Les derniers avis (7654 avis)

Couverture de la série A la recherche de Thanh perdue
A la recherche de Thanh perdue

Je connaissais Alain Joannis illustrateur, le voici auteur de BD et c'est avec un véritable plaisir que j'ai lu "A la recherche de Thanh Perdue". L'intrigue est originale, bien menée et nous emmène dans plusieurs pays du sud est asiatique que nous découvrons page après page avec délectation. Cette enquête, cette quête d'un amour de jeunesse qui a disparu est bien ficelée, un véritable thriller aux accents asiatiques. Le style du dessin est une ligne claire électronique, hommage à la grande BD franco-belge mais propre à l'oeuvre de Joannis l'artiste. Parfois un peu raide, mais éblouissante de détails, de couleur. Pleine page à la Jacobs, grandes cases descriptives presque documentaires qui nous font découvrir les cités, la campagne, la vie de tous les jours au Laos, en Thaïlande et au Myanmar. On peut rester longtemps à contempler une image, la décrypter, en lire chaque détail, puis se laisser porter par l'histoire à la rencontre des personnages. Du bel ouvrage et une expérience enrichissante.

18/01/2020 (modifier)
Par Erik
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Tueur - Affaires d'Etat
Le Tueur - Affaires d'Etat

Voici la première série dérivée du tueur qui est l'une de mes bd préférées. Le tueur revient après plusieurs années d'absence. On nous prévient que les lieux et les enjeux changent. En effet, le tueur a été recruté par la DGSE pour des missions d'élimination. En effet, on sait depuis François Hollande, qui s'en est un peu vanté, qu'un président de la République dispose d'un droit de vie ou de mort sur certains individus peu recommandables. De tous temps, quelque soit le régime (dictature ou démocratie), on a éliminé des individus. Le constat part sur le fait qu'on peut rendre la vie des autres bien pire que la mort qui apparaît alors comme une délivrance. Le tueur est toujours aussi implacable dans sa manière de penser afin de justifier son métier pas comme les autres. On aimerait ou pas l'avoir comme ami... Le changement est radical car il travaille pour l’État. C'est clair que sa paye en a pris un coup. On sait presque tous que les forces de l'ordre ne sont pas très bien rémunérées dans notre pays. Par contre, son cœur d'activité n'a pas changé. Il s'agit de mettre hors d'état de nuire en raison de la sécurité du peuple avec pour préalable que les gens n'ont pas besoin de savoir. C'est mieux ainsi. On apprendra par exemple que la CIA a dit que les assassinats de quelques scientifiques iraniens par les israéliens ont davantage fait dérailler le programme nucléaire d'armement iranien que toutes les sanctions internationales. En effet, si on identifie les individus clefs, ceux sans lesquelles la machine ne fonctionne plus , et qu'on les élimine, alors la machine s'arrête. Plus que jamais, c'est d'actualité. J'adore cette nouvelle façon de penser qui donne également des vérités même si souvent, on essaye de se voiler la face. Cette narration est sans doute l'une des meilleures que j'ai pu lire jusqu'à présent. La notation série culte pourrait apparaître comme un brin exagérée mais elle correspond à ce que j'aime vraiment dans la bande dessinée. Le tueur est une série qui fait du bien. Le départ est assez tonitruant et cela promet, car le tueur a désormais le droit de tuer. Il ne va pas se gêner.

18/01/2020 (modifier)
Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série In Waves
In Waves

