épilogue m'a laissé un peu dubitatif sur le coup. Mais en y repensant, il est très beau et, donnant une note d'espoir parmi toute cette violence, ouvrant sur ce nouveau monde qui après tous ces soubresauts aura retrouvé un peu de paix, offre à ce western une morale qui ne dénoterait pas dans un conte.
Western crépusculaire et magistral, vous a-t-on dit. Je confirme, et j'aime.
Note réelle : 4,5 / 5, et je pousse avec joie jusqu'à 5.
La bande dessinée me casse les roubignolles actuellement. Ce n'est un secret probablement pour personne. Je passe beaucoup moins de temps à lire et donc à venir chroniquer par ici pour x raisons qui je l'espère s'estomperont. Pourtant il était difficile en 2019 de passer au travers de cette grosse sortie de rentrée.
Pensez-donc, une œuvre à 4 mains du dessinateur de Blacksad, série devenue très rapidement culte par la seule force de ses dessins animaliers détaillés de toute beauté d'une part et d'autre part du scénariste d'autres séries remarquables avec également des bestioles douées de paroles dont je ne vais pas vous faire l'affront de vous les citer naïvement. Si vous n'avez pas lu Garulfo ou De Capes et de.... OUPS ! Je l'ai dit ! Et bien arrêtez la lecture de mon humble critique pour vous gorger des bons mots de Maître Ayroles dans les titres qui ont fait la gloire de ce grand monsieur.
Les autres ont surement donc lu Les Indes Fourbes et n'ont pas attendu aussi longtemps que moi pour avoir leur avis. Mais qu'importe, je vais enfin donner le mien qui peut se résumer en peu de choses : pourquoi ai-je attendu autant de temps pour lire ce petit bijou ? (d'autant que je le possède depuis sa sortie ahem).
Et surtout, comment ai-je pu ne pas être spoilé bêtement de cette intrigue à tiroirs ce qui aurait probablement bien gâché cette lecture vierge de tout ressenti.
Car je ne peux que conseiller, non même de recommander à la plupart des âmes curieuses et tout aussi vierges que moi de se jeter sans aucune retenue dans ce récit sans aucune influence extérieure, quelle qu'elle soit. Les auteurs laissent déjà bien trop d'indices parsemés par ici ou par cela. On retrouve l'intérêt du papa d'Eusèbe le lapin pour les mises en scène théâtrales et autres farces dignes de Molière.
Le récit des tristes mésaventures de Pablos qui constitue le premier acte et une bonne partie du récit (un copieux 160 pages livré en un seul tome complet) n'est qu'une mise en bouche où l'humour de la situation se dispute au ridicule et à la cruauté des hommes.
Désirant faire fortune en Amérique du Sud que l'on appelait encore les Indes au XVIIème siècle, notre malandrin n'a décidément pas beaucoup de chance ou du moins c'est ce que l'on suppose.
En quête d'un Eldorado qui pourrait établir sa gloire, Pablos va rencontrer tout un tas de personnages qui vont l'élever ou le rabaisser. La mise en scène en histoires imbriquées pourrait être pénible à suivre mais Ayrolles qui insuffle un tel souffle et un tel rythme qu'il est difficile de couper sa lecture.
Et lorsqu'arrivent les second et troisième actes bien plus courts mais ô combien jubilatoires, on arrive en fin de lecture avec le sourire aux lèvres et surtout l'envie de tout relire immédiatement pour déceler certaines fourberies.
Ai-je parlé du dessin ? Non mais il est magnifique. Guarnido prouve en deux temps trois mouvements qu'il peut dessiner autre chose que des polars félins et il le fait très bien (sa double page en aquarelle regorge de détails de toute beauté) et ne faiblit jamais. On sent ces deux auteurs s'amuser énormément. Peu importe certaines ficelles scénaristiques, j'ai passé un excellent moment et vous savez quoi ? Oubliez ma première phrase. ^^
Les années 1960 furent vraiment l'âge d'or de la bande dessinée... Je songe toujours avec nostalgie à cette époque où n'importe quel lecteur pouvait découvrir chaque semaine de nouvelles planches inédites des plus grands auteurs de bandes dessinées. Et même quand il s'agit d'œuvres considérées comme mineures, on a affaire à de vraies pépites !
