Cet album montre de façon très cynique (et donc critique de façon très forte) le fonctionnement de l’ultralibéralisme façon Hayek ou Friedman.
La narration est amusante, l’humour noir est omniprésent, mais la démonstration est limpide, sans fioriture. Elle éclaire le fonctionnement d’un système qui profite à quelques-uns (les gros actionnaires), au détriment de l’immense majorité (les travailleurs, voire même n’importe quel membre de la société (même si les dirigeants, patrons et traders s’en tirent mieux).
Le dessin est très simple, les décors quasi absents. Ça n’est jamais un pensum, ni un brûlot anarchiste. Mais pourtant, ça pourrait ouvrir quelques yeux. Le cheminement doit un peu à Marx, mais aussi s’en écarte, en particulier parce que le principal narrateur est un gros actionnaire qui explique le fonctionnement du système à son fils, qu’il aimerait être son successeur, une grosse caricature (mais en fait très crédible), mais il n’y a pas d’appel à la révolution.
Juste un décillement jouissif, salutaire.
Un album ludique et clair, d’une lecture très agréable.
Pour apprécier les écrits de l’aviateur écrivain poète reporter Antoine Saint Exupéry, je ne pouvais passer à côté de la sortie attendue aux éditions Nobi Nobi de sa biographie surtout que cela coïncide avec le 80e anniversaire de la sortie du Petit Prince.
Quand il y a une attente, il peut arriver que l’album ne soit pas au rendez-vous car au final le rendu ne correspond pas à vos désirs. Pour ma part je voulais absolument que certains épisodes de la vie de Saint Exupéry soient repris et détaillés dans cet album. Son intégration chez Latécoère, son accident dans le désert Libyen accompagné de son mécanicien André Prévot, sa relation avec Henri Guillaumet avec qui il contribua à la gloire de la ligne aéropostale ainsi qu'à l'ouverture de nombreuses routes commerciales françaises ainsi bien évidemment que la partie Petit Prince sur la fin de sa vie.
Et bien je vous le donne en mille. Tous les événements majeurs sont bien là avec également la description de sa jeunesse ! Tous les épisodes de sa vie sont minutieusement détaillés. Quel plaisir ! Je me suis donc régalé comme jamais à la lecture de cet album et pourtant je ne suis pas un adepte enthousiaste de mangas. C’est pour vous dire combien celui-ci est réussi.
En bonus un album photos, la chronologie détaillée de sa vie avec en parallèle l’histoire de l’aviation et les événements majeures dans le monde. Un bonheur pour tous les passionnés d’histoire. Un très bon moment de lecture !
Je ne peux que vous recommander ardemment de vous procurer ce manga au plus vite. Un petit moment délicieux en perspective.
Contrairement à la Corée du Nord, autre pays communiste (mais pas le seul), Cuba est un pays qui s'est ouvert au monde, même s'il est constamment sous le joug du blocus américain. Le tourisme international a largement contribué à l'imagerie populaire du pays, celle d'un endroit lumineux, plein de gens très accueillants, un peu figé dans les années 1950 à cause de ce blocus.
Mais c'est également un pays où l'école et les soins sont gratuits, où la solidarité n'est pas un vain mot. C'est ce pays qu'Edo Brenes est allé découvrir avec sa compagne en 2016. Logés dans une pension de famille de la Havane, ils découvrent l'histoire de cette famille recomposée qui les accueille, mais aussi une autre famille, liée à l'une de leurs amis, au Costa Rica. Commence alors une série de saynètes dans plusieurs foyers familiaux dont on se doute qu'ils sont liés, et pas seulement parce qu'ils se croisent dans la rue. J'avoue que je trouvais ça sympa, mais sans plus, à l'instar de pas mal de BD-reportages sur tel ou tel pays, même s'il y avait cette petite couche d'authenticité.
Le dessin de Brenes est typique de la ligne claire, on sent clairement une influence d'Hergé et ses héritiers, dans un style cependant assez figé. On notera le choix d'une palette de couleurs assez large, pour rendre justice à l'ambiance de l'île. C'est plutôt agréable, même si ce dessin fait un peu "daté".