Si le surf lui sert de fil rouge, « In Waves » est d’abord le livre d’un deuil. Comme le précise l’auteur en postface, ll n’est pas « expert en matière de surf », se définissant plutôt comme « amateur enthousiaste, que les grandes figures du surf inspirent ». Et d’évoquer cette obsession en commun « de chevaucher les vagues, ce profond respect pour l’océan, et le cœur brisé. » Un cœur brisé par la mort de sa petite amie. Il n’est donc nullement nécessaire de s’intéresser au surf pour apprécier ce très beau roman (autobio-)graphique, qui du coup nous fait voir cette discipline sous un jour nouveau, loin des clichés faciles sur les beaux gosses un peu benêts passant leur journée à se faire admirer par des meutes de filles éperdues. Nous sommes ici dans un registre très différent, beaucoup plus grave, plus mélancolique aussi. Aj Dungo évoque ici la maladie de sa petite amie Kristen, disparue bien trop tôt après des années de lutte pour rester en vie. Quel rapport entre le surf et la maladie me direz-vous ? On le comprend dès le début du livre, où tous les amis de Kristen se sont réunis sur la côte à l’occasion de son anniversaire pour la voir surfer, alors que celle-ci apparaît déjà passablement affaiblie. L’auteur, qui ne l’avait jamais vue sur une planche, connaissait sa passion pour ce sport qu’elle ne pratiquait presque plus depuis que son cancer avait été diagnostiqué. Aj Dungo va ainsi utiliser la passion de la jeune fille pour construire un récit alternant l’histoire du surf et la descente aux enfers de Kristen. Et contre toute attente, ce parti pris fonctionne formidablement bien, avec un code couleur bichromique pour chaque versant du récit, vert pour raconter l’intimiste, sepia pour évoquer le sport et ses figures. Et les deux narrations, en s’entrecoupant de la sorte, finissent par produire une alchimie inattendue, un rythme harmonieux, régulier et apaisant comme peuvent l’être le bruit des vagues… ce qui contribue sans nul doute à alléger un récit au thème pas forcément très joyeux. L’auteur nous épargne tout pathos inutile, se contentant de nous livrer sa propre expérience, celle d’un amour pur, avec pudeur et sensibilité. Très graphique, le dessin est d’une sobriété exemplaire, avec une ligne épurée où chaque trait est à sa place, sans surcharge, comme une évidence. Un peu comme si la mer avait guidé le crayon d’Aj Dungo, d’une fluidité et d’une douceur infinie, même si l’on peut imaginer la tempête qui a précédé… Et quand arrivent les dernières pages, on se dit que l’auteur n’a pu concevoir cette œuvre tout seul, et que la personne qui l’a aidé vit forcément en lui… comme une évidence. « In Waves » parvient ainsi à nous toucher au plus profond de nous-mêmes. L’histoire de Kristen, cette jeune fille profondément amoureuse de la vie, frappée injustement par une maladie qui « se jouait d’elle », nous brise le cœur à nous aussi. Elle constitue un exemple admirable de courage pour chacun et une leçon pour tous les bien-portants grognons centrés sur leur petite personne. Loin d’être une vague bluette, « In Waves » nous submerge telle une vague émotionnelle puissante, nous rendant à la fois plus humble et plus fort, plus proche de l’essentiel.

12/01/2020 (modifier)
Par Erik
Note: 5/5
Couverture de la série Museum - Killing in the rain
Museum - Killing in the rain

Enfin, le manga presque parfait. Il me faut lire plus de 800 titres de mangas différents pour tomber sur la perle rare. Comme dit, il ne faut jamais désespérer. La réalité est que l'on peut perdre patience car il s'agit de trouver LE manga parmi la diversité et la médiocrité. « Muséum » est un thriller du même acabit que le film Seven qui avait tant marqué les années 90 avec Brad Pitt, Morgan Freeman et surtout Kevin Spacey plus terrifiant que jamais. D'emblée, on entre dans une enquête à frisson avec d'horribles meurtres qui sont perpétrés avec une violence absolue. L'atmosphère devient vite pesante avec cette pluie qui n'arrête pas de tomber. Crazy Frog (un tueur à masque de grenouille) traîne dans les rues pour achever son œuvre malsaine. Âmes sensibles, s'abstenir. Le graphisme est impeccable : c'est une vraie claque visuelle. La réalisation du mangaka Tomoé Ryôsuke semble maîtrisée du tout au tout même si on ne s'en aperçoit pas forcément à la lecture du premier tome. Le méchant est charismatique dans sa folie. Le final sera aussi cruel que dérangeant. Bref, c'est très efficace mais comme dit, c'est du déjà-vu. Un manga sombre et captivant qui frise le chef d’œuvre en matière de polar. En conclusion, « Muséum » est un thriller que je vous conseille absolument. Il s'agit d'un des meilleurs mangas qui existent sur le marché. A noter qu'il existe une réédition spéciale en grand format et en deux volumes de ce manga. Je l'ai acquise après avoir lu la version classique composée de trois tomes. Cela apporte un plus dans la mesure où cela met en valeur l'excellent graphisme. Par ailleurs, on aura même droit à un bonus spécial tout à la fin avec le préquel de cette terrifiante histoire en une vingtaine de pages. On tient là l'un des plus grands polars de toutes ces dernières années.

