Larcenet fait aujourd'hui figure d'autorité dans le paysage de la BD française, avec des sorties d'albums toujours plus remarquées, des critiques élogieuses et une omniprésence dans les ventes, les articles et les festivals. C'est un monstre de la BD, et à ce titre j'essaye de rester encore plus neutre lorsque j'en parle. Il est beaucoup trop facile de tomber dans les louanges faciles quand on aime quasiment tout de l'auteur.
Pourtant, le rapport de Brodeck m'a happé à nouveau. Comme tout les autres ouvrages de l'auteur. Implacablement.
Je ne pourrais pas dire grand chose que les autres avis n'ont déjà soulignés. Tout est bon, du dessin à l'histoire, les cadrages, les partis pris et les représentations, ce qui s'en dégage ... Tout ! Rien ne semble laissé au hasard, et j'ai une envie de le relire alors même que je rédige cet avis. Mais je crois qu'il faut prendre le temps pour le lire, parce que cette œuvre est dense et noire. Très noire. Pas seulement au niveau du trait.
C'est ici l'humanité dans toute son horreur à laquelle on assiste. Et ça n'est vraiment pas beau. D'ailleurs Larcenet renforce cette horreur par la contemplation de la nature qui environne ce village. Une nature qui gagne toujours à la fin, recouvrant tout, les crimes et l'horreur. Des thèmes chers à l'auteur et qu'on retrouve dans bon nombre d’œuvres.
Larcenet signe ici un chef-d’œuvre (et je ne pourrais dire si c'est SON chef-d’œuvre, tant les autres me semblent légitimes à concourir aussi), et l'adaptation est une réussite à tout point. Je n'ai nul envie de lire le livre, convaincu que je n'en tirerais rien de plus. La BD est suffisante à elle-même sur tout. Elle n'appelle nulle lecture supplémentaire.
Je m'arrêterais ici, en suggérant simplement la lecture de cet œuvre. Elle est traversée d'une noirceur et d'une fatalité, mais elle marque. Larcenet à plus que réussi son coup, et prouve encore une fois la mesure de son talent. Un monstre sacré, cet auteur.
S’il y avait un seul nom d’auteur à retenir pour moi, cela serait bien celui de Jean Dytar. Ce qu’il nous propose cette fois-ci après Le Sourire des Marionnettes et surtout La Vision de Bacchus est tout simplement extraordinaire aussi bien sur le fond que sur la forme. Il a d’ailleurs passé 4 ans sur cette oeuvre et cela se sent. C’est ma bd gros coup de cœur avec un achat indispensable. Dire que l’auteur a progressé serait un doux euphémisme. Cela va bien au-delà. Cela frôle même le chef d’œuvre ! Je suis si rarement enthousiaste.
Florida est une pure merveille dans la manière où le récit est construit avec une certaine virtuosité. Cela part d’une relation entre Eléonore la rêveuse et Jacques le cartographe qui ont dû fuir la France à cause des persécutions menées contre les protestants à la fin du XVIème siècle. Ils ont eu raison de se réfugier à Londres alors que la terrible journée de la Saint-Barthélemy est encore dans toutes les mémoires. Faut-il aller plus loin et se réfugier dans des contrées encore vierge comme la Floride ? Est-ce véritablement le paradis tant vanté ?
C’est stratégique pour les autres nations européennes qui veulent contrebalancer la toute-puissance espagnole sur le continent américain. Il y a encore de la marge et notamment au Nord. Cependant, il faudra faire face non seulement aux éléments de la nature mais également aux indiens dont les tributs varient du pacifisme à la hache de guerre. Il y a une véritable prise de conscience des enjeux politiques mais c’est expliqué de telle manière qu’on ne tombe pas dans le simplisme des situations.
C’est un récit qui est dense et riche mais l’immersion est totale dès le début. On est impressionné par le talent de l’auteur qui a sû si bien construire et mener son histoire. Par ailleurs, c’est un sujet qui est rarement évoqué et que l’on découvre avec un certain plaisir. Cette expédition est passionnante du tout au tout.
Comme l’auteur est complet, on a droit à une merveille au niveau du dessin même s’il est assez épuré. La couverture est véritablement magnifique avec ses couleurs tout en aquarelle. La sobriété mène à une parfaite lisibilité ce qui est le plus agréable. Somptueux sur la forme.
Florida est une œuvre qu’il faut absolument découvrir. C’est épique en plus d’être historique ainsi que d’une grande pureté émotionnelle. L’univers de la Floride à ses débuts n’aura plus aucun secret pour vous. Je dirai également que c’est également un véritable thriller psychologique qui nous conduit très très loin. Quand une œuvre est singulière, elle peut être également brillante. Bref, un immense électrochoc !
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
J'adore vraiment cette série. Je suis en train de la relire, et c'est toujours le même plaisir, donc note maximale pour moi.
Déjà, il faut remarquer que le livre en lui même est très agréable au toucher avec ses pages épaisses et son papier à grain, tout l'inverse d'un papier glacé, parfois gênant à lire à cause des reflets.
Je lis chaque tome, assez gros, en une ou deux fois, tellement je suis happé par l'histoire. La lecture est en effet très agréable, très fluide, le trait est simple mais efficace, avec des personnages très expressifs, notamment concernant leurs mimiques.
Tout cela permet de suivre, sur un rythme effréné, le quotidien souvent drôle, mais parfois tragique aussi, des protagonistes, dont la plupart sont très attachants (Riad et son père surtout).
Côté couleur, on a une tétrachromie qui n'est pas sans rappeler le drapeau Syrien: noir, blanc, vert, et rouge.
Surtout, la lecture permet un voyage temporel et spatial dans le moyen Orient et la France du début des années 80. On a donc ici un témoignage des plus précieux sur la vie et l'idéologie des syriens et des libyens. Cette tranche de vie est sans doute encore plus précieuse depuis la guerre qui a ravagé la Syrie.
