Pour mon 4000ème avis, il me fallait une série exceptionnelle et j'ai choisi Cobra : The Space Pirate. J'avais déjà vu il y a quelques années la série animée et j'avais adoré. C'est donc avec une bonne impression que j'ai lu le manga et j'ai retrouvé les mêmes émotions que lorsque j'ai vu le dessin animé.
Tout d'abord j'adore le personnage de Cobra. J'adore son intelligence et la manière avec laquelle il trouve toujours une solution lorsqu'il se retrouve dans le pétrin. Ça peut devenir lassant un héros invincible, mais ça passe parce qu'il est assez drôle et parfois il se fait avoir par un élément imprévu et doit donc improviser un plan et je trouve que c'est intéressant. Il faut dire aussi qu'il est basé sur Belmondo et donc c'est normal qu'il soit sympathique !
En fait, je trouve que les scénarios sont plutôt intelligents vu que Cobra et ses ennemis se servent de leurs cerveaux. Les histoires sont captivantes et j'ai ressenti beaucoup de tension lors des scènes d'action même si je savais que Cobra allait finir par s'en sortir. Si les femmes font du fan service vu qu'elle sont la plupart du temps dans des costumes sexy et qu'elles se déshabillent, elles ne sont pas juste que de simple bimbos qu'on oublie facilement. Certaines font partie des meilleurs personnages de la série et je trouve d'ailleurs que la plupart des personnages sont inoubliables. J'aime particulièrement la relation entre Cobra et son robot qui est une femme.
Le dessin est très bon. J'aime ce style et je trouve qu'il est dynamique. L'auteur sait très bien comment créer une atmosphère. Je comprendre que certains trouvent que ce manga est kitch et macho, mais moi je trouve qu'il vieillit bien et que c'est l'un des meilleurs que j'ai lu jusqu'à présent.
Je voulais rédiger une brève critique de Starbuck pour contrebalancer le jugement fort sévère à mon sens des autres critiques.
Starbuck est une bédé qui a profondément marqué, voire « hanté » mon enfance. Cet assemblage de Moby Dick, de Jules Vernes et de fantastique tordu m’a fasciné.
J’ai cherché longtemps, longtemps chez les bouquinistes à retrouver ces albums si rares… Je viens enfin de les dénicher dans un magnifique coffret dédicacé.
Et j’ai donc pu les relire, enfin !, me replonger dans ces sensations étranges et mélangées que me donne cet univers, univers aux personnages attachants mais rempli de périls bizarres, colossaux et angoissants.
Alors bien sûr c’est fait pour les pré-ados, mais ça n’empêche pas que les histoires soient puissantes et mémorables.
Et c’est d’une imagination si riche, si bizarre, si inattendue. Du Foerster quoi !
Je recommande chaudement. Et oui c’est culte pour moi, donc 5 étoiles.
Voilà de la SF intelligente, du genre qui questionne le devenir de la société humaine façonnée par le progrès technologique. A n'en pas douter, les auteurs connaissent leurs classiques de la littérature SF et les ont bien digérés. A coté du kitsch (1974 oblige), on trouve pas mal d'éléments visionnaires dans cette BD, elle est notamment la première à traiter du concept de "singularité technologique" (bien avant que celle-ci ne soit popularisée par les romans de Vinge dans les années 80-90 !).
Malgré ses défauts (l'anticipation est un genre difficile qui vieillit souvent mal), je pense qu'on peut la qualifier de BD culte.
Voici une bien belle découverte, une histoire en deux tomes que l’on débute comme tant d’autres avec l’espoir de passer au moins un bon moment de divertissement et puis, au fur et à mesure on se laisse immerger dans le récit à la fois réel et onirique. Le rythme est lent, on se laisse guider par la douce quiétude qui se dégage qui contraste pourtant avec l’histoire dramatique qui y est contée. Au fil des pages, et à ma grande surprise, les émotions surviennent çà et là pour atteindre leur pic d’intensité lorsque l’on referme chaque volume.