05/01/2020 (MAJ le 11/01/2020) (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Valérian
Valérian

L'année 2019 s'est conclue, pour moi, par l'un des plus importants achats que j'avais en tête : l'intégrale des albums deValérian (en occasion, parce que faut pas déconner vu le prix), et la lecture de cette BD rangée à chaque fois dans les immanquables des collections de Science-fiction a constitué un bon point d'orgue à toute les découvertes BD de cette année maintenant révolue. Quand j'entends parler deValérian et Laureline, c'est toujours pour mentionner l'importance de cette série dans le paysage de la bande-dessinée, et souligner à quel point elle influença la science-fiction dans le monde entier (sans exagérer du tout, en plus). Autant dire que j'en avais quelques attentes pour le coup, surtout que les seuls échos que j'en avais eus étaient la lecture de deux albums au lycée (dans ces fameux CDI qui jugent malin de prendre un album au début, un à la fin et de ne jamais compléter ces séries, mais passons). Je suis donc venue à cette série avec un œil presque neuf et une attente à un certain niveau tout de même. Et la lecture fut ... dépaysante, rafraîchissante, enrichissante et merveilleuse. Surtout merveilleuse. Je comprends maintenant pourquoi tant de gens s'extasient sur cette série, qui est effectivement une perle, un immanquable et une série fondatrice de bien des choses, probablement l'une des plus inspirantes pour la science-fiction actuelle (et on ne reparlera pas des repompages sans vergogne qu'on peut repérer avec le temps). J'ai eu l'énorme chance d'avoir la collection récente, dans laquelle Christin et Mézières reviennent sur tous leurs albums avec des commentaires en fin d'album, ainsi que des petites précisions ou des remarques sur ce qu'ils ont fait. Et l'ensemble donne encore une autre dimension à cette série qui est définitivement culte. Essayer d'en parler sans en faire des caisses sera difficile, et je m'en excuse donc d'avance auprès des malheureux qui essayent encore de lire mes avis à rallonge. Le premier point sur lequel je veux immédiatement donner mon avis, avant que les personnes ne soient saoulées des pavés de texte, est le commentaire que j'ai souvent lu : les premiers albums sont mieux que les suivants (avec un tournant marqué pour certains aux alentours de l'album 12). Je m'inscris personnellement en faux contre cet avis, ayant tout autant apprécié les albums d'après. Le fait que j'ai pu lire toute la série en un bloc sans avoir d'attente ou d'imaginaire de cet univers à sans doute influé, j'en suis conscient. Mais je reconnais que la série change de ton à partir du diptyque 11-12, passant à un ton plus sombre et plus sérieux dans le fond. Mais c'est ce que j'apprécie dans la série des Valérian et Laureline : elle représente d'une très belle façon l'évolution de la mentalité de son époque, entre les premiers albums des années 70 aux derniers des années 2000, les albums reflètent l'état d'esprit de leur époque, tout autant que le point de vue de leurs auteurs sur le monde. Et j'ai adoré la façon dont ils assument les changements de ton, de registre voire même l'introduction de problématiques totalement dans l'air du temps au sein de leurs albums. Et je peux commencer à aborder la longue liste de ce qui m'a plu dans le récit. Pour commencer, le fait que les scénarios de Christin développent à chaque fois un autre thème, toujours dans l'actualité du moment (crise pétrolière, reprise des guerres, ambition politique, conflit culturels, exploitations des individus, marché des ressources rares ...) mais avec un ton assez mature et complet, ne versant pas dans le manichéisme primaire pas plus que dans le traité politique. On navigue avec nos personnages dans des réalités parfois complexes à aborder mais toujours vues d'un point de vue humain. Et c'est agréable de voir des auteurs autant parler de politique (et caricaturer les propos politiques avec une certaine justesse d'ailleurs) mais sans jamais verser dans le discours idéologique et