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Couverture de la série Corto Maltese
Corto Maltese

Quelle hésitation avant de publier mon avis sur ce thème… Que de retouches enfin il faut bien se lancer. Comme il me semble réducteur de ne juger Corto qu’avec un note et en global je vais donc le faire album par album en précisant mes impressions sur chacun : La ballade de la mer salée (Noir et blanc) Premier opus de la série, il fait office de découverte avec le personnage. On s’y retrouve en zone caribéennes avec des îles des requins des pirates du mystère une femme et l’Aventure. On y découvre un romantique, on y devine un idéaliste, on y voit un rebelle. Pour l’instant on n’est pas encore subjugué, Corto est un peu lointain on ne comprend pas toujours se réactions. Le dessin en noir est blanc est hostile de prime abord mais certaines planches magnifiques nous font rêver et finalement on s’y voit. Près des cocotiers sur des plages de sable fin. Les ados sont à baffer mais finalement n’avait on pas connu çà nous même ? Découverte de Raspoutine, du moine, de Pandora, de Slutter, de Cranio… que de richesse et de complexité, que de diversité et quel bonheur L’histoire est haletante, la durée de vie incroyable et pas une fois de la lassitude. Sur le dessin quelques planches sont un peu figées et le mouvement laisse parfois à désirer mais peu importe car on rêve…On le lit le relit toujours des nouvelles planches somptueuses redécouvertes et des propos compris à posteriori. C’est magique. Sous le signe du Capricorne (noir et blanc) Esotérisme, magie, mixité que de bonheur dans cet épisode, le trait s’affine et le mouvement devient plus souple ce qui rend le noir de moins en moins étrange à l’œil. Le personnage commence à nous être familier, c’est un frère, un cousin. Steiner et Tir Fixe sont deux personnages somptueux dans cette partie du monde de même que Tristan Bahia et bouche dorée. Tristan expérimente le monde de mû qui ne sera revu qu’au dernier épisode de Corto. Parfois on se sent emporté dans de l’irréel que l’on ne maîtrise pas, on ne comprend pas tout mais on rêve et là est l’essentiel. Scénario magistral avec des personnages qui vont suivre Corto pendant un bout de temps. Le dessin évolue un peu et de plus en plus de planches sont à encadrer. Toujours un peu plus loin (noir et blanc) Découverte de nouveaux personnages toujours plus troublants, émouvants ou humains : Vanexia, Soledad, que de belles et troublantes femmes. Corto retrouve la mémoire grâce à la magie. Les endroits sont maintenant maîtrisés et l’univers connu mais Pratt arrive à nous surprendre dans l’extraordinaire lagune des Beaux Songes. L’épisode de Port Ducal est un régal et j’espère ne jamais avoir affaire à la boite magique ! Côté dessins on sent un début d’âge d’or, l’équilibre entre détail mouvement et personnage est proche de trouver le summum, les scénarios se renouvellent comme on voit difficilement dans une série. C’est de l’art Les Celtiques (Noir et Blanc) Venise, l’Europe, la Bretagne, des personnages mythiques, toute la mythologie celte, voilà rien de moins que ce qui est donné dans ces épisodes. Nous y avons ici de vrais bijoux de dessins avec un équilibre parfait entre mouvement, héros, arrière plan, finesse. Je n’en dirai pas plus pour ce qui est à mon avis le chef d’œuvre de Pratt pour Corto dans l’œuvre complète à savoir scénario, dessin, personnages. J’avoue j’en pleure de bonheur à la lecture. Les Ethiopiques (noir et blanc) Nous changeons d’univers puisque désormais nous quittons les îles du pacifique pour l’Afrique. Nous y découvrons Samael et surtout Cush qui reparaîtra dans d’autres albums. L’Afrique inspire Pratt dans de nombreuses aventures et on sent qu’il est ici comme un poisson dans l’eau au milieu des conflits. Sans pour autant avoir l’impression d’ouvrir un livre d’histoire on apprend beaucoup, on est submergé par les références et ébloui par la culture de l’auteur. Ajouté à cela un dessin maintenant à l’âge d’or (en tous cas à mon sens) on obtient l’un des bijoux de Pratt Corto Maltese en Sibérie (Noir et blanc) Dans cet épisode on retrouve avec délectation Raspoutine. Le dessin en revanche redevient parfois un peu mois clair et les mouvements sont moins bien sentis. On a plus ici un roman d’aventure qu’un poème ésotérique illustré. Personnellement c’est l’épisode que j’aime le moins. Pourtant le scénario est solide mais ce n’est pas plus qu’un scénario d’aventure et ayant lu ce que j’ai pu lire avant j’attends plus. Alors évidemment il y a des personnages qui donnent à quelques planches une saveur toute délicieuse tel le baron sanglant. Un album bien sans plus finalement Fable de Venise (noir et Blanc) Si le précédent opus était pauvre en dessin et parlait d’aventures dans celui-ci c’est tout autre chose avec une fable servie dans un décor somptueux de Venise. Certaines planches sont une splendeur. Retour à Venise au milieu d’une multitude de sociétés secrètes aux codes plus ou moins inquiétants. On cherche on devine on se trompe, on philosophe et petit pied d’argent est un bonheur. Déroutant cet épisode est un bijou d’une taille très inférieure à tous ces prédécesseurs mais d’une portée… théâtrale ! La Jeunesse (Noir et blanc et couleur) Dans cet album nous revenons en arrière aux sources. On y rencontre des personnages passés à la postérité et on se dit que décidément Corto a bien eu de la chance de côtoyer tous ces monstres sacrés de la littérature, de l’histoire et de la politique. Au héro anonyme Corto rend hommage, lui qui n’a peut être pas fait d’acte de bravoure pour son pays ou tout autre action politique, mais lui qui est encore vivant. Le dessin est beau dans la version couleur avec des teins assez doux, il s’adapte parfaitement aux ambiances et scénario. La première édition était en noir et blanc mais la version couleur contrairement aux autre opus jusque là mérite de coexister avec la version noir et blanc. La Maison dorée de Samarkand (Noir et Blanc) Dans cet opus, le dessin se dégrade. Osons le terme même pour un fan comme moi on s'éloigne le la finesse des traits. De plus d'une certaine façon cet épisode est un hybride. Revenant à des histoires d'aventure on a pourtant une très grosse part d'onirisme et de rêve. La rencontre avec son "double", drogues souvenirs, on est constamment à la frontière entre rêve et réalité. De plus Corto lui même ne semble pas s'y retrouver alors que dire du lecteur ! Finalement la fin sauve l'album et d'une certaine façon justifie le style de dessin et la confusion générale. Et du coup on est même tenté de le relire. Al a seconde lecture tout va mieux, et l'onirisme se fait doucement bercer par les rêves y compris pour le lecteur. Finalement si l'ensemble peut paraitre étrange on est en réalité en phase de mutation avancée : on quitte l'aventure pour rentrer dans le mythe et c'est beau. Tango (Noir et blanc) Dernier sursaut vers l'aventure avant