Le western, pour être parfaitement honnête, ne m'intéressait que très modérément auparavant. Il a fallu que je lorgne du côté des grands classiques de la bd franco-belge pour que naisse chez moi une vraie passion enthousiaste pour ce genre. Blueberry reste à mes yeux le modèle mondial et absolu, mais Comanche le talonne de très très près.
Comanche narre un far-west en pleine transition, à bascule entre l'ancien et le nouveau monde. La conquête de l'Ouest par les colons européens venus d'au-delà du Mississipi bat son plein avec le gouvernement américain pour chef d'orchestre. A côté des chemins de fer qui commencent à zébrer le paysage, les villes poussent comme des champignons. L'une d'entre elles, Greenstone Falls, voit l'arrivée d'un cow-boy pas comme les autres, Red Dust.
La série est centrée sur Red Dust et le ranch convoité, le Triple Six (666), qu'il tient en compagnie d'acolytes de circonstance. Comanche, Clem Cheveux Fous, Toby Face-Sombre, Ten Gallons...des surnoms étranges mais une troupe unie plongée dans les tourments d'un monde dur et violent ou le revolver fait la loi.
Tous les tomes sont d'une très grande qualité mais la série devient réellement passionnante à partir du tome trois, en particulier la fusillade nocturne à la fin, magistrale et oppressante, qui parvient à nous happer complètement. Le tome suivant jusqu'à la mort de Reeves est du même tonneau, elle est un superbe chef d'oeuvre ou l'on touche au sublime. Ce qui vient ensuite met en exergue les différentes évolutions des protagonistes et de l'environnement : Greenstone Falls s'agrandit, le cow-boy se range et devient shérif, Comanche s'embourgeoise. cette bd sous bien des aspects peut être perçue comme une sorte de fresque historique exposant la transfiguration de l'Ouest, ou comment un lieu sauvage et aride mute en civilisation moderne.
La réalité du Grand Ouest n'est pas enjolivée et c'est un parti pris que j'ai beaucoup apprécié de la part de Greg et d'Hermann. Ici nous sommes loin de l'univers rigolo d'un Lucky Luke : Tout se règle dans le sang, les règlements de compte trouvent leur épilogue dans la boue et l'obscurité d'un coin sordide, et les destinées personnelles s'achèvent la plupart du temps sur une note tragique. Assurément c'est ce qu'il y a à retenir de ce Grand Ouest dans Comanche : la violence. Une violence permanente, une violente ostentatoire, étouffante.
Je pose bien évidemment le cachet d"oeuvre culte" à cette magnifique bande dessinée. C'est un plaisir de suivre ce Red Dust, à califourchon sur son canasson, pourchassant entre les mesas ensoleillées les pires ordures qui peuplent les Etats-Unis et c'est un plaisir spécial du 9ème art que de pouvoir porter témoignage sur cette époque incroyable où le croisement de populations hétérogènes pouvait faire qu'un rouquin, une femme, un Cheyenne, un blondinet, un moricaud et un vieillard pêchu tissent des liens d'amitié et combattent ensemble les maîtres du crime.
Quand on se visualise mentalement la Guerre de Trente Ans, l'image d'asiatiques en armure virevoltant aux côtés des belligérants lors de batailles rangées n'est pas celle qui nous vient immédiatement à l'esprit. c'est pourtant avec cette anecdote historiquement vérifiable que l'auteur d'Issak (2 tomes sortis) va fonder son concept de base, particulièrement original et captivant.
Il faut dire que la Guerre de Trente Ans n'est pas le cadre historique le plus répandu dans le petit monde du manga, plus habitué à l'Europe médiévale, l'Epoque d'Edo, le Japon contemporain, ou alors des oeuvres prospectives et futuristes en tous genres. Ce choix m'a plu d'autant plus que je ne maîtrise cette période que très vaguement; en plus d'être un vrai plaisir de lecture, ces deux premiers tomes se sont révélés être un (petit) cours d'histoire.
1620. L'air au-dessus du Saint Empire Romain Germanique est plombé. Plombé par la haine religieuse qui étouffe les coeurs et détruit la raison. Alors que protestants et catholiques se trucident quotidiennement dans des massacres interminables, au sud-ouest, dans la région du Palatinat du Rhin, la petit-fille d'un forgeron va être sauvée d'un viol par un vagabond armé d'un mousquet, un asiatique qui a fuit son Japon natal pour se mettre aux service des forces protestantes. Cet acte héroïque va désormais lier la jeune roturière et le guerrier nippon, et ils vont poursuivre ensemble un chemin parcouru de rivières de sang et de cadavres désarticulés au beau milieu d'un empire à l'agonie.
Je n'ai aucune idée du nombre de tomes encore à paraître, mais les deux premiers auront largement suffit à m'enthousiasmer pour cette superbe série. Magnifié par une illustration que je trouve splendide, avec un trait fin et délicat tout en étant percutant dans sa transcription de l'horreur, le manga tisse une intrigue simple mais haletante ou les desseins personnels se mêlent à la cause commune. Les batailles sont monumentales et immersives : les armures, les vêtements, les canons, les charges de cavalerie...on se croirait réellement dans le feu de l'action, soufflé d'admiration comme tous les autres soldats devant les exploits et la ruse du sniper-mercenaire venu du Japon : il y a pas à dire, le type à la classe !
En un mot comme en cent, je suis conquis. Une fresque homérique violente, une rencontre entre l'Orient et l'Occident passionnante et fructueuse.
A chaque lecture d'un Guillaume Sorel, je suis pris d'une émotion indescriptible pour le pur bonheur visuel que ses œuvres m’apportent.
Ils sont si peu les dessinateurs à prendre la peine de fournir du lourd graphiquement, et surtout, d'en être aussi capable ...
Scénario thriller et fantastique sur fond d'histoire d'amour et de décalage temporel, bien mené, mais moins convainquant que l’inouï graphisme de cette BD. Ce qui m'a fait hésiter à mettre 4 *.
Mais devant une telle splendeur graphique, je ne peux humainement retirer ce 5 *.
Et à peine lue, je crois que je vais courir la relire ...
Cette BD rappelle la série X-Files dont j’étais un grand fan entre le polar et le fantastique teinté d’ésotérisme. J’ai aimé d’emblée cet univers. Comment ne pas frémir devant les terribles Stryges? C’est angoissant et très bien ficelé au niveau de l’intrigue. Très vite, cette série s’est imposée parmi mes préférées et je n’ai pas eu de mal à acquérir toutes les autres séries dérivées émanant de l’univers des Stryges à l'exception d'Asphodèle. Encore aujourd’hui, j’éprouve beaucoup de plaisir à la lecture. Il y a tout ce que j’aime dans la bande dessinée. Je dois être certainement le cœur de la cible visée parmi les lecteurs.