rester dans une volonté narrative pure. Christin ne se prive pas de caricaturer les idéaux de la guerre froide, les pensées émergentes dans les années 90 ou les courants économiques se développant, mais sans jamais prendre parti pour un camp. Et c'est appréciable, car à l'image de ce que Peyo faisait dans certains albums des Schtroumpfs, on se contente de regarder d'un œil extérieur les milles et une façons dont le monde peut mal se dérouler, sans pour autant devenir moralisateur ou prétendre apporter une vérité universelle. Quand on parle de politique de cette façon, j'aime beaucoup ! Puisqu'on est sur les scénarios, je suis aussi ravi de la façon dont l'auteur mène ceux-ci d'une façon toujours classique, presque convenue, mais avec des surprises, des moments de tensions, du drame et également des moments de beauté, de l'amour et du sentiment. Bien sûr, le couple Laureline/Valérian est au centre de tout ceci, mais les personnages annexes ne sont pas en reste, et je trouve que Christin réussit plus d'une fois à rendre des émotions palpable au fur et à mesure des albums. Et puisqu'il faut bien en parler ... Les personnages. Valérian et Laureline, ce sont deux protagonistes que je range maintenant dans mon panthéon personnel de personnages de BD (oui, j'ai un panthéon personnel de personnage de BD), tant l'auteur à su les rendre attachants, humains et tangibles. Ce sont deux personnages amoureux, aventureux et droits, toujours au cœur de l'action mais sachant être également avoir de vrais personnalités. Bien sûr, je ne peux pas être insensible à Laureline, véritable héroïne de la BD (prenant souvent le pas sur Valérian d'ailleurs, ce que les auteurs reconnaissent), rejoignant ces fameuses héroïnes de SF qui peuplent l'imaginaire des nouvelles générations. Laureline c'est la femme qui s'assume, qui agit et dotée d'un sale caractère mais d'une frimousse adorable. Elle est le moteur de la plupart des histoires, mais présente bien des facettes tout au long des albums. Je crois que si elle marque autant les esprits après lecture, c'est que les auteurs ont réellement réussi leur travail de rendre les personnages réels et attachants. Mais sans dire plus que nécessaire sur ce personnage déjà bien étudié, je dois aussi dire queValérian est un protagoniste que j'apprécie beaucoup dans sa construction. Et le genre de personnage masculin qui fait plaisir à lire à l'heure des remises en causes des clichés de genre. Valérian, c'est un homme d'action, l'agent spatio-temporel beau gosse qui aime l'action et avoue ne pas savoir faire autre chose. Et ce personnage est attachant par bien des côtés : l'épisode dépressif où il se retrouve à trahir son couple, mais aussi les moments après l'épisode 12 où Valérian se retrouve sans but dans sa vie sont magnifiques. Aujourd'hui commencent à sortir les concepts de masculinité toxique et de héros trop virils que l'on sert aux petits garçons. Et Valérian est le genre qui va à l'encontre de tout ces clichés virilistes : faillible et parfois à la ramasse, sans but dès lors qu'il ne peut plus être l'agent qu'il était, parfois réduit à faire des actions moralement discutable par sens du devoir, il met également à mal le cliché de l'homme support du couple (en même temps avec Laureline il a de quoi rivaliser). A cet égard, l'album "Les armes vivantes" m'a enchanté par le fait queValérian se croit obligé d'être celui qui gagne de l'argent et leur permet de survivre, allant jusqu'à faire de la contrebande -contre ses principes- au lieu d'avouer son impuissance et de dialoguer. Le personnage est d'une justesse touchante plus d'une fois, surtout lorsqu'on aime les héros qui sortent des sentiers battus. Et là où l'auteur fait fort, c'est que cette image est toujours associé au héros bourrin, sautant dans le tas et agissant parce qu'il est trop fort dans l'action. Ça c'est ce que j'appelle de la caractérisation de personnage ! Je parle de Christin et de son magnifique travail depuis tout à l'heure, mais si je commence à parler de Mézières, j'en aurais pour encore