Cette BD autobiographique retrace l’histoire de l’auteur depuis son enfance passée à Téhéran, son exil forcé par l’arrivée au pouvoir des Ayatollahs, ses études en Autriche puis son retour dans sa ville natale. Mille anecdotes parsèment le récit, amusantes, émouvantes ou tragiques, de ses premiers rêves (devenir prophète !) à ses déboires amoureux, en passant par ses accès de révolte récurrents vis-à-vis d’un monde souvent hostile.
Surtout ne pas se fier au style naïf et « malhabile » du dessin, car l’auteur est quant à elle d’une lucidité redoutable que seules l’autodérision et la cocasserie des situations viennent tempérer. C’est un véritable parcours initiatique que nous propose Marjane Statrapi, une véritable épopée racontée en BD à la manière d’un Candide iranien au féminin des temps modernes… mais qui se lit – ou plutôt se dévore - comme un roman. Et le lecteur de se laisser entraîner sans réticence dans cette autobiographie qui sent décidément le vécu, une « galère » pleine de rebondissements, d’humour et de tendresse – que par ailleurs le film a parfaitement reproduit. C’est aussi une charge sans ambiguïté- mais pas pour autant agressive, plutôt désabusée et ironique - contre la bêtise, le pouvoir et la religion – TOUTES les religions. Car Satrapi, y ayant été confrontée plus souvent que n’importe quel Occidental moyen – à travers les gardiens de la révolution islamique bien sûr - a maintes raisons de les détester. Ce que l’auteur réussit ici de manière extraordinaire et sans forcer, c’est à transcender les cultures occidentales et musulmanes, qualité sans doute permise par ses quelques séjours en Europe. Comme un pont entre les cultures. Et l’on réalise à la fin du livre qu’il y a beaucoup plus de choses qui rassemblent les peuples que de choses qui les divisent. Une œuvre sans aucun doute universelle, de par son message de tolérance et son humanité, en toute simplicité.
Cette série est composée de 4 tomes au cours desquels les héros vont évoluer dans une grande épopée. Viennent ensuite à ce jour deux tomes qui présentent la jeunesse de deux des personnages principaux de la série.
Côté graphisme la série a gardé les même collaborateurs et c’est tant mieux, les dessins sont très beaux, les univers très bien transcrits et on entre complètement dans chacun des univers que le scénario nous fait visiter. Les traits sont précis et les dessins vont s’améliorer tout au long du récit. A la relecture il est vrai que le tome 1 parait plus fade au niveau des couleurs et plus brouillon au niveau du dessin que les autres, mais ça vaut le coup de continuer ! Côté prises de vues la relecture peut donner un gout de vieillot à de rares moments et aussi dans le tome 1 mais le scénario est tellement prenant que ce n’est qu’en pinaillant qu’on s’en offusquera.
Pour le scénario je ferai tome par tome.
La conque de Ramor :
Dans ce premier épisode il s’agit de présenter les personnages. Tous ne sont pas de la même génération et tous vont devoir vivre ensemble alors qu’à priori ils n’ont pas grand-chose à faire en commun. On y trouve des questions, beaucoup de questions, on ne connait pas le passé des vieux, les jeunes nous paraissent un peu nuls, évidemment Pelisse a des atours avantageux, mais quelle est donc cette jeune effrontée. Bref tout ça promet de belles choses dans un univers que l’on découvre. Des héros de style heroic fantasy, sans des femmes sur vitaminées, des super héros bodybuildés, les bestioles toutes plus impressionnantes les unes que les autres. En fait c’est du tout bon, on entre facilement dans l’histoire en étant sans arrêt en quête d’une réponse, et finalement ce qui est mystérieux pour nous l’est aussi pour eux et ce Bragon tout de même quelle vie il a du avoir !
Vous l’aurez compris même pour un tome introductif on ne s’endort pas, le dynamisme des uns mène l’histoire, l’expérience des autres fait qu’elle avance et l’environnement fait qu’on y croit, que c’est drôle et qu’on attend la suite
Le temple de l’oubli :
La suite c’est ce tome qui s’avérera mieux graphiquement mais sur lequel on va rester sur notre faim. Car autant le premier tome avait soulevé des questions, autant on espérait en connaitre les réponses dans le second, ça ne sera pas le cas, bien au contraire. L’apparition de nouveaux personnages secondaires enrichit encore plus l’univers fantastique et en apporte d’autres, alors que bien peu sont élucidées. Bref on reste sur notre faim, c’est très énervant et ça pourrait donner envie de ne pas lire le 3, honnêtement bien mal nous en prendrait.
Le Rige :
Voilà là on y est, un personnage mythique est né. Ce tome est à mon sens le chef d’œuvre de la série. Voilà longtemps que nos aventuriers subissent nombre d’embuches, chacun a eu son heure de gloire mais également ses faiblesses. Ça nous a permis d’apprivoiser chacun, de mieux cerner les personnalités riches et non stéréotypées. Avec le Rige, on touche ici au summum, d’un coup nombre de questions paraissent dérisoires et s’estompent, on ne se demande plus « comment » on retient son souffle et on vit l’aventure, on est trempé dans les marécages, on a envie de baffer Pelisse, on admire les ruses des guerriers accomplis, on frémit à l’idée de rencontrer un jour ces insectes. Oui on est dans l’histoire. Plus question de rater le dernier épisode, comment tout ceci peut finir ?
L’œuf des ténèbres :
Si le précédent tome était un bijou de bout en bout, on peut craindre pour celui-ci, bien mal nous en prendrait car le scénario avance d’un coup très vite puisque nous approchons de l’épilogue, le héros masqué défait son masque, des paroles énigmatiques viennent nous prédire une fin que nous n’avons pas encore compris mais qui va s’avérer implacable. Car oui la fin est doublement extraordinaire, dans le scénario en lui-même où l’on rejoue une vision Hégélienne de l’histoire (ou hindouiste) avec la recréation du monde et de ses équilibres par la naissance d’un nouveau cycle avec un soupçon de faute originelle. Mais également sur les personnages. Evidemment je n’en dirai rien ici, mais les dernières planches sont à tomber par terre pour le scénario, à en pleurer, à aller immoler le scénariste tant nous avons été inconscient tout au long de l’histoire. Car oui comme dans toute quête digne de ce nom, la fin même victorieuse est triste.
