Les derniers avis (7654 avis)

Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Âge d'eau
L'Âge d'eau

Après nous avoir subjugués il y a dix ans avec son chef d’œuvre Kililana Song, Benjamin Flao serait-il en train de transformer l’essai ? Témoin talentueux de notre monde en décomposition, Flao signe une histoire alimentée par les grandes peurs du moment, notamment celle de la montée des eaux liée au changement climatique, dont on a pu constater cette année une sorte d’emballement avec des canicules et une sécheresse hors-normes. L’histoire se déploie sur deux axes narratifs parallèles, l’un qui permet de suivre les membres d’une famille qui tente de s’adapter au nouveau contexte climatique, le pays étant submergé par des eaux qui semblent ne pas vouloir retrouver leur niveau d’avant la crue. La seconde ligne narrative, elle, nous dévoile les états d’âme d’un drôle de chien bleu très attaché à ses « maîtres », un chien qui observe à l’aune de ses sensations primales et qui rêve, de sa vie antérieure, en humain peut-être, un chien poète qui vit le temps présent, « acceptant la dissolution du monde », et se souvient, assailli de visions des temps anciens « où tout brillait d’un même éclat, (…) où tout n’était que pure fréquence », bien avant « le grand engourdissement du monde ». Cette structure fonctionne très bien, les deux modes de récit se relayant l’un et l’autre tout au long du livre, apportant une respiration bienvenue. Deux styles en contraste permanent, l’un plus accessible, à la fois réaliste, linéaire et choral, succédant à l’autre, plus onirique et poétique. On suit donc cette famille quelque peu éparpillée, Hans le baroudeur divorcé aux faux airs de Blueberry qui se remet mal d’une peine de cœur, sa mère Jeannes, qui erre de cabane en cabane le long du « fleuve » pour échapper aux hélicoptères du gouvernement, sa fille Vinee, étudiante et punkette en révolte qui rejette le « nouveau » monde qu’on lui propose, et enfin, le grand frère de Hans, Gorza, géant bourrin et simplet mais d’une gentillesse touchante que rien ne semble corrompre, peut-être le personnage le plus attachant du récit. Dans la description de ce monde violent, à peine plus que celui que nous connaissons car il n’en est que le prolongement imaginaire, vient s’ajouter une réflexion politique sur son devenir. Comme le constatent avec dépit Vinee et sa nouvelle amie Safia, la crue n’a rien changé, elle n’a même pas réveillé les esprits… C’est l’inverse qui se produit, et « la peur, c’est toujours elle qui parle en premier… Quand la nature envoie un signal, l’Homme ne comprend jamais le message. » Des propos qui font étrangement écho à ce que nous vivons actuellement… Cela étant, Flao nous offre une note d’espoir en montrant cette communauté — qui rappelle quelque peu les mouvements zadistes voire les Gilets jaunes —, redécouvrant les bienfaits de la solidarité et de l’entraide dans ce contexte « post-apo », où les autorités n’ont pas abandonné leur volonté de contrôle de la population. On adore toujours autant le dessin de Benjamin Flao à l’assurance un brin rageuse, plus âpre dans les scènes d’action, plus débonnaire dans les scènes calmes. Ses personnages, tous très bien campés, possèdent de vraies gueules. Flao les dépeint de façon si réaliste qu’on finit par se persuader qu’ils existent vraiment – ou au mieux, de les avoir croisés quelque part. Dans un style très différent, les passages oniriques dévoilant les pensées du chien bleu sont de toute beauté. Dans des tons souvent bleutés, à la fois sombres et lumineux, les superbes aquarelles nous emportent vers des sphères insoupçonnées et des espaces infinis que chacun, bercé par les mots apaisants de l’animal, pourra interpréter à sa guise. En revanche, tout le monde ne pourra être que d’accord sur le fait que ce voyage intérieur vers un passé immémorial est tout simplement magnifique. Assurément, Benjamin Flao est un auteur que l’état du monde désespère et qui cherche à travers son œuvre une issue de secours. Avec « L’Âge de l’eau », il a fermé les yeux très fort et a pris de le la hauteur, beaucoup de hauteur, pour dompter son désespoir. De ces sommets, il en est revenu avec ce récit d’anticipation quelque peu « westernisant » qui révèle très vite sa richesse intrinsèque. Pouvant paraître anxiogène au premier abord (on pense beaucoup à « La Terre des fils » de Gipi), l’histoire trouve son équilibre grâce à ses visions mordorées qui laissent un arrière-goût de merveilleux. Ce diptyque, vous ne vous en rendrez pas forcément compte immédiatement, est un livre magique, qui pourrait bien vous habiter longtemps après lecture.

