Cette BD à la noirceur incandescente est davantage une chronique qu’une histoire au scénario bien découpé, dans un style oscillant entre le fantastique poétique et le roman graphique, avec pour cadre une zone résidentielle typiquement américaine puant l’ennui, terreau idéal des légendes urbaines. Il s’agit d’une évocation du mal-être d’une jeunesse américaine marginale et déboussolée, portant les germes d’une révolte face à un monde lisse en surface, celui de la réussite et des classes moyennes « biens sous tous rapports ». Cela pourrait dans une certaine mesure se passer en Europe, même si on voit bien que l’auteur vise surtout le système US hyper-conformiste refoulant l’échec social, véritable fabrique à parias. C’est d’une étrangeté absolue, cela pourra apparaître déroutant voire rebutant pour certains, mais le monde tel qu’il est n’est-il pas lui-même étrange ?
Le dessin en noir et blanc, ou pour être plus exact « en noir avec un peu de blanc », traduit bien la tension et le spleen qui parcourt le récit. Son style au graphisme extrêmement soigné est d’une beauté vénéneuse. J’aurais un seul reproche concernant les quelques longueurs dans la narration, et j’ai eu parfois tendance à confondre certains personnages, mais cela n’empêche en rien la fascination ressentie face à des images et une ambiance hors du commun.
Ainsi, Burns sait parfaitement distiller le malaise, certaines cases ont un très fort pouvoir de persistance rétinienne, c’est très âpre, très psyché-punk, et il faut avoir le cœur bien accroché, mais le voyage en vaut la peine, ne serait-ce que pour la fin qui est magnifique. Une lecture ne suffit certainement pas, tant le récit semble contenir des références plus ou moins cachées.
Après lecture de l’intégrale.
J’ai été complètement happé par ce récit de science fiction intimiste. Oubliés les lasers et autres gadgets des histoires traditionnelles du genre, ici ce qui domine avant tout ce sont les relations humaines et les sentiments, l’amitié, l’amour, la vie, la mort…
Tout commence pourtant légèrement, Lupus et Tony partent en virée spatiale, en quête de partie de pêche originale et de drogues diverses et variées. La rencontre d’une jeune femme bouleversera à jamais leurs destins, la légèreté et l’insouciance feront place à la fuite.
La force de la série réside principalement dans la profondeur des personnages, leur psychologie est fouillée et ils se révèlent très attachants, leurs doutes et leurs fissures personnelles les rendant presque réels. Les personnages secondaires rencontrés au fil de cette course éperdue ne sont pas en reste, chacun présentant une personnalité forte et marquante. L’émotion est souvent présente, les dialogues sonnent juste et la conclusion vraiment touchante.
Le dessin est également très réussi et tout à fait en phase avec l’histoire, je le trouve même particulièrement envoutant. De plus, on peut constater une belle évolution au fil des tomes.
Ce récit fut un voyage des plus agréables. Touchante, amusante et poétique, je ne peux que conseiller cette œuvre. Cette première lecture m’a enchanté et je sais d’ores et déjà que je m’y replongerai un de ces jours avec plaisir et délectation.
Merci M. Peeters !
Attention petit bijou ! Le tome 1 des aventures de Tony Chu se dévore et c'est un vrai régal. Et ce n'est pas parce qu'il y est fréquemment question de cuisine. Dès les premières pages on est absorbé par cette ambiance déjantée, par ce personnage génial et son pouvoir si original.
Il est cibopathe... vous avez déjà entendu parler de ce don ? Rien qu'en mangeant une pomme, Tony peut retracer toute son histoire : sur quel arbre elle a poussé, les marques de pesticides utilisés, la date de sa récolte, etc... Cette faculté peut s'avérer particulièrement utile lorsqu'on est inspecteur de police, et surtout qu'on ne rechigne pas à grignoter un petit morceau de cadavre de temps en temps !