Cependant, il est très dommage qu’en cours de série, le format de la BD a évolué au mépris des fidèles acheteurs qui avaient commencé par un format plus petit. Delcourt ne respecte pas ses fidèles lecteurs ! C’est vraiment caractéristique de cet éditeur ! De plus, les couvertures originales sont bien moins attractives que les nouvelles. Que dire également des tranches qui ont complètement évolué ! Nous avons ici « la totale » de ce qui peut être désagréable pour un collectionneur de bd. Mais il est vrai que selon Delcourt, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse avec comme leitmotiv "il faut respecter l’œuvre de l’auteur". J'ai éprouvé un peu de regret mais je ne pouvais me permettre de tout racheter à nouveau.
Cette BD demeure toutefois indispensable dans toute collection de BD qui se respecte. Je considère le scénariste Corbeyran comme le meilleur de sa génération. C'est véritablement du grand art ! J'ai toutefois attendu la fin de la saison 2 pour décerner la note maximale à cette série. C'est tout simplement magistral dans le dénouement. Alors que les séries dérivées ont véritablement eu du mal à se conclure, voilà que le Chant des Stryges parvient à se bonifier. Une très belle réussite qui parvient à nous tenir en haleine !
La saison 3 se déroule 7 ans après les faits du remarquable tome 12 qui nous dévoile l'identité du fameux Sandor Weltman. Il était difficile d'assurer la relève pour relancer l'intrigue. Pourtant, le 13ème tome y parvient en introduisant une nouvelle problématique ainsi qu'un nouveau personnage assez psychopathe.
Le 14ème tome va encore aller plus loin avec des scènes qui font froid dans le dos. On sent bien que c'est la dernière ligne droite avant le final général de toute une saga fantastique qui a réussi le pari de la cohérence.
Au 15ème tome, on se rend compte qu'un personnage féminin introduit à la fin du précédent a totalement disparu des écrans sans en connaître la raison. Cela m'a chiffonné sur toute la lecture de cet album qui marque des retrouvailles mais qui est surtout l'occasion de faire une petite pause dans l'intrigue.
Le 16ème tome voit la disparition d'un personnage central qu'on avait plaisir à suivre notamment dans les séries dérivées de cet univers.
Le 17ème tome se termine de manière un peu abrupte. On se demande comment le scénariste va faire pour le dernier tome de la série qui va clôturer cette saga des Stryges. C'est un défi colossal à relever. S'il y parvient, la note culte sera bien justifiée.
Le dernier tome confirme le talent de l'auteur qui met un terme à cette saga commencée il y a près de 20 ans. Nul doute qu'elle aura un peu marqué le monde de la bande dessinée moderne c'est à dire celle du XXIème siècle. Il y a certes eu des hauts et des bas mais au final une belle aventure.
Note Dessin : 4.25/5 – Note Scénario : 4.75/5 – Note Globale : 4.5/5
Bourgeon a réalisé en solo trois séries superbes, que j’adore, et que j’ai relues de multiples fois. Et ce dans des univers très différents, avec la SF pour Le Cycle de Cyann, l’aventure maritime du XVIIIème siècle avec Les Passagers du vent, et donc du médiéval fantastique avec « Les compagnons du crépuscule ».
De ces trois séries, « Les compagnons du crépuscule » est sans conteste celle qui est la moins facile à appréhender, qui nécessite le plus d’efforts pour entrer – et rester ! – dedans. D’abord parce que le texte est très abondant, très riche et dense, mais aussi parce que certaines parties de l’intrigue sont un peu plus obscures : c’est avant tout le cas du deuxième album, clairement le plus complexe, avec certains passages peut-être moins fluides – et jouant davantage sur le fantastique, la poésie, l’imaginaire.
Mais, si vous vous accrochez, vous découvrirez une histoire à la fois riche et belle, prenante, que j’aime en tout cas beaucoup.
Comme pour toutes ses productions, Bourgeon s’est documenté, et cela se voit. Dans les dialogues d’abord, abondants et riches, comme signalé plus haut, mais aussi remplis de termes moyenâgeux (cette force est aussi une des difficultés déjà signalées).
En plus des dialogues, ce sont les décors qui font « que l’on s’y croit ». En effet, que ce soit les habits, les habitations (ville et châteaux), mais aussi les paysages, le dessin de Bourgeon est très bon et très beau, et en plus est très crédible. C’est une belle reconstitution de l’Europe de ces temps troublés.
En cela le dernier tome (deux fois plus épais que les précédents avec près de 130 pages !) est vraiment superbe, alliant un scénario aux petits oignons à un dessin franchement très bon.
Ajoutons que, fidèle à son habitude, Bourgeon a su créer des personnages féminins très forts - et très beaux (dans tous les sens du terme d'ailleurs), comme Mariotte.
C'est une série exigeante, mais que je vous encourage à découvrir si ce n’est pas déjà fait !
Je suis très rarement en total désaccord avec le précédent aviseur de manière générale. Pour autant, cela sera bien le cas en l’espèce sur cette œuvre que j’ai pour ma part assez bien aimé.
En effet, j’ai toujours voulu connaître comment un inspecteur du guide Michelin s’y prenait pour noter un restaurant gastronomique selon des critères assez précis. On est véritablement dans les coulisses de l’institution défendant la gastronomie nationale pour découvrir tous leurs petits secrets et méthodes d’investigation au travers d’Emma.
Il faut dire qu’elle est la première inspectrice dans ce milieu très macho où les hommes avaient toutes leurs places parce qu’ils pouvaient sacrifier leur vie personnelle. En tout cas, c’est l’excuse qui est donnée. Il est clair qu’une femme a également le droit de faire le métier qu’elle aime en mettant une croix sur homme et enfant à la maison. C’est également cela l’égalité des sexes.
Il faut savoir que c’est un métier où l’on se déplace de ville en ville dans des zones assez éloignées de Paris et sa région. Il faut sillonner toute la France sur des routes de campagne limitées à 80 km à l’heure. On ne peut que déjeuner deux fois par jour et c’est souvent assez copieux. Le reste du temps est occupé par la rédaction des rapports qui peuvent prendre une bonne partie de la soirée dans une chambre d’hôtel.
On apprendra également la grande confidentialité de cette profession. Gare si on perd sa carte professionnelle car on risque la faute et le licenciement. Par ailleurs, il ne faut rien laisser de visible dans sa voiture ou dans sa chambre d’hôtel (par exemple une carte routière). Il faut passer incognito en réservant pour deux personnes et finalement en se déplaçant seul en prétextant que le conjoint a eu un empêchement de dernière minute.
Emma va également faire un voyage au Japon où elle découvrira une cuisine beaucoup moins riche et calorique que la nôtre ce qu’elle apprécie fort bien pour maintenir sa ligne. J’ai beaucoup aimé sur la philosophie de ses restaurants prêts à tout pour gagner une étoile quitte à perdre leur âme. On découvrira également la vraie cuisine de cœur au travers d’enseignes pourtant moins prestigieuses mais qui valent le coup de fourchette.