Ainsi de cette série cosignée de Goscinny et Godard. Cette collaboration de deux auteurs détonants ne pouvait que produire des étincelles et c'est ici bien le cas. Le principe est simple : reprendre les codes du théâtre de Guignol et en faire des histoires courtes déclinant la rivalité entre un gendarme et un bandit, comme le fit pour le cinéma Ni vu... ni connu... (avec Louis de Funès et Moustache).
Goscinny s'approprie ces codes avec une aisance habituelle. Certes, l'humour pourra parfois paraître facile, car les règles du Guignol n'ont jamais été très élaborées et fonctionnent toujours sur le même schéma : un gentil brigand cherche à échapper aux ruses d'un gendarme gentil aussi, mais un peu bête. Néanmoins, si les auteurs reprennent ce schéma avec beaucoup de fidélité, ils savent le faire évoluer pendant ces 8 histoires courtes : ainsi, on verra parfois le gendarme et le brigand s'allier provisoirement, ou bien le brigand tout faire pour entrer en prison (pour un motif bien particulier) tandis que le gendarme, vexé par cet apparent renoncement, fait tout pour l'en chasser.
Le ton de tout cela est vraiment bon enfant, et nous propose des récits parfois attendus mais parfois plus surprenants. Le récit court Bottaclou mène l'enquête m'a d'ailleurs occasionné un de mes rares vrais fous rires en lisant une BD, de par son hilarante résolution. On voit que René Goscinny continue de rôder la mécanique comique qui le poussera à produire deux ans plus tard sa série la plus folle, le célèbre Iznogoud.
Ainsi donc, on est dans de la BD purement humoristique, qui ne cherche pas à développer ses personnages ou ses enquêtes, mais c'est tout de même extrêmement bien ficelé, avec parfois même un souci du détail très poussé, que ce soit dans le scénario ou le dessin. Au niveau du dessin, d'ailleurs, rien à dire, la ligne est agréable à l'oeil, Godard est déjà entré dans sa période de maturité, et nous propose un dessin très sûr et très bon.
Non, vraiment, ça s'appelle bel et bien une pépite méconnue, où deux des plus grands auteurs de la bande dessinée franco-belge illustrent toute l'étendue de leur génie comique. Ce n'est pas leur œuvre la plus incroyable, peut-être, mais cela ne l'empêche pas d'être d'un excellent niveau !
Oh le bel ouvrage tout en délicatesse que voilà. Enfin "délicatesse", il faut le dire vite car cette histoire va faire preuve d'une violence assez inouïe mais je n'en dirai pas plus...
J'entends par "délicatesse", la façon dont est racontée l'histoire tout en subtilité et surtout la beauté du trait d'Olivier Grenson ainsi que sa manière de représenter ses personnages. J'aime m'attarder sur leurs gestes, leurs regards expressifs, touchants parfois terrifiants suivant les circonstances et leurs postures justes qui communiquent beaucoup de choses en ce qui me concerne. Je ressens cela aussi avec le style de Servais, c'est ainsi, question de sensibilité personnelle sans doute.
Grenson avait déjà fleurté avec le drame psychologique dans La Femme accident parue au éditions Dupuis en 2008 et il récidive ici en compagnie de son épouse Sylvie Roge dont c'est la première bande dessinée. Pour une première, c'est assez réussi, la lecture se fait sans accroc, la mise en scène est soignée, claire et la tension dramatique monte de plusieurs crans au fil de la lecture. Celle-ci est fort attractive, on apprend à connaître doucement les divers protagonistes, on se prend d'affection pour eux, particulièrement ces deux soeurs jumelles qui paraissent si réelles et on se dit que cette histoire a déjà dû exister de par le monde. Il suffit de voir les faits divers dramatiques du quotidien.
Par ailleurs, les thèmes abordés sont vastes et finement élaborés, il est question de l'enfance, de l'amour fraternel, du rejet parental avec toutes les frustrations qui en découlent... les choses de la vie en somme.
Ce n'est pas un énième récit larmoyant, cela va plus loin et les auteurs évitent la caricature qu'on peut parfois rencontrer dans le style "drame social".
Coup de cœur pour moi car la fin possède une belle force émotionnelle.