l'onirisme total, Tango est un tout petit album par rapport à ses frères. Le dessin retrouve un tracé net même s'il est moins fin que dans les épisodes celtiques et éthiopiques mais l'ambiance le tolère voire le valide. Le scénario est un tantinet super héros-esque avec un Corto défendant la veuve contre l'organisation mafieuse, on a connu notre héros moins justicier. Mais l'ambiance rendue, les dialogues, les regards, les ombres sont tellement belles que l'on se perd dans les faubourgs de buenos aires. Un bon corto d’aventure donc où dessins et scénarios se nourrissent l’un et l’autre pour un rendu très prenant. Les helvétiques (Couleur) Que dire de cet album, c’est tout simplement magistral. Le scénario est une merveille de rêve avec des références à n’en plus finir, une culture onirique, un ballet de rêves pour un lecteur en extase. Exclusivement en couleur, cet album est de plus magnifique graphiquement. J'aurai aimé savoir ce qu'il donnait en noir et blanc et j'imagine que çà aurait été merveilleurx Iil fallait que corto soit éternel et qu’il soit jugé aux enfers, c’est désormais chose faite Corto sera bien éternel, le Saint Graal l’a choisi. Pas d’impétuosité, de prétention, rien que du rêve et de la tolérance. On aurait pu croire que la couleur soit un obstacle à la continuité mais que nenni c’est très réussi… Cet album est un délice pour qui le lit lentement en savourant chaque page de rêve chaque planche de créativité. Mû (noir et blanc puis couleur) Le scénario est magistral, l’apparente confusion qui y règne est en réalité un épilogue assez magique à la série complète. L’architecture de Mû est un délice dans le dessin. Que dire justement du dessin ? A première vue c’est brouillon et pas clair, pourtant en jetant un œil à la version couleur je me dis que contrairement à toute la série jusqu’à tango ou la couleur vient plutôt contrarier le personnage, dans Mû la couleur est acceptable voire nécessaire(je vais là m'attirer les foudres des puristes !). Les décors sont généralement beaucoup plus travaillés que les personnages ce qui ne passe pas forcément bien au noir et blanc. bref les dessins sont beaux pour qui sait voir où se siue l'attention de Pratt au moment où il dessin c'est à dire généralement dans l'univers autour du héro. On retrouve une porte de Mû déjà vu par tristan il y a bien longtemps et Corto passe de nouveau par un labyrinthe initiatique, véritable référence de tant de sociétés secrètes. C’est la fin d’une histoire, Corto restera maintenant secret on verra peut être son fantôme mais c’est bien de rêve que le lecteur arrivé là est rempli. Bilan Corto a passé les épreuves, est mort et revenu à la vie. Il a vaincu la vie et la mort, vécu par delà le bien et le mal, dansé avec les fous, plané avec les mythes, chu avec les humains. C’est maintenant bien une légende. C’est avec émotion que je lui mets 5 tant j’aimerai lui mettre plus. « les celtiques », « les helvétiques », « corto toujours un peu plus loin », et « les éthiopiques » auraient mérité un 6/5. ! Cependant je comprends tout à fait que l’on ne puisse pas rentrer dans cet univers. D’une part le dessin n’est pas chatoyant il faut l’avouer et la lecture n’est pas du tout facile comme la plupart des ouvrages actuels. Il y règne de plus un ésotérisme assez déroutant et des références pas toujours accessibles. Et pourtant se laisser simplement entrainer à rêver permet de franchir la barrière de Corto pour de purs instants de plaisir.