Lorsqu’arrive la fin, on regrette déjà de laisser Emma. On aimerait bien savoir si elle a pu maintenir sa relation avec son copain qu’elle voyait de moins en moins souvent. On sait bien qu’elle ne se faisait guère d’illusion en acceptant ce job pas comme les autres. Derrière le rêve, il y a également toutes les contraintes…
Note maximale car j'ai vraiment aimé.
Avant tout, justification de la note : 5/5 dans le sens où ce manga est effectivement culte, véritable pierre angulaire du cyberpunk japonais, comme peut l'être Akira qui lui déroule aussi sur d'autres terrains.
Là, on y est, c'est mad max, les coupes iroquoises, la violence comme quotidien, les loques en guise de tenue et le sable aux portes de la cité.
Extravagant, les combats sont certes surréalistes mais surtout subjugants. Et le trait du mangaka ne fait que monter crescendo en virtuosité pour offrir des scènes d'action incroyablement détaillées et parfaitement lisibles. Petit plus, les annotations scientifiques apportent une touche de rationalisme dans ce maelstrom de démence.
Ensuite, les personnages. Les caractères s'accumulent, au look, background et personnalités bien propres. Même les bad guys (peut-on vraiment les appeler ainsi au vu de la moralité moyenne du reste de la population ?) acquièrent une aura justifiant (en partie) leurs actes. Et au-dessus de tout, Gally, insaisissable même pour le lecteur : tour à tour ange, démon, petit coeur, spectatrice, moralisatrice, enfantine, inquiétante... Gally peut devenir un adjectif en lui-même.
Le début est assez balisé (bien que déjà dans le haut du panier par rapport au genre de l'époque), l'arc du roller ball tourne assez en rond mais la suite est dantesque. Autre bon point, les intrigues s'accumulent mais trouvent (presque) toutes leur conclusion dans cette série plutôt courte (9 tomes).
Donc, dessin, scénario, personnages, originalité : ràs, lisez-le. Enfin, si vous aimez les mangas et que la violence graphique ne vous rebute pas.
Pour tous ceux ayant lu du Picsou à longueur de temps, voici un chef d'oeuvre de Rosa révélant toutes les questions que l'on peut se poser : ses ancêtres, le sou fétiche, sa tenue mythique, le Klondique etc. Tant de choses qui allaient simplement de soi prennent ici vie.
Le tragique et le comique s'enlacent dans les cases fourmillant de détails.
Oui culte car surpassant toutes les autres aventures du plus riche des canards.
"Le Château des étoiles", voilà une histoire que Jules Verne aurait certainement très appréciée, lui qui a émerveillé bon nombre de petits et grands avec ses récits imaginaires décomplexés. Une sorte de Voyage au centre de la Terre inversée, direction la conquête de l’espace au moyen de cette substance qu’on appelle l’éther et dont serait composé le vide spatial et qu’une grande majorité de scientifiques du XIXème siècle croyaient réelle. Partir du principe que dans cette époque de révolution industrielle on découvre l’existence de l’éther et que des nations colonisatrices telles que la Prusse de Bismarck vont tenter de s'approprier cette découverte, c’est le parti pris de cette nouvelle grande aventure signée Alex Alice.
Une histoire qui n’est pas tout à fait ce qu’on peut nommer comme une uchronie car Alice s’amuse à incorporer à son récit fictif des éléments historiques véridiques ainsi que des personnages ayant bien existé. Ainsi on verra apparaître furtivement le compositeur Richard Wagner, l’architecte royal Christian Jank chargé de réaliser la structure de l’astronef, Élisabeth « Sissi » impératrice d’Autriche, et dans un rôle de premier plan le roi Ludwig de Bavière. La passion de ce dernier pour les contes et le mythe du Graal et des chevaliers de la table ronde sont tout à fait authentiques. De même que le château où se déroule la grande majorité de l’intrigue n’est ni plus ni moins que le château de Neuschwanstein qui est un des mes préférés dans le monde. Il est majestueusement dépeint ici aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Quel talent de la part de l’auteur ! Il sait comment vendre du rêve (plus que celui de Disneyland qui est lui aussi inspiré de Neuschwanstein pour la petite anecdote).
Pour en revenir à la BD, on peut dire que j’ai pris mon pied pour faire court. Pour la version longue, j’ai trouvé cette BD très intéressante également pour les lecteurs fans d’Alex Alice. On arrive à déceler des points communs dans chacune de ses œuvres. Je soupçonne Alice d’avoir un gros faible pour les jolies rousses, après Elisabeth d’Elsénor dans Le Troisième Testament et la Walkyrie dans Siegfried, c’est la ravissante Sophie qui reprend le flambeau. C’est même un combo de rouquine si on y ajoute Claire Dulac et Sissi impératrice. D’ailleurs en parlant de Sissi, la ressemblance physique du duo très proche Sissi-Ludwig est quasi similaire à celle du couple la Walkyrie et Siegfried, comme si ces derniers étaient de lointains ascendants aux deux autres. Je ne sais pas si c’est voulu ou non mais je suis très tenté de le croire, c’est très cool et ça apporte une certaine profondeur. C’est comme si les œuvres d’Alice étaient imprégnées d’une continuité, l’histoire comme un éternel recommencement. Même le cadre est identique, la mythologie germanique face à la romantique Bavière.
L’histoire de cet « intégrale 1 » se veut plus qu’introductive car elle fait aussi la part belle à l’action et les complots de couloirs. L’auteur fait monter la pression petit à petit et cela devrait atteindre son point culminant dans le deuxième intégrale. C’est un peu l’équivalent d’un Objectif Lune chez Tintin.
Le dessin est majestueux comme je l’ai dit plus haut, tout en esquisse, on peut utiliser n’importe quel superlatif juste pour dire que c’est du grand art. Alice s’essaye pour la première fois à la couleur directe et je pense qu’on peut dire que le pari est gagné, on en prend plein les mirettes.
Alors, y a-t-il tout de même quelques défauts ? Personnellement rien ne m’a dérangé, si, aller, quelques situations ne paraissent pas très crédibles mais à partir du moment où on envisage la théorie de l’éther comme crédible on fait un peu fi de la crédibilité, place à la magie (ce qui est paradoxal vu que le récit se repose beaucoup sur la science).
Le physique de Hans et son aspect « cartoonesque » peut décontenancer plus d’un lecteur car il apparaît en plus assez tardivement dans l’histoire mais cela ne m’a moi pas dérangé car il apporte une caution humoristique enfantine. Le Nibelung Mime avait déjà un peu le même rôle dans Siegfried avec un rôle plus sarcastique. J’y vois là une volonté de plaire aux enfants car cette série peut tout aussi bien s’adresser à un public adulte (le langage scientifique n’est pas à la porté de tout le monde), ou de grands enfants. L’esprit « julesvernien » est donc respecté.