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"Ta fille s’est noyée lors de ta première tentative d’embarquer sur un canot.. Et toi, tu pues. Tes parents priaient à l’église quand une bombe de Boko Haram les a fait sauter avec les bibles, les crucifix et tous les autres symboles d’un dieu auquel tu ne crois plus... Tu as traversé le désert pour sauver ta peau, mais ils t'ont arrêté... Et tu pues." Voici l'un des extraits de cette BD qui prend aux tripes. Des passages comme cela, il y en a des dizaines et des dizaines. "Libye" raconte le quotidien des Libyens à partir de 2011, la période "post-Kadhafi". Le tout est raconté selon divers points de vue : le garde-côte, la mère de famille, la milice, l'Erythréenne qui tente de passer en Italie... Il s'agit d'un documentaire qui ne nous donne pas l'impression d'en être un. Tout est raconté avec une puissance des mots, avec une cruelle vérité qui dérange. Le tout, appuyé par un dessin en noir et blanc juste et précis. Je dis juste, car on ne tombe pas dans le gore et trash pour autant. Vu ce qui est raconté, les auteurs auraient pu faire le choix de nous montrer des scènes choquantes et traumatisantes visuellement, or ce n'est pas le cas. Mais attention, on montre bien des scènes de massacres, d'esclavagisme et diverses autres horreurs, mais sans tomber dans le trash inutile. Avant ma lecture, je n'avais que de vagues connaissances sur le sujet, celles qu'on obtient en regardant le JT de 20h. J'ai donc été plus d'une fois surpris, bouleversé dans mes croyances. Par exemple, je ne m'imaginais pas une seconde que de nombreux Libyens regrettaient l'époque Kadhafi. Mais au vu des événements postérieurs à Kadhafi, je ne peux que le comprendre dorénavant. Cette BD remet énormément d'éléments à leur place, recontextualise et apporte un regard nouveau (en tout cas pour moi, petit homme blanc privilégié) sur la Libye de 2011 à 2019. Cette lecture est accessible à tout le monde. Elle ne nécessite aucune connaissance au préalable. Voilà encore une BD qui devrait faire partie du programme scolaire des plus grands. 4 étoiles + coup de cœur MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Canardo
Aaah...Canardo. C'est noir, c'est cynique voire carrément crado parfois mais tellement bon. Les pérégrinations de ce privé désabusé (voire complètement dépressif) ont de quoi troubler le lecteur non averti qui pensait lire des histoires de roman policier de gare... La grande force de cette série, c'est qu'elle laisse au second plan le côté policier/détective justement et met en avant les personnages et les situations cruelles ou sombres dans lesquelles ils évoluent. Le dessin de Sokal est très bon même si je préfère celui des premiers tomes, plus chargé, plus chaotique, plus sombre, car je trouve qu'il correspond mieux à l'univers dans lequel évolue notre pauvre canard détective. Les tomes sont inégaux mais il y a de vraies perles et certaines histoires sont juste excellentes. A lire si vous aimez les canards cyniques en imper ! (vous ne le savez pas encore, mais vous aimez sûrement)
Moonlight mile
Salut, J'ai été très surpris de voir tant de mauvaises critiques à propos de ce manga qui, à mon sens, rempli parfaitement son cahier des charges. Tout d'abord je trouve que le sujet traité, à savoir la conquête spatiale, est fait de façon très réaliste tant dans ses dessins de très bonne qualité, que dans l'approche physique ou sociale. Ensuite, j'aime beaucoup la trame narrative et l’évolution en parallèle des deux protagonistes qui, bien que pouvant paraitre clichés par certains traits de caractère exacerbés, sont bien représentatifs des puissances politiques qu'ils symbolisent. Là ou je rejoins les précédentes critiques, c'est sur le fait que le manga manque un peu de finesse parfois et montre une vulgarité souvent gratuite ; mais pour ceux qui ont lu d'autres œuvres de Ohtagaki Yasuo, je pense que vous reconnaitrez son style, on aime ou pas, personnellement, je n'ai rien contre une scène un peu beauf de temps en temps. En conclusion, je pense que ce manga tient un vrai propos sur la géopolitique mondiale autour de la thématique de la conquête spatiale mais que malheureusement il n'a pas eu la chance de le développer jusqu'au bout vu que la publication s'est stoppée au 11eme tome. En tout cas, si vous aimez les mangas avec des dessins de qualité avec une histoire un peu sérieuse, du sexe et des vaisseaux spatiaux, foncez. PANINI, publiez la suite svp qu'on puisse connaitre la fin de l'histoire