Ici s’arrête le scénario de ce que j’appelle la Quête de l’Oiseau du Temps puisque le reste ne sera que des aventures hors de cette quête, si le scénario est un peu long à se décanter c’est uniquement parce que l’univers présenté est d’une richesse inouïe. Alors oui les dessins du 1 ont un peu vieilli, oui c’est un peu facile ce genre de recréation d’univers fantastique, oui c’est en adolescent que l’on a adoré Pelisse ses aventures et ses formes. Oui mais quand on regarde les autres productions, pas une n’arrive au niveau de celle là ! L’achat est impératif pour revivre des instants de bonheur et surtout voir comment on n’a pas su anticiper la fin au cours du récit alors que des indices existaient.
« L’ami Javin » était une suite qui fut seule pendant longtemps, si le dessin était encore plus beau que dans la série mère, l’histoire laissait un peu à désirer car inaboutie et traitant uniquement de la jeunesse de Bragon et de Mara. Mais est venu « Le grimoire des Dieux » et là grosse claque, on est reparti pour une aventure d’un calibre similaire à l’Oiseau du Temps, le scénario est tout aussi prenant, les dessins sont maintenant parfaits, l’univers a eu tout le temps d’être travaillé et c’est avec plaisir que 14 ans plus tard on retrouve le même plaisir. Oui 14 ans plus tard, ce n’était donc pas qu’un fantasme d’adolescent mais bien une œuvre majeure…
Pour cet album, j’ai voulu attendre longtemps avant de donner un avis pour savoir si la première impression survivrait, ce qui me vaut de ne le noter que maintenant alors qu’il est depuis le début dans ma collection.
L’édition est très belle, le matériel est solide et joliment relié le papier très agréable à toucher. L’album a un nombre de pages généreux.
Côté dessins, nous sommes en face de planches en dégradé gris et une autre couleur, tantôt or, tantôt ocre, parfois noir, parfois moutarde, parfois violet. Toujours dans des nuances pastels des couleurs avec une constante marron-or très réussie. Le trait est peu visible, il s’agit plutôt de dégradés contrastés. La mise en image est très réussie avec des prises de vues tout à fait adéquates pour chaque situation sans que l’on sente les vues forcées.
Côté scénario maintenant, cette BD est muette. Non seulement il n’y a aucun texte, mais en plus il n’y a aucune lettre dans les décors reconnaissable. Ceci est fort à propos dans la mesure ou le thème est celui du migrant. Thème universel, la migration est présentée ici de façon universelle sans qu’il y ait de lieu précis, de langue précise et même de date précise ça pourrait s’adapter à n’importe quel migrant à n’importe quelle époque.
Tout commence avec la séparation brutale, non seulement des racines mais surtout des proches, un homme va donc quitter sa famille pour aller chercher meilleur sort à l’étranger en espérant faire venir sa famille un jour. Pourquoi il part ? Parce qu’il a peur, peur d’on ne sait quoi mais qui est magnifiquement représenté par cette queue de monstre dont l’ombre irise les murs. Après la séparation vient le voyage, présenté ici dans toute son humanité et sa misère, seul et ayant le même espoir que nombre d’autres portant tout autant sur eux leur désespoir sur ce grand bateau. Impersonnel, brutal même, incompréhensible vient la sélection et la validation de son entrée en territoire d’espoir. Sélectionné suivant des critères si justement montrés ici comme arbitraires certains vont être acceptés à l’examen de passage. On ne saura pas ce qu’il en est pour les autres, mais ici notre vagabond passe. L’acceptation finale est validée par un homme dans l’administration du pays d'accueil, il s'agit du premier signe d’humanité perçu dans le récit, c’est bien un homme qui tamponne le visa, homme inconnu mais dont on aimerait l’embrasser tant la démarche pour en arriver là fut dure et combien un retour ne serait pas envisageable.
Alors c’est la découverte, découverte de ce nouveau monde avec les petites économies prévues, découverte des us. Seul au milieu d’une civilisation nouvelle le dépaysement est prévisible, il est admirablement croqué dans cet album. Même les indispensables ustensiles quotidiens peuvent être des découvertes. Le petit animal qui suivra notre migrant tout rond et mignon comme tout est adopté aussi bien par le héros que par le lecteur. Sans aide c’est difficile, et ce n’est qu’avec un nouveau contact humain d’aide que notre héros trouvera enfin un rythme dans cette nouvelle vie. D’essais en essais dans des job que l’on devine difficile notre déraciné va trouver ses marques. Bien sur quelques peurs de l’ancien monde subsisteront, mais avec l’humanité des accueillants : tout va mieux. Et qui sont ces accueillants ? Eux même d’anciens migrants, non pas du même pays, eux aussi ont leurs peurs et eux aussi ont connu ce chemin, maintenant ils sont heureux d’être sortis de leur peur même en ayant des vies difficiles : au moins ici ils sont heureux, heureux comme cet enfant joyeux. Une lettre et la situation suffisamment stable va permettre d’enfin pouvoir revoir la famille, cette seule attache qui manque à l’équilibre de notre déraciné. Une fois la cellule enfin au complet l’apprentissage va être transmis, les fantômes du passés peuvent être oubliés. Et mieux, la petite fille de nouveau épanouie va pouvoir à son tour aider les nouveaux migrants…
Une telle justesse, une telle simplicité, une telle universalité sont choses rares dans la BD comme dans d’autres arts. D’étapes en étapes nous sommes transportés, nous même migrants en départ d’un danger et en partance pour un Eden idéal. Le plus touchant dans cet ouvrage c’est l’humanité qui s’en dégage, chaque étape positive dans le parcours s’avère venir d’autrui et être humaine. Hymne à la tolérance, à l’amour au sens chrétien de l’agape ou à la charité au sens bouddhiste cet album est un bijou brut. De ses couleurs à son scénario en passant par ses nuances, tout est transcrit pour remettre l’homme au cœur des préoccupations terrestres. La relecture est un régal qui permet d’aller plus loin et de voir par delà le non texte dans des détails qui ont un profond sens humaniste. Mon coup de cœur initial n’était donc pas qu’une tocade. Cet ouvrage rentre dans le cercle fermé des œuvres références que tout être humain devrait si ce n’est avoir lu en tous cas ressentir au fond de lui.
Pour cet album à lire et à relire, la vieille édition est difficile à conserver tant elle est fragile, pages mines et carton souple en couverture : il faut veiller aux trésors, allez même en avoir 2 un pour lire et un pour conserver !