En attendant les prochaines aventures de Séraphin et ses amis chevaliers de l’éther, je souhaite à ce premier volume de conquérir les étagères des bédéphiles.
Le Château des étoiles – 2ème diptyque – 3ème année Les Chevaliers de Mars !
Les plus impatients peuvent d’ores et déjà embarquer à bord de la suite. Deux mois avant la sortie de la gazette numéro 7, Rue de Sèvres sort un coffret comprenant ladite gazette plus un almanach calendrier de belle facture avec des hommages de grands artistes, plus la maquette du Cygne des étoiles à monter soi-même pour ceux qui ont gardé leur âme d’enfant.
La 2ème année mettait en scène l’alunissage de nos aventuriers, leur exploration et la révélation des mystères de l’astre. La tonalité enfantine du premier livre perdait peu à peu de son innocence pour rentrer davantage dans le mythe arthurien avec cet émouvant adieu du roi Ludwig à Séraphin qui lui fît promettre de partager la connaissance de l’éther pour le bien des peuples, tel le roi Arthur désignant Perceval comme son meilleur disciple et successeur, avant de partir pour Avalon d’où il ne revint jamais. Et ainsi une fois revenu sur Terre, ce deuxième chapitre se concluait sur un formidable message d’espoir, de tolérance et d’appel à la fraternité entre les peuples.
Si je lui trouvais des allures d’Objectif Lune au tout début de l'aventure, Les Chevaliers de Mars débute sous des auspices dignes de L’Île Noire. L'intrigue prend pour cadre celui d’une Bretagne idyllique et campagnarde avec beaucoup de dessins représentants Océan, phare, plage, village typique du coin… dans une ambiance inquiétante où les personnages cherchent à se faire peur. Il se murmure de sombres rumeurs dans les tavernes parmi les pedzouilles mal débourrés dont certains auraient aperçu un albatros monstrueusement géant (ces derniers n’ayant jamais entendu parler de l’éthernef). Et lorsque se ne sont pas ces béotiens, c’est cet indécrottable trouillard d’Hans qui s’y colle, croyant dur comme fer à ces légendes celtes.
Au premier plan, nos champions vont être forcés de sortir de leur retraite : le père de Séraphin a disparu, ses modèles paternels disparaissent les uns après les autres, et le doute commence à s’installer dans son esprit, d’autant plus que les relations avec ses frères chevaliers n’est pas au beau-fixe. Le temps joue contre eux car si la publication des plans de l’éthernef a permis dans un premier temps de couper l’herbe sous le pied de Bismark, ce vampire assoiffé de conquête et qui s’imagine bien tel le dieu de la guerre, n’a pas dit son dernier mot et Mars pourrait bien être la clé de voûte ouvrant la voie à la conquête de toute la galaxie !
Admiratif des graphismes des deux premiers tomes, la suite demeure du même tonneau. Alex Alice nous offre des compositions qui laissent d’abord médusé puis rêveur : il n’y a pas de mot pour décrire le fog londonien et ce plan sur Big Ben en contre-plongée, ou cette vision fantasmagorique de Mars la rouge surplombant cette petite île de Bretagne entourée d’une eau bleue sombre où nos héros se sont installés.
Grand enfant ou vieil amateur nostalgique d’Edgar Rice Burroughs, Les Chevaliers de Mars constitue un événement à suivre et à ne surtout pas manquer.
Mise à jour 04/07/20184ème année - Fin du deuxième diptyque
Le Château des étoiles, 2ème diptyque, gazette n°12, c'est déjà fini ! Que le temps passe... on ne voit pas nos héros Séraphin, Sophie et Hans grandirent et pourtant il y a de légères nuances dans les traits faciaux, un brin plus adolescent, moins enfantins qu'aux débuts... et que d'aventures parcourus, que de dangers mortels évités !
Ces Chevaliers de Mars a tenu toutes ses promesses, c'était digne du grand Edgar Rice Burroughs. Alex Alice délaisse dans sa deuxième partie l'action pour davantage d'exploration mais comme encore 12 gazettes sont prévus à la programmation, un petit temps peut faire du bien. Je retiens surtout l'aspect graphique parce que c'est... whoua, il n'y a juste pas de mot pour décrire ces visuels époustouflants en grand format. C'est du niveau Miyazaki quoi. Avec cette série Alice rentre dans la cour des grands, des très grands (il y était déjà selon moi mais là, il n'y a plus de doute possible).
Désormais, la guerre des mondes est déclarée. Vivement la suite !
Larcenet fait aujourd'hui figure d'autorité dans le paysage de la BD française, avec des sorties d'albums toujours plus remarquées, des critiques élogieuses et une omniprésence dans les ventes, les articles et les festivals. C'est un monstre de la BD, et à ce titre j'essaye de rester encore plus neutre lorsque j'en parle. Il est beaucoup trop facile de tomber dans les louanges faciles quand on aime quasiment tout de l'auteur.
Pourtant, le rapport de Brodeck m'a happé à nouveau. Comme tout les autres ouvrages de l'auteur. Implacablement.
Je ne pourrais pas dire grand chose que les autres avis n'ont déjà soulignés. Tout est bon, du dessin à l'histoire, les cadrages, les partis pris et les représentations, ce qui s'en dégage ... Tout ! Rien ne semble laissé au hasard, et j'ai une envie de le relire alors même que je rédige cet avis. Mais je crois qu'il faut prendre le temps pour le lire, parce que cette œuvre est dense et noire. Très noire. Pas seulement au niveau du trait.
C'est ici l'humanité dans toute son horreur à laquelle on assiste. Et ça n'est vraiment pas beau. D'ailleurs Larcenet renforce cette horreur par la contemplation de la nature qui environne ce village. Une nature qui gagne toujours à la fin, recouvrant tout, les crimes et l'horreur. Des thèmes chers à l'auteur et qu'on retrouve dans bon nombre d’œuvres.
Larcenet signe ici un chef-d’œuvre (et je ne pourrais dire si c'est SON chef-d’œuvre, tant les autres me semblent légitimes à concourir aussi), et l'adaptation est une réussite à tout point. Je n'ai nul envie de lire le livre, convaincu que je n'en tirerais rien de plus. La BD est suffisante à elle-même sur tout. Elle n'appelle nulle lecture supplémentaire.
Je m'arrêterais ici, en suggérant simplement la lecture de cet œuvre. Elle est traversée d'une noirceur et d'une fatalité, mais elle marque. Larcenet à plus que réussi son coup, et prouve encore une fois la mesure de son talent. Un monstre sacré, cet auteur.