plus long. Comment, comment résumer l'immense travail du dessinateur deValérian à quelques mots ! Comment parler de ces paysages, ces personnages, ces visuels, ces vaisseaux, ces décors sans aller chercher les adjectifs les plus élogieux dans un dictionnaire des synonymes ? Je ne peux vraiment pas dire à quel point, alors que j'ai découvert cette BD en 2019 à l'âge de 27 ans, j'ai été émerveillé de l'inventivité de ce dessinateur. La multiplicité des personnages extra-terrestre à de quoi faire rougir n'importe quel Star Wars, les décors sont d'une richesse et d'une variété qui étonne à chaque volume, et je ne parle pas de tout ce qui fait 'Science-fiction', tel les vaisseaux, les structures, les armes ... Et bien sûr, les caricatures ! Je suis encore à rire de la façon dont il a représenté les protagonistes de l'album "Les héros de l'équinoxe" qui est d'une inventivité magistrale alors qu'on reconnait sans peine les caricatures que l'auteur voulait. Bien sûr, lorsque l'on pense aux visuels, on peut noter que bon nombre de leurs idées furent reprises dans des films (hein, Georges Lucas ?) et que c'est encore une source d'inspirations d’œuvres qui sortent récemment (sans aller à crier au plagiat, je suis pratiquement certain que Cameron à lu la BD avant de faire son Avatar. Pratiquement !). Mézières a réussi à faire, de plus, une œuvre cohérente avec des albums étalés sur près de quarante ans, foisonnant de détails et d'idées géniales. D'un album à l'autre, l'on reconnait les personnages, les extra-terrestres, les lieux ou les décors. Si vraiment il fallait le dire, Mézières est un auteur au talent certain. Tout ceci étant dit, je n'ai pas souligné un point négatif à mes yeux, mais que je comprends et qui ne rentre pas en ligne de compte pour moi : les derniers albums sont un gros cran en-dessous du reste. L'Ordre des pierres et L'Ouvretemps sont bien dispensables, avec un scénario qui s'éloigne de ce qui avait été fait et une conclusion facile et loin de la finesse à laquelle les auteurs nous avaient habitués. Mais alors pourquoi dis-je que ce défaut est négligeable ? C'est tout simplement parce que je comprends la volonté des auteurs avec ces deux albums : clôturer de manière définitive la série, en empêchant toute récupération future des personnages ou de l'univers, refaire un tour d'horizon des personnages et lieux marquants de la série, mais aussi apporter un final à cette série. Et c'est un point que je comprends, surtout pour une série aussi étalé dans le temps : les auteurs ont tenus à finir leur série, la conclure réellement, sans possibilité de retour en arrière. Ce n'est pas la meilleure fin, mais je comprends que les auteurs en avaient envie. Le tome 21 fermé, il n'est plus possible de revenir en arrière, la saga deValérian et Laureline est maintenant finie. Qu'on soit d'accord ou pas avec, on ne peut le nier. J'en suis à bien trop de lignes, et je n'ai pas dit la moitié de ce que j'aurais à dire sur cette BD. De la découvrir si tard, de pouvoir apprécier tout les messages sous-entendus ou explicites de l’ouvre, de découvrir les précisions que les auteurs ont ajoutés aux albums m'a permis de pleinement apprécier cette saga qui est un monstre sacré de la Bande-dessinée. En la lisant, je me suis rendu compte à quel point ce fut marquant dans le paysage de la SF, rien que par le nombre d'emprunt que d'autres œuvres ont fait à Valérian et Laureline. Avec moins de trente albums étalés sur plus de quarante ans, le duo d'auteurs aura définitivement marqué le monde de la SF, et m'aura fait rêver encore aujourd'hui. Et la quantité de personnes avec qui j'en parle me confirme que cette BD n'est pas à ranger dans la série des "BD a papa", mais bel et bien dans le très fermé cercle des "BD intemporelles". Mon avis a été bien trop long pour simplement dire que cette BD est à mon humble avis un immanquable, mais lorsque c'est à ce point, je dois laisser aller ma logorrhée et tout balancer. Parce que c'est le genre de BD que j'estime plus qu'importante : indispensable.