Les enquêtes se succèdent au fil des chapitres et suivent un fil conducteur prenant. La narration est une vraie réussite. Régulièrement elle nous donne quelques éléments et puis on revient dans le temps pour comprendre comment on est arrivé dans cette situation. Ce procédé est hyper efficace car les situations étant souvent saugrenues, on a du mal à imaginer qu'on va en arriver là. Et les pièces de puzzle se remettent dans l'ordre avec bonheur à la lecture du chapitre.
L'ambiance est merveilleuse, c'est à la fois sombre et gore mais en même temps drôle et cynique. Ce cocktail est maîtrisé avec une justesse telle qu'on plonge dans cet univers sans s'en rendre compte. Le dessin, les couleurs, les dialogues, le ton employé, les situations surréalistes, la galerie de personnages : tout contribue à cette ambiance jubilatoire.
Le dernier chapitre m'a estomaqué car je ne m'attendais pas à ce que l'histoire prenne ce tournant. Vite la suite....
Difficile d'attribuer la note culte dès le premier tome, mais on en sera pas loin si le second opus est du même niveau !
Après lecture des tomes 2 et 3 Je monte ma note à 5 étoiles.
La suite de la série est toujours aussi excellente. L'histoire se diversifie en nous emmenant dans des directions inattendues. Cela apporte pas mal de péripéties et relance l'intrigue de plus belle avec l'apport de nouveaux éléments, de nouveaux personnages. L'univers déjà très riche gagne encore en densité. Le tout sans jamais en faire trop et surtout en gardant un niveau d’intérêt et de qualité au moins aussi bon que dans le premier tome. Le ton décalé est toujours là et toujours aussi génial.
On n'est pas au bout de nos surprises. La série se prépare à être longue, mais je ne suis pas inquiet, au contraire je suis ravi.
Lorsque l’on plonge dans Croisade, il est difficile de s’en défaire. Cette série merveilleusement bien orchestrée par Xavier et Dufaux, est un véritable succès et le mérite vraiment bien.
Du premier au dernier tome, le lecteur est tenu en haleine, il y rencontre des personnages étonnants et évolue dans un univers où la magie flirte avec allégresse avec le fantastique. Bien sûre, la partie plus historique nourrit la toile de fond, après tout, Croisade, ne se targue pas d’être un « manuel scolaire » !
Je ne peux que conseiller cette excellente série qui est, pour moi, incontournable dans toutes les bonnes bibliothèques !
Oui c'est juste une des meilleures BD qui n'aient jamais été faites (je me lâche) !
Alors, j'entends déjà certains de vous qui me diront que c'est de l'héroïc-fantasy, c'est un sous-genre un peu fourre-tout, facile à faire, et sans grande profondeur. A celà, je répondrai... ce n’est pas tout à fait faux. Et pourtant Légende des contrées oubliées c'est tout sauf ça.
En premier lieu le dessin : c'est assez paradoxal, on a des couleurs directes sur un ton très pastel et des dessins avec un style un peu naïf ; presque comme s'il s'agissait d'une BD comique. Une faune et flore extrêmement détaillées où le dessinateur se laisse aller dans son délire de créations.
Le scénario : dès les premières pages, on devine ce qui va se passer, et oui c'est encore 3 nains qui vont chercher un roi à l'autre bout du royaume, qui au passage rencontrent un farfadet et un colosse avec qui ils vont se lier d'amitié. Et puis à la fin il y aura une grande bataille contre le méchant et les gentils gagneront... On a tellement l'habitude de lire ce genre d'histoire que ça finit par perdre de son originalité.
Eh bien si c'est une histoire banale pour ados pré-pubères que vous voulez, comme semble le confirmer le style graphique, alors passez votre chemin, cette BD c'est tellement plus...
Alors oui, elle n'échappe pas à cette story-line que j'évoquais précédemment, mais elle est bien plus complexe.
