J'ai lu la première saison, réunie en quatre tomes sous coffret depuis peu.
Et franchement, ça faisait longtemps que je n'avais pas eu l'impression d'une telle nouveauté en BD. L'univers est d'une richesse incroyable, comme assemblé de bric et de broc, avec un peu de New-York des années 50, un peu de Chicago sous la prohibition, un peu d'Ellis Island durant la première moitié du XXème siècle, un peu de Cités Obscures, un peu de Disney, un peu de steampunk, un peu de supers héros, un peu d'extra-terrestres, un peu de Sa Majesté des Mouches version adultes, un peu de La Ferme des animaux, un peu de Watergate, un peu de Tarantino, un peu de critique sociale, un peu de Marx...
Et normalement, alors que tout ça devrait s'effondrer sous son propre poids, ça tient la route avec une fluidité étonnante.
Les personnages sont tous attachants, tous originaux, on n'en fait pas des caisses avec la psychologie et pourtant ils ont tous une vraie profondeur, un passé et des blessures qu'on découvre par petites touches et qui les rend plus épais que de simples marionnettes à scénario. Toutes les intrigues sont parfaitement tricotées entre elles, la plupart des séquences sont inattendues, au sens où elles ne se passent presque jamais "comme elles devraient", on est surpris toutes les 4 ou 5 pages, il y a une vraie violence qui arrive toujours sans crier gare, qui va toujours plus loin que prévu, il y a le parfum amer de la tragédie, et il y a en plus un vrai beau travail sur la langue et beaucoup d'humour...
Bref, c'est un grand moment de plaisir qui est offert au lecteur, avec en plus l'impression rare de s'immerger dans un monde singulier et complètement barré mais qui pourtant reste curieusement familier et "possible".
Ceci sans doute aussi grâce au dessin, très lisible, très dynamique, très bien mis en scène et qui fourmille de détails sans jamais être surchargé. Un dessin dans lequel on a plaisir à se perdre pour ne rien en rater, et qui donnerait presque envie de voir ce monde s'animer sous nos yeux...
Ce qui est mis en place ici est du niveau d'un Alan Moore des grands jours, et j'attends avec impatience la clôture de la saison 2 pour acheter le coffret et me perdre à nouveau dans les méandres de cette Cité 14...
Le Sommet des Dieux, j'en attendais beaucoup étant féru de montagne et connaissant la renommée de l'ouvrage, j'en attendais bien moins n'étant pas du tout friand de mangas. Ben c'est la baffe. Cette œuvre rentre direct dans mon Top5 perso.
Graphiquement c'est superbe, l'auteur est un véritable artiste qui nous immerge dans cet environnement incroyable des montagnes nippones aux grands des Alpes jusqu'au toit du monde, tout est magnifié. Les personnages sont bien rendus, reconnaissables, les villes et décors sont eux aussi fouillés, on est bien loin des trucs moches et sans forme que pour le moment je n'arrivais pas à apprécier. Les montagnes sont incroyables, c'est une grande réussite que de composer des paysages pareils en teintes de gris et de rendre honneur à la majesté des lieux. Visuellement, je rejoins certains sur les bulles, polices et contours qui sont parfois un frein à la lecture (faire rentrer des mots à la verticale en 1 syllabe, bulles gigantesques pour un mot de 5 lettres.....). Mais globalement cela n'a pas pu me sortir de mon plaisir de lecture. Enfin, j'ai toujours cette réserve sur les onomatopées sensées nous faire comprendre, idiots que nous sommes, les situations (Habu a froid, allez hop, des glagla par ci par là, Habu mange, de scrontch et autres slurps).
L'histoire, si elle n'est pas exempte de scories (sentimentalisme, redondances) est formidable. Elle nous happe lentement, doucement, puis on n'a de cesse que d'aller au bout de cette ascension, bout du voyage initiatique de Kukamachi, bout de l'irraisonnable obsession de Habu joji (que connaissent nombre de grimpeurs, marins....). J'ai aimé cette très belle illustration de ce sport et de ces hommes qui le pratiquent, loin du star système, se mettant quotidiennement en danger. J'ai grandement apprécié cette introduction par l'enquête qui devient vite secondaire devant l'importance du charismatique grimpeur, lequel devient au fil des pages, de ses relations aux autres, notamment à Hase, le pilier de ce bouquin. L'enquête sur l'appareil permet de modifier plusieurs fois les axes et les points de vue afin de casser le rythme de ce récit qui peut parfois se montrer très lent. Il faut passer cet écueil comme d'autres œuvres méritent d'être lues au delà d'un graphique disgracieux.
C'est grandement bien fait, je viens de le lire, je vais l'acheter c'est sûr car quel pied à cette lecture. Il est compréhensible que cela ne plaise pas à tous de la même manière que ça m'a parlé, mais je conseille malgré tout la lecture, il est vraiment de ces classiques qu'il faut avoir lu.
Voila un avis qui va être dur à écrire sans tomber dans l’excès.
Car de l’excès, j'en ai à revendre après ma lecture passionnée du tome 5. En effet, voila une série qui aura réussi à m'emballer au-delà de mes espérances. Je m'attendais à quelque chose de "pas mal", et j'ai eu de l'excellent. Une série qui n'aura pas réussi à me faire décoller des 5 tomes durant plus de deux semaines, et qui va maintenant me faire ronger mon frein un long moment ....