07/01/2020 (modifier)
Par Josq
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Watchmen
Watchmen

Face à l'ampleur du monument, je n'ai pas pu me résoudre à rédiger un avis traditionnel, qui n'aurait répété que de manière maladroite ce qui a déjà été dit avant. Avec le texte un peu particulier ci-dessous, j'ai voulu rendre hommage à ma manière aux immenses artistes qui sont derrière ce chef-d'oeuvre, de façon un peu différente de d'habitude. J'espère que ça vous plaira quand même... :) J’ai vu… J’ai vu des faucons tomber des nuées célestes. J’ai vu des étoiles se décrocher de la voûte infinie qui les portait. J’ai vu la gloire fanée d’hommes qui se croyaient immarcescibles. J’ai vu la gloire immarcescible d’hommes qui se savaient fanés. J’ai vu des hommes sans lois, des hommes sans Dieu, des hommes vides. Un monde vide. Rempli d’atomes, mais vide. Rempli de feu, de haine, de désespérance. Rempli de néant. Et au milieu du chaos, j’ai vu des hommes se lever. Des hommes, des femmes, qui croyaient. Ils croyaient en la justice. Ils croyaient en l’humanité. Ils voulaient la défendre. Ils voulaient la garder. J’ai vu les Gardiens. J’ai vu le Comédien. Violent, cynique, inhumain. Mais rattrapé par son humanité. « Je préfère avoir des remords que des regrets » disait Lord Henry dans Le Portrait de Dorian Gray. Pour le Comédien, c’est faux. Les remords le rongent, le dévorent de l’intérieur. Les remords vont l’assassiner. Les remords étouffent sa dernière lueur de rédemption. J’ai vu le tout-puissant Docteur Manhattan. Plus qu’un homme, moins qu’un dieu. Un titan capable de transformer le monde. Un surhomme capable de lire le temps. Un homme incapable de le modifier… La logique pure. Un petit conglomérat d’atomes errant dans un vaste conglomérat d’atomes. Plus d’émotions, plus d’humanité. Existe-t-il encore une âme au fond de ce puits de connaissance infini dénué de sentiments ? J’ai vu la douce Laurie au nom imprononçable, et sa mère, l’irrésistible Sally. Deux îlots de douceur dans ce monde de brutes. Deux femmes, si faibles et si fortes. L’intégrité au milieu de la corruption. Les colombes au milieu des crapauds. Et la bave leur coule dessus sans jamais les atteindre… Elles doutent, mais elles savent. Elles savent qui elles sont. Elles savent qui sont les Minutemen, qui sont les Watchmen. Imparfaits, mais nécessaires. Et elles se battent. J’ai vu le Hibou. Deux hommes, une seule identité. Le combattant, le combattif Hollis Mason. Piètre enquêteur, héros courageux, sincère et loyal. Et son successeur, l’inventif Dan Dreiberg. Fin, cultivé, et fragile. Porté par l’amour de Laurie, tiraillé par la menace du Docteur, cherchant sa place dans un monde auquel il n’appartient plus, dans un monde qui ne veut plus de lui. Fidèle à ses amitiés d’antan. J’ai vu Rorschach. J’ai vu Walter Joseph Kovacs. Un homme, deux identités. Laconique. Enquêteur doué. Homme brisé. Ne dit que le nécessaire. N’hésite pas à torturer. La recherche de justice permet tout. Il ira jusqu’au bout. Pour elle. Un monde sans justice n’est plus un monde. C’est un bourbier. Où se débattent des crapauds pustuleux. Tant que le crime existe, Rorschach sera là. Pas de compromission avec le mal. Le dernier crime sur Terre sera son assassinat. Et pourtant, sa voix s’apprête à résonner d’outre-tombe. Il était la vérité masquée. Mais personne ne masque la vérité indéfiniment. J’ai vu le