Et puis à la fin de l'album, au bout de 350 pages ou plus, Edo Brenes m'a cueilli. Le récit bascule dans le drame, avec un accident qui remet en cause beaucoup de choses martelées depuis le début.
Un voyage authentique.
Voila une BD qui laisse une impression lourde et moite au sortir de la lecture. J'ai lu et adoré Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad, et j'avais hâte et envie de lire un livre parlant de sa vie. Mes attentes n'ont vraiment pas été déçu.
Je suis toujours sous le charme de récit qui prennent le temps d'installer l'ambiance, et c'est exactement ce qu'on fait les auteurs ici. L'écriture est soignée, aux petits oignons, le dessin est merveilleux (j'adore le trait charbonneux de Tirabosco) et l'ensemble est combiné pour nous faire sentir le Congo, la chaleur, la moiteur, la violence. C'est un dessin figé, bloqué dans des personnages guindés qui sont dans le paraitre perpétuellement, des environnements grandioses et bien trop envahissant, des lieux vidés d'habitants, des regards lourds ... Je redirais que j'adore Tirabosco, mais quelle puissance il arrive à faire passer dans les yeux, les attitudes, les corps ... Il peint plutôt qu'il ne dessine, une Afrique noire hostile tant dans l'environnement que dans les habitants. Je suis sous le charme de cette composition des planches. Les pages de nature semblent envahir l'esprit lorsque je tombe dessus, et les moments de tensions sont retranscrit à la perfection à chaque fois. Tout est dans le silence, qui est maitrisé par un dessin soigné.
Je déblatère sur le dessin, qui est à la hauteur du récit, mais l'adaptation du voyage de Conrad est soignée. Il y a là tout ce qui constituera ensuite son roman le plus connu, avec une maitrise et une tension sous-jacente continue, donnant au livre un ton et une densité remarquable. C'est les rencontres, les notes de Conrad, les échanges avec sa tante ainsi que la découverte progressive de ce qu'est le Congo belge. Une horreur, mais qui s'amplifie à chaque arrêt alors que le fleuve est remonté progressivement.
J'avais déjà senti que la folie qui se dégageait de Au coeur des ténèbres était d'une nature spéciale, mais en lisant "Kongo", je me suis rendu compte que c'était une folie bien précise : la folie de l'argent. J'ai tendance à voir facilement l'idée de critique envers le capitalisme, par conviction personnelle, mais je trouve que Conrad à compris à son époque la folie de ceux qui sont alors déjà des capitalistes en puissance. L'attrait de l'argent, l'ivoire cherché au plus profond du continent africain pour s'enrichir à toute vitesse, l'industrialisation des procédés et le tout au détriment de l'humain. Combien de vie enlevées, combien de morts inutiles ? Pour enrichir un roi qui ne mettra jamais le pied sur cette terre ...
Cette BD est une merveille. Le dessin, mon dieu le dessin ! L'histoire est prenante, le genre dont on sort en ayant l'impression d'avoir été en apnée et surtout l'impact reste longtemps après la lecture. Il me semble impossible de rester insensible à ce récit, tant il porte de choses en lui, d'horreur et de folie. La BD est une excellente ouverture à l'univers de Conrad, une très bonne découverte en tant que telle, un immanquable si vous aimez l'auteur et, pour ma part, une BD que je trouve tout simplement excellente.
« Saudade » me rappelle un peu Better place (toujours aux éditions Komics initiative), à savoir une histoire sur le deuil chez l’enfant, avec ici la mort récente de la maman de Lara et Thomas.
L’auteur propose une réflexion intéressante sur la perte d’un proche, l’importance d’aller de l’avant, de s’entre-aider pour faire face à la douleur. Le message est simple et clair, le ton est mignon et touchant, et devrait surtout plaire aux enfants, je pense.
La mise en image de Melissa Garabeli est sublime, avec un trait tout en rondeur et des couleurs aquarelles du plus bel effet.
Un chouette album, que je recommande surtout aux enfants.
Un carnet de voyage en Inde, qui plus est par une dessinatrice que j’aime bien, je ne pouvais pas rater ça.