Pour tenter de rester objectif, je dirais que Freaks Squeele possède encore une fois tout ce que j'adore dans une BD :
-des personnages hauts en couleurs et pleins de ressources, de passé tortueux et caractères bien trempés,
-des situations qui s'enchainent sans temps mort et qui nous maintiennent en suspens constant,
-de l'humour juste parfait distillé à bonne dose, ni trop peu ni trop,
-et enfin une histoire quasiment parfaite.
Pourquoi "quasiment" ? Parce que j'attends de voir la fin avant de juger de tout. Mais je ne l'appréhende pas.
Freaks Squeele, c'est aussi un dessin que j'adore, mélange de plusieurs cultures, tout comme l'ensemble de l’œuvre qui est finalement d'inspiration très éclectique, avec des clins d’œils constants, des références multiples tellement bien camouflées que j'en suis parfois soufflé.
C'est aussi (enfin) et surtout une BD que j'attendais, sur ces écoles de super-héros aux talents multiples et extravagants, mais qui est enfin parfaitement maitrisée. On est happé à chaque tome dans l'histoire qui s'étoffe encore plus, démontrant un talent incroyable. L'histoire avance rapidement (le nombre de pages explique peut-être beaucoup : 130/tomes, ça aide) et on sent qu'elle est maîtrisée.
Bref, c'est dur de parler de Freaks Squeele sans tomber dans une litanie de louanges, de compliments, d'éloge, de glorification, d'apologie, de chants à sa gloire, de poèmes épiques ... (j'en rajoute un chouïa), mais je peux dire en tout cas que c'est franchement une des BD qui m'a le plus plu depuis que j'ai attaqué le monde riche de cet art. Une réussite totale, un pur divertissement de grande qualité.
En guise de conclusion, je dirais ceci :
OUI, Freaks Squeele mérite 5/5
NON, Freaks Squeele ne mérite pas moins que 5/5
Coup de cœur énorme pour moi, en attendant avec une impatience non maîtrisée le tome suivant.
Véritable petit phénomène BD, Lanfeust de Troy a su renouveler avec talent la fantasy et ouvrir le genre au grand public.
Les auteurs ont su s’appuyer sur les codes du genre (magie, quêtes, bestiaire) pour créer un monde original et travaillé. Lanfeust est un cocktail envoûtant d’action, d’humour et d’aventures épiques. Graphiquement, c’est également très bon avec un trait qui s’améliore très sensiblement au fur et à mesure des albums.
Lanfeust de Troy est une série culte tant par sa très grande qualité que par son influence dans la BD.
Comment ai-je fait pour passer de si nombreuses années sans lire ne serait-ce qu'une planche de Gotlib ?
Je vais volontairement faire court car les 5/5 ne manquent pas, les raisons sont toutes citées ci-dessous et je pense que je ne connais pas assez Gotlib pour en écrire un roman...
Les Rubrique-à-Brac en quelques mots :
- un trait incroyablement précis, je suis impressionné par la qualité du dessin,
- des personnages aux expressions communicatives toujours grâce à ce coup de crayon de maître,
- du rire à chaque planche,
- du comique de répétition très bien conçu (géniale l'idée de faire revenir Isaac Newton de façon récurrente),
- des idées de gags originales, tantôt de subtils jeux de mots, tantôt du rire plus facile...
- etc...etc....etc...
Quoi qu'il en soit, Gotlib manie l'humour et son crayon à merveille. Il exploite toutes les facettes du rire et utilise divers genres littéraires, culturels, historiques, scientifiques... pour parvenir à amener le lecteur dans des réflexions plus ou moins complexes afin de faire rire.
Rien que pour cela, merci Mr Gotlib car c'est ingénieusement réussi !
Ah, Naruto... Que dire de ce manga sinon qu'il est presque mythique... Bon j'exagère peut-être, mais ça fait quand même pas mal d'années que j'ai fondu pour ce manga, même si j'ai commencé par le dessin animé. J'ai grandi avec, donc forcément c'est presque naturel pour moi de lire un tome ^^. Les personnages ont tous leur charisme, on regrettera juste le sous-développement de certains qui sont exilés au profit de Sasuke et compagnie. L'auteur prend son temps sur chaque arc, et tous ont une connection logique sur le reste du scénario (que serait devenu Sasuke sans Orochimaru lors de l'examen chunin ?) . Les dessins sont clairs, pas trop surchargés et offrent une grande lisibilité. Ils ne sont pas archi-brouillonnés mais soigneusement refaits pour donner un trait fin et franc, ce qui donne un sentiment de froideur qui colle très bien à l'ambiance. Les ost du dessin animé sont juste pour la plupart bluffantes (l'Orochimaru Theme quoi *_* !) et les combats ont le mérite d'être intelligents et prenants, sauf peut-être Naruto vs Kiba , ou Naruto vs Ebisu, mais le côté décalé est voulu, c'est le début de la série ( :. Les chapitres récents me plaisent moins donc je me rabat sur les épisodes de l'animé ou les tomes du manga et ça me fait espérer une suite digne de ce nom (mine de rien, il y a pas mal de fins possibles !). J'aimerais juste que Naruto own Sasuke au lieu de vouloir le ramener (je peux plus le voir en dessin lol XD). La flemme de tout raconter donc je vais conclure avec un "dattebayo!".
1er avis sur ce site, je n'avais pas envie de parler d'un truc passe partout, médiocre à souhait. Je vais donc vers la série en cours (mais bien avancée) qui me plait le plus : Requiem Chevalier vampire.