Un point négatif toutefois concernant le dessin et notamment certains visages difficiles à différencier. J’ai dû effectuer quelques retours en arrière en première lecture afin d’identifier clairement les personnages. Ceci m’a fait hésiter mais bon, je mets quand même 5/5 tant il est rare que je ressente autant d’émotions à la lecture d’une histoire.
Au risque de me répéter, c’est une bien belle découverte.
Je me décide à écrire à un avis car je trouve les notes précédentes vraiment bien trop basses. Or il ne faudrait pas que le lecteur passe à côté de ce petit bijou : c'est bien simple, c'est certainement la meilleure BD que j'ai lue ces dernières années.
Le tome 1 notamment, "Petit", est d'une ambition incroyable. Hubert a créé ici un univers formidablement riche, allant même jusqu'à nous raconter la généalogie des Ogres-Dieux entre chaque chapitre: pas avare le Hubert tant il y avait sûrement de quoi produire un tome supplémentaire pour chaque ancêtre.
Le noir et blanc de Gatignol est somptueux, ce qui, ajouté au format et à la finition très travaillée de ces ouvrages, fait de chaque petit tome un bijou esthétique.
Je suis parfois dubitatif sur le principe des collections tant elles regroupent parfois pépites et banalités mais force est de constater que les trois séries que j'ai lues de la collection Métamorphose (Billy Brouillard, Dans la forêt et donc "Les Ogres-Dieux") sont de franches réussites.
Attention chef d'œuvre.
J'avais découvert Miles Hyman avec Le Dahlia noir scénarisé par Matz et David Fincher (d'après le roman de James Ellroy). Véritablement tombé en admiration devant ses planches (même si certains trouvaient ses personnages "figés"), je me suis précipité sur son art-book intitulé "Drawings" édité en 2015 chez Glénat. On pouvait y découvrir de somptueux dessins, d'illustrations de couverture de romans ou d'articles de presse. Un régal !
Avec "La loterie", Miles Hyman adapte une nouvelle de sa grand-mère, Shirley Jackson, qui avait fait scandale à l'époque, en 1948.
Ce livre de 140 pages fait une part belle aux formidables dessins de Hyman (avec en moyenne 3 vignettes par planches). Ce qui permet au lecteur d'admirer le travail du dessinateur. Malgré la montée du suspense et la noirceur du récit au fil des pages, on ne peut que saluer la luminosité des planches.
Miles Hyman nous offre des gros plans de visages assez percutants et des pleines pages qui permettent au lecteur de prendre son temps, de découvrir cette loterie quasiment en temps réel.
Car outre la population du village, le temps est pour moi un des principaux personnages de cet ouvrage.
Je ne vous dévoilerai pas l'enjeu de cette loterie, car cela nuirait au plaisir de cette lecture.
Pour ma part, dès avoir lu cet album, j'en ai repris la lecture pour voir quels étaient les signes avant coureurs de cette conclusion.
Un dessin formidable, des planches lumineuses sur un scénario étonnant, bref une très belle bande dessinée que l'on peut lire aisément plusieurs fois.
Sambre, c’est tout d’abord une tragique histoire d’amour pendant la Seconde Révolution Française. On nage en plein romantisme. Le fils d'une famille bourgeoise et rural du XIXème siècle va tomber amoureux d'une jeune vagabonde aux yeux rouges. La famille va tenter de s'opposer à cette union. Le destin également. La famille de Sambre va être très marquée par les événements historiques liés à la Révolution de 1948.