Clara est addict aux films et à la musique Bollywood. C’est impératif, il faut qu’elle voie le pays qui crée cet univers fascinant. Elle s’organise donc un voyage de 6 mois en solo dans le nord de l’Inde, en commençant par une mission humanitaire dans un établissement scolaire pour enfants défavorisés. Et sans oublier d’emporter sa boite d’aquarelles pour croquer au maximum les impressions à ressentir.
L’exercice du carnet de voyage peut être casse-gueule (comme les séances interminables de diapos de vacances imposées à l’entourage…), c’est tellement personnel, il faut embarquer son public.
Eh bien je trouve que Clara y réussit à merveille.
Le ton est enlevé, on sent la passion qu’elle éprouve pour ce pays. Son regard est ouvert, sans apriori, émerveillé souvent.
Les singularités locales, les remarques, les anecdotes sont toutes bien senties, instructives et amusantes. Pas de temps mort. L’ouvrage est à la fois une bd et un livre illustré imbriqués subtilement.
Et justement, parlons des illustrations, riches, colorées, foisonnantes, elles mettent dans l’ambiance sans conteste, le parfum des épices s’en dégage !
Suis-je aussi enthousiaste parce que j’ai vécu là-bas quelques années, et que je connais en partie les lieux ? Sans doute mais pas que. La preuve, l’ouvrage a reçu le coup de coeur du jury au Rendez-vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand en 2019.
Coup de coeur pour moi, aussi parce que c’est l’Inde bien entendu.
J’ai été complètement séduit par cet album.
Le postulat de départ m’a beaucoup intrigué et m’a donné envie de me plonger dans cette bande dessinée, bien m’en a pris.
Je ne connaissais pas cette autrice, ce fut donc une très belle découverte.
L’histoire est simple de prime abord, une femme, subissant des avances lourdes d’un homme, et cela vire au drame.
L’album est très vite lu malgré ses plus de 150 planches. Et c’est là où se trouve tout le talent de Maran Hrachyan, car finalement en une histoire simple, sous forme de polar, et sans trop de mots, elle réussit à nous offrir un magnifique album, qui est un énorme résumé de ce que peuvent subir les femmes au quotidien, du comportement des hommes à leur égard, jusqu’au comportement et au jugement de la société.
C’est simple, bref, concis, précis, incisif, percutant. Pas besoin de fioritures, pas besoin d’explications, tout se comprend et se ressent, à travers les mots, à travers les dessins. Il est merveilleusement bien écrit, bien dessiné.
Les dessins accompagnent idéalement le scénario, et sont à son image. Fait au crayon à papier, et colorisés numériquement, il ce dégage une véritable ambiance oppressante.
Un vrai plaidoyer pour le droit des femmes, et de la plus belle manière qu’il puisse être fait. Du féminisme comme j’aime, du vrai féminisme, comme il se fait trop rare aujourd’hui, sur de vrais problèmes de société, sur notre fonctionnement et nos violences phallocrates insinueuses et permanentes, quotidiennes, nuisant à des millions, des milliards de femmes à travers le monde.
C’est un réel coup de cœur pour moi, je vais m’intéresser rapidement à ce que hrachyan a pu faire d’autre, et à ce qu’elle fera à l’avenir.
A lire, à offrir, à prêter, à partager, à découvrir et à faire découvrir.
Le conte de Peau d'Âne, classique de Charles Perrault, est très connu. Pour échapper à une situation d'inceste, une adolescente décide de partir, se camouflant dans la peau d'un âne dont elle avait elle-même demandé l'exécution.
Cécile Chicault a choisi de reprendre le texte "original", en vers, et de combler elle-même les trous qu'il pouvait y avoir dans l'histoire. Elle propose une illustration figurative, presque fantasmagorique, avec de la flamboyance, de l'exubérance, aidée par les couleurs de Flavia Castagna (Arancia Studio).
Mais le point qui est à retenir, soulevé par l'adaptatrice elle-même dans une note à la fin de l'album, c'est la modernité du conte, incongrue si l'on ose dire, dans l'oeuvre d'un auteur de la fin du XVIIème siècle, qui plus est adaptée d'un récit populaire antérieur. Car en effet l'inceste n'était pas rare dans les cours de l'époque, souvent justifié -s'il en était besoin- par le besoin d'un souverain d'voir une descendance mâle. Or dans le conte écrit par Perrault, la dimension moralement révoltante de cette pratique est mise en exergue, et l'histoire est la mise sous protection puis la fuite de la princesse pour préserver son intégrité morale et physique. En filigrane, la question du consentement. Des éléments encore rares à l'époque dans la littérature populaire.