J'ai lu que la série serait gothique-trash-fantasy-gore-... mais perso je ne sais pas cataloguer la majorité de ce que je lis. D'ailleurs je ne suis pas particulièrement fan des histoires de vampire car trop vues et revues, et encore moins du style gothique (je ne parle pas des églises).
Pourtant tout me plait. Le style gothique est assez chargé en détail permet au dessinateur de se lâcher en restant fidèle à lui même. Les vampires et autres bestioles infernales de cette BD sont aussi un terrain propice aux dessins de Ledroit mais surtout au scénario qui peut se permettre beaucoup de délires. Moi ça me fait penser aux films de Tarantino, Rodriguez et autres barjos qui ne se reposent pas sur leurs lauriers et sont continuellement en train de se tester, bref des artistes et pas des VRP. On est donc loin d'Hollywood/Bollywood pour le cinéma, de EMI/Universal pour la musique et de Soleil/Moulinsart pour la BD.
L'oeuvre n'est donc pas forcément très accessible car elle n'a pas été calculée, pré-machée, et ch*** pour le grand public. Elle est juste ... elle même.
D'ailleurs, assez étonné de la liberté que s'offrent le dessinateur et l'auteur, je suis allé voir à droite à gauche ce qui se disait des éditions Nickel. Et là on comprend mieux puisqu'il retourne d'une boite créée par Mills et Ledroit pour cette série ! Alors certes, "s'auto-gérer" ne s'apprend pas du jour au lendemain et cela peut, par exemple, expliquer que le dessin puisse paraître trop chargé ou que l'architecture des pages soit brouillonne par endroit : En effet, Olivier Ledroit dessine sur des planches de 2x4m (c'est une "image", bien que des fois, on peut se demander) et après, il faut faire rentrer des km de dessins très variés sur des cm de pages de taille standard. Et vu que le dessinateur est doué et ne ménage pas ses efforts, ne pas toute œuvre qu’ils ne parviennetpas à incorporer dans l’édition finale serait un vrai crève cœur.
Autre petit bémol, la série était prévue en 6 ou 9 tomes je crois puis maintenant l'objectif serait 12 (?). Il y a peut être une logique commerciale liée au succès mais si la qualité suit… Alors forcément niveau scénario, on passe de tomes où on a l'impression de tout connaitre sauf le final à des tomes de "ré-introduction" qui donnent l'impression de reculer et que tout « part en couille » pour citer certains ici. Sauf que c'est aussi l'occasion d'agrandir et enrichir cet univers. Oui, ya des bestioles qui ne sont créées que pour crever ultérieurement mais c'est autant de nouvelles opportunités pour Ledroit de s'exprimer et puis les choses nouvelles trouvent toutes un impact plus ou moins direct sur la trame de fond qui, elle, continue droit devant.
Franchement, je trouve que c'est juste un ovni. Un truc qui sort des sentiers battus, un truc qui sent la liberté, un truc unique tout simplement. Après on aime ou pas, ça ne peut être qu'une question de goût pour moi (goûtez à plusieurs reprises pour être sûr). Mais alors que l'on ne doit pas être loin du summum de la société de consommation, je me demande si je reverrai un jour, un travail aussi entier, accompli, sur une BD tout en restant léger. J'entends par là que le but 1er reste le plaisir et ça se sent ! Comme quoi on peut faire un truc chiadé sans tomber dans l'élitisme pseudo intellectuel.
Un grand merci aux auteurs qui, je l'espère, sauront clore la chose afin de ne pas me faire regretter ces 5 étoiles.
Voici un titre dont on peut saluer la réédition par le tout jeune éditeur Urban Comics en charge de la licence Vertigo entre autres, un label affirmant clairement sa position de proposer des comics adultes et sans la contrainte d’un code ou d’une éthique particulière ce qui nous a offert des petits chefs d’œuvre en marge de la production habituelle comme Preacher ou 100 Bullets d’une part ou des mini-séries compilées en intégrale comme WE3 ou justement ce Pride of Baghdad rebaptisé pour l’occasion « Les Seigneurs de Bagdad ».
Reprenons notre respiration :)
Pour qui connait ou qui a lu WE3, l’œuvre a beau traiter et mettre au premier plan des animaux domestiques comme un chat, un lapin ou un chien, le public visé n’est certainement pas nos chères têtes blondes de par la cruauté et la violence des propos émaillant les pages du récit…
Pour l’œuvre concernée c’est exactement la même chose mais alors que les animaux domestiques desservaient les propos d’une métaphore sur l’utilisation d’innocents pour servir les intérêts guerriers des humains, ici il s’agit d’animaux sauvages asservis par l’homme car capturés pour être placés dans un zoo et témoins malgré eux d’une guerre d’Irak dont on connait les issues…
La première chose qui interpelle, outre le thème utilisé et une couverture atypique, ce sont les dessins incroyablement aérés et fluides. C’est clair, on n’a jamais l’impression qu’il s’agisse d’un comics mais vraiment d’une œuvre d’illustrations animalières au premier abord.
Les couleurs informatisées semblent déplaire au plus grand nombre pourtant je trouve qu’elles retranscrivent parfaitement le déroulement d’une journée d’une ville orientale sous la coupe d’un soleil écrasant.
Les ambiances passent du jaune lumineux aux tons orangés rougeâtres jusqu’à celles plus apaisées de l’horizon.
Pour autant si la colorimétrie est variée et apaisante l’histoire bien que calme en apparence prend place dans une ville en perpétuel danger.
Une troupe de lions aux caractères bien trempés profite d’un bombardement américain sur la ville de Bagdad et la destruction en partie du zoo dans lequel ils croupissent pour s’enfuir et retourner à la vie sauvage.