Comes est un dessinateur noir et blanc. Ici pas de nuances de gris, non : du noir, du blanc rien d’autre… cela suffit pour produire des planches somptueuses mais surtout des contrastes saisissants qui vont coller parfaitement avec un scénario violent et mystérieux. Les visages sont clairement dérangeants de même que certaines proportions, mais tout cela nourrit le mystère et rester à ce sentiment de malaise serait dommage. L’ancrage parfois maladroit pourrait dénoter mais je me demande après maintes relectures si ce n’est pas volontaire pour accentuer le malaise et schématiser par l’image la psychologie des personnages.
Oh nous ne sommes pas ici dans la violence physique, pas de super muscle de bras coupés, de veines crachant l’hémoglobine ou de gros calibre brulant d’avoir trop tiré, non Comes ne mange pas de ce pain là, il s’agit de violence psychique, psychologique et parfois humaine. L’histoire n’est pas simple et la dire serait donner une interprétation individuelle qui ne collera peut être pas avec l’idée qu’en aura quelqu’un d’autre. Car l’album est tellement riche que chacun suivra sa sensibilité pour l’interpréter et en tirer sa moelle.
Comme souvent chez Comes on est dans le domaine des anciennes croyances, de la sorcellerie, de la cohabitation entre les hommes, des relations de pouvoir, avec toujours au cœur de l’intrigue celui qui est différent. Ici ce sera un autiste qui mettra en lumière les attitudes humaines les plus basses. Cupidité, ignorance, pouvoir, protection, intolérance, bêtise et aussi générosité seront croqués avec toujours cet apport mystique qui donne des pouvoirs surnaturels ou en tous cas matérialise une façon de penser ou de voir les phénomènes.
D’une poésie sensible extrême, le dessin sert le scénario. On est à fleur de peau on frémit à la lecture (et la relecture), on est de plus en plus pris par ces personnages de prime abord simplistes et finalement complexes. Les révélations successives et surtout la mise en abyme finale fera de cette œuvre un authentique chef d’œuvre qui forme avec Silence la partie la plus aboutie de l’œuvre actuelle de Comes.
Pour l’achat évidemment car plus que la lecture qui peut mettre mal à l’aise et devant laquelle on peut être dérouté, chaque relecture permet de faire un nouvel écho à l’œuvre en lui donnant de nouvelles perspectives. La magie n’opère pas que dans les planches mais aussi dans les esprits des lecteurs attentifs…
L’album est en carton habituel des anciennes éditions Casterman, c’est fragile et il faut en prendre soin pour que le tout reste en bon état. C’était l’époque où le nombre de planches pouvait être grand et où on ne coupait pas les albums pour faire plus de tomes…
Côté dessin, il s’agit de l’habituel trait de Comès. Pas de surprise pour qui connait l’auteur, pour ceux qui ne le connaitraient pas, il s’agit de noir et blanc. Du pur noir et blanc comme Pratt. Le dessin est très beau pour les décors avec des rendus incroyables étant donné la technique, côté personnage, généralement de prime abord ils sont dérangeant. Cet album ne déroge pas à la règle : les visages sont croqués de façon étrange, souvent légèrement surprortionnés, avec des traits absolument non conventionnels on se croirait parfois au musée des masques.
Côté scénario, Silence parle d’un simple à la campagne. Raillé par le village, Comès nous immerge une fois de plus dans les anciennes croyances, la sorcellerie dans un cadre champêtre. Silence n’est pas simplet, il est innocent et va voir autour de lui cette société des hommes dans toute sa violence, sa haine d’autrui, sa peur du différent. La méchanceté sociale (qu’elle soit à son encontre ou pas) va s’étaler devant ses yeux innocents et il essayera de comprendre. Silence vit avec la nature, il communie avec elle, il est curieux là ou la société montrera son ignorance violente, il est heureux quand autrui chercherait à avoir toujours plus. Autour de lui monde magique spirituel et monde réel vont se croiser, devant la bêtise crasse de l’un, les appels pour la seconde seront de plus en plus doux. Le tout se termine en drame, drame de l’incompréhension et de la haine qui voit l’humain agir dans toute son horreur.
Manifeste pour la tolérance, la différence, l’acceptation de l’autre, cet album et La Belette sont les chefs d’œuvre de Comès. Le dessin sert idéalement cet univers réel-fantastique et ces personnages tout en finesse. Au fur et à mesure du récit les personnages se trouvent de plus en plus complexes et nous surprennent toujours. Les périodes de tensions et de calme relatif sont parfaitement gérés par l’écrivain qui signe l’une des œuvres les plus abouties. A lire et posséder pour avoir la joie de relire, de prendre le temps de sentir les sensations qui se dégagent de la nature, de sentir l’horreur de la violence qui suinte des humains, de partager la sensibilité extrême de se simple muet qui dans son sacrifice révèle le noir statut humain.
Une version couleur (en deux tomes !) est sortie ensuite, sans que les couleurs soient laides, je la trouve moins agréable et moins traductrice de la violence sous-jacente à ce monde rural. Les contrastes sont plus marqués et plus sincères dans la version originale (comme souvent). La couleur adoucit des propos violents, dommage car ce n’est pas le propos, ce scénario est dur et violent.
Les idées noires forment le côté sérieux de Franquin, enfin sérieux au sens de Franquin, c'est-à-dire qu’on sent qu’il traite tous les sujets qui lui tiennent à cœur avec humour. Enfin un humour noir, car tout est incroyable noir et cynique ; ce sont les incohérences de la société qui sont ici méchamment croquées. Les cibles favorites sont les chasseurs, la condamnation à mort et les militaires, mais bien d’autres situations plus cocasses et moins épidermiques viennent agrémenter cet album culte. Car il faut bien l’avouer cet album est pour moi une référence absolue. Chaque planche représente une situation et sur la totalité des planches il doit y en avoir 90% qui me font mourir de rire 5% sur lesquels bof et 5 % qui ne me font pas rire du tout pour lesquelles au contraire je trouve le truc trop malsain. Car oui : on ne peut pas rester de glace face à ces histories courtes qui sont généralement tragiques, soit on adore, soit on trouve çà nul. De tête comment oublier cette espèce de hérisson mutant que l’on ne peut plus écraser sur les routes, cet industriel ayant inventé des boulons en papier pour la rentabilité, ce père de famille amateur de bonzaï, cet incident d’édredons sur une plage mazoutée, ce gus voulant sortir du cadre de la BD, ces variations sur la peine de mort et l’armement… en fait chaque scénario est une pépite noire qui vous explose à la figure.