Cécile Chicault propose une illustration symbolique, alors que les adaptations précédentes de ce même conte allaient plutôt vers le réalisme. L'élégance de son trait le lui permet, et de nous livrer une belle version de ce conte classique, avec une lecture à l'aune du questionnement du consentement de la jeune fille en ce début de XXIème siècle. Une variation intéressante, donc.
J’avais beaucoup aimé la série d’origine, que ce soit les scénarios d’Abuli ou le dessin de Bernet. Sans doute l’une des meilleures séries de polar noir, alliant action et bons mots (l’humour accompagne bien ce récit noir), avec des personnages charismatiques.
J’étais curieux – et un chouia circonspect – de découvrir ce qu’Abuli avait pu faire, en situant son héros plus que vieillissant plusieurs décennies après nous l’avoir installé au cœur des années 1930.
Eh bien le fait est que j’ai trouvé excellent cet album. Torpedo est toujours vaillant. Il se méfie de ses amis, mais il n’en a plus (à part son sempiternel « second » Rascal). Quant à ses ennemis, il les a tous enterrés. Et ceux qui font les malins, croyant que c’est un vieux schnock, vont aussi creuser leur tombe (et Torpedo va les aider à y tomber).
Pas de fioritures dans cette histoire, le scénario est aussi sec que Torpedo, ça va droit au but, les coups, les balles fusent, comme les bons mots, tout fonctionne très bien !
Bernet n’est plus au dessin. Mais Risso s’en sort ici très bien. Son trait est très différent de Bernet, plus dans la lignée de celui de Brüno. Mais son Noir et Blanc très tranché est très complémentaire de l’ambiance développée par Abuli (et je trouve son dessin meilleur que sur pas mal d’autre séries qu'il a illustrées).
Bref, un album de genre qui remplit parfaitement ses objectifs. Un polar rythmé, et une revisite d’un personnage haut en couleurs, toujours aussi misanthrope et asocial, un pète-sec à qui il ne faut pas chercher des noises !
Je mets bien plus souvent des avis positifs que négatifs, la faute aux posteurs de BDthèque qui m'encouragent à me tourner vers des BD de qualités plutôt que des BD oubliables et oubliées. Je suis donc plutôt client de bonnes BD, et cette BD n'échappe pas à la règle. J'ai lu sans chercher à savoir de quoi elle parlait, ayant juste l'impression d'un road-trip entre deux vieux, mais la BD est finalement bien plus que ça.
J'ai lu avec grand plaisir ce petit voyage d'un papy notaire, concerné par la mort de son ami qui lui racontait quantité de voyages autour du monde. L'histoire est excellente, le récit prend à cœur de nous montrer le mélange entre les récits et la réalité, bien plus terre-à-terre que le fantasme qu'il s'en faisait, avec une excellente idée visuelle qui mélange animaux exotiques et ambiance de villes françaises. En posant ainsi des ambiances exotiques, on ressent le fait de vivre dans ces récits, tout comme ce petit vieux.
J'ai aussi aimé le déroulé de l'histoire et la quête presque inutile d'un éventuel héritier, prétexte à enfin bouger de chez soi et faire ce qu'il n'a jamais osé avant : partir à l'aventure. Une toute petite aventure, de rien du tout, mais qui s'achèvera sur une très belle image, triste mais chargée en émotion. C'est le genre de BD tout con mais qui marque parce qu'elle est bien faite, plaisante à lire et envoutante. Au sortir de ma lecture, j'ai eu ce petit moment de flottement où j'étais encore dans la BD, plutôt que dans la réalité, goutant à l'histoire et aux ambiances, avant de revenir sur terre. C'est parfait, je n'en demandais pas plus et je recommande la lecture.