A consommer sans modération.
Qui n’a toujours pas lu La ferme des animaux de George Orwell ? Court roman devenu un classique dénonçant le stalinisme et de façon plus générale les régimes totalitaires au travers d’une fable animalière où ces derniers après avoir renversé les humains qui les exploitaient, devenaient à leur tour les despotes de leurs congénères, l’oppressé d’hier devenant ironiquement l’oppresseur de demain.
Très clairement Le Château des animaux ne renient pas cette influence orwellienne et ce jusqu’à son introduction très similaire à quelques détails près : pour une raison inconnue les humains du château sont partis, laissant les animaux présents sur place à leur libre destinée, ceux-ci ayant très vite basculé dans un régime tyrannique qui ne dit pas son nom, à moins qu’il en est été ainsi depuis le début. Au sein de ce microcosme bestial, c’est la loi du plus fort qui règne en réalité : l’égalité n’est même plus une utopie, le partage des richesses n’est qu’un leurre, les valeurs d’entraide un mirage, tandis que la terreur règne au sein de la basse-cour. La masse composée des frêles lapins, canards, poules, moutons et autres vertébrés dociles, est dispersée. Faibles individuellement, ces derniers ne se rendent pas compte qu’ensemble en unissant leur volonté, ils peuvent déplacer des montagnes et pourquoi pas, renverser le joug implacable de celui qui incarne l’autorité, le « Duce », le taureau Silvio, entouré qu’il est de ses sbires, les chiens de garde du système, et du coq collabo figure du « vox princeps ». L’étincelle rallumant la flamme de l’indépendance viendra t-elle de l’oie Adélaïde, voix de la colère, d’Azelar le rat vagabond et séditieux, ou bien de Miss B la chatte mère-courage ?
Une histoire prenante, bien que n’ayant parcouru pour le moment que 24 pages du récit, pleine de passions et de dramaturgie. C’est peut être là que se joue la différence avec la fiction d’Orwell car là où La Ferme... se « limitait » un peu à l’allégorie politique, Xavier Dorison la poule aux œufs d’or de la bd franco-belge, romance tout cela en y injectant des personnages bien campés, classiques dans leur genre mais néanmoins efficaces et attachants, du drama, un bon sens du rythme, ainsi qu’une tonalité réaliste et violente à ne pas mettre entre toutes les pattes. Pour illustrer cette rébellion, c’est vers un jeune espoir que s’est tourné Dorison, en la personne de Félix Delep. Inconnu au bataillon, ce jeune artiste n’est pas pour autant un lapin de six semaines tant ses dessins impressionnent sur tous les aspects par leur maturité et la maîtrise qu’il s’en dégage. Un trait semi-réaliste absolument nickel, dans la lignée des maîtres de l’anthropomorphisme que sont Juanjo Guarnido (Blacksad) ou Willem (L'Épée d'Ardenois) à la différence que les animaux d’ici n’ont pas une morphologie humaine, se sont juste des animaux à 2 ou 4 pattes capables de communiquer entre eux et d’interagir avec les éléments du décor. Le travail à la couleur directe façon aquarelle, le soin apporté aux décors, des cadrages alternant les différentes prises de vue, sans oublier le format gazette en 29,7 x 41,8 cm qui en met plein les mirettes, viennent parachever la bonne impression d’ensemble. Une vraie réussite pour le peu qu’on puisse en juger.
« Vous ne pouvez pas avoir une révolution si vous ne la faites pas pour votre compte ; une dictature bienveillante, ça n’existe pas ».
George Orwell.
J’ai beaucoup apprécié cette série qui nous entraîne dans une histoire fantastique aux consonances un peu apocalyptiques tout en renvoyant à la mythologie grecque. Prométhée a défié Zeus pour donner le feu aux hommes. Ce dernier lui a réservé un châtiment pour le moins cruel : avoir son foie dévoré par un aigle tout en étant enchainé sur un mont du Caucase. C’est une métaphore de l’apport de la connaissance aux hommes et de la folie de se mesurer aux Dieux pour s’élever de leur condition. Oui, il faut toujours payer le prix. Et il se comptera en millions de morts.
La scène d’introduction du premier tome avec les conquistadors dans la jungle est d’une formidable réussite. C’est vrai qu’il faut jongler sans cesse avec les nombreux retours en arrière. Il y a également une multiplication de personnages à l’image de films catastrophes où l’on suit les histoires personnelles de chacun tout en sentant qu’ils sont impliqués dans un tout. Parmi ces personnages, le héros prend les traits de Fred Ward, un acteur américain habitué aux seconds rôles dont l’évocation ne dit rien d’un premier abord mais qui a une gueule dont on se rappelle.
Au niveau du dessin, c’est très beau par moment. Je pense notamment à ces gros plans insérés sur deux pages qui donnent une dimension particulière. Cependant, quelquefois c’est moins bien dans le traitement graphique des visages des personnages. Cette irrégularité a d’ailleurs été soulevée par de nombreux lecteurs attentifs aux détails. Et puis, les planches aux couleurs informatisées restent tout de même assez froides. J’ai relevé que Bec a conçu tout seul ses premiers albums pour être rejoint par d’autres dessinateurs à partir du troisième volume dans le but d’augmenter le rythme de parution. Je ne suis pas contre.
Les deux premiers tomes restent purement introductifs. En effet, l’auteur pose à la fois le problème et met en scène les protagonistes. Néanmoins, il est dommage de se limiter aux 46 pages de rigueur. Cela aurait gagné en profondeur de dépasser ce quota absurde pour vraiment installer l’histoire. Maintenant, on va voir si cette série plutôt ambitieuse tiendra ses promesses. Si c’est le cas, cela sera sans nul doute un futur chef d’œuvre du genre.