Evidemment ça peut mettre mal à l’aise, ça peut remettre en cause ce qu’on aimerait bien oublier, mais c’est justement ce que j’attend d’une bande dessinée, nous faire voir ce que l’on a pas forcément envie de voir de façon juste et pertinente.
Pour moi cette œuvre fait partie du panthéon de la BD, tout simplement.
Est-il encore nécessaire de le présenter ? L’imagination débordante de Franquin trouve ici un côté humour décapant qui fonctionne malgré les années, malgré les 19 tomes, malgré les gaffes...
Le dessin est connu de tous, tout comme les personnages. Comment peut-on passer à côté de cette série ? Nous sommes ici dans le burlesque absurde poétique. Oui poétique car touchant, Franquin va créer (là je ne sais pas s’il le crée vraiment ou s’il y en avait avant) le mythe de l'anti-héros. Celui par qui tout arrive malgré lui, celui qui n’aurait pas dû... L’univers sera toujours renouvelé malgré le côté récurrent des gags comme les contrats. Peuplé de cactus, d’instruments de musique, de mouettes, de chat, d’une voiture et de tant de choses si dérisoires inventées au gré des épisodes, Gaston est la personnification du gag. Champion de la sieste et du « en faire le moins possible » ce personnage est entré dans notre quotidien comme je pense aucun autre personnage BD (si, peut-être Astérix)
A acheter pour rire entre générations
Cette série en 4 tomes est dessinée et scénarisée par Larcenet, forcément ça implique déjà plein de choses : le dessin ne fera pas de somptueuses planches !
Côté dessin justement, les personnages sont sommaires, mais les décors assez précis. Autant il y a souvent du trait noir peu joli sur les humains autant les ambiances et paysages sont joliment croqués.
Côté scénario puisque c’est ça qui est vraiment intéressant dans cette série, il est important de lire l’œuvre dans son ensemble. Par exemple si l’on s’arrête au tome 2, on aura clairement l’impression de lire un manifeste du bobo de gauche inculquant ses valeurs idéales du politiquement correct. Oui, mais ça ne s’arrête pas là justement et les tomes suivants vont permettre de relativiser le discours. Et du coup la soupe indigeste idéologique devient le récit d’un changement de perception des choses : une école de la vie... Evidemment chacun lira cette série avec son propre ressenti, nul doute que nous-mêmes aurons des lectures différentes suivant notre propre évolution.
Cet album est simplement le récit d’un bout de vie et de toutes ces petites choses infimes qui petit à petit vous font évoluer, grandir et regarder le monde différemment. C’est insignifiant une vie, l’album nous le montre bien et ça ne tient à pas grand-chose pour osciller entre bonheur et désespoir. Le dessin qui pose problème au début en raison de personnages imparfaits va finalement dans le sens du scénario qui dresse des portraits d’homme non aboutis que la vie se charge de modeler au fur et à mesure de son cours. Les dessins au 4ème tome sont d’ailleurs beaucoup plus agréables qu’au premier (hasard ou vraie volonté).
Donc non, la série ne se résume pas à : le racisme c’est pas bien, le regard des autres c’est oppressant, la vie à la campagne c’est zen, le capitalisme c’est moche, les pétards c’est cool... ça c’est la vision premier degré des deux premiers tomes. La suite va révéler au contraire le côté artificiel de telles positions et la complexité réelle de tout homme devant son idéal.
A lire et relire, vous trouverez toujours de nouveaux thèmes faisant écho à vos propres questionnements.
Environ 3000 pages de plaisir. Voilà ce qu'est ce manga.
Tout d'abord, au niveau de la narration:
Tout est clair, pas moyen de s'embrouiller, malgré les noms qui sont imprononçables... Bien sûr, parfois, on se demande qui est ce personnage qui intervient: on sait qu'il est apparu deux tomes avant, mais que fait-il encore? Mais c'est inévitable sur autant de pages. Et puis, la mémoire revient assez vite et ne compromet pas le plaisir de lecture.
De plus, Tesuka s'amuse avec les cases et leurs limites: c'est ainsi qu'un personnage surpris va sursauter et se cogner la tête contre la case du haut... Ou encore qu'un personnage bousculé peut passer à travers une ou plusieurs cases... Autant de petites choses qui rendent la lecture amusante.
Ensuite, au niveau du dessin :
Ils sont amusants, tout en rondeur. Les personnages ont souvent des expressions hilarantes. Ou bien sont dessinés avec une tête de cochon, avec des lunettes, ... Parfois même, certains personnages sont complètement hors époque (certains médecins, black Jack,...)
Mention spéciale aussi pour toutes les touches d'humour qui parsèment la série. Du style:
- Il est bien pâle? C'est normal pour un manga sans couleur
- He, attention, on est dans la vie réelle, pas dans un manga...
...
Tout cet humour vient "enrichir" les albums, rendant la lecture encore plus intéressante.
En fait, on suit la vie de Bouddha et son enseignement (ou une partie de celui-là), mais, pour moi, cela devenait secondaire à certains moments, tant je prenais plaisir à me laisser porter par la narration et le dessin...
A lire absolument !
Akira... comment décrire Akira...
En fait, prenez une histoire un poil futuriste style néo-Tokyo sans virer trop dans la science fiction, ajoutez y un coté sombre, pollué, avec la dimension destroy d'un Mad Max mais en urbain ... le tout sur fond d'expériences génétiques sur des cobayes qui deviennent incontrôlables et surpuissants, tellement puissants qu'ils se mettent en danger eux-mêmes !
Voilà, grosso-modo c'est ça Akira. Bon je fais dans le court car inutile de parler plus sur un manga que tout le monde connais et qui a gravé l'histoire du genre au fer rouge !
D’ailleurs si vous lisez ces lignes, c'est que vous n'avez sans doute pas encore lu l'oeuvre d'Otomo ! Franchement c'est pas sérieux ! Courrez vite vous lancer dans cette aventure ! Elle ne laisse personne de marbre !
NB : j'ai lu l'édition couleur qui est géniale, en noir et blanc ça donne aussi très bien, mais préférez la version couleur si vous le pouvez ! C’est tellement rare un manga en couleur et qui plus est qui y gagne au change !
Et aussi, pas la peine de regarder le DVD pour voir si le manga mérite d'être lu, le DVD est vraiment trop rapide, fait l'impasse sur énormément de choses et perds beaucoup d'intérêt !!!