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La Survie de l'Espèce
Cet album montre de façon très cynique (et donc critique de façon très forte) le fonctionnement de l’ultralibéralisme façon Hayek ou Friedman. La narration est amusante, l’humour noir est omniprésent, mais la démonstration est limpide, sans fioriture. Elle éclaire le fonctionnement d’un système qui profite à quelques-uns (les gros actionnaires), au détriment de l’immense majorité (les travailleurs, voire même n’importe quel membre de la société (même si les dirigeants, patrons et traders s’en tirent mieux). Le dessin est très simple, les décors quasi absents. Ça n’est jamais un pensum, ni un brûlot anarchiste. Mais pourtant, ça pourrait ouvrir quelques yeux. Le cheminement doit un peu à Marx, mais aussi s’en écarte, en particulier parce que le principal narrateur est un gros actionnaire qui explique le fonctionnement du système à son fils, qu’il aimerait être son successeur, une grosse caricature (mais en fait très crédible), mais il n’y a pas d’appel à la révolution. Juste un décillement jouissif, salutaire. Un album ludique et clair, d’une lecture très agréable.
Saint-Exupéry - Les grands noms de l'histoire en manga
Pour apprécier les écrits de l’aviateur écrivain poète reporter Antoine Saint Exupéry, je ne pouvais passer à côté de la sortie attendue aux éditions Nobi Nobi de sa biographie surtout que cela coïncide avec le 80e anniversaire de la sortie du Petit Prince. Quand il y a une attente, il peut arriver que l’album ne soit pas au rendez-vous car au final le rendu ne correspond pas à vos désirs. Pour ma part je voulais absolument que certains épisodes de la vie de Saint Exupéry soient repris et détaillés dans cet album. Son intégration chez Latécoère, son accident dans le désert Libyen accompagné de son mécanicien André Prévot, sa relation avec Henri Guillaumet avec qui il contribua à la gloire de la ligne aéropostale ainsi qu'à l'ouverture de nombreuses routes commerciales françaises ainsi bien évidemment que la partie Petit Prince sur la fin de sa vie. Et bien je vous le donne en mille. Tous les événements majeurs sont bien là avec également la description de sa jeunesse ! Tous les épisodes de sa vie sont minutieusement détaillés. Quel plaisir ! Je me suis donc régalé comme jamais à la lecture de cet album et pourtant je ne suis pas un adepte enthousiaste de mangas. C’est pour vous dire combien celui-ci est réussi. En bonus un album photos, la chronologie détaillée de sa vie avec en parallèle l’histoire de l’aviation et les événements majeures dans le monde. Un bonheur pour tous les passionnés d’histoire. Un très bon moment de lecture ! Je ne peux que vous recommander ardemment de vous procurer ce manga au plus vite. Un petit moment délicieux en perspective.
Touristes à la Havane
Contrairement à la Corée du Nord, autre pays communiste (mais pas le seul), Cuba est un pays qui s'est ouvert au monde, même s'il est constamment sous le joug du blocus américain. Le tourisme international a largement contribué à l'imagerie populaire du pays, celle d'un endroit lumineux, plein de gens très accueillants, un peu figé dans les années 1950 à cause de ce blocus. Mais c'est également un pays où l'école et les soins sont gratuits, où la solidarité n'est pas un vain mot. C'est ce pays qu'Edo Brenes est allé découvrir avec sa compagne en 2016. Logés dans une pension de famille de la Havane, ils découvrent l'histoire de cette famille recomposée qui les accueille, mais aussi une autre famille, liée à l'une de leurs amis, au Costa Rica. Commence alors une série de saynètes dans plusieurs foyers familiaux dont on se doute qu'ils sont liés, et pas seulement parce qu'ils se croisent dans la rue. J'avoue que je trouvais ça sympa, mais sans plus, à l'instar de pas mal de BD-reportages sur tel ou tel pays, même s'il y avait cette petite couche d'authenticité. Le dessin de Brenes est typique de la ligne claire, on sent clairement une influence d'Hergé et ses héritiers, dans un style cependant assez figé. On notera le choix d'une palette de couleurs assez large, pour rendre justice à l'ambiance de l'île. C'est plutôt agréable, même si ce dessin fait un peu "daté". Et puis à la fin de l'album, au bout de 350 pages ou plus, Edo Brenes m'a cueilli. Le récit bascule dans le drame, avec un accident qui remet en cause beaucoup de choses martelées depuis le début. Un voyage authentique.