Avec la lecture du second et du troisième tome, ma première bonne impression se poursuit fort agréablement. On voit que Bec maîtrise parfaitement son scénario. Les différents acteurs jouent leur rôle de composition comme dans un film hollywoodien. C'est d'ailleurs parfaitement assumé par l'auteur. Le suspense monte en créscendo. Pour autant, c'est également le temps des questions. En effet, on s’interroge sur le fait que l’action semble s’éterniser comme ses pendules qui s’arrêtent sur 13h13.
Il faut dire que le quatrième ainsi que le cinquième tome progressent beaucoup trop lentement. On a l’impression que ces chapitres ne servent finalement qu’à meubler l’espace en multipliant les mystères et choses insolites à travers le monde. J’apprends également que la série fera pas moins de 12 tomes et je me rends compte de la supercherie en tant qu’acheteur. Les scènes contemplatives sont légions et paraissent souvent inutiles. Les mini-intrigues morcelées rendent difficile la compréhension de l’ensemble. Cela gâche un peu la progression de l’histoire. Certes, on voit que la théorie des extra-terrestres ne tient pas la route pour expliquer les mystérieux phénomènes observés et que cela serait plutôt celle d’une expérience gouvernementale qui a mal tourné. Bref, la théorie du complot avec la fameuse zone 51 ou l’expérience Philadelphia: tous les clichés du genre réuni ! C’est dommage car le plaisir disparaît petit à petit. Le risque d’un énorme gâchis est réel à ce stade de l’aventure. On gagera que l’auteur puisse donner une nouvelle impulsion à une bonne idée de scénario.
Mon propos sera plus mesuré pour le 7ème tome qui avec la théorie du 100ème singe donne l’explication tant attendue ainsi que les enjeux. Cependant, cela ne veut pas dire pour autant que l’aventure est terminée. Il y a un compte à rebours qui se poursuit. L’avenir de l’humanité semble en jeu. On ne s’ennuie pas à la lecture. J’ai l’impression d’une véritable relance de l’histoire. Bec reste un très bon conteur d’histoire avec un mélange réussi entre science-fiction et fantastique. L’enjeu est de savoir comment va réagir l’homme face à une menace qui le dépasse.
Les auteurs nous disent en postface que le 12ème tome ne sera pas le dernier mais il clôt le récit amorcé dans le premier volume. Il y a une boucle qui se referme. La plupart des mini-intrigues trouvent leur dénouement. Et puis surtout, on a droit à un final apocalyptique qui ne fera pas dans la dentelle. Sur la longueur, j’ai apprécié ce récit de science-fiction qui pourra se révéler crédible dans le futur mais on ne l’espère pas. L’auteur est parvenu à nous rappeler les enjeux, puis la chronologie des faits avant de donner une explication. Il reste encore de nombreuses questions à résoudre. Je n’arrive pas à me satisfaire de l’hypothèse du test et du créateur destructeur. On verra que tout est de la faute des politiques. Le président français en fera les frais alors que le président américain totalement responsable de ce désastre se cachera bien sous un puissant abri antiatomique. La justice divine est très partiale.
Alors qu'on nous avait promis que le 13ème tome serait le dernier de la série, voilà un 14ème tome qui semble marquer un nouveau cycle ce que confirme d'ailleurs un tome 15 ainsi que les tomes suivants un peu plus constructif et moins passif. Je ne dis pas que c'est mauvais forcément. J'ai plutôt apprécié cette lecture qui semble remettre l'aventure sur d'autres rails. Il est vrai que je n'étais pas entièrement satisfait de la fin de cette saga tout comme de nombreux autres lecteurs. Christophe Bec a visiblement tenu compte des remarques qu'il avait reçues à ce sujet. On va vers la résolution de certains mystères et une progression du récit. Cependant, il faudra accepter un nombre de tomes conséquents ce qui fait assez feuilleton. C'est une série qui se vend autour de 35000 exemplaires chaque tome en moyenne. Bref, cela fonctionne parfaitement car la demande est présente. Pourquoi s'en priver alors ? Il faut sans doute préciser qu'il faut également savoir conclure car toute bonne chose a une fin.
Je me suis également aperçu que c’est une série qu’il faut lire d’un coup pour faire le lien. On ne comprend pas grand-chose si on lit les albums séparément à chaque fois qu’ils paraissent. Il faut tout reprendre depuis le début pour apprécier cette lecture. Au final, on se rend compte que c’est diablement efficace. Bec a beaucoup progressé, c’est incontestable. En ce qui me concerne, une des meilleures séries de science-fiction de l'époque moderne de la BD.
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
Bout d’homme est une BD assez méconnue en 4 tomes qui a pour cadre la Bretagne. J’ai beaucoup aimé la "dureté" de l’histoire entre la misère et l'injustice ainsi que toute cette haine qui se dégage dans la relation du héros Rémi avec ses parents. Il est question d’un enfant qui ne peut plus grandir et à 19 ans, il en parait 10. Il est dommage que le dernier tome vienne rompre subitement le ton plutôt sombre et triste de l’histoire. Le "happy end" ne s'imposait pas ! C'était à mon sens une erreur scénaristique qui a détruit la magie qui se dégageait des premiers volumes.
C’est l’une des premières bd véritablement adulte que j’ai commencé à lire. Je me rappelle que cette lecture m’avait beaucoup marqué à l’époque. Je trouverai sans doute cela dépassé aujourd’hui. Cependant, la nostalgie du début et la bonne impression m’est toujours resté.
Et alors que nous lecteur, on croyait que cette série était bel et bien terminée, voilà que l'auteur nous revient près de 14 ans après pour écrire un deuxième chapitre qui est censé se situer entre le 3ème tome et le dernier pour lever des voiles d'ombres sur le mystère autour de Bout d'Homme qui avait subitement grandi durant un voyage outre-Atlantique.