Le premier album date de 1986. Le dernier en date est de 2016, c’est le 7ème volume près de 30 ans après. Sambre a marqué la bd car dans les années 80, la bd n’avait essentiellement qu’une fonction divertissante. Le dessin en noir et blanc avec ce coloris de rouge et ce souci du réalisme donne une superbe impression de jamais vu dans la BD moderne. Une mise en couleur en adéquation avec une histoire d'amour impossible. On est très loin de la ligne claire si chère à de nombreux lecteurs avec ses tons joyeux. Sambre dénote totalement avec des tons sombres et un auteur qui joue avec les ombres et les lumières sans compter sur le rouge et le noir pour faire écho à l’œuvre de Stendhal.
Sambre s’inspire des romans fleuves du XIXème siècle. Le récit se déroule d’ailleurs sur plusieurs années. Il y aura plusieurs générations des membres de la même famille. Le thème sera celui de l’héritage et de la malédiction. Pour la première fois, nous avons également des personnages qui ont une psychologie propre assez approfondie. Sambre a marqué l’histoire de la bande dessinée tel que nous la connaissons.
L’œuvre est axée sur une histoire de famille avec des personnages qui recherchent leurs origines afin de percer le mystère. On va découvrir un romantisme noir et occulte avec toute la complexité du XIXème siècle. Il y a d’ailleurs une forte portée symbolique.
J’ai littéralement adoré cette superbe fresque romantique. Sambre est un véritable monument de la bd ! Des couvertures également magnifiques. Une série culte assurément ! Je suis véritablement rempli d’admiration tant pour le graphisme exceptionnel que pour l’atmosphère dégagée de cette triste histoire d’amour. Une vraie merveille qui se lit comme un roman de Zola.
Note Dessin : 5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.75/5
Depuis plusieurs années, j'achète les yeux fermés les ouvrages de mon compatriote breton, Emmanuel Lepage.
Ses derniers ouvrages Voyage aux îles de la Désolation, La Lune est blanche et Un printemps à Tchernobyl font partie des ouvrages que je lis et surtout que je relis, gage d'une qualité certaine, quasiment tout les ans. Car Emmanuel Lepage, avec le temps, nous offre plus qu'une bande dessinée mais de véritables tableaux à chaque vignette, ce qui se vérifie avec le présent album.
Avec " les voyages d'Ulysse", c'est une véritable invitation au voyage, au sens de Baudelaire, que nous offre Lepage. Finies les aventures autobiographiques ici, mais place aux aventures de Toulet, un des personnage aperçus dans "Les Voyages d'Anna", paru il y a plusieurs années chez Daniel Maghen (2005)-qui fera l'objet d'une réédition en novembre 2016- . D'ailleurs, je m'interroge sur le choix du nom de Toulet, (non le peintre mais le poète) auteur des "Contrerimes" , aventurier, marin ayant navigué jusqu'à l’extrême Orient, poète et écrivain qui, de Jean d'Ormesson à Jean Dutourd en passant par Jacqueline de Romilly, n'a de cesse de nous rappeler à nous ses souvenirs.
"Les voyages d'Ulysse" nous offrent un formidable voyage maritime mais aussi un merveilleux voyage dans le temps. En mêlant habilement l'Odyssée d'Homère et le parcours de Salomé, Lepage nous livre là un véritable chef d’œuvre aussi bien scénaristique que graphique. En intégrant dans son récit certaines planches de Follet (auteur que j'adore, mais malheureusement trop méconnu), Lepage compose ainsi un album d'une élégance rare : hommage aux textes fondateurs grecs, hommage aux dessinateurs plus âgés (Follet), le tout servi sur un scénario d'une beauté fatale.
Cet album est certainement un des albums incontournables de cette année, aussi bien par son ampleur que pour sa qualité graphique.
Pour l’anecdote, ma fille commence cette année en fac, en lettres modernes à la Sorbonne, et Homère est évidemment au programme. Je compte lui prêter cet album de Lepage, qui ne manque pas de faire référence à Homère, que ce soit au niveau graphique comme à travers les pages de l'Odyssée distillées ici ou là sur les pages de cette bande dessinée.