Kongo
Voila une BD qui laisse une impression lourde et moite au sortir de la lecture. J'ai lu et adoré Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad, et j'avais hâte et envie de lire un livre parlant de sa vie. Mes attentes n'ont vraiment pas été déçu. Je suis toujours sous le charme de récit qui prennent le temps d'installer l'ambiance, et c'est exactement ce qu'on fait les auteurs ici. L'écriture est soignée, aux petits oignons, le dessin est merveilleux (j'adore le trait charbonneux de Tirabosco) et l'ensemble est combiné pour nous faire sentir le Congo, la chaleur, la moiteur, la violence. C'est un dessin figé, bloqué dans des personnages guindés qui sont dans le paraitre perpétuellement, des environnements grandioses et bien trop envahissant, des lieux vidés d'habitants, des regards lourds ... Je redirais que j'adore Tirabosco, mais quelle puissance il arrive à faire passer dans les yeux, les attitudes, les corps ... Il peint plutôt qu'il ne dessine, une Afrique noire hostile tant dans l'environnement que dans les habitants. Je suis sous le charme de cette composition des planches. Les pages de nature semblent envahir l'esprit lorsque je tombe dessus, et les moments de tensions sont retranscrit à la perfection à chaque fois. Tout est dans le silence, qui est maitrisé par un dessin soigné. Je déblatère sur le dessin, qui est à la hauteur du récit, mais l'adaptation du voyage de Conrad est soignée. Il y a là tout ce qui constituera ensuite son roman le plus connu, avec une maitrise et une tension sous-jacente continue, donnant au livre un ton et une densité remarquable. C'est les rencontres, les notes de Conrad, les échanges avec sa tante ainsi que la découverte progressive de ce qu'est le Congo belge. Une horreur, mais qui s'amplifie à chaque arrêt alors que le fleuve est remonté progressivement. J'avais déjà senti que la folie qui se dégageait de Au coeur des ténèbres était d'une nature spéciale, mais en lisant "Kongo", je me suis rendu compte que c'était une folie bien précise : la folie de l'argent. J'ai tendance à voir facilement l'idée de critique envers le capitalisme, par conviction personnelle, mais je trouve que Conrad à compris à son époque la folie de ceux qui sont alors déjà des capitalistes en puissance. L'attrait de l'argent, l'ivoire cherché au plus profond du continent africain pour s'enrichir à toute vitesse, l'industrialisation des procédés et le tout au détriment de l'humain. Combien de vie enlevées, combien de morts inutiles ? Pour enrichir un roi qui ne mettra jamais le pied sur cette terre ... Cette BD est une merveille. Le dessin, mon dieu le dessin ! L'histoire est prenante, le genre dont on sort en ayant l'impression d'avoir été en apnée et surtout l'impact reste longtemps après la lecture. Il me semble impossible de rester insensible à ce récit, tant il porte de choses en lui, d'horreur et de folie. La BD est une excellente ouverture à l'univers de Conrad, une très bonne découverte en tant que telle, un immanquable si vous aimez l'auteur et, pour ma part, une BD que je trouve tout simplement excellente.
Saudade (Willian/Garabeli)
« Saudade » me rappelle un peu Better place (toujours aux éditions Komics initiative), à savoir une histoire sur le deuil chez l’enfant, avec ici la mort récente de la maman de Lara et Thomas. L’auteur propose une réflexion intéressante sur la perte d’un proche, l’importance d’aller de l’avant, de s’entre-aider pour faire face à la douleur. Le message est simple et clair, le ton est mignon et touchant, et devrait surtout plaire aux enfants, je pense. La mise en image de Melissa Garabeli est sublime, avec un trait tout en rondeur et des couleurs aquarelles du plus bel effet. Un chouette album, que je recommande surtout aux enfants.
C'est décidé, je pars en Inde !