Les Nombrils
Mon avis datait de 2006 et avait besoin d'être mis à jour car la série Les Nombrils est devenue quelque chose de bien plus mature, profond et intéressant que les simples albums de gags qu'elle était initialement. Cette BD a été créée en 2004. Ses auteurs sont québécois, compagnons dans la vie, et elle est parue dans le Journal de Spirou dans la mouvance de la rubrique "33, rue Carambole", je pense. C'était une BD qui se voulait moderne, destinée plutôt aux filles mais que les garçons ne rechigneront pas à lire. De même que les adultes car je la lis avec plaisir. Les gags tournent autour de 3 héroïnes. Quand on les découvre, Vicky et Jenny sont deux petites con... heu... chipies superficielles, mignonnes mais sans cervelle, qui ne pensent qu'à draguer et à se faire belles. Et il a fallu qu'elles aient pour... amie, Karine, trop grande, trop naïve, trop maigre et pas féminine pour un sou, qui leur sert bien trop souvent de souffre-douleur. Autant les personnages des deux premières sont irritants au possible, autant celui de la pauvre Karine est attachant comme tout à mes yeux. Quand les gags ne tournent pas autour des plans drague des filles, ils tournent le plus souvent autour de la façon dont Karine va une fois de plus s'en prendre plein la face, la pauvre. C'est un zeste d'humour noir qui me fait facilement rire ou sourire. Quant au dessin, il est bon, dynamique, frais et moderne. Si cela s'était arrêté là, cela aurait donné une série d'humour sympathique mais pas inoubliable. Mais les auteurs ont décidé de faire évoluer l'esprit de leur série et de ses personnages au fil des tomes. Les différentes péripéties quotidiennes que vivent les héroïnes vont transformer leurs vies et leurs caractères. Les successions de gags vont peu à peu former de vraies histoires, avec parfois même un réel suspens voire du danger. Et surtout les héroïnes vont changer au fur et à mesure, avec avant tout la souffre-douleur Karine qui va fortement gagner en maturité, mais les deux autres aussi vont gagner en profondeur et devenir à la fois plus attachantes et surtout plus intéressantes. Les Nombrils est devenue avec le temps une excellente série pour adolescents mais aussi pour un public plus adulte, avec des personnages finalement bien plus complexes qu'ils ne le laissaient paraitre au premier abord. Par le biais de l'humour et des aventures qui se forment, elle va permettre à ses auteurs d'aborder des thèmes finalement sérieux et surtout très intéressants et humains. Je la conseille sans hésiter !
Les Nombrils
3.5 Tiens je réécris mon avis vu que la série a bien changé depuis. Je me souviens d'avoir découvert la série dans le magazine québécois Safarir et que j'étais bien content de voir la série traverser l'océan Atlantique. D'ailleurs je pense que c'est vers cette époque qu'on a vu plus de québécois édité chez des éditeurs français ou belges comme Jacques Lamontagne que je lisais aussi dans Safarir, mais passons. J'avais tout de suite bien aimé le dessin, mais le scénario me laissait perplexe parce que si l'humour vache fonctionnait bien, il y avait un coté énervant à voir cette pauvre Karine être le souffre douleur de ses deux soi-disant amies. Puis la série a évolué au fil des tomes et est devenue plus qu'une suite de gags. Il y a de vraies histoires qui se construisent et on a même droit à du thriller dans le tome 6. Les auteurs font évoluer les personnages et si je comprends que certains lecteurs n'aiment pas ça, mais moi je trouve ça original de voir des personnages d'une série humoristique évoluer au lieu de rester prisonniers d'un rôle et de faire les mêmes choses à chaque album. Les auteurs abordent plusieurs problèmes sans tomber dans le moralisant et il y a toujours des surprises. En fait, le seul reproche que je peux faire est que pour une série humoristique, cela ne me fait pas trop rire ! Je souris souvent, mais je ne ris pas au éclats, mais cela ne me dérange pas parce que j'adore cet univers, les personnages et j'ai hâte de voir ce qui va leur arriver !