Alors oui vient la comparaison avec Tolkien et son Seigneur des Anneaux... Bien force est de constater que les auteurs se défendent bien. Les codes sont assimilés mais aussi sublimés. On a le parfait exemple que les plus petites créatures peuvent changer la face du monde.
Au final, on a un panel de personnages loin du manichéisme du genre, des méchants qui finalement ne se révèlent pas être les véritables méchants, des gentils qui ne sont pas dénués de tout intérêt, des êtres supérieurs qui ne devraient pas prendre parti mais qui l'ont fait depuis longtemps, et puis les héros qui passent du statut de héros à celui d'anti héros puis celui de rebelles.
Allons y gaiement, 5 étoiles, et c'est même sous payé.
L'objet d'abord est merveilleux, cette intégrale bien lourde, en grand format, permet de rendre hommage à la qualité graphique de l'ensemble. Ces cases peintes sont de véritables merveilles. Il y a bien parfois un côté figé, mais il souligne la profondeur et la complexité des protagonistes. Le dessin participe de cette ambiance. Que ce soit les vues de Haarlem, les scènes de mer ou celles prenant place sur les ilots gavés de soleil, Pendanx nous offre des planches somptueuses. A noter un épilogue très intéressant lui aussi.
Le scénario est lui aussi extrêmement prenant, on suit la montée de la folie de ce personnage, d'abord en pays batave, puis tout au long de son périple sur la Batavia. On assiste doucement à cette prise de pouvoir, à cette démence douce qui le ronge et finit par le ravager. La narration et le rythme, parfois très lent, soulignent au mieux les phases différentes du passage aux actes de Jeronimus. Je pense qu'il faut vraiment lire ce bouquin pour voir de quoi je parle, faire un pitch sur une telle histoire, ce ne serait pas rendre hommage au bouquin.
Mais là où l'ouvrage prend toute sa dimension, c'est par la qualité du travail historique. Outre le fait de nous passionner avec un fait réel méconnu de nous autres, pauvres ignorants, il y a une recherche historique incroyable. Dabitch nous instruit au fil des pages d'un mode de vie, de courants de pensée, d'une évolution de l'économie européenne, c'est du grand art d'autant que ce n'est jamais pédant ou professoral, c'est didactique au possible et au fil des pages, on découvre, outre cette page rouge sang, des faits historiques qui nous donnent soif de connaissance. Une merveille. J'avais aimé Abdallahi mais en passant à côté de certains aspects de ma lecture, là, c'est véritablement un grand coup de cœur.
Cela faisait pas mal de temps que je voulais découvrir cette série et je peux affirmer haut et fort qu’elle est largement à la hauteur de mes attentes.
Le dessin en noir en blanc sans transition de gris traduit parfaitement cet univers dérangeant avec ses aplats noirs qui semblent toujours sur le point d’engloutir les personnages aux visages grimaçants, seul celui de Julius restant inexpressif en toutes circonstances. L’imagination débridée de l’auteur rend le scénario difficilement racontable mais celui-ci reste fluide grâce à une ligne claire traduisant une certaine rigueur. Comme le lecteur, Julius se voit à son insu entraîné dans un tourbillon de péripéties plus délirantes les unes que les autres. Avec toute la poésie dont il est capable, Mathieu révèle tout le potentiel extraordinaire de la bédé, explose les conventions, expérimente et joue avec les formes, avec le papier qui de support devient lui-même un personnage ou un paysage, construit des ponts entre les différentes réalités, entre le dessin et la photo, entre la science et la philosophie, recourt à des mises en abyme vertigineuses, provoque des chocs visuels et mentaux, on va de surprise en surprise, c’est tout simplement bluffant.
Cette BD, en plus de susciter une réflexion philosophique, n’est rien de moins qu’une porte ouverte vers une autre dimension. Et ouvre le champ des questionnements : où commence le rêve, où finit la réalité ? La réalité n’est-elle pas pire que le rêve ? Mathieu nous adresse-t-il une invitation au rêve ou une mise en garde contre la folie ? Aucune réponse n’est fournie… mais quel trip !