Un carnet de voyage en Inde, qui plus est par une dessinatrice que j’aime bien, je ne pouvais pas rater ça. Clara est addict aux films et à la musique Bollywood. C’est impératif, il faut qu’elle voie le pays qui crée cet univers fascinant. Elle s’organise donc un voyage de 6 mois en solo dans le nord de l’Inde, en commençant par une mission humanitaire dans un établissement scolaire pour enfants défavorisés. Et sans oublier d’emporter sa boite d’aquarelles pour croquer au maximum les impressions à ressentir. L’exercice du carnet de voyage peut être casse-gueule (comme les séances interminables de diapos de vacances imposées à l’entourage…), c’est tellement personnel, il faut embarquer son public. Eh bien je trouve que Clara y réussit à merveille. Le ton est enlevé, on sent la passion qu’elle éprouve pour ce pays. Son regard est ouvert, sans apriori, émerveillé souvent. Les singularités locales, les remarques, les anecdotes sont toutes bien senties, instructives et amusantes. Pas de temps mort. L’ouvrage est à la fois une bd et un livre illustré imbriqués subtilement. Et justement, parlons des illustrations, riches, colorées, foisonnantes, elles mettent dans l’ambiance sans conteste, le parfum des épices s’en dégage ! Suis-je aussi enthousiaste parce que j’ai vécu là-bas quelques années, et que je connais en partie les lieux ? Sans doute mais pas que. La preuve, l’ouvrage a reçu le coup de coeur du jury au Rendez-vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand en 2019. Coup de coeur pour moi, aussi parce que c’est l’Inde bien entendu.
Une nuit avec toi
J’ai été complètement séduit par cet album. Le postulat de départ m’a beaucoup intrigué et m’a donné envie de me plonger dans cette bande dessinée, bien m’en a pris. Je ne connaissais pas cette autrice, ce fut donc une très belle découverte. L’histoire est simple de prime abord, une femme, subissant des avances lourdes d’un homme, et cela vire au drame. L’album est très vite lu malgré ses plus de 150 planches. Et c’est là où se trouve tout le talent de Maran Hrachyan, car finalement en une histoire simple, sous forme de polar, et sans trop de mots, elle réussit à nous offrir un magnifique album, qui est un énorme résumé de ce que peuvent subir les femmes au quotidien, du comportement des hommes à leur égard, jusqu’au comportement et au jugement de la société. C’est simple, bref, concis, précis, incisif, percutant. Pas besoin de fioritures, pas besoin d’explications, tout se comprend et se ressent, à travers les mots, à travers les dessins. Il est merveilleusement bien écrit, bien dessiné. Les dessins accompagnent idéalement le scénario, et sont à son image. Fait au crayon à papier, et colorisés numériquement, il ce dégage une véritable ambiance oppressante. Un vrai plaidoyer pour le droit des femmes, et de la plus belle manière qu’il puisse être fait. Du féminisme comme j’aime, du vrai féminisme, comme il se fait trop rare aujourd’hui, sur de vrais problèmes de société, sur notre fonctionnement et nos violences phallocrates insinueuses et permanentes, quotidiennes, nuisant à des millions, des milliards de femmes à travers le monde. C’est un réel coup de cœur pour moi, je vais m’intéresser rapidement à ce que hrachyan a pu faire d’autre, et à ce qu’elle fera à l’avenir. A lire, à offrir, à prêter, à partager, à découvrir et à faire découvrir.
La Princesse Peau d'Âne
Le conte de Peau d'Âne, classique de Charles Perrault, est très connu. Pour échapper à une situation d'inceste, une adolescente décide de partir, se camouflant dans la peau d'un âne dont elle avait elle-même demandé l'exécution. Cécile Chicault a choisi de reprendre le texte "original", en vers, et de combler elle-même les trous qu'il pouvait y avoir dans l'histoire. Elle propose une illustration figurative, presque fantasmagorique, avec de la flamboyance, de l'exubérance, aidée par les couleurs de Flavia Castagna (Arancia Studio). Mais le point qui est à retenir, soulevé par l'adaptatrice elle-même dans une note à la fin de l'album, c'est la modernité du conte, incongrue si l'on ose dire, dans l'oeuvre d'un auteur de la fin du XVIIème siècle, qui plus est adaptée d'un récit populaire antérieur. Car en effet l'inceste n'était pas rare dans les cours de l'époque, souvent justifié -s'il en était besoin- par le besoin d'un souverain d'voir une descendance mâle. Or dans le conte écrit par Perrault, la dimension moralement révoltante de cette pratique est mise en exergue, et l'histoire est la mise sous protection puis la fuite de la princesse pour préserver son intégrité morale et physique. En filigrane, la question du consentement. Des éléments encore rares à l'époque dans la littérature populaire. Cécile Chicault propose une illustration symbolique, alors que les adaptations précédentes de ce même conte allaient plutôt vers le réalisme. L'élégance de son trait le lui permet, et de nous livrer une belle version de ce conte classique, avec une lecture à l'aune du questionnement du consentement de la jeune fille en ce début de XXIème siècle. Une variation intéressante, donc.