S'il y a un auteur que j'aime bien et qui ne m'a pour l'instant jamais déçu, c'est bien Cyril Bonin. C'est assez rare pour que je le souligne en ces temps de médiocrité créative dans le domaine de la bd. On retrouve son style si caractéristique avec cette nouvelle oeuvre qui baigne encore dans le fantastique mais pour mieux explorer les relations humaines ou comment on peut construire sa vie en évitant erreur ou accident. C'est encore une fois une leçon assez magistrale.
La machine à remonter dans le temps n'est pourtant pas un sujet très original. Cependant, c'est surtout le traitement qui en est fait qui rend ce récit si particulier. L'élégance du dessin apporte encore une fois une touche magique et presque rétro. Le charme opère. C'est du grand art. Bref, la qualité est au rendez-vous.
A noter qu'il existe un film datant de 2013 qui possède exactement la même trame à savoir Il était temps (About time) avec Domhnall Gleeson et Rachel Mc Adams ou comment rendre sa vie meilleure en trouvant la partenaire idéale. A voir également.
Ne tournons pas autour du pot : ces Voyages d'Ulysse sont un pur chef d'œuvre !
Emmanuel Lepage est un auteur de bandes dessinées, voyageur et un peu aventurier, qui nous a déjà régalé avec le récit de ses navigations dans les mers australes (Voyage aux îles de la Désolation et La Lune est blanche), ainsi que dans les territoires interdits d'Ukraine (Un printemps à Tchernobyl). Ici, il revient à la fiction, et met en images sa version de l'Odyssée.
Un jeune peintre, Jules Toulet, erre sur les rives du Bosphore. Il fait la connaissance de Salomé, capitaine de l'Odysseus qui l'entraîne dans une étrange quête. Il s'agit de retrouver Ammôn Kasacz, un peintre dont la spécialité est la représentation de la Grèce antique, dont on a perdu la trace. Au fil de cette aventure, qui les entraîne à travers la Méditerranée, de Byzance aux Colonnes d'Hercule et d'Alexandrie à Ithaque, Salomé explique peu à peu pourquoi Ammôn Kasacz lui tient tant à cœur.
L'histoire est diablement prenante et se lit d'un trait. Le voyage au présent est entrecoupé de longs flashbacks éclairant le passé de la belle Salomé, femme libérée avant l'heure, éprise de l'Odyssée, grande voyageuse, et véritable héroïne de ce récit. Au final, son destin devient une belle leçon de vie.
L'attrait de cet album tient aussi dans la qualité des dessins, que dis-je des dessins ? des peintures !
Il y a l'immense talent d'Emmanuel Lepage, qui excelle dans la représentation des paysages de Méditerranée, des navires dans la tempête ou de la foule bigarrée des ports. Jules Toulet, le peintre qui voyage pour croquer la nouveauté et l'exotisme sur le vif, est son double de fiction. On sent que Lepage aurait aimé fouler le pont de l'Odysseus et parcourir les rues étroites des ports méditerranées au temps de la navigation à voile.
Mais le coup de génie, c'est de s'être associé avec le très grand René Follet, l'un des plus grand illustrateurs du neuvième art. C'est lui qui prête sa patte inimitable et immédiatement reconnaissable au vieil Ammôn Kasacz, le peintre qui rêve d'odyssées et de mythes antiques.
Le résultat est flamboyant, un ravissement pour les yeux tout au long de 219 planches ! Il n'y en a pas une que l'on n'aimerait pas encadrer…
Comme à leur habitude, les éditions Daniel Maghen se montrent à la hauteur pour donner un écrin digne au travail exceptionnel des auteurs. Un fort beau livre, solidement relié, avec quelques calques qui reproduisent des passages de L'Odyssée d'Homère, et un cahier graphique reproduisant les carnets de Ammôn Kasacz / René Follet.
Je crois que je tiens en mains l'album de l'année !