Je relirai sans aucun doute ce chef d’œuvre complexe et d’une grande richesse, certain du fait que pas mal de choses m’ont échappé en première lecture. Votre bédéthèque mérite largement cette série culte qui confère à son auteur le statut de maître du 9ème Art !
Tome 1 – L’Origine
Tome 2 – La Qu…
Tome 3 – Le Processus
Tome 4 – Le Début de la fin/La Fin du début
Tome 5 – La 2,333e dimension
Tome 6 - Le Décalage
Comment dire avec des mots simples ? Ah oui... juste parfait !
Pour tout avouer, je déambulais chez mon vendeur de BD en quête :
- d'une série finie
- avec un scénario (qui se tienne sur tous les volumes)
- des dessins à mon goût
- et tout ça plutôt SF - Fantasy
Je ne peux que remercier mon libraire ! C'est vrai que je ne suis pas forcément un lecteur invétéré (de BD), mais je me demande encore comment j'ai pu faire pour passer au travers.
Ça fait du bien d’être surpris par une bande dessinée, alors que je trouve la plupart aseptisées et se ressemblant toutes... ça change de la mauvaise héroic-fantasy et des comédies dérivées des Ch'tits. :)
Ici le dessin est séduisant, l'univers visuel est riche et plutôt inédit...mais c'est surtout l'histoire qui sort des sentiers battus : une sorte de chasseuse de primes qui récupère des créatures magiques... ça pourrait être le pitch d'une histoire pour enfants, et je pense que les enfants seront séduits par les dessins et la narration claire et fluide. Mais tout ça est doublé d'une quête personnelle pour l'héroine, et une nostalgie étrange qui imprègne l'histoire. On trouve beaucoup de petites touches d'humour pince sans rire, mais quelques moments de pure poésie, voire d'émotion...
On referme le livre un peu triste que ce ne soit qu'un one shot ! (le seul défaut que j'ai trouvé finalement :))
Cet ouvrage m’a impressionné par sa densité et son respect des détails. Joe Sacco a effectué un travail remarquable de documentation et de témoignages, qu’il a su retranscrire parfaitement avec sa ligne claire dans la tradition du comics US à la Crumb. L'alternance des portraits de plusieurs personnages livrant leur vision de cette guerre, avec une description historique et politique du pays, a permis au reporter de produire un ouvrage fluide et instructif. Sacco a su y mêler la précision et l’objectivité du journaliste, la sensibilité et la pudeur de l’humaniste qui ne cherche pas à désigner un camp du doigt plus qu’un autre, mais dénonce surtout l’absurdité de la guerre… et au passage les lenteurs et les lâchetés de l’ONU.
L’auteur nous montre par quel processus des gens qui vivaient en harmonie en viennent progressivement à ne plus fréquenter leur voisin pour devenir leur ennemi mortel, par le seul choix d’un leader nationaliste jouant avec le feu, en l’occurrence le criminel Milosevic, en liguant les Serbes contre les Musulmans. Certains passages sont assez durs mais édulcorer l’horreur aurait équivalu à travestir la réalité, et il s’agit bien là d’un travail de journaliste. Dire qu’il s’agit d’une mise en garde est une évidence, mais ce qui est sûr, c’est que cela fait froid dans le dos. Il n’est même pas totalement farfelu de penser que cela pourrait arriver chez nous. Que se passerait-il en France dans le cas de l’arrivée au pouvoir d’un Le Pen ?
Je conseille cette passionnante docu-BD sur une guerre qui n’était qu’à « deux heures d’avion de Paris » et fait encore partie de l’Histoire récente. La barbarie n’est jamais bien loin sous le vernis de nos sociétés dites civilisées, elle se terre en chacun de nous et ne pourra être domestiquée que par la raison et la réflexion.