25/01/2008 (MAJ le 30/01/2008) (modifier)
Couverture de la série Les Funérailles de Luce
Les Funérailles de Luce

« Les funérailles de Luce » raconte l'histoire d'une petite fille qui passe quelques unes de ses journées avec son Papi, à la campagne. Elle y rencontre les ami(e)s de son grand-père, les joies d'aller vendre avec lui ses légumes au marché du village, mais aussi un homme nu grand et maigre qui tient par la main une petite fille dont le corps est recouvert d'un linceul et qui porte une petite boîte. Ce couple incongru, c'est la mort, qui va là où les âmes sont à prendre. Et Luce les voit tous deux, et va y être confrontée indirectement. C'est une histoire simple, comme il s'en passe tous les jours, avec ses joies, ses peines. L'histoire d'une petite fille de 5 ou 6 ans et qui découvre ce que mourir veut dire. Le dessin en noir et blanc paraît brouillon au feuilletage, mais se révèle particulièrement maîtrisé, et au final très beau. L'expressivité des protagonistes est de plus, exemplaire. Un ouvrage de 80 pages absolument magnifique, comme il en sort très très peu chaque année. Un album que j'aimerais voir couvert d'une foultitude de récompenses. Note : 4,5/5 + coup de coeur.

30/01/2008 (MAJ le 30/01/2008) (modifier)
Par Ems
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Carême
Carême

Superbe !!!! Trois tomes dévorés pour ne pas dire savourés. Difficile de définir cette série qui mélange les styles, mais qui met en avant deux personnages atypiques et si humains. Cette amitié nous entraîne dans des périples hauts en couleurs : l'ensemble du scénario peut paraître brouillon, pourtant tout se tient et nous fournit un concentré de plaisir. Le dessin est impressionnant, un vrai régal pour les yeux. Petit spoiler : Etonnant parallèle entre le nom du dessinateur de "Carême" et celui du livre Leviathan dans la BD ;-) Il y a tant de choses à voir et à interpréter dans cette série, que je me délecte déjà à l'idée des prochaines lectures. J'hésitais entre 4 et 5 pour la note et je me suis décidé à donner un petit coup de main à cette série méconnue en lui mettant le 5, qui lui permettra une entrée dans les immanquables. Je me posais une question quant au nom de la capitale : "Lanmeurbourg" : ça ne s'invente pas, et près de chez moi il y a une commune qui s'appelle Lanmeur. Je me dis qu'il doit y avoir un lien.... D'ailleurs, il semble y avoir un peu d'autobiographie de la part de Bec, il est difficile de faire la part des choses entre la fiction et le reste. Rq : cette série sortira certainement de l'anonymat avec la sortie du futur projet de ce binôme d'auteurs : "Deus" programmé cette année chez Soleil.

29/01/2008 (MAJ le 29/01/2008) (modifier)
Par Jacki
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Kimagure orange road - Max et Compagnie
Kimagure orange road - Max et Compagnie

Ce manga est mon coup de coeur. C'est d'ailleurs lui qui m'a fait découvrir l"univers des mangas. Il est pour moi le meilleur manga jusqu'a présent, les sentiments sont très bien ressortis. Les personnages sont attachants et profonds, surtout Madoka (qui n'a pas rêver de rencontrer une femme comme Madoka, à la fois forte, fragile et mystérieuse). C'est aussi le seul manga que je visionne lors de mes moments de solitude et autres. Il me remonte le moral. J'aime la pureté des sentiments qui y sont dévoilés. Excellent manga, que je recommande fortement.

28/01/2008 (modifier)
Par JAMES RED
Note: 5/5
Couverture de la série Acme bibliothèque Novelty
Acme bibliothèque Novelty

Sans doute, une des œuvres les plus originales de la bande dessinée contemporaine ; c’est pour cela que je mets 5 étoiles. Livre au format étrange, où Chris Ware a, sans doute, voulu profiter de toutes les potentialités du médium bande dessinée. Chaque espace disponible semble être utilisé pour pouvoir caser une publicité, un faux article, une carte du ciel, des activités à découper, la plus petite bd du monde… Delcourt a d’ailleurs fait un énorme travail pour éditer cette œuvre. Ceux qui ont aimé Jimmy Corrigan seront peut-être un peu surpris car Ware multiplie les séquences narratives présentant à chaque fois un personnage dont les aventures paraissent totalement indépendantes. On trouve notamment Rusty et Chalky les deux collectionneurs névrosés, dont l’un sombre dans la pure folie... Big Tex le cow boy simplet qui est malmené par son père ; Rocket Sam qui cherche à combler sa solitude avec des robots... On retrouve aussi Jimmy Corrigan à travers une histoire simple et sensible, ainsi que d’autres personnages Quimby the Mouse, Frank Phosphate… Au fil de la lecture de l’ouvrage, les thèmes de prédilection de Ware se retrouvent : réflexion sur la mort, la solitude, le désespoir, les frustrations sexuelles... Les dernières planches sont d’ailleurs teintées d’une émotion réelle qui transparaît dans le destin tragique de chacun de ces anti-héros. Ware est un grand artiste qui fait de son œuvre une sorte d’ouvrage d’esthétique proche du pop art. C’est impressionnant et cela prouve que la bande dessinée est encore capable de grande audace…

27/01/2008 (MAJ le 27/01/2008) (modifier)
Par Nicolas
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Japon Révélé - Visions of Japan
Le Japon Révélé - Visions of Japan

Je trouve l'idée de cet album excellente. Je suis d'accord avec le lecteur précédent, c'est album propose une vision humoristique et satirique sur le Japon que je n'ai pas trouvé dans des albums plus 'grand public'. Cette collaboration franco-japonaise est vraiment sympa et unique. A lire absolument si vous voulez découvrir un Japon qui sort des sentiers battus.