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Cobra - The space pirate (Space adventure Cobra)
Pour mon 4000ème avis, il me fallait une série exceptionnelle et j'ai choisi Cobra : The Space Pirate. J'avais déjà vu il y a quelques années la série animée et j'avais adoré. C'est donc avec une bonne impression que j'ai lu le manga et j'ai retrouvé les mêmes émotions que lorsque j'ai vu le dessin animé. Tout d'abord j'adore le personnage de Cobra. J'adore son intelligence et la manière avec laquelle il trouve toujours une solution lorsqu'il se retrouve dans le pétrin. Ça peut devenir lassant un héros invincible, mais ça passe parce qu'il est assez drôle et parfois il se fait avoir par un élément imprévu et doit donc improviser un plan et je trouve que c'est intéressant. Il faut dire aussi qu'il est basé sur Belmondo et donc c'est normal qu'il soit sympathique ! En fait, je trouve que les scénarios sont plutôt intelligents vu que Cobra et ses ennemis se servent de leurs cerveaux. Les histoires sont captivantes et j'ai ressenti beaucoup de tension lors des scènes d'action même si je savais que Cobra allait finir par s'en sortir. Si les femmes font du fan service vu qu'elle sont la plupart du temps dans des costumes sexy et qu'elles se déshabillent, elles ne sont pas juste que de simple bimbos qu'on oublie facilement. Certaines font partie des meilleurs personnages de la série et je trouve d'ailleurs que la plupart des personnages sont inoubliables. J'aime particulièrement la relation entre Cobra et son robot qui est une femme. Le dessin est très bon. J'aime ce style et je trouve qu'il est dynamique. L'auteur sait très bien comment créer une atmosphère. Je comprendre que certains trouvent que ce manga est kitch et macho, mais moi je trouve qu'il vieillit bien et que c'est l'un des meilleurs que j'ai lu jusqu'à présent.
Starbuck
Je voulais rédiger une brève critique de Starbuck pour contrebalancer le jugement fort sévère à mon sens des autres critiques. Starbuck est une bédé qui a profondément marqué, voire « hanté » mon enfance. Cet assemblage de Moby Dick, de Jules Vernes et de fantastique tordu m’a fasciné. J’ai cherché longtemps, longtemps chez les bouquinistes à retrouver ces albums si rares… Je viens enfin de les dénicher dans un magnifique coffret dédicacé. Et j’ai donc pu les relire, enfin !, me replonger dans ces sensations étranges et mélangées que me donne cet univers, univers aux personnages attachants mais rempli de périls bizarres, colossaux et angoissants. Alors bien sûr c’est fait pour les pré-ados, mais ça n’empêche pas que les histoires soient puissantes et mémorables. Et c’est d’une imagination si riche, si bizarre, si inattendue. Du Foerster quoi ! Je recommande chaudement. Et oui c’est culte pour moi, donc 5 étoiles.
Les Mange-bitume
Voilà de la SF intelligente, du genre qui questionne le devenir de la société humaine façonnée par le progrès technologique. A n'en pas douter, les auteurs connaissent leurs classiques de la littérature SF et les ont bien digérés. A coté du kitsch (1974 oblige), on trouve pas mal d'éléments visionnaires dans cette BD, elle est notamment la première à traiter du concept de "singularité technologique" (bien avant que celle-ci ne soit popularisée par les romans de Vinge dans les années 80-90 !). Malgré ses défauts (l'anticipation est un genre difficile qui vieillit souvent mal), je pense qu'on peut la qualifier de BD culte.