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Cette BD autobiographique retrace l’histoire de l’auteur depuis son enfance passée à Téhéran, son exil forcé par l’arrivée au pouvoir des Ayatollahs, ses études en Autriche puis son retour dans sa ville natale. Mille anecdotes parsèment le récit, amusantes, émouvantes ou tragiques, de ses premiers rêves (devenir prophète !) à ses déboires amoureux, en passant par ses accès de révolte récurrents vis-à-vis d’un monde souvent hostile. Surtout ne pas se fier au style naïf et « malhabile » du dessin, car l’auteur est quant à elle d’une lucidité redoutable que seules l’autodérision et la cocasserie des situations viennent tempérer. C’est un véritable parcours initiatique que nous propose Marjane Statrapi, une véritable épopée racontée en BD à la manière d’un Candide iranien au féminin des temps modernes… mais qui se lit – ou plutôt se dévore - comme un roman. Et le lecteur de se laisser entraîner sans réticence dans cette autobiographie qui sent décidément le vécu, une « galère » pleine de rebondissements, d’humour et de tendresse – que par ailleurs le film a parfaitement reproduit. C’est aussi une charge sans ambiguïté- mais pas pour autant agressive, plutôt désabusée et ironique - contre la bêtise, le pouvoir et la religion – TOUTES les religions. Car Satrapi, y ayant été confrontée plus souvent que n’importe quel Occidental moyen – à travers les gardiens de la révolution islamique bien sûr - a maintes raisons de les détester. Ce que l’auteur réussit ici de manière extraordinaire et sans forcer, c’est à transcender les cultures occidentales et musulmanes, qualité sans doute permise par ses quelques séjours en Europe. Comme un pont entre les cultures. Et l’on réalise à la fin du livre qu’il y a beaucoup plus de choses qui rassemblent les peuples que de choses qui les divisent. Une œuvre sans aucun doute universelle, de par son message de tolérance et son humanité, en toute simplicité.
La Quête de l'Oiseau du Temps
Cette série est composée de 4 tomes au cours desquels les héros vont évoluer dans une grande épopée. Viennent ensuite à ce jour deux tomes qui présentent la jeunesse de deux des personnages principaux de la série. Côté graphisme la série a gardé les même collaborateurs et c’est tant mieux, les dessins sont très beaux, les univers très bien transcrits et on entre complètement dans chacun des univers que le scénario nous fait visiter. Les traits sont précis et les dessins vont s’améliorer tout au long du récit. A la relecture il est vrai que le tome 1 parait plus fade au niveau des couleurs et plus brouillon au niveau du dessin que les autres, mais ça vaut le coup de continuer ! Côté prises de vues la relecture peut donner un gout de vieillot à de rares moments et aussi dans le tome 1 mais le scénario est tellement prenant que ce n’est qu’en pinaillant qu’on s’en offusquera. Pour le scénario je ferai tome par tome. La conque de Ramor : Dans ce premier épisode il s’agit de présenter les personnages. Tous ne sont pas de la même génération et tous vont devoir vivre ensemble alors qu’à priori ils n’ont pas grand-chose à faire en commun. On y trouve des questions, beaucoup de questions, on ne connait pas le passé des vieux, les jeunes nous paraissent un peu nuls, évidemment Pelisse a des atours avantageux, mais quelle est donc cette jeune effrontée. Bref tout ça promet de belles choses dans un univers que l’on découvre. Des héros de style heroic fantasy, sans des femmes sur vitaminées, des super héros bodybuildés, les bestioles toutes plus impressionnantes les unes que les autres. En fait c’est du tout bon, on entre facilement dans l’histoire en étant sans arrêt en quête d’une réponse, et finalement ce qui est mystérieux pour nous l’est aussi pour eux et ce Bragon tout de même quelle vie il a du avoir ! Vous l’aurez compris même pour un tome introductif on ne s’endort pas, le dynamisme des uns mène l’histoire, l’expérience des autres fait qu’elle avance et l’environnement fait qu’on y croit, que c’est drôle et qu’on attend la suite Le temple de l’oubli : La suite c’est ce tome qui s’avérera mieux graphiquement mais sur lequel on va rester sur notre faim. Car autant le premier tome avait soulevé des questions, autant on espérait en connaitre les réponses dans le second, ça ne sera pas le cas, bien au contraire. L’apparition de nouveaux personnages secondaires enrichit encore plus l’univers fantastique et en apporte d’autres, alors que bien peu sont élucidées. Bref on reste sur notre faim, c’est très énervant et ça pourrait donner envie de ne pas lire le 3, honnêtement bien mal nous en prendrait. Le Rige : Voilà là on y est, un personnage mythique est né. Ce tome est à mon sens le chef d’œuvre de la série. Voilà longtemps que nos aventuriers subissent nombre d’embuches, chacun a eu son heure de gloire mais également ses faiblesses. Ça nous a permis d’apprivoiser chacun, de mieux cerner les personnalités riches et non stéréotypées. Avec le Rige, on touche ici au summum, d’un coup nombre de questions paraissent dérisoires et s’estompent, on ne se demande plus « comment » on retient son souffle et on vit l’aventure, on est trempé dans les marécages, on a envie de baffer Pelisse, on admire les ruses des guerriers accomplis, on frémit à l’idée de rencontrer un jour ces insectes. Oui on est dans l’histoire. Plus question de rater le dernier épisode, comment tout ceci peut finir ? L’œuf des ténèbres : Si le précédent tome était un bijou de bout en bout, on peut craindre pour celui-ci, bien mal nous en prendrait car le scénario avance d’un coup très vite puisque nous approchons de l’épilogue, le héros masqué défait son masque, des paroles énigmatiques viennent nous prédire une fin que nous n’avons pas encore compris mais qui va s’avérer implacable. Car oui la fin est doublement extraordinaire, dans le scénario en lui-même où l’on rejoue une vision Hégélienne de l’histoire (ou hindouiste) avec la recréation du monde et de ses équilibres par la naissance d’un nouveau cycle avec un soupçon de faute originelle. Mais également sur les personnages. Evidemment je n’en dirai rien ici, mais les dernières planches sont à tomber par terre pour le scénario, à en pleurer, à aller immoler le scénariste tant nous avons été inconscient tout au long de l’histoire. Car oui comme dans toute quête digne de ce nom, la fin