27/01/2008 (modifier)
Par cac
Note: 5/5
Couverture de la série Rocky
Rocky

Je ne suis pas fan de strip, j'ai parfois du mal à accrocher à tous les types d'humour. Mais Rocky j'adore. Alors peut-être que je suis dans la cible de ce genre d'humour, le personnage me ressemble par certains côtés. Je suis à peu près dans la même tranche de vie et je pense que ces strips plairont moins à un quadra qu'à un jeune adulte. Rocky a environ 25 ans, vit à Stockholm, pas de boulot, pas de toit, il squatte à droite à gauche chez les potes, et va de petite amie sérieuse à coup d'un soir. Il gribouille 2-3 dessins pour quelques revues under-underground. On suit ces petites aventures d'un homme qui ne pense vraiment pas au lendemain mais surtout à faire la teuf. Quand il part aux Etats-Unis par exemple, il claque toute sa tune en fringues sans penser s'il pourra se faire un peu de tune pour payer son billet d'avion de retour, et il vient de se faire virer de son magazine. On vit les débuts du succès de son présent strip dans le journal Métro, ses réactions face à ses premières groupies. Martin Kellerman raconte que ses propres potes riaient des situations de ce strip ne sachant pas qu'ils en étaient les inspirateurs, et sans savoir au début qu'il était l'auteur de Rocky (ce qui a dû se savoir assez vite, car chaque strip est signé, aussi on trouve souvent l'email de l'auteur, sujet d'un gag d'ailleurs). J'aime aussi beaucoup le dessin et ses personnages à tête animalière. Rocky est un chien type bulldog, dans ses potes on trouve un oiseau, un chat etc. J'ai mis plusieurs jours à lire cet album assez dense. Il est vrai que je peux concéder toutefois une petite lassitude sur la fin, ou peut-on dire une moins grande régularité dans l'éclat de rire. Mais globalement les gags sont bien retranscrits et percutants même après la traduction française et malgré les références à la culture suédoise qui entoure Rocky. Allez hop 5 étoiles pour une fois, je n'en ai pas mis du tout en 2007, il n'est pas trop tard pour mettre la note max bien méritée sur cette parution du mois de février dernier.

26/01/2008 (modifier)
Par Sejy
Note: 5/5
Couverture de la série Julius Corentin Acquefacques
Julius Corentin Acquefacques