Mais malgré de singulières rencontres, qui va subvenir à leurs besoins lorsque l’homme leur servait du lapin tous les jours ? Les rancœurs de la captivité vont-elles faire place à l’espoir ?
Le récit décrit fort bien les tempéraments des protagonistes félins.
On a beau s’imaginer qu’ils sont représentés comme des hommes par leurs dialogues, leurs instincts les plus bas nous rappellent qu’il ne s’agit que d’animaux perdus et sans réel autre but que leur propre survie.
Le décor se fond admirablement dans leurs pérégrinations. Ici on sent l’ombre de la guerre, de la chute d’un dictateur mais aucune réelle présence humaine ne viendra déranger en premier lieu la fuite de ce groupe désorganisé qui ne comprend même pas ce qui arrive réellement.
On peut être à la fois horrifié ou amusé du comportement de ces bêtes qui ne pensent qu’à se reproduire, se nourrir et survivre dans un milieu hostile. Les rencontres avec d’autres animaux familiers ou inhospitaliers ménagent quelques surprises.
Sans prise de position ou quelconque réel manichéisme, l’histoire se dévore à fond les rouleaux et il est impensable de reposer le bouquin sans aller à son terme.
Quelques passages durs parsèment le tout, chaque animal excepté le petit lionceau fort de son innocence possède une part d’ombre à révéler tout au long de cette histoire inspirée selon les auteurs de réels évènements.
En résulte une œuvre coup de poing unique en son genre qui cherche à distraire sans pour autant nous faire de fracassantes découvertes ou leçons de morale.
J’y ai même trouvé à titre personnel certains reflets d’une poésie que j’affectionne d’Arthur Rimbaud, Le dormeur du val pour ne pas la citer, pour la peinture de la nature dans un environnement hostile et propre à la guerre voire à la mort.
Tour à tour surprenant, choquant, utile et futile, Pride of Baghdad mérite plus qu’une simple lecture mais de figurer dignement auprès des autres œuvres Vertigo dont l’éclectisme me séduit de plus en plus…
Difficile de coter cette série mais cela ne m’empêche pas de la trouver « culte » pour la bonne et simple raison qu’elle a réussi à concilier lisibilité et univers kafkaïen tout en démontant les mécanismes du support utilisé, à savoir la bande dessinée et en rendant hommage à certaines des œuvres majeures de la dite bande dessinée.
Et en clair, ça donne quoi, me direz-vous ?
Univers kafkaïen : l’absurde semble régner en maître dans cette série. Pourtant, une profonde logique transparait dans chacun des tomes. Simplement, les hypothèses de départ sont faussées par le simple fait qu’il s’agit de bande dessinée, et donc d’une interprétation de la réalité. Marc-Antoine Mathieu joue avec ce principe de réalité relative pour nous entrainer dans un monde parallèle… qui n’est autre que celui de la bande dessinée.
Lisibilité : avec ce genre de concept, le risque d’être obscur pour beaucoup de lecteurs était grand. Pourtant, chaque tome se lit facilement. Le dessin en noir et blanc reste toujours bien tranché. La narration semble naturelle et s’il nous faut de temps à autres opérer un petit retour en arrière, cela n’entache en rien le rythme de la lecture.
Le thème de la bande dessinée : le héros évolue dans une bande dessinée. En partant de cette évidence, l’auteur développe un monde très original dans lequel des règles fondamentales comme, par exemple, l’ordre des planches ou les points de fuite d’un dessin peuvent être chamboulées.
Les hommages : le plus marqué est celui rendu à Little Nemo puisque chaque tome comprend au moins une chute de lit de notre héros suite à un rêve étrange. On notera également au passage un petit hommage aux Cités Obscures lorsqu’il s’agira de parler de mondes parallèles.
Reste que certains tomes m’ont laissé dubitatif, et principalement « la q… » Mais je ne saurais dire si c’est moi qui suis passé à côté ou si c’est l’auteur qui n’a pas su pleinement exploiter une bonne idée de départ.
Mais bon, franchement, vous en connaissez beaucoup, vous, des albums dans lesquels le fait qu’il manque une case devient prétexte à un saut temporel ? Des albums qui explorent l’univers de la trois D ? Des albums qui incluent une spirale au centre d’un tome ? Des albums qui se lisent à moitié dans un sens et à moitié dans l’autre ? Personnellement, je ne connais que cette série pour nous offrir autant de passages aussi originaux et je demeure admiratif devant l’accessibilité d’une œuvre aussi intellectuellement travaillée.
Chapeau bas !
Snyder est vraiment un génie. Jusqu'à aujourd'hui, il ne nous aura servi que de bonnes histoires de notre chevalier préféré qui est le héros le plus connu de France .
L'histoire penche plutôt sur l'aspect policier du héros (qui n'est pas Bruce Wayne, mais Dick Grayson, car il a pris le costume de son mentor en attendant son retour, tout cela est expliqué dans le magnifique edito du nouvel éditeur) .
Le scénario est particulièrement sombre et stressant à certains passages où l'on croit Batman foutu.
Il est aussi sombre que ses dessins qui collent parfaitement à l'ambiance de l'histoire.
On y trouve deux ou trois blagues de Batman, ce qui nous rappelle que ce n'est pas Bruce.
C'est un immanquable, on voit la vie du commissaire Gordon basculer et quelques références à une autre oeuvre culte, Batman -Year One.