La ficelle paraît trop grosse pour expliquer cette démarche. Je ne crois pas que le lecteur voulait absolument une suite sous cette forme. Par ailleurs, l'auteur introduit beaucoup d'éléments lié à la religion qui faisait défaut dans l'œuvre originelle si bien que l'on se pose de sérieuses questions. La qualité de la colorisation s'est également nettement amélioré ce qui rompt avec les premiers tomes. Certes, au final, on a du plaisir à retrouver Rémi et à suivre ses pérégrinations.
Le tome 6 qui est le dernier tome de la série est sorti en 2018 soit près de 28 ans après le tome 1. Il a fallu également attendre 10 ans entre le dernier tome et l’avant dernier. Bref, le lecteur qui a suivi Rémy a dû faire preuve de beaucoup de patience. Au final, c’est assez crédible car cela explique le changement d’état d’esprit de Remy dans le tome 4. C’est comme si ce voyage était destinée à réparer ce que j’évoquais plus haut. Et puis, c’est toujours bien de terminer sur une note positive et pleine d’espoir. L’amour va triompher de la haine.
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
Résumer "Il faut flinguer Ramirez" à Tarantino, Peckinpah (dont le titre fait écho à Alfredo Garcia) ou Rodriguez comme l'annonce fièrement Glénat serait une erreur...
Résumer l'oeuvre de Nicolas Pétrimaux à un revival des eighties à la mode Néon Rétro en serait une également...
Car si Ramirez puise autant dans les références passées, c'est davantage dans l'humour nonsensique d'un Fabcaro qu'il faudrait regarder en y ajoutant un soupçon de Tom et Jerry pour les courses poursuites haletantes.
"Il faut flinguer Ramirez" n'est ni plus ni moins qu'un gros coup de coeur, précisément la pépite sortie de nulle part en cette fin de semestre 2018 tant elle cumule les références classiques des mondes évoqués plus haut pour s'achever (provisoirement) sur un ovni fun et rafraichissant tout à fait original.
Cette traque par la mafia mexicaine d'un réparateur d'aspirateur au visage "particulier" et aussi bavard que Bernardo dans Zorro n'est qu'un prétexte pour dessiner des ambiances veloutées à la Miami Vice pour les quadras ou GTA Vice City pour les trentenaires avec une mise en scène rythmée qui n'aurait rien à envier aux autres média du grand comme du petit écran.
S'appropriant les codes en rigueur de cette époque pour mieux se les réapproprier (Coucou la Renault 5), Pétrimaux ne livre ni plus ni moins qu'un divertissement intelligent en se jouant la plupart du temps des clichés même si on n'évite pas un cast féminin sexy et bad ass.
Non il ne faut pas flinguer Ramirez car ce petit bonhomme muet et doué possède de quoi divertir longtemps le lecteur en attente d'autres titres aussi funs et mis en scène.
L'objectif de satisfaction est coché à toutes les catégories, fun, dessin, scénario, action et humour sans céder aux facilités gore, cul, vulgarité.... Monsieur Pétrimaux nous vous tirons notre chapeau.
Le meilleur hommage que je puisse faire à William Vance, disparu aujourd'hui, est encore de poster un avis sur la bd qui est son chef-d'oeuvre, et une de mes préférées.
Côté scénario, Van Hamme nous sert ce qui est peut-être son scénario le plus abouti, le plus travaillé. XIII est truffée de personnages plus travaillés et sur-intéressants les uns que les autres, des "gentils" (Colonel Amos, Jones, Harrington, Betty, Armand, etc...) aux "méchants", dont l'emblématique Mangouste. Je ne me suis jamais ennuyé dans la lecture de XIII, et la galerie de personnages y est pour quelque chose. Pour ce qui concerne le scénario à proprement parler, certains lui reprochent une certaine longueur (XIII devait comporter 13 tomes à l'origine).
Effectivement, en y regardant de plus près, il est vrai que le scénario se complexifie un peu et que toute la dernière partie était peut-être dispensable. Mais très honnêtement, j'ai lu tous les albums en trois jours d'une traite, et, dans le cours de ma lecture, je n'ai aucunement été lassé, même vers la fin. Autrement dit, une fois qu'on est dedans, difficile d'en sortir, on est totalement pris dedans. Dans XIII, on ne s'arrête jamais, et c'est ça qui est bon. XIII est une des rares bd que je relis régulièrement en entier, et chaque fois avec le même plaisir. Pour le scénario, donc, mais aussi pour le dessin.
Car ce dessin, il est exceptionnel. Le style de Vance, réaliste et dur, convient parfaitement à ce style de bd d'action. Le trait est dynamique tout en étant réaliste, et les personnages sont très bien croqués, XIII et Jones sont extrêmement beaux, quand d'autres sont parfaitement détestables jusque dans leurs expressions, comme Giordino ou La Mangouste. Le dessin de Vance est d'ailleurs égal dans l'excellence du début à la fin. Dans pas mal de séries, le dessin est un peu brouillon au début puis s'affine au fur et à mesure. Quand il a commencé XIII, Vance avait déjà une belle carrière derrière lui, et un style bien défini et arrêté. Non pas que le fait que les dessinateurs progressent au fil de leur série ne me dérange (au contraire), mais cela me semble assez rare pour être noté, surtout dans les séries les plus populaires. Le 18e tome, dessiné par Giraud, dans son style particulier à la SF, est également très beau, même si dans un style totalement différent de celui de Vance. Ce changement provisoire de dessin est, d'ailleurs, très bien vu car il empêche le lecteur de découvrir le "vrai" visage du héros.