Le Loup des Mers
Qu'est-ce qui fait qu'une lecture est remarquable ? Un certain nombre de critères, sans doute. En l'occurrence, quand une lecture a marqué son lecteur et qu'il y pense toujours après quelques temps, quand il se dit que, quand même, il y a dans cette histoire de la richesse, de la matière et ce même si elle n'est pas forcément facile d'accès, quand, ayant lu ce livre il se dit que oui, il va vouloir le relire, et quand l'ayant emprunté il se dit que oui, il va l'acheter, alors sans doute peut-on considérer que cette lecture a été remarquable. Pourtant je ne savais pas à quoi m'attendre. Les ambiances colorées assez monochromatiques par chapitre m'ont tout de suite plu. Le dessin aussi, fin, précis, soigné, avec des personnages ayant de vraies gueules. Même si j'ai plus loin été un peu déçu quand pour les têtes des personnages il devenait plus doux et moins réaliste, j'ai été époustouflé par les scène marines de toute beauté, avec ce bateau aux prises avec les vagues rageuses. Mais ce qui est le plus marquant pour moi, c'est bien sûr le personnage de Loup Larsen. Terrifiant, détestable, insaisissable. Capitaine despote s'arrogeant le droit de vie, de mort et de souffrance sur son équipage, embarquer sur son navire revient à entrer dans un enfer sur mer. Personnage d'une brutalité sans nom, représenté comme une bête sauvage ou un démon ou encore un titan, manipulateur, il s'avérera pourtant cultivé, presqu'autant que Humphrey Van Weyden. Et ce point est très intéressant, car d'abord perçu comme une brute par nature, Loup Larsen se révèle une brute par choix. Désabusé, nihiliste. On aura donc non seulement une dichotomie sur la civilisation et la domination par la force - la loi de la nature - mais aussi et peut-être surtout sur la moralité ou son absence, l'amoralité. Humphrey et le capitaine semblent d'abord être aussi éloignés l'un de l'autre qu'il est possible de l'être. Pourtant ils seront étroitement liés, et Humphrey sera fortement influencé par le capitaine. Personnage poli, civilisé et pour tout dire intellectuel bourgeois imbu de lui-même, il ne sortira de cette histoire qu'en portant la marque indélébile de ce capitaine. Vous ferez peut-être quelque chose de votre vie finalement ! Déjà vous commencez à marcher par vous-même, lui dit d'ailleurs ce dernier. En refermant ce livre aux ambiances fortes, au discours brutal et implacable, aux idées sombres et violentes, j'ai vraiment eu le sentiment d'une lecture riche et marquante. C'est donc avec grand plaisir que je l'ai choisi pour mon 1000ème avis.
Jusqu'au dernier
N'étant pas un grand amateur de westerns, mais attiré par cette couverture sombre et farouche, j'ai immédiatement su en feuilletant les premières pages que je repartirais avec cet album sous le bras. Rarement un dessin m'aura subjugué comme celui-ci, et le premier chapitre fut un bonheur à lire. Pour son dessin éblouissant, ses gueules réalistes et magnifiquement expressives, ses ambiances colorées très contrastées, et pour l'histoire qu'il parvient à raconter de façon limpide en trois pages seulement. Mais il ne s'agissait là que de l'introduction. Le récit va s'ancrer dans une fin de 19ème siècle qui voit le chemin de fer mettre au chômage les cow boys. C'est sur cette prémisse elle aussi limpide que va se construire cette histoire. Histoire d'un bouleversement, d'un monde qui change, d'une époque qui s'achève. Histoire d'hommes pris dans cette tourmente qui luttent pour survivre. Le décor farouche du western, avec ses codes brutaux, se prêtait sans doute impeccablement bien à une telle histoire. Mais ici cette brutalité, toile de fond latente et omniprésente, ne sera pas gratuite. Si un événement déclencheur va la libérer et si elle va prospérer dans un enchaînement implacable, tous les protagonistes ont leur motivation. Et je reste admiratif devant la facilité avec laquelle on comprend ces personnages, archétypaux mais pas caricaturaux, sans qu'ils aient besoin d'aligner plus de trois phrases. L'épilogue m'a laissé un peu dubitatif sur le coup. Mais en y repensant, il est très beau et, donnant une note d'espoir parmi toute cette violence, ouvrant sur ce nouveau monde qui après tous ces soubresauts aura retrouvé un peu de paix, offre à ce western une morale qui ne dénoterait pas dans un conte. Western crépusculaire et magistral, vous a-t-on dit. Je confirme, et j'aime. Note réelle : 4,5 / 5, et je pousse avec joie jusqu'à 5.