5/5
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Cité 14 - Saison 1
J'ai lu la première saison, réunie en quatre tomes sous coffret depuis peu. Et franchement, ça faisait longtemps que je n'avais pas eu l'impression d'une telle nouveauté en BD. L'univers est d'une richesse incroyable, comme assemblé de bric et de broc, avec un peu de New-York des années 50, un peu de Chicago sous la prohibition, un peu d'Ellis Island durant la première moitié du XXème siècle, un peu de Cités Obscures, un peu de Disney, un peu de steampunk, un peu de supers héros, un peu d'extra-terrestres, un peu de Sa Majesté des Mouches version adultes, un peu de La Ferme des animaux, un peu de Watergate, un peu de Tarantino, un peu de critique sociale, un peu de Marx... Et normalement, alors que tout ça devrait s'effondrer sous son propre poids, ça tient la route avec une fluidité étonnante. Les personnages sont tous attachants, tous originaux, on n'en fait pas des caisses avec la psychologie et pourtant ils ont tous une vraie profondeur, un passé et des blessures qu'on découvre par petites touches et qui les rend plus épais que de simples marionnettes à scénario. Toutes les intrigues sont parfaitement tricotées entre elles, la plupart des séquences sont inattendues, au sens où elles ne se passent presque jamais "comme elles devraient", on est surpris toutes les 4 ou 5 pages, il y a une vraie violence qui arrive toujours sans crier gare, qui va toujours plus loin que prévu, il y a le parfum amer de la tragédie, et il y a en plus un vrai beau travail sur la langue et beaucoup d'humour... Bref, c'est un grand moment de plaisir qui est offert au lecteur, avec en plus l'impression rare de s'immerger dans un monde singulier et complètement barré mais qui pourtant reste curieusement familier et "possible". Ceci sans doute aussi grâce au dessin, très lisible, très dynamique, très bien mis en scène et qui fourmille de détails sans jamais être surchargé. Un dessin dans lequel on a plaisir à se perdre pour ne rien en rater, et qui donnerait presque envie de voir ce monde s'animer sous nos yeux... Ce qui est mis en place ici est du niveau d'un Alan Moore des grands jours, et j'attends avec impatience la clôture de la saison 2 pour acheter le coffret et me perdre à nouveau dans les méandres de cette Cité 14...
Le Sommet des dieux
Le Sommet des Dieux, j'en attendais beaucoup étant féru de montagne et connaissant la renommée de l'ouvrage, j'en attendais bien moins n'étant pas du tout friand de mangas. Ben c'est la baffe. Cette œuvre rentre direct dans mon Top5 perso. Graphiquement c'est superbe, l'auteur est un véritable artiste qui nous immerge dans cet environnement incroyable des montagnes nippones aux grands des Alpes jusqu'au toit du monde, tout est magnifié. Les personnages sont bien rendus, reconnaissables, les villes et décors sont eux aussi fouillés, on est bien loin des trucs moches et sans forme que pour le moment je n'arrivais pas à apprécier. Les montagnes sont incroyables, c'est une grande réussite que de composer des paysages pareils en teintes de gris et de rendre honneur à la majesté des lieux. Visuellement, je rejoins certains sur les bulles, polices et contours qui sont parfois un frein à la lecture (faire rentrer des mots à la verticale en 1 syllabe, bulles gigantesques pour un mot de 5 lettres.....). Mais globalement cela n'a pas pu me sortir de mon plaisir de lecture. Enfin, j'ai toujours cette réserve sur les onomatopées sensées nous faire comprendre, idiots que nous sommes, les situations (Habu a froid, allez hop, des glagla par ci par là, Habu mange, de scrontch et autres slurps). L'histoire, si elle n'est pas exempte de scories (sentimentalisme, redondances) est formidable. Elle nous happe lentement, doucement, puis on n'a de cesse que d'aller au bout de cette ascension, bout du voyage initiatique de Kukamachi, bout de l'irraisonnable obsession de Habu joji (que connaissent nombre de grimpeurs, marins....). J'ai aimé cette très belle illustration de ce sport et de ces hommes qui le pratiquent, loin du star système, se mettant quotidiennement en danger. J'ai grandement apprécié cette introduction par l'enquête qui devient vite secondaire devant l'importance du charismatique grimpeur, lequel devient au fil des pages, de ses relations aux autres, notamment à Hase, le pilier de ce bouquin. L'enquête sur l'appareil permet de modifier plusieurs fois les axes et les points de vue afin de casser le rythme de ce récit qui peut parfois se montrer très lent. Il faut passer cet écueil comme d'autres œuvres méritent d'être lues au delà d'un graphique disgracieux. C'est grandement bien fait, je viens de le lire, je vais l'acheter c'est sûr car quel pied à cette lecture. Il est compréhensible que cela ne plaise pas à tous de la même manière que ça m'a parlé, mais je conseille malgré tout la lecture, il est vraiment de ces classiques qu'il faut avoir lu.