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Le western, pour être parfaitement honnête, ne m'intéressait que très modérément auparavant. Il a fallu que je lorgne du côté des grands classiques de la bd franco-belge pour que naisse chez moi une vraie passion enthousiaste pour ce genre. Blueberry reste à mes yeux le modèle mondial et absolu, mais Comanche le talonne de très très près. Comanche narre un far-west en pleine transition, à bascule entre l'ancien et le nouveau monde. La conquête de l'Ouest par les colons européens venus d'au-delà du Mississipi bat son plein avec le gouvernement américain pour chef d'orchestre. A côté des chemins de fer qui commencent à zébrer le paysage, les villes poussent comme des champignons. L'une d'entre elles, Greenstone Falls, voit l'arrivée d'un cow-boy pas comme les autres, Red Dust. La série est centrée sur Red Dust et le ranch convoité, le Triple Six (666), qu'il tient en compagnie d'acolytes de circonstance. Comanche, Clem Cheveux Fous, Toby Face-Sombre, Ten Gallons...des surnoms étranges mais une troupe unie plongée dans les tourments d'un monde dur et violent ou le revolver fait la loi. Tous les tomes sont d'une très grande qualité mais la série devient réellement passionnante à partir du tome trois, en particulier la fusillade nocturne à la fin, magistrale et oppressante, qui parvient à nous happer complètement. Le tome suivant jusqu'à la mort de Reeves est du même tonneau, elle est un superbe chef d'oeuvre ou l'on touche au sublime. Ce qui vient ensuite met en exergue les différentes évolutions des protagonistes et de l'environnement : Greenstone Falls s'agrandit, le cow-boy se range et devient shérif, Comanche s'embourgeoise. cette bd sous bien des aspects peut être perçue comme une sorte de fresque historique exposant la transfiguration de l'Ouest, ou comment un lieu sauvage et aride mute en civilisation moderne. La réalité du Grand Ouest n'est pas enjolivée et c'est un parti pris que j'ai beaucoup apprécié de la part de Greg et d'Hermann. Ici nous sommes loin de l'univers rigolo d'un Lucky Luke : Tout se règle dans le sang, les règlements de compte trouvent leur épilogue dans la boue et l'obscurité d'un coin sordide, et les destinées personnelles s'achèvent la plupart du temps sur une note tragique. Assurément c'est ce qu'il y a à retenir de ce Grand Ouest dans Comanche : la violence. Une violence permanente, une violente ostentatoire, étouffante. Je pose bien évidemment le cachet d"oeuvre culte" à cette magnifique bande dessinée. C'est un plaisir de suivre ce Red Dust, à califourchon sur son canasson, pourchassant entre les mesas ensoleillées les pires ordures qui peuplent les Etats-Unis et c'est un plaisir spécial du 9ème art que de pouvoir porter témoignage sur cette époque incroyable où le croisement de populations hétérogènes pouvait faire qu'un rouquin, une femme, un Cheyenne, un blondinet, un moricaud et un vieillard pêchu tissent des liens d'amitié et combattent ensemble les maîtres du crime.
Issak
Quand on se visualise mentalement la Guerre de Trente Ans, l'image d'asiatiques en armure virevoltant aux côtés des belligérants lors de batailles rangées n'est pas celle qui nous vient immédiatement à l'esprit. c'est pourtant avec cette anecdote historiquement vérifiable que l'auteur d'Issak (2 tomes sortis) va fonder son concept de base, particulièrement original et captivant. Il faut dire que la Guerre de Trente Ans n'est pas le cadre historique le plus répandu dans le petit monde du manga, plus habitué à l'Europe médiévale, l'Epoque d'Edo, le Japon contemporain, ou alors des oeuvres prospectives et futuristes en tous genres. Ce choix m'a plu d'autant plus que je ne maîtrise cette période que très vaguement; en plus d'être un vrai plaisir de lecture, ces deux premiers tomes se sont révélés être un (petit) cours d'histoire. 1620. L'air au-dessus du Saint Empire Romain Germanique est plombé. Plombé par la haine religieuse qui étouffe les coeurs et détruit la raison. Alors que protestants et catholiques se trucident quotidiennement dans des massacres interminables, au sud-ouest, dans la région du Palatinat du Rhin, la petit-fille d'un forgeron va être sauvée d'un viol par un vagabond armé d'un mousquet, un asiatique qui a fuit son Japon natal pour se mettre aux service des forces protestantes. Cet acte héroïque va désormais lier la jeune roturière et le guerrier nippon, et ils vont poursuivre ensemble un chemin parcouru de rivières de sang et de cadavres désarticulés au beau milieu d'un empire à l'agonie. Je n'ai aucune idée du nombre de tomes encore à paraître, mais les deux premiers auront largement suffit à m'enthousiasmer pour cette superbe série. Magnifié par une illustration que je trouve splendide, avec un trait fin et délicat tout en étant percutant dans sa transcription de l'horreur, le manga tisse une intrigue simple mais haletante ou les desseins personnels se mêlent à la cause commune. Les batailles sont monumentales et immersives : les armures, les vêtements, les canons, les charges de cavalerie...on se croirait réellement dans le feu de l'action, soufflé d'admiration comme tous les autres soldats devant les exploits et la ruse du sniper-mercenaire venu du Japon : il y a pas à dire, le type à la classe ! En un mot comme en cent, je suis conquis. Une fresque homérique violente, une rencontre entre l'Orient et l'Occident passionnante et fructueuse.
Bluebells wood
A chaque lecture d'un Guillaume Sorel, je suis pris d'une émotion indescriptible pour le pur bonheur visuel que ses œuvres m’apportent. Ils sont si peu les dessinateurs à prendre la peine de fournir du lourd graphiquement, et surtout, d'en être aussi capable ... Scénario thriller et fantastique sur fond d'histoire d'amour et de décalage temporel, bien mené, mais moins convainquant que l’inouï graphisme de cette BD. Ce qui m'a fait hésiter à mettre 4 *. Mais devant une telle splendeur graphique, je ne peux humainement retirer ce 5 *. Et à peine lue, je crois que je vais courir la relire ...