Torpedo 1972
J’avais beaucoup aimé la série d’origine, que ce soit les scénarios d’Abuli ou le dessin de Bernet. Sans doute l’une des meilleures séries de polar noir, alliant action et bons mots (l’humour accompagne bien ce récit noir), avec des personnages charismatiques. J’étais curieux – et un chouia circonspect – de découvrir ce qu’Abuli avait pu faire, en situant son héros plus que vieillissant plusieurs décennies après nous l’avoir installé au cœur des années 1930. Eh bien le fait est que j’ai trouvé excellent cet album. Torpedo est toujours vaillant. Il se méfie de ses amis, mais il n’en a plus (à part son sempiternel « second » Rascal). Quant à ses ennemis, il les a tous enterrés. Et ceux qui font les malins, croyant que c’est un vieux schnock, vont aussi creuser leur tombe (et Torpedo va les aider à y tomber). Pas de fioritures dans cette histoire, le scénario est aussi sec que Torpedo, ça va droit au but, les coups, les balles fusent, comme les bons mots, tout fonctionne très bien ! Bernet n’est plus au dessin. Mais Risso s’en sort ici très bien. Son trait est très différent de Bernet, plus dans la lignée de celui de Brüno. Mais son Noir et Blanc très tranché est très complémentaire de l’ambiance développée par Abuli (et je trouve son dessin meilleur que sur pas mal d’autre séries qu'il a illustrées). Bref, un album de genre qui remplit parfaitement ses objectifs. Un polar rythmé, et une revisite d’un personnage haut en couleurs, toujours aussi misanthrope et asocial, un pète-sec à qui il ne faut pas chercher des noises !
Tananarive
Je mets bien plus souvent des avis positifs que négatifs, la faute aux posteurs de BDthèque qui m'encouragent à me tourner vers des BD de qualités plutôt que des BD oubliables et oubliées. Je suis donc plutôt client de bonnes BD, et cette BD n'échappe pas à la règle. J'ai lu sans chercher à savoir de quoi elle parlait, ayant juste l'impression d'un road-trip entre deux vieux, mais la BD est finalement bien plus que ça. J'ai lu avec grand plaisir ce petit voyage d'un papy notaire, concerné par la mort de son ami qui lui racontait quantité de voyages autour du monde. L'histoire est excellente, le récit prend à cœur de nous montrer le mélange entre les récits et la réalité, bien plus terre-à-terre que le fantasme qu'il s'en faisait, avec une excellente idée visuelle qui mélange animaux exotiques et ambiance de villes françaises. En posant ainsi des ambiances exotiques, on ressent le fait de vivre dans ces récits, tout comme ce petit vieux. J'ai aussi aimé le déroulé de l'histoire et la quête presque inutile d'un éventuel héritier, prétexte à enfin bouger de chez soi et faire ce qu'il n'a jamais osé avant : partir à l'aventure. Une toute petite aventure, de rien du tout, mais qui s'achèvera sur une très belle image, triste mais chargée en émotion. C'est le genre de BD tout con mais qui marque parce qu'elle est bien faite, plaisante à lire et envoutante. Au sortir de ma lecture, j'ai eu ce petit moment de flottement où j'étais encore dans la BD, plutôt que dans la réalité, goutant à l'histoire et aux ambiances, avant de revenir sur terre. C'est parfait, je n'en demandais pas plus et je recommande la lecture.