grand, le somptueux, le magnifique Ozymandias. L’homme le plus intelligent du monde. Mais cette intelligence servira-t-elle à sauver l’humanité ? Oui. Non. Peut-être… Qui peut le dire ? C’est la question terrible qu’il nous pose, qui nous pèse sur les épaules après le grand final. Dilemme cornélien, hésitation tragique, eschylienne. Il connaît ses classiques. Moore aussi. Nous aussi. J’ai vu ces héraults de la Justice. J’ai vu ces héros désabusés. Comment faire régner la Justice dans un monde qui n’en veut plus ? J’ai lu une immense œuvre littéraire, d’une puissance inégalée, car inégalable. J’ai vu des dessins d’une qualité graphique phénoménale. J’ai vu un grand auteur à l’œuvre. Ses mots se croisaient, s’entremêlaient, formaient des lignes mouvantes, qui dessinaient en une danse intense et formidable le portrait d’un auteur exceptionnel, d’un artiste. Homme haïssable (selon moi), conteur admirable, Alan Moore a atteint un rare niveau de perfection. Il sait donner à chaque mot sa puissance, il sait narrer chaque péripétie avec un art consommé. J’ai vu les traits d’un artiste génial surgir du trait d’un simple crayon. L’immense Dave Gibbons, qui, en disparaissant totalement derrière ses personnages, se montre lui-même. Oui, le but de l’art est de cacher l’artiste. Mais pour qui sait regarder, il est impossible de ne pas voir. De ne pas voir l’homme qui, inlassablement, a dessiné avec une précision inconcevable ces centaines de planches qui nous émerveillent… J’ai vu… Et j’ai été vaincu. J’ai été vaincu par le génie sans failles de Moore et de Gibbons. Ce génie de la mise en scène et de la narration. Comment ne pas se laisser vaincre par la magnificence de ces cases, de ces cadrages millimétrés, de ces pages réfléchies qui, toutes, ont quelque chose à nous dire ? Comment ne pas être ébloui par un tel sommet d’intelligence et de créativité ? J’ai vu tant de choses que nous, humains, ne pourrions imaginer… Toutes ces choses que Moore et Gibbons ont imaginé pour nous, et nous ont donné à voir. J’ai vu la condition humaine, dans toute son horreur. J’ai vu le feu et le sang. J’ai vu l’Homme. L’Homme sans Dieu. L’Homme-Dieu. L’Homme-Diable… Non, il n’est rien en l’Homme qui soit grand par lui-même. La grandeur humaine mène au néant. S’il n’a foi qu’en lui, l’Homme n’est qu’un puissant destructeur. Grande et terrible leçon que deux artistes hors du commun ont mis en images pour nous. J’ai vu la loi à l’œuvre. Loi des hommes, pour les hommes, par les hommes. L’arbitraire sculpté dans le marbre. L’injustice érigée en justice. Mais là-bas, loin, « deux immenses jambes de pierre dépourvues de buste se dressent dans le désert. Près d’elles, sur le sable, gît un visage brisé. […] A côté, rien ne demeure. Autour des ruines de cette colossale épave, infinis et nus, les sables monotones et solitaires s’étendent au loin. » Ainsi de la loi des hommes. Tout est périssable, sur cette pauvre Terre. Rien n’est éternel. Rien de terrestre. Rien d’humain. J’ai vu. J’ai vu les Gardiens à l’œuvre. J’ai vu le chaos à l’œuvre. J’ai vu des fourmis bâtir des cathédrales. J’ai vu des éléphants les écraser. J’ai vu des Gardiens lutter contre le chaos. J’ai vu des Gardiens lutter pour le chaos. Qui garde les Gardiens ? Qui les garde d’eux-mêmes ? Oui, désormais, qui garde les Gardiens ? Qui les garde en vie ? Pour maintenant, et pour toujours ? Qui, si ce n’est nous ?