Freaks' Squeele
Voila un avis qui va être dur à écrire sans tomber dans l’excès. Car de l’excès, j'en ai à revendre après ma lecture passionnée du tome 5. En effet, voila une série qui aura réussi à m'emballer au-delà de mes espérances. Je m'attendais à quelque chose de "pas mal", et j'ai eu de l'excellent. Une série qui n'aura pas réussi à me faire décoller des 5 tomes durant plus de deux semaines, et qui va maintenant me faire ronger mon frein un long moment .... Pour tenter de rester objectif, je dirais que Freaks Squeele possède encore une fois tout ce que j'adore dans une BD : -des personnages hauts en couleurs et pleins de ressources, de passé tortueux et caractères bien trempés, -des situations qui s'enchainent sans temps mort et qui nous maintiennent en suspens constant, -de l'humour juste parfait distillé à bonne dose, ni trop peu ni trop, -et enfin une histoire quasiment parfaite. Pourquoi "quasiment" ? Parce que j'attends de voir la fin avant de juger de tout. Mais je ne l'appréhende pas. Freaks Squeele, c'est aussi un dessin que j'adore, mélange de plusieurs cultures, tout comme l'ensemble de l’œuvre qui est finalement d'inspiration très éclectique, avec des clins d’œils constants, des références multiples tellement bien camouflées que j'en suis parfois soufflé. C'est aussi (enfin) et surtout une BD que j'attendais, sur ces écoles de super-héros aux talents multiples et extravagants, mais qui est enfin parfaitement maitrisée. On est happé à chaque tome dans l'histoire qui s'étoffe encore plus, démontrant un talent incroyable. L'histoire avance rapidement (le nombre de pages explique peut-être beaucoup : 130/tomes, ça aide) et on sent qu'elle est maîtrisée. Bref, c'est dur de parler de Freaks Squeele sans tomber dans une litanie de louanges, de compliments, d'éloge, de glorification, d'apologie, de chants à sa gloire, de poèmes épiques ... (j'en rajoute un chouïa), mais je peux dire en tout cas que c'est franchement une des BD qui m'a le plus plu depuis que j'ai attaqué le monde riche de cet art. Une réussite totale, un pur divertissement de grande qualité. En guise de conclusion, je dirais ceci : OUI, Freaks Squeele mérite 5/5 NON, Freaks Squeele ne mérite pas moins que 5/5 Coup de cœur énorme pour moi, en attendant avec une impatience non maîtrisée le tome suivant.
Lanfeust de Troy
Véritable petit phénomène BD, Lanfeust de Troy a su renouveler avec talent la fantasy et ouvrir le genre au grand public. Les auteurs ont su s’appuyer sur les codes du genre (magie, quêtes, bestiaire) pour créer un monde original et travaillé. Lanfeust est un cocktail envoûtant d’action, d’humour et d’aventures épiques. Graphiquement, c’est également très bon avec un trait qui s’améliore très sensiblement au fur et à mesure des albums. Lanfeust de Troy est une série culte tant par sa très grande qualité que par son influence dans la BD.
Rubrique-à-Brac
Comment ai-je fait pour passer de si nombreuses années sans lire ne serait-ce qu'une planche de Gotlib ? Je vais volontairement faire court car les 5/5 ne manquent pas, les raisons sont toutes citées ci-dessous et je pense que je ne connais pas assez Gotlib pour en écrire un roman... Les Rubrique-à-Brac en quelques mots : - un trait incroyablement précis, je suis impressionné par la qualité du dessin, - des personnages aux expressions communicatives toujours grâce à ce coup de crayon de maître, - du rire à chaque planche, - du comique de répétition très bien conçu (géniale l'idée de faire revenir Isaac Newton de façon récurrente), - des idées de gags originales, tantôt de subtils jeux de mots, tantôt du rire plus facile... - etc...etc....etc... Quoi qu'il en soit, Gotlib manie l'humour et son crayon à merveille. Il exploite toutes les facettes du rire et utilise divers genres littéraires, culturels, historiques, scientifiques... pour parvenir à amener le lecteur dans des réflexions plus ou moins complexes afin de faire rire. Rien que pour cela, merci Mr Gotlib car c'est ingénieusement réussi !
Naruto
Ah, Naruto... Que dire de ce manga sinon qu'il est presque mythique... Bon j'exagère peut-être, mais ça fait quand même pas mal d'années que j'ai fondu pour ce manga, même si j'ai commencé par le dessin animé. J'ai grandi avec, donc forcément c'est presque naturel pour moi de lire un tome ^^. Les personnages ont tous leur charisme, on regrettera juste le sous-développement de certains qui sont exilés au profit de Sasuke et compagnie. L'auteur prend son temps sur chaque arc, et tous ont une connection logique sur le reste du scénario (que serait devenu Sasuke sans Orochimaru lors de l'examen chunin ?) . Les dessins sont clairs, pas trop surchargés et offrent une grande lisibilité. Ils ne sont pas archi-brouillonnés mais soigneusement refaits pour donner un trait fin et franc, ce qui donne un sentiment de froideur qui colle très bien à l'ambiance. Les ost du dessin animé sont juste pour la plupart bluffantes (l'Orochimaru Theme quoi *_* !) et les combats ont le mérite d'être intelligents et prenants, sauf peut-être Naruto vs Kiba , ou Naruto vs Ebisu, mais le côté décalé est voulu, c'est le début de la série ( :. Les chapitres récents me plaisent moins donc je me rabat sur les épisodes de l'animé ou les tomes du manga et ça me fait espérer une suite digne de ce nom (mine de rien, il y a pas mal de fins possibles !). J'aimerais juste que Naruto own Sasuke au lieu de vouloir le ramener (je peux plus le voir en dessin lol XD). La flemme de tout raconter donc je vais conclure avec un "dattebayo!".