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Cette BD à la noirceur incandescente est davantage une chronique qu’une histoire au scénario bien découpé, dans un style oscillant entre le fantastique poétique et le roman graphique, avec pour cadre une zone résidentielle typiquement américaine puant l’ennui, terreau idéal des légendes urbaines. Il s’agit d’une évocation du mal-être d’une jeunesse américaine marginale et déboussolée, portant les germes d’une révolte face à un monde lisse en surface, celui de la réussite et des classes moyennes « biens sous tous rapports ». Cela pourrait dans une certaine mesure se passer en Europe, même si on voit bien que l’auteur vise surtout le système US hyper-conformiste refoulant l’échec social, véritable fabrique à parias. C’est d’une étrangeté absolue, cela pourra apparaître déroutant voire rebutant pour certains, mais le monde tel qu’il est n’est-il pas lui-même étrange ? Le dessin en noir et blanc, ou pour être plus exact « en noir avec un peu de blanc », traduit bien la tension et le spleen qui parcourt le récit. Son style au graphisme extrêmement soigné est d’une beauté vénéneuse. J’aurais un seul reproche concernant les quelques longueurs dans la narration, et j’ai eu parfois tendance à confondre certains personnages, mais cela n’empêche en rien la fascination ressentie face à des images et une ambiance hors du commun. Ainsi, Burns sait parfaitement distiller le malaise, certaines cases ont un très fort pouvoir de persistance rétinienne, c’est très âpre, très psyché-punk, et il faut avoir le cœur bien accroché, mais le voyage en vaut la peine, ne serait-ce que pour la fin qui est magnifique. Une lecture ne suffit certainement pas, tant le récit semble contenir des références plus ou moins cachées.
Lupus
Après lecture de l’intégrale. J’ai été complètement happé par ce récit de science fiction intimiste. Oubliés les lasers et autres gadgets des histoires traditionnelles du genre, ici ce qui domine avant tout ce sont les relations humaines et les sentiments, l’amitié, l’amour, la vie, la mort… Tout commence pourtant légèrement, Lupus et Tony partent en virée spatiale, en quête de partie de pêche originale et de drogues diverses et variées. La rencontre d’une jeune femme bouleversera à jamais leurs destins, la légèreté et l’insouciance feront place à la fuite. La force de la série réside principalement dans la profondeur des personnages, leur psychologie est fouillée et ils se révèlent très attachants, leurs doutes et leurs fissures personnelles les rendant presque réels. Les personnages secondaires rencontrés au fil de cette course éperdue ne sont pas en reste, chacun présentant une personnalité forte et marquante. L’émotion est souvent présente, les dialogues sonnent juste et la conclusion vraiment touchante. Le dessin est également très réussi et tout à fait en phase avec l’histoire, je le trouve même particulièrement envoutant. De plus, on peut constater une belle évolution au fil des tomes. Ce récit fut un voyage des plus agréables. Touchante, amusante et poétique, je ne peux que conseiller cette œuvre. Cette première lecture m’a enchanté et je sais d’ores et déjà que je m’y replongerai un de ces jours avec plaisir et délectation. Merci M. Peeters !