20/08/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Labyrinthe inachevé
Le Labyrinthe inachevé

Je me jette sur toutes les nouveautés de Jeff Lemire, et je ressors rarement déçu de mes lectures. Les thèmes de « Mazebook » se rapprochent de ceux de Royal City ou encore de Jack Joseph, soudeur sous-marin, cad la paternité, mais aussi la perte et le deuil. Les labyrinthes ajoutent un symbolisme puissant à cette histoire, et représentent selon moi le risque de se perdre dans les méandres de sa douleur, de ses souvenirs… de ne pas pouvoir aller de l’avant, de continuer à vivre. J’ai trouvé le propos touchant et bouleversant, et la fin est très belle. Comme pour « Royal City », les touches de fantastique pourront être interprétées de façon rationnelle… ou pas, selon le lecteur. La mise en image est parfaite. On reconnait tout de suite le style esquissé et les couleurs aquarelles de l’auteur, mais il innove sur la narration, avec ce fil narratif rouge, et ces quelques pages dont les cases sont agencées comme un labyrinthe. En tout cas l’ensemble est d’une fluidité exemplaire. J’ai avalé l’album d’une traite, en me forçant à faire des pauses pour rallonger le plaisir de lecture. Peut-être le meilleur album de Lemire que j’ai lu à ce jour. Il explique dans la postface « making of » que ça faisait longtemps qu’il n’avait pas pris autant de plaisir à écrire et illustrer une histoire, et je trouve que cela se ressent à la lecture.

17/08/2022 (modifier)
Par Francois
Note: 5/5
Couverture de la série La Bibliomule de Cordoue
La Bibliomule de Cordoue

Cette bande dessinée m’a laissé une impression similaire à celle que j’ai eue après avoir lu Maus fin des années 80 : brillante, profonde, un message clair, des dessins épatants. Un livre de chevet.

15/08/2022 (modifier)
Par Blacki
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Game Over
Game Over

Game Over Le petit barbare doit trouver la sortie, combattre les blorks...ou les fuirs! Et parfois sauver la princesse. Les couvertures sont soit toute simple, en relief ou avec un effet special sur les yeux d'un blork comme sur la 16 et avec des paillettes sur la langue comme sur la 19! Tres bonneB.D, pour petit et grands, j'en fais la collection mais peux être que comme d'autre le dise, le concept est répétitif quand on sait que la base c'est Kid Paddle et que le petit barbare apparait modérément contrairement á Game Over. Ca serait bien si il y avait une B.D differente de temps en temps à la place de la mort répétitif du petit barbare. Par exemple une B.D qui raconte qu'il est à la recherche d'une ancienne cité ou ville devastée par la mer et dont il est le seul survivant ou un des seuls ...Mais je sais qu'après, il faut les idées. Les gags du petit barbare et de la princesse sont devenus des incontournables. Les B.D Game Over sont sur la bonne voie, j'attend le tome 22!

14/08/2022 (MAJ le 14/08/2022) (modifier)
Par karibou79
Note: 5/5
Couverture de la série Goldorak
Goldorak