Bref, XIII est un incontournable de la bd, un monument, une bd culte en somme, le chef d'oeuvre de Jean Van Hame, et du regretté William Vance.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Le Rapport de Brodeck
Larcenet fait aujourd'hui figure d'autorité dans le paysage de la BD française, avec des sorties d'albums toujours plus remarquées, des critiques élogieuses et une omniprésence dans les ventes, les articles et les festivals. C'est un monstre de la BD, et à ce titre j'essaye de rester encore plus neutre lorsque j'en parle. Il est beaucoup trop facile de tomber dans les louanges faciles quand on aime quasiment tout de l'auteur. Pourtant, le rapport de Brodeck m'a happé à nouveau. Comme tout les autres ouvrages de l'auteur. Implacablement. Je ne pourrais pas dire grand chose que les autres avis n'ont déjà soulignés. Tout est bon, du dessin à l'histoire, les cadrages, les partis pris et les représentations, ce qui s'en dégage ... Tout ! Rien ne semble laissé au hasard, et j'ai une envie de le relire alors même que je rédige cet avis. Mais je crois qu'il faut prendre le temps pour le lire, parce que cette œuvre est dense et noire. Très noire. Pas seulement au niveau du trait. C'est ici l'humanité dans toute son horreur à laquelle on assiste. Et ça n'est vraiment pas beau. D'ailleurs Larcenet renforce cette horreur par la contemplation de la nature qui environne ce village. Une nature qui gagne toujours à la fin, recouvrant tout, les crimes et l'horreur. Des thèmes chers à l'auteur et qu'on retrouve dans bon nombre d’œuvres. Larcenet signe ici un chef-d’œuvre (et je ne pourrais dire si c'est SON chef-d’œuvre, tant les autres me semblent légitimes à concourir aussi), et l'adaptation est une réussite à tout point. Je n'ai nul envie de lire le livre, convaincu que je n'en tirerais rien de plus. La BD est suffisante à elle-même sur tout. Elle n'appelle nulle lecture supplémentaire. Je m'arrêterais ici, en suggérant simplement la lecture de cet œuvre. Elle est traversée d'une noirceur et d'une fatalité, mais elle marque. Larcenet à plus que réussi son coup, et prouve encore une fois la mesure de son talent. Un monstre sacré, cet auteur.
Florida
S’il y avait un seul nom d’auteur à retenir pour moi, cela serait bien celui de Jean Dytar. Ce qu’il nous propose cette fois-ci après Le Sourire des Marionnettes et surtout La Vision de Bacchus est tout simplement extraordinaire aussi bien sur le fond que sur la forme. Il a d’ailleurs passé 4 ans sur cette oeuvre et cela se sent. C’est ma bd gros coup de cœur avec un achat indispensable. Dire que l’auteur a progressé serait un doux euphémisme. Cela va bien au-delà. Cela frôle même le chef d’œuvre ! Je suis si rarement enthousiaste. Florida est une pure merveille dans la manière où le récit est construit avec une certaine virtuosité. Cela part d’une relation entre Eléonore la rêveuse et Jacques le cartographe qui ont dû fuir la France à cause des persécutions menées contre les protestants à la fin du XVIème siècle. Ils ont eu raison de se réfugier à Londres alors que la terrible journée de la Saint-Barthélemy est encore dans toutes les mémoires. Faut-il aller plus loin et se réfugier dans des contrées encore vierge comme la Floride ? Est-ce véritablement le paradis tant vanté ? C’est stratégique pour les autres nations européennes qui veulent contrebalancer la toute-puissance espagnole sur le continent américain. Il y a encore de la marge et notamment au Nord. Cependant, il faudra faire face non seulement aux éléments de la nature mais également aux indiens dont les tributs varient du pacifisme à la hache de guerre. Il y a une véritable prise de conscience des enjeux politiques mais c’est expliqué de telle manière qu’on ne tombe pas dans le simplisme des situations. C’est un récit qui est dense et riche mais l’immersion est totale dès le début. On est impressionné par le talent de l’auteur qui a sû si bien construire et mener son histoire. Par ailleurs, c’est un sujet qui est rarement évoqué et que l’on découvre avec un certain plaisir. Cette expédition est passionnante du tout au tout. Comme l’auteur est complet, on a droit à une merveille au niveau du dessin même s’il est assez épuré. La couverture est véritablement magnifique avec ses couleurs tout en aquarelle. La sobriété mène à une parfaite lisibilité ce qui est le plus agréable. Somptueux sur la forme. Florida est une œuvre qu’il faut absolument découvrir. C’est épique en plus d’être historique ainsi que d’une grande pureté émotionnelle. L’univers de la Floride à ses débuts n’aura plus aucun secret pour vous. Je dirai également que c’est également un véritable thriller psychologique qui nous conduit très très loin. Quand une œuvre est singulière, elle peut être également brillante. Bref, un immense électrochoc ! Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
L'Arabe du futur
J'adore vraiment cette série. Je suis en train de la relire, et c'est toujours le même plaisir, donc note maximale pour moi. Déjà, il faut remarquer que le livre en lui même est très agréable au toucher avec ses pages épaisses et son papier à grain, tout l'inverse d'un papier glacé, parfois gênant à lire à cause des reflets. Je lis chaque tome, assez gros, en une ou deux fois, tellement je suis happé par l'histoire. La lecture est en effet très agréable, très fluide, le trait est simple mais efficace, avec des personnages très expressifs, notamment concernant leurs mimiques. Tout cela permet de suivre, sur un rythme effréné, le quotidien souvent drôle, mais parfois tragique aussi, des protagonistes, dont la plupart sont très attachants (Riad et son père surtout). Côté couleur, on a une tétrachromie qui n'est pas sans rappeler le drapeau Syrien: noir, blanc, vert, et rouge. Surtout, la lecture permet un voyage temporel et spatial dans le moyen Orient et la France du début des années 80. On a donc ici un témoignage des plus précieux sur la vie et l'idéologie des syriens et des libyens. Cette tranche de vie est sans doute encore plus précieuse depuis la guerre qui a ravagé la Syrie. A consommer sans modération.