Underwater - le village immergé
Voici une bien belle découverte, une histoire en deux tomes que l’on débute comme tant d’autres avec l’espoir de passer au moins un bon moment de divertissement et puis, au fur et à mesure on se laisse immerger dans le récit à la fois réel et onirique. Le rythme est lent, on se laisse guider par la douce quiétude qui se dégage qui contraste pourtant avec l’histoire dramatique qui y est contée. Au fil des pages, et à ma grande surprise, les émotions surviennent çà et là pour atteindre leur pic d’intensité lorsque l’on referme chaque volume. Un point négatif toutefois concernant le dessin et notamment certains visages difficiles à différencier. J’ai dû effectuer quelques retours en arrière en première lecture afin d’identifier clairement les personnages. Ceci m’a fait hésiter mais bon, je mets quand même 5/5 tant il est rare que je ressente autant d’émotions à la lecture d’une histoire. Au risque de me répéter, c’est une bien belle découverte.
Les Ogres-Dieux
Je me décide à écrire à un avis car je trouve les notes précédentes vraiment bien trop basses. Or il ne faudrait pas que le lecteur passe à côté de ce petit bijou : c'est bien simple, c'est certainement la meilleure BD que j'ai lue ces dernières années. Le tome 1 notamment, "Petit", est d'une ambition incroyable. Hubert a créé ici un univers formidablement riche, allant même jusqu'à nous raconter la généalogie des Ogres-Dieux entre chaque chapitre: pas avare le Hubert tant il y avait sûrement de quoi produire un tome supplémentaire pour chaque ancêtre. Le noir et blanc de Gatignol est somptueux, ce qui, ajouté au format et à la finition très travaillée de ces ouvrages, fait de chaque petit tome un bijou esthétique. Je suis parfois dubitatif sur le principe des collections tant elles regroupent parfois pépites et banalités mais force est de constater que les trois séries que j'ai lues de la collection Métamorphose (Billy Brouillard, Dans la forêt et donc "Les Ogres-Dieux") sont de franches réussites. Attention chef d'œuvre.
La Loterie
J'avais découvert Miles Hyman avec Le Dahlia noir scénarisé par Matz et David Fincher (d'après le roman de James Ellroy). Véritablement tombé en admiration devant ses planches (même si certains trouvaient ses personnages "figés"), je me suis précipité sur son art-book intitulé "Drawings" édité en 2015 chez Glénat. On pouvait y découvrir de somptueux dessins, d'illustrations de couverture de romans ou d'articles de presse. Un régal ! Avec "La loterie", Miles Hyman adapte une nouvelle de sa grand-mère, Shirley Jackson, qui avait fait scandale à l'époque, en 1948. Ce livre de 140 pages fait une part belle aux formidables dessins de Hyman (avec en moyenne 3 vignettes par planches). Ce qui permet au lecteur d'admirer le travail du dessinateur. Malgré la montée du suspense et la noirceur du récit au fil des pages, on ne peut que saluer la luminosité des planches. Miles Hyman nous offre des gros plans de visages assez percutants et des pleines pages qui permettent au lecteur de prendre son temps, de découvrir cette loterie quasiment en temps réel. Car outre la population du village, le temps est pour moi un des principaux personnages de cet ouvrage. Je ne vous dévoilerai pas l'enjeu de cette loterie, car cela nuirait au plaisir de cette lecture. Pour ma part, dès avoir lu cet album, j'en ai repris la lecture pour voir quels étaient les signes avant coureurs de cette conclusion. Un dessin formidable, des planches lumineuses sur un scénario étonnant, bref une très belle bande dessinée que l'on peut lire aisément plusieurs fois.