Je me lève et applaudis! Bravo à ce tour de force de ne pas faire un reboot de cette série mythique mais de proposer une suite crédible et tenant la route du début à la fin. Les héros ne meurent pas mais changent avec l'âge, c'est ultra-stimulant de voir la voie que chacun a pris. C'était une gageure et ils ont relevé le défi. A la croisée du manga et de la BD européenne, tant au niveau du dessin (des yeux et machoires grossis mais pas trop, des décors plus fouillés mais le coeur de l'action au premier plan) que du ton alliant l'enfantin (on saute dans une soucoupe planquée dans un garage et hop à l'attaque) que le mature (quel est le sens de la guerre, du temps qui nous sépare). Et quelle bonne idée d'exposer avant le début l'histoire les sources de la série originale, ses tenants et ses aboutissants ainsi que la fin du manga afin que le néophyte puisse prendre part à l'aventure sans perdre de temps et également de plonger immédiatement dans le vif du sujet. En parcourant rapidement les avis précédents, je peux comprendre que l'impact soit moins fort pour ceux n'ayant pas grandi avec Actarus, les Golgoths mais je ne peux que recommander la lecture à tous. ------------- Mise à jour après 2ème lecture: Passage de 4 à 5/5. C'est obligé, c'est la plus belle adaptation que j'ai jamais eu entre les mains. Plus qu'un hommage, les auteurs ont su faire frucifier l'héritage, avec la bénédiction de Go Nagai. Ma première lecture tenait du feuilletage tellement je voulais sauter les pages pour enfin voir Goldorak qui n'apparaît que tardivement. Grave erreur, chaque page, chaque dialogue se savoure. Le nombre de pages est juste parfait pour aborder chaque intrigue en profondeur sans temps mort de transition vers la prochaine scène. La colorisation, comme expliqué dans le dossier de fin (fabuleux dossier en passant, très pédagogique pour ceux voulant découvrir les coulisses de la BD), n'est qu'une suite ininterrompue de décisions et chaque choix est parfait. Les scènes de bataille reprennent pour certaines les plans et angles de vue typiques de la série animée tandis que d'autres plus contemporaines s'inspirent du comics pour réunir le meilleur au service du plus puissant des robots, bien évidemment épaulé par la Patrouille des Aigles qui sont ici loin d'être des faire-valoirs. Et des faire-valoirs, il n'y en a aucun, jusqu'aux simples soldats de Vega capuchonnés. Dieu merci, les commentaires ne détaillent pas trop le scénario, ce serait criminel! Une BD faisant hérisser les poils toutes les 10 pages et serrant le coeur ne peut qu'être qualifiée de culte. D'autres séries arriveront-elles à être revisitées (pas uniquement copiées/collées comme Astérix ou Thorgal) de cette manière ou ne pas être que de simples hommage comme les Lucky Luke ou "Mickey"? Je pense que les auteurs actuels baignés dans la pop culture sont prêts, volontaires et capables. Reste aux éditeurs et ayant-droits de suivre le mouvement, donc lecteurs de tous pays, unissez-vous et videz les rayons pour que les chiffres de vente fassent des rêves une réalité.

04/08/2022 (MAJ le 08/08/2022) (modifier)
Par Sim
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Grande Histoire de Picsou (La Grande Epopée de/La Jeunesse de Picsou)
La Grande Histoire de Picsou (La Grande Epopée de/La Jeunesse de Picsou)

Une masterclass. Un incontournable, au moins pour les enfants. Un cocktail d'humour, d'aventures, d'éléments historiques, de questions existentielles comme la relation à ses proches ou la perte d'un être cher. Le parcours initiatique de Picsou, depuis son enfance à Glasgow jusqu'à son coffre rempli d'argent à Donaldville. Les premiers épisodes sont assez légers. Picsou est enfant et il est entouré de sa famille en Écosse, puis de son oncle aux USA. Puis Picsou fait son chemin, connait la solitude, rencontre le danger, fait face au destin de sa famille. Le climax de la série est le passage au Klondike. C'est là que la bascule s'opère pour Picsou, dans tous les domaines de sa vie. Là aussi où il affronte le danger le plus important, bien devant les Rapetou qui servent plus d'élément comique et qui n'ont jamais représenté une réelle menace. Le coup de force de cette BD est qu'elle ne cherche pas à faire aimer le personnage de Picsou. Il émane de cette BD, surtout à la fin, une sorte de réalité âpre et difficile, où le bonheur n'apparait pas forcément.

06/08/2022 (modifier)
Par Sim
Note: 5/5
Couverture de la série Calvin et Hobbes
Calvin et Hobbes

Une BD superbe, subtile et souvent très drôle, malgré un dessin parfois peu figuratif. Peu de personnages secondaires. L'imagination presque sans limites de Calvin remplit les scénarios la plupart du temps.

06/08/2022 (modifier)
Par Sim
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dragon Ball
Dragon Ball

Un monument du manga. Ne vous fiez pas au dessin animé, enfantin et au rythme lent. Pourquoi DBZ est aussi culte ? - un univers riche, cohérent et intemporel (aucune notion de date dans le manga. Il y a des vaisseaux spatiaux et tout un tas de trucs technos, mais on voit aussi des paysans travailler avec des outils à main). - des personnages bien caractérisés et charismatiques. - une histoire qui commence par du potache et des blagues graveleuses, avant de devenir plus sérieuse. Beaucoup préfèrent l'arc Cyborgs/Cell, mais la mienne va à l'arc Saiyen/Freezer, dans lequel les héros sont poussés dans leurs retranchements, très loin de chez eux et semblant parfois perdus au milieu d'une histoire qui les dépasse. Un commentaire ici disait que les décors ne sont pas le point fort de la série. C'est vrai, et spécialement dans cet arc. L'arc Boo est intéressant, mais on remarque un certain retour au graveleux et l'ensemble flirte avec la parodie, surtout vers la fin. Enfin, je n'ai jamais compris pourquoi Végéta est le personnage préféré de beaucoup de gens : égoïste, chanceux, profitant du travail des autres, facilement découragé quand il n'est pas au niveau de son adversaire. Il se dit fier d’être le prince des saiyens, mais il ne fait rien de cette fierté. Et d'ailleurs, incohérence scénaristique, on se demande pourquoi Freezer ne l'a pas éliminé plus tôt.

06/08/2022 (modifier)
Par anonyme
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Seuls
Seuls

Bonjour, J'ai lu toute la série de Seuls jusqu'au tome 13 et j'attends le 14e avec impatience. Je peux dire que cette série est juste INCROYABLE. J'ai lu des tas d'autres BDs mais elle, c'est la meilleure. J'ai connu cette BD quand j'allais chez mon orthophoniste à 7ans et demi, j'ai lu seulement le premier tome et j'ai lu tous les autres maintenant, 7ans après. Mon personnage et mon tome préféré, c'est Yvan et le tome 11 : les cloueurs de nuit. Il était à la fois effrayant, humoristique et il y avait beaucoup de suspens.

06/08/2022 (modifier)
Couverture de la série Peter Pan
Peter Pan

Les six tomes de la série de Régis Loisel sont devenus des incontournables dans le monde de la BD franco-belge. Chacun des six tomes renforce la cohésion et la puissance de la série. Je n'y trouve aucun délayage, aucun passage vide ou de remplissage. Chaque case est riche de son graphisme mais aussi de son sens ce qui nous donne à la fin du tome 6 un vrai trésor. C'est d'ailleurs ce trésor que cherche Crochet "quoiqu'il en coûte". Ce trésor, que seule la pauvre Rose a vu et qui l'a fait rire, n'est probablement pas à chercher dans un fantasme illusoire mais plutôt dans la réalisation patiente d'un rêve. Je me trompe peut-être en parlant de fantasme mais il est beaucoup question de psychanalyse dans "Peter Pan". Loisel s'approprie et nous restitue la personnalité de Peter d'une façon presque clinique. Peter a 13+ ans et n'est plus vraiment un enfant. Pourtant il se complaît dans un monde de contes imaginaires qui l'empêche de franchir les rites de passages vers le monde adulte. Tout au long du récit Peter se montre irresponsable, narcissique et immature sexuellement. Plus même, il repousse avec violence toute tentative pour franchir le pas. Sa recherche ambiguë d'une maman idéale n'est plus de son âge, Au contraire il devrait se tourner vers l'image du père ! Mais qui ? Crochet ? Jack ? Kundal ? Loisel propose des pistes mais laisse le flou qui ouvre à l'imagination. Son immaturité sexuelle est bien soulignée par le contraste proposé par Loisel. Car dès le début l'auteur nous installe dans une ambiance dionysiaque. Ambiance violente et réaliste d'un Londres sauce Dickens, avec ses prostituées ou ses violeurs d'enfants ou ambiance plus fantasy avec son satyre Pan, son centaure Pholus (Chiron ?) et ses sirènes à gros tétons. Peter Pan fait des allers-retours entre ces deux types de littérature comme s’il ne savait pas où se poser. Le tome 6 conclut le questionnement de manière anthologique. Peter s'enfermera dans le triangle "Clochette-Crochet-Peter" dont il est le centre et un sommet. Son immaturité et son irresponsabilité se complairont aux manipulations de Clochette et son narcissisme jouira de son éternel combat avec Crochet, l'ennemi qui fait exister. Peter est bien un "pauvre garçon" comme le conclut Loisel. A l'image de Picou ou de Jack, il devient prisonnier de lui-même. J'apprécie beaucoup le graphisme de Régis Loisel. Cette rondeur et cette sensualité dans le trait sont véritablement envoutantes. Ces yeux immenses participent à l'expressivité des personnages mais leur langage corporel rend tout commentaire superflu. A mon avis une série d'une exceptionnelle qualité par sa richesse et son homogénéité scénaristique et graphique. Du grand art.

03/08/2022 (modifier)