Gaston Lagaffe
Gaston... l'employé de bureau... mais le patron de la BD! Ce n'est pas une série culte, c'est une série cultissime! A lire d'urgence
Astérix
S'il ne faut acquérir qu'une seule série de BD, c'est bien celle-ci! Rien d'autre à ajouter!
Le Château des Animaux
Qui n’a toujours pas lu La ferme des animaux de George Orwell ? Court roman devenu un classique dénonçant le stalinisme et de façon plus générale les régimes totalitaires au travers d’une fable animalière où ces derniers après avoir renversé les humains qui les exploitaient, devenaient à leur tour les despotes de leurs congénères, l’oppressé d’hier devenant ironiquement l’oppresseur de demain. Très clairement Le Château des animaux ne renient pas cette influence orwellienne et ce jusqu’à son introduction très similaire à quelques détails près : pour une raison inconnue les humains du château sont partis, laissant les animaux présents sur place à leur libre destinée, ceux-ci ayant très vite basculé dans un régime tyrannique qui ne dit pas son nom, à moins qu’il en est été ainsi depuis le début. Au sein de ce microcosme bestial, c’est la loi du plus fort qui règne en réalité : l’égalité n’est même plus une utopie, le partage des richesses n’est qu’un leurre, les valeurs d’entraide un mirage, tandis que la terreur règne au sein de la basse-cour. La masse composée des frêles lapins, canards, poules, moutons et autres vertébrés dociles, est dispersée. Faibles individuellement, ces derniers ne se rendent pas compte qu’ensemble en unissant leur volonté, ils peuvent déplacer des montagnes et pourquoi pas, renverser le joug implacable de celui qui incarne l’autorité, le « Duce », le taureau Silvio, entouré qu’il est de ses sbires, les chiens de garde du système, et du coq collabo figure du « vox princeps ». L’étincelle rallumant la flamme de l’indépendance viendra t-elle de l’oie Adélaïde, voix de la colère, d’Azelar le rat vagabond et séditieux, ou bien de Miss B la chatte mère-courage ? Une histoire prenante, bien que n’ayant parcouru pour le moment que 24 pages du récit, pleine de passions et de dramaturgie. C’est peut être là que se joue la différence avec la fiction d’Orwell car là où La Ferme... se « limitait » un peu à l’allégorie politique, Xavier Dorison la poule aux œufs d’or de la bd franco-belge, romance tout cela en y injectant des personnages bien campés, classiques dans leur genre mais néanmoins efficaces et attachants, du drama, un bon sens du rythme, ainsi qu’une tonalité réaliste et violente à ne pas mettre entre toutes les pattes. Pour illustrer cette rébellion, c’est vers un jeune espoir que s’est tourné Dorison, en la personne de Félix Delep. Inconnu au bataillon, ce jeune artiste n’est pas pour autant un lapin de six semaines tant ses dessins impressionnent sur tous les aspects par leur maturité et la maîtrise qu’il s’en dégage. Un trait semi-réaliste absolument nickel, dans la lignée des maîtres de l’anthropomorphisme que sont Juanjo Guarnido (Blacksad) ou Willem (L'Épée d'Ardenois) à la différence que les animaux d’ici n’ont pas une morphologie humaine, se sont juste des animaux à 2 ou 4 pattes capables de communiquer entre eux et d’interagir avec les éléments du décor. Le travail à la couleur directe façon aquarelle, le soin apporté aux décors, des cadrages alternant les différentes prises de vue, sans oublier le format gazette en 29,7 x 41,8 cm qui en met plein les mirettes, viennent parachever la bonne impression d’ensemble. Une vraie réussite pour le peu qu’on puisse en juger. « Vous ne pouvez pas avoir une révolution si vous ne la faites pas pour votre compte ; une dictature bienveillante, ça n’existe pas ». George Orwell.
Prométhée
J’ai beaucoup apprécié cette série qui nous entraîne dans une histoire fantastique aux consonances un peu apocalyptiques tout en renvoyant à la mythologie grecque. Prométhée a défié Zeus pour donner le feu aux hommes. Ce dernier lui a réservé un châtiment pour le moins cruel : avoir son foie dévoré par un aigle tout en étant enchainé sur un mont du Caucase. C’est une métaphore de l’apport de la connaissance aux hommes et de la folie de se mesurer aux Dieux pour s’élever de leur condition. Oui, il faut toujours payer le prix. Et il se comptera en millions de morts. La scène d’introduction du premier tome avec les conquistadors dans la jungle est d’une formidable réussite. C’est vrai qu’il faut jongler sans cesse avec les nombreux retours en arrière. Il y a également une multiplication de personnages à l’image de films catastrophes où l’on suit les histoires personnelles de chacun tout en sentant qu’ils sont impliqués dans un tout. Parmi ces personnages, le héros prend les traits de Fred Ward, un acteur américain habitué aux seconds rôles dont l’évocation ne dit rien d’un premier abord mais qui a une gueule dont on se rappelle. Au niveau du dessin, c’est très beau par moment. Je pense notamment à ces gros plans insérés sur deux pages qui donnent une dimension particulière. Cependant, quelquefois c’est moins bien dans le traitement graphique des visages des personnages. Cette irrégularité a d’ailleurs été soulevée par de nombreux lecteurs attentifs aux détails. Et puis, les planches aux couleurs informatisées restent tout de même assez froides. J’ai relevé que Bec a conçu tout seul ses premiers albums pour être rejoint par d’autres dessinateurs à partir du troisième volume dans le but d’augmenter le rythme de parution. Je ne suis pas contre. Les deux premiers tomes restent purement introductifs. En effet, l’auteur pose à la fois le problème et met en scène les protagonistes. Néanmoins, il est dommage de se limiter aux 46 pages de rigueur. Cela aurait gagné en profondeur de dépasser ce quota absurde pour vraiment installer l’histoire. Maintenant, on va