même victorieuse est triste. Ici s’arrête le scénario de ce que j’appelle la Quête de l’Oiseau du Temps puisque le reste ne sera que des aventures hors de cette quête, si le scénario est un peu long à se décanter c’est uniquement parce que l’univers présenté est d’une richesse inouïe. Alors oui les dessins du 1 ont un peu vieilli, oui c’est un peu facile ce genre de recréation d’univers fantastique, oui c’est en adolescent que l’on a adoré Pelisse ses aventures et ses formes. Oui mais quand on regarde les autres productions, pas une n’arrive au niveau de celle là ! L’achat est impératif pour revivre des instants de bonheur et surtout voir comment on n’a pas su anticiper la fin au cours du récit alors que des indices existaient. « L’ami Javin » était une suite qui fut seule pendant longtemps, si le dessin était encore plus beau que dans la série mère, l’histoire laissait un peu à désirer car inaboutie et traitant uniquement de la jeunesse de Bragon et de Mara. Mais est venu « Le grimoire des Dieux » et là grosse claque, on est reparti pour une aventure d’un calibre similaire à l’Oiseau du Temps, le scénario est tout aussi prenant, les dessins sont maintenant parfaits, l’univers a eu tout le temps d’être travaillé et c’est avec plaisir que 14 ans plus tard on retrouve le même plaisir. Oui 14 ans plus tard, ce n’était donc pas qu’un fantasme d’adolescent mais bien une œuvre majeure…
Là où vont nos pères
Pour cet album, j’ai voulu attendre longtemps avant de donner un avis pour savoir si la première impression survivrait, ce qui me vaut de ne le noter que maintenant alors qu’il est depuis le début dans ma collection. L’édition est très belle, le matériel est solide et joliment relié le papier très agréable à toucher. L’album a un nombre de pages généreux. Côté dessins, nous sommes en face de planches en dégradé gris et une autre couleur, tantôt or, tantôt ocre, parfois noir, parfois moutarde, parfois violet. Toujours dans des nuances pastels des couleurs avec une constante marron-or très réussie. Le trait est peu visible, il s’agit plutôt de dégradés contrastés. La mise en image est très réussie avec des prises de vues tout à fait adéquates pour chaque situation sans que l’on sente les vues forcées. Côté scénario maintenant, cette BD est muette. Non seulement il n’y a aucun texte, mais en plus il n’y a aucune lettre dans les décors reconnaissable. Ceci est fort à propos dans la mesure ou le thème est celui du migrant. Thème universel, la migration est présentée ici de façon universelle sans qu’il y ait de lieu précis, de langue précise et même de date précise ça pourrait s’adapter à n’importe quel migrant à n’importe quelle époque. Tout commence avec la séparation brutale, non seulement des racines mais surtout des proches, un homme va donc quitter sa famille pour aller chercher meilleur sort à l’étranger en espérant faire venir sa famille un jour. Pourquoi il part ? Parce qu’il a peur, peur d’on ne sait quoi mais qui est magnifiquement représenté par cette queue de monstre dont l’ombre irise les murs. Après la séparation vient le voyage, présenté ici dans toute son humanité et sa misère, seul et ayant le même espoir que nombre d’autres portant tout autant sur eux leur désespoir sur ce grand bateau. Impersonnel, brutal même, incompréhensible vient la sélection et la validation de son entrée en territoire d’espoir. Sélectionné suivant des critères si justement montrés ici comme arbitraires certains vont être acceptés à l’examen de passage. On ne saura pas ce qu’il en est pour les autres, mais ici notre vagabond passe. L’acceptation finale est validée par un homme dans l’administration du pays d'accueil, il s'agit du premier signe d’humanité perçu dans le récit, c’est bien un homme qui tamponne le visa, homme inconnu mais dont on aimerait l’embrasser tant la démarche pour en arriver là fut dure et combien un retour ne serait pas envisageable. Alors c’est la découverte, découverte de ce nouveau monde avec les petites économies prévues, découverte des us. Seul au milieu d’une civilisation nouvelle le dépaysement est prévisible, il est admirablement croqué dans cet album. Même les indispensables ustensiles quotidiens peuvent être des découvertes. Le petit animal qui suivra notre migrant tout rond et mignon comme tout est adopté aussi bien par le héros que par le lecteur. Sans aide c’est difficile, et ce n’est qu’avec un nouveau contact humain d’aide que notre héros trouvera enfin un rythme dans cette nouvelle vie. D’essais en essais dans des job que l’on devine difficile notre déraciné va trouver ses marques. Bien sur quelques peurs de l’ancien monde subsisteront, mais avec l’humanité des accueillants : tout va mieux. Et qui sont ces accueillants ? Eux même d’anciens migrants, non pas du même pays, eux aussi ont leurs peurs et eux aussi ont connu ce chemin, maintenant ils sont heureux d’être sortis de leur peur même en ayant des vies difficiles : au moins ici ils sont heureux, heureux comme cet enfant joyeux. Une lettre et la situation suffisamment stable va permettre d’enfin pouvoir revoir la famille, cette seule attache qui manque à l’équilibre de notre déraciné. Une fois la cellule enfin au complet l’apprentissage va être transmis, les fantômes du passés peuvent être oubliés. Et mieux, la petite fille de nouveau épanouie va pouvoir à son tour aider les nouveaux migrants… Une telle justesse, une telle simplicité, une telle universalité sont choses rares dans la BD comme dans d’autres arts. D’étapes en étapes nous sommes transportés, nous même migrants en départ d’un danger et en partance pour un Eden idéal. Le plus touchant dans cet ouvrage c’est l’humanité qui s’en dégage, chaque étape positive dans le parcours s’avère venir d’autrui et être humaine. Hymne à la tolérance, à l’amour au sens chrétien de l’agape ou à la charité au sens bouddhiste cet album est un bijou brut. De ses couleurs à son scénario en passant par ses nuances, tout est transcrit pour remettre l’homme au cœur des préoccupations terrestres. La relecture est un régal qui permet d’aller plus loin et de voir par delà le non texte dans des détails qui ont un profond sens humaniste. Mon coup de cœur initial n’était donc pas qu’une tocade. Cet ouvrage rentre dans le cercle fermé des œuvres références que tout être humain devrait si ce n’est avoir lu en tous cas ressentir au fond de lui.