Le Chant des Stryges
Cette BD rappelle la série X-Files dont j’étais un grand fan entre le polar et le fantastique teinté d’ésotérisme. J’ai aimé d’emblée cet univers. Comment ne pas frémir devant les terribles Stryges? C’est angoissant et très bien ficelé au niveau de l’intrigue. Très vite, cette série s’est imposée parmi mes préférées et je n’ai pas eu de mal à acquérir toutes les autres séries dérivées émanant de l’univers des Stryges à l'exception d'Asphodèle. Encore aujourd’hui, j’éprouve beaucoup de plaisir à la lecture. Il y a tout ce que j’aime dans la bande dessinée. Je dois être certainement le cœur de la cible visée parmi les lecteurs. Cependant, il est très dommage qu’en cours de série, le format de la BD a évolué au mépris des fidèles acheteurs qui avaient commencé par un format plus petit. Delcourt ne respecte pas ses fidèles lecteurs ! C’est vraiment caractéristique de cet éditeur ! De plus, les couvertures originales sont bien moins attractives que les nouvelles. Que dire également des tranches qui ont complètement évolué ! Nous avons ici « la totale » de ce qui peut être désagréable pour un collectionneur de bd. Mais il est vrai que selon Delcourt, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse avec comme leitmotiv "il faut respecter l’œuvre de l’auteur". J'ai éprouvé un peu de regret mais je ne pouvais me permettre de tout racheter à nouveau. Cette BD demeure toutefois indispensable dans toute collection de BD qui se respecte. Je considère le scénariste Corbeyran comme le meilleur de sa génération. C'est véritablement du grand art ! J'ai toutefois attendu la fin de la saison 2 pour décerner la note maximale à cette série. C'est tout simplement magistral dans le dénouement. Alors que les séries dérivées ont véritablement eu du mal à se conclure, voilà que le Chant des Stryges parvient à se bonifier. Une très belle réussite qui parvient à nous tenir en haleine ! La saison 3 se déroule 7 ans après les faits du remarquable tome 12 qui nous dévoile l'identité du fameux Sandor Weltman. Il était difficile d'assurer la relève pour relancer l'intrigue. Pourtant, le 13ème tome y parvient en introduisant une nouvelle problématique ainsi qu'un nouveau personnage assez psychopathe. Le 14ème tome va encore aller plus loin avec des scènes qui font froid dans le dos. On sent bien que c'est la dernière ligne droite avant le final général de toute une saga fantastique qui a réussi le pari de la cohérence. Au 15ème tome, on se rend compte qu'un personnage féminin introduit à la fin du précédent a totalement disparu des écrans sans en connaître la raison. Cela m'a chiffonné sur toute la lecture de cet album qui marque des retrouvailles mais qui est surtout l'occasion de faire une petite pause dans l'intrigue. Le 16ème tome voit la disparition d'un personnage central qu'on avait plaisir à suivre notamment dans les séries dérivées de cet univers. Le 17ème tome se termine de manière un peu abrupte. On se demande comment le scénariste va faire pour le dernier tome de la série qui va clôturer cette saga des Stryges. C'est un défi colossal à relever. S'il y parvient, la note culte sera bien justifiée. Le dernier tome confirme le talent de l'auteur qui met un terme à cette saga commencée il y a près de 20 ans. Nul doute qu'elle aura un peu marqué le monde de la bande dessinée moderne c'est à dire celle du XXIème siècle. Il y a certes eu des hauts et des bas mais au final une belle aventure. Note Dessin : 4.25/5 – Note Scénario : 4.75/5 – Note Globale : 4.5/5
Les Compagnons du Crépuscule
Bourgeon a réalisé en solo trois séries superbes, que j’adore, et que j’ai relues de multiples fois. Et ce dans des univers très différents, avec la SF pour Le Cycle de Cyann, l’aventure maritime du XVIIIème siècle avec Les Passagers du vent, et donc du médiéval fantastique avec « Les compagnons du crépuscule ». De ces trois séries, « Les compagnons du crépuscule » est sans conteste celle qui est la moins facile à appréhender, qui nécessite le plus d’efforts pour entrer – et rester ! – dedans. D’abord parce que le texte est très abondant, très riche et dense, mais aussi parce que certaines parties de l’intrigue sont un peu plus obscures : c’est avant tout le cas du deuxième album, clairement le plus complexe, avec certains passages peut-être moins fluides – et jouant davantage sur le fantastique, la poésie, l’imaginaire. Mais, si vous vous accrochez, vous découvrirez une histoire à la fois riche et belle, prenante, que j’aime en tout cas beaucoup. Comme pour toutes ses productions, Bourgeon s’est documenté, et cela se voit. Dans les dialogues d’abord, abondants et riches, comme signalé plus haut, mais aussi remplis de termes moyenâgeux (cette force est aussi une des difficultés déjà signalées). En plus des dialogues, ce sont les décors qui font « que l’on s’y croit ». En effet, que ce soit les habits, les habitations (ville et châteaux), mais aussi les paysages, le dessin de Bourgeon est très bon et très beau, et en plus est très crédible. C’est une belle reconstitution de l’Europe de ces temps troublés. En cela le dernier tome (deux fois plus épais que les précédents avec près de 130 pages !) est vraiment superbe, alliant un scénario aux petits oignons à un dessin franchement très bon. Ajoutons que, fidèle à son habitude, Bourgeon a su créer des personnages féminins très forts - et très beaux (dans tous les sens du terme d'ailleurs), comme Mariotte. C'est une série exigeante, mais que je vous encourage à découvrir si ce n’est pas déjà fait !
Le Goût d'Emma
Je suis très rarement en total désaccord avec le précédent aviseur de manière générale. Pour autant, cela sera bien le cas en l’espèce sur cette œuvre que j’ai pour ma part assez bien aimé. En effet, j’ai toujours voulu connaître comment un inspecteur du guide Michelin s’y prenait pour noter un restaurant gastronomique selon des critères assez précis. On est véritablement dans les coulisses de l’institution défendant la gastronomie nationale pour découvrir tous leurs petits secrets et méthodes d’investigation au travers d’Emma. Il faut dire qu’elle est la première inspectrice dans ce milieu très macho où les hommes avaient toutes leurs places parce qu’ils pouvaient sacrifier leur vie personnelle. En tout cas, c’est l’excuse qui est donnée. Il est clair qu’une femme a également le droit de faire le métier qu’elle aime en mettant une croix sur homme et enfant à la maison. C’est également cela l’égalité des sexes. Il faut savoir que c’est un métier où l’on se déplace de ville en ville dans des zones assez éloignées de Paris et sa région. Il faut sillonner toute la France sur des routes de campagne limitées à 80 km à l’heure. On ne peut que déjeuner deux fois par jour et c’est souvent assez copieux. Le reste du temps est occupé par la rédaction des rapports qui peuvent prendre une bonne partie de la soirée dans une chambre d’hôtel. On apprendra également la grande confidentialité de cette profession. Gare si on perd sa carte professionnelle car on risque la faute et le licenciement. Par ailleurs, il ne faut rien laisser de visible dans sa voiture ou dans sa chambre d’hôtel (par exemple une carte routière). Il faut passer incognito en réservant pour deux personnes et finalement en se déplaçant seul en prétextant que le conjoint a eu un empêchement de dernière minute. Emma va également faire un voyage au Japon où elle découvrira une cuisine beaucoup moins riche et calorique que la nôtre ce qu’elle apprécie fort bien pour maintenir sa ligne. J’ai beaucoup aimé sur la philosophie de ses restaurants prêts à tout pour gagner une étoile quitte à perdre leur âme. On découvrira également la vraie cuisine de cœur au travers d’enseignes pourtant moins prestigieuses mais qui valent le coup de fourchette. Lorsqu’arrive la fin, on regrette déjà de laisser Emma. On aimerait bien savoir si elle a pu maintenir sa relation avec son copain qu’elle voyait de moins en moins souvent. On sait bien qu’elle ne se faisait guère d’illusion en acceptant ce job pas comme les autres. Derrière le rêve, il y a également toutes les contraintes… Note maximale car j'ai vraiment aimé.