L’imaginaire débridé de Marc Antoine Mathieu ne semble pas avoir de limites. Son talent non plus d’ailleurs. Car s’il a des idées (et des idées originales, c’est le moins que l’on puisse dire), c’est avec maestria qu’il leur donne corps. Découvrez et savourez ses géniales élucubrations et son brin de folie dans cette oeuvre conceptuelle où les planches introspectives démantèlent les ressorts et rouages de la bande dessinée tout en faisant la part belle au rêve et à l’humour. Dévoilant une lecture à multiples dimensions, c’est une composition ambitieuse qui offre un plaisir éclectique intense et puise sa source dans une étrange scénographie. Un monde paradoxal qui oscille entre un fantastique (voir fantasmatique) et une réalité dont la filiation à l’univers kafkaïen va bien plus loin que le nom du héros (relisez-le attentivement). Une société triste, dépersonnalisée, prisonnière du carcan d’un système bureaucratique jusqu'au-boutiste et de son décorum loufoque. En occultant l’individu (jusqu’à tenter de réfréner ses rêves), ce microcosme expose des accents totalitaires très terre-à-terre et, parallèlement, un surréalisme troublant quand il affiche la conscience de sa virtualité et de son éphémère. Un théâtre, dont on pourrait s’inquiéter qu’il soit obscur ou oppressant, mais qui s’avère en vérité intellectuellement et émotionnellement vivifiant, burlesque et avant tout ludique. En effet, les méandres des escapades oniriques de Julius Corentin Acquefacques sont autant de prétextes pour jouer avec le média. En transgressant les codes et en aplatissant les conventions, l’auteur propose une exploration de l’art séquentiel qui suggère une vision au-delà des horizons (au propre comme au figuré). Par une mise en abîme permanente, riche d’étonnantes trouvailles narratives ou graphiques, il expérimente et manipule la forme, miroir sans tain qui tout en renvoyant l’image d’une histoire en train de se fabriquer laisse transparaître les coulisses de sa genèse. Une déconstruction de l’album, expérience intrigante et jubilatoire, qui s’autorise même quelques modulations mystiques. Par ce démontage du processus créatif, on pénètre un peu plus dans l’atelier et la pensée du « Créateur », excitante intrusion dans le domaine immatériel des « dieux ». Tout cela paraît un peu compliqué. Mais rassurez-vous. Si, au-delà des protagonistes et des pérégrinations du personnage principal, c’est bien une réflexion d’envergure que l’on perçoit (chacun pouvant l’appréhender à sa manière), l’ensemble demeure ouvert et accessible. Pas de messages formatés ou de prises de tête. Les questionnements métaphysiques maquillés d’un absurde récurrent et les autres clins d’œil scientifiques ne sont là que pour le ravissement de l’esprit et la détente des zygomatiques. Enfin s’il est difficile d’éprouver une réelle empathie pour ce bon Julius, on pourra néanmoins le gratifier de quelque sympathie ; il nous fait simplement, et si merveilleusement, rêver. Un beau voyage spirituel en noir et blanc dont la ligne, géométrique, incisive et limpide ne s’encombre pas de fioritures. Froide et inexpressive, elle va droit au but, sa puissance évocatrice ne servant exclusivement que le récit. Cette colorisation manichéiste est également bénéfique dans le sens où elle ne parasite pas les perceptions. Le lecteur peut ainsi remplir les éventuels « blancs » du propos par sa seule imagination et se métamorphoser en acteur à part entière. Vous hésitez ? Devant de telles perspectives, point de fuite ! La seule ligne de conduite à suivre c’est de franchir le pas.

22/01/2008 (modifier)
Par jeepee
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Horologiom
Horologiom

J’arrive un peu tard sur cette série mais ça été un vrai coup de cœur en effet. L’univers de F. Lebeault est un vrai plaisir pour les sens. Un monde à la fois poétique et mécanique, ce qui pourrait être antinomique, porté à son paroxysme. Une vision pointue des interactions politiques et religieuses de l’ultra socialisation d’une société engluée dans ses dogmes et ses paradoxes. L’architecture et les machines de Lebeault sont un régal pour l’esprit. On est dans le monde des jouets avec la férocité, et l’implacabilité de la vie en plus. Si je devais ajouter un petit bémol ce serait sur l’histoire qui traîne un peu en longueur mais quand ça marche on à un peu tendance à tirer sur les planches...

22/01/2008 (modifier)
Par AlainM
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Quintett
Quintett

Excellent ! Cette BD m'a enthousiasmé dès le début et je craignais d'être déçu par l'explication finale. Et bien non, la chute est à la hauteur des espérances et donne réellement un relief inattendu aux 4 volumes précédents. Le changement de dessinateur à chaque album oblige le lecteur à chaque fois se réhabituer à un style de dessins un peu différent. Les personnages changent donc un peu d'un album à l'autre. Est-ce un inconvénient ou un avantage ? Cela donne en tout cas une vision un peu plus subjective à chaque épisode, ce qui n'est peut-être pas plus mal... Vu l'interaction des différents récits entre eux, il est préférable de lire les 5 volumes d'affilée pour en apprécier toute la finesse. En résumé : un chef d'oeuvre de la BD avec un scénario sans faille très bien structuré. Un seul (petit) bémol : la date du décès de l'officier ("un an après la grande boucherie") me semble un peu incohérent avec le reste de l'histoire mais ce n'est qu'un détail insignifiant.

20/01/2008 (MAJ le 20/01/2008) (modifier)