Les Indes fourbes
La bande dessinée me casse les roubignolles actuellement. Ce n'est un secret probablement pour personne. Je passe beaucoup moins de temps à lire et donc à venir chroniquer par ici pour x raisons qui je l'espère s'estomperont. Pourtant il était difficile en 2019 de passer au travers de cette grosse sortie de rentrée. Pensez-donc, une œuvre à 4 mains du dessinateur de Blacksad, série devenue très rapidement culte par la seule force de ses dessins animaliers détaillés de toute beauté d'une part et d'autre part du scénariste d'autres séries remarquables avec également des bestioles douées de paroles dont je ne vais pas vous faire l'affront de vous les citer naïvement. Si vous n'avez pas lu Garulfo ou De Capes et de.... OUPS ! Je l'ai dit ! Et bien arrêtez la lecture de mon humble critique pour vous gorger des bons mots de Maître Ayroles dans les titres qui ont fait la gloire de ce grand monsieur. Les autres ont surement donc lu Les Indes Fourbes et n'ont pas attendu aussi longtemps que moi pour avoir leur avis. Mais qu'importe, je vais enfin donner le mien qui peut se résumer en peu de choses : pourquoi ai-je attendu autant de temps pour lire ce petit bijou ? (d'autant que je le possède depuis sa sortie ahem). Et surtout, comment ai-je pu ne pas être spoilé bêtement de cette intrigue à tiroirs ce qui aurait probablement bien gâché cette lecture vierge de tout ressenti. Car je ne peux que conseiller, non même de recommander à la plupart des âmes curieuses et tout aussi vierges que moi de se jeter sans aucune retenue dans ce récit sans aucune influence extérieure, quelle qu'elle soit. Les auteurs laissent déjà bien trop d'indices parsemés par ici ou par cela. On retrouve l'intérêt du papa d'Eusèbe le lapin pour les mises en scène théâtrales et autres farces dignes de Molière. Le récit des tristes mésaventures de Pablos qui constitue le premier acte et une bonne partie du récit (un copieux 160 pages livré en un seul tome complet) n'est qu'une mise en bouche où l'humour de la situation se dispute au ridicule et à la cruauté des hommes. Désirant faire fortune en Amérique du Sud que l'on appelait encore les Indes au XVIIème siècle, notre malandrin n'a décidément pas beaucoup de chance ou du moins c'est ce que l'on suppose. En quête d'un Eldorado qui pourrait établir sa gloire, Pablos va rencontrer tout un tas de personnages qui vont l'élever ou le rabaisser. La mise en scène en histoires imbriquées pourrait être pénible à suivre mais Ayrolles qui insuffle un tel souffle et un tel rythme qu'il est difficile de couper sa lecture. Et lorsqu'arrivent les second et troisième actes bien plus courts mais ô combien jubilatoires, on arrive en fin de lecture avec le sourire aux lèvres et surtout l'envie de tout relire immédiatement pour déceler certaines fourberies. Ai-je parlé du dessin ? Non mais il est magnifique. Guarnido prouve en deux temps trois mouvements qu'il peut dessiner autre chose que des polars félins et il le fait très bien (sa double page en aquarelle regorge de détails de toute beauté) et ne faiblit jamais. On sent ces deux auteurs s'amuser énormément. Peu importe certaines ficelles scénaristiques, j'ai passé un excellent moment et vous savez quoi ? Oubliez ma première phrase. ^^
Tromblon et Bottaclou
Les années 1960 furent vraiment l'âge d'or de la bande dessinée... Je songe toujours avec nostalgie à cette époque où n'importe quel lecteur pouvait découvrir chaque semaine de nouvelles planches inédites des plus grands auteurs de bandes dessinées. Et même quand il s'agit d'œuvres considérées comme mineures, on a affaire à de vraies pépites ! Ainsi de cette série cosignée de Goscinny et Godard. Cette collaboration de deux auteurs détonants ne pouvait que produire des étincelles et c'est ici bien le cas. Le principe est simple : reprendre les codes du théâtre de Guignol et en