06/01/2020 (modifier)
Par r0ud0ud0u
Note: 5/5
Couverture de la série Le Prince de la Nuit
Le Prince de la Nuit

Très bonne série, quête pour tuer un vampire sur plusieurs siècles. Ce, par le biais d'un héritage plutôt spécial transmis de génération en génération, l'auteur nous tient en haleine d'album en album. En partant du moyen-âge, on navigue de génération en génération, jusqu'à l'affrontement final. Un coup de crayon superbe, des châteaux médiévaux dessinés d'une main de maître. Je reste admiratif de ce travail titanesque pour faire vivre la pierre. Un vrai plaisir pour les yeux, d'autant que le scénario est du très très bon.

05/01/2020 (modifier)
Par Eole5
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Avec ou sans moustache ?
Avec ou sans moustache ?

Amateurs de cinéma ou de bande de potes... Accrochez-vous!! Avec ou sans moustache est formidablement drôle, beau et émouvant !! Oui premier coup de coeur de 2020 qui semble vraiment être l'année de la BD si ça continue sur cette voie ! On a l'impression de regarder un film français de la "grande époque", les scènes sont très soignées et on a tellement envie de faire partie de cette bande de copains si attachante. Les dialogues sont percutants, les couleurs enveloppent le tout de façon soignée, un vrai régal. Croisons les doigts pour qu'un duo Courty/Efix se reforme pour d'autres récits...

04/01/2020 (MAJ le 05/01/2020) (modifier)
Par Janotmore
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Violine
Violine

Une série magique dont toute ma famille a suivi chaque nouveau tome avec impatience ! Malheureusement le 5ème tome marque la fin du premier cycle et un adieu à la Violine telle qu'on la connait... en effet les éditions Dupuis décident de ne pas continuer la série, l'audience n'étant pas assez importante (et cela malgré la promesse dans le 5ème tome d'un nouveau cycle pour de nouvelles aventures en Inde). Le projet de 2ème cycle intitulé "L'aventure indienne" du scénariste Tronchet en collaboration avec le dessinateur Krings reste inachevé. Il est toutefois possible de se procurer les premières planches en noir et blanc du projet dont le premier tome devait se nommer "Le sommeil empoisonné". Cependant, en 2018 les éditions Casterman décident de reprendre le projet et rebaptisent le second cycle "Le 3ème oeil". Le premier tome est sorti, il s'intitule également "Le sommeil empoisonné". Le scénariste reste fidèle à son poste, cependant l'histoire n'est plus la même et ce n'est pas Krings qui reprend les dessins mais Baron Bruman qui a un style à des années lumières de Krings... Très très grosse déception, le scénario n'a pas réussi à me faire oublier le dessin et j'ai eu l'impression de lire autre chose que ma saga préférée sans en apprécier pour autant le contenu... j'en fais encore des cauchemars !

31/12/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5
Couverture de la série Stum
Stum

Imaginons une société légèrement différente où toute forme humanoïde, insectoïde ou tout simplement animale aurait sa raison de vivre et d'exister. L'ironie serait que cette société plurale serait complètement déshumanisée. C'est un peu ce que Yann Taillefer a voulu expliquer dans son fantastique Stum qui emprunte autant aux classiques "Blade Runner" ou "Soleil Vert" qu'aux univers de Disney maltraités par Winshluss ou Cizo qui signe l'étonnante couverture de ce petit bijou. En cela d'ailleurs, Stum pourrait s'apparenter à une suite fantasmée de Pinocchio (Winshluss) mais mettons de suite au placard les références avancées car Stum est unique et devrait rapidement devenir culte dans le monde trop méconnu des pépites indépendantes. Ce recueil fait constamment s'entrechoquer des êtres disgracieux dans un même univers perverti par le profit et le stupre. La bureaucratie est bien mise à mal : si vous êtes fiché vous serez mis au ban de la société et recyclé de la plus absurde des manières. Taillefer taille justement dans l'absurdité de la société actuelle pour en dresser un tableau connu et symbolique mais terriblement actuel : l'exploitation des individus pour autrui. S'il n'y a effectivement rien d'original dans cette métaphore, c'est ici le traitement utilisé qui l'est complètement. Le dessin est unique et semble animé sous la multitude de détails offerts pour la rétine. Synthèse d'autant plus originale que toute l'histoire est entièrement muette mais constamment compréhensible par un découpage pertinent et une narration virevoltante multipliant les différents points de vue. Et ce ne serait rien sans le coup de maître de Taillefer qui utilise uniquement le stylo à bille rouge ou noir pour griffonner, noircir, quadriller ses petits cartoons. On retrouve l'esprit des courts-métrages d'animation Looney Tunes ou Silly Symphonies avec une touche non dissimulée de scènes trash jamais gratuites. Le travail final est simplement un régal de tous les instants pour les yeux, on rit, on sourit, on pleure aussi et on fait preuve d'empathie face à cette vivisection des opinions mais également à de jolies scènes poétiques. Mais finalement le plus réussi est de ne jamais perdre le lecteur en cours de route par une narration éclatée mais d'une fluidité sans égal. Stum est un pur régal.

30/12/2019 (modifier)