La Belette
Pour cet album à lire et à relire, la vieille édition est difficile à conserver tant elle est fragile, pages mines et carton souple en couverture : il faut veiller aux trésors, allez même en avoir 2 un pour lire et un pour conserver ! Comes est un dessinateur noir et blanc. Ici pas de nuances de gris, non : du noir, du blanc rien d’autre… cela suffit pour produire des planches somptueuses mais surtout des contrastes saisissants qui vont coller parfaitement avec un scénario violent et mystérieux. Les visages sont clairement dérangeants de même que certaines proportions, mais tout cela nourrit le mystère et rester à ce sentiment de malaise serait dommage. L’ancrage parfois maladroit pourrait dénoter mais je me demande après maintes relectures si ce n’est pas volontaire pour accentuer le malaise et schématiser par l’image la psychologie des personnages. Oh nous ne sommes pas ici dans la violence physique, pas de super muscle de bras coupés, de veines crachant l’hémoglobine ou de gros calibre brulant d’avoir trop tiré, non Comes ne mange pas de ce pain là, il s’agit de violence psychique, psychologique et parfois humaine. L’histoire n’est pas simple et la dire serait donner une interprétation individuelle qui ne collera peut être pas avec l’idée qu’en aura quelqu’un d’autre. Car l’album est tellement riche que chacun suivra sa sensibilité pour l’interpréter et en tirer sa moelle. Comme souvent chez Comes on est dans le domaine des anciennes croyances, de la sorcellerie, de la cohabitation entre les hommes, des relations de pouvoir, avec toujours au cœur de l’intrigue celui qui est différent. Ici ce sera un autiste qui mettra en lumière les attitudes humaines les plus basses. Cupidité, ignorance, pouvoir, protection, intolérance, bêtise et aussi générosité seront croqués avec toujours cet apport mystique qui donne des pouvoirs surnaturels ou en tous cas matérialise une façon de penser ou de voir les phénomènes. D’une poésie sensible extrême, le dessin sert le scénario. On est à fleur de peau on frémit à la lecture (et la relecture), on est de plus en plus pris par ces personnages de prime abord simplistes et finalement complexes. Les révélations successives et surtout la mise en abyme finale fera de cette œuvre un authentique chef d’œuvre qui forme avec Silence la partie la plus aboutie de l’œuvre actuelle de Comes. Pour l’achat évidemment car plus que la lecture qui peut mettre mal à l’aise et devant laquelle on peut être dérouté, chaque relecture permet de faire un nouvel écho à l’œuvre en lui donnant de nouvelles perspectives. La magie n’opère pas que dans les planches mais aussi dans les esprits des lecteurs attentifs…
Silence
L’album est en carton habituel des anciennes éditions Casterman, c’est fragile et il faut en prendre soin pour que le tout reste en bon état. C’était l’époque où le nombre de planches pouvait être grand et où on ne coupait pas les albums pour faire plus de tomes… Côté dessin, il s’agit de l’habituel trait de Comès. Pas de surprise pour qui connait l’auteur, pour ceux qui ne le connaitraient pas, il s’agit de noir et blanc. Du pur noir et blanc comme Pratt. Le dessin est très beau pour les décors avec des rendus incroyables étant donné la technique, côté personnage, généralement de prime abord ils sont dérangeant. Cet album ne déroge pas à la règle : les visages sont croqués de façon étrange, souvent légèrement surprortionnés, avec des traits absolument non conventionnels on se croirait parfois au musée des masques. Côté scénario, Silence parle d’un simple à la campagne. Raillé par le village, Comès nous immerge une fois de plus dans les anciennes croyances, la sorcellerie dans un cadre champêtre. Silence n’est pas simplet, il est innocent et va voir autour de lui cette société des hommes dans toute sa violence, sa haine d’autrui, sa peur du différent. La méchanceté sociale (qu’elle soit à son encontre ou pas) va s’étaler devant ses yeux innocents et il essayera de comprendre. Silence vit avec la nature, il communie avec elle, il est curieux là ou la société montrera son ignorance violente, il est heureux quand autrui chercherait à avoir toujours plus. Autour de lui monde magique spirituel et monde réel vont se croiser, devant la bêtise crasse de l’un, les appels pour la seconde seront de plus en plus doux. Le tout se termine en drame, drame de l’incompréhension et de la haine qui voit l’humain agir dans toute son horreur. Manifeste pour la tolérance, la différence, l’acceptation de l’autre, cet album et La Belette sont les chefs d’œuvre de Comès. Le dessin sert idéalement cet univers réel-fantastique et ces personnages tout en finesse. Au fur et à mesure du récit les personnages se trouvent de plus en plus complexes et nous surprennent toujours. Les périodes de tensions et de calme relatif sont parfaitement gérés par l’écrivain qui signe l’une des œuvres les plus abouties. A lire et posséder pour avoir la joie de relire, de prendre le temps de sentir les sensations qui se dégagent de la nature, de sentir l’horreur de la violence qui suinte des humains, de partager la sensibilité extrême de se simple muet qui dans son sacrifice révèle le noir statut humain. Une version couleur (en deux tomes !) est sortie ensuite, sans que les couleurs soient laides, je la trouve moins agréable et moins traductrice de la violence sous-jacente à ce monde rural. Les contrastes sont plus marqués et plus sincères dans la version originale (comme souvent). La couleur adoucit des propos violents, dommage car ce n’est pas le propos, ce scénario est dur et violent.
Idées Noires
Les idées noires forment le côté sérieux de Franquin, enfin sérieux au sens de Franquin, c'est-à-dire qu’on sent qu’il traite tous les sujets qui lui tiennent à cœur avec humour. Enfin un humour noir, car tout est incroyable noir et cynique ; ce sont les incohérences de la société qui sont ici méchamment croquées. Les cibles favorites sont les chasseurs, la condamnation à mort et les militaires, mais bien d’autres situations plus cocasses et moins épidermiques viennent agrémenter cet album culte. Car il faut bien l’avouer cet album est pour moi une référence absolue. Chaque planche représente une situation et sur la totalité des planches il doit y en avoir 90% qui me font mourir de rire 5% sur lesquels bof et 5 % qui ne me font pas rire du tout pour lesquelles au contraire je trouve le truc trop malsain. Car oui : on ne peut pas rester de glace face à ces histories courtes qui sont généralement tragiques, soit on adore, soit on trouve çà nul. De tête comment oublier cette espèce de hérisson mutant que l’on ne peut plus écraser sur les routes, cet industriel ayant inventé des boulons en papier pour la rentabilité, ce père de famille amateur de bonzaï, cet incident d’édredons sur une plage mazoutée, ce gus voulant sortir du cadre de la BD, ces variations sur la peine de mort et l’armement… en fait chaque scénario est une pépite noire qui vous explose à la figure. Evidemment ça peut mettre mal à l’aise, ça peut remettre en cause ce qu’on aimerait bien oublier, mais c’est justement ce que j’attend d’une bande dessinée, nous faire voir ce que l’on a pas forcément envie de voir de façon juste et pertinente. Pour moi cette œuvre fait partie du panthéon de la BD, tout simplement.