voir si cette série plutôt ambitieuse tiendra ses promesses. Si c’est le cas, cela sera sans nul doute un futur chef d’œuvre du genre. Avec la lecture du second et du troisième tome, ma première bonne impression se poursuit fort agréablement. On voit que Bec maîtrise parfaitement son scénario. Les différents acteurs jouent leur rôle de composition comme dans un film hollywoodien. C'est d'ailleurs parfaitement assumé par l'auteur. Le suspense monte en créscendo. Pour autant, c'est également le temps des questions. En effet, on s’interroge sur le fait que l’action semble s’éterniser comme ses pendules qui s’arrêtent sur 13h13. Il faut dire que le quatrième ainsi que le cinquième tome progressent beaucoup trop lentement. On a l’impression que ces chapitres ne servent finalement qu’à meubler l’espace en multipliant les mystères et choses insolites à travers le monde. J’apprends également que la série fera pas moins de 12 tomes et je me rends compte de la supercherie en tant qu’acheteur. Les scènes contemplatives sont légions et paraissent souvent inutiles. Les mini-intrigues morcelées rendent difficile la compréhension de l’ensemble. Cela gâche un peu la progression de l’histoire. Certes, on voit que la théorie des extra-terrestres ne tient pas la route pour expliquer les mystérieux phénomènes observés et que cela serait plutôt celle d’une expérience gouvernementale qui a mal tourné. Bref, la théorie du complot avec la fameuse zone 51 ou l’expérience Philadelphia: tous les clichés du genre réuni ! C’est dommage car le plaisir disparaît petit à petit. Le risque d’un énorme gâchis est réel à ce stade de l’aventure. On gagera que l’auteur puisse donner une nouvelle impulsion à une bonne idée de scénario. Mon propos sera plus mesuré pour le 7ème tome qui avec la théorie du 100ème singe donne l’explication tant attendue ainsi que les enjeux. Cependant, cela ne veut pas dire pour autant que l’aventure est terminée. Il y a un compte à rebours qui se poursuit. L’avenir de l’humanité semble en jeu. On ne s’ennuie pas à la lecture. J’ai l’impression d’une véritable relance de l’histoire. Bec reste un très bon conteur d’histoire avec un mélange réussi entre science-fiction et fantastique. L’enjeu est de savoir comment va réagir l’homme face à une menace qui le dépasse. Les auteurs nous disent en postface que le 12ème tome ne sera pas le dernier mais il clôt le récit amorcé dans le premier volume. Il y a une boucle qui se referme. La plupart des mini-intrigues trouvent leur dénouement. Et puis surtout, on a droit à un final apocalyptique qui ne fera pas dans la dentelle. Sur la longueur, j’ai apprécié ce récit de science-fiction qui pourra se révéler crédible dans le futur mais on ne l’espère pas. L’auteur est parvenu à nous rappeler les enjeux, puis la chronologie des faits avant de donner une explication. Il reste encore de nombreuses questions à résoudre. Je n’arrive pas à me satisfaire de l’hypothèse du test et du créateur destructeur. On verra que tout est de la faute des politiques. Le président français en fera les frais alors que le président américain totalement responsable de ce désastre se cachera bien sous un puissant abri antiatomique. La justice divine est très partiale. Alors qu'on nous avait promis que le 13ème tome serait le dernier de la série, voilà un 14ème tome qui semble marquer un nouveau cycle ce que confirme d'ailleurs un tome 15 ainsi que les tomes suivants un peu plus constructif et moins passif. Je ne dis pas que c'est mauvais forcément. J'ai plutôt apprécié cette lecture qui semble remettre l'aventure sur d'autres rails. Il est vrai que je n'étais pas entièrement satisfait de la fin de cette saga tout comme de nombreux autres lecteurs. Christophe Bec a visiblement tenu compte des remarques qu'il avait reçues à ce sujet. On va vers la résolution de certains mystères et une progression du récit. Cependant, il faudra accepter un nombre de tomes conséquents ce qui fait assez feuilleton. C'est une série qui se vend autour de 35000 exemplaires chaque tome en moyenne. Bref, cela fonctionne parfaitement car la demande est présente. Pourquoi s'en priver alors ? Il faut sans doute préciser qu'il faut également savoir conclure car toute bonne chose a une fin. Je me suis également aperçu que c’est une série qu’il faut lire d’un coup pour faire le lien. On ne comprend pas grand-chose si on lit les albums séparément à chaque fois qu’ils paraissent. Il faut tout reprendre depuis le début pour apprécier cette lecture. Au final, on se rend compte que c’est diablement efficace. Bec a beaucoup progressé, c’est incontestable. En ce qui me concerne, une des meilleures séries de science-fiction de l'époque moderne de la BD. Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
Bout d'homme
Bout d’homme est une BD assez méconnue en 4 tomes qui a pour cadre la Bretagne. J’ai beaucoup aimé la "dureté" de l’histoire entre la misère et l'injustice ainsi que toute cette haine qui se dégage dans la relation du héros Rémi avec ses parents. Il est question d’un enfant qui ne peut plus grandir et à 19 ans, il en parait 10. Il est dommage que le dernier tome vienne rompre subitement le ton plutôt sombre et triste de l’histoire. Le "happy end" ne s'imposait pas ! C'était à mon sens une erreur scénaristique qui a détruit la magie qui se dégageait des premiers volumes. C’est l’une des premières bd véritablement adulte que j’ai commencé à lire. Je me rappelle que cette lecture m’avait beaucoup marqué à l’époque. Je trouverai sans doute cela dépassé aujourd’hui. Cependant, la nostalgie du début et la bonne impression m’est toujours resté. Et alors que nous lecteur, on croyait que cette série était bel et bien terminée, voilà que l'auteur nous revient près de 14 ans après pour écrire un deuxième