Gunnm
Avant tout, justification de la note : 5/5 dans le sens où ce manga est effectivement culte, véritable pierre angulaire du cyberpunk japonais, comme peut l'être Akira qui lui déroule aussi sur d'autres terrains. Là, on y est, c'est mad max, les coupes iroquoises, la violence comme quotidien, les loques en guise de tenue et le sable aux portes de la cité. Extravagant, les combats sont certes surréalistes mais surtout subjugants. Et le trait du mangaka ne fait que monter crescendo en virtuosité pour offrir des scènes d'action incroyablement détaillées et parfaitement lisibles. Petit plus, les annotations scientifiques apportent une touche de rationalisme dans ce maelstrom de démence. Ensuite, les personnages. Les caractères s'accumulent, au look, background et personnalités bien propres. Même les bad guys (peut-on vraiment les appeler ainsi au vu de la moralité moyenne du reste de la population ?) acquièrent une aura justifiant (en partie) leurs actes. Et au-dessus de tout, Gally, insaisissable même pour le lecteur : tour à tour ange, démon, petit coeur, spectatrice, moralisatrice, enfantine, inquiétante... Gally peut devenir un adjectif en lui-même. Le début est assez balisé (bien que déjà dans le haut du panier par rapport au genre de l'époque), l'arc du roller ball tourne assez en rond mais la suite est dantesque. Autre bon point, les intrigues s'accumulent mais trouvent (presque) toutes leur conclusion dans cette série plutôt courte (9 tomes). Donc, dessin, scénario, personnages, originalité : ràs, lisez-le. Enfin, si vous aimez les mangas et que la violence graphique ne vous rebute pas.
La Grande Histoire de Picsou (La Grande Epopée de/La Jeunesse de Picsou)
Pour tous ceux ayant lu du Picsou à longueur de temps, voici un chef d'oeuvre de Rosa révélant toutes les questions que l'on peut se poser : ses ancêtres, le sou fétiche, sa tenue mythique, le Klondique etc. Tant de choses qui allaient simplement de soi prennent ici vie. Le tragique et le comique s'enlacent dans les cases fourmillant de détails. Oui culte car surpassant toutes les autres aventures du plus riche des canards.
Le Château des étoiles
"Le Château des étoiles", voilà une histoire que Jules Verne aurait certainement très appréciée, lui qui a émerveillé bon nombre de petits et grands avec ses récits imaginaires décomplexés. Une sorte de Voyage au centre de la Terre inversée, direction la conquête de l’espace au moyen de cette substance qu’on appelle l’éther et dont serait composé le vide spatial et qu’une grande majorité de scientifiques du XIXème siècle croyaient réelle. Partir du principe que dans cette époque de révolution industrielle on découvre l’existence de l’éther et que des nations colonisatrices telles que la Prusse de Bismarck vont tenter de s'approprier cette découverte, c’est le parti pris de cette nouvelle grande aventure signée Alex Alice. Une histoire qui n’est pas tout à fait ce qu’on peut nommer comme une uchronie car Alice s’amuse à incorporer à son récit fictif des éléments historiques véridiques ainsi que des personnages ayant bien existé. Ainsi on verra apparaître furtivement le compositeur Richard Wagner, l’architecte royal Christian Jank chargé de réaliser la structure de l’astronef, Élisabeth « Sissi » impératrice d’Autriche, et dans un rôle de premier plan le roi Ludwig de Bavière. La passion de ce dernier pour les contes et le mythe du Graal et des chevaliers de la table ronde sont tout à fait authentiques. De même que le château où se déroule la grande majorité de l’intrigue n’est ni plus ni moins que le château de Neuschwanstein qui est un des mes préférés dans le monde. Il est majestueusement dépeint ici aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Quel talent de la part de l’auteur ! Il sait comment vendre du rêve (plus que celui de Disneyland qui est lui aussi inspiré de Neuschwanstein pour la petite anecdote). Pour en revenir à la BD, on peut dire que j’ai pris mon pied pour faire court. Pour la version longue, j’ai trouvé cette BD très intéressante également pour les lecteurs fans d’Alex Alice. On arrive à déceler des points communs dans chacune de ses œuvres. Je soupçonne Alice d’avoir un gros faible pour les jolies rousses, après Elisabeth d’Elsénor dans Le Troisième Testament et la Walkyrie dans Siegfried, c’est la ravissante Sophie qui reprend le flambeau. C’est même un combo de rouquine si on y ajoute Claire Dulac et Sissi impératrice. D’ailleurs en parlant de Sissi, la ressemblance physique du duo très proche Sissi-Ludwig est quasi similaire à celle du couple la Walkyrie et Siegfried, comme si ces derniers étaient de lointains ascendants aux deux autres. Je ne sais pas si c’est voulu ou non mais je suis très tenté de le croire, c’est très cool et ça apporte une certaine profondeur. C’est comme si les œuvres d’Alice étaient imprégnées d’une continuité, l’histoire comme un éternel recommencement. Même le cadre est identique, la mythologie germanique face à la romantique Bavière. L’histoire de cet « intégrale 1 » se veut plus qu’introductive car elle fait aussi la part belle à l’action et les complots de couloirs. L’auteur fait monter la pression petit à petit et cela devrait atteindre son point culminant dans le deuxième intégrale. C’est un peu l’équivalent d’un Objectif Lune chez Tintin. Le dessin est majestueux comme je l’ai dit plus haut, tout en esquisse, on peut utiliser n’importe quel superlatif juste pour dire que c’est du grand art. Alice s’essaye pour la première fois à la couleur directe et je pense qu’on peut dire que le pari est gagné, on en prend plein les mirettes. Alors, y a-t-il tout de même quelques défauts ? Personnellement rien ne m’a dérangé, si, aller, quelques situations ne paraissent pas très crédibles mais à partir du moment où on envisage la théorie de l’éther comme crédible on fait un peu fi de la crédibilité, place à la magie (ce qui est paradoxal vu que le récit se repose beaucoup sur la science). Le physique de Hans et son aspect « cartoonesque » peut décontenancer plus d’un lecteur car il apparaît en plus assez tardivement dans l’histoire mais cela ne m’a moi pas dérangé car il apporte une caution humoristique enfantine. Le Nibelung Mime avait déjà un peu le même rôle dans Siegfried avec un rôle plus sarcastique. J’y vois là une volonté de plaire aux enfants car cette série peut tout aussi bien s’adresser à un public adulte (le langage scientifique n’est pas à la porté de tout le monde), ou de grands enfants. L’esprit « julesvernien » est donc respecté. En attendant les prochaines aventures de Séraphin et ses amis chevaliers de l’éther, je souhaite à ce premier volume de conquérir les étagères des bédéphiles. Le Château des étoiles – 2ème diptyque – 3ème année Les Chevaliers de Mars ! Les plus impatients peuvent d’ores et déjà embarquer à bord de la suite. Deux mois avant la sortie de la gazette numéro 7, Rue de Sèvres sort un coffret comprenant ladite gazette plus un almanach calendrier de belle facture avec des hommages de grands artistes, plus la maquette du Cygne des étoiles à monter soi-même pour ceux qui ont gardé leur âme d’enfant. La 2ème année mettait en scène l’alunissage de nos aventuriers, leur exploration et la révélation des mystères de l’astre. La tonalité enfantine du premier livre perdait peu à peu de son innocence pour rentrer davantage dans le mythe arthurien avec cet émouvant adieu du roi Ludwig à Séraphin qui lui fît promettre de partager la connaissance de l’éther pour le bien des peuples, tel le roi Arthur désignant Perceval comme son meilleur disciple et successeur, avant de partir pour Avalon d’où il ne revint jamais. Et ainsi une fois revenu sur Terre, ce deuxième chapitre se concluait sur un formidable message d’espoir, de tolérance et d’appel à la fraternité entre les peuples. Si je lui trouvais des allures d’Objectif Lune au tout début de l'aventure, Les Chevaliers de Mars débute sous des auspices dignes de L’Île Noire. L'intrigue prend pour cadre celui d’une Bretagne idyllique et campagnarde avec beaucoup de dessins représentants Océan, phare, plage, village typique du coin… dans une ambiance inquiétante où les personnages cherchent à se faire peur. Il se murmure de sombres rumeurs dans les tavernes parmi les pedzouilles mal débourrés dont certains auraient aperçu un albatros monstrueusement géant (ces derniers n’ayant jamais entendu parler de l’éthernef). Et lorsque se ne sont pas ces béotiens, c’est cet indécrottable trouillard d’Hans qui s’y colle, croyant dur comme fer à ces légendes celtes. Au premier plan, nos champions vont être forcés de sortir de leur retraite : le père de Séraphin a disparu, ses modèles paternels disparaissent les uns après les autres, et le doute commence à s’installer dans son esprit, d’autant plus que les relations avec ses frères chevaliers n’est pas au beau-fixe. Le temps joue contre eux car si la publication des plans de l’éthernef a permis dans un premier temps de couper l’herbe sous le pied de Bismark, ce vampire assoiffé de conquête et qui s’imagine bien tel le dieu de la guerre, n’a pas dit son dernier mot et Mars pourrait bien être la clé de voûte ouvrant la voie à la conquête de toute la galaxie ! Admiratif des graphismes des deux premiers tomes, la suite demeure du même tonneau. Alex Alice nous offre des compositions qui laissent d’abord médusé puis rêveur : il n’y a pas de mot pour décrire le fog londonien et ce plan sur Big Ben en contre-plongée, ou cette vision fantasmagorique de Mars la rouge surplombant cette petite île de Bretagne entourée d’une eau bleue sombre où nos héros se sont installés. Grand enfant ou vieil amateur nostalgique d’Edgar Rice Burroughs, Les Chevaliers de Mars constitue un événement à suivre et à ne surtout pas manquer. Mise à jour 04/07/2018 4ème année - Fin du deuxième diptyque Le Château des étoiles, 2ème diptyque, gazette n°12, c'est déjà fini ! Que le temps passe... on ne voit pas nos héros Séraphin, Sophie et Hans grandirent et pourtant il y a de légères nuances dans les traits faciaux, un brin plus adolescent, moins enfantins qu'aux débuts... et que d'aventures parcourus, que de dangers mortels évités ! Ces Chevaliers de Mars a tenu toutes ses promesses, c'était digne du grand Edgar Rice Burroughs. Alex Alice délaisse dans sa deuxième partie l'action pour davantage d'exploration mais comme encore 12 gazettes sont prévus à la programmation, un petit temps peut faire du bien. Je retiens surtout l'aspect graphique parce que c'est... whoua, il n'y a juste pas de mot pour décrire ces visuels époustouflants en grand format. C'est du niveau Miyazaki quoi. Avec cette série Alice rentre dans la cour des grands, des très grands (il y était déjà selon moi mais là, il n'y a plus de doute possible). Désormais, la guerre des mondes est déclarée. Vivement la suite !
Le Rapport de Brodeck
Larcenet fait aujourd'hui figure d'autorité dans le paysage de la BD française, avec des sorties d'albums toujours plus remarquées, des critiques élogieuses et une omniprésence dans les ventes, les articles et les festivals. C'est un monstre de la BD, et à ce titre j'essaye de rester encore plus neutre lorsque j'en parle. Il est beaucoup trop facile de tomber dans les louanges faciles quand on aime quasiment tout de l'auteur. Pourtant, le rapport de Brodeck m'a happé à nouveau. Comme tout les autres ouvrages de l'auteur. Implacablement. Je ne pourrais pas dire grand chose que les autres avis n'ont déjà soulignés. Tout est bon, du dessin à l'histoire, les cadrages, les partis pris et les représentations, ce qui s'en dégage ... Tout ! Rien ne semble laissé au hasard, et j'ai une envie de le relire alors même que je rédige cet avis. Mais je crois qu'il faut prendre le temps pour le lire, parce que cette œuvre est dense et noire. Très noire. Pas seulement au niveau du trait. C'est ici l'humanité dans toute son horreur à laquelle on assiste. Et ça n'est vraiment pas beau. D'ailleurs Larcenet renforce cette horreur par la contemplation de la nature qui environne ce village. Une nature qui gagne toujours à la fin, recouvrant tout, les crimes et l'horreur. Des thèmes chers à l'auteur et qu'on retrouve dans bon nombre d’œuvres. Larcenet signe ici un chef-d’œuvre (et je ne pourrais dire si c'est SON chef-d’œuvre, tant les autres me semblent légitimes à concourir aussi), et l'adaptation est une réussite à tout point. Je n'ai nul envie de lire le livre, convaincu que je n'en tirerais rien de plus. La BD est suffisante à elle-même sur tout. Elle n'appelle nulle lecture supplémentaire. Je m'arrêterais ici, en suggérant simplement la lecture de cet œuvre. Elle est traversée d'une noirceur et d'une fatalité, mais elle marque. Larcenet à plus que réussi son coup, et prouve encore une fois la mesure de son talent. Un monstre sacré, cet auteur.