faire des histoires courtes déclinant la rivalité entre un gendarme et un bandit, comme le fit pour le cinéma Ni vu... ni connu... (avec Louis de Funès et Moustache). Goscinny s'approprie ces codes avec une aisance habituelle. Certes, l'humour pourra parfois paraître facile, car les règles du Guignol n'ont jamais été très élaborées et fonctionnent toujours sur le même schéma : un gentil brigand cherche à échapper aux ruses d'un gendarme gentil aussi, mais un peu bête. Néanmoins, si les auteurs reprennent ce schéma avec beaucoup de fidélité, ils savent le faire évoluer pendant ces 8 histoires courtes : ainsi, on verra parfois le gendarme et le brigand s'allier provisoirement, ou bien le brigand tout faire pour entrer en prison (pour un motif bien particulier) tandis que le gendarme, vexé par cet apparent renoncement, fait tout pour l'en chasser. Le ton de tout cela est vraiment bon enfant, et nous propose des récits parfois attendus mais parfois plus surprenants. Le récit court Bottaclou mène l'enquête m'a d'ailleurs occasionné un de mes rares vrais fous rires en lisant une BD, de par son hilarante résolution. On voit que René Goscinny continue de rôder la mécanique comique qui le poussera à produire deux ans plus tard sa série la plus folle, le célèbre Iznogoud. Ainsi donc, on est dans de la BD purement humoristique, qui ne cherche pas à développer ses personnages ou ses enquêtes, mais c'est tout de même extrêmement bien ficelé, avec parfois même un souci du détail très poussé, que ce soit dans le scénario ou le dessin. Au niveau du dessin, d'ailleurs, rien à dire, la ligne est agréable à l'oeil, Godard est déjà entré dans sa période de maturité, et nous propose un dessin très sûr et très bon. Non, vraiment, ça s'appelle bel et bien une pépite méconnue, où deux des plus grands auteurs de la bande dessinée franco-belge illustrent toute l'étendue de leur génie comique. Ce n'est pas leur œuvre la plus incroyable, peut-être, mais cela ne l'empêche pas d'être d'un excellent niveau !
La Fée Assassine
Oh le bel ouvrage tout en délicatesse que voilà. Enfin "délicatesse", il faut le dire vite car cette histoire va faire preuve d'une violence assez inouïe mais je n'en dirai pas plus... J'entends par "délicatesse", la façon dont est racontée l'histoire tout en subtilité et surtout la beauté du trait d'Olivier Grenson ainsi que sa manière de représenter ses personnages. J'aime m'attarder sur leurs gestes, leurs regards expressifs, touchants parfois terrifiants suivant les circonstances et leurs postures justes qui communiquent beaucoup de choses en ce qui me concerne. Je ressens cela aussi avec le style de Servais, c'est ainsi, question de sensibilité personnelle sans doute. Grenson avait déjà fleurté avec le drame psychologique dans La Femme accident parue au éditions Dupuis en 2008 et il récidive ici en compagnie de son épouse Sylvie Roge dont c'est la première bande dessinée. Pour une première, c'est assez réussi, la lecture se fait sans accroc, la mise en scène est soignée, claire et la tension dramatique monte de plusieurs crans au fil de la lecture. Celle-ci est fort attractive, on apprend à connaître doucement les divers protagonistes, on se prend d'affection pour eux, particulièrement ces deux soeurs jumelles qui paraissent si réelles et on se dit que cette histoire a déjà dû exister de par le monde. Il suffit de voir les faits divers dramatiques du quotidien. Par ailleurs, les thèmes abordés sont vastes et finement élaborés, il est question de l'enfance, de l'amour fraternel, du rejet parental avec toutes les frustrations qui en découlent... les choses de la vie en somme. Ce n'est pas un énième récit larmoyant, cela va plus loin et les auteurs évitent la caricature qu'on peut parfois rencontrer dans le style "drame social". Coup de cœur pour moi car la fin possède une belle force émotionnelle.