Requiem - Chevalier Vampire
1er avis sur ce site, je n'avais pas envie de parler d'un truc passe partout, médiocre à souhait. Je vais donc vers la série en cours (mais bien avancée) qui me plait le plus : Requiem Chevalier vampire. J'ai lu que la série serait gothique-trash-fantasy-gore-... mais perso je ne sais pas cataloguer la majorité de ce que je lis. D'ailleurs je ne suis pas particulièrement fan des histoires de vampire car trop vues et revues, et encore moins du style gothique (je ne parle pas des églises). Pourtant tout me plait. Le style gothique est assez chargé en détail permet au dessinateur de se lâcher en restant fidèle à lui même. Les vampires et autres bestioles infernales de cette BD sont aussi un terrain propice aux dessins de Ledroit mais surtout au scénario qui peut se permettre beaucoup de délires. Moi ça me fait penser aux films de Tarantino, Rodriguez et autres barjos qui ne se reposent pas sur leurs lauriers et sont continuellement en train de se tester, bref des artistes et pas des VRP. On est donc loin d'Hollywood/Bollywood pour le cinéma, de EMI/Universal pour la musique et de Soleil/Moulinsart pour la BD. L'oeuvre n'est donc pas forcément très accessible car elle n'a pas été calculée, pré-machée, et ch*** pour le grand public. Elle est juste ... elle même. D'ailleurs, assez étonné de la liberté que s'offrent le dessinateur et l'auteur, je suis allé voir à droite à gauche ce qui se disait des éditions Nickel. Et là on comprend mieux puisqu'il retourne d'une boite créée par Mills et Ledroit pour cette série ! Alors certes, "s'auto-gérer" ne s'apprend pas du jour au lendemain et cela peut, par exemple, expliquer que le dessin puisse paraître trop chargé ou que l'architecture des pages soit brouillonne par endroit : En effet, Olivier Ledroit dessine sur des planches de 2x4m (c'est une "image", bien que des fois, on peut se demander) et après, il faut faire rentrer des km de dessins très variés sur des cm de pages de taille standard. Et vu que le dessinateur est doué et ne ménage pas ses efforts, ne pas toute œuvre qu’ils ne parviennetpas à incorporer dans l’édition finale serait un vrai crève cœur. Autre petit bémol, la série était prévue en 6 ou 9 tomes je crois puis maintenant l'objectif serait 12 (?). Il y a peut être une logique commerciale liée au succès mais si la qualité suit… Alors forcément niveau scénario, on passe de tomes où on a l'impression de tout connaitre sauf le final à des tomes de "ré-introduction" qui donnent l'impression de reculer et que tout « part en couille » pour citer certains ici. Sauf que c'est aussi l'occasion d'agrandir et enrichir cet univers. Oui, ya des bestioles qui ne sont créées que pour crever ultérieurement mais c'est autant de nouvelles opportunités pour Ledroit de s'exprimer et puis les choses nouvelles trouvent toutes un impact plus ou moins direct sur la trame de fond qui, elle, continue droit devant. Franchement, je trouve que c'est juste un ovni. Un truc qui sort des sentiers battus, un truc qui sent la liberté, un truc unique tout simplement. Après on aime ou pas, ça ne peut être qu'une question de goût pour moi (goûtez à plusieurs reprises pour être sûr). Mais alors que l'on ne doit pas être loin du summum de la société de consommation, je me demande si je reverrai un jour, un travail aussi entier, accompli, sur une BD tout en restant léger. J'entends par là que le but 1er reste le plaisir et ça se sent ! Comme quoi on peut faire un truc chiadé sans tomber dans l'élitisme pseudo intellectuel. Un grand merci aux auteurs qui, je l'espère, sauront clore la chose afin de ne pas me faire regretter ces 5 étoiles.
Les Seigneurs de Bagdad (Pride of Baghdad)
Voici un titre dont on peut saluer la réédition par le tout jeune éditeur Urban Comics en charge de la licence Vertigo entre autres, un label affirmant clairement sa position de proposer des comics adultes et sans la contrainte d’un code ou d’une éthique particulière ce qui nous a offert des petits chefs d’œuvre en marge de la production habituelle comme Preacher ou 100 Bullets d’une part ou des mini-séries compilées en intégrale comme WE3 ou justement ce Pride of Baghdad rebaptisé pour l’occasion « Les Seigneurs de Bagdad ». Reprenons notre respiration :) Pour qui connait ou qui a lu WE3, l’œuvre a beau traiter et mettre au premier plan des animaux domestiques comme un chat, un lapin ou un chien, le public visé n’est certainement pas nos chères têtes blondes de par la cruauté et la violence des propos émaillant les pages du récit… Pour l’œuvre concernée c’est exactement la même chose mais alors que les animaux domestiques desservaient les propos d’une métaphore sur l’utilisation d’innocents pour servir les intérêts guerriers des humains, ici il s’agit d’animaux sauvages asservis par l’homme car capturés pour être placés dans un zoo et témoins malgré eux d’une guerre d’Irak dont on connait les issues… La première chose qui interpelle, outre le thème utilisé et une couverture atypique, ce sont les dessins incroyablement aérés et fluides. C’est clair, on n’a jamais l’impression qu’il s’agisse d’un comics mais vraiment d’une œuvre d’illustrations animalières au premier abord. Les couleurs informatisées semblent déplaire au plus grand nombre pourtant je trouve qu’elles retranscrivent parfaitement le déroulement d’une journée d’une ville orientale sous la coupe d’un soleil écrasant. Les ambiances passent du jaune lumineux aux tons orangés rougeâtres jusqu’à celles plus apaisées de l’horizon. Pour autant si la colorimétrie est variée et apaisante l’histoire bien que calme en apparence