Tony Chu Détective Cannibale
Attention petit bijou ! Le tome 1 des aventures de Tony Chu se dévore et c'est un vrai régal. Et ce n'est pas parce qu'il y est fréquemment question de cuisine. Dès les premières pages on est absorbé par cette ambiance déjantée, par ce personnage génial et son pouvoir si original. Il est cibopathe... vous avez déjà entendu parler de ce don ? Rien qu'en mangeant une pomme, Tony peut retracer toute son histoire : sur quel arbre elle a poussé, les marques de pesticides utilisés, la date de sa récolte, etc... Cette faculté peut s'avérer particulièrement utile lorsqu'on est inspecteur de police, et surtout qu'on ne rechigne pas à grignoter un petit morceau de cadavre de temps en temps ! Les enquêtes se succèdent au fil des chapitres et suivent un fil conducteur prenant. La narration est une vraie réussite. Régulièrement elle nous donne quelques éléments et puis on revient dans le temps pour comprendre comment on est arrivé dans cette situation. Ce procédé est hyper efficace car les situations étant souvent saugrenues, on a du mal à imaginer qu'on va en arriver là. Et les pièces de puzzle se remettent dans l'ordre avec bonheur à la lecture du chapitre. L'ambiance est merveilleuse, c'est à la fois sombre et gore mais en même temps drôle et cynique. Ce cocktail est maîtrisé avec une justesse telle qu'on plonge dans cet univers sans s'en rendre compte. Le dessin, les couleurs, les dialogues, le ton employé, les situations surréalistes, la galerie de personnages : tout contribue à cette ambiance jubilatoire. Le dernier chapitre m'a estomaqué car je ne m'attendais pas à ce que l'histoire prenne ce tournant. Vite la suite.... Difficile d'attribuer la note culte dès le premier tome, mais on en sera pas loin si le second opus est du même niveau ! Après lecture des tomes 2 et 3 Je monte ma note à 5 étoiles. La suite de la série est toujours aussi excellente. L'histoire se diversifie en nous emmenant dans des directions inattendues. Cela apporte pas mal de péripéties et relance l'intrigue de plus belle avec l'apport de nouveaux éléments, de nouveaux personnages. L'univers déjà très riche gagne encore en densité. Le tout sans jamais en faire trop et surtout en gardant un niveau d’intérêt et de qualité au moins aussi bon que dans le premier tome. Le ton décalé est toujours là et toujours aussi génial. On n'est pas au bout de nos surprises. La série se prépare à être longue, mais je ne suis pas inquiet, au contraire je suis ravi.
Croisade
Lorsque l’on plonge dans Croisade, il est difficile de s’en défaire. Cette série merveilleusement bien orchestrée par Xavier et Dufaux, est un véritable succès et le mérite vraiment bien. Du premier au dernier tome, le lecteur est tenu en haleine, il y rencontre des personnages étonnants et évolue dans un univers où la magie flirte avec allégresse avec le fantastique. Bien sûre, la partie plus historique nourrit la toile de fond, après tout, Croisade, ne se targue pas d’être un « manuel scolaire » ! Je ne peux que conseiller cette excellente série qui est, pour moi, incontournable dans toutes les bonnes bibliothèques !
Légendes des Contrées Oubliées
Oui c'est juste une des meilleures BD qui n'aient jamais été faites (je me lâche) ! Alors, j'entends déjà certains de vous qui me diront que c'est de l'héroïc-fantasy, c'est un sous-genre un peu fourre-tout, facile à faire, et sans grande profondeur. A celà, je répondrai... ce n’est pas tout à fait faux. Et pourtant Légende des contrées oubliées c'est tout sauf ça. En premier lieu le dessin : c'est assez paradoxal, on a des couleurs directes sur un ton très pastel et des dessins avec un style un peu naïf ; presque comme s'il s'agissait d'une BD comique. Une faune et flore extrêmement détaillées où le dessinateur se laisse aller dans son délire de créations. Le scénario : dès les premières pages, on devine ce qui va se passer, et oui c'est encore 3 nains qui vont chercher un roi à l'autre bout du royaume, qui au passage rencontrent un farfadet et un colosse avec qui ils vont se lier d'amitié. Et puis à la fin il y aura une grande bataille contre le méchant et les gentils gagneront... On a tellement l'habitude de lire ce genre d'histoire que ça finit par perdre de son originalité. Eh bien si c'est une histoire banale pour ados pré-pubères que vous voulez, comme semble le confirmer le style graphique, alors passez votre chemin, cette BD c'est tellement plus... Alors oui, elle n'échappe pas à cette story-line que j'évoquais précédemment, mais elle est bien plus complexe. Alors oui vient la comparaison avec Tolkien et son Seigneur des Anneaux... Bien force est de constater que les auteurs se défendent bien. Les codes sont assimilés mais aussi sublimés. On a le parfait exemple que les plus petites créatures peuvent changer la face du monde. Au final, on a un panel de personnages loin du manichéisme du genre, des méchants qui finalement ne se révèlent pas être les véritables méchants, des gentils qui ne sont pas dénués de tout intérêt, des êtres supérieurs qui ne devraient pas prendre parti mais qui l'ont fait depuis longtemps, et puis les héros qui passent du statut de héros à celui d'anti héros puis celui de rebelles.