chapitre qui est censé se situer entre le 3ème tome et le dernier pour lever des voiles d'ombres sur le mystère autour de Bout d'Homme qui avait subitement grandi durant un voyage outre-Atlantique. La ficelle paraît trop grosse pour expliquer cette démarche. Je ne crois pas que le lecteur voulait absolument une suite sous cette forme. Par ailleurs, l'auteur introduit beaucoup d'éléments lié à la religion qui faisait défaut dans l'œuvre originelle si bien que l'on se pose de sérieuses questions. La qualité de la colorisation s'est également nettement amélioré ce qui rompt avec les premiers tomes. Certes, au final, on a du plaisir à retrouver Rémi et à suivre ses pérégrinations. Le tome 6 qui est le dernier tome de la série est sorti en 2018 soit près de 28 ans après le tome 1. Il a fallu également attendre 10 ans entre le dernier tome et l’avant dernier. Bref, le lecteur qui a suivi Rémy a dû faire preuve de beaucoup de patience. Au final, c’est assez crédible car cela explique le changement d’état d’esprit de Remy dans le tome 4. C’est comme si ce voyage était destinée à réparer ce que j’évoquais plus haut. Et puis, c’est toujours bien de terminer sur une note positive et pleine d’espoir. L’amour va triompher de la haine. Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
Il faut flinguer Ramirez
Résumer "Il faut flinguer Ramirez" à Tarantino, Peckinpah (dont le titre fait écho à Alfredo Garcia) ou Rodriguez comme l'annonce fièrement Glénat serait une erreur... Résumer l'oeuvre de Nicolas Pétrimaux à un revival des eighties à la mode Néon Rétro en serait une également... Car si Ramirez puise autant dans les références passées, c'est davantage dans l'humour nonsensique d'un Fabcaro qu'il faudrait regarder en y ajoutant un soupçon de Tom et Jerry pour les courses poursuites haletantes. "Il faut flinguer Ramirez" n'est ni plus ni moins qu'un gros coup de coeur, précisément la pépite sortie de nulle part en cette fin de semestre 2018 tant elle cumule les références classiques des mondes évoqués plus haut pour s'achever (provisoirement) sur un ovni fun et rafraichissant tout à fait original. Cette traque par la mafia mexicaine d'un réparateur d'aspirateur au visage "particulier" et aussi bavard que Bernardo dans Zorro n'est qu'un prétexte pour dessiner des ambiances veloutées à la Miami Vice pour les quadras ou GTA Vice City pour les trentenaires avec une mise en scène rythmée qui n'aurait rien à envier aux autres média du grand comme du petit écran. S'appropriant les codes en rigueur de cette époque pour mieux se les réapproprier (Coucou la Renault 5), Pétrimaux ne livre ni plus ni moins qu'un divertissement intelligent en se jouant la plupart du temps des clichés même si on n'évite pas un cast féminin sexy et bad ass. Non il ne faut pas flinguer Ramirez car ce petit bonhomme muet et doué possède de quoi divertir longtemps le lecteur en attente d'autres titres aussi funs et mis en scène. L'objectif de satisfaction est coché à toutes les catégories, fun, dessin, scénario, action et humour sans céder aux facilités gore, cul, vulgarité.... Monsieur Pétrimaux nous vous tirons notre chapeau.
XIII
Le meilleur hommage que je puisse faire à William Vance, disparu aujourd'hui, est encore de poster un avis sur la bd qui est son chef-d'oeuvre, et une de mes préférées. Côté scénario, Van Hamme nous sert ce qui est peut-être son scénario le plus abouti, le plus travaillé. XIII est truffée de personnages plus travaillés et sur-intéressants les uns que les autres, des "gentils" (Colonel Amos, Jones, Harrington, Betty, Armand, etc...) aux "méchants", dont l'emblématique Mangouste. Je ne me suis jamais ennuyé dans la lecture de XIII, et la galerie de personnages y est pour quelque chose. Pour ce qui concerne le scénario à proprement parler, certains lui reprochent une certaine longueur (XIII devait comporter 13 tomes à l'origine). Effectivement, en y regardant de plus près, il est vrai que le scénario se complexifie un peu et que toute la dernière partie était peut-être dispensable. Mais très honnêtement, j'ai lu tous les albums en trois jours d'une traite, et, dans le cours de ma lecture, je n'ai aucunement été lassé, même vers la fin. Autrement dit, une fois qu'on est dedans, difficile d'en sortir, on est totalement pris dedans. Dans XIII, on ne s'arrête jamais, et c'est ça qui est bon. XIII est une des rares bd que je relis régulièrement en entier, et chaque fois avec le même plaisir. Pour le scénario, donc, mais aussi pour le dessin. Car ce dessin, il est exceptionnel. Le style de Vance, réaliste et dur, convient parfaitement à ce style de bd d'action. Le trait est dynamique tout en étant réaliste, et les personnages sont très bien croqués, XIII et Jones sont extrêmement beaux, quand d'autres sont parfaitement détestables jusque dans leurs expressions, comme Giordino ou La Mangouste. Le dessin de Vance est d'ailleurs égal dans l'excellence du début à la fin. Dans pas mal de séries, le dessin est un peu brouillon au début puis s'affine au fur et à mesure. Quand il a commencé XIII, Vance avait déjà une belle carrière derrière lui, et un style bien défini et arrêté. Non pas que le fait que les dessinateurs progressent au fil de leur série ne me dérange (au contraire), mais cela me semble assez rare pour être noté, surtout dans les séries les plus populaires. Le 18e tome, dessiné par Giraud, dans son style particulier à la SF, est également très beau, même si dans un style totalement différent de celui de Vance. Ce changement provisoire de dessin est, d'ailleurs, très bien vu car il empêche le lecteur de découvrir le "vrai" visage du héros. Bref, XIII est un incontournable de la bd, un monument, une bd culte en somme, le chef d'oeuvre de Jean Van Hame, et du regretté William Vance.