Sambre
Sambre, c’est tout d’abord une tragique histoire d’amour pendant la Seconde Révolution Française. On nage en plein romantisme. Le fils d'une famille bourgeoise et rural du XIXème siècle va tomber amoureux d'une jeune vagabonde aux yeux rouges. La famille va tenter de s'opposer à cette union. Le destin également. La famille de Sambre va être très marquée par les événements historiques liés à la Révolution de 1948. Le premier album date de 1986. Le dernier en date est de 2016, c’est le 7ème volume près de 30 ans après. Sambre a marqué la bd car dans les années 80, la bd n’avait essentiellement qu’une fonction divertissante. Le dessin en noir et blanc avec ce coloris de rouge et ce souci du réalisme donne une superbe impression de jamais vu dans la BD moderne. Une mise en couleur en adéquation avec une histoire d'amour impossible. On est très loin de la ligne claire si chère à de nombreux lecteurs avec ses tons joyeux. Sambre dénote totalement avec des tons sombres et un auteur qui joue avec les ombres et les lumières sans compter sur le rouge et le noir pour faire écho à l’œuvre de Stendhal. Sambre s’inspire des romans fleuves du XIXème siècle. Le récit se déroule d’ailleurs sur plusieurs années. Il y aura plusieurs générations des membres de la même famille. Le thème sera celui de l’héritage et de la malédiction. Pour la première fois, nous avons également des personnages qui ont une psychologie propre assez approfondie. Sambre a marqué l’histoire de la bande dessinée tel que nous la connaissons. L’œuvre est axée sur une histoire de famille avec des personnages qui recherchent leurs origines afin de percer le mystère. On va découvrir un romantisme noir et occulte avec toute la complexité du XIXème siècle. Il y a d’ailleurs une forte portée symbolique. J’ai littéralement adoré cette superbe fresque romantique. Sambre est un véritable monument de la bd ! Des couvertures également magnifiques. Une série culte assurément ! Je suis véritablement rempli d’admiration tant pour le graphisme exceptionnel que pour l’atmosphère dégagée de cette triste histoire d’amour. Une vraie merveille qui se lit comme un roman de Zola. Note Dessin : 5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.75/5
Les Voyages d'Ulysse
Depuis plusieurs années, j'achète les yeux fermés les ouvrages de mon compatriote breton, Emmanuel Lepage. Ses derniers ouvrages Voyage aux îles de la Désolation, La Lune est blanche et Un printemps à Tchernobyl font partie des ouvrages que je lis et surtout que je relis, gage d'une qualité certaine, quasiment tout les ans. Car Emmanuel Lepage, avec le temps, nous offre plus qu'une bande dessinée mais de véritables tableaux à chaque vignette, ce qui se vérifie avec le présent album. Avec " les voyages d'Ulysse", c'est une véritable invitation au voyage, au sens de Baudelaire, que nous offre Lepage. Finies les aventures autobiographiques ici, mais place aux aventures de Toulet, un des personnage aperçus dans "Les Voyages d'Anna", paru il y a plusieurs années chez Daniel Maghen (2005)-qui fera l'objet d'une réédition en novembre 2016- . D'ailleurs, je m'interroge sur le choix du nom de Toulet, (non le peintre mais le poète) auteur des "Contrerimes" , aventurier, marin ayant navigué jusqu'à l’extrême Orient, poète et écrivain qui, de Jean d'Ormesson à Jean Dutourd en passant par Jacqueline de Romilly, n'a de cesse de nous rappeler à nous ses souvenirs. "Les voyages d'Ulysse" nous offrent un formidable voyage maritime mais aussi un merveilleux voyage dans le temps. En mêlant habilement l'Odyssée d'Homère et le parcours de Salomé, Lepage nous livre là un véritable chef d’œuvre aussi bien scénaristique que graphique. En intégrant dans son récit certaines planches de Follet (auteur que j'adore, mais malheureusement trop méconnu), Lepage compose ainsi un album d'une élégance rare : hommage aux textes fondateurs grecs, hommage aux dessinateurs plus âgés (Follet), le tout servi sur un scénario d'une beauté fatale. Cet album est certainement un des albums incontournables de cette année, aussi bien par son ampleur que pour sa qualité graphique. Pour l’anecdote, ma fille commence cette année en fac, en lettres modernes à la Sorbonne, et Homère est évidemment au programme. Je compte lui prêter cet album de Lepage, qui ne manque pas de faire référence à Homère, que ce soit au niveau graphique comme à travers les pages de l'Odyssée distillées ici ou là sur les pages de cette bande dessinée.