Jeronimus
Allons y gaiement, 5 étoiles, et c'est même sous payé. L'objet d'abord est merveilleux, cette intégrale bien lourde, en grand format, permet de rendre hommage à la qualité graphique de l'ensemble. Ces cases peintes sont de véritables merveilles. Il y a bien parfois un côté figé, mais il souligne la profondeur et la complexité des protagonistes. Le dessin participe de cette ambiance. Que ce soit les vues de Haarlem, les scènes de mer ou celles prenant place sur les ilots gavés de soleil, Pendanx nous offre des planches somptueuses. A noter un épilogue très intéressant lui aussi. Le scénario est lui aussi extrêmement prenant, on suit la montée de la folie de ce personnage, d'abord en pays batave, puis tout au long de son périple sur la Batavia. On assiste doucement à cette prise de pouvoir, à cette démence douce qui le ronge et finit par le ravager. La narration et le rythme, parfois très lent, soulignent au mieux les phases différentes du passage aux actes de Jeronimus. Je pense qu'il faut vraiment lire ce bouquin pour voir de quoi je parle, faire un pitch sur une telle histoire, ce ne serait pas rendre hommage au bouquin. Mais là où l'ouvrage prend toute sa dimension, c'est par la qualité du travail historique. Outre le fait de nous passionner avec un fait réel méconnu de nous autres, pauvres ignorants, il y a une recherche historique incroyable. Dabitch nous instruit au fil des pages d'un mode de vie, de courants de pensée, d'une évolution de l'économie européenne, c'est du grand art d'autant que ce n'est jamais pédant ou professoral, c'est didactique au possible et au fil des pages, on découvre, outre cette page rouge sang, des faits historiques qui nous donnent soif de connaissance. Une merveille. J'avais aimé Abdallahi mais en passant à côté de certains aspects de ma lecture, là, c'est véritablement un grand coup de cœur.
Julius Corentin Acquefacques
Cela faisait pas mal de temps que je voulais découvrir cette série et je peux affirmer haut et fort qu’elle est largement à la hauteur de mes attentes. Le dessin en noir en blanc sans transition de gris traduit parfaitement cet univers dérangeant avec ses aplats noirs qui semblent toujours sur le point d’engloutir les personnages aux visages grimaçants, seul celui de Julius restant inexpressif en toutes circonstances. L’imagination débridée de l’auteur rend le scénario difficilement racontable mais celui-ci reste fluide grâce à une ligne claire traduisant une certaine rigueur. Comme le lecteur, Julius se voit à son insu entraîné dans un tourbillon de péripéties plus délirantes les unes que les autres. Avec toute la poésie dont il est capable, Mathieu révèle tout le potentiel extraordinaire de la bédé, explose les conventions, expérimente et joue avec les formes, avec le papier qui de support devient lui-même un personnage ou un paysage, construit des ponts entre les différentes réalités, entre le dessin et la photo, entre la science et la philosophie, recourt à des mises en abyme vertigineuses, provoque des chocs visuels et mentaux, on va de surprise en surprise, c’est tout simplement bluffant. Cette BD, en plus de susciter une réflexion philosophique, n’est rien de moins qu’une porte ouverte vers une autre dimension. Et ouvre le champ des questionnements : où commence le rêve, où finit la réalité ? La réalité n’est-elle pas pire que le rêve ? Mathieu nous adresse-t-il une invitation au rêve ou une mise en garde contre la folie ? Aucune réponse n’est fournie… mais quel trip ! Je relirai sans aucun doute ce chef d’œuvre complexe et d’une grande richesse, certain du fait que pas mal de choses m’ont échappé en première lecture. Votre bédéthèque mérite largement cette série culte qui confère à son auteur le statut de maître du 9ème Art ! Tome 1 – L’Origine
Tome 2 – La Qu…
Tome 3 – Le Processus
Tome 4 – Le Début de la fin/La Fin du début
Tome 5 – La 2,333e dimension
Tome 6 - Le Décalage 
Universal War One
Comment dire avec des mots simples ? Ah oui... juste parfait ! Pour tout avouer, je déambulais chez mon vendeur de BD en quête : - d'une série finie - avec un scénario (qui se tienne sur tous les volumes) - des dessins à mon goût - et tout ça plutôt SF - Fantasy Je ne peux que remercier mon libraire ! C'est vrai que je ne suis pas forcément un lecteur invétéré (de BD), mais je me demande encore comment j'ai pu faire pour passer au travers.