prend place dans une ville en perpétuel danger. Une troupe de lions aux caractères bien trempés profite d’un bombardement américain sur la ville de Bagdad et la destruction en partie du zoo dans lequel ils croupissent pour s’enfuir et retourner à la vie sauvage. Mais malgré de singulières rencontres, qui va subvenir à leurs besoins lorsque l’homme leur servait du lapin tous les jours ? Les rancœurs de la captivité vont-elles faire place à l’espoir ? Le récit décrit fort bien les tempéraments des protagonistes félins. On a beau s’imaginer qu’ils sont représentés comme des hommes par leurs dialogues, leurs instincts les plus bas nous rappellent qu’il ne s’agit que d’animaux perdus et sans réel autre but que leur propre survie. Le décor se fond admirablement dans leurs pérégrinations. Ici on sent l’ombre de la guerre, de la chute d’un dictateur mais aucune réelle présence humaine ne viendra déranger en premier lieu la fuite de ce groupe désorganisé qui ne comprend même pas ce qui arrive réellement. On peut être à la fois horrifié ou amusé du comportement de ces bêtes qui ne pensent qu’à se reproduire, se nourrir et survivre dans un milieu hostile. Les rencontres avec d’autres animaux familiers ou inhospitaliers ménagent quelques surprises. Sans prise de position ou quelconque réel manichéisme, l’histoire se dévore à fond les rouleaux et il est impensable de reposer le bouquin sans aller à son terme. Quelques passages durs parsèment le tout, chaque animal excepté le petit lionceau fort de son innocence possède une part d’ombre à révéler tout au long de cette histoire inspirée selon les auteurs de réels évènements. En résulte une œuvre coup de poing unique en son genre qui cherche à distraire sans pour autant nous faire de fracassantes découvertes ou leçons de morale. J’y ai même trouvé à titre personnel certains reflets d’une poésie que j’affectionne d’Arthur Rimbaud, Le dormeur du val pour ne pas la citer, pour la peinture de la nature dans un environnement hostile et propre à la guerre voire à la mort. Tour à tour surprenant, choquant, utile et futile, Pride of Baghdad mérite plus qu’une simple lecture mais de figurer dignement auprès des autres œuvres Vertigo dont l’éclectisme me séduit de plus en plus…
Julius Corentin Acquefacques
Difficile de coter cette série mais cela ne m’empêche pas de la trouver « culte » pour la bonne et simple raison qu’elle a réussi à concilier lisibilité et univers kafkaïen tout en démontant les mécanismes du support utilisé, à savoir la bande dessinée et en rendant hommage à certaines des œuvres majeures de la dite bande dessinée. Et en clair, ça donne quoi, me direz-vous ? Univers kafkaïen : l’absurde semble régner en maître dans cette série. Pourtant, une profonde logique transparait dans chacun des tomes. Simplement, les hypothèses de départ sont faussées par le simple fait qu’il s’agit de bande dessinée, et donc d’une interprétation de la réalité. Marc-Antoine Mathieu joue avec ce principe de réalité relative pour nous entrainer dans un monde parallèle… qui n’est autre que celui de la bande dessinée. Lisibilité : avec ce genre de concept, le risque d’être obscur pour beaucoup de lecteurs était grand. Pourtant, chaque tome se lit facilement. Le dessin en noir et blanc reste toujours bien tranché. La narration semble naturelle et s’il nous faut de temps à autres opérer un petit retour en arrière, cela n’entache en rien le rythme de la lecture. Le thème de la bande dessinée : le héros évolue dans une bande dessinée. En partant de cette évidence, l’auteur développe un monde très original dans lequel des règles fondamentales comme, par exemple, l’ordre des planches ou les points de fuite d’un dessin peuvent être chamboulées. Les hommages : le plus marqué est celui rendu à Little Nemo puisque chaque tome comprend au moins une chute de lit de notre héros suite à un rêve étrange. On notera également au passage un petit hommage aux Cités Obscures lorsqu’il s’agira de parler de mondes parallèles. Reste que certains tomes m’ont laissé dubitatif, et principalement « la q… » Mais je ne saurais dire si c’est moi qui suis passé à côté ou si c’est l’auteur qui n’a pas su pleinement exploiter une bonne idée de départ. Mais bon, franchement, vous en connaissez beaucoup, vous, des albums dans lesquels le fait qu’il manque une case devient prétexte à un saut temporel ? Des albums qui explorent l’univers de la trois D ? Des albums qui incluent une spirale au centre d’un tome ? Des albums qui se lisent à moitié dans un sens et à moitié dans l’autre ? Personnellement, je ne connais que cette série pour nous offrir autant de passages aussi originaux et je demeure admiratif devant l’accessibilité d’une œuvre aussi intellectuellement travaillée. Chapeau bas !
Batman - Sombre Reflet
Snyder est vraiment un génie. Jusqu'à aujourd'hui, il ne nous aura servi que de bonnes histoires de notre chevalier préféré qui est le héros le plus connu de France . L'histoire penche plutôt sur l'aspect policier du héros (qui n'est pas Bruce Wayne, mais Dick Grayson, car il a pris le costume de son mentor en attendant son retour, tout cela est expliqué dans le magnifique edito du nouvel éditeur) . Le scénario est particulièrement sombre et stressant à certains passages où l'on croit Batman foutu. Il est aussi sombre que ses dessins qui collent parfaitement à l'ambiance de l'histoire. On y trouve deux ou trois blagues de Batman, ce qui nous rappelle que ce n'est pas Bruce. C'est un immanquable, on voit la vie du commissaire Gordon basculer et quelques références à une autre oeuvre culte, Batman -Year One. 5/5