The Time Before
S'il y a un auteur que j'aime bien et qui ne m'a pour l'instant jamais déçu, c'est bien Cyril Bonin. C'est assez rare pour que je le souligne en ces temps de médiocrité créative dans le domaine de la bd. On retrouve son style si caractéristique avec cette nouvelle oeuvre qui baigne encore dans le fantastique mais pour mieux explorer les relations humaines ou comment on peut construire sa vie en évitant erreur ou accident. C'est encore une fois une leçon assez magistrale. La machine à remonter dans le temps n'est pourtant pas un sujet très original. Cependant, c'est surtout le traitement qui en est fait qui rend ce récit si particulier. L'élégance du dessin apporte encore une fois une touche magique et presque rétro. Le charme opère. C'est du grand art. Bref, la qualité est au rendez-vous. A noter qu'il existe un film datant de 2013 qui possède exactement la même trame à savoir Il était temps (About time) avec Domhnall Gleeson et Rachel Mc Adams ou comment rendre sa vie meilleure en trouvant la partenaire idéale. A voir également.
Les Voyages d'Ulysse
Ne tournons pas autour du pot : ces Voyages d'Ulysse sont un pur chef d'œuvre ! Emmanuel Lepage est un auteur de bandes dessinées, voyageur et un peu aventurier, qui nous a déjà régalé avec le récit de ses navigations dans les mers australes (Voyage aux îles de la Désolation et La Lune est blanche), ainsi que dans les territoires interdits d'Ukraine (Un printemps à Tchernobyl). Ici, il revient à la fiction, et met en images sa version de l'Odyssée. Un jeune peintre, Jules Toulet, erre sur les rives du Bosphore. Il fait la connaissance de Salomé, capitaine de l'Odysseus qui l'entraîne dans une étrange quête. Il s'agit de retrouver Ammôn Kasacz, un peintre dont la spécialité est la représentation de la Grèce antique, dont on a perdu la trace. Au fil de cette aventure, qui les entraîne à travers la Méditerranée, de Byzance aux Colonnes d'Hercule et d'Alexandrie à Ithaque, Salomé explique peu à peu pourquoi Ammôn Kasacz lui tient tant à cœur. L'histoire est diablement prenante et se lit d'un trait. Le voyage au présent est entrecoupé de longs flashbacks éclairant le passé de la belle Salomé, femme libérée avant l'heure, éprise de l'Odyssée, grande voyageuse, et véritable héroïne de ce récit. Au final, son destin devient une belle leçon de vie. L'attrait de cet album tient aussi dans la qualité des dessins, que dis-je des dessins ? des peintures ! Il y a l'immense talent d'Emmanuel Lepage, qui excelle dans la représentation des paysages de Méditerranée, des navires dans la tempête ou de la foule bigarrée des ports. Jules Toulet, le peintre qui voyage pour croquer la nouveauté et l'exotisme sur le vif, est son double de fiction. On sent que Lepage aurait aimé fouler le pont de l'Odysseus et parcourir les rues étroites des ports méditerranées au temps de la navigation à voile. Mais le coup de génie, c'est de s'être associé avec le très grand René Follet, l'un des plus grand illustrateurs du neuvième art. C'est lui qui prête sa patte inimitable et immédiatement reconnaissable au vieil Ammôn Kasacz, le peintre qui rêve d'odyssées et de mythes antiques. Le résultat est flamboyant, un ravissement pour les yeux tout au long de 219 planches ! Il n'y en a pas une que l'on n'aimerait pas encadrer… Comme à leur habitude, les éditions Daniel Maghen se montrent à la hauteur pour donner un écrin digne au travail exceptionnel des auteurs. Un fort beau livre, solidement relié, avec quelques calques qui reproduisent des passages de L'Odyssée d'Homère, et un cahier graphique reproduisant les carnets de Ammôn Kasacz / René Follet. Je crois que je tiens en mains l'album de l'année !