Morphine
Ça fait du bien d’être surpris par une bande dessinée, alors que je trouve la plupart aseptisées et se ressemblant toutes... ça change de la mauvaise héroic-fantasy et des comédies dérivées des Ch'tits. :) Ici le dessin est séduisant, l'univers visuel est riche et plutôt inédit...mais c'est surtout l'histoire qui sort des sentiers battus : une sorte de chasseuse de primes qui récupère des créatures magiques... ça pourrait être le pitch d'une histoire pour enfants, et je pense que les enfants seront séduits par les dessins et la narration claire et fluide. Mais tout ça est doublé d'une quête personnelle pour l'héroine, et une nostalgie étrange qui imprègne l'histoire. On trouve beaucoup de petites touches d'humour pince sans rire, mais quelques moments de pure poésie, voire d'émotion... On referme le livre un peu triste que ce ne soit qu'un one shot ! (le seul défaut que j'ai trouvé finalement :))
Gorazde
Cet ouvrage m’a impressionné par sa densité et son respect des détails. Joe Sacco a effectué un travail remarquable de documentation et de témoignages, qu’il a su retranscrire parfaitement avec sa ligne claire dans la tradition du comics US à la Crumb. L'alternance des portraits de plusieurs personnages livrant leur vision de cette guerre, avec une description historique et politique du pays, a permis au reporter de produire un ouvrage fluide et instructif. Sacco a su y mêler la précision et l’objectivité du journaliste, la sensibilité et la pudeur de l’humaniste qui ne cherche pas à désigner un camp du doigt plus qu’un autre, mais dénonce surtout l’absurdité de la guerre… et au passage les lenteurs et les lâchetés de l’ONU. L’auteur nous montre par quel processus des gens qui vivaient en harmonie en viennent progressivement à ne plus fréquenter leur voisin pour devenir leur ennemi mortel, par le seul choix d’un leader nationaliste jouant avec le feu, en l’occurrence le criminel Milosevic, en liguant les Serbes contre les Musulmans. Certains passages sont assez durs mais édulcorer l’horreur aurait équivalu à travestir la réalité, et il s’agit bien là d’un travail de journaliste. Dire qu’il s’agit d’une mise en garde est une évidence, mais ce qui est sûr, c’est que cela fait froid dans le dos. Il n’est même pas totalement farfelu de penser que cela pourrait arriver chez nous. Que se passerait-il en France dans le cas de l’arrivée au pouvoir d’un Le Pen ? Je conseille cette passionnante docu-BD sur une guerre qui n’était qu’à « deux heures d’avion de Paris » et fait encore partie de l’Histoire récente. La barbarie n’est jamais bien loin sous le vernis de nos sociétés dites civilisées, elle se terre en chacun de nous et ne pourra être domestiquée que par la raison et la réflexion.