Gaston Lagaffe
Est-il encore nécessaire de le présenter ? L’imagination débordante de Franquin trouve ici un côté humour décapant qui fonctionne malgré les années, malgré les 19 tomes, malgré les gaffes... Le dessin est connu de tous, tout comme les personnages. Comment peut-on passer à côté de cette série ? Nous sommes ici dans le burlesque absurde poétique. Oui poétique car touchant, Franquin va créer (là je ne sais pas s’il le crée vraiment ou s’il y en avait avant) le mythe de l'anti-héros. Celui par qui tout arrive malgré lui, celui qui n’aurait pas dû... L’univers sera toujours renouvelé malgré le côté récurrent des gags comme les contrats. Peuplé de cactus, d’instruments de musique, de mouettes, de chat, d’une voiture et de tant de choses si dérisoires inventées au gré des épisodes, Gaston est la personnification du gag. Champion de la sieste et du « en faire le moins possible » ce personnage est entré dans notre quotidien comme je pense aucun autre personnage BD (si, peut-être Astérix) A acheter pour rire entre générations
Le Combat ordinaire
Cette série en 4 tomes est dessinée et scénarisée par Larcenet, forcément ça implique déjà plein de choses : le dessin ne fera pas de somptueuses planches ! Côté dessin justement, les personnages sont sommaires, mais les décors assez précis. Autant il y a souvent du trait noir peu joli sur les humains autant les ambiances et paysages sont joliment croqués. Côté scénario puisque c’est ça qui est vraiment intéressant dans cette série, il est important de lire l’œuvre dans son ensemble. Par exemple si l’on s’arrête au tome 2, on aura clairement l’impression de lire un manifeste du bobo de gauche inculquant ses valeurs idéales du politiquement correct. Oui, mais ça ne s’arrête pas là justement et les tomes suivants vont permettre de relativiser le discours. Et du coup la soupe indigeste idéologique devient le récit d’un changement de perception des choses : une école de la vie... Evidemment chacun lira cette série avec son propre ressenti, nul doute que nous-mêmes aurons des lectures différentes suivant notre propre évolution. Cet album est simplement le récit d’un bout de vie et de toutes ces petites choses infimes qui petit à petit vous font évoluer, grandir et regarder le monde différemment. C’est insignifiant une vie, l’album nous le montre bien et ça ne tient à pas grand-chose pour osciller entre bonheur et désespoir. Le dessin qui pose problème au début en raison de personnages imparfaits va finalement dans le sens du scénario qui dresse des portraits d’homme non aboutis que la vie se charge de modeler au fur et à mesure de son cours. Les dessins au 4ème tome sont d’ailleurs beaucoup plus agréables qu’au premier (hasard ou vraie volonté). Donc non, la série ne se résume pas à : le racisme c’est pas bien, le regard des autres c’est oppressant, la vie à la campagne c’est zen, le capitalisme c’est moche, les pétards c’est cool... ça c’est la vision premier degré des deux premiers tomes. La suite va révéler au contraire le côté artificiel de telles positions et la complexité réelle de tout homme devant son idéal. A lire et relire, vous trouverez toujours de nouveaux thèmes faisant écho à vos propres questionnements.
La Vie de Bouddha
Environ 3000 pages de plaisir. Voilà ce qu'est ce manga. Tout d'abord, au niveau de la narration: Tout est clair, pas moyen de s'embrouiller, malgré les noms qui sont imprononçables... Bien sûr, parfois, on se demande qui est ce personnage qui intervient: on sait qu'il est apparu deux tomes avant, mais que fait-il encore? Mais c'est inévitable sur autant de pages. Et puis, la mémoire revient assez vite et ne compromet pas le plaisir de lecture. De plus, Tesuka s'amuse avec les cases et leurs limites: c'est ainsi qu'un personnage surpris va sursauter et se cogner la tête contre la case du haut... Ou encore qu'un personnage bousculé peut passer à travers une ou plusieurs cases... Autant de petites choses qui rendent la lecture amusante. Ensuite, au niveau du dessin : Ils sont amusants, tout en rondeur. Les personnages ont souvent des expressions hilarantes. Ou bien sont dessinés avec une tête de cochon, avec des lunettes, ... Parfois même, certains personnages sont complètement hors époque (certains médecins, black Jack,...) Mention spéciale aussi pour toutes les touches d'humour qui parsèment la série. Du style: - Il est bien pâle? C'est normal pour un manga sans couleur - He, attention, on est dans la vie réelle, pas dans un manga... ... Tout cet humour vient "enrichir" les albums, rendant la lecture encore plus intéressante. En fait, on suit la vie de Bouddha et son enseignement (ou une partie de celui-là), mais, pour moi, cela devenait secondaire à certains moments, tant je prenais plaisir à me laisser porter par la narration et le dessin... A lire absolument !
Akira
Akira... comment décrire Akira... En fait, prenez une histoire un poil futuriste style néo-Tokyo sans virer trop dans la science fiction, ajoutez y un coté sombre, pollué, avec la dimension destroy d'un Mad Max mais en urbain ... le tout sur fond d'expériences génétiques sur des cobayes qui deviennent incontrôlables et surpuissants, tellement puissants qu'ils se mettent en danger eux-mêmes ! Voilà, grosso-modo c'est ça Akira. Bon je fais dans le court car inutile de parler plus sur un manga que tout le monde connais et qui a gravé l'histoire du genre au fer rouge ! D’ailleurs si vous lisez ces lignes, c'est que vous n'avez sans doute pas encore lu l'oeuvre d'Otomo ! Franchement c'est pas sérieux ! Courrez vite vous lancer dans cette aventure ! Elle ne laisse personne de marbre ! NB : j'ai lu l'édition couleur qui est géniale, en noir et blanc ça donne aussi très bien, mais préférez la version couleur si vous le pouvez ! C’est tellement rare un manga en couleur et qui plus est qui y gagne au change ! Et aussi, pas la peine de regarder le DVD pour voir si le manga mérite d'être lu, le DVD est vraiment trop rapide, fait l'impasse sur énormément de choses et